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jeudi 24 avril 2008

Origene, sa vie, son oeuvre (3)

Origène, sa vie, son œuvre (3)

Enfin, poursuit Benoît XVI, même avant son ordination sacerdotale, Origène se consacra intensément à la prédication de la Bible, s'adaptant à un public très divers. Dans tous les cas, dans ses Homélies également, c'est le maître que l'on retrouve, qui se consacre entièrement à l'interprétation systématique de l'épisode étudié, progressivement divisé selon les versets successifs. Dans les Homélies aussi, Origène saisit toutes les occasions pour rappeler les diverses dimensions du sens de l'écriture Sainte, (lire la suite) qui aident ou expriment un chemin dans la croissance de la foi : il y a le sens « littéral », mais celui-ci cache des profondeurs qui n'apparaissent pas dans un premier temps ; la deuxième dimension est le sens « moral » : que devons-nous faire en vivant la parole ; et enfin le sens « spirituel », c'est-à-dire l'unité de l'écriture, qui dans tout son développement parle du Christ. C'est l'Esprit Saint qui nous fait comprendre le contenu christologique et ainsi l'unité de l'écriture dans sa diversité. Il serait intéressant de montrer cela. J'ai un peu tenté, dans mon livre Jésus de Nazareth, de mettre en évidence dans la situation d'aujourd'hui ces multiples dimensions de la parole, de l'écriture Sainte, qui avant tout, doit être respectée, précisément au sens historique. Mais ce sens nous transcende vers le Christ, dans la lumière de l'Esprit Saint, et nous montre la voie, comment vivre. On en trouve, par exemple, la mention dans la neuvième Homélie sur les Nombres, où Origène compare l'écriture aux noix : « Ainsi est la doctrine de la Loi et des Prophètes à l'école du Christ », affirme l'auteur de l'homélie ; « amère est la lettre, qui est comme l'écorce ; en deuxième lieu, tu parviendras à la coquille, qui est la doctrine morale ; en troisième lieu, tu trouveras le sens des mystères, dont se nourrissent les âmes des saints dans la vie présente et future » (Homélies sur les Nombres 9, 7).
C'est en particulier par cette voie qu'Origène parvient à promouvoir de manière efficace la « lecture chrétienne » de l'Ancien Testament, en réfutant de manière brillante le défi des hérétiques - surtout gnostiques et marcionites - qui opposaient les deux Testaments entre eux, jusqu'à rejeter l'Ancien. A ce propos, dans la même Homélie sur les Nombres, l'Alexandrin affirme : « Je n'appelle pas la Loi un « Ancien Testament », si je la comprends dans l'Esprit. La Loi ne devient un « Ancien Testament » que pour ceux qui veulent la comprendre charnellement », c'est-à-dire en s'arrêtant à la lettre du texte. Mais « pour nous, qui la comprenons et l'appliquons dans l'Esprit et dans le sens de l'Évangile, la Loi est toujours nouvelle, et les deux Testaments sont pour nous un nouveau Testament, non pas en raison de la date temporelle, mais de la nouveauté du sens... En revanche, pour le pécheur et pour ceux qui ne respectent pas le pacte de la charité, les Évangiles eux aussi vieillissent » (Homélies sur les Nombres 9, 4).
Je vous invite - et je conclus ainsi - à accueillir dans votre cœur l'enseignement de ce grand maître de la foi. Il nous rappelle avec un profond enthousiasme que, dans la lecture priante de l'Écriture et dans l'engagement cohérent de la vie, l'Église se renouvelle et rajeunit toujours. La Parole de Dieu, qui ne vieillit jamais et ne s'épuise jamais, est le moyen privilégié pour y parvenir. C'est en effet la Parole de Dieu qui, par l'œuvre de l'Esprit Saint, nous guide toujours à nouveau à la vérité tout entière (cf. Benoît XVI, "Aux participants au Congrès international pour le XL anniversaire de la Constitution dogmatique Dei Verbum", in Insegnamenti, vol. I, 2005, p. 552-553) et prions le Seigneur pour qu'il nous donne aujourd'hui des penseurs, des théologiens, des exégètes qui trouvent cette dimension multiple, cette actualité permanente de l'Écriture Sainte, sa nouveauté pour notre époque. Prions afin que le Seigneur nous aide à lire de façon orante l'Écriture Sainte, à nous nourrir réellement du vrai Pain de la vie, de sa Parole.

Benoît XVI, Audience générale, 25 avril 2007.

mercredi 23 avril 2008

Origene, sa vie, son oeuvre (2)

Origène, sa vie, son œuvre (2)

"Nous avons mentionné, dit Benoît XVI, ce « tournant irréversible » qu'Origène imprima à l'histoire de la théologie et de la pensée chrétienne. Mais en quoi consiste ce « tournant », cette nouveauté si riche de conséquences ? Il correspond substantiellement à la fondation de la théologie dans l'explication des Écritures. Faire de la théologie était pour lui essentiellement expliquer, comprendre l'Écriture ; ou nous pourrions également dire que sa théologie est la parfaite symbiose entre théologie et exégèse. En vérité, la marque caractéristique de la doctrine d'Origène semble précisément résider dans l'invitation incessante à passer (lire la suite) de la lettre à l'esprit des Écritures, pour progresser dans la connaissance de Dieu. Et ce que l'on appelle l'« allégorisme », a écrit Urs von Balthasar, coïncide précisément « avec le développement du dogme chrétien effectué par l'enseignement des docteurs de l'Église », qui - d'une façon ou d'une autre - ont accueilli la « leçon » d'Origène. Ainsi, la tradition et le magistère, fondement et garantie de la recherche théologique, parviennent à se configurer comme une « Écriture en acte » (cf. Origène, Le monde, le Christ et l'Église, tr. it., Milan 1972, p. 43). Nous pouvons donc affirmer que le noyau central de l'immense œuvre littéraire d'Origène consiste dans sa « triple lecture » de la Bible. Mais avant d'illustrer cette « lectureé, il convient de jeter un regard d'ensemble sur la production littéraire de l'Alexandrin. Saint Jérôme, dans son Epistola 33, dresse la liste des titres de 320 livres et de 310 homélies d'Origène. Malheureusement, la majeure partie de cette œuvre a été perdue, mais le peu qu'il en reste fait de lui l'auteur le plus fécond des trois premiers siècles chrétiens. Son domaine d'intérêt s'étend de l'exégèse au dogme, à la philosophie, à l'apologétique, à l'ascétique et à la mystique. C'est une vision fondamentale et globale de la vie chrétienne.
La source inspiratrice de cette œuvre est, comme nous l'avons dit, la « triple lecture » de l'Écriture développée par Origène au cours de sa vie. Par cette expression, nous entendons faire allusion aux trois modalités les plus importantes - qui ne se suivent pas l'une l'autre, mais en réalité le plus souvent se superposent - avec lesquelles Origène s'est consacré à l'étude des Écritures. Il lut tout d'abord la Bible avec l'intention d'en certifier le mieux possible le texte et d'en offrir l'édition la plus fiable. Cela, par exemple, est le premier pas : connaître réellement ce qui est écrit et connaître ce que cette Écriture voulait intentionnellement et initialement dire. Il a mené une étude importante dans ce but et il a rédigé une édition de la Bible avec six colonnes parallèles, de gauche à droite, avec le texte hébreu en caractères hébreux - il a également eu des contacts avec les rabbins pour bien comprendre le texte original de la Bible -, puis le texte hébreu translittéré en caractères grecs, et puis quatre traductions différentes en langue grecque, qui lui permettaient de comparer les différentes possibilités de traduction. D'où le titre d'Hexaple (six colonnes) attribué à cette immense synopse. C'est le premier point : connaître exactement ce qui est écrit, le texte comme tel. En deuxième lieu, Origène lut systématiquement la Bible en l'accompagnant de ses célèbres Commentaires. Ils reproduisent fidèlement les explications que le maître offrait pendant ses leçons à l'école, à Alexandrie comme à Césarée. Origène procède presque verset par verset, de manière minutieuse, ample et approfondie, avec des notes à caractère philologique et doctrinal. Il travaille avec une grande exactitude, pour bien comprendre ce que voulaient dire les auteurs saints.

