dimanche 29 juin 2014
vendredi 27 juin 2014
Remercier Dieu (5)
Remercier Dieu (5)
Se pourrait-il que nous n’ayons pas cette même politesse, que nous jugeons normale, de rigueur, envers Dieu notre Père ? Et qu’elle ne soit pas une marque permanente de notre vie, puisque Dieu ne se limite pas à nous venir en aide une fois ou l’autre, de temps à autre, mais de façon habituelle et permanente. Nous comprenons ainsi combien il est logique de passer sa vie entière à rendre grâces à Dieu. Encore une fois, Dieu attend notre reconnaissance. Il n’y a même rien à quoi il tienne tant, fait remarquer saint Jean Chrysostome. Il nous montre, en effet, qu’il convient de remercier notre Seigneur pour toute chose et en tout temps, (lire la suite) du premier au dernier moment de notre existence terrestre. Il met sous nos yeux pour cela l’exemple de Moïse : « Seigneur, je te rendrai hommage de tout mon cœur » (Ps 110/111, 1). Pourquoi ces mots « de tout » mon cœur ? C’est-à-dire avec tout le zèle possible, avec force, sans se préoccuper des soucis de cette vie, en élevant son âme à Dieu, en la tenant détachée des liens du corps. « De cœur », c’est-à-dire non pas seulement des paroles, de la langue et de la bouche, mais aussi de la pensée. C’est ainsi que Moïse, lorsqu’il formulait ses lois, a dit : « Tu chériras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme » (Dt 6, 5). Il me semble qu’ici hommage est synonyme d’action de grâces ; Je chanterai des hymnes, dit le prophète, je rendrai grâce au Seigneur. C’est à cela en effet qu’il a consacré sa vie entière, c’est par là qu’il débute, c’est par là qu’il finit : c’était sa préoccupation continuelle que de rendre grâce à Dieu tant pour les bienfaits qu’il en avait reçus que pour ceux qui avaient été accordés à d’autres hommes. Il n’y a rien à quoi Dieu tienne tant : c’est le sacrifice, c’est l’offrande qu’il préfère, c’est la marque d’une âme reconnaissante, et c’est un coup sensible porté au diable » (st Jean Chrysostome, Commentaire sur le psaume 110, 1). Ce Père de l’Église nous dit bien qu’il « n’y a rien à quoi Dieu tienne tant » et que ces remerciements sont un « coup sensible porté au diable », ce qui ne peut que nous inciter encore plus à aller dans cette voie. Puis le même saint Jean Bouche d’or nous fait considérer par quoi Job a mérité sa couronne de gloire. Il écrit à ce sujet que « le bienheureux Job a mérité sa couronne et sa gloire, parce qu’il ne se laissa point déconcerter par les nombreux malheurs dont il fut atteint, ni par les conseils pernicieux de sa femme, et qu’il persista à rendre grâces à Dieu pour tout ce qu’il faisait, et non seulement lorsqu’il était riche, mais encore au moment même où il était plongé dans la pauvreté ; non seulement alors qu’il était bien-portant, mais encore au moment même où il était frappé dans sa chair » (st Jean Chrysostome, Commentaire sur le psaume 110, 1). Tel sera également l’enseignement de saint Josémaria, le fondateur de l’Opus Dei, quand il énumère une série d’événements par lesquels nous sommes invités à remercier Dieu, liste qui veut manifester l’universalité de cette attitude attendue de Dieu : « Habitue-toi à élever ton cœur vers Dieu en action de grâces, et souvent dans la journée. — Parce qu’il te donne ceci ou cela. — Parce qu’on t’a humilié. — Parce que tu ne possèdes pas ce dont tu as besoin, ou parce que tu le possèdes. Parce que sa Mère, qui est aussi ta Mère, il l’a voulue si belle. — Parce qu’il a créé le soleil et la lune, et cet animal et cette plante. — Parce qu’il a donné à celui-ci d’être éloquent et à toi de bredouiller… Remercie-le de tout, parce que tout est bon » (Chemin, n° 268). (à suivre…)
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jeudi 26 juin 2014
ête de saint Josémaria
Fête de saint Josémaria
Homélie pour la Saint-Josémaria prononcée en la cathédrale Notre-Dame de Grenoble L’Évangile que nous venons d’entendre nous parle d’un aspect de la vie chrétienne auquel tenait profondément saint Josémaria, le fondateur de l’Opus Dei, dont nous célébrons aujourd’hui la fête liturgique. Cet aspect, il la qualifié d’« unité de vie ». C’est-à-dire qu’il ne doit pas y avoir de compartiments étanches dans la vie du chrétien, du moins du chrétien cohérent avec la foi qu’il professe et qui reconnaît le grand don de la vie que Dieu le Père lui a fait. L’absence de cohérence se traduit par le fait de mener parallèlement la vie de rapports avec Dieu, la vie familiale, la vie professionnelle, la vie de loisirs, la vie sociale, etc., sans qu’elles se rencontrent. C’est-à-dire sans que la foi imprègne toutes nos activités. Saint Josémaria nous invitait à réfléchir à cette rupture par ce point de Chemin, le plus connu de ses ouvrages : « Laïcisme. Neutralité. — Vieux mythes que l’on essaie toujours de rajeunir. As-tu pris la peine de penser à quel point il est absurde de dépouiller sa qualité de catholique, en entrant à l’université ou dans un groupement professionnel, à l’académie ou au parlement, comme on laisse un pardessus au vestiaire ? » (n° 353). C’est pourtant ce que beaucoup font. Mais c’est effectivement absurde. Plus encore, c’est de l’ingratitude envers Dieu. C’est se comporter pour l’essentiel comme si nous n’étions devenus enfants de Dieu par notre baptême. C’est oublier la recommandation de l’Apôtre : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Co 10, 31). Ce n’est donc « pas celui qui m’aura dit : "Seigneur, Seigneur !" qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7, 21). Or, « ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3), écrit Paul aux chrétiens de Thessalonique. Nous ne pouvons pas concevoir une sainteté au rabais, minimaliste, se contenant de concéder quelques miettes à Dieu : la messe dominicale, une prière par-ci par-là, notamment en cas de problème. Cela, ce n’est pas rechercher activement la sainteté, mais plutôt tranquilliser sa conscience et se moquer de Dieu. Notre foi doit tout imprégner. La difficulté que nous éprouvons à tout harmoniser dans notre existence si chargée, et notamment à faire une place à Dieu, disparaît si nous regardons la réalité en face : Dieu ne nous demande pas d’accomplir une multitude de tâches, dans la famille, le travail professionnel, la société, etc., et aussi de nous sanctifier. Non. Il nous invite à nous sanctifier dans les occupations familiales, professionnelles, sociales, de détente, etc., et à partir d’elles ; et il nous donne sa grâce pour y parvenir effectivement. C’est pourquoi saint Josémaria peut affirmer : « Pour l’apostolat, il n’y a aucun roc plus sûr que la filiation divine ; pour le travail, aucune source de sérénité en dehors de la filiation divine ; pour la vie de famille, aucune recette meilleure – et nous rendons ainsi la vie agréable aux autres – que de considérer notre filiation divine ; pour nos erreurs, bien que nous touchions du doigt nos misères personnelles, il n’y a pas de plus grande consolation ni de plus grande facilité, si tu veux vraiment aller chercher le pardon et la rectification, que la filiation divine. » C’est ainsi, en effet, que « quiconque donc entend ces paroles que je dis, et les met en pratique, sera semblable à un homme sensé, qui a bâti sa maison sur le roc » (Mt 7, 24). Ce roc est, nous venons de le dire, le sens aigu de la filiation divine. Dieu est mon Père ; il veut mon bien. Et, pour cela, il n’a pas hésité à envoyer son Fils unique prendre une chair semblable à la nôtre en tout hormis le péché (Hb 4, 15), afin de nous ouvrir les portes du ciel. Oui, la sainteté est accessible dans la vie de tous les jours. Mais il nous faut reconnaître cette présence aimante de Dieu dans notre vie. La sainteté est accessible parce que le germe de la sainteté est en nous : c’est, depuis notre baptême, la présence de la Très Sainte Trinité dans notre âme en état de grâce. Elle est accessible parce que le Fils de Dieu, Jésus-Christ, nous a dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18) et il est resté dans les sacrements, notamment ceux de l’Eucharistie et de la réconciliation. La sainteté est à portée de la main parce que l’Esprit Consolateur est le Sanctificateur qui nous pousse à clamer : « Abba ! Père ! » (Rm 8, 15) et qui intercède lui-même auprès du Père en notre faveur par des gémissements ineffables ! (cf. Rm 8, 26). Que la Vierge Marie, la Toute Sainte, nous guide sur le chemin de notre vie et nous donne l’ambition de la sainteté, pour que nous sachions unifier notre vie tout entière sous le regard aimant de la Trinité Bienheureuse, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.
