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lundi 7 mai 2007

Travailler par amour


Travailler par amour

Bien travailler, c'est savoir mettre des limites, pour que le travail ne devienne pas une drogue ou une façon de s'évader de ses responsabilités familiales et sociales, ainsi que de son devoir d'évangélisation.
Bien travailler, c'est encore tirer tout le rendement possible de chaque heure. Et ce, pas uniquement dans un souci de rentabilité ou de productivité économique, mais beaucoup plus profondément en sachant que c'est un apport inestimable et irremplaçable à l'œuvre de la Rédemption : (lire la suite)
"La sueur et la peine que le travail comporte nécessairement dans la condition présente de l'humanité offrent au chrétien et à tout homme qui est appelé, lui aussi, à suivre le Christ, la possibilité de participer dans l'amour à l'œuvre que le Christ est venu accomplir. Cette œuvre de salut s'est réalisée par la souffrance et la mort sur la croix. En supportant la peine du travail en union avec le Christ crucifié pour nous, l'homme collabore en quelque manière avec le Fils de Dieu à la rédemption de l'humanité. Il se montre le véritable disciple de Jésus en portant à son tour la croix chaque jour dans l'activité qui est la sienne" (Jean-Paul II, encyclique Laborem exercens, n° 27).
C'est aussi la perspective surnaturelle que saint Josémaria faisait découvrir : Accompli de la sorte, ce travail humain, pour humble et insignifiante que paraisse la tâche, contribue à ordonner chrétiennement les réalités temporelles - à manifester leur dimension divine - et il est assumé et intégré par et dans l'œuvre prodigieuse de la création et de la rédemption du monde. Le travail est ainsi élevé à l'ordre de la grâce, il est sanctifié, devient œuvre de Dieu... (Entretiens avec Monseigneur Escriva, n° 10). Une telle approche du travail et des activités humaines a de quoi emballer. Un étudiant de mes amis, qui ne fait pas partie de l'Opus Dei mais qui a compris l'esprit de sanctification du travail, m'écrivait : "Je fais connaître saint Josémaria à ma paroisse, et son message est toujours accueilli avec joie en enthousiasme. Les gens sont en quelque sorte "rassurés" de savoir qu'eux aussi peuvent devenir saints en se sanctifiant dans leur vie ordinaire." C'est pourquoi Benoît XVI n'a pas hésité, devant sept mille artisans italiens, a leur donner comme référence le fondateur de l'Opus Dei, qu'il qualifie de "saint de l'ordinaire" (reprenant ainsi une expression de Jean-Paul II, dans son homélie pour la canonisation de Josémaria Escriva), et à le citer en exemple : "Pour avoir été assumé par le Christ, le travail nous apparaît comme une réalité qui a été rachetée à son tour. Ce n'est pas seulement le cadre de la vie de l'homme, mais un moyen et un chemin de sainteté, une réalité qui sanctifie et qui peut être sanctifiée" (Homélie, 31 mars 2007).
En dernière instance, il convient "de ne pas oublier que la dignité du travail se fonde sur l’Amour. Le grand privilège de l’homme est de pouvoir aimer et dépasser ainsi l’éphémère et le transitoire. (...) C’est pourquoi l’homme ne peut se limiter à faire des choses, à fabriquer des objets. Le travail naît de l’amour, manifeste l’amour et s’ordonne à l’amour" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 48). Nous sommes invités à travailler en présence de Dieu et par amour de Dieu, imitant les années de travail du Christ sur terre, de sorte que "chacune de nos prières et de nos actions commencent par dieu et s'achèvent en Dieu".
Et puisque j'ai commencé ces réflexions sur le travail à propos de la fête de saint Joseph artisan, le 1er mai, je les achève en le mentionnant de nouveau : "Seigneur, accorde-nous ta grâce. Ouvre-nous la porte de l’atelier de Nazareth afin que nous apprenions à te contempler, toi et ta Mère Sainte Marie, avec saint Joseph, le Patriarche, que j’aime et que je vénère tant, tous les trois adonnés à une vie de travail sanctifié. Nos pauvres cœurs en seront émus. Nous te rechercherons et nous te trouverons dans notre travail journalier, que nous transformerons, selon ton désir, en œuvre de Dieu, en œuvre d’Amour" (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 72).

(fin)

dimanche 6 mai 2007

La qualite du travail

La qualité du travail

Travailler un peu moins que ce que l'on doit ou que l'on peut faire, à un rythme de dilettante, sans se presser, c'est du vol ! Pas uniquement envers l'employeur, mais aussi à l'égard de la société tout entière en vertu du principe qui vient d'être énoncé. Ce n'est pas la façon de trouver le chemin qui conduit au royaume des cieux ! Jésus nous a appris ce qui plaît à Dieu : "C'est bien, serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle en de petites choses, je t'établirai à la tête d'une quantité. Entre dans la joie de ton maître" (Matthieu 25, 23). C'est plus encore du vol par rapport à Dieu qui est en droit de nous voir faire fructifier les talents, les aptitudes (lire la suite) et qualités dont il nous a dotés. Celui qui travaille mal ou peu, qui va plan-plan, est en train d'enfouir ces talents et risque de s'entendre dire par Dieu quand il se présentera devant lui, ce qui se produira inévitablement un jour, que nous voulions le reconnaître ou pas (cela ne dépend pas de notre décision) : "Serviteur mauvais et paresseux ! Tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé et que je ramasse où je je n'ai rien jeté. Il te fallait donc mettre mon argent chez le banquier et, à mon retour, j'aurais récupéré mon bien avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. (...) Et ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures (c'est une façon de désigner l'enfer dans la Sainte Écriture) : là seront les pleurs et les grincements de dents" (Matthieu 25, 26-30).
Bien travailler, c'est aussi avoir le souci d'atteindre la plus grande compétence possible. Ce qui demande un temps d'étude, une mise à jour des connaissances, des stages de formation, etc. C'est là non seulement une exigence pour rester compétitif dans un marché de plus en plus agressif, mais surtout et avant tout dans l'optique de sanctification qui est celle qui nous intéresse ici. Le travail doit être bien fait, aussi parfaitement que possible, car sainteté et perfection sont pratiquement synonymes. Dieu est Saint, Dieu est Parfait, la Perfection même, absolue et infinie.
Pour quelqu'un qui s'efforce d'agir ainsi, il est difficilement compréhensible que l'on puisse s'ennuyer en travaillant, que le travail soit monotone. "Nos activités empruntent des voies ordinaires ; tout se déroule selon un rythme prévisible. Nos journées semblent toutes pareilles, presque monotones... C’est vrai, mais cette vie, qui paraît si commune, a une valeur divine ; elle intéresse Dieu, car le Christ veut s’incarner dans nos occupations, et animer jusqu’aux plus humbles de nos actions.
C’est là une réalité surnaturelle, nette et sans équivoque ; ce n’est pas une simple considération destinée à consoler, à réconforter ceux qui n’arriveront pas à inscrire leurs noms dans le livre d’or de l’histoire. Le Christ s’intéresse à ce travail que nous devons réaliser — mille et mille fois — au bureau, à l’usine, à l’atelier, à l’école, aux champs, lorsque nous exerçons un métier manuel ou intellectuel. Le Christ s’intéresse aussi à ce sacrifice caché qui consiste à ne pas déverser sur les autres le fiel de notre mauvaise humeur" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 174). Bien des gens "sont mus par des motivations très diverses : les uns, par l’argent ; d’autres, par une famille à entretenir ; d’autres, par le désir d’obtenir une situation sociale déterminée, de développer leurs capacités, de satisfaire leurs passions déréglées, de contribuer au progrès social. Bref, en général, ils envisagent leurs occupations comme une nécessité dont ils ne peuvent s’évader.
Face à cette vision des choses étriquée, égoïste, terre à terre, nous devons, toi et moi, nous rappeler et rappeler aux autres que nous sommes des enfants de Dieu auxquels notre Père a adressé une invitation identique à celle que reçurent les personnages de la parabole évangélique : Mon enfant, va-t’en aujourd’hui travailler à ma vigne (Matthieu 21, 28). Je vous assure que si nous nous efforçons, jour après jour, d’envisager nos obligations personnelles comme une requête divine, nous apprendrons à terminer notre travail avec la plus grande perfection humaine et surnaturelle dont nous serons capables. Il se pourrait que nous nous rebellions, un jour, comme l’aîné qui répondit : Je ne veux pas (Matthieu 21, 29). Mais nous saurons réagir, repentis, et nous nous consacrerons alors avec une ardeur renouvelée à l’accomplissement de notre devoir" (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 57).