(à suivre...)

mardi 22 avril 2008

Origene, sa vie, son oeuvre (1)

Origène, sa vie, son œuvre (1)

Le pape Benoît XVI déclare : "Dans nos méditations sur les grandes personnalités de l'Église antique, nous faisons aujourd'hui connaissance de l'une des plus importantes. Origène d'Alexandrie est réellement l'une des personnalités les plus déterminantes pour tout le développement de la pensée chrétienne. Il recueille l'héritage de Clément d'Alexandrie, sur lequel nous avons médité mercredi dernier, et le relance vers l'avenir de manière tellement innovatrice, qu'il imprime un tournant irréversible au développement de la pensée chrétienne. Ce fut un véritable « maître », (lire la suite) et c'est ainsi que ses élèves se souvenaient de lui avec nostalgie et émotion: non seulement un théologien brillant, mais un témoin exemplaire de la doctrine qu'il transmettait : « Il enseigna, écrit Eusèbe de Césarée, son biographe enthousiaste, que la conduite doit correspondre exactement à la parole, et ce fut surtout pour cela que, aidé par la grâce de Dieu, il poussa un grand nombre de personnes à l'imiter » (Histoire Ecclésiastique 6, 3, 7).
Toute sa vie fut parcourue par une aspiration incessante au martyre. Il avait dix-sept ans lorsque, en la dixième année du règne de l'empereur Septime Sévère, la persécution contre les chrétiens fut lancée à Alexandrie. Clément, son Maître, abandonna la ville, et le père d'Origène, Léonide, fut jeté en prison. Son fils désirait ardemment le martyre, mais il ne put réaliser ce désir. Il écrivit alors à son père, l'exhortant à ne pas abandonner le témoignage suprême de la foi. Et lorsque Léonide fut décapité, le petit Origène sentit qu'il devait accueillir l'exemple de sa vie. Quarante ans plus tard, alors qu'il prêchait à Césarée, il fit cette confession : « À rien ne me sert d'avoir eu un père martyr, si je n'observe pas une bonne conduite et ne fais pas honneur à la noblesse de ma famille, c'est-à-dire au martyre de mon père et au témoignage qui l'a rendu illustre dans le Christ » (Homélies sur Ézéchiel 4, 8). Dans une homélie successive - lorsque grâce à l'extrême tolérance de l'empereur Philippe l'Arabe, l'éventualité d'un témoignage sanglant semblait s'être évanouie - Origène s'exclama : « Si Dieu m'accordait d'être lavé dans mon sang, recevant ainsi le second baptême après avoir accepté la mort pour le Christ, je m'éloignerais certainement de ce monde... Mais ceux qui méritent ces choses sont bienheureux » (Homélies sur Jude 7, 12). Ces expressions révèlent toute la nostalgie d'Origène pour le baptême du sang. Et finalement, cette aspiration irrépressible fut, tout au moins en partie, exaucée. En 250, au cours de la persécution de Dèce, Origène fut arrêté et cruellement torturé. Affaibli par les souffrances endurées, il mourut quelques années plus tard. Il n'avait pas encore soixante-dix ans.

(à suivre...)

lundi 21 avril 2008

Etre apotre (1)

Être apôtre (1)

Nous connaissons par cœur le commandement missionnaire que Jésus donne à ses apôtres et, au-delà d'eux, à chacun d'entre nous : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous toujours jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28, 19-20). Il ne s'agit pas d'une simple exhortation morale. C'est une indication impérative qui engage toute notre existence. (lire la suite) Toute notre existence : ce qui veut dire que nous ne sommes en mesure d'évangéliser la société dans laquelle nous vivons et, à partir d'elle, le monde entier, que si nous sommes une âme de prière, une âme eucharistique, une âme éprise de Dieu. Annonçant une « année saint Paul » à l'occasion du deuxième millénaire de la naissance de « l'Apôtre des nations », le pape Benoît XVI faisait remarquer que les résultats de la prédication de l'apôtre « ne sont pas à attribuer à une brillante rhétorique ou à des stratégies apologétiques et missionnaires raffinées. Le succès de son apostolat dépend surtout d'une implication personnelle dans l'annonce de l'Évangile avec un dévouement total pour le Christ ; un dévouement qui ne craignit pas les risques, les difficultés et les persécutions: « Ni mort ni vie, écrivait-il aux Romains, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Romains 8, 37-39) » (Homélie dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, 28 juin 2007).
Rien ne peut nous séparer de Dieu. Rien ne peut non plus nous freiner dans notre apostolat si c'est l'amour désintéressé des âmes qui guide notre action, un amour qui est la traduction extérieure de notre amour de Dieu, qui en est une manifestation sensible.

(à suivre...)

dimanche 20 avril 2008

Marie, le premier tabernacle

Marie, le premier tabernacle

Cette expression peut surprendre. Pourtant, elle correspond à la stricte réalité. L'Enfant que la Sainte Vierge a porté en son sein était vraiment le Fils de Dieu, aussi réellement présent dans l'Eucharistie. Dans celle-ci, nous ne voyons ni la divinité ni l'humanité (cf. hymne Adoro te), tout comme ce sa conception virginale à sa naissance au jour de Noël. C'est pourquoi le Serviteur de Dieu Jean-Paul II pouvait écrire en toute propriété : « Heureuse celle qui a cru » (Lc 1, 45) : dans le mystère de l'Incarnation, (lire la suite) Marie a aussi anticipé la foi eucharistique de l'Église. Lorsque, au moment de la Visitation, elle porte en son sein le Verbe fait chair, elle devient, en quelque sorte, un « tabernacle » – le premier « tabernacle » de l'histoire – dans lequel le Fils de Dieu, encore invisible aux yeux des hommes, se présente à l'adoration d'Élisabeth, « irradiant » quasi sa lumière à travers les yeux et la voix de Marie. Et le regard extasié de Marie, contemplant le visage du Christ qui vient de naître et le serrant dans ses bras, n'est-il pas le modèle d'amour inégalable qui doit inspirer chacune de nos communions eucharistiques ? » (Jean-Paul II, encyclique L'Église vit de l'Eucharistie, n° 55).
Cette idée est reprise, comme on pouvait s'y attendre, par le pape Benoît XVI, qui parle de « tabernacle vivant ». Voici en quels termes il s'est exprimé : « Marie, la Mère du Christ, nous enseigne véritablement ce que signifie entrer en communion avec le Christ : Marie a offert sa propre chair, son propre sang à Jésus et elle est devenue la tente vivante du Verbe (le tabernacle vivant), se laissant pénétrer dans le corps et l'esprit par sa présence. Nous la prions, Elle notre sainte Mère, pour qu'elle nous aide à ouvrir toujours davantage tout notre être à la présence du Christ ; pour qu'elle nous aide à le suivre fidèlement, jour après jour, sur les routes de notre vie » (Benoît XVI, Homélie pour la Fête du précieux Corps et du précieux Sang de Jésus-Christ, 26 mai 2005).

samedi 19 avril 2008

Le silence nécessaire

Le silence nécessaire

Notre monde ne connaît guère le silence, même si, ici ou là, l'homme en redécouvre le nécessité. Voici deux approches différentes du silence. Il peut, certes, y avoir un silence lourd et pesant, tel celui que Ramuz décrit : « On avait senti grandir autour de soi une chose tout à fait inhumaine et à la longue insupportable : le silence. (lire la suite) Le silence de la haute montagne, le silence de ces déserts d'hommes, où l'homme n'apparaît que temporairement : alors, pour que par hasard il soit silencieux lui-même, on a beau prêter l'oreille, on entend seulement qu'on n'entend rien. C'était comme si aucune chose n'existait nulle part, de nous à l'autre bout du monde, de nous jusqu'au fond du ciel. Rien, le néant, le vide, la perfection du vide ; une cessation totale de l'être, comme si le monde n'était pas créé encore, ou ne l'était plus, comme si on était avant le commencement du monde ou bien après la fin du monde. Et l'angoisse se loge dans votre poitrine où il y a comme une main qui se referme autour du cœur » (C. F. Ramuz, Derborence, Paris, 1968, p. 12-13).
Mais il existe un silence bénéfique, de celui qui fait taire les sollicitations du monde pour se recueillir et écouter Dieu. « Le silence est comme le portier de la vie intérieure » (saint Josémaria, Chemin, n° 281). Autrement dit, sans le retrait des soucis du monde, il est difficile de prier. Cela ne signifie pas qu'il soit impossible de prier en pleine rue ou dans le brouhaha des activités, mais que l'oraison, le dialogue intime avec Dieu, implique de s'occuper de lui. En effet, « nous autres, enfants de Dieu, nous devons être des contemplatifs : des personnes qui, au milieu du grondement de la foule, savent trouver le silence d'une âme qui s'entretient sans cesse avec le Seigneur ; et le regarder comme on regarde un Père, comme on regarde un Ami que l'on aime à la folie » (saint Josémaria, Forge, n° 738).
Chacun d'entre nous devrait pouvoir dire : « Ma prière intime, qui est comme un grand silence qui crie » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 35), qui crie, car elle réclame la grâce de Dieu pour être plus saint et pour être vraiment apôtre dans les milieux de notre existence.
Pour ne pas avoir la tête troublée aux moments les plus inopportuns par les préoccupations terre à terre, il convient d'« essayer d’obtenir des moments de silence intérieur » tout en tâchant de maîtriser aussi les « sens externes et internes » (saint Josémaria, Sillon, n° 670).

