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dimanche 22 juillet 2007

Le progres materiel


Le progrès matériel

« Nul ne peut contester que ce progrès matériel existe et qu’il nous apporte de réels biens matériels. Mais ces biens sont tout relatifs, car ils ne nous sont vraiment utiles que si nous en faisons un bon usage et nous pouvons en faire un très mauvais usage si notre état de progrès, de développement social, moral, spirituel ne va pas de pair avec leur possession. Ils sont dans nos mains un moyen ou un instrument précieux, ils sont un instrument de la civilisation, mais ce n’est pas en eux que consiste la civilisation, car il ne nous sont vraiment bons que s’il y a en eux cette bonté intérieure, morale ou spirituelle, qui (lire la suite) nous permettra de nous en bien servir, ce qui revient à dire que la civilisation, la vraie civilisation est dans l’homme, à l’intérieur de son âme, dans sa vie morale et spirituelle, et non dans les biens extérieurs, étrangers à lui, dont il peut faire usage.
Aux hommes de son temps qui cherchaient « le royaume de Dieu » en des triomphes extérieurs, le Christ rappelait que « le royaume de Dieu est au-dedans de nous » (qu’il consiste dans la vie de la foi et de la charité au fonds des âmes) : aujourd’hui, ce n’est plus seulement le royaume de Dieu dont il faut rappeler aux hommes l’intériorité, c’est la civilisation elle-même, dont il faut leur dire qu’elle est en nous, qu’elle est dans l’homme, de même que parlant de la crise on a pu s’apercevoir bien vite qu’elle n’était pas purement économique et reconnaître que, selon une formule célèbre, « la crise est dans l’homme » (Jean Daujat, La nécessaire conversion, Paris, 1953, p. 21-22).
Nous ne pouvons pas oublier que des progrès ne sont possibles - à un rythme accéléré même, comme de nos jours - que parce que l'intelligence humaine est une étincelle de l'intelligence divine, que parce que Dieu a doté l'homme d'une partie de son pouvoir sur la création : "Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder" (Genèse 2, 15). Mais ce progrès dans la maîtrise du monde et de ses éléments n'est positif et enrichissant pour l'homme que s'il s'accompagne d'une maîtrise de soi - de ses passions et de son penchant pour le mal - et d'un enrichissement spirituel par le développement des vertus et la recherche de Dieu : "Quel profit, en effet, aurait l'homme, quand il gagnerait l'univers, si c'est au détriment de son âme ?" (Matthieu 16, 26).
Or, "dans l’ordre religieux l’homme reste l’homme et que Dieu reste Dieu. Dans ce domaine, le comble du progrès est déjà atteint : c’est le Christ, alpha et oméga, commencement et fin (Apocalypse 21, 6).
Dans la vie spirituelle, il n’y a pas de nouvelle époque à laquelle il faudrait parvenir. Tout a déjà été donné dans le Christ, qui est mort, qui est ressuscité, qui vit et demeure toujours. Mais il nous faut nous unir à Lui par la foi, en laissant sa vie se manifester en nous, afin que l’on puisse dire que chaque chrétien est non plus alter Christus, mais ipse Christus, le Christ lui-même !
Instaurare omnia in Christo, telle est la devise que saint Paul donne aux chrétiens d’Éphèse (Éphésiens 1, 10) ; ordonner toutes choses selon l’esprit de Jésus, placer le Christ au sein même de toutes choses. (...) quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tout à moi (Jean 12, 32). Le Christ, par son incarnation, par sa vie de travail à Nazareth, par sa prédication et ses miracles dans les terres de Judée et de Galilée, par sa mort sur la Croix, par sa résurrection, est le centre de la création, l’Aîné et le Seigneur de toute créature" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, nos 104-105).
C'est Dante qui écrivait dans La Divine comédie (« Enfer », chant VII), à propos des damnés :
« Mal dépenser et mal amasser leur a fermé le monde de la beauté,
Et les a jetés dans cette bataille ;
Ce qu’elle est, je n’ai point à l’embellir.
Ainsi tu peux voir, cher fils, quelle brève illusion
Est celle des biens confiés à la Fortune,
Et qui font se tourmenter l’humanité ;
Car tout l’or qui est et qui fut déjà sous la lune
Ne pourrait permettre de se reposer
À une seule de ces âmes fatiguées. »

samedi 21 juillet 2007

L’homme est bon

L’homme est bon

Nous avons déjà vu que le monde est bon. Je veux aujourd’hui dire que l’homme aussi est bon, alors que nous voyons tant de méchanceté autour de nous, que le monde retentit de bruits de guerres et d’attentats meurtriers.
Cette bonté foncière, naturelle, de l’homme ne peut pas être mise en doute. Il arrive d’ailleurs qu’en présence de quelqu’un de spécialement bon, on dise qu’il n’a pas le péché originel. C’est reconnaître qu’avant ce péché d’Adam et Ève, l’état de l’homme (lire la suite) était de bonté. Non celle du « bon sauvage » de Rousseau, qui ne fait aucune référence à Dieu. Or, Dieu, qui est la Bonté en personne, est source de toute bonté. Quand il crée l’homme et la femme, il se complaît dans sa création en voyant que « cela était très bon » (Genèse 1, 31).
Alors d’où vient le mal ? J’en ai parlé aussi les 28 et 30 septembre 2006. Ici, comme il est plus précisément question de l’homme, écoutons le Seigneur lui-même nous enseigner que « c’est du cœur de l’homme que sortent pensées mauvaises, meurtres, adultères, impudicités, vols, faux témoignages, blasphèmes » (Matthieu 15, 19).
Autrement dit, c’est notre cœur qu’il faut réformer. « Vivre selon le Saint-Esprit, c’est vivre de foi, d’espérance et de charité ; c’est laisser Dieu prendre possession de nous et changer radicalement notre cœur pour le faire à sa mesure. Une vie chrétienne mûre, profonde et forte ne s’improvise pas ; elle est le fruit de la croissance en nous de la grâce de Dieu (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 134). « Ô Dieu,crée pour moi un cœur pur, et donne-moi un esprit nouveau et ferme » (Ps 51 (50), 12). Et Dieu promet par la bouche du prophète Ézéchiel (36, 26-27) : « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrais en vous mon Esprit, et je ferai que vous suiviez mes ordonnances, que vous gardiez mes lois et que vous les pratiquiez. »
C’est la prière qu’il convient d’adresser à Dieu en passant par la Sainte Vierge, car tous nous avons peu ou prou un cœur endurci, qui a besoin de se ramollir auprès du feu débordant du Cœur Sacré de Jésus. « Si vous cherchez Marie, vous trouverez Jésus. Et vous apprendrez à comprendre un petit peu ce qu’il y a dans ce cœur de Dieu qui s’anéantit, qui renonce à manifester son pouvoir et sa majesté, pour se présenter à nous sous la forme d’un esclave (cf. Philippiens 2, 6-7) » (saint Josémaria, Ibid., n° 144).