(à suivre...)

samedi 5 mai 2007

L'exemple de travail de Jesus

L'exemple de travail de Jésus

La vie de Jésus-Christ est d'"une éloquence sans équivoque : il appartient au « monde du travail » ; il apprécie et il respecte le travail de l'homme ; on peut même dire davantage : il regarde avec amour ce travail ainsi que ses diverses expressions, voyant en chacune une manière particulière de manifester la ressemblance de l'homme avec Dieu Créateur et Père" (Jean-Paul II, encyclique sur le travail Laborem exercens, n° 26). De ce fait, "la vie courante et ordinaire, celle que vit un homme parmi les autres citoyens, ses égaux, n’est pas une petite chose sans relief. C’est précisément à travers les circonstances de cette vie que le Seigneur veut que l’immense majorité de ses fils se sanctifient" (lire la suite) (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 110). C'est le lieu normal et habituel de la vie de l'homme et de sa participation au pouvoir créateur de Dieu. Le travail n'est pas une malédiction ! La politique des trente-cinq heures et de la semaine des quatre jeudis peut présenter des avantages, mais trahit une incompréhension profonde de la nature véritable du travail et une méconnaissance d'une saine anthropologie. Le travail n'avilit pas l'homme, ne l'abrutit pas. L'homme s'auto-réalise pleinement même quand, comme dans le cas de la plupart d'entre nous, il accomplit tous les jours des tâches pratiquement identiques. Ne pas comprendre cela est un réel appauvrissement de l'homme, une perte de sens qui va au détriment du bien commun de la société.
Nos ancêtres comprenaient la valeur du travail réalisé par amour de Dieu, sans brio humain, comme les travailleurs des cathédrales dont ni la statuaire, ni les verrières ne pouvaient être vues des fidèles, mais qu'ils accomplissaient néanmoins à la perfection, en soignant les moindres détails, que nos appareils de photo permettent de saisir de nos jours. Le fondateur de l'Opus Dei disait à ce sujet, à propos de la cathédrale de Burgos : "J’aimais monter à l’une des tours et leur faire contempler de près l’arête du toit, véritable dentelle de pierre, fruit d’un labeur patient, coûteux. Au cours de ces conversations, je leur faisais remarquer que d’en bas l’on n’apercevait pas cette merveille ; et, pour mieux matérialiser ce que je leur avais si souvent expliqué, je faisais ce commentaire : voilà le travail de Dieu, l’œuvre de Dieu ! achever son travail personnel à la perfection, avec la beauté et la splendeur de ces délicates dentelles de pierre. Ils comprenaient alors, devant cette réalité qui parlait d’elle-même, que tout cela était prière, magnifique dialogue avec le Seigneur. Ceux qui usèrent leurs forces à cette tâche, savaient parfaitement que leur effort ne pourrait pas être apprécié à partir des rues de la ville : il était uniquement pour Dieu. Comprends-tu maintenant que la vocation professionnelle peut rapprocher du Seigneur ? Essaye de faire comme ces tailleurs de pierre, et ton travail deviendra aussi operatio Dei, un travail humain, à l’âme et aux caractéristiques divines" (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 65). Parfois ces détails ont une grande importance, mais si ce n'est pas le cas, ce n'est pas une raison pour les négliger si l'on a un minimum de sens chrétien. Il va de soi qu'un ouvrier de l'aéronautique ne peut pas se permettre de réaliser une pièce défectueuse, ni le contrôleur technique de la laisser passer, car il en va de la vie des passagers. L'image peut servir pour toute tâche... Ce sont les passagers du vol vers l'éternité qui se ressentiront d'un travail mal fait, en raison de la solidarité qui unit tous les hommes et que nous, baptisés, nous appelons la "communion des saints".

(à suivre...)

vendredi 4 mai 2007

Saint Philippe apotre (fin)

Saint Philippe apôtre (fin)

À un autre moment, très important pour l'histoire future, avant la Passion, plusieurs Grecs qui se trouvaient à Jérusalem pour la Pâque "abordèrent Philippe... Ils lui firent cette demande : "Nous voudrions voir Jésus." Philippe va le dire à André ; et tous deux vont le dire à Jésus" (Jean 12, 20-22). Nous avons une fois de plus le signe de son prestige particulier au sein du collège apostolique. Dans ce cas, il sert surtout l'intermédiaire entre la demande de plusieurs Grecs (lire la suite) - il parlait probablement grec et put servir d'interprète - et Jésus ; même s'il s'unit à André, l'autre Apôtre qui porte un nom grec, c'est, quoi qu'il en soit, à lui que ces étrangers s'adressent. Cela nous enseigne à être nous aussi toujours prêts à accueillir les demandes et les invocations, d'où qu'elles proviennent, ainsi qu'à les orienter vers le Seigneur, l'unique qui puisse les satisfaire pleinement. Il est en effet important de savoir que nous ne sommes pas les destinataires ultimes des prières de ceux qui nous approchent, mais que c'est le Seigneur : c'est à lui que nous devons adresser quiconque se trouve dans le besoin. Voilà : chacun de nous doit être une route ouverte vers lui !
Il y a ensuite une autre occasion, toute particulière, où Philippe entre en scène. Au cours de la Dernière Cène, Jésus ayant affirmé que Le connaître signifiait également connaître le Père (cf. Jean 14, 7), Philippe, presque naïvement, lui demanda : "Seigneur, montre-nous le Père; cela nous suffit" (Jean 14, 8). Jésus lui répondit avec un ton de reproche bienveillant: "Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : "Montre-nous le Père ?". Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ?... Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi" (Jean 14, 9-11). Ces paroles se trouvent parmi les plus importantes de l'Évangile de Jean. Elles contiennent une véritable révélation. Au terme du prologue de son Évangile, Jean affirme : "Dieu, personne ne l'a jamais vu; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui a conduit à le connaître" (Jean 1, 18). Eh bien, cette déclaration, faite par l'évangéliste, est reprise et confirmée par Jésus lui-même. Mais avec une nouvelle nuance. En effet, alors que le prologue de Jean parle d'une intervention explicative de Jésus, à travers les paroles de son enseignement, dans la réponse à Philippe, Jésus fait référence à sa propre personne comme telle, laissant entendre qu'il est possible de le comprendre non seulement à travers ce qu'il dit, mais encore plus à travers ce qu'Il est simplement. Pour nous exprimer selon le paradoxe de l'Incarnation, nous pouvons bien dire que Dieu s'est donné un visage humain, celui de Jésus, et en conséquence à partir de maintenant, si nous voulons vraiment connaître le visage de Dieu, nous n'avons qu'à contempler le visage de Jésus ! Dans son visage, nous voyons réellement qui est Dieu et comment est Dieu!
L'évangéliste ne nous dit pas si Philippe comprit pleinement la phrase de Jésus. Il est certain qu'il consacra entièrement sa vie à lui. Selon certains récits postérieurs (Actes de Philippe et d'autres), notre Apôtre aurait évangélisé tout d'abord la Grèce, puis la Phrygie où il aurait trouvé la mort, à Hiérapolis, selon un supplice décrit différemment comme une crucifixion ou une lapidation. Nous voulons conclure notre réflexion en rappelant le but auquel doit tendre notre vie : rencontrer Jésus comme Philippe le rencontra, en cherchant à voir en lui Dieu lui-même, le Père céleste. Si cet engagement venait à manquer, nous serions toujours renvoyés uniquement à nous-mêmes comme dans un miroir, et nous serions toujours plus seuls ! Philippe, en revanche, nous enseigne à nous laisser conquérir par Jésus, à être avec lui, et à inviter également les autres à partager cette indispensable compagnie. Et, en voyant, en trouvant Dieu, trouver la vie véritable.