vendredi 18 avril 2008

L'offrande d'oeuvres

L'offrande d'œuvres

Il est bon de commencer sa journée en l'offrant à Dieu. C'est ce que l'on appelle « l'offrande d'œuvres », que nous pouvons exprimer en disant Serviam ! Je servirai, je veux te servir, Seigneur, tout au long de cette journée que tu me donnes de vivre, précisément à ton service et au service de mon prochain. Il est très beau de démarrer la journée dans cet état d'esprit qui traduit le sens profond de notre vie. Nous sommes sur terre, non pour commander, mais pour servir. Et il est tout à fait compatible de commander en servant. Tel est l'exemple de Jésus qui, (lire la suite) dit-il, « n'est pas venu pour être servi, mais pour servir », et ce, précise-t-il, afin « de donner sa vie en rançon pour beaucoup » (Matthieu 20, 28). C'est dans la fidélité à cet enseignement du Christ que le pape se qualifie, depuis saint Grégoire le Grand (590-604) de « serviteur des serviteurs de Dieu ». De plus, toute charge dans l'Église est conçue comme une « diakonia », un service des âmes.
C'est une grande joie de pouvoir servir. Une journée de plus pour rendre gloire à Dieu en étant à son service, en travaillant au bien des âmes par l'offrande de notre travail et une charité authentique, c'est-à-dire en travaillant pour le Seigneur, car « tout ce que vous avez fait pour le moindre de mes frères que voici, c'est à moi que vous l'avez fait » (Matthieu 25, 40).
Notre serviam ! comprend tout ce qui va se passer au cours de la journée qui débute. Il est bon de réactualiser cette disposition, de tout accueillir dans cet état d'esprit, de tout ramener aussi à la messe. Le Seigneur est venu servir, disais-je il y a un instant, et il nous sert de la façon la plus accomplie, la plus exemplaire, sur la Croix : c'est là où il nous rend le plus grand service, celui de « donner sa vie en rançon », de donner sa vie pour que nous possédions la Vie éternelle, la Vie de Dieu.
Après, tout au long de la journée, à chaque rencontre, dans chaque activité, nous sommes là pour les autres, non pour nous, pour les autres, afin de les aider, de répondre à leurs attentes, de soulager leurs peines, de les écouter, les réconforter, leur donner la parole de Dieu, les aiguiller vers les sacrements, les aider à avoir une vision surnaturelle de la vie, leur apprendre à prier, etc....
Serviam ! Un cri du cœur. Je veux vraiment servir ; non m'imposer, mais proposer ; ne pas rester passif, mais aller à la rencontre des autres, leur apporter ce que je suis, ce que je possède : la grâce de Dieu, la connaissance de la foi, le Christ lui-même, le Christ qui guérit, qui fortifie, qui donne du courage, de l'optimisme.
Faisons en sorte que le Christ soit présent dans nos pensées, dans nos paroles, dans notre cœur et dans tous nos actes, pour que nous soyons un serviteur identifié à son maître.
Serviam ! C'est une autre façon de dire avec Marie fiat mihi, « qu'il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 38). À l'école de la très Sainte Vierge nous apprenons à servir, en mettant toute notre vie à la disposition de Dieu pour qu'il mène à son terme l'œuvre de salut de l'humanité.

Arrets sur christianisme (19)


Arrêts sur christianisme (19)


Le christianisme offre un style de vie complètement différent de celui de la majorité des gens d'aujourd'hui. Il dévoile une réalité surnaturelle qui n'est visible qu'au prix d'un effort, mais qui est accessible à tous. Quand on a goûté à cette vie surnaturelle - que l'on ne fait qu'entrevoir sur cette Terre -, on ne peut plus s'en passer, malgré tout ce qu'elle exige.

Janne Haaland Matlary, Quand raison et foi se rencontrent, Paris, 2003, p. 185-186.

jeudi 17 avril 2008

Le signe de Jesus (2)

Le signe de Jésus (2)

Les chefs des Juifs inventent cette fable de l'enlèvement qui ne tient pas debout et que personne ne peut prendre au sérieux. Comment les soldats savent-ils que les disciples ont dérobé le corps de Jésus s'ils étaient endormis et ne se sont aperçus de rien ? Comment les voleurs supposés ont-il pu briser les sceaux apposés sur le tombeau et, plus encore, faire rouler la grosse pierre qui en obstruait l'entrée et retirer le corps sans attirer l'attention des soldats placés devant cet accès ? N'aurait-il pas été plus plausible, (lire la suite) plus crédible de dire qu'une bande de brigands les avaient attaqués en nombre et qu'ils n'avaient pas pu les empêcher de commettre leur forfait ?
Ce que les anciens craignaient, c'était le tombeau vide, plus que le vol du corps. Car en montrant un cadavre corrompu par la mort, les disciples n'auraient pas pu faire croire à la Résurrection du Christ. Mais s'ils craignaient le sépulcre vide, pourquoi alors ne l'avoir pas tout simplement de nouveau fermé et scellé, en interdisant l'accès à quiconque ? En réalité, la Résurrection de Jésus s'impose à eux comme un fait historique, réel, qu'ils ne veulent pas accepter. Un signe aussi éclatant ne leur suffit pas pour croire. Parce qu'il faut de bonnes dispositions intérieures, de l'intelligence et de la volonté.
« Aujourd'hui, comme alors, l'évangéliste nous rappelle que le seul « signe » est Jésus élevé sur la croix : Jésus mort et ressuscité est le signe absolument suffisant. En Lui, nous pouvons comprendre la vérité de la vie et obtenir le salut. Telle est l'annonce centrale de l'Église, qui demeure immuable au cours des siècles. La foi chrétienne n'est donc pas une idéologie, mais une rencontre personnelle avec le Christ crucifié et ressuscité. De cette expérience, qui est individuelle et communautaire, naît ensuite une nouvelle façon de penser et d'agir : c'est ainsi que trouve son origine, comme en témoignent les saints, une existence marquée par l'amour » (Benoît XVI, Homélie, 26 mars 2006).
Une rencontre personnelle. Voilà ce qu'est la foi, ce qu'est la vie chrétienne. Une rencontre personnelle qui se produit constamment, car Dieu prend possession de l'âme du baptisé et reste en lui tant que l'homme ne le rejette pas par le péché mortel. Une rencontre personnelle qui se nourrit de la prière et de la vie sacramentelle. Une rencontre personnelle qui se produit aussi, si nous le voulons, partout où nous sommes, car rien ne doit faire écran à notre intimité avec Dieu et parce que, pour un enfant de Dieu, le travail est prière, notre semblable est un autre Christ que nous aimons comme tel...

(fin)

mercredi 16 avril 2008

Le signe de Jesus (1)

Le signe de Jésus (1)

« Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et il ne lui sera point donné d'autre signe que le signe du prophète Jonas. Car, de même que Jonas a été un signe pour les Ninivites, ainsi le Fils de l'homme en sera aussi un pour cette génération » (Luc 11, 29-30). Le signe du Christ dressé sur la Croix à la face du monde et le signe du Christ ressuscité. « Que de personnes, à notre époque également, sont à la recherche de Dieu, à la recherche de Jésus et de son Église, à la recherche de la miséricorde divine, et attendent un « signe » qui touche leur esprit et leur cœur ! » (lire la suite) (Benoît XVI, Homélie, 26 mars 2006). Mais parfois, fréquemment peut-être, les hommes attendent une manifestation spectaculaire de Dieu. Ils prétendent, sans doute sincèrement, qu'un signe leur suffira pour croire. Dans la parole du riche et du pauvre Lazare (Luc 17, 20-31), Abraham répond au riche qui se trouve en enfer et qui demande que le pauvre aille mettre ses frères en garde contre ce qui les attend s'ils continuent de mener la même vie facile et débauchée que lui : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, même si quelqu'un ressuscitait d'entre les morts, ils ne seraient pas persuadés » (verset 32).
Ceci se vérifie avec la Résurrection du Christ. « Après s'être assemblés avec les anciens et avoir pris une délibération, ils donnèrent une grosse somme d'argent aux soldats, en leur disant : Dites : Ses disciples sont venus de nuit et l'ont dérobé pendant que nous dormions. Que si cela arrive aux oreilles du gouverneur, nous l'apaiserons et nous ferons que vous n'ayez pas d'ennuis » (Matthieu 28, 12-14). La Résurrection ne vient pas à bout de la résistance des anciens. Ils n'acceptent pas de se rendre à l'évidence, eux qui se rappellent fort bien que Jésus avait prédit sa Résurrection. C'est pourquoi ils étaient allés trouver Pilate en lui disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelés que cet imposteur, lorsqu'il vivait encore, a dit : « Dans trois jours je ressusciterai. » Commandez donc que le tombeau soit bien gardé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent le dérober et disent au peuple : « Il est ressuscité des morts. » Cette dernière imposture serait pire que la première » (Matthieu 27, 63-64).