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mercredi 25 juin 2014
Remercier Dieu (4)
Remercier Dieu (4)
L’attitude eucharistique en question est la suivante : « L’attitude de remerciement doit distinguer la vie de tout homme, de tout chrétien en particulier. Les paroles du psalmiste doivent devenir les nôtres, même dans les moments d’angoisse et de douleur : « Venez, poussons des cris de joie vers le Seigneur, acclamons le rocher de notre salut, présentons-nous devant lui avec des actions de grâces, acclamons-le par des chants de joie » (Psaume 65, 1-2). Dans ses épîtres, saint Paul insistait sur ce continuel esprit de reconnaissance : « En toute circonstance, soyons dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus » (1 Thessaloniciens 5, 8). « Recherchez dans l’Esprit votre plénitude… En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » (Éphésiens 5, 19-20). C’est une attitude « eucharistique » qui vous apporte la paix (lire la suite) et la sérénité dans le labeur, vous libère de tout attachement égoïste et individualiste, vous rend docile à la volonté du Très-Haut, même pour les exigences morales les plus difficiles, vous ouvre à la solidarité et à la charité universelle : elle vous fait aussi comprendre l’absolue nécessité de la prière et surtout de la vie eucharistique dans la fréquentation de la sainte messe, l’acte de remerciement par excellence, pour vivre et témoigner avec cohérence la propre foi chrétienne. Remercier veut dire croire, aimer, donner ! Et avec joie, généreusement » (Jean-Paul II, Homélie à la « Journée de remerciement » des agriculteurs, Rome, 9 novembre 1980).
Le cas des dix lépreux n’est pas unique, parce que dès que la situation est rétablie, dès que la difficulté a disparu, dès que l’obstacle a été levé, l’homme oublie son bienfaiteur et se replonge dans son égoïsme et son autosuffisance : « Le résultat a été atteint. Ensuite, comme dit le proverbe italien : passato il pericolo, gabatto il santo (une fois le péril passé, tout le monde se moque du saint) (Charles de Gaulle, « Allocution au Congrès des étudiants R.P.F. », 7 mars 1949, Lettres, notes et carnets. 8 Mai 1945-18 Juin 1951, Paris, Plon, 1984, p. 343).
Pourtant le cadre général de notre vie n’a subi aucune modification. Qu’il pleuve ou que le soleil brille, qu’il souffle un vent de tempête ou que le calme plat règne, nous sommes et nous restons essentiellement entre les mains de Dieu, dont la Providence admirable continue de nous gouverner avec une sagesse infinie.
Par conséquent, les motifs subsistent intégralement pour manifester à notre grand Dieu notre reconnaissance pour tout ce que la vie nous réserve et nous dévoile progressivement grâce à lui et à la mesure de nos forces. Car tout est grâce. Tout est don divin. Les épreuves, y compris, comme les saints en sont bien conscients.
Et si nous nous habituons à remercier filialement notre Dieu pour toute chose, pour tout événement agréable ou non aux yeux des hommes, pour toute rencontre, plaisante ou non, pour tout travail couronné de succès ou apportant une déconvenue, et ainsi de suite, en nous habituant donc à remercier Dieu en tout, notre vie est joyeuse, profondément heureuse, et rien ne peut venir altérer ce bonheur qui s’enracine dans notre condition d’enfant de Dieu.
N’est-il pas vrai que les remerciements que l’on nous adresse pour un service que nous avons rendu nous font plaisir ? Et que nous restons sur notre faim s’ils ne viennent pas, même si peu importe, en définitive, que l’on nous remercie ou pas, car ce qui compte avant tout, c’est d’agir de façon désintéressée, pour la gloire de Dieu. Mais c’est affaire de politesse élémentaire, de bonne éducation.
(à suivre…)
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lundi 23 juin 2014
Remercier Dieu (3)
Remercier Dieu (3)
Un seul lépreux donc revient sur ses pas pour remercier le Seigneur Jésus de l’avoir guéri. Il est quand même étonnant de constater que quatre-vingt-dix pour cent de ceux qui ont été délivrés d’une affection aussi honteuse et socialement pénalisante que la lèpre se soient abstenus d’adopter une attitude élémentaire d’action de grâces. Des gens qui appartiennent tous au peuple élu de surcroît. Jésus manifeste son étonnement, peut-être aussi son dépit, nous faisant voir par là qu’il s’attendait à ce qu’ils revinssent à lui, à ce qu’ils manifestassent une certaine exubérance au vu de ce qui leur était arrivé. Eh bien ! Non ! Ils ne se soucient pas de celui
(lire la suite) qui les a rétablis dans leur honorabilité et leur permet de reprendre une vie normale. Ils ne pensent qu’à leur avenir. Ils ont bien crié avec confiance : « Jésus, aie pitié de nous ! » Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. Jésus a eu effectivement pitié d’eux et a fait disparaître leur maladie honteuse comme d’un trait de plume. Et eux poursuivent leur petit bonhomme de chemin, indifférents à leur bienfaiteur !