Benoît XVI, Audience générale, 6 septembre 2006.

jeudi 3 mai 2007

Saint Philippe apotre

Saint Philippe apôtre

Poursuivant avec le pape Benoît XVI la description de la figure des divers apôtres, nous en arrivons à Philippe, qui est fêté le 3 mai, conjointement avec Jacques le Mineur (que nous verrons... l'an prochain).
"Dans les listes des Douze, il est toujours placé à la cinquième place (comme dans Matthieu 10, 3; Marc 3, 18 ; Luc 6, 14 ; Actes 1, 13), et donc substantiellement parmi les premiers. Bien que Philippe soit d'origine juive, son nom est grec, (lire la suite) comme celui d'André, et cela constitue un petit signe d'ouverture culturelle qui ne doit pas être sous-évalué. Les informations à son propos nous sont fournies par l'Évangile de Jean. Il provenait du même lieu d'origine que Pierre et André, c'est-à-dire de Bethsaïde (cf. Jean 1, 44), une petite ville appartenant à la tétrarchie de l'un des fils d'Hérode le Grand, lui aussi appelé Philippe (cf. Luc 3, 1).
Le Quatrième Évangile rapporte que, après avoir été appelé par Jésus, Philippe rencontre Nathanaël et lui dit : "Celui dont parlent la loi de Moïse et les Prophètes, nous l'avons trouvé : c'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth" (Jean 1, 45). Philippe ne se rend pas à la réponse plutôt sceptique de Nathanaël ("De Nazareth ! Peut-il sortir de là quelque chose de bon ?"), et riposte avec décision : "Viens, et tu verras !" (Jean 1, 46). Dans cette réponse, sèche mais claire, Philippe manifeste les caractéristiques du véritable témoin : il ne se contente pas de proposer l'annonce, comme une théorie, mais interpelle directement l'interlocuteur en lui suggérant de faire lui-même l'expérience personnelle de ce qui est annoncé. Les deux mêmes verbes sont utilisés par Jésus lui-même quand deux disciples de Jean-Baptiste l'approchent pour lui demander où il habite (cf. Jean 1, 39). Jésus répondit : "Venez et voyez" (cf. Jean 1, 38, 39).
Nous pouvons penser que Philippe s'adresse également à nous avec ces deux verbes qui supposent un engagement personnel. Il nous dit à nous aussi ce qu'il dit à Nathanaël : "Viens et tu verras". L'Apôtre nous engage à connaître Jésus de près. En effet, l'amitié, la véritable connaissance de l'autre, a besoin de la proximité, elle vit même en partie de celle-ci. Du reste, il ne faut pas oublier que, selon ce que saint Marc écrit, Jésus choisit les Douze dans le but primordial qu'"ils soient avec lui" (Marc 3, 14), c'est-à-dire qu'ils partagent sa vie et apprennent directement de lui non seulement le style de son comportement, mais surtout qui Il était véritablement. Ce n'est qu'ainsi, en effet, en participant à sa vie, qu'il pouvait le connaître et ensuite l'annoncer. Plus tard, dans la Lettre de Paul aux Éphésiens, on lira que l'important est d'"apprendre le Christ" (4, 20), et donc pas seulement et pas tant d'écouter ses enseignements, ses paroles, que, davantage encore, Le connaître en personne ; c'est-à-dire connaître son humanité et sa divinité, son mystère, sa beauté. En effet, il n'est pas seulement un Maître, mais un Ami, et même un Frère. Comment pourrions-nous le connaître à fond en restant éloignés ? L'intimité, la familiarité, l'habitude nous font découvrir la véritable identité de Jésus Christ. Voilà : c'est précisément cela que nous rappelle l'apôtre Philippe. Et ainsi, il nous invite à "venir", à "voir", c'est-à-dire à entrer dans une relation d'écoute, de réponse et de communion de vie avec Jésus, jour après jour.
Ensuite, à l'occasion de la multiplication des pains, il reçut de Jésus une demande précise, pour le moins surprenante : savoir où il était possible d'acheter du pain pour nourrir tous les gens qui le suivaient (cf. Jean 6, 5). Philippe répondit alors avec un grand réalisme : "Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain" (Jean 6, 7). On voit ici le caractère concret et le réalisme de l'Apôtre, qui sait juger les aspects réels d'une situation. Nous savons comment les choses se sont ensuite passées. Nous savons que Jésus prit les pains et, après avoir prié, les distribua. Ainsi se réalisa la multiplication des pains. Mais il est intéressant que Jésus se soit adressé précisément à Philippe, pour avoir une première indication sur la façon de résoudre le problème: signe évident qu'il faisait partie du groupe restreint qui l'entourait."

(à suivre...)

mercredi 2 mai 2007

Le travail et les vertus

Le travail et les vertus

Le travail accomplit par amour de Dieu fait grandir l'homme dans les vertus. Par exemple, l'homme gagne en générosité, car il apprend à ne pas calculer son temps ni ses efforts pour travailler beaucoup et bien, à l'imitation de Jésus dont on disait qu'il "a bien fait toutes choses" (Marc 7, 37). Il s'exerce à vivre l'ordre, en commençant par ce qui est le plus important (qui n'est pas forcément le plus urgent), car "Vertu sans ordre ? — Drôle de vertu !" (lire la suite) (saint Josémaria, Chemin, n° 79), et à la ponctualité, en pensant à ceux dont le travail dépend du sien, de façon à ne pas les obliger à travailler dans la précipitation et avec des horaires déréglés. Il contrôle son imagination, afin de mettre toutes ses facultés au service de la tâche accomplie : " Veux-tu vraiment être saint ? — Remplis le petit devoir de chaque instant : fais ce que tu dois et sois à ce que tu fais" (Ibid., n° 815). Il s'attache à vivre la justice, ce qui suppose de connaître les principes de l'éthique professionnelle pour les appliquer avec le sens des responsabilités, donner à chacun ce qui lui est dû, et la charité en respectant ses collègues de travail et s'efforçant de leur rendre service et en sachant découvrir et mettre en valeur leurs qualités, non leurs défauts, c'est-à-dire en étant constructif : "Ne fais pas de critique négative : quand tu ne peux louer, tais-toi" (Ibid., n° 443). Il s'exerce à la force d'âme pour entreprendre au moment voulu les tâches prévues sans les remettre à plus tard, ou pour dire à quelqu'un ce qui est nécessaire pour rectifier un comportement, pour coûteuse que puisse être la démarche. Il donne un exemple d'honnêteté intellectuelle (par exemple, en ne mettant pas sous son nom les découvertes ou les propositions d'autrui) et professionnelle, ce qui est particulièrement important dans un monde où la corruption est fréquente et où il est facile de s'approprier pour son usage personnels des biens de l'entreprise ou de consacrer du temps à autre chose qu'au travail prévu et... attendu. Il vit aussi le sens des responsabilités qui l'amène à faire des suggestions contribuant à améliorer des situations personnelles ou plus générales, les conditions de travail plus humaines, etc. Et le soin des petits détails : c'est la finition, la présentation soignée, la politesse, même quand on écrit par l'internet, la correction des fautes d'orthographe ; c'est l'aspirateur que passe sous le lit, le chiffon à poussière avec lequel on essuie aussi le dessus du cadre d'un tableau, le morceau de papier tombé par terre que l'on ramasse pour le mettre dans la corbeille. Je me rappelle qu'un jour ma mère, passablement âgée, se trouvant à l'hôpital, avait laissé tomber un livre. Ayant demandé très poliment à la première employée venue de le lui ramasser, elle s'est vu opposer un refus, car cela n'entrait pas dans le cadre de ses fonctions. Quant une société en arrive là, c'est qu'elle est sérieusement malade... Il y a quelque chose de détraqué. La beauté du travail et du service du prochain est oubliée. On ne pense qu'à soi. Mais l'égoïsme est source de malheur, non de tranquillité. Nous avons là une "faute d'orthographe" dans la rédaction du livre de notre vie !