vendredi 20 juillet 2007

La Lumiere face aux tenebres


La Lumière face aux ténèbres

Le Christ s'approprie cette image, confirmant ainsi son caractère messianique : "Tant que je suis dans le monde, je suis la Lumière du monde" (Jean 9, 5) ; "Je suis la Lumière du monde. Celui qui me suivra ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie" (Jean 8, 12). Peu avant de souffrir sa Passion, il annonce dans ses dernières déclarations publiques : "C'est pour bien peu de temps que la Lumière est encore parmi vous. Marchez tant que vous avez la Lumière, pour n'être pas pris par les Ténèbres, car celui qui marche dans les Ténèbres (lire la suite) ne sait pas où il va. Tant que vous avez la Lumière, croyez en la Lumière pour devenir des enfants de lumière" (Jean 12, 35-36) ; "Moi, c'est comme Lumière que je suis venu dans le monde, afin que quiconque croit en moi ne reste pas dans les Ténèbres" (Jean 12, 46).
Nous pouvons déduire de ces affirmations que la venue de Jésus parmi les hommes conduit à une confrontation entre la Lumière et les Ténèbres, entre Dieu et satan, entre le Bien et le Mal. Or, Jésus établit le jugement : "C'est que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal, hait la lumière, de peut que ses œuvres ne soient blâmées. Mais celui qui accomplit la vérité, vient à la lumière, afin qu'il soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu" (Jean 3, 19-21). Emblématique en ce sens est le moment où
Judas sort de la dernière Cène que Jésus mange avec ses apôtres pour aller le livrer aux grands prêtres des Juifs : "C'était de nuit", souligne saint Jean (13, 30). Et comme Jésus le déclare quelques heures plus tard à ceux qui viennent l'arrêter au jardin de Gethsémani, "voici votre heure, et c'est le pouvoir des Ténèbres" (Luc 22, 53).
Le baptême est la porte qui donne accès à l'amour et à la connaissance de Dieu et qui transforme l'homme d'enfant de la colère (Éphésiens 2, 3) en enfant de Dieu, en enfant de lumière. Le bain du baptême "est appelé illumination, parce que ceux qui reçoivent cet enseignement (catéchétique) ont l'esprit illuminé..." (saint Justin, Apologie 1, 61, 12). "Ayant reçu dans le baptême le Verbe, "la lumière véritable qui illumine tout homme" (Jean 1, 9), le baptisé, "après avoir été illuminé" (Hébreux 10, 32) est devenu "fils de lumière" (1 Thessaloniciens 5, 5), et "lumière" lui-même (Éphésiens 5, 8)" (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1216). Les hommes sont devenus "enfants de Dieu. — Porteurs de la seule flamme capable d'illuminer les chemins terrestres des âmes, de la seule flamme qui ne sera jamais mêlée d'ombres, de pénombres ou d'obscurités" (saint Josémaria, Forge, n° 1), "des enfants de la lumière, des frères de la lumière (...), porteurs de l’unique flambeau capable d’embraser les cœurs faits de chair" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 66).

(à suivre...)

jeudi 19 juillet 2007

Les manifestations de Dieu aux hommes

Les manifestations de Dieu aux hommes


Toute manifestation de Dieu, toute "épiphanie", est un mystère de lumière.
"La vraie source de lumière, l'"Astre d'en haut qui vient nous visiter" (cf. Luc 1, 78), c'est le Christ, explique le pape Benoît XVI. Dans le mystère de Noël, la lumière du Christ rayonne sur la terre, en se diffusant comme par cercles concentriques. Tout d'abord sur la sainte Famille de Nazareth : la Vierge Marie et Joseph sont illuminés par la présence divine de l'Enfant Jésus. La lumière du Rédempteur se manifeste ensuite aux bergers de Bethléem qui, avertis par l'ange, accourent immédiatement à la grotte et y trouvent le "signe" qui leur avait été annoncé : un enfant (lire la suite) enveloppé de langes et couché dans une mangeoire (cf. Luc 2, 12). Les bergers, avec Marie et Joseph, représentent ce "reste d'Israël", les pauvres, les anawim, auxquels est annoncée la Bonne Nouvelle. L'éclat du Christ parvient enfin jusqu'aux Rois mages, qui constituent les prémices des peuples païens. Les palais du pouvoir de Jérusalem restent dans l'ombre et la nouvelle de la naissance du Messie y est annoncée paradoxalement par les Rois mages et suscite non pas la joie, mais la crainte et des réactions hostiles. Mystérieux dessein de Dieu : "Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises" (Jean 3, 19)" (Benoît XVI, Homélie en la solennité de l'Épiphanie, 6 janvier 2006). Et le pape d'ajouter que "les Rois Mages ont adoré un simple Enfant dans les bras de sa Mère Marie, car, en Lui, ils ont reconnu la source de la double lumière qui les avait guidés : la lumière de l'étoile et la lumière des Écritures. Ils ont reconnu en Lui le Roi des Juifs, gloire d'Israël, mais aussi le Roi de toutes les nations" (Ibid.).
La lumière se manifeste encore à Pierre, Jacques et Jean quand Jésus les prend avec lui sur le mont Thabor, où il se transfigure sous leurs yeux.
Bien évidemment, la Lumière qu'est le Christ resplendit de façon toute particulière au moment de sa Résurrection, le matin de Pâques : "Aujourd'hui s'est levée la lumière du monde, aujourd'hui est apparu le soleil de justice dont les rayons apportent le salut" (saint Jérôme, In die dominica Paschae homilia 2). Cette lumière est symbolisée par le cierge allumé au cours de la veillée pascale à partir du feu que le prêtre a béni au préalable en disant : "Seigneur, notre Dieu, par ton Fils qui est la lumière du monde, tu as donné aux hommes la clarté de ta lumière ; daigne bénir cette flamme qui brille dans la nuit ; accorde-nous, durant ces fêtes pascales, d'être enflammés d'un si grand désir du ciel que nous puissions parvenir, avec un cœur pur, aux fêtes de l'éternelle lumière. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur." Le sens spirituel de la cérémonie du feu est évident. Au moment d'allumer le cierge pascal, le célébrant dit la prière suivante : "Que la lumière du Christ, ressuscitant dans la gloire, dissipe les ténèbres de notre cœur et de notre esprit." Puis le cierge est porté en procession dans l'obscurité en chantant une première fois Lumen Christi, "Lumière du Christ", acclamation à laquelle le peuple répond : Deo gratias, "Nous rendons grâce à Dieu". Arrivés au seuil de l'église, le diacre s'il est présent reprend une deuxième fois l'acclamation, un ton plus haut. On allume alors les cierges de tous les fidèles à la flamme du cierge pascal. Parvenu à l'autel, les ministres se tournent vers l'assemblée et le diacre entonne une troisième fois Lumen Christi, encore un ton plus haut. Toutes les lumières de l'église, jusque-là éclairée par les seuls cierges, sont alors allumées. Placé sur un chandelier ad hoc, le cierge est encensé, marquant par là l'importance accordée à cette lumière qui a été acclamée comme lumière du Christ. Il est allumé lors de la messe et des différentes célébrations jusqu'à la Pentecôte, qui marque la fin du temps pascal.
Depuis lors, cette Parole nous est adressée par l'Esprit Saint. La Parole proclamée dans la liturgie est lumière du Paraclet "qui parle en langage humain pour que notre intelligence comprenne et contemple, pour que notre volonté se fortifie et pour que l'action s'accomplisse" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 89).

(à suivre...)

mercredi 18 juillet 2007

Les manuscrits de Montesquieu sauves


Les manuscrits de Montesquieu sauvés


Mon ancêtre Jean d’Arcet a joué un rôle important dans la conservation des manuscrits de Montesquieu. Fils de François d’Arcet, Lieutenant général du baillage de Gascogne, Jean était né en 1724, à Chalosse, près de Saint-Sever. Son père, « magistrat austère et fortuné, était très considéré au Parlement de Bordeaux, qui ne cassa jamais aucun de ses arrêts. Il voulait que son fils aîné Jean lui succéda dans sa charge. Après de bonnes études au collège d’Aire-sur-Adour, il l’envoya faire son droit à Bordeaux. Mais Jean profita de sa liberté pour (lire la suite) suivre des cours de sciences vers lesquelles il était invinciblement attiré. Et plutôt que de poursuivre vers la magistrature, il accepta de céder son droit d’aînesse à un frère d’un second lit, et de se priver des subsides paternels, sans pour autant rompre avec son père. Pour continuer ses études de science, il donna des leçons de latin au fils d’un savetier qui lui amena d’autres élèves, et il put ainsi commencer sa médecine.
Son camarade Augustin Roux, qui devait plus tard devenir professeur de chimie à la Faculté de Médecine de Paris, le présenta au Président de Montesquieu, qui s’intéressa à lui, et l’emmena à Paris en 1742 au service de son fils.
Et très vite, tout en continuant ses études personnelles et les devoirs de sa charge, Jean d’Arcet acquit la confiance totale, l’estime et l’admiration du grand écrivain, dont il devint le secrétaire, amassant et classant pour lui les matériaux qui allaient servir à son dernier ouvrage, « L’esprit des Lois », publié en 1748. Dans les années qui suivirent, le livre eut un retentissement considérable et suscita bien des polémiques. Défendu par la marquise de Pompadour, il était attaqué par la Sorbonne et les Jésuites. La confiance de Montesquieu envers Jean d’Arcet était telle qu’au moment de mourir il lui demanda de prendre en garde ses manuscrits, pour que ses adversaires ne puissent s’en emparer et les détruite ou les modifier. Et le 10 février 1755, devant le corps de Montesquieu qui venait de rendre le dernier soupir, après avoir reçu les sacrements du curé de Saint-Sulpice, Jean d’Arcet dut employer la force pour chasser deux Jésuites, le père Routh et le père Castel, qui voulaient lui arracher les clefs de la bibliothèque du Président. »