Quant à nous, savons-nous remercier le Seigneur de nous guérir, non pas une fois, mais autant de fois qu’il le faut, d’une lèpre autrement plus laide, repoussante et dangereuse que celle de ces hommes, d’une lèpre qui devrait aussi nous mettre au ban de la société, la lèpre du péché ?
Jésus a institué un sacrement merveilleux, délicieux, le sacrement par excellence de sa Bonté et de sa Miséricorde, qui a le pouvoir souverain de purifier notre âme de tous ses péchés. Le sacrement de la réconciliation – ou confession – est vraiment quelque chose d’extraordinaire et de profondément émouvant. Il est comme un bain de jouvence qui nous fait renaître à l’amour de Dieu, qui nous réintègre dans le cercle de ses intimes.
Nous devrions bondir de joie après nous être confessés et aller nous prosterner nous aussi devant Jésus-Christ, c’est-à-dire venir nous agenouiller devant la tabernacle, où il est réellement présent, aussi vivant et actif que dans ce bourg des confins de la Samarie et de la Galilée.
L’existence bienfaisante de ce sacrement et l’expérience que nous en faisons devraient constituer un de nos principaux motifs de joie et d’action de grâces tout au long de notre vie.
Comme il est malheureux, et bien triste en même temps, que tant et tant de catholiques ignorent, délaissent, je n’ose pas dire méprisent, ce sacrement hautement salutaire – la « deuxième planche du salut » - par lequel nous parvient l’Amour fou de Dieu, cet Amour débordant qui l’a conduit au gibet de la Croix et qui continue de se manifester dans ces signes sensibles et efficaces de sa toute-puissance et de sa grâce que sont précisément les sacrements.
Savoir gré à Dieu des dons qu’il nous octroie avec une telle libéralité et magnanimité, sans nous tenir rigueur de nos « écarts de conduite » répétés, est une « attitude eucharistique », nous dit le saint pape Jean-Paul II.
(à suivre…)
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samedi 21 juin 2014
Remercier Dieu (2)
Remercier Dieu (2)
Comment se fait-il que nous puissions être aussi indifférents à cette présence réelle, je souligne réelle, de notre Seigneur dans notre âme ? Ce n’est pas seulement une présence par la grâce, mais Jésus-Christ qui se trouve bien vivant en nous, avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. Et nous nous comportons comme si nous l’ignorions. Disons-le-nous bien, « notre amour pour le Christ qui s’offre à nous, nous pousse à savoir trouver, à la fin de la Messe, quelques minutes pour une action de grâces personnelle, intime, qui prolonge dans le silence du cœur cette autre action de grâces qu’est l’Eucharistie » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 92). Que Dieu l’attende de fait est illustré, entre autres, par la scène suivante, prise sur le vif de la vie de notre Seigneur. (lire la suite)
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jeudi 19 juin 2014
Remercier Dieu (1)
Remercier Dieu (1)
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mardi 17 juin 2014
Le jugement particulier (6)
Le jugement particulier (6)
Ce n’est pas pour rien que l’Église a qualifiée aussi Notre Dame de « toute-puissance suppliante », signifiant par là qu’elle ne se contente pas d’intercéder, mais qu’elle supplie comme une bonne mère sait le faire, et qui souffrirait terriblement dans sa chair que son enfant soit condamné, quand bien même serait-il coupable. Et qui, de surcroît, intervient avec sa « toute-puissance » d’intercession, une puissance telle que Dieu ne peut rien lui refuser, car, soulignent les théologiens et les saints, elle n’a elle-même jamais nié à Dieu ce qu’il lui demandait, et qu’elle a accepté de devenir la Mère du Fils de Dieu devenant notre Rédempteur.
Elle n’assiste pas au procès passivement. (lire la suite) Elle en connaît la mécanique et elle sait bien en quoi il consiste et ce sur quoi il peut déboucher : « Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi. La parabole du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 22) et la parole du Christ en Croix au bon larron (cf. Lc 23, 43), ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament (cf. 2 Co 5, 8 ; Ph 1, 23 ; He 9, 27 ; 12, 23) parlent d’une destinée ultime de l’âme (cf. Mt 16, 26) qui peut être différente pour les unes et pour les autres. Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours » (Catéchisme de l’Église Catholique, nos 1021-1022
Mari ne veut pas que le diable gagne la partie. Alors elle intervient avec autorité. Sa plaidoirie est vraiment du grand art. Elle est sublime. Notre Dame fait feu de tout bois. Elle s’appuie sur le moindre indice en notre faveur. Elle se souvient de ce que nous n’avons cessé tout au long de notre vie de lui demander de prier pour nous à l’heure de notre mort (cf. Je vous salue Marie). Alors elle s’engage à fond dans notre défense.
Et si d’aventure elle ne savait plus par quel bout prendre notre affaire, si la situation devenait dramatique pour nous, et que l’issue s’annonce fatale, Marie sortirait l’argument ultime et décisif, à même d’emporter la décision du tribunal, elle pèserait de tout son poids dans la balance, abattant sa carte maîtresse face à laquelle le juge se trouverait totalement désarmé : « C’est mon fils. Je veux qu’il soit avec moi ici, au paradis. »
« Qu’il soit donc fait selon votre parole » (cf. Luc 1, 38), répondra notre Juge.
Il frappe alors un coup de marteau sur la table et prononce le verdict : « Acquitté ! » à notre grand soulagement, et à la grande joie aussi de Marie, et de Dieu lui-même, tout heureux de s’être laissé faire par Marie, que saint Joseph approuvait en opinant du chef.
Toute la société des saints se presse alors autour de nous pour nous féliciter et nous conduire dans une liesse indescriptible à notre place en la présence contemplative du Dieu trois fois Saint, où commence notre bonheur complet aussi bien qu’éternel.
(fin)
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dimanche 15 juin 2014
Le jugement particulier (5)
Le jugement particulier (5)
L’acte d’accusation sera lu par satan en personne, ou par le démon qu’il a chargé de s’occuper de nous, ce qui évidemment n’est pas fait pour nous rassurer. Sa présence est terrifiante, comme en témoigne Estelle Faguette, la voyante de Pellevoisin : « Dans la nuit du 15 au 16 février 1876, c’est-à-dire du lundi au mardi, j’étais très malade. Je ne sais trop ce que j’éprouvais ; si c’est du sommeil, je n’en sais rien. Je cherchais à me reposer, quand tout à coup apparut le diable au pied de mon lit. Oh ! Que j’avais peur. Il était horrible ; il me faisait des grimaces. À peine était-il arrivé que la sainte Vierge apparut de l’autre côté, dans le coin de mon lit. […] Ses grands yeux doux me remirent un peu, mais pas tout à fait, car le diable apercevant la sainte Vierge, il recula en tirant mon rideau et le fer de mon lit. Ma frayeur était abominable. Je me cramponnais à mon lit. Il ne parla pas, il tourna le dos. Alors la Vierge lui dit sèchement : « Que fais-tu là ? Ne vis-tu pas qu’elle porte ma livrée et celle de mon Fils ? » Il disparut en gesticulant. Alors elle se retourna vers moi et me dit doucement : « Ne crains rien, tu sais bien que tu es ma fille »
(lire la suite)
(M.-R. Vernet, La Vierge à Pellevoisin. Dieu au cœur d’une mère. Lecture théologique et spirituelle des documents, Paris, Téqui, 1995, p. 47).