(à suivre...)

mardi 1 mai 2007

1er mai : saint Joseph, patron des travailleurs

1er mai : saint Joseph, patron des travailleurs

La place du travail dans la vie de l'homme

Dieu a placé l'homme dans le jardin d'Éden ut operaretur (Genèse 2, 15), pour qu'il le travaille et y travaille. "Cette doctrine qui est (...) au cœur même de l'esprit de l'Opus Dei, doit vous amener à réaliser votre travail à la perfection, à aimer Dieu et les hommes en accomplissant avec amour les petites choses habituelles de la journée, découvrant ainsi ce quelque chose de divin qui se trouve enfermé dans les moindres détails" (Entretiens avec Monseigneur Escriva, n° 116).
Saint Joseph fournit sans aucun doute un modèle à imiter de sanctification (lire la suite) de la vie ordinaire, de travail accompli pour Dieu et en présence de Dieu. "Il importe de répéter sans cesse que Jésus ne s’est pas adresse à un groupe de privilégiés mais qu’il est venu nous révéler l’amour universel de Dieu. Tous les hommes sont aimés de Dieu et il attend de tous leur amour. De tous, quels que soient leurs conditions personnelles, leur position sociale, leur profession ou leur métier. La vie courante et ordinaire n’est pas chose de peu de valeur : tous les chemins de la terre peuvent être l’occasion d’une rencontre avec le Christ, et il nous invite à nous identifier à lui pour accomplir — à l’endroit où nous sommes — sa mission divine" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 110). "Cette vérité d'après laquelle l'homme participe par son travail à l'œuvre de Dieu lui-même, son Créateur, a été particulièrement mise en relief par Jésus-Christ, ce Jésus dont beaucoup de ses premiers auditeurs à Nazareth « demeuraient frappés de stupéfaction et disaient : "D'où lui vient tout cela ? Et quelle est la sagesse qui lui a été donnée ? ... N'est-ce pas là le charpentier ?" » (Marc 6, 2-3). En effet, Jésus proclamait et surtout mettait d'abord en pratique l'« Évangile » qui lui avait été confié, les paroles de la Sagesse éternelle. Pour cette raison, il s'agissait vraiment de l'« évangile du travail » parce que celui qui le proclamait était lui-même un travailleur, un artisan comme Joseph de Nazareth (cf. Matthieu 13, 55)" (Jean-Paul II, encyclique sur le travail Laborem exercens, n° 26).

(à suivre...)

lundi 30 avril 2007

30 avril : sainte Catherine de Sienne


30 avril : Sainte Catherine de Sienne


L’Église fête aujourd’hui sainte Catherine de Sienne, née vers 1347 et décédée en 1380. Cette femme d’un caractère exceptionnel a joué un rôle décisif pour que le pape Grégoire XI accepte de ramener la cour pontificale d’Avignon à Rome, en 1376. Sa vie spirituelle a atteint des sommets qui transparaissent dans ses écrits, le Dialogue notamment, et dans ses Lettres.
Voici le récit par son premier biographe, qui a été un temps son confesseur, le bienheureux Raymond de Capoue, du « mariage mystique », des « épousailles mystiques » de Catherine avec Dieu, tel qu’elle le lui a elle-même rapporté. Cela se produisit dans les jours qui (lire la suite)
précèdent le carême, alors que « les fidèles célèbrent une fête toute mondaine qu’on pourrait appeler « la fête du ventre ».
« Tu as rejeté loin de toi et fui à cause de moi toutes les vanités de ce monde ; méprisant toutes les délectations de la chair, tu as mis en moi seul le plaisir de ton cœur. Voilà pourquoi, en ce temps, où toutes les autres personnes de ta maison sont à la joie de leurs festins et fêtent leur corps, j’ai voulu, moi aussi, célébrer solennellement avec toi la fête des épousailles de ton âme. Ainsi que je te l’ai promis, je veux t’épouser dans la foi. »
« Le Seigneur parlait encore, quand apparurent la Vierge, sa très glorieuse Mère, le bienheureux Jean l’évangéliste, le glorieux apôtre Paul, le très saint Dominique, père de la religion à laquelle appartenait Catherine [elle avait pris l’habit des Dominicains], et avec eux tous, le prophète David ayant en main son harmonieux psaltérion [instrument à cordes]. Pendant que cet instrument résonnait sous les doigts du saint roi, avec une suavité qui dépasse toute imagination, la Vierge, Mère de Dieu, prit avec sa main très sainte la main de notre vierge, en étendit les doigts vers son Fils et lui demanda qu’il daignât épouser Catherine dans la foi. Le Fils unique de Dieu, faisant un signe tout gracieux d’assentiment, présenta un anneau d’or, dont le cercle était orné de quatre perles, et dont le chaton renfermait un diamant d’incomparable beauté. Avec sa main droite, il mit cet anneau à l’annulaire de la main droite de notre vierge et lui dit : « Voici que moi, ton Créateur et ton Sauveur, je t’épouse dans une foi que tu conserveras sans aucune atteinte, jusqu’au jour où tu célébreras, dans les cieux avec moi, des noces éternelles. Courage donc, ma fille, accomplis désormais virilement et sans aucune hésitation toutes les œuvres que l’ordre de ma providence te remettra entre les mains. Parce que tu es armée de la force de la foi, tu triompheras heureusement de tous tes adversaires. »
« Après ces paroles, la vision disparut, mais l’anneau resta toujours au doigt de Catherine, visible pour elle seulement, invisible pour les autres. Elle m’a confessé, en rougissant, qu’elle voyait toujours cet anneau à son doigt, et qu’il n’était pas un moment où elle ne l’aperçut. »

dimanche 29 avril 2007

29 avril : Journee des Deportes (4)


29 avril : Journée des Déportés


Journée des Déportés : fin du poème que je leur ai dédié :

Déporté inconnu, ton entier sacrifice
Te renferme dans le sol dont tu es issu
Battant sur son terrain l’horrible maléfice.
Épandu tu deviens de tout nouveaux tissus.

C’en est fini, ils sont tous morts les déportés.
Mais non ils vivent, ils vivent les déportés
Dans la mémoire de toute la nation.
Ils ont été au bout de leur oblation. (lire la suite)

Ils vivent ! Voici que jaillit la liberté.
Vaine n'a pas été leur mort, mais bien féconde.
Ils vivent ! Ce n’est pas une mince fierté.
Leur mort, en fin de compte, enrichit notre monde.

Ils vivent ! Car ils ont tenu haut le flambeau.
Leur mort s’est unie à celle des combattants.
Ils vivent ! Leur chair s’en est allée en lambeaux.
Leur mort, de vaincus a fait de tous des battants.

Ils vivent ! étendard fier de la Résistance !
Leur mort nous a tirés de la prostration.
Ils vivent ! À la vie ils donnent consistance.
Leur mort a préparé la Libération.

Ils vivent ! Chantez donc compagnons sur les routes.
Nous célébrerons leur mort, victoire héroïque.
Ils vivent ! L’ennemi enfin est en déroute.
Nous imiterons leur mort, exemple stoïque.

Chantez, oui, chantez la liberté recouvrée.
Vivez, oui, vivez de cette joie retrouvée.
Dansez, dansez en paix, l’honneur est renoué.
Embrassez, embrassez-vous tous les réprouvés.

Le bonheur saisit les cœurs jusqu’à l’outrance
Et il s’extériorise en toute transparence.
L’heure sonne enfin — ô joie ! —de la délivrance
Dans tous les trente-six mille clochers de France.

samedi 28 avril 2007

Journee des Deportes (3)


Journée des Déportés (3)


Suite de mon poème "Wagons" en hommage aux Déportés

Un coup de feu claque. Le fuyard est tué.
Sur le fil barbelé un autre s’est mué
En sculpture grotesque : en un pantin futile
Sa vie s’arrête, devenue inutile.
Les déportés (lire la suite)

Ils meurent. Ils meurent les déportés. La mort
Elle les frappe tous d’un identique sort.
La mort — les déportés — la mort, la mort encore.
La mort avec sa faux qui bat tous les records.
La mort, et son rictus affreux, est sans remords.
Dans son drapé noir elle est pleine de ressort.
Son ricanement par moments glace les corps.
Elle fredonne, la mort, de fatals accords.
Nuit et jour son squelette est du camp le décor.
La mort des déportés. Les déportés à mort.

Bien d’autres wagons s’en vont, les trains de la mort.
Vers ces enceintes qui sont les camps de la mort.
Encadrés de hussards, les hussards de la mort.
Ils ont un rendez-vous, hélas avec la mort !

Partout des wagons vont vers un rude destin
Tirant par derrière eux le rideau de l’oubli
Innocents, ils pourvoient au coupable festin
En un seul acte au plan précis bien établi.