Dr Michel Valentin, « La vie et la famille de Joseph d’Arcet (1777-1844) », Sécurité et Médecine du Travail, n° 34, janvier-mars 1975, p. 31.

mardi 17 juillet 2007

Le Christ, Lumiere de l'homme, l'homme, lumiere du Christ


Le Christ, Lumière de l'homme, l'homme, lumière du Christ


La venue de la Lumière dans le monde

"Au commencement était le Verbe (...). En Lui était la Vie, et la Vie était la Lumière des hommes. (...) La Lumière vraie, qui éclaire tout homme venait dans le monde" (Jean 1, 1.4.8). Cette Lumière commence à se manifester au jour de Noël, au moment précis où le soleil regagne progressivement de la hauteur et où la durée des jour s'allonge de nouveau, donc où la lumière dissipe peu à peu les ténèbres, l'obscurité de la nuit. (lire la suite)
Cette réalité physique est évocatrice de la lumière divine qui vient chasser du cœur de l'homme les ténèbres du péché. C'est "la lumière du bien qui vainc le mal, de l'amour qui dépasse la haine, de la vie qui l'emporte sur le mort" (Benoît XVI, Audience générale, 21 décembre 2005). De quelle lumière parlons-nous ? Nous disons que le Christ lui-même est Lumière. Écoutons saint Jean affirmer à la fois que "Dieu est Lumière, en lui point de ténèbres" (1 Jean 1, 5) ; puis il ajoute : "Dieu est amour" (1 Jean 4, 16)". "Ces deux affirmations, mises ensemble, nous aident à mieux comprendre: la lumière, apparue à Noël, et qui se manifeste aujourd'hui aux nations, est l'amour de Dieu, révélé dans la Personne du Verbe incarné. Les Rois mages arrivent d'Orient, attirés par cette lumière. Dans le mystère de l'Épiphanie, par conséquent, en plus d'un mouvement de rayonnement vers l'extérieur, se manifeste un mouvement d'attraction vers le centre qui achève le mouvement déjà inscrit dans l'Ancienne Alliance. La source d'un tel dynamisme est Dieu, Un dans la substance et Trine dans les Personnes, qui attire tout et tous à lui. La Personne incarnée dans le Verbe se présente ainsi comme le principe de réconciliation et de récapitulation universelle (cf. Ep 1, 9-10)" (Benoît XVI, Homélie en la solennité de l'Épiphanie, 6 janvier 2006).
Le Christ est cette lumière. C'est ce que saint Paul veut dire quand il écrit dans l'épître à son disciple Tite (2, 11) : "La grâce de Dieu est apparue." En effet, comme le pape Benoît XVI le fait remarquer, "l'expression «est apparue» (est manifestée) appartient au langage grec et, dans ce contexte, dit la même chose que ce que l’hébreu exprime par les mots «une lumière resplendit»: l’«apparition» – l’«épiphanie» – est l’irruption de la lumière divine dans le monde plein d’obscurité et plein de problèmes irrésolus. Enfin, l’Évangile nous rapporte que la gloire de Dieu apparut aux bergers et «les enveloppa de lumière» (Lc 2, 9). Là où paraît la gloire de Dieu, là se répand, dans le monde, la lumière. «Dieu est lumière, il n’y a pas de ténèbres en lui», dit saint Jean (1 Jn 1, 5). La lumière est source de vie" (Homélie de la messe de minuit, 24 décembre 2005).
C'est de l'irruption de cette lumière dans notre monde dont le vieillard Siméon prend conscience dans le Temple de Jérusalem quand Marie et Joseph y apportent l'Enfant Jésus pour offrir ce que la Loi prescrit à la naissance de tout premier-né : "Mes yeux ont vu ton salut (...). Lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël" (Luc 2, 30.32). Siméon peut dire cela, car, poussé par le Saint-Esprit (cf. Luc 2, 27), il se rend compte de l'accomplissement de la prophétie formulée jadis par Isaïe à propos du Serviteur de Yahvé qui ramènera son peuple d'exil au pays qu'il lui a donné, parlant de façon voilée du Fils de Dieu, Jésus-Christ, qui ramènera de l'exil du péché les enfants de Dieu et leur ouvrira l'accès au ciel : "C'est peu que tu sois mon Serviteur, pour rétablir les tribus de Jacob et pour ramener les survivants d'Israël ; je t'établirai lumière des nations, pour que mon salut arrive jusqu'aux extrémités de la terre" (Isaïe 49, 6).
Avec la venue de Jésus s'accomplit aussi cette autre prophétie du même Isaïe (9, 1) : "Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et sur les habitants du sombre pays une lumière a resplendi". Saint Matthieu la cite textuellement (4, 16) pour indiquer que le début de la prédication de Jésus correspond à cette annonce prophétique, que Jésus est la Lumière du monde. Et dans le Credo nous affirmons croire en "Jésus, Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel (ou de même nature) au Père."

(à suivre...)

lundi 16 juillet 2007

Saint Bonaventure (fin)


Saint Bonaventure (fin)

La Vérité et la Réalité divines ne sont pas que le terme de l'itinéraire de l'homme : elles en sont aussi la préparation et la cause. L'accès définitif de l'homme à la Vérité et à la Réalité, après la mort, doit être précédé de son accomplissement progressif au cours de sa vie. Le saint écrit que (...) saint François, à l'apparition du séraphin crucifié, fit Pâque avec le Christ, c'est-à-dire qu'il accomplit son passage en Dieu, et c'est là une invitation adressée à tous les hommes spirituels (lire la suite) d'effectuer un tel passage (cf. Itinerarium, chap. VII, n° 2-3).
Pour les disciples du Seigneur, cela se réalise principalement par les éléments du pain et du vin qui, dans la très sainte Eucharistie, deviennent le Corps et le Sang du Christ, afin de produire en eux ce passage même. Le concile Vatican II nous redit à ce propos les certitudes de toujours de l'Église : « Dans ce sacrement de la foi, le Seigneur a laissé aux siens un viatique pour le chemin. En lui, les éléments de la nature cultivés par l'homme sont transformées en son Corps et en son Sang glorieux » : y participer « n'opère que si nous nous changeons en ce que nous recevons » (Lumen gentium, n° 38; Gaudium et spes, n° 26).
Notre montée vers Dieu comporte ce recouvrement décisif de l'intériorité, au sommet de la compénétration du mystère de l'homme et du mystère du Christ, qui nous fera « abandonner toutes les opérations de l'intellect et reverser en Dieu la plénitude de l'amour » (Itinerarium, chap. VII, n° 4) afin de vivre bien enracinés et fondés dans le Christ, et puissamment fortifiés dans laa foi (cf. Col 2, 6 s).
Saint Bonaventure s'est également situé à ce niveau de haute spiritualité dans l'étude et l'enseignement de la foi reçue de Dieu par l'intermédiaire de l'Église. Je rappelle à cet égard un texte bien connu du prologue de l'Itinerarium (...) : « Que personne ne pense que la lecture sans piété peut lui suffire, ou la spéculation sans la dévotion, la recherche sans l'admiration, l'attention sans la joie, l'acitvité sans la piété, la science sans l'amour, l'intelligence sans l'humilité, l'étude sans la grâce divine, la recherche sans la sagesse inspirée par Dieu ». (...)
Il faut pour cela que l'annonce de l'Évangile soit à la fois un témoignage vécu et que celui qui l'annonce « soit enflammé intérieurement par les ardeurs de l'Esprit Saint envoyé par le Christ sur la terre » (Itinerarium, chap. VII, n° 4). (...)