Le démon prendra un malin plaisir, un plaisir de Malin, à ne rien omettre de nos iniquités et à mélanger savamment le moins important avec le plus grave, et nous en sommes assommés, sonnés. À quoi s’ajoutent sans doute des surprises désagréables, inattendues, qui pourraient nous faire désespérer de nous en sortir, n’était la présence de Marie, notre Mère, dans le box de la défense… Et la lecture du deuxième document, qui nous permet de relever peu à peu la tête et de nous tourner vers Marie, qui est là, prête à nous défendre et qui, nous en sommes certains,saura trouver les mots justes, et dire tout le bien qu’elle pense de nous…
Jésus-Christ est le témoin à charge. Il montre ses Plaies au fur et à mesure de l’énoncé des griefs qui nous sont légitimement reprochés. « Voici l’empreinte des clous et la plaie de mon côté » (cf. Jean 20, 25). Nous baissons la tête, car nous ne pouvons pas supporter la vue de ces blessures dont nous reconnaissons alors que nous en sommes les auteurs, et que, par nos péchés, nous sommes de ceux « qui viennent à tomber » et qui de ce fait, « pour leur compte, […] crucifient de nouveau le fils de Dieu et le mettent au pilori » (Hébreux 6, 6). Mais en même temps, notre Seigneur se tourne vers son Père à chaque fois, lui disant avec un regard plein de compassion : « Père, pardonne-lui, car il ne savait pas ce qu’il faisait » (cf. Luc 23, 34).
Le moment où Notre Dame doit prendre la parole est venu. L’Église et, avec elle, ses fidèles, lui ont décerné le titre d’Advocata nostra, « notre Avocate ». Aucun avocat, fût-il près la Cour d’Assise et particulièrement brillant, n’a le talent, l’éloquence, la force d’argumentation, l’art de convaincre que cette Avocate, qui est aussi notre Mère.
Nous avons en cela une différence de plus d’avec les procès que nous connaissons ici-bas. Car les membres de notre famille surnaturelle sont parties prenantes. Le Juge est notre Père et notre Avocate est notre Mère. Nous sommes entre personnes connues, en famille. Certes, nul ne cherche un arrangement qui lèserait la justice. Mais nous pouvons être assurés que la Sainte Vierge fera tout ce qu’elle peut pour nous tirer du guêpier dans lequel nous nous sommes fourvoyés volontairement.
(à suivre…)
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vendredi 13 juin 2014
Le jugement particulier (4)
Le jugement particulier (4)
Que Dieu veuille notre bien n’emporte pas que le procès sera bâclé ou biaisé. Tout à l’inverse. Tout jugement divin est un modèle du genre. Il n’existe pas sur terre de cause traitée avec autant de rigueur, avec une compétence semblable, avec un caractère aussi scientifique et rigoureux. Rien n’y est laissé de côté, rien n’est omis.
Si, dans un procès humain, des zones d’ombre peuvent subsister, qui empêchent les juges, ou les jurés, de parvenir à l’intime conviction nécessaire pour trancher, au moins sur certains chefs d’accusation, il n’en va pas de même ici. Aucune obscurité n’est possible, car tout sera mis à plat, tout ce qui est le plus secret dans le cœur de l’homme,(lire la suite) et que notre Juge-Père voit (cf. Matthieu 6, 4.6.18) sera mis à jour et dévoilé et proclamé sur les toits (cf. Matthieu 10, 27).
Il sera procédé à un examen minutieux et consciencieux de tous nos faits et gestes. Mais ici intervient une autre différence d’avec les procès de ce monde. Les tribunaux ne s’intéressent qu’à ce qui fait l’objet de la plainte. Ils ne prennent en compte que ce qui a trait à elle. Ils n’ont pas à juger en dehors des points qui leur sont soumis, sous peine de nullité de leur sentence.
En revanche, notre jugement particulier, au terme de notre vie terrestre, ne se borne pas à un ou deux chefs, mais suppose un acte d’accusation volumineux et quasiment interminable reprenant tous nos délits par pensée, par parole, par action et aussi par omission. Il a pour contrepoids un autre acte qui, lui, énumère tout le bien que nous avons fait sciemment ou pas. S’applique ici au pied de la lettre la parabole du jugement dont l’importance est alors cruciale : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’ai été sans foyer, et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus me voir » (Matthieu 25, 35-36).
Il faut donc procéder à l’examen de notre vie et nous demander : « Quelle est la qualité de ma confession ? Comment est-ce que je soigne tous les actes de ce sacrement : examen, douleur, résolution de ne plus recommencer, sincérité et clarté dans la confession, accomplissement de la pénitence ? » Nous devons reconnaître que nous manquons d’amour quand nous remettons à plus tard cette rencontre avec Dieu, qui nettoie la conscience et fortifie l’âme avec la grâce sacramentelle. Comment ne pas éprouver le besoin de recevoir toujours avec foi, avec douleur et diligence, et sans retard ce sacrement de la miséricorde divine !
Un examen de conscience quotidien, qui prépare ce « grand oral » qu’est notre jugement particulier, sachant qu’il existe un ennemi petit, sot, mais efficace, qui est le manque d’effort à s’examiner. Les moments d’examen qui ponctuent notre journée existent pour un motif d’efficacité. Si nous avons à un moment donné la tendance à être scrupuleux, l’examen doit être très bref et se ramener à quelques questions très simples, du genre : « Qu’ai-je fait de mal ? » pour en demander pardon au Seigneur. « Qu’ai-je fait de bien ? », pour l’en remercier. « Qu’aurai-je pu faire de mieux ? », afin de prendre une résolution concrète. Deux minutes, une demi minute suffira. Et l’examen particulier du point concret, de ce sur quoi nous nous sommes proposé de livrer la bataille à l’ennemi, afin que l’ennemi ne l’organise pas là où cela ne nous convient pas.
Ce n’est pas pour autant que nous sommes pleinement confiants en comparaissant devant notre Juge souverain.
(à suivre…)
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mercredi 11 juin 2014
Le jugement particulier (3)
Le jugement particulier (3)
Nous avons en cela une première réalité réconfortante : nous serons tous traités pareillement. C’est en réalité une deuxième réalité réconfortante, car la première est évidemment que notre Juge est en même temps notre Père et qu’il ne peut pas faire taire ses entrailles paternelles : « Et notre père, avec une dureté feinte dans la voix et le visage sévère, nous a réprimandés…, alors même que son cœur était attendri ; il connaissait notre faiblesse, et pensait : pauvre enfant, comme il s’efforce de bien faire ! » (saint Josémaria, Chemin, n° 247). C’est dire que notre Juge est de notre côté. Il n’est pas un accusateur acharné, vindicatif, partisan à la Saint-Just. Non !