Les bétaillères qui sont d'une couleur rouille
Approvisionnent la solution finale
Sous l’apparence d’un convoi par trop banal
Elles déchargent des êtres frappés de trouille.

Mon Dieu, mon Dieu, est-il possible que l’enfer
Abandonnant son lieu de malédiction
Soit venu chez nous y planter ses quatre fers
Nous changeant en pays de déréliction ?

Les vêtements. Exportés.
Et les dents. Exportées.
Les bagues. Exportées.
Les couvre-chefs. Exportés.
Les chaussures. Exportées.

Et les cendres des déportés, exportées…

Ce tas de cendres — vois-le, une vraie montagne —
Ce sont de l’homme ses cendres, fruit de la hargne.
Les humains n’ont pas même une ultime demeure
Leurs cendres sont l’engrais de la Poméranie.
Quelque chose dans l’homme est éteint et se meurt
C’est sa nature, qui est chargée d’avanies.

(à suivre...)

vendredi 27 avril 2007

Journee des Deportes (2)


Journée des Déportés (2)


Suite du poème à la gloire des déportés :

On en fait entrer dans le four crématoire
Qui mettra un triste terme à leur histoire.
Les déportés

Pour d’autres la chambre à gaz est le supplice
À l’entrée le geôlier rit d’un air complice.
Les déportés
(lire la suite)
Pour le restant les baraquements en planches
Où la vie s’étiole et de jour en jour flanche.
Les déportés

Miradors, barbelés, faim, chiens et mouchards
Mitrailleuses, projecteurs, froid et cagnard.
Les déportés

Pour vêtement d’horizontales rayures
Cachant mal les tortures et leurs zébrures.
Les déportés

La fumée et son odeur nauséabonde
Portent un avis de dégoût à la ronde.
Les déportés

Cafards et teignes, poux, puces et cloportes
Sont des compagnons qui se moquent des portes.

Les chaussures entassées, celles de femmes
Ici, d’hommes là, et d’enfants. C’est infâme.
Les déportés

Squelettes, yeux hagards, ivres de sommeil
Et la faim qui tenaille et tient en éveil.
Les déportés

Haines, rivalités, jalousie, traîtrise
Générosité, héroïsme, prêtrise.

À quatre pattes dans sa niche de chien
Pour aboyer quand passe son tortionnaire
Il n’a plus d’identité, il n’est plus rien
Comble de l’univers concentrationnaire.
Le déporté

Le vent laboure les malheureux. Gerçures.
Le froid de l’est de surcroît sévit. Morsures.
Et la malnutrition qui frappe. Enflure.
Les mauvais traitements du jour. Meurtrissures.
Et les coups pour un oui pour un non. Blessures.
L’humiliation réglée. Flétrissure.
L’homme bousculé dans la boue. Salissure.
L’humain anéanti, sans ressort. Cassure.

Un hurlement déchire en bref la lourde nuit
Un râle répond dans la seconde qui suit
Peut-être que pour les autres la lune luit
Mais eux, ils atteindront bientôt le fond du puits
Les déportés

Ah ce wagon, pourquoi donc ne roule-t-il plus !
Dans l’ambiance oppressante on ne se tenait plus,
On vivait du moins, quand ici on souffre et meure
Et on agonise en vue d’une autre demeure.

(à suivre...)

jeudi 26 avril 2007

Journee des Deportes (1)

Journée des Déportés (1)

Alors que s'approche la Journée des Déportés, je voudrais leur offrir en hommage ce poème intitulé "Wagons".

WAGONS

C’est par centaines de milliers qu’ils sont partis
Arrêtés au petit matin sans crier gare.
Fidèles, ils ne se sont jamais départis
De leur idéal, mais lancés dans la bagarre.

Or, défenseurs têtus de notre liberté
Et des droits essentiels de l’humaine personne
La liberté n’est plus et les a désertés.
Rail après rail l’angoisse en leur âme résonne. (lire la suite)

Ils sont partis, flot sans cesse renouvelé
Arrachés aux leurs et pouvant tout redouter.
Mêlés tels des bestiaux, les voici nivelés
Par un même destin auquel ils vont goûter.

Un maigre balluchon pour unique bagage
Rempli d’objets jugés vitaux en cet instant
Ne les retient pas de devenir des otages
Le plus fort a toujours le dessus. C’est constant.

Depuis cinq ou six ans déjà la croix gammée
Avait acquis sa bien sinistre renommée.
Accueillie par certains en libération
Elle imposait son joug sur bien des nations.

Pieuvre assoiffée de sang et jamais satisfaite,
Son ombre se fermait en forme de tenailles
Sur tous les prisonniers à la mine défaite
Et avec elle la lourde cotte de mailles

D’interrogatoires, d’une sourde méfiance,
Du mensonge, de la haine, aussi du soupçon.
La nature de l’homme est en pleine déviance.
L’animal prime sur l’homme. Quelle leçon !
Les déportés

Ce sinistre wagon, où l’on était en vie…
Les sifflements et par la bien maigre embrasure
La campagne entrevue, tout cela fait envie
Quand la peau reste pour unique couverture.

Cette peau — qui d’entre eux saurait le deviner ? —
Il se pourrait fort bien qu’elle se change un jour
Par le caprice de la nazie dulcinée
En un élégant et si commode abat-jour…
Les déportés

Ce poème est une version corrigée de celui que j'ai publié dans Abécédaire, Éditions de Paris, 2003.
(à suivre...)

mercredi 25 avril 2007

25 avril : saint Marc

25 avril : saint Marc

Saint Marc, qui est fêté aujourd'hui dans l'Église, est l'auteur d'un Évangile. Il ne figure pas au nombre des apôtres, mais il a sûrement connu directement Jésus. On interprète comme autobiographique le récit du jeune homme qui s'enfuie en abandonnant son vêtement au moment de l'arrestation de Jésus à Gethsémani (Marc 14, 51-52). D'après la tradition, la mère de Marc possédait non seulement le Cénacle, où Jésus s'est réuni avec ses apôtres pour prendre le repas avec eux avant sa Passion, (lire la suite) la dernière Cène, et où ils se réuniront avec Marie dans l'attente de la venue du Saint-Esprit (Actes 1, 14) et par la suite (Actes 12, 12), mais aussi le jardin de Gethsémani.
Marc est cousin de Barnabé (Colossiens 4, 10), qui le prend avec lui quand, en compagnie de Paul, il apporte à Jésuralem le fruit de le première collecte effectuée au profit des fidèles de l'Église-mère (Actes 12, 25). Quand l'Esprit Saint confie à Saul et Barnabé une mission d'évangélisation de la Séleucie, ils prnnent Marc avec eux. Mais à un moment donné, il se sépara d'eux et s'en retourna à Jérusalem (Actes 14, 13), manquant sans doute de courage. C'est pourquoi, au moment d'entreprendre un second voyage missionnaire, alors que Barnabé veut s'adjoindre Marc, Paul s'y oppose. N'arrivant pas à s'entendre, Barnabé embarque avec Marc pour Chypre tandis que Paul partait avec Silas pour la Syrie et la Cilicie (Actes 15, 39-40).
Quelques années plus tard, Marc sert d'interprète à Pierre, qui l'appelle "mon fils" ( Pierre 5, 13). Ils devaient se connaître de longue date puisque, lorsque Pierre est libéré miraculeusement de la prison, à Jérusalem, il se rend chez Marie, la mère de Marc (Actes 12, 11-17). L'Évangile de Marc est un reflet vivant de la prédication de Pierre.
Marc sera plus tard un fidèle collaborateur de l'Apôtre Paul, d'abord quand Paul est emmené pour être jugé à Rome : il le qualifie de collaborateur (Philémon 24) et lui confie une mission auprès des Églises d'Asie mineure (Colossiens 4, 10). Paul l'appelle aussi auprès de lui lors de sa deuxième captivité à Rome (2 Timothée 4, 11).
Marc rédige son Évangile en 66-67, date à partir de laquelle nous ne disposons plus d'informations sûres à son sujet. Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique (2, 16), et saint Jérôme dans Les hommes illustres (chapitre 8), indiquent que Marc a fondé l'Église d'Alexandrie, en Égypte. Il serait mort martyr dans le village de Bucoli, près d'Alexandrie. Mais ces traditions sont incertaines. Ses reliques ont été transférées à Venise en 825.
Marc reçoit ce prénom dans Actes 15, 39, alors qu'il est qualifié de Jean Marc dans Actes 12, 12 et 15, 37, et de Jean dans Actes 13, 5-13, ce qui s'explique par le fait, courant à l'époque, de porter deux prénoms, un prénom juif, Jean, et un prénom latin hellénisé, Marc.