Jean-Paul II, Lettre aux ministres généraux des Familles franciscaines, 8 septembre 1988.

dimanche 15 juillet 2007

15 juillet : saint Bonaventure


15 juillet : saint Bonaventure

S'adressant aux membres des familles franciscaines réunies pour le 4ème centenaire de la proclamation de saint Bonaventure comme Docteur de l'Église universelle, le pape Jean-Paul II parlait de l'Itinerarium mentis in Deum, l'Itinéraire de l'esprit vers Dieu, ouvrage fondamental de saint Bonaventure. Il écrivait, entre autres, ceci : « Une des idées fécondes de l'Itinerarium est la réflexion sur le mystère de l'homme considéré à la lumière du mystère du Verbe incarné. C'est à cette vision qu'il faut rapporter l'origine de l'homme, sa vie et sa mort. (lire la suite) Son pèlerinage sur la terre est pour l'homme un voyage de retour, puisque sa destinée ultime est également son tout premier commencement : « Nous venons du Christ, nous vivons par lui, et c'est vers lui que nous nous dirigeons » (const. Lumen gentium, n° 3).
Cependant, le progrès de l'itinéraire vers Dieu est lié à la ferme persuasion que le point d'arrivée est déjà présent, d'une certaine manière, tout au long du chemin qui y conduit. Le monde entier est rempli de lumières divines qui émanent de l'acte créateur du Père, selon l'exemplarité du Verbe éternel qui était dès le commencement près de Dieu, car il était Dieu, et qui est venu en ce monde pour éclairer tout homme et tout l'homme (cf. Jean 1, 19). Aussi, comme l'observe saint Bonaventure, l'homme serait vraiment aveugle, sourd et muet, s'il n'était pas éclairé par tant de splendeurs dans les choses créées, s'il ne savait pas écouter le concert de tant de voix, si devant tant de merveilles il ne louait le Seigneur (cf. Itinerarium, chap. I, n° 15). (...)

(à suivre...)

samedi 14 juillet 2007

Le 14 juillet 1790



Le 14 juillet 1790


Mon ancêtre Jean d’Arcet (1777-1844), a accompagné son père, Jean d’Arcet (1724-1801), à la fête de la Fédération qui commémorait la prise de la Bastille, le 14 juillet 1790, au Champ de Mars, à Paris. Je retranscris le récit qu’il a dicté en 1843 à sa fille Pauline :
« Mon Père était un des électeurs de la ville de Paris. En cette qualité, il dut assister à la première fédération. Cette grande cérémonie eut lieu au champ de Mars par un temps fort incertain. Nous allâmes de la place Louis XV (lire la suite) [l’actuelle place de la Concorde] au champ de Mars en suivant le cours la Reine, le quai de Chaillot et en traversant la Seine devant le champ de Mars sur un pont en bois construit exprès pour la cérémonie. Nous étions à pied dans le cortège, nous traversâmes le champ de Mars dans toute sa longueur, et nous fûmes placés sous une grande estrade couverte qui avait été construite en avant de l’école Militaire et le long de la grande face de ce bâtiment. Mon père était placé à côté du duc d’Orléans (l’Égalité). Le roi Louis XVI était au centre de l’estrade. Il était vêtu d’un pantalon et d’une veste courte en drap d’or et complètement boutonnée. Je ne me souviens pas de lui avoir vu ni chapeau ni manteau. Ayant beaucoup marché et étant assis depuis long-emps, je pressais mon Père de me donner quelque chose à manger. Il n’avait rien à m’offrir, mais le duc d’Orléans qui m’entendit tira aussitôt de dessous la banquette un pâté dont il m’offrit un gros morceau, que j’acceptai et que je mangeai bien volontiers.
Le temps, comme je l’ai dit plus haut, était très incertain. Le soleil était beau et chaud par moments et ensuite le ciel se couvrait de nuages noirs et très épais. Je remarquai qu’à chaque salve d’artillerie, quand le temps était couvert, ces nuages se résolvaient en pluie qui tombait à torrents. Je me souviens encore d’avoir vu des femmes exposées à cette pluie tordre leurs jupons après chaque averse. Ma sœur Julie, qui était sur un des talus à droite du champ de Mars, passa ainsi la journée à tordre sa robe après la pluie et à la sécher sur elle ensuite au soleil. À chaque averse, on voyait s’ouvrir les parapluies, qui par leurs différentes couleurs formaient un singulier spectacle.
J’ai trouvé par hasard chez un marchand du quai aux fleurs, le tableau peint à l’huile sur bois de noyer, représentant la première fédération au moment du serment. Je certifie que ce tableau, qui est en ma possession, est parfaitement exact et je suis convaincu que c’est d’après lui qu’a été gravée la belle planche de la grande cérémonie dont il est ici question, ce tableau m’a coûté 3 f 50. Monsieur Mérimée a déclaré qu’il était l’original. »

L’original de ce récit a été donné avec l’esquisse de David au musée Carnavalet.

vendredi 13 juillet 2007

Nationalisme et patriotisme (4)


Nationalisme et patriotisme (4)

À une époque où l'on veut d'un peu partout imposer le "politiquement correct", il faut rejeter énergiquement toute mentalité de parti unique, opposé à la liberté des hommes et dont on semble avoir oublié les dégâts au cours du dernier siècle. Ceux qui nourrissent cette mentalité de parti unique "et veulent que tout le monde ait la même opinion qu'eux, éprouvent quelque peine à croire que d'autres soient capables de respecter la liberté d'autrui" (Entretiens avec Monseigneur Escriva, n° 50). Pour qui veut regarder les choses objectivement, sans passion, "il n’est pas vrai qu’il y ait opposition entre le fait d’être un bon catholique et celui de servir fidèlement la société civile. (lire la suite) Tout comme il n’y a pas de raison pour que l’Église et l’État entrent en conflit dans l’exercice légitime de leur autorité respective, en vue de la mission que Dieu leur a confiée. Ils mentent (c’est bien cela : ils mentent !) ceux qui affirment le contraire. Ce sont les mêmes qui, au nom d’une fausse liberté, voudraient “ gentiment ” que les catholiques retournent aux catacombes" (saint Josémaria, Sillon, n° 301). Une tendance similaire a pu se produire dans l'Église, alors que la légitime liberté des enfants de Dieu, épaulée par leur responsabilité personnelle, devrait régner puisqu'il s'agit de "la liberté par laquelle le Christ nous a libérés" (Galates 4, 31) de l'emprise du péché. C'est pourquoi "il faut fuir comme la peste ces façons de concevoir la pastorale, et en général l'apostolat, qui ressemblent à une nouvelle édition, revue et corrigée, du parti unique dans la vie religieuse" (Entretiens avec Monseigneur Escriva, n° 99).
N'oublions pas cette affirmation essentielle du fondateur de l'Opus Dei : "L’Apôtre a également écrit : "Il n’y a pas de distinction entre gentil et Juif, circoncis et incirconcis, barbare et Scythe, esclave et homme libre, mais le Christ est tout et se trouve en tous."
Ces paroles ont aujourd’hui la même valeur qu’hier : devant le Seigneur il n’existe pas de différence de nation, de race, de classe, d’état… Chacun d’entre nous est né de nouveau dans le Christ, pour devenir une nouvelle créature, un enfant de Dieu : nous sommes tous frères et c’est en toute fraternité que nous devons nous conduire !" (saint Josémaria, Sillon, n° 317). Cela me rappelle ce qu'il disait à propos de l'égalité de tous devant Dieu : " Il n’y a donc qu’une race, la race des enfants de Dieu, Il n’y a qu’une couleur : la couleur des enfants de Dieu. Et il n’y a qu’une langue: celle qui parle au cœur et à l’esprit et qui, sans avoir besoin de mots, nous fait connaître Dieu et nous fait nous aimer les uns les autres" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 106). Cette conviction est quand même préférable au faux patriotisme qui prétend "justifier des crimes… et méconnaître les droits des autres peuples" (saint Josémaria, Sillon, n° 316).
Que saint Thomas More, proclamé patron des gouvernants et des hommes politiques par le pape Jean-Paul II, intercède auprès du Père pour que les hommes sachent se respecter et s'aimer, et vivre dans les faits la fraternité inscrite dans la devise de la République !

jeudi 12 juillet 2007

Nationalisme et patriotisme (3)


Nationalisme et patriotisme (3)