(à suivre...)

mardi 15 avril 2008

L'intercession de Moise (3)

L'intercession de Moïse (3)

Nous avons là un exemple de ce que peut être notre prière pour les hommes de ce temps, qui vivent souvent et tournant le dos à Dieu et vautrés devant des idoles. « Aujourd'hui aussi, ce dragon (de l'Apocalypse) existe de façons nouvelles et différentes. Il existe sous la forme des idéologies matérialistes qui nous disent : il est absurde de penser à Dieu ; il est absurde d'observer les commandements de Dieu ; cela appartient au passé. Il vaut la peine uniquement de vivre la vie pour soi. Prendre dans ce bref moment de la vie tout ce que nous pouvons en tirer. Seuls la consommation, l'égoïsme, le divertissement valent la peine. (lire la suite) Telle est la vie. C'est ainsi que nous devons vivre. Et à nouveau, il semble absurde, impossible de s'opposer à cette mentalité dominante, avec toute sa force médiatique, de propagande. Il semble impossible aujourd'hui encore de penser à un Dieu qui a créé l'homme et qui s'est fait enfant et qui serait le véritable dominateur du monde. Aujourd'hui aussi, ce dragon apparaît invincible, mais aujourd'hui aussi, il demeure vrai que Dieu est plus fort que le dragon, que c'est l'amour qui l'emporte, et non pas l'égoïsme » (Benoît XVI, Homélie, 15 août 2007).
Prions comme Moïse, avec foi et humilité, et prions spécialement pour les catholiques tièdes et embourgeoisés, qui se sont écartés du droit chemin, qui ne pratiquent pas la foi qu'ils ont reçue de dieu en cadeau et en héritage, qui ne sont pas fidèles aux promesses de leur baptême. Que Dieu les prenne en pitié, pour les conduire à la sainteté conformément au dessein éternel qu'il a formé pour eux. Qu'il leur accorde la grâce de la conversion, la capacité de reconnaître leur erreur qui ne peut les conduire qu'à leur perte. Qu'attendre, en effet, du monde ? De ses mirages et de ses idoles ? Mon Dieu, ne nous en veuille pas. Ton Fils n'a-t-il pas dit avec raison : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » (Luc 23, 34) ? Donne-nous de revenir vers toi et de comprendre que toi seul a les paroles de la vie éternelle (Jean 6, 68), et qu'en toi seul se trouvent le pardon et le rachat.

(fin)

lundi 14 avril 2008

L'intercession de Moise (2)

L'intercession de Moïse (2)

Nous comprenons la réaction de Dieu, qui s'adresse à Moïse : « Je vois que ce peuple est un peuple au cou raide. Maintenant laisse-moi : que ma colère s'embrase contre eux et que je les consume ! Mais je ferai de toi une grande nation » (Exode 32, 9-10). C'est sans doute une façon de mettre à l'épreuve la foi de Moïse. Celui-ci ne se laisse pas monter la tête par la proposition du Seigneur de devenir le chef d'un peuple nouveau. Quoi de plus légitime de l'accepter puisqu'elle vient de Dieu. Cependant, dans son humilité et sa foi Moïse intervient pour « raisonner » Dieu, en lui rappelant les termes de sa promesse, (lire la suite) qui ne l'avantagent pas lui, Moïse : « Pourquoi, Yahweh, votre colère s'embraserait-elle contre votre peuple, que vous avez fait sortir du pays d'Égypte par une grande puissance et par une main forte ? Pourquoi les Égyptiens diraient-ils : C'est pour leur malheur qu'il les a fait sortir, c'est pour les faire périr dans les montagnes et pour les anéantir de dessus la terre ? » (Exode 32, 11-12). Ce qui compte pour Moïse, c'est que s'accomplisse la promesse faite à ses pères : « Souvenez-vous d'Abraham, d' et d'IsaacIsraël, vos serviteurs, auxquels vous avez dit, en jurant par vous-même : Je multiplierai votre postérité comme les étoiles du ciel, et leur ce pays dont j'ai parlé, je le donnerai à vos descendants, et ils le posséderont à jamais » (v. 13). Moïse, qui aurait pu briller de mille feux, s'efface devant les plans originels de Dieu. Il ne connaît d'autre volonté que celle de Yahvé.
Il veut aussi sauver le peuple du châtiment dont Dieu le menace en raison de son paganisme délirant et de son absence totale de confiance et de reconnaissance : « Revenez de l'ardeur de votre colère, et repentez-vous du mal que vous voulez faire à votre peuple » (v. 12). Face à cette réaction pleine de foi et qui manifeste une grande humilité, Dieu accède à la demande de Moïse : « Et Yahweh se repentit du mal qu'il avait parlé de faire à son peuple » (v. 14).

(à suivre...)

dimanche 13 avril 2008

L'intercession de Moise (1)

L'intercession de Moïse (1)

« Yahweh dit à Moïse : « Va, descends ; car ton peuple que tu as fait monter du pays d'Égypte, s'est conduit très mal. Ils se sont bien vite détournés de la voie que je leur avais prescrite » (Exode 32, 7-8). Ils sont sortis d'Égypte depuis peu. Cela a été pour eux une libération après quatre cents ans d'un dur esclavage : « On battit les scribes des enfants d'Israël, que les exacteurs de Pharaon avaient établis sur eux; on disait : « Pourquoi n'avez-vous pas achevé hier et aujourd'hui votre tâche de briques, comme précédemment ? » (Exode 5, 14).
Mais il suffit que Moïse s'attarde avec le Seigneur (lire la suite) sur le Sinaï pour qu'ils s'inquiètent et se sentent désemparés. Ils en oublient Dieu au point de tomber dans l'idolâtrie : « Ils se sont fait un veau en fonte, ils se sont prosternés devant lui, et ils lui ont offert des sacrifices, et ils ont dit : Israël, voici ton Dieu, qui t'a fait monter du pays d'Égypte » (Exode 32, 8). Ils n'auront pas été capables de patienter quarante jours ! Au bout de quelques semaines, l'angoisse les saisit. Vers la cinquième semaine, quelques-uns des Hébreux forment le projet de se fabriquer un veau d'or et vont voir Aaron, le propre frère de Moïse, qui adopte illico leur proposition ! Le propre frère de Moïse ! « Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s'assembla autour d'Aaron et lui dit : « Allons, fais-nous un dieu qui marche devant nous. Car pour ce Moïse, l'homme qui nous a fait monter du pays d'Égypte, nous ne savons ce qu'il en est devenu. » Aaron leur dit : « Ôtez les anneaux d'or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les-moi » (Exode 32, 1-2).
Voilà qu'ils se prosternent donc devant le résultat de leurs mains, devant une statue muette, qui plus est un veau... Et ils le divinisent ! Ils ont oublié comment Dieu les a sauvés. Les dix plaies qui se sont abattues sur l'Égypte, et comment Dieu a séparé les eaux de la Mer Rouge pour qu'ils la traversent à pieds secs et comment les eaux se sont refermées sur l'armée que pharaon avait lancée à leur poursuite et qui a été engloutie dans les flots. Et comment Dieu manifestait qu'il était avec eux et les accompagnait dans leur pérégrination vers la Terre qu'il leur avait promise par une colonne de feu la nuit et une colonne de nuée le jour. Et voilà qu'ils prétendent que c'est un veau qui les a titrés d'Égypte. Sacrilège majeur !