(lire la suite) Il est acquis à notre cause, parce qu’il a envoyé son Fils donner sa vie pour nous, afin que nous puissions nous sauver, sortir de la salle d’audience blancs et non noirs. « Je ne suis pas venu, non pour condamner le monde, mais pour le sauver » (Jean 12, 47). Dieu n’a pas envie de nous condamner ! Nous pourrions même aller jusqu’à dire qu’il n’a aucun intérêt à le faire. Et qu’il ne le fera que si nous l’y contraignons, que si nous nous condamnons nous-mêmes en refusant encore, au terme du procès, de nous laisser aimer par lui et de l’aimer. Toute la question se ramène en effet à cela. Comme saint Jean de la Croix l’affirmait, « à la fin du jour [c’est-à-dire de la vie], c’est sur l’amour qu’on vous examinera. Apprenez donc à aimer Dieu comme Il désire l’être et laissez là ce que vous êtes » (St Jean de la Croix, Les Maximes, 80).
Partant de ce principe, nous pouvons être sûrs que Dieu fera tout son possible pour que nous soyons innocentés. Il n’est pas un juge austère, sévère, impitoyable : « J’ai dû sourire à vous entendre parler des « comptes » que vous demandera notre Seigneur. Non, pour vous tous, il ne sera pas un juge, au sens austère du mot. Il sera simplement Jésus. » — Ces mots, écrits par un saint évêque, qui ont consolé plus d’un cœur en tribulation, peuvent parfaitement consoler le tien » (saint Josémaria, Chemin, n° 168). C’est un juge bienveillant, mais éminemment juste, équitable, qui « rend à chacun selon ses œuvres » (Romains 2, 6), qui, en quelque sorte, accepte de se plier à notre volonté, de nous suivre dans notre décision.
Une volonté qui peut s’opposer à la sienne. Quelle est-elle ? Ce que Dieu veut, c’est de pouvoir nous dire à la fin des débats : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître » (Matthieu 25, 21).
Comme saint Augustin le fait remarquer, « s’il menace de venir en qualité de juge, c’est pour ne trouver personne à punir quand il viendra. C’est pour cela que toutes les menaces des prophètes n’ont pas d’autre but que notre correction. Si Dieu voulait condamner, il se tairait. Personne, voulant en frapper une autre, ne lui dit : prend garde. Tout ce que l’Écriture nous fait entendre, mes frères, c’est la voix de Dieu qui nous dit : prends garde ; et tout ce que nous souffrons de tribulations en cette vie, c’est le fouet de Dieu qui veut nous corriger pour n’avoir pas finalement à nous damner » (Sermon 22, 4). Le même saint Augustin souligne à la fois la miséricorde et la justice de Dieu, dont l’une n’annule pas l’autre, mais la tempère seulement : « Par un effet de notre perversité nous voulons que Dieu soit miséricordieux et non pas juste ; d’autres, au contraire, trop confiant dans leur innocence, veulent que Dieu soit juste et non miséricordieux. Dieu se montre l’un et l’autre, ces deux attributs sont de son ressort ; la miséricorde n’empiète pas sur les droits de la justice et la justice ne supprime pas la miséricorde. Il est miséricordieux et juste. Comment prouvons-nous qu’il est miséricordieux ? Parce qu’il épargne aujourd’hui les pécheurs et donne le pardon à ceux qui s’accusent. Comment prouvons-nous qu’il est juste ? Parce qu’il viendra le jour du jugement. Dieu le diffère aujourd’hui, mais il ne le supprime pas, et quand ce jour sera venu, il rendra à chacun selon ses mérites » (Sermon 22, 5).
(à suivre…)
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samedi 7 juin 2014
Le jugement particulier (2)
Le jugement particulier (2)
Face à la justice divine, nous sommes tous égaux. Nous ne nous présentons pas avec les atours de nos fonctions terrestres ou en excipant de nos titres et de nos réalisations ni en cherchant des passe-droits. Nous sommes obligés de nous dépouiller de tout cela, comme le requérait le cérémonial des funérailles pour les souverains de l’empire austro-hongrois, dont voici le récit : Quand le cortège « arriva à la hauteur du caveau des Capucins, se déroula le cérémonial d’usage. Le maître des cérémonies, Heinz Haffner, frappe par trois fois au portail de l’église. Le père gardien demande, de l’intérieur : « Qui demande à entrer ? » Le cérémoniaire énumère alors les « grands titres » de sa Majesté : Impératrice Zita, (lire la suite)
reine couronnée de Hongrie, reine de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, Slavonie, Galicie, Lodomérie et Illyrie ; reine de Jérusalem ; archiduchesse d’Autriche, grande-duchesse de Toscane et de Cracovie ; duchesse de Lorraine, de Bar, de Salzbourg, Styrie, Carinthie, Ukraine et Bukovine ;
Grande-duchesse de Siebenburgen, marquise de Moravie ;
Duchesse de Haute et Basse-Silésie…
Comtesse-princesse de Habsbourg et Tyrol…
Marquise… Contesse de…
Souveraine de Trieste…
Grande-voïvode de la Voïvodine de Serbie ;
Infante d’Espagne, princesse du Portugal et de Parme.
Père Gardien : « Je ne connais pas. »
Le cérémoniaire frappe trois fois au portail de l’église des Capucins.
P. Gardien : « Qui demande à entrer ? »
Cérémoniaire : « Zita, Sa Majesté l’Impératrice et reine. »
P. Gardien : « Nous ne la connaissons pas. »
Le cérémoniaire frappe encore trois fois au portail de l’église des Capucins :
P. Gardien : « Qui demande à entrer ? »
Cérémoniaire : « Zita, une créature mortelle et pécheresse. »
P. Gardien : « Qu’elle entre » (Erich Feigl, Zita de Habsbourg. Mémoires d’un empire disparu, Paris, Criterion, 1991, p. 429-430).
Face à Dieu, nous sommes tous égaux, tous ses enfants, et il ne fait pas de distinctions relevant de considérations humaines, qui ne sont pas de son ressort. Pour lui il n’existe qu’une seule race, celle de ses enfants, ce que soulignait saint Josémaria : « Il n’y a qu’une seule race sur la terre: la race des enfants de Dieu. Nous devons tous parler la même langue, celle que nous apprend notre Père qui est aux cieux: la langue du dialogue de Jésus avec son Père, la langue que l’on parle avec le cœur et avec la tête, celle dont vous vous servez en ce moment dans votre prière » (Quand le Christ passe, n° 13).