C'est donc tout autre chose que le nationalisme, dont le pape Pie XI dénonçait les méfaits dans l'encyclique Ubi arcano Dei, le 23 décembre 1922, texte dont je tire quelques extraits. Le pape est en train de commenter les convoitises mauvaises dont l'apôtre Jacques parle dans son épître : "D'où viennent les guerres et d'où viennent les luttes parmi vous ? N'est-ce pas de ceci : de vos passions qui combattent en vos membres ? (4, 1). Il écrit alors : (lire la suite) "L'orgueil de la vie, c'est-à-dire la passion de dominer tous les autres, il a en propre d'inciter les partis politiques à des guerres civiles si âpres qu'ils ne reculent ni devant les attentats de lèse majesté, ni devant le crime de haute trahison, ni jusqu'au meurtre même de la patrie.
C'est à ces convoitises déréglées, se dissimulant pour donner le change, sous le voile du bien public et du patriotisme, qu'il faut attribuer sans contredit les haines et les conflits qui s'élèvent périodiquement entre les peuples. Cet amour même de sa patrie et de sa race, source puissante de multiples vertus et d'actes d'héroïsme lorsqu'il est réglé par la loi chrétienne, n'en devient pas moins un germe d'injustice et d'iniquités nombreuses si, transgressant les règles de la justice et du droit, il dégénère en nationalisme immodéré. Ceux qui tombent en cet excès oublient, à coup sûr, non seulement que tous les peuples, en tant que membres de l'universelle famille humaine, sont liés entre eux par des rapports de fraternité et que les autres pays ont droit à la vie et à la prospérité, mais encore qu'il n'est ni permis ni utile de séparer l'intérêt de l'honnêteté : la justice fait la grandeur des nations, le péché fait le malheur des peuples (Proverbes 14, 34). Que si une famille, ou une cité, ou un État, a acquis des avantages au détriment des autres, cela pourra paraître aux hommes une action d'éclat et de haute politique ; mais saint Augustin nous avertit sagement que de pareils succès ne sont pas définitifs et n'excluent pas les menaces de ruine : "C'est un bonheur qui a l'éclat et aussi la fragilité du verre, pour lequel on redoute que soudain il ne se brise à jamais (saint Augustin, De Civitate Dei, l. IV, c. 3)".
Un catholique voit nécessairement les autres d'un bon œil, car catholique veut dire "universel" et l'Église est appelée à s'étendre au monde entier. Tous professent la même foi, suivent le même pasteur, le pape, et reçoivent la grâce par les mêmes sacrements. C'est pourquoi chacun d'entre eux peut dire, en toute sincérité : "Être « catholique », c’est aimer la Patrie, sans céder à quiconque dans cet amour. Mais c’est aussi faire miennes les belles aspirations de tous les pays. Que de gloires françaises sont aussi mes gloires ! Et de même, beaucoup de motifs de fierté des Allemands, des Italiens, des Anglais…, des Américains, des Asiatiques et des Africains sont aussi ma fierté !
— Catholique : grand cœur, esprit ouvert !" (saint Josémaria, Chemin, n° 525).

(à suivre...)

mercredi 11 juillet 2007

Patriotisme et nationalisme (2)


Patriotisme et nationalisme (2)


Les chrétiens prient pour les autorités. Le quatrième commandement de Dieu, "tu honoreras ton père et ta mère", "s'étend aux devoirs (...) des citoyens à l'égard de leur patrie, de ceux qui l'administrent ou la gouvernent" (Catéchisme de l'Église catholique, n° 2199). Éclairant les relations dans la société, ce commandement nous fait voir "dans nos concitoyens, les fils de notre patrie" (Ibid., n° 2212). De ce fait, "le devoir des citoyens est de contribuer avec les pouvoirs civils au bien de la société dans un esprit de vérité, de justice, (lire la suite) de solidarité et de liberté (on verra donc mes notes sur l'objection de conscience de nos jours et la pensée unique ainsi que la réponse à y apporter). L'amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l'ordre de la charité. La soumission aux autorités légitimes et le service du bien commun exigent des citoyens qu'ils accomplissent leur rôle dans la vie de la communauté politique" (Ibid., n° 2239), ce qui comporte l'exercice du droit de vote (en cohérence avec la foi professée), le paiement des impôts (justes), la défense du pays (l'objection de conscience pouvant être invoquée), le respect des lois (justes, un devoir de désobéissance s'imposant quand ces lois sont iniques et donc violent le droit et la justice). "Les chrétiens résident dans leur propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s'acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes leurs charges comme des étrangers (...). Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre l'emporte sur les lois (...). Si noble est le poste que Dieu leur a assigné qu'il ne leur est pas permis de déserter" (Épître à Diognète, IIe siècle).
Ceux qui ont embrassé le métier des armes, "s'ils s'acquittent correctement de leur tâche, concourent vraiment au bien commun de la nation et au maintien de la paix" (Catéchisme de l'Église catholique, n° 2310).
Nous pouvons nous interroger sur l'origine du patriotisme : "Quelle est l'origine du patriotisme ? Quelles sont les causes qui le créent dans l'âme de tous, quelles sont les raisons qui l'y font vivre ? Ces causes, ces raisons, sont de plusieurs sortes : il est indispensable d'y voir en premier lieu une sorte de patrimoine de race, qui porte l'homme à préférer tel peuple plutôt que tel autre ; on peut l'atttribuer ensuite à l'amour naturel de chacun pour le sol qui l'a vu naître et grandir, pour les objets qui ont entouré son enfance et sa vie, pour la terre qui contient les cendres de ses aïeux ; une autre raison est encore la préférence de chacun pour les hommes dont le caractère, la langue, les mœurs, les traditions sont les mêmes que les siens. Enfin, surtout pour ceux qui, comme vous, ont le privilège d'étudier plus que d'autres, les grands exemples de l'Histoire, notre patriotisme est un amour profond pour une nation qui, à toute époque, a tiré son épée, enfanté ses savants et ses théosophes, versé le plus pur de son sang pour toutes les grandes causes et renversé les obstacles que les peuples et les individus avaient jetés au travers de la civilisation" (Charles de Gaulle, Conférence devant des camarades officiers subalternes, probablement en 1913, Lettres, notes et carnets, vol. I, 1905-1918, Paris, 1980, p. 67-68).
(à suivre...)

mardi 10 juillet 2007

Patriotisme et nationalisme


Patriotisme et nationalisme

Patriotisme et nationalisme sont deux notions distinctes. Pour un chrétien, le premier est une vertu, le second un péché. "La piété est une certaine expression de l'amour envers les parents et la patrie" disait saint Thomas d'Aquin (Somme théologique II-II, q. 101; a. 3 ad 1). "Aime ta patrie : le patriotisme est une vertu chrétienne. Mais si le patriotisme se transforme en un nationalisme qui porte sur d’autres peuples, sur d’autres nations un regard détaché et méprisant, dénué de charité chrétienne et de justice, c’est un péché" (saint Josémaria, (lire la suite) Sillon, n° 315). "Un chrétien n'est pas seulement une personne qui a la foi, mais aussi quelqu'un qui est appelé à être le levain et le sel de la société civile et politique dans laquelle il ou elle vit. L'Église par conséquent inculque à ses fidèles un profond sens de l'amour et du devoir à l'égard de leurs compatriotes et à l'égard de leur patrie. Elle les encourage à vivre en citoyens honnêtes et exemplaires et à travailler loyalement au progrès intégral de la nation dont ils sont fiers d'être les membres" (Jean-Paul II, Discours aux évêques chinois en visite ad limina, 11 novembre 1980).
Le baptisé est ainsi membre à la fois de la cité temporelle et de la cité céleste. Étant donné qu'il vise la perfection, autre nom de la sainteté, il s'efforce de pratiquer toutes les vertus, dont la vertu de piété, et de remplir le mieux qu'il peut ses devoirs, y compris ceux envers l'État. C'est pourquoi on a pu dire que "Les chrétiens sont plus utiles à la patrie que le reste des hommes : ils forment des citoyens ; ils enseignent la piété à l'égard de Dieu, gardien des cités ; ils font monter jusqu'à une cité divine et céleste ceux qui vivent bien dans les petites cités de la terre" (Origène, Contre Celse 8, 73-74). De ce fait, "les chrétiens ne sont l'ennemi de personne, moins encore de l'Empereur. Ils savent, en effet, que c'est Dieu qui l'a constitué dans sa charge ; c'est pourquoi ils l'aiment nécessairement, le respectent, l'honorent et ils désirent qu'il soit sauf ainsi que tout l'Empire jusqu'à la fin des temps (...). Nous honorons donc l'Empereur, mais nous le faisons de la façon qui est licite et utile pour lui-même : comme un homme qui est second après Dieu, qui a obtenu de Dieu tout ce qu'il est et qui n'est inférieur qu'à Dieu" (Tertullien, Liber ad Scapulam 2).