mardi 24 avril 2007

Un temoignage essentiel

Un témoignage essentiel

En outre, M. Harold H. Tittmann a publié un ouvrage particulièrement intéressant, The unsilent Pope. Inside the Vatican of Pius XII : The Memoir of an American Diplomat During World War II, paru chez Image en 2004. L'auteur mérite d'être présenté. Quand la guerre éclate, les États-Unis n'avaient pas s de représentant diplomatique auprès du Saint-Siège. Roosevelt nomma Myron Taylor, qui prit ses fonctions le 27 février 1940. Tombant gravement malade peu après; il fut remplacé par Harold Tittmann, secrétaire de l'ambassade des États-Unis en Italie. Il fut accueilli au Vatican même quand le Saint-Siège comprit que l'Italie allait entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne.
Le témoignage de Tittmann est donc essentiel. Or, il contient au moins une demi-douzaine de révélations (lire la suite) de première importance. La plus intéressante, selon W. Doino et J. Bottum, qui ont recensé cet ouvrage, "se trouve peut-être dans le passage relatif aux discussions avec Joseph Mueller, juriste bavarois anti-nazi qui fit office d'intermédiaire entre Pie XII et la résistance allemande : "Le Dr Mueller déclarait que, pendant la guerre, son mouvement antinazi en Allemagne avait toujours beaucoup insisté pour que le pape s'abstienne de faire une quelconque déclaration publique pour condamner les nazis ; il avait demandé que le pape se limite à des généralités. Peu après le début de la guerre, Pie XII avait autorisé Radio-Vatican a condamner explicitement les crimes de guerre perpétrés en Pologne par les nazis contre les catholiques et les Juifs. Mais "les évêques polonais se hâtèrent d'avertir le Vatican qu'après chaque émission de terrible représailles étaient infligées aux populations locales. La pensée que des gens payaient de leur vie les informations diffusées par la radio vaticane empêchait de poursuivre les émissions".
Fin 1942, les diplomates alliés demandèrent à Pie XII de dénoncer publiquement l'horreur du nazisme. Pie XII n'ignorait pas les représailles dont la Hollande avait fait les frais au mois de juillet précédent. Cependant il se montra prête à accéder à cette demande, à condition de dénoncer aussi les crimes de guerre commis par les soviétiques. Les alliés firent alors marche arrière, redoutant la colère de Staline.
Il serait possible de multiplier les informations qui vont dans ce même sens. Un article de David G. Dalin, paru dans The Weekly Standard, le 26 février 2001, précise que "155 couvents et monastères de Rome ont caché environ 5 000 Juifs. Au moins trois mille ont trouvé refuge dans la résidence d'été du pape de Castel Gandolfo. Soixante Juifs ont vécu neuf mois à l'Université grégorienne, et nombreux étaient ceux qui étaient abrités dans le cellier de l'Institut biblique pontifical. Des centaines ont trouvé un sanctuaire dans le Vatican lui-même. Suivant les instructions de Pie, des prêtres italiens, des moines, des religieuses, des cardinaux et des évêques ont permis de préserver la vie de centaines de Juifs. Le cardinal Boetto, de Gênes, en a sauvés au moins 800. L'évêque d'Assise a caché trois cents juifs pendant plus de deux ans. L'évêque de Campagna et de ses parents en ont sauvés 961 autres à Fiume".
À quand une purification de la mémoire ? Les catholiques sont en droit de s'attendre à être mieux respectés par leurs frères aînés. Qu'au moins les voix juives qui se sont fait entendre pendant la guerre et au terme de celle-ci ne soient pas enterrées. Ce serait les faire mentir.

(fin)

lundi 23 avril 2007

Des Juifs témoignent

Des Juifs témoignent

À la mort de Pie XII, en 1958, Madame Golda Meir, alors ministre des Affaires étrangères d'Israël, déclara à l'O.N.U. : "Nous pleurons un grand serviteur de la paix (...), il a maintenu l'idéal de la paix et de la charité. Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du Pape s'est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes" (Le Figaro, 10 octobre 1958). Quand au grand rabbin de Rome, M. Elio Toaff qui, soit dit en passant, devait accueillir Jean-Paul II à la grande synagogue de Rome pour la première venue d'un pape (lire la suite) dans une synagogue depuis saint Pierre, il déclara que les Juifs "se souviendront toujours de ce que l'Église catholique a fait pour eux sur l'ordre du Pape au moment des persécutions raciales. Quand la guerre mondiale faisait rage, Pie XII s'est prononcé souvent pour condamner la fausse théorie des races" (La Documentation Catholique, 26 octobre 1958). Le grand rabbin Safran, de Roumanie, assura que "grâce à ses instructions, les 400 000 Juifs de Roumanie furent sauvés de la déportation" (La Documentation Catholique, 16 août 1964).
On sait que ces faits historiques ont été dénaturés par la pièce Le Vicaire. Alors que la polémique par elle suscitée battait son plein, M. Pinhas Lapide, consul général d'Israël à Milan sous le pontificat de Pie XII, affirme, nous sommes en 1964, que
"le Pape personnellement, le Saint-Siège, les nonces et toute l'Église catholique ont sauvés de 150 000 à 400 000 Juifs d'une mort certaine (...). Je comprends très mal que l'on s'en prenne maintenant à Pie XII, alors que pendant de nombreuses années on s'est plu, en Israël, à lui rendre hommage. Au lendemain de la libération de Rome, j'ai appartenu à une délégation de soldats de la brigade paslestinienne qui a été reçue par le Pape et qui lui a transmis la gratitude de l'Agence juive, qui était l'organisme dirigeant le Mouvement sioniste mondial, pour ce qu'il avait fait en faveur des Juifs" (Le Monde, 3 janvier 1964).
Telle est la vérité, que certains travestissent sans vergogne. Les historiens ont depuis longtemps montré, documents à l'appui, la véracité des déclarations
ci-dessus. Le diplomate Pinhal Lapide déjà mentionné, écrit dans son ouvrage Three Popes and the Jews, publié en 1967, après avoir interrogé de nombreux survivants de l'Holocauste, que Pie XII a est "l'instrument qui a permis de sauver au moins 700 000 et probablement jusqu'à 800 000 Juifs d'une mort certaine entre les mains des nazis".

(à suivre...)

dimanche 22 avril 2007

La commemoration de la Shoah


La commémoration de la Shoah


La Shoah est commémorée cette semaine au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Le représentant du Saint-Siège sur place, Monseigneur Antonio Franco, a fait savoir dans un premier temps qu'il ne participerait pas à cette célébration à cause de la façon dont le pape Pie XII y est présenté. En effet, une photo du pape le présente parmi ceux "dont on devrait avoir honte pour ce qu'ils ont fait contre les Juifs". "Cette photo offense toute l'Église catholique", écrit Mgr Franco au directeur du mémorial.
Même si Mgr Franco est revenu sur son refus, une telle présentation de Pie XII est non seulement regrettable, mais une atteinte à la vérité historique. (lire la suite)
On peut déplorer que des hommes qui entendent faire mémoire du passé aient la mémoire courte. Les Juifs contemporains des événements sont les mieux placés pour juger, dans le contexte de la deuxième Guerre mondial et la psychologie du moment, quelle fut l'attitude réelle de Pie XII.