(à suivre...)

samedi 12 avril 2008

Les femmes au service de l'Evangile (3)

Les femmes au service de l'Évangile (3)

Certains autres faits ne peuvent pas être négligés. Il faut prendre acte, par exemple, que la brève Lettre à Philémon est en réalité également adressée par Paul à une femme appelée « Apphia » (cf. Philémon 2). Des traductions latines et syriaques du texte grec ajoutent à ce nom « Apphia », l'appellation de soror carissima (ibid.), et l'on doit dire que dans la communauté de Colosse, celle-ci devait occuper une place importante ; (lire la suite) quoi qu'il en soit, c'est l'unique femme mentionnée par Paul parmi les destinataires d'une de ses lettres. Ailleurs, l'Apôtre mentionne une certaine « Phébée », qualifiée comme diákonos de l'Église de Cencrées, petite ville portuaire située à l'est de Corinthe (cf. Romains 16, 1-2). Bien que le titre, à cette époque, n'ait pas encore de valeur ministérielle spécifique de type hiérarchique, il exprime un véritable exercice de responsabilité de la part de cette femme en faveur de cette communauté chrétienne. Paul recommande de la recevoir cordialement et de l'assister « en toute affaire où elle ait besoin », puis il ajoute : « car elle a pris soin de beaucoup de gens, et de moi aussi ». Dans le même contexte épistolaire, l'Apôtre rappelle avec des accents délicats d'autres noms de femmes : une certaine Marie, puis Tryphène, Tryphose et la « très chère » Persis, en plus de Julie, dont il écrit ouvertement qu'elles se sont « donné beaucoup de peine dans le Seigneur » ou « qui se donnent de la peine dans le Seigneur » (Romains 16, 6.12a.12b.15), soulignant ainsi leur profond engagement ecclésial. Dans l'Église de Philippes se distinguèrent ensuite deux femmes appelées « Évodie et Syntykhé » (Philippiens 4, 2) : le rappel que Paul fait de leur concorde réciproque laisse entendre que les deux femmes assuraient une fonction importante au sein de cette communauté.
En somme, l'histoire du christianisme aurait eu un développement bien différent s'il n'y avait pas eu le généreux apport de nombreuses femmes. C'est pourquoi, comme l'écrivit mon cher prédécesseur Jean-Paul II dans la Lettre apostolique Mulieris dignitatem, « L'Église rend grâce pour toutes les femmes et pour chacune d'elles... L'Église rend grâce pour toutes les manifestations du « génie » féminin apparues au cours de l'histoire, dans tous les peuples et dans toutes les nations ; elle rend grâce pour tous les charismes dont l'Esprit Saint a doté les femmes dans l'histoire du Peuple de Dieu, pour toutes les victoires remportées grâce à leur foi, à leur espérance et à leur amour : elle rend grâce pour tous les fruits de la sainteté féminine » (n° 31). Comme on le voit, l'éloge concerne les femmes au cours de l'histoire de l'Église et il est exprimé au nom de la communauté ecclésiale tout entière. Nous nous unissons nous aussi à cette appréciation en rendant grâce au Seigneur, car il conduit son Église, génération après génération, en s'appuyant indistinctement sur des hommes et des femmes, qui savent faire fructifier leur foi et leur baptême pour le bien du Corps ecclésial tout entier, pour la plus grande gloire de Dieu.

Benoît XVI, Audience générale, 14 février 2007.

vendredi 11 avril 2008

Les femmes au service de l'Evangile (2)

Les femmes au service de l'Évangile (2)

Viennent ensuite différentes femmes qui, à titre divers, gravitent autour de la figure de Jésus en ayant des fonctions de responsabilité. Un exemple éloquent est représenté par les femmes qui suivaient Jésus pour l'assister de leurs biens, et dont Luc nous transmet certains noms : Marie de Magdala, Jeanne, Suzanne et « plusieurs autres » (cf. Luc 8, 2-3). Puis, les Évangiles nous informent que les femmes, à la différence des Douze, n'abandonnèrent pas Jésus à l'heure de la Passion (cf. Matthieu 27, 56.61 ; Marc 15, 40). Parmi elles ressort en particulier Marie-Madeleine, (lire la suite) qui non seulement assista à la Passion, mais fut également la première à témoigner et à annoncer le Ressuscité (cf. 20, 1. 11-18). C'est précisément à Marie de Magdala que saint Thomas d'Aquin réserve le qualificatif particulier d'« apôtre des apôtres » (apostolorum apostola), lui consacrant ce beau commentaire : « De même qu'une femme avait annoncé au premier homme des paroles de mort, ainsi, une femme annonça en premier aux apôtres des paroles de vie » (Super Ioannem, ed. Cai, 2519).
Dans le domaine de l'Église des débuts également, la présence des femmes n'est absolument pas secondaire. Nous n'insistons pas sur les quatre filles non nommées du « diacre » Philippe, résidant à Cesarée Maritime, et toutes dotées, comme nous le dit saint Luc, du « don de prophétie », c'est-à-dire de la faculté d'intervenir publiquement sous l'action de l'Esprit Saint (cf. Actes 21, 9). La brièveté de l'information ne nous permet pas de déductions plus précises. Nous devons plutôt à saint Paul une plus ample documentation sur la dignité et sur le rôle ecclésial de la femme. Il part du principe fondamental selon lequel pour les baptisés, non seulement « il n'y a ni Juif ni Grec, il n'y a ni esclave ni homme libre », mais également « il n'y a ni homme ni femme ». La raison est que « tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus » (Galates 3, 28), c'est-à-dire que tous sont unis par la même dignité fondamentale, bien que chacun soit doté de fonctions spécifiques (cf. 1 Corinthiens 12, 27-30). L'apôtre admet comme quelque chose de normal que dans la communauté chrétienne, la femme puisse « prophétiser » (1 Corinthiens 11, 5), c'est-à-dire se prononcer ouvertement sous l'influence de l'Esprit, du moment que cela soit pour l'édification de la communauté et fait avec dignité. C'est pourquoi la célèbre exhortation suivante, à ce que « les femmes gardent le silence dans les assemblées » (1 Corinthiens 14, 34) doit être plutôt relativisée. Nous laissons aux exégètes le problème, très débattu, qui en découle, de la relation apparemment contradictoire, entre la première affirmation - les femmes peuvent prophétiser dans l'assemblée - et la seconde - les femmes ne peuvent pas parler. Ce n'est pas ici qu'il doit être débattu. Mercredi dernier nous avons déjà rencontré la figure de Prisca ou Priscille, femme d'Aquilas, qui dans deux cas, de manière surprenante, est mentionnée avant son mari (cf. Actes 18, 18 ; Romains 16, 3) : l'une et l'autre sont cependant explicitement qualifiés par Paul comme ses sun-ergoús « collaborateurs » (Romains 16, 3)."

(à suivre...)

jeudi 10 avril 2008

Les femmes au service de l'Evangile (1)

Les femmes au service de l'Évangile (1)

Achevant de parler des témoins des débuts du christianisme que mentionnent les écrits néo-testamentaires, le pape Benoît XVI s'attache "aux nombreuses figures de femmes qui ont accompli un rôle efficace et précieux dans la diffusion de l'Évangile. Leur témoignage ne peut être oublié, conformément à ce que Jésus lui-même dit de la femme qui lui versa de huile sur la tête, peu avant la Passion : « En vérité, je vous le dis, partout où sera proclamé cet Évangile, dans le monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire » (Matthieu 26, 13 ; Marc 14, 9). Le Seigneur veut que ces témoins de l'Évangile, ces figures qui ont apporté une contribution (lire la suite) afin de faire croître la foi en lui, soient connues et que leur mémoire soit vivante dans l'Église. Sur le plan historique, nous pouvons distinguer le rôle des femmes dans le christianisme des origines, au cours de la vie terrestre de Jésus et au cours des événements de la première génération chrétienne.
Bien sûr, comme nous le savons, Jésus choisit parmi ses disciples douze hommes comme Pères de la nouvelle Israël ; il les choisit pour « être ses compagnons et pour les envoyer prêcher » (Marc 3, 14-15). Ce fait est évident mais, outre les Douze, piliers de l'Église, pères du nouveau Peuple de Dieu, de nombreuses femmes sont également choisies au nombre des disciples. Je n'évoquerai que très brièvement celles qui se trouvent sur le chemin de Jésus lui-même, en commençant par la prophétesse Anne (cf. Luc 2, 36-38) jusqu'à la Samaritaine (cf. Jean 4, 1-39), à la femme syrophénicienne (cf. Marc 7, 24-30), à l'hémorroïsse (cf. Matthieu 9, 20-22) et à la pécheresse pardonnée (cf. Luc 7, 36-50). Je ne me réfère pas non plus aux protagonistes de certaines paraboles efficaces, par exemple la femme qui fait le pain (Matthieu 13, 33), la femme qui perd une drachme (Luc 15, 8-10), la veuve qui importune le juge (Luc 18, 1-8). Les femmes qui ont joué un rôle actif dans le cadre de la mission de Jésus sont plus importantes pour notre réflexion. En premier lieu, ma pensée se tourne naturellement vers la Vierge Marie, qui à travers sa foi et son œuvre maternelle, collabora de façon unique à notre Rédemption, au point qu'Élisabeth put la proclamer « bénie entre les femmes » (Luc 1, 42), en ajoutant « bienheureuse celle qui a cru » (Luc 1, 45). Devenue disciple du Fils, Marie manifesta à Cana une entière confiance en Lui (cf. Jean 2, 5) et le suivit jusque sous la Croix, où elle reçut de lui une mission maternelle pour tous ses disciples de tout temps, représentés par Jean (cf. Jean 19, 25-27)."