(à suivre)

lundi 9 juillet 2007

Il y a un an, le "coup de boule" de Zidane

Il y a un an, le "coup de boule" de Zidane

C’est aujourd’hui l’anniversaire du « coup de boule », du coup de tête que Zinedine Zidane a donné à un joueur italien qui l’avait gravement insulté au cours de la finale de la coupe du monde de football, jouée à Berlin.
Le vrai « coup de boule », ici en image, a valu à son auteur d’être expulsé et peut-être aussi de priver l’équipe de France de la victoire finale.
Quoi qu’il en soit, ce geste peu sportif (lire la suite) a prouvé que Zidane est vulnérable. Comme tout le monde. Ce qui est réconfortant en définitive.
On raconte d’un grand chef militaire qui avait gagné de nombreuses batailles sans recevoir ne serait-ce qu’une égratignure, l’anecdote suivante : il fut un jour blessé d’une balle au combat. Ayant réuni ses officiers le soir,il leur déclara : « Messieurs, j’ai remporté aujourd’hui la meilleure bataille de ma vie, car tout le monde sait désormais que je suis vulnérable. »
Quant à Bufone, le gardien de but de la squadra azurra, qui n’avait encaissé qu’un seul but au cours des six premières rencontres du mondial, il en encaissa trois lors de la finale avec la France, et même si l’équipe des bleus a été battu, il a montré
qu’il est vulnérable lui aussi, le Bufone.
Ci-joint, un faux coup de boule de Zidane… !

dimanche 8 juillet 2007

L'amitie avec Dieu et la communion des saints


L'amitié avec Dieu et la communion des saints

Nous ne sommes pas les premiers ni les derniers amis de Dieu. C'est dire que nous appartenons à une grande famille qui pousse ses ramifications dans toutes les générations de l'humanité, ce que nous appelons la "communion des saints". Il s'agit d'une réalité surnaturelle profonde qu'il convient de garder vivante à l'esprit. "Il te sera plus facile d’accomplir ton devoir si tu penses à l’aide que te prêtent tes frères, et à celle que tu cesses de leur prêter si tu n’es pas fidèle" (saint Josémaria, Chemin, n° 549).
Autrement dit, quand nous rencontrons des difficultés qui nous semblent insurmontables - elles ne le sont pas, en réalité, (lire la suite) car Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces (cf. 1 Corinthiens 10, 13) - " échangez des mots d’amitié avec ceux qui ont vécu à ses côtés quand il était sur cette terre. En premier lieu Marie qui l’a mis au monde pour nous. Et aussi les apôtres. Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer durant la fête. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette requête : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André : André et Philippe vont le dire à Jésus (Jean 12, 20-22). Cela n’est-il pas encourageant ? Ces étrangers n’osent pas se présenter au Maître et se cherchent un bon intercesseur" (saint Josémaria, homélie "Vie de prière" dans Amis de Dieu, n° 252).
L'amitié est une vertu humaine que nous surnaturalisons du fait de notre baptême. En tant que vertu chrétienne, elle nous conduit à avoir confiance dans les âmes du purgatoire. "Les âmes bénies du purgatoire. — Par charité, par justice et par un égoïsme bien pardonnable — elles peuvent tant auprès de Dieu ! — tiens-en bien compte dans tes sacrifices et dans ta prière.
Ah ! si tu pouvais dire, en parlant d’elles : « Mes bonnes amies, les âmes du purgatoire… »" (saint Josémaria, Chemin, n° 571). Et bien sûr nous avons de nombreux amis au ciel. De façon générale, tous les élus. Mais plus spécialement les membres de notre famille naturelle, ceux qui nous ont élevés dans la foi et guidés sur le chemin de la sainteté, ceux de nos amis d'ici-bas qui nous ont précédé dans la patrie, éventuellement les membres de notre famille spirituelle, notre saint patron, etc. Tous nous orientent vers Jésus, le Maître et Seigneur, nous invitent à tourner nos regards vers l'Agneau pascal, notre Rédempteur. "Il est l'Ami qui ne trahit jamais" (saint Josémaria, Ibid., n° 88).
"Je demande au Seigneur que, lors de notre séjour sur cette terre d’ici-bas, nous ne nous écartions jamais du voyageur divin. Nous devons pour cela augmenter notre amitié avec les saints anges gardiens. Nous avons tous un grand besoin de compagnie, de celle du Ciel et de celle de la terre. Ayez de la dévotion pour les saints anges ! L’amitié est quelque chose d’humain, mais c’est aussi quelque chose de divin. Comme notre vie, qui est divine et humaine à la fois. Vous souvenez-vous de ce que dit le Seigneur : Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis ? Il nous apprend à avoir confiance dans les amis de Dieu qui vivent déjà au Ciel, et dans les créatures qui vivent avec nous, et aussi dans celles qui semblent éloignées du Seigneur, pour les attirer sur le bon chemin" (homélie "Vers la sainteté" dans Amis de Dieu, n° 315).
On le voit, l'amitié avec Dieu est une réalité merveilleuse de la vie chrétienne, qui nous rend en même temps plus proches de nos frères dans la foi et plus solidaires de tous les hommes. Il est étrange de constater qu'elle est ignorée d'ouvrages aussi fondamentaux que le Dictionnaire de Théologie Catholique ou l'encyclopédie Catholicisme Hier Aujourd'hui Demain, ou d'ouvrages plus spécialisés comme le Dictionnaire de la Bible publié sous la direction de ou le Dictionnaire critique de théologie publié sous la direction de mon ami Jean-Yves Lacoste. Il n'en est que plus important par conséquent de s'en pénétrer et de le faire découvrir aux autres...

(fin)

samedi 7 juillet 2007

Art et poesie (fin)

Art et poésie (fin

Donc chaque concert est un vrai feu d’artifice
Qui prend le subconscient entier de l’auditeur,
Lui apporte bonheur, bannit tout maléfice,
Fournissant au cœur sa spéciale brillanteur.
Chaque tableau délivre à son tour un message
Passant l’agencement des formes et des tons.
Lui aussi transporte au-delà le vernissage
Des barytons, santons, ou bien au Cap-Breton !
Mais ne nous arrêtons pas aux impressions
Saisies par le tympan ou vues sur la rétine
Ni aux sensations qui font procession
Au tréfonds de votre être et qui tant vous fascinent. (lire la suite)
Le marquis de Custine écrivait à Chopin :
« Lorsque je vous écoute, il me semble être seul
Avec vous », comme nous trouvant sur un lopin
De bonheur éthéré caché sous un linceul.
Je me vois « peut-être avec mieux que vous encore !
Du moins avec ce qu’il y a de mieux en vous »,
Écrit l’admirateur saisi par le décor
Des notes présentant un lointain rendez-vous.
Toute musique a des phrases qui vont et viennent,
Enflent, retombent et puis retrouvent du souffle,
Déroulent à l’oreille une douce rengaine
Dont, nous le comprenons, l’auditeur s’époustoufle.
« Les vraies défaites sont celles qu’on essuie seul
En conscience, devant sa glace », pour Flaubert,
Quand on ne se sent pas fichu d’ouvrir sa gueule
Pour garder ses idées et en demander cher.
Comme Custine le sent par intuition,
Il est, pour l’être humain, impossible de vivre
Humainement sans se livrer par volition
À meilleur que soi, à Celui qui seul enivre.
Ce qui, selon Zundel, « revient à dire Dieu :
Ou rien ». Cette option, lourde de conséquences,
L’homme ne doit surtout pas en être oublieux
Au cours de sa vie et de ses riches séquences.