Einstein déclara, dans un article publié dans Time magazine en décembre 1940, que "l'Église catholique a été la seule à élever la voix contre l'assaut mené par Hitler contre la liberté. Jusqu'à cette époque, l'Église n'avait jamais retenu mon attention, mais aujourd'hui j'exprime ma grande admiration et mon profond attachement envers cette Église qui, seule, a eu le courage de lutter pour les libertés morales et spirituelles". En 1943, Chaim Weizmann, qui devait devenir le premier président de l'État d'Israël, écrivit que "le Saint-Siège est en train d'apporter son aide puissante partout où il le peut, afin d'atténuer le sort de mes co-religionnaires persécutés". Moshe Sharett, second premier ministre d'Israël, rencontra Pie XII à la fin de la guerre et, a-t-il déclaré, "je lui ai dit que mon premier devoir était de le remercier, et à travers lui l'Église catholique, au nom du peuple Juif pour tout ce qu'ils avaient fait dans les différents pays pour sauver les Juifs". Le rabbin Isaac Herzog, principal rabbin d'Israël, envoya un message en février 1944 rédigé en ces termes : "Le peuple d'Israël n'oubliera jamais que Sa Sainteté et ses illustres délégués, inspirés par les principes éternels de religion, qui forment les fondations d'une véritable civilisation, font pour nos frères et sœurs infortunés dans l'heure la plus tragique de notre histoire, qui est une preuve vivante de la divine Providence en ce monde". En septembre 1945, Leon Kubowitzky, secrétaire général du Congrès juif mondial fit un don de 20 000 $ aux œuvres charitables du Vatican "en reconnaissance pour le travail du Saint-Siège pour sauver des Juifs des persécutions fasciste et nazie".
Dès avril 1945, "le congrès des communautés israélites d'Italie adressa à Pie XII un message de gratitude pour son action protectrice. En 1946, soixante-dix Juifs rescapés des camps de déportation se rendirent à Rome, animés des mêmes sentiments. En 1955, c'est un orchestre de quatre-vingt-quatorze musiciens juifs originaires de quatorze pays qui vont au Vatican donner un concert en "remerciement pour l'œuvre humanitaire grandiose accomplie par Sa Sainteté pour suaver un grand nombre de Juifs pendant la deuxième Guerre mondiale". Le palais de l'actuelle nonciature à Rome près la République italienne est un don du sénateur Lévi à Pie XII en remerciement de tout ce que le Pape avait fait pour les Juifs, hébergés, comme partout en Europe, dans des monastères, des séminaires jusque dans le Palais de Castel Gandolfo, voire enrôlés dans la Garde suisse du Vatican !" (J.-B. d'Onorio, Pie XII et la Cité, Téqui, Presses Universitaires d'Aix-Marseille, 1988, p. 46-48, à qui j'emprunte aussi les exemples qui suivent).

(à suivre...)

samedi 21 avril 2007

Dieu est-il vraiment Tout-Puissant ?


Dieu est-il vraiment Tout-Puissant ?

La question est posée à propos de "l'affaire Kegelin". C'est ainsi que Dieu se présente lui-même, par exemple à Abraham : "Je suis El-Cheddaï" (Genèse 17, 1), c'est-à-dire le Tout-Puissant. Donc, dans l'absolu, Dieu est effectivement Tout-Puissant.
Dans la réalité, il a lui-même limité sa Toute-Puissance de deux façons. La première limite qu'il s'est imposée est celle du monde qu'il a créé : celui-ci suit les lois de la physique. Certes, Dieu peut y déroger, (lire la suite) par exemple en faisant que le soleil s'arrête quelques minutes dans sa course comme lors d'une des apparitions de la Sainte Vierge à Fatima en 1917, mais il ne le fait que rarement.
La deuxième limite, autrement redoutable quant à ses conséquences, est la liberté humaine. En créant l'homme, Dieu n'a pas créé une marionnette. "En créant l'homme à son image et à sa ressemblance, (Dieu) inscrit dans le cœur de celui-ci la loi de son propre développement, et le rend capable de découvrir cette loi plus ou moins clairement par lui-même, parce qu'il est une créature douée de raison" (Catéchisme des évêques de France, n° 495). Or, l'homme a mal utilisé cette liberté, en se dressant contre Dieu et en commettant un premier péché, le "péché originel", qui marque désormais la nature humaine et qui inscrit le mal en elle. Dieu respecte toujours cette liberté de l'homme, sans aucune exception, car il éprouve un Amour et un respect infini pour lui.
Alors, Dieu reste-t-il indifférent au mal dont souffrent les hommes ? Permet-il froidement le mal sans rien faire ? Non, mille fois non ! Le pape Benoît XVI nous a fait remarquer que face au "non" de l'homme, c'est-à-dire en présence du mauvais usage que celui-ci a fait de sa liberté, "Dieu ne s'est pas avoué vaincu", mais qu'il a cherché à "conquérir de nouveau" le cœur de l'homme (Message pour le Carême 2007).
Comment ? En prenant sur lui toutes les souffrances humaines : en envoyant son Fils épouser notre condition humaine, puis mourir sur la Croix pour offrir à son Père la réparation due pour nos péchés.
Le mal a trouvé sa solution dans la victoire de la Croix et de la Résurrection du Christ. Ce que nous ne comprenons pas s'éclaire au feu de l'Amour de Dieu pour les hommes.
Dieu n'est-il pas Tout-Puissant ? Assurément. Il le reste. Autrement il ne serait pas le Dieu auquel croients juifs et chrétiens. Il montre précisément sa Toute-Puissance en s'incarnant et en remportant la victoire définitive sur satan et ses démons.
Dieu n'est-il pas pure Bonté ? Bien sûr que si. Autrement il ne serait pas le Dieu que nous adorons et que nous aimons et vers lequel notre vie tout entière est orientée. Il montre justement sa Bonté en voulant conquérir de nouveau notre cœur et nous faire sentir que, quoi qu'il arrive dans notre vie, nous sommes et restons aimés d'un Amour fou.
Dieu est-il Incompréhensible ? Oui, en très grande partie. Il nous dépasse tellement, puisque tout en Lui est de l'ordre de l'infini, que nous ne le connaissons que très imparfaitement, comme "dans un miroir, d'une manière obscure" (1 Corinthiens 13, 12). Autrement il ne serait pas le Dieu en qui nous mettons notre confiance. Mais il s'est fait connaître suffisamment pour que nous sachions que "Dieu est Amour" (1 Jean 4, 16) et que Dieu est "notre Père" (Matthieu 6, 9).
Alors Dieu permet-il le mal ? Dans un certain sens oui, puisqu'il respecte les libres choix des hommes. Non, en ce sens qu'il est intervenu il y a deux mille ans pour donner un sens à ce mal : celui de la Croix, instrument de salut qui unit la terre au ciel.
À nous, par notre confiance en Dieu, à montrer que nous avons accepté cet Amour de Dieu. Dieu a fait tout ce qu'Il pouvait. Étant Dieu, il pouvait beaucoup : la Croix est une pure folie d'Amour. À nous de faire tout ce que nous pouvons, aidés par la grâce de Dieu, fortifiés par la prière et les sacrements : porter notre croix à la suite du Christ, tel Simon de Cyrène, assurés que nous aussi, nous passons de la mort à la vie dans le Christ, que tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu (Romains 8, 28).