(à suivre...)

mercredi 9 avril 2008

Origene, sa pensee (3)

Origène, sa pensée (3)

Nous arrivons, enfin, à un enseignement d'Origène sur l'Église, et précisément - à l'intérieur de celle-ci - sur le sacerdoce commun des fidèles. En effet, comme l'Alexandrin affirme dans sa neuvième Homélie sur le Lévitique, « ce discours nous concerne tous » (Homélies sur le Lévitique 9, 1). Dans la même Homélie Origène - en faisant référence à l'interdiction faite à Aaron, après la mort de ses deux fils, d'entrer dans le Sancta sanctorum « à n'importe quel moment » (Lévitique 16, 2) - admoneste ainsi les fidèles : (lire la suite) « Cela démontre que si quelqu'un entre à n'importe quelle heure dans le sanctuaire, sans la préparation due, ne portant pas les vêtements pontificaux, sans avoir préparé les offrandes prescrites et s'être rendu propice à Dieu, il mourra... Ce discours nous concerne tous. Il ordonne, en effet, que nous sachions comment nous présenter à l'autel de Dieu. Ou ne sais-tu pas que le sacerdoce t'a été conféré à toi aussi, c'est-à-dire à toute l'Église de Dieu et au peuple des croyants ? Écoute comment Pierre parle des fidèles : « Race élue, dit-il, « royale, sacerdotale, nation sainte, peuple que Dieu s'est acquis. » Tu possèdes donc le sacerdoce car tu es une « race royale », et tu dois donc offrir à Dieu le sacrifice... Mais pour que tu puisses l'offrir dignement, tu as besoin de vêtements purs et différents des vêtements communs aux autres hommes, et le feu divin t'est nécessaire » (ibid.).
Ainsi, d'un côté, les « flancs ceints » et les « vêtements sacerdotaux », c'est-à-dire la pureté et l'honnêteté de vie, de l'autre, la « lumière toujours allumée », c'est-à-dire la foi et la science des Écritures, se présentent comme les conditions indispensables pour l'exercice du sacerdoce universel qui exige pureté et honnêteté de vie, foi et science des Écritures. À plus forte raison, ces conditions sont indispensables, bien évidemment, pour l'exercice du sacerdoce ministériel. Ces conditions - une conduite de vie intègre, mais surtout l'accueil et l'étude de la Parole - établissent une véritable « hiérarchie de la sainteté » dans le sacerdoce commun des chrétiens. Au sommet de ce chemin de perfection, Origène place le martyre. Toujours dans la neuvième Homélie sur le Lévitique, il fait allusion au « feu pour l'holocauste », c'est-à-dire à la foi et à la science des Écritures, qui ne doit jamais s'éteindre sur l'autel de celui qui exerce le sacerdoce. Puis, il ajoute : « Mais chacun de nous a en soi » non seulement le feu, mais « aussi l'holocauste, et de son holocauste il allume l'autel, afin qu'il brûle toujours. Quant à moi, si je renonce à tout ce que je possède prenant ma croix et suivant le Christ, j'offre mon holocauste sur l'autel de Dieu ; et si je remets mon corps pour qu'il brûle, en ayant la charité, et que j'obtiens la gloire du martyre, j'offre mon holocauste sur l'autel de Dieu » (Homélies sur le Lévitique 9, 9).
Ce chemin éternel de perfection « nous concerne tous », à condition que « le regard de notre cœur » soit tourné vers la contemplation de la Sagesse et de la Vérité, qui est Jésus-Christ. En prêchant sur le discours de Jésus de Nazareth lorsque « tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui » (Luc 4, 16-30) -, Origène semble s'adresser précisément à nous : « Aujourd'hui aussi, si vous le voulez, dans cette assemblée, vos yeux peuvent fixer le Sauveur. En effet, lorsque tu tourneras le regard le plus profond de ton cœur vers la contemplation de la Sagesse, de la Vérité et du Fils unique de Dieu, alors tes yeux verront Dieu. Heureuse assemblée, celle dont l'Écriture atteste que les yeux de tous étaient fixés sur lui ! Combien je désirerais que cette assemblée reçoive un tel témoignage, que les yeux de tous, des non baptisés et des fidèles, des femmes, des hommes et des enfants, non pas les yeux du corps, mais les yeux de l'âme, regardent Jésus !... La lumière de ton visage est imprimée sur nous, ô Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen ! » (Homélies sur Luc 32, 6).

Benoît XVI, Audience générale, 2 mai 2007.

mardi 8 avril 2008

Origene, sa pensee (2)

Origène, sa pensée (2)

Comme Benoît XVI l'a déjà dit, "le plus haut niveau de la connaissance de Dieu, selon Origène, naît de l'amour. Il en est de même parmi les hommes : on ne connaît l'autre réellement en profondeur que s'il y a l'amour, si les cœurs s'ouvrent. Pour démontrer cela, il se fonde sur une signification parfois donnée au verbe connaître en hébreu, lorsque celui-ci est utilisé pour exprimer l'acte d'amour humain : « L'homme connut Ève, sa femme ; elle conçut » (Genèse 4, 1). Il est ainsi suggéré que l'union dans l'amour procure la connaissance la plus authentique. (lire la suite) De même que l'homme et la femme sont « deux dans une seule chair », ainsi, Dieu et le croyant deviennent « deux dans un seul esprit ». De cette façon, la prière de l'Alexandrin atteint les niveaux les plus élevés de la mystique, comme l'attestent ses Homélies sur le Cantique des Cantiques, et notamment un passage de la première Homélie, dans laquelle Origène confesse : « Souvent - Dieu m'en est témoin - j'ai senti que l'époux s'approchait de moi au degré le plus élevé ; après, il s'en allait à l'improviste, et je ne pus trouver ce que je cherchais. Le désir de sa venue me prend à nouveau, et parfois celui-ci revient, et une fois qu'il m'est apparu, lorsque je le tiens entre les mains, voilà qu'il m'échappe encore, et une fois qu'il s'est évanoui, je me mets encore à le chercher... » (Homélies sur le Cantique des cantiques 1, 7).
Il me revient à l'esprit ce que mon vénéré Prédécesseur écrivait, en témoin authentique, dans Novo millennio ineunte, où il montrait aux fidèles « comment la prière peut progresser, comme un véritable dialogue d'amour, au point de rendre la personne humaine totalement possédée par le Bien-Aimé divin, vibrant au contact de l'Esprit, filialement abandonnée dans le cœur du Père... Il s'agit, poursuivait Jean-Paul II, d'un chemin totalement soutenu par la grâce, qui requiert toutefois un fort engagement spirituel et qui connaît aussi de douloureuses purifications, mais qui conduit, sous diverses formes possibles, à la joie indicible vécue par les mystiques comme « union sponsale » (n° 33).