(fin)

vendredi 6 juillet 2007

Amis de Dieu, amis des hommes


Amis de Dieu, amis des hommes

Dans le cadre de l'amitié avec Dieu, la parole entendue n'a rien de banal : c'est le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu lui-même qui, se servant du Saint-Esprit, s'adresse à nous pour nous dévoiler la volonté du Père. Ce Verbe nous est transmis également dans les Saintes Écritures. C'est en accompagnant Jésus depuis l'Annonce faite à Marie jusqu'au Calvaire et à sa Résurrection et son Ascension au ciel, que nous devenons dignes de sa conversation amicale, car il nous fait partager ses joies et ses peines : "Ils ont bu le calice du Seigneur et ils sont devenus des amis de Dieu" (lire la suite) (répons de la deuxième lecture de l'office pour la Dédicace des bienheureux apôtres Pierre et Paul). Et Jésus dit : "Tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître" (Jean 15, 15).
J'ai déjà rappelé que la réponse à l'Amour de Dieu nous pousse à nous ouvrir aux autres. Elle produit, comme une conséquence nécessaire, le désir d'évangélisation, d'apostolat. Celui-ci est le "débordement de ta vie « en dedans »" (saint Josémaria, Chemin, n° 961). L'amitié avec Dieu nous pousse donc à nous mettre "au service de tous : à utiliser ces dons de Dieu comme des instruments pour les aider à découvrir le Christ" (saint Josémaria, homélie "Afin que tous les hommes soient sauvés", dans Amis de Dieu, n° 258). L'apostolat est une "amitié humaine imprégnée de sens divin" (homélie "Car ils verront Dieu", Ibid., n° 175). " L'amitié avec Jésus est, par antonomase, toujours une amitié avec les siens. Nous ne pouvons être amis de Jésus que dans la communion avec le Christ tout entier, avec la tête et le corps" (Benoît XVI, homélie du Jeudi Saint, 13 avril 2006). "Chez un chrétien, chez un enfant de Dieu, l'amitié et la charité fraternelle ne font qu'un : lumière divine qui communique sa chaleur" (saint Josémaria, Forge, n° 565).
L'apostolat demande la pleine disponibilité du cœur, un amour vrai, authentique, puisé dans le Cœur du Christ, un amour qui, tel le feu, purifie les scories du péché. La vertu de la sainte pureté est donc indispensable chez le véritable ami, du moins la lutte sincère et décidée pour vivre cette vertu. L'amour est la vertu théologale la plus élevée, la seule qui subsistera au ciel (cf. 1 Corinthiens 13, 13). "Cependant la chasteté est le moyen sine qua non, une condition indispensable pour nouer ce dialogue intime avec Dieu. Si on ne la conserve pas, si on ne lutte pas, l’on devient aveugle, l’on ne voit rien, car l’homme animal ne perçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu" (saint Josémaria, homélie "Car ils verront Dieu", dans Amis de Dieu, n° 175).
"Le monde a besoin de Dieu — non pas d'un dieu quelconque, mais du Dieu de Jésus-Christ, du Dieu qui s'est fait chair et sang, qui nous a aimés jusqu'à mourir pour nous, qui est ressuscité et qui a créé en lui un espace pour l'homme. Ce Dieu doit vivre en nous et nous en Lui" (Benoît XVI, homélie citée). La filiation divine entretenue tout au long de la journée, comme le fondement même de notre existence, ce qui lui donne sa raison d'être, conduit tout droit à la présence de Dieu et donc à la conversation amicale, spontanée avec Dieu Père, Fils et Saint-Esprit. "La prière, qui a commencé avec cette naïveté enfantine suit maintenant un cours large, paisible et sûr au rythme de notre amitié avec Celui qui a affirmé : Je suis le Chemin (Jean 14, 6). Si nous aimons ainsi le Christ, si nous nous réfugions avec une audace divine dans la plaie que la lance a ouvert dans son côté, la promesse du Maître s’accomplira : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure (Jean 14, 23)" (saint Josémaria, homélie "Vers la sainteté", dans Amis de Dieu, n° 306).

(à suivre...)

jeudi 5 juillet 2007

Art et poesie (2)

Art et poésie (2)

La grammaire est, dit-on, une chanson bien douce.
Erik Orsena, à ce qu’il semble, l’estime
Puisqu’il a donné, par un beau joli de pouce,
À un livres des siens ce titre rarissime.
Si la poésie se lit avec des couleurs
Les tons d’un tableau se transforment en poème
Laissant échapper des sons, tels des roucouleurs,
Faisant l’économie d’un futile enthymème.
Qu’un exemple serve à notre explication.
Dans la grande toile où Philippe de Champaigne (lire la suite)
Exprime comment il voit l’Annonciation,
Lui seul est informé qu’il faudra qu’il y peigne
Trois minces fleurs de lys arrangées dans un vase,
Pour la virginité, qui reste permanente,
De celle qui a mis au monde l’hypostase
Du Fils de Dieu fait homme, une œuvre surprenante.
Le peintre y figure un charmant bouquet de roses,
Pour représenter la beauté si singulière,
Dont on pourrait être privé par amaurose,
De celle qui s’offre à l’homme comme auxiliaire.
Voici une brassée de diverses tulipes :
Cette fois, elles sont le signe des vertus,
Portées à un degré singulier, qui équipent
La Vierge Marie qui en est toute vêtue.
Il reste à dire que la présence des fleurs
Sert aussi à dater l’heureux événement
Au début du printemps. Il se produit à l’heure
Prévue par le Sauveur pour son avènement.
Nous comprenons donc sans peine qu’un musicien
Comme Olivier Messiaen arrive à voir jaillir
Derrière chaque note, en oniromancien,
Des gerbes rouges et bleues venant embellir
Ce que son instinct lui présente et qu’il compose.
D’autres, des noires et des vertes, s’y ajoutent.
Alors un concert de couleurs se superpose
À la partition soignée et nous envoûte.
Étrange monde où les valeurs se sont mêlées,
Se rappelant d’un air discret le fantastique,
L’art dans lequel Marcel Brion a excellé,
Le peaufinant dans ses romans avec plastique.
Le plus petit poème est alors une rose
Apparente de la cathédrale cachée.
Voyez-le déclamer, tenant une jambose
À la main. C’est un vrai régal, non un péché.

(à suivre…)

mercredi 4 juillet 2007

Amis de Dieu par le bapteme



Amis de Dieu par le baptême

Nous sommes devenus enfants de Dieu par le baptême. "La piété, qui naît de la filiation divine, est une démarche profonde de l’âme, qui finit par transformer l’existence tout entière ; elle imprègne toutes les pensées, tous les désirs, tous les élans du cœur. N’avez-vous pas remarqué comment, dans les familles, les enfants, sans même s’en rendre compte, imitent leurs parents ; ils refont leurs gestes, prennent leurs habitudes, s’identifient avec eux en beaucoup de leurs attitudes. (lire la suite)
Il en va de même dans la conduite d’un bon fils de Dieu. L’on parvient ainsi, sans trop savoir comment, ni par quelle voie, à cette divinisation merveilleuse qui nous aide à envisager les événements avec le relief surnaturel que procure la foi ; on se met à aimer tous les hommes comme notre Père du ciel les aime lui-même et, ce qui est plus déterminant, on en tire un nouvel élan dans l’effort quotidien pour s’approcher du Seigneur. J’insiste : nos misères n’ont plus d’importance, car les bras aimants de Notre Père sont là pour nous relever" (saint Josémaria, homélie "L'Amitié avec Dieu", Amis Dieu, n° 146).
L'amitié avec Dieu exige effort et sacrifice, tout comme l'amitié avec nos semblables : nous nous adaptons à l'ami, nous sacrifions des projets personnels, nous acceptons de faire ce qui lui plaît, nous lui venons en aide s'il tombe malade ou traverse une épreuve, etc. Mais si nous cessons de penser à lui, alors notre cœur se tourne ailleurs. "La vie du chrétien, la tienne et la mienne, est faite d’Amour. Notre cœur a été fait pour aimer et, quand on ne lui donne pas une affection pure, limpide et noble, il se venge et se remplit de misère. Le véritable amour de Dieu, la pureté de la vie, par conséquent, est aussi éloigné de la sensualité que de l’insensibilité, d’un quelconque sentimentalisme que de l’absence ou de la dureté de cœur" (homélie "Car ils verront Dieu", Ibid., n° 183). Saint Josémaria disait également que "quand on aime quelqu’un, on désire connaître tous les détails de sa vie et de son caractère, de façon à s’identifier à lui. C’est pourquoi nous devons méditer la vie de Jésus, depuis sa naissance dans une crèche, jusqu’à sa mort et à sa résurrection. Dans les premières années de mon travail sacerdotal, j’avais l’habitude d’offrir des exemplaires de l'Évangile ou de livres racontant la vie de Jésus. Car il nous faut bien la connaître, l’avoir tout entière dans notre tête et dans notre cœur, afin qu’à tout moment, sans qu’il soit besoin d’aucun livre, en fermant les yeux, nous puissions la voir comme dans un film ; afin qu’en toute circonstance les paroles et les actes du Seigneur nous reviennent en mémoire" (homélie "Le Christ présent chez les chrétiens, dans Quand le Christ passe, n° 107). Notre cœur a besoin alors de distinguer et d’adorer chacune des Personnes divines. "L’âme fait en quelque sorte une découverte dans la vie surnaturelle, comme une créature qui ouvre peu à peu les yeux à l’existence. Et elle amorce un dialogue d’amour avec le Père, avec le Fils et avec l’Esprit Saint ; et elle se soumet facilement à l’activité du Paraclet vivificateur, qui se donne à nous sans que nous le méritions : ce sont les dons et les vertus surnaturelles !" (saint Josémaria, homélie "Vers la sainteté", dans Amis de Dieu, n° 306).
L'amitié s'exprime notamment par la parole : chacun fait part à l'autre de ce qui lui tient le plus à cœur, s'épanche naturellement auprès de lui, en même temps qu'il l'écoute et qu'il accueille avec bienveillance et grand intérêt tout ce qu'il lui dit. Pour parvenir à la communion de pensée avec le Christ évoquée précédemment, Benoît XVI précise que cela "signifie que nous devons connaître Jésus de façon toujours plus personnelle, en l'écoutant, en vivant avec Lui, en nous arrêtant auprès de Lui. L'écouter, — dans la lectio divina, c'est-à-dire en lisant l'Écriture Sainte de façon non académique, mais spirituelle ; ainsi, nous apprenons à rencontrer Jésus présent qui nous parle. Nous devons raisonner et réfléchir sur ses paroles et sur son action devant Lui et avec Lui. La lecture de l'Écriture Sainte est prière, elle doit être prière, — elle doit naître de la prière et conduire à la prière" (homélie du Jeudi Saint, 13 avril 2006). La parole est un des dons les plus précieux que l'homme ait reçus de Dieu, "ce cadeau somptueux, qui nous permet de manifester les pensées les plus élevées d’amour et d’amitié envers le Seigneur et envers ses créatures" (saint Josémaria, homélie "Vers la sainteté", dans Amis de Dieu, n° 298).