(à suivre…)
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jeudi 5 juin 2014
Le jugement particulier (1)
Le jugement particulier (1)
Le jugement qui sera prononcé sur chacun de nous – appelé pour cela jugement particulier – au soir de notre vie, quand nous quitterons ce monde, est un véritable jugement, tout en étant un procès divin, non un procès humain. Ce dernier n’a rien d’instantané. Il peut intervenir après de nombreuses années d’instruction et d’attente angoissante en prison, si le coupable présumé a été incarcéré. Il lui faut faire appel à un avocat – qui fait aussitôt verser une avance substantielle sur honoraires – ou à un groupe d’avocats, dans les affaires importantes et plus complexes. Il faut s’atteler à réunir le plus possible de preuves et de documents en sa faveur. L’on fait appel à tous les témoins qui acceptent de venir à la barre. (lire la suite)
L’avocat prépare sa plaidoirie, ce qui peut prendre du temps si les actes du procès font plusieurs mètres linéaires… Un supplément d’enquête peut être ordonné. Dans certaines affaires, l’on se déplace sur les lieux pour y effectuer une reconstitution des faits. Et ainsi de suite.
Il n’en va pas du tout de même pour notre comparution devant Dieu. Elle ressortit davantage au flagrant délit et à la procédure d’urgence. À ceci près qu’elle ne porte pas sur un fait délictuel qui vient d’être commis et qu’il convient de sanctionner au plus tôt, mais sur notre vie tout entière.
L’image que nous nous faisons de la justice humaine est celle de personnages austères, d’une sentence couperet, même si des recours sont possibles. De la fragilité des décisions prises aussi. Que d’erreurs judiciaires au long des siècles ! Peut-être dues dans certains cas à la vénalité des juges. « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs », constatait déjà Jean de La Fontaine, dans Les animaux malades de la peste.
Devant cette justice-là, les gens simples sont désarmés et craintifs.
(à suivre…)
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lundi 12 mai 2014
Jeanne d'Arc vue par Mark Twain (3)
Jeanne d'Arc vue par Mark Twain (3)
En tenant compte de tout ce que j’ai énuméré : les circonstances, ses origines, sa jeunesse, son sexe, l’analphabétisme, la pauvreté de son environnement, les conditions hostiles dans lesquelles elle dut exercer ses fabuleux talents et remporter ses victoires, tant sur le champ de bataille que dans le prétoire, face à ces juges iniques qui l’ont condamnée à mort, Jeanne d’Arc demeure, aisément, de très loin, la personnalité la plus extraordinaire jamais produite par la race humaine.
Mark Twain, Le roman de Jeanne d’Arc, Éditions du Rocher, 2001, p. 503.
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samedi 10 mai 2014
Jeanne d'Arc vue par Mark Twain (2)
Jeanne d'Arc vue par Mark Twain (2)
Une autre caractéristique de l’histoire de Jeanne d’Arc la hisse à un niveau où elle ne rencontre plus de concurrent. En effet, nombreux furent les prophètes plus ou moins inspirés ; mais Jeanne reste la seule qui ait eu l’audace de préciser, non seulement l’événement à venir, mais également sa nature exacte et la date de son accomplissement, sans jamais faillir. À Vaucouleurs, Jeanne annonce qu’elle va rencontrer le roi, lequel la nommera chef de guerre, qu’elle brisera l’hégémonie anglaise et qu’elle fera sacrer le roi à Reims. Tout se déroule exactement comme elle l’a prédit. Un mois à l’avance, elle annonce
.html">(lire la suite) qu’elle sera blessée, en précisant à quel endroit du corps et al date précise à laquelle l’incident surviendra. La prédiction est notée dans un registre officiel trois semaines à l’avance. Le matin même de l’événement, elle renouvelle sa prédiction, qui se réalise le jour même, avant la tombée de la nuit. À Tours, elle prédit la fin de sa carrière militaire, qui se terminera, dit-elle, dans un an. Un an exactement après sa prédiction, la carrière de Jeanne prend fin. Elle prédit son martyre – elle emploie ce mot – qui, dit-elle, surviendra dans trois mois. Malheureusement, elle dit vrai. À une époque où rien ne permet d’espérer que la France puisse jamais se libérer du joug de la domination anglaise, Jeanne, à deux reprises, en présence de ses juges, affirme qu’avant que sept ans ne se soient écoulés, les Anglais subiront un désastre plus dévastateur encore que celui de la perte d’Orléans. Cinq ans après, les Anglais perdent Paris. D’autres prédictions du même genre se passent comme Jeanne les avait prévues, tant pour ce qui concerne la nature de l’événement que la date à laquelle, ou avant laquelle il doit survenir.
Mark Twain, Le roman de Jeanne d’Arc, Éditions du Rocher, 2001, p. 500-501.
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jeudi 8 mai 2014
Jeanne d’Arc vue par Mark Twain (1)
Jeanne d’Arc vue par Mark Twain (1)
Seule, privée d’amis, ignorante, dans la fleur de l’âge, enchaînée, elle affronte, semaine après semaine, un aréopage de juges hostiles, déterminés à l’envoyer au bûcher, choisis parmi les cerveaux les plus instruits et les plus capables de France, et elle leur répond avec une sagesse innée qui tient leur érudition en échec et démonte leurs pièges. Sa naïve sagacité lui gagne, bien malgré eux, (lire la suite)
leur admiration et lui permet de remporter une victoire quotidienne contre une adversité impitoyable. Dans l’histoire intellectuelle de l’humanité, rein de semblable ne s’est jamais produit. Jeanne d’Arc reste unique par le simple fait que sa grandeur s’est manifestée sans l’aide du moindre enseignement, du moindre entraînement, de la moindre expérience propice et préparatoire. Nul ne peut lui être comparé. Tous les gens illustres se sont hissés aux sommets grâce à une atmosphère et à un entourage qui leu ont permis de révéler leur talent, de le nourrir, de l’exprimer. Il y eut, avant Jeanne, des généraux fort jeunes, mais ils étaient tous de sexe masculin, et ils avaient servi comme soldats avant d’être nommés généraux. La Pucelle, elle, débute sa carrière avec le garde de général ; elle commande la première armée qu’elle ait jamais vue ; elle la mène de victoire en victoire, sans perdre une seule bataille. Il y eut certes d’autres commandants en chef de talent, mais aucun n’avait son extrême jeunesse : Jeanne d’Arc reste le seul soldat au monde à avoir obtenu le commandement suprême de l’armée d’un pays à l’âge de dix-sept ans.
Mark Twain, Le roman de Jeanne d’Arc, Éditions du Rocher, 2001, p. 500.
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dimanche 9 février 2014
Arrêt sur christianisme (83)
Arrêt sur christianisme (83)
Dans un monde où vous ne connaissez le oui et le non de rien, où il ,n’y a pas de loi, morale ni intellectuelle, où toute chose est permise, où il n’y a rien à espérer et rien à perdre, où le mal n’apporte pas de punition et le bien pas de récompense, dans un tel monde il n’y a pas de drame parce qu’il n’y a pas de lutte, et il n’y a pas de lutte parce qu’il n’y a rien qui en vaille la peine. Mais avec la Révélation chrétienne, avec ses immenses et énormes idées du Ciel et de l’Enfer, les actions humaines, la destinée humaine sont investies d’une valeur prodigieuse. Nous sommes capables de faire un bien infini et un mal infini. Nous avons à trouver notre route vers des sommets de lumière ou des abîmes de misère. Nous sommes comme les acteurs d’un drame où nous tenons un rôle essentiel. Pour nous, la vie est toujours nouvelle et toujours intéressante parce qu’à chaque seconde nous avons quelque chose de nouveau à apprendre et quelque chose de nécessaire à accomplir. Le dernier acte, comme dit Pascal, est toujours sanglant
, mais aussi il est toujours magnifique, car la Religion n’a pas seulement mis le Drame dans la vie, elle l’a mis à son terme, dans la Mort.