vendredi 20 avril 2007

20 avril : anniversaire de l'election du prelat de l'Opus Dei

20 avril : anniversaire de l'élection du prélat de l'Opus Dei

Le 20 avril 1994, Monseigneur Xavier Echevarria était élu prélat de l'Opus Dei. Il succédait à Monseigneur del Portillo, qui avait lui-même été élu pour remplacer le fondateur, saint Josémaria Escriva. Tous deux avaient été les proches collaborateurs du fondateur. Le pape Benoît XVI a tenu à se joindre aux hommages adressés à Monseigneur Echevarria à l'occasion de (lire la suite) ses noces d'or sacerdotales, dans un message daté du 9 juillet 2005 : "En gouvernant la Prélature et en contemplant en elle la grâce de Dieu, par ton exemple, tes écrits, ta parole et tes voyages pastoraux, tu n'a de cesse d'exhorter ses membres à demeurer dans le Seigneur d'un cœur ferme. Lorsque tu encourages le désir de sainteté personnelle et le zèle apostolique de tes prêtres et laïcs, tu vois non seulement grandir le troupeau qui t'a été confié, mais tu rends en plus un service efficace à l'Église dans l'urgente évangélisation de la société actuelle."
Le saint-père relevait encore que le prélat de l'Opus Dei porte dans son cœur "la défense de la vie, de la famille et du mariage, ainsi que la formation et le soin pastoral des jeunes".
Monseigneur Echevarria avait laissé transparaître ses sentiments quand il avait célébré ses noces d'or sacerdotales, dans une lettre datée du 22 septembre 2005. Évoquant la remarque de saint Josémaria : "qu'une vie est peu de chose, pour l'offrir à Dieu !" il s'unissait à l'action de grâces du fondateur la veille de ses propres noces d'or sacerdotales : "La vie de chacun doit être une action de grâces. En effet, comment l'Opus Dei s'est-il fait ? C'est toi, Seigneur, qui l'a fait, avec quatre gringalets (...). Toute la doctrine de saint Paul s'est vérifiée : Tu as cherché des moyens totalement illogiques, nullement aptes, et tu as répandu ce travail apostolique de par le monde."
"Si vous voulez être spécialement unis à moi dans votre prière, ajoutait le prélat, je vous supplie de demander au Seigneur que ces propos d'un saint prêtre s'enracinent profondément dans mon cœur, de sorte que je me les approprie en toute sincérité. (...) Je demande pardon à tous pour mes manques de réponse à la grâce et mes manques de service, pour les offenses éventuelles que j'ai pu vous faire, pour les fois où je me suis peut-être comporté avec quelqu'un sans tenir compte de la réalité formidable que nous sommes tous des enfants bien-aimés de Dieu et des frères de Jésus-Christ."
Une référence explicite à la Mère de Dieu ne pouvait pas manquer : "Marie, femme eucharistique, est aussi la Femme fidèle auprès de la Croix. Avec son fiat ! prononcé à l'Annonciation, prolongé sans relâche tout au long de sa vie, elle a répondu à l'amour de Dieu avec le don total de sa personne. Elle prend maintenant soin de nous, ses enfants, et nous entoure de son amour maternel. (...) En gage de mon identification à son Fils crucifié, je supplie Sainte Marie de m'apprendre - de nous apprendre à tous - à aimer davantage le Christ, le Père et le Saint-Esprit. Fac ut ardeat cor meum in amando Christum Deum" ("faites que mon cœur brûle d'amour du Christ, mon Dieu").
Je demande donc au lecteur une petite prière pour Mgr Echevarria.

jeudi 19 avril 2007

19 avril : anniversaire de l'election de Benoit XVI


19 avril : anniversaire de l'élection de Benoît XVI

Le pape Benoît XVI a été élu pour succéder à Jean-Paul II il y a deux ans jour pour jour. Dans son premier message, le 265ème pape de l'histoire soulignait d'abord le fait que "les funérailles de Jean-Paul II ont été une expérience véritablement extraordinaire, au cours de laquelle l'on a d'une certaine façon perçu la puissance de Dieu qui, à travers son Église, veut former une grande famille avec tous les peuples, grâce à la force unificatrice de la Vérité et de l'Amour". Ce fut aussi, pouvons-nous ajouter, une catéchèse à l'échelle planétaire.
Le pape relevait quelques instants plus tard que son élection (lire la suite) intervenait au cours d'une année dont son prédécesseur avait voulu faire une année consacrée à l'Eucharistie. "Comment ne pas saisir dans cette coïncidence providentielle un élément qui doit caractériser le ministère auquel j'ai été appelé ? se demandait-il. L'Eucharistie, cœur de la vie chrétienne et source de la mission évangélisatrice de l'Église, ne peut que constituer le centre permanent et la source du service pétrinien (de Pierre) qui m'a été confié. L'Eucharistie rend constamment présent le Christ ressuscité, qui continue de se donner à nous, en nous appelant à participer au banquet de son Corps et de son Sang. De la pleine communion avec Lui naît un autre élément de la vie de l'Église, en premier lieu la communion entre tous les fidèles, l'engagement d'annoncer et de témoigner l'Évangile, l'ardeur de la charité envers tous, en particulier envers les pauvres et les petits."
On sait que ces préoccupations se retrouvent dans la première lettre encyclique de Benoît XVI, Deus caritas est, Dieu est Amour", selon l'expression de saint Jean dans sa première épître (4, 16). Elles figuraient aussi dans le message de Benoît XVI pour le Carême de l'année en cours. D'autre part, il a échu à Benoît XVI de publier une exhortation apostolique sur l'Eucharistie, Sacramentum caritatis, "le sacrement de la charité", qui reprend les conclusions des Pères du synode des évêques sur l'Eucharistie. Dans ce document, le pape annonce la parution d'un Compendium eucharistique, qui "comprendra des textes du Catéchisme de l'Église catholique, des prières, des explications des Prières eucharistiques du Missel et tout ce qui pourra se révéler utile pour la compréhension correcte, pour la célébration et pour l'adoration du Sacrement de l'autel. Je souhaite que cet instrument puisse contribuer à faire en sorte que le mémorial de la Pâque du Seigneur devienne chaque jour davantage source et sommet de la vie et de la mission de l'Église. Cela stimulera tous les fidèles à faire de leur vie un véritable culte spirituel" (n° 93).
Nous en attendons désormais la publication, tout en priant pour le pape, nous rappelant l'appel qu'il a lancé le jour de son installation sur le siège de Pierre à prier "pour que j'apprenne à aimer de plus en plus son troupeau (du Seigneur) - vous, la sainte Église, chacun de vous individuellement et vous tous ensemble. Priez pour moi, pour que je ne prenne pas la fuite, par peur, devant les loups".

mercredi 18 avril 2007

L'affaire Kegelin

Dieu permet-il le mal ? L'affaire Kegelin


Alors que l'affaire de la petite Jeanne-Marie Kegelin, enlevée et sauvagement assassinée en 2004, est jugée en Cour d'Assise, une question fondamentale est posée, d'abord par les parents et les sept frères et sœurs de la victime : Pourquoi le Seigneur a-t-il permis que Jeanne-Marie soit l'objet de la bestialité et de la perversité humaines ? Pourquoi un tel mal ? La prière est-elle inefficace ? La question est posée de façon plus abrupte par (lire la suite) un lecteur de Famille chrétienne, en réaction à l'homélie de l'enterrement de la fillette au cours duquel le prêtre avait affirmé de Dieu à propos de l'événement horrible : "Il l'a permis, en effet". "De deux choses l'une, écrit le lecteur : ou Dieu peut faire quelque chose pour faire cesser le malheur des hommes, ou il ne le peut pas. S'il le peut et qu'il ne le fait pas, c'est la créature la plus monstrueuse qui puisse être imaginée. S'il ne le peut pas et tel est bien notre Dieu, c'est qu'il est la victime. Comment la victime pourrait-elle "permettre", ou "interdire" l'action des bourreaux ? La victime ne peut que se taire, tel Jésus (ou la petite Jeanne-Marie, c'est tout un), dont l'Évangile dit si bien : "Il l'interrogea donc avec force parole, mais il ne lui répondit rien." Le cri le plus païen qui soit est celui des passants devant la croix : "Que le Christ descende de la croix... que nous croyions." Autrement dit : "Dieu, fais cesser la violence." Le seul qui peut faire cesser la violence, c'est le violent, pas le violenté. En lisant ce sermon, qui, à l'évidence, justifie le mal (la fin justifie les moyens...), on ne peut qu'être très inquiet : croyons-nous au même Dieu ?"
Tel est le problème classique et récurrent du rapport de Dieu au mal. Si Dieu est tout-puissant et la bonté même, comment peut-il permettre les violences gratuites, les guerres et le mal en général ? Les Juifs qui ont vu s'abattre sur eux le cataclysme de la Shoah se sont interrogés eux aussi : Dieu les avait-il abandonnés, ou bien payaient-ils leur mauvaise conduite ? Certains penchèrent pour cette deuxième option, au grand scandale des autres.
Pour en revenir au lecteur de Famille chrétienne, je laisse de côté ce qui n'est peut-être qu'un lapsus calami, lorsqu'il écrit que Dieu serait "la créature la plus monstrueuse qui puisse être imaginée", puisque Dieu n'est pas une créature, mais le Créateur de l'univers et de tout ce qu'il contient, "Créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible", comme nous le professons dans le Credo.
Pour assister la famille par la prière pendant le procès, joindre http://jeanne-marie.over-blog.fr

(à suivre...)