(à suivre...)

mardi 3 juillet 2007

Saint Thomas apotre


Saint Thomas apôtre

Le quatrième Évangile nous propose plusieurs éléments significatifs. La détermination de l’Apôtre nous révèle sa totale disponibilité à suivre le Maître, au point qu’il identifie son sort avec celui de Jésus et qu’il veut partager avec lui l’épreuve suprême de la mort. Lors de la dernière Cène, Jésus révèle à Thomas, (lire la suite) qui lui demande des explications, qu’il est « le chemin, la vérité et la vie ». Comme Thomas, nous aussi, nous avons du mal à comprendre, mais nous pouvons nous mettre dans l’attitude confiante de celui qui attend de Jésus la lumière et la force.
L’incrédulité de Thomas, huit jours après Pâques, est très connue. Désormais, les signes qui permettent de reconnaître l’identité de Jésus sont surtout ses plaies qui révèlent jusqu’à quel point il nous a aimés. Cette scène nous réconforte dans nos insécurités; elle nous montre que le doute peut aboutir à un résultat lumineux. Et les paroles de Jésus à Thomas, « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », nous rappellent le vrai sens de la foi et nous encouragent à adhérer à sa personne malgré les difficultés.
Enfin, une antique tradition rapporte que Thomas évangélisa la Syrie et la Perse, et que, grâce à lui, le christianisme atteignit l’Inde.

Benoît XVI, Audience générale, 27 septembre 2006.

lundi 2 juillet 2007

Art et poesie (1)


ART ET POÉSIE Quelques exemples



Voici que la musique et la littérature
Autorisent le cours libre des sentiments.
Ne pouvons-nous pas le dire aussi de la peinture ?
Chacun de ces arts suit ses canons et pourtant…
Pourtant, avec Rimbaud désormais les poèmes
Ne sont plus composés seulement de syllabes,
De musicalité, de rimes extrêmes. (lire la suite)
Car, par l’effet de je ne sais quel astrolabe
D’un genre nouveau, les voyelles prennent vie.
Les « e » de partout sont remplacés par des blancs
Comme si soudain les frappait une exuvie
Le diktat du poète émis de but en blanc.
Mais pour les « a », « i », « o », « u », c’était autrement,
Un feu d’artifice et un bel embrasement,
Sur chaque ligne et strophe un très fin poudroiement
De toute l’écriture un grand redéploiement.
Plus de succession d’agréables voyelles,
De consonnes et de signes orthographiques,
Mais l’arrivée de feux follets en ribambelle,
En conséquence des exploits pyrotechniques.
Tout écrit devient un tableau impressionniste
Qui ne montre plus les idées qu’en pointillé.
Le poète devient aussi créationniste
S’affranchissant des sens par lui déverrouillés.
C’est du Verlaine dit-on, en réalité
Ces paysages qu’on parcourt sont de Sisley
Et on ne voit pas là une infidélité
Aux rimes qui sont dans chaque vers ciselés.
On n’entend plus un son, mais voit une couleur.
Ce n’est plus l’ouïe ou la vue qui est gratifiée.
Chaque voyelle acquiert une fraîche valeur.
Passée autocéphale, elle en est fortifiée
Dans sa liberté et rebondit à son aise.
Elle peut clignoter en toute fantaisie.
Un tel spectacle n’est pas source de malaise :
Il apaise, et toujours, partout, on s’extasie.

(à suivre…)

dimanche 1 juillet 2007

Je vous appelle mes amis


Je vous appelle mes amis

Amis de Dieu. Tel est le titre d'un recueil d'homélies de saint Josémaria, fondateur de l'Opus Dei. Il provient de l'affirmation de Jésus à ses apôtres, au soir du Jeudi Saint : "Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître" (Jean 15, 15).
Le passage de la condition de serviteur à celle d'amis s'effectue par l'amour. Cela n'a rien de surprenant, car "Dieu est amour" (1 Jean 4, 16), comme le pape Benoît XVI (lire la suite) ne cesse de le rappeler. Et cet Amour appelle en retour l'amour de l'homme envers Dieu et envers son prochain.
C'est pourquoi, disait saint Josémaria, "il n'est rien de meilleur que de se savoir esclaves de Dieu par Amour. Car nous perdons alors la condition d’esclaves ; nous devenons des amis, des fils" (méditation "La liberté, don de Dieu, dans Amis de Dieu, n° 35).
Benoît XVI a parlé de l'amitié avec Dieu dans une homélie qui s'adressait principalement aux prêtres, le Jeudi Saint, 13 avril 2006. Mais ce qu'il y disait s'applique aussi aux laïcs qui, par le baptême, ont revêtu le sacerdoce royal et sont devenus "une race choisie, un collège sacerdotal royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis" (1 Pierre 2, 9).
"Pour cette amitié, nous devons nous engager chaque jour à nouveau. Nous devons nous exercer à cette communion de pensée avec Jésus, nous dit saint Paul dans l'épître aux Philippiens (cf. 2, 2-5). Et cette communion de pensée n'est pas une chose uniquement intellectuelle, mais c'est une communion des sentiments et de la volonté, et donc également de l'action" (Benoît XVI, homélie citée). C'est une invitation pressante à faire vraiment de Dieu le centre de la vie et à orienter nos actions en fonction de sa volonté divine. " Il n’est pas chrétien de ne penser à l’amitié de Dieu exclusivement comme un ultime recours" (homélie "Vie de prière", Amis de Dieu, n° 247). En effet, quand l'amitié est réelle, elle se traduit, entre autres, par le besoin de se retrouver, d'être ensemble, pour partager les expériences de la vie, les projets, les découvertes dans le domaine spirituel, etc. Par conséquent, l'amitié avec Dieu pousse le chrétien à chercher fréquemment sa compagnie, à "prier constamment, du matin au soir et du soir au matin" (Ibid.). Il ne s'agit certes pas de s'évader de ses devoirs d'état en fuyant le monde et ses réalités, mais de tout transformer en prière en accomplissant tout par amour de Dieu, "par Lui, avec Lui et en Lui" (Ordinaire de la messe).
Pour y arriver, saint Josémaria proposait quatre étapes dans l'identification au Christ : "Le chercher, le trouver, le fréquenter, l'aimer. (...) Cherchez-le en vous-mêmes de toutes vos forces. Si vous agissez avec cette opiniâtreté, j’ose vous garantir que vous l’avez déjà rencontré et que vous avez commencé à le fréquenter et à l’aimer, et à avoir votre conversation dans le ciel (cf. Philippiens 3, 20)" (homélie "Vers la sainteté", Amis de Dieu, n° 300). La condition première de cette recherche, c'est d'éprouver avec force notre relation filiale envers Dieu, d'avoir un sens aigu de la filiation divine.

(à suivre...)