(à suivre...)

lundi 7 avril 2008

Origene, sa pensee (1)

Origène, sa pensée (1)

Avec Benoît XVI nous avons considéré la vie et l'œuvre littéraire d'Origène, « en trouvant dans la « triple lecture » de la Bible, qu'il a effectuée, le centre vital de toute son œuvre. J'ai laissé de côté - pour les reprendre aujourd'hui - deux aspects de la doctrine d'Origène, que je considère parmi les plus importants et les plus actuels : j'entends parler de ses enseignements sur la prière et sur l'Église.
En vérité, Origène - auteur d'un important et toujours actuel traité Sur la prière (lire la suite) - mêle constamment sa production exégétique et théologique à des expériences et des suggestions relatives à la prière. Malgré toute la richesse théologique de pensée, cela n'est jamais une approche purement académique ; elle est toujours fondée sur l'expérience de la prière, du contact avec Dieu. Selon lui, en effet, la compréhension des Écritures demande, plus encore que l'étude, l'intimité avec le Christ et la prière. Il est convaincu que la voie privilégiée pour connaître Dieu est l'amour, et qu'il n'y a pas d'authentique scientia Christi sans tomber amoureux de Lui. Dans la Lettre à Grégoire, Origène recommande : « Consacre-toi à la lectio des divines Écritures ; applique-toi à cela avec persévérance. Engage-toi dans la lectio avec l'intention de croire et de plaire à Dieu. Si durant la lectio, tu te trouves devant une porte close, frappe et le gardien t'ouvrira, lui dont Jésus a dit : « Le gardien la lui ouvrira. » En t'appliquant ainsi à la lectio divina, cherche avec loyauté et une confiance inébranlable en Dieu le sens des Écritures divines, qui est largement contenu dans celles-ci. Tu ne dois cependant pas te contenter de frapper et de chercher : pour comprendre les choses de Dieu, tu as absolument besoin de l'oratio. Précisément pour nous exhorter à celle-ci, le Sauveur nous a non seulement dit : « Cherchez et vous trouverez » et « Frappez et on vous ouvrira », mais il a ajouté : "Demandez et vous recevrez » (Éphésiens Grec. 4). Le « rôle primordial » joué par Origène dans l'histoire de la lectio divina saute immédiatement aux yeux. L'évêque Ambroise de Milan - qui apprendra à lire les Écritures à partir des œuvres d'Origène - l'introduit ensuite en Occident, pour la remettre à Augustin et à la tradition monastique successive.

(à suivre...)

dimanche 6 avril 2008

Tous egaux devant Dieu (2)

Tous égaux devant Dieu (2)

Ils ne se rendent pas compte de l'honneur qu'ils ont eu de travailler dans cette vigne, sous la direction et en présence d'une tel maître qui, dépassant la stricte justice, prend pitié de ceux qui ont été embauchés plus tardivement, mais qui ont besoin eux aussi, de vivre et de subvenir aux besoins de leur famille. C'est ici la charité qui dicte le comportement du vigneron.
Nous avons peut-être du mal à comprendre la question qu'il pose : (lire la suite) « Ne m'est-il pas permis de faire en mes affaires ce que je veux ? » (v. 15). Les impôts, la législation sur les salaires et sur la transmission du patrimoine ne permettent pas, de nos jours, de faire ce que l'on veut avec ses biens...
Mais la parabole renferme une sens spirituel : elle nous montre que, face à Dieu, nous sommes tous égaux. Nous avons rencontré Dieu à notre naissance, et alors nous avons travaillé, ou nous nous sommes efforcés de travailler, toute notre vie à son service ; ou bien nous nous sommes convertis dans notre adolescence, à l'âge mûr ou même sur le tard, et nous n'avons été que relativement peu de temps au service de Dieu.
Mais le salaire est le même pour tous : le denier de la sainteté, du salut éternel, pour tous ceux qui sont restés fidèles au poste, jour après jour, sans relâche, en mettant tout l'amour dont ils étaient capables dans l'accomplissement de leur tâche. Le salaire ne peut être que le même pour tous. Certes, le degré de sainteté ne sera pas identique chez tous, mais tous seront parvenus à la sainteté, c'est-à-dire à un état de bonheur parfait dans lequel rien ne leur manquera. Il n'y aura plus de jalousie. Bien au contraire, chacun de réjouira de voir d'autres élus mieux lotis que lui et comprendra qu'il est juste qu'il en soit ainsi.
Mais Dieu nous traite au soir de notre vie de la même façon, que nous soyons puissants ou misérables, de la même manière : en toute justice et avec miséricorde. La récompense pour ceux qui ont su aimer jusqu'au bout est identique : le bonheur éternel promis par Jésus.
La parabole se termine par ces dernières paroles du maître, qui peuvent paraître dures : « Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers derniers » (v. 16).
Il ne faut pas remettre la tâche à plus tard, ni reporter indéfiniment le moment de la conversion, car il ne se représentera sans doute plus. « Le moment est arrivé de travailler pour de bon, d’occuper tous les instants de la journée, de supporter de bon cœur, dans la joie, le poids du jour et de la chaleur » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 52). C'est alors que le Seigneur peut nous dire : « Bien, serviteur bon et fidèle ; en peu tu as été fidèle, je te préposerai à beaucoup ; entre dans la joie de ton maître » (Matthieu 25, 21).

(fin)

samedi 5 avril 2008

Tous egaux devant Dieu (1)

Tous égaux devant Dieu (1)

L'enseignement que Jésus nous dispense à travers les paraboles n'est pas sans nous dérouter parfois. Prenons, par exemple, la parabole du vigneron qui embauche, tôt le matin, des saisonniers pour aller travailler à sa vigne, et qui convient avec eux du salaire pour la journée : un denier (cf. Matthieu 20, 1-4). Jusque-là, rien d'anormal.
Le propriétaire de la vigne ressort à plusieurs reprises au cours de la journée. À chaque fois, il trouve de nouveaux ouvriers désœuvrés (lire la suite) sur la place du village. « Étant sorti vers la onzième (heure), il en trouva d'autres qui stationnaient, et il leur dit : « Pourquoi stationnez-vous ici toute la journée sans rien faire ? » Ils lui disent : « C'est que personne ne nous a embauchés. » Il leur dit : « Allez, vous aussi, à la vigne » (Ibid., v. 6-7). Ils vont en renfort à la vigne, même si leur concours sera de brève durée. « Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire, en commençant par les derniers jusqu'aux premiers » (v. 8). C'est ici que nous devons prêter attention, car le maître va adopter une attitude apparemment surprenante. « Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier.
Quand vinrent les premiers, ils pensèrent qu'ils recevraient davantage » (v. 9-10). Nous les comprenons, parce qu'ils ont travaillé six fois, dix fois plus. « Mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier » (v. 10). Ils ne sont pas contents, et ils le font savoir : « En le recevant, ils murmuraient contre le maître de maison, disant : « Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et tu les as traités comme nous, qui avons porté le poids du jour et la chaleur » (v. 11-12). Il est vrai qu'ils ont supporté « le poids du jour et de la chaleur ». Ils ont travaillé dur, et bien, sans doute. Mais peut-être plus par obligation que par amour de leur tâche et de leur maître. Or, supporter par amour » le poids du jour et de la chaleur, « ce n'est plus réellement le supporter » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 44).
L'amour voit au-delà de la justice. Et c'est bien ce que nous constatons dans cette parabole. D'abord le maître répond à un des saisonniers : « Mais lui, s'adressant à l'un d'eux, répondit : « Ami, je ne te fais point d'injustice : n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t'en » (v. 13-14). Nous sommes ici dans le domaine de la justice, qui consiste à donner chacun ce qui lui est dû. Il a été convenu d'un denier : le salarié reçoit un denier, de quoi se plaint-il ? Il a ce à quoi il a droit. « Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi. Ne m'est-il pas permis de faire en mes affaires ce que je veux ? Ou ton œil sera-t-il mauvais parce que, moi, je suis bon ? » (v. 14-15). C'est sans doute la jalousie, la comparaison déplacée, humainement compréhensible mais indue, qui suscite ces récriminations et de mécontentement. Les premiers ont reçu ce à quoi ils avaient droit, et ils se plaignent...