B. Bro, Le pouvoir du mal. 5. On demande des pécheurs, Paris, Éditions Bayard-Presse, 1976, p. 7-8.
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vendredi 7 février 2014
Arrêt sur christianisme (82)
Arrêt sur christianisme (82)
[le Christ] ‘n’est pas venu pour détruire la Croix, mais pour s’étendre dessus. De tous les privilèges spécifiques de l’humanité, c’est celui-là que Dieu a choisi pour lui-même’ (P. Claudel, Dialogues sur la souffrance). Voilà donc ce que découvrent de Dieu tous ceux qui acceptent la confiance crucifiée. C’est que le Verbe de Dieu qui s’est fait chair s’est mis personnellement au cœur de la douleur. Qu’au moment où dans la personne du Christ s’est réalisée l’union fantastique de Dieu et de la douleur, toute la réalité de la douleur, toute la réalité de la douleur et du mal était épuisée par Dieu. Et que ‘celui qui s’est fait malédiction pour nous’ l’avait fait par amour. Que la puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer : nous le savions, mais que la crucifixion de Jésus et des croyants et de tous ceux qui choisissent la confiance, et qui nous paraît chose tellement inacceptable, était la crucifixion même de Dieu, que c’était son secret, qu’il est lui-même crucifié par le mal : voilà la nouveauté radicale, voilà la bouleversante nouveauté du christianisme. À tous ceux qui acceptent la confiance, Dieu se dévoile comme le premier crucifié et plus crucifié qu’eux encore dans le mal. ‘L’Agneau qui se laisse mener à la boucherie sans se défendre’ : ce n’est pas seulement Jésus, c’est Dieu lui-même que Jésus est en personne. L’obscurité est plus grande que jamais, mais nous savons que la lumière n’est donnée qu’à ceux qui vont jusque-là. B. Bro, Le pouvoir du mal. 3. Le Dieu crucifié
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jeudi 23 janvier 2014
Béatification d'Alvaro del Portilli
La date de la béatification du Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo a été annoncée hier, sur décision du pape François.
Elle aura lieu le samedi 27 septembre, à Madrid, ville où le premier successeur de saint Josémaria à la tête de la prélature de l'opus Dei est né voici cent ans, le 11 mars 1914.
L'on verra plus d'informations sur le site de la prélature en France
.
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dimanche 22 décembre 2013
Sainteté (6)
Sainteté (6)
Il est écrit : quant aux méchants, « qu’ils soient effacés du livre de vie, et qu’ils ne soient point inscrits comme justes ! » (Psaume 69, 29). Cependant, si nous voulons imiter notre Seigneur dans sa miséricorde infinie, nous intercéderons comme Moïse : « Pardonne maintenant leur péché ; sinon efface-moi de ton livre que tu as écrit » (Exode 32, 32). Mais la réponse est sans appel. Le Seigneur dit à Moïse : « C’est celui qui a péché contre moi que j’effacerai (lire la suite) de mon livre » (Exode 32, 33). Ce ne sera pas arbitraire, mais foncièrement juste. Les fauteurs d’iniquité, « tous ceux qu’on ne trouve pas inscrits dans le Livre de vie furent jetés dans l’étang de feu » (Apocalypse 20, 15), ce « feu éternel, préparé pour le diable et pour ses anges » (Matthieu 25, 41), le feu de l’enfer.
Quant à ceux qui portent le nom de Dieu sur leur front, « ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous sont soumis, leur dit le Seigneur, mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux » (Luc 10, 20), vous qui « m’avez assisté dans la lutte pour l’Évangile », ainsi que les « autres collaborateurs dont les noms figurent dans le livre de vie » (Philippiens 4, 3). « Le vainqueur portera des vêtements blancs ; je n’effacerai pas son nom du Livre de vie, et je confesserai son nom devant mon Père et devant les anges » (Apocalypse 3, 5), comme je le fais pour « quiconque se déclarera pour moi devant les hommes » (Matthieu 10, 32).
Voilà qui est de nature à nous rassurer, pourvu que nous prenions sincèrement les moyens de lutter jour après jour pour suivre le Christ au plus près.
(fin)
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samedi 21 décembre 2013
Sainteté (5)
Sainteté (5)
Or, puisque l’Esprit a pris possession de notre âme et s’y est installé à demeure, avec le Père et le Fils (cf. Jean 14, 23), il connaît bien notre intérieur, de quelle pâte nous sommes faits. « Le Seigneur connaît les pensés des hommes » (Psaume 94, 11). Et il sait « qu’elles sont vaines » (Ibid.), bien souvent du moins, dans la mesure où nous ne nous laissons pas guider par l’Esprit. L’Apôtre, qui reprend cette affirmation du psalmiste, nous lance par voie de conséquence cette invitation : « Que personne donc ne mette sa gloire dans les hommes, […] mais vous, vous êtres au Christ, et le Christ est à Dieu » (1 Corinthiens 3, 21.23).
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vendredi 20 décembre 2013
Sainteté (4)
Sainteté (4)
Il s’était, des années plus tôt, adressé au peuple sur l’instruction du Seigneur Tout-Puissant : « Parle à toute l’assemblée d’Israël, et dis-leur : Vous serez saints, car je suis saint, moi le Seigneur, votre Dieu » (Lévitique19, 2). « Car moi, je suis le Seigneur, votre Dieu ; vous vous sanctifierez et vous serez saints, car je suis saint, et vous ne vous rendrez pas impurs vous-mêmes […]. Car moi, je suis le Seigneur, qui vous ai tiré du pays d’Égypte pour être votre Dieu. Vous serez saints, car je suis saint » (Lévitique11, 44-45). « Tu es un peuple saint au Seigneur, ton Dieu » (Deutéronome 14, 21).
Tel est le leitmotiv. Telle est la leçon (lire la suite) qui nous est inculquée en tout temps, mais qui est probablement insuffisamment relayée par qui de droit, car, de nos jours encore, beaucoup pensent à la sainteté presque exclusivement à propos des religieux et des prêtres. Erreur grossière s’il en est. Car la sainteté ne dépend pas d’un style de vie ni de l’extérieur de l’homme, mais de ce qui se passe en lui, de sa relation personnelle avec Dieu et de sa propre réponse à l’invitation du Saint-Esprit à entreprendre résolument l’ascension de la sainte montagne de Dieu et à persévérer.