(à suivre...)

vendredi 4 avril 2008

La confiance en Dieu (2)

La confiance en Dieu (2)

Jésus intervient à dessein quand les pêcheurs sont sans doute las et découragés d'avoir peiné inutilement. Mais c'est sur cet échec humain que le Seigneur veut construire la foi surnaturelle. C'est à partir de la connaissance de nos limites et de nos insuffisances que nous pouvons accepter d'entrer dans la logique de Dieu. Si Pierre et ses compagnons n'étaient pas rentrés les filets vides, ils n'auraient probablement pas réagi de la même manière et la pêche miraculeuse n'aurait peut-être pas eu lieu. En tout cas, elle leur aurait paru moins spectaculaire, moins inattendue.
Le Seigneur se sert de nos défauts, part de ce que nous sommes, pour déverser sa grâce dans notre âme. Il demande bien sûr notre coopération, car il respecte, et respectera toujours, (lire la suite) notre liberté. Il attend simplement que nous fassions pleinement confiance. Même si son intervention se produit dans un domaine qui nous est familier et que nous connaissons bien, ce qui était le cas de ces pêcheurs de Galilée. Le miracle prend d'autant plus d'importance à leurs yeux qu'il les touche dans ce qui constitue leur vie quotidienne, dans leur métier, leur art. S'ils ont besoin de Dieu en cela, que n'en auront-ils pas besoin pour le reste.
On comprend la stupeur qui s'empare de Pierre et de ses compagnons quand ils retirent des filets pleins à craquer. La pêche n'est pas due à leur habileté, à leur expérience. Ils en sont bien conscients. Tout le travail d'une nuit a été inutile. Les fruits viennent de Dieu. Voilà la grande réalité, à laquelle il nous faut nous habituer. Si nous faisons confiance à Dieu, donc si nous prenons les moyens surnaturels - prière, sacrements, sacrifices volontaires - alors Dieu donne la grâce et des résultats surnaturels. C'est lui qui donne la croissance (cf. 1 Corinthiens 3, 7).
En voyant cette pêche surabondante, Simon se jette aux pieds du Seigneur : « Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant : « Éloignez-vous de moi, parce que je suis un pécheur, Seigneur ! » (Luc 5, 8). Jésus lui dit alors : « Ne crains point ; désormais ce sont des hommes que tu prendra » (v. 10). Simon est prêt à devenir Pierre, à suivre le Maître. Désormais Jésus seul compte pour lui. Il est le tout de sa vie. Il est vrai qu'il sera quelque peu téméraire quand il affirmera : « Seigneur, je suis prêt à aller avec vous et en prison et à la mort » (Luc 22, 33). Mais il se ressaisira. Il fera une nouvelle fois l'expérience de la faiblesse humaine et de ce que tout est possible, en revanche à Dieu et à un homme de Dieu : « Tout est possible à celui qui croit » (Marc 9, 23).

(fin)

jeudi 3 avril 2008

La confiance en Dieu (1)

La confiance en Dieu (1)

Le Seigneur prêchait comme à l'accoutumée, car telle est sa mission : « Il faut que j'annonce aussi aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu, car j'ai été envoyé pour cela » (Luc 4, 44).Une grande foule s'est agglutinée autour de lui, et il lui est difficile de se faire entendre de tous. À quelques mètres de là, des pêcheurs sont en train de réparer leurs filets après une nuit de travail. Ils n'ont qu'une idée, en finir au plus vite pour rentrer chez eux et se reposer. Mais voilà que le Seigneur s'adresse à Simon, (lire la suite) propriétaire d'une des barques, et lui demande de le laisser monter à bord « et de s'écarter un peu de la terre » (Luc 5, 3) afin de parler à l'assistance de face et que sa voix porte mieux.
Saint Luc ne s'attarde pas à relater le contenu de la prédication de Jésus. Son objectif est autre. Il veut nous rapporter un miracle. C'est pourquoi il enchaîne avec ce qui se passe dès que Jésus « eut fini de parler » (v. 4). Le Seigneur laisse les gens repartir et s'adresse « à Simon : Pousse en eau profonde, et lâchez les filets pour pêcher » (v. 4). « Lâchez vos filets. » Il n'en dit pas plus. Il ne promet pas une pêche abondante. Simon ne s'attend d'ailleurs pas à prendre du poisson, car, comme il l'explique : « Maître, toute la nuit nous avons peiné sans rien prendre » (v. 5). Cependant il comprend intuitivement qu'il vaut la peine de travailler pour le Seigneur, qu'il peut lui faire confiance et que, même s'il ne comprend pas, le Maître doit avoir ses raisons. C'est pourquoi il ajoute : « Mais, sur votre parole, je jetterai les filets » (v. 5).
En lui donnant un ordre, Jésus attend que Simon et ses compagnons lui fassent confiance. C'est une partie de son instruction : former dans la confiance en Dieu, fortifier la foi qu'avec Dieu tout est possible. Que ce qui est déraisonnable du point de vue humain peut se réaliser malgré tout. Le Christ ne cessera d'insister sur ce point, qui est vraiment essentiel pour nous aussi. « En vérité, je vous le dis, si vous avez la foi et que vous n'hésitiez point, non seulement vous ferez ce (qui a été fait) au figuier ; mais quand même vous diriez à cette montagne : « Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer », cela se fera » (Matthieu 21, 21). « Tout ce que vous demanderez avec foi dans la prière, vous l'obtiendrez » (Ibid., 22).

(à suivre...)

mercredi 2 avril 2008

Presence de Dieu (2)

Présence de Dieu (2)

Je poursuis avec la présence de Dieu. « Les enfants… Comme ils essaient de bien se tenir en présence de leurs parents ! Et les fils de roi, en présence du roi leur père, comme ils s’efforcent de garder la dignité royale ! Et toi…, ne sais-tu pas que tu es toujours en présence du grand Roi, Dieu, ton Père ? » (saint Josémaria, Chemin, n° 265). Évidemment, le chrétien ne se croit pas supérieur aux autres ; mais il est conscient d'avoir une responsabilité plus grande que les éclairer et de les guider vers Dieu.
Tout en prenant exemple sur ce qu'il y a de bon en eux : (lire la suite) « Tout en parlant j’examine aussi ma conduite, et je vous avoue que, lorsque je me pose cette question, je ressens de la honte et le désir immédiat de demander pardon à Dieu, en pensant à ma réponse, si faible, si éloignée de la mission que Dieu nous a confiée dans le monde. Le Christ, écrit un Père de l’Église, nous a laissés en ce monde pour que nous soyons comme des lampes ; pour que nous devenions les maîtres des autres hommes ; pour que nous agissions comme un levain ; pour que nous vivions comme des anges parmi les hommes, comme des adultes parmi les enfants, comme des êtres spirituels au milieu de personnes purement rationnelles ; pour que nous soyons une semence ; pour que nous portions du fruit. Si notre vie avait un tel éclat, nous n’aurions pas besoin d’ouvrir la bouche. Les mots seraient de trop, si nous pouvions montrer nos œuvres. Il n’y aurait pas un seul païen, si nous étions vraiment chrétiens » (saint Jean Chrysostome, In Epistolam I ad Timotheum homiliæ, 10, 3 » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 60).

(fin)

mardi 1 avril 2008

La presence de Dieu (1)

La présence de Dieu (1)

« Si la seule présence d’une personne d’un rang élevé et digne d’estime suffit pour que ceux qui sont avec elle améliorent leur conduite, comment se fait-il que la présence de Dieu, qui est constante, répandue partout, connue de nos facultés et aimée avec reconnaissance, ne nous rende pas toujours meilleurs dans toutes nos paroles, dans toutes nos actions et dans tous nos sentiments ? » (Saint Clément d’Alexandrie, Stromata, 7, 7). Cette réflexion d'un Père de l'Église peut nous amener à réfléchir. Car, en effet, nous prêtons plus facilement attention à nos semblables (lire la suite) qu'à Dieu, à la façon de bien paraître à leurs yeux, d'être appréciés d'eux que de notre comportement envers Dieu qui nous, apparaît trop souvent comme un Dieu lointain, parce que nous le fréquentons insuffisamment dans la prière.
« Ne nous leurrons pas… — Dieu n’est pas une ombre, un être lointain, qui nous crée puis nous abandonne ; ce n’est pas un maître qui s’en va et ne revient plus. Bien que nous ne le percevions pas avec nos sens, son existence est beaucoup plus vraie que celle de toutes les réalités que nous touchons et voyons. Dieu est ici, avec nous, présent, vivant : il nous voit, il nous entend, il nous dirige, et il contemple nos moindres actions, nos intentions les plus cachées. Nous croyons bien sûr…, mais nous vivons comme si Dieu n’existait pas ! Parce que nous n’avons pour lui ni une pensée, ni un mot ; parce que nous ne lui obéissons pas, et que nous n’essayons pas de dominer nos passions ; parce que nous ne lui exprimons pas notre amour, et que nous ne lui offrons pas réparation pour nos fautes… — Allons-nous toujours vivre d’une foi morte ? » (saint Josémaria, Sillon, n° 648).
Si Dieu est un Dieu qui veut nous sauver du péché, et c'est bien le cas ; si Dieu est un Dieu qui s'est incarné pour se faire plus proche de nous, « semblable à nous en tout, hormis le péché » (préface de la quatrième prière eucharistique), et c'est bien le cas, alors nous ne pouvons pas vivre comme si Dieu « ne faisait pas partie de notre paysage », ne nous était pas familier, mois encore comme si nous lui étions étrangers. « Que faire d'autre à ma vigne que je n'aie pas fait pour elle ? » (Isaïe 5, 4). En effet, Jésus, « après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin » (Jean 13, 1). Et il les aima, « se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix » (Philippiens 2, 8).

(à suivre...)