L’initiative vient de Dieu comme toujours. Son appel retentit continuellement, pour que nous ne l’oublions pas, pour que nous ne perdions pas la conscience aiguë de notre vocation chrétienne, du sens de notre existence terrestre. « Le Seigneur t’a fait dire aujourd’hui que tu veux lui devenir un peuple particulier, comme il te l’a dit, et observer tous ses commandements, et ainsi te rendra-t-il supérieur à toutes les nations qu’il a faites, en gloire, en renom et en splendeur et fera-t-il de toi un peuple consacré au Seigneur, ton Dieu, comme il l’a dit » (Deutéronome 26, 19-19). Un peuple qui est devenu le peuple nouveau qu’est l’Église du Seigneur. Or, Jésus-Christ a voulu « se présenter à lui-même une Église glorieuse, sans tache ni ride ni rien de semblable, qui fut sainte et irréprochable » (Éphésiens 5, 27). C’est toujours une affaire de sainteté. Et c’est dans l’Église que nous nous sanctifions pleinement, car notre Seigneur l’a instituée dépositaire et dispensatrice de tous les moyens de salut.
« Si nous avions oublié le nom de Dieu et étendu les mains vers un dieu étranger, Dieu ne l’aurai-t-il pas aperçu, lui qui connaît les secrets du cœur ? » (Psaume 44, 21-22). Il sait à quoi s’en tenir sur ce que nous valons, malgré les apparences savamment entretenues et un certain air convenu que nous adoptons. Ce ne sont pas nos belles déclarations qui comptent à ses yeux, mais nos œuvres, les « espèces sonnantes et trébuchantes », pourrions-nous dire. Car « c’est par les œuvres que l’homme est justifié ; et non par la foi seule » (Jacques 2, 24). Ces bonnes œuvres nous accompagnent (cf. Apocalypse 14, 13) dans l’éternité. Elles sont notre faire-valoir, notre mot de passe. « Car le royaume de Dieu consiste, non en paroles, mais en puissance » (1 Corinthiens 4, 20). La puissance de l’Esprit qui se manifeste dans ces œuvres, car elles sont faites à son incitation (cf. 1 Corinthiens 2, 4).
(à suivre…)
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jeudi 19 décembre 2013
Sainteté (3)
Sainteté (3)
N’oublions pas d’où nous venons et où nous sommes destinés à aller. Dieu nous a choisis en lui « dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et sans tache à ses yeux dans la droiture, en sa libre volonté, prédestinés à être ses enfants adoptifs grâce à Jésus-Christ » (Éphésiens 1, 4-5). Grâce à Notre-Seigneur, en effet, nous avons été « réconciliés avec lu
i dans son corps de chair, par la mort, afin de vous faire paraître devant lui saints, sans tache ni reproche » (Colossiens 1, 22). Ce n’est quand même pas rien. Jésus a payé le prix fort. (lire la suite) Il s’est engagé à fond pour nous sauver et nous conquérir, ou regagner plus précisément, la condition d’enfant de Dieu, de son Père, et nous rendre ainsi la sainteté accessible dans la vie de tous les jours, sans rien faire d’extraordinaire ou d’exceptionnel. Tout simplement en menant notre existence quotidienne sous la mouvance du Saint-Esprit. Cela n’a rien de sorcier, en somme.
« Que le Dieu de paix vous rende lui-même saints tout entiers » (1 Thessaloniciens 5, 23), intégralement, de la tête aux pieds pourrions-nous dire. Parce que nous ne voulons pas être saints par à coups, ou par périodes, ce qui revient au même. C’est donc le souhait que nous formulons avec saint Paul, et qu’il précise encore en ces termes : « Que le Seigneur accroisse et fasse surabonder votre charité les uns pour les autres et pour tous, de même que la nôtre envers vous ! Qu’il affermisse aussi vos cœurs dans une sainteté irréprochable devant notre Père et Dieu » (1 Thessaloniciens 3, 13). « Saints tout entiers », « une sainteté irréprochable ». Telle doit bien être notre ambition, la plus noble et la plus élevée de toutes.
Pouvons-nous ignorer ces appels qui retentissent – nous le voyons bien – tout au long du Nouveau Testament, mais qui ont leurs antécédents dans l’Ancien Testament, comme nous pouvons bien l’imaginer, car l’être humain a été créé dans un état de sainteté originelle, qui était une participation éminente à la Sainteté de Dieu. « Faites tout sans murmure ni discussions, pour être irréprochables et purs, des enfants de Dieu irrépréhensibles au milieu d’une génération mauvaise et dévoyée, où vous brillez comme des astres dans le monde » (Philippiens 2, 15), ce qui est une référence au cantique que Moïse entonna peu avant de mourir : « Cieux, prêtez l’oreille, et je parlerai ; et que la terre écoute les paroles de ma bouche ! » (Deutéronome 32, 1). Il y oppose « un Dieu fidèle et sans iniquité » à « une race perverse et dévoyée » (Deutéronome 32, 4.5).
(à suivre…)
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mercredi 18 décembre 2013
(Sainteté (2)
(Sainteté (2)
« Ceux qui de Rome sont les bien-aimés de Dieu », ceux-là sont « appelés à la sainteté » (Romains 1, 17). Il en va de même de ceux qui habitent partout ailleurs, où cet appel à la sainteté ne cesse de retentir grâce aux hérauts de la foi. Dont le premier est notre Seigneur lui-même, lui qui, « de par Dieu, est devenu pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption » (1 Corinthiens 1, 30).
C’est pourquoi, « ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus », ceux-là « sont appelés à la sainteté » (1 Corinthiens 1, 2). Telle est la raison profonde (lire la suite) et ultime du choix que Dieu a fait de nous en nous communiquant la grâce du baptême. Si tout homme en soi est appelé à la sainteté, le baptisé l’est à un titre spécial, d’une façon pressante. Il ne peut pas ignorer que telle est son orientation foncière et qu’il doit faire quant à lui tout son possible pour seconder l’action de la grâce dans son âme.
On a l’impression que cet enseignement évangélique n’a pas pénétré en profondeur dans le cœur des chrétiens et que les pasteurs d’âmes ne se soucient pas toujours de le leur transmettre de façon claire et attrayante, bien que ce soit pour eux une obligation fondamentale de leur ministère(cf., par exemple, les canons 528-529 du Code de droit canonique latin).
« Vous donc, vous serez saints, comme votre Père céleste est Saint » (Matthieu 5, 48). C’est on ne peut plus clair. Tel est l’enseignement du Seigneur relayé par les différents apôtres. « Ne vous laissez plus mener par les convoitises comme au temps passé où vous viviez dans l’ignorance ; mais à l’imitation du Saint [du Saint par excellence qu’est Dieu, comme le chantent les Séraphins éternellement : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur des armées ! Toute la terre est remplie de sa gloire ! » : Isaïe 6, 3], à l’imitation du Seigneur qui vous a appelés, soyez saints, vous autres, dans toute votre conduite, puisqu’il est écrit : Soyez saints, car je suis saint » (1 Pierre 1, 14-16).
Comment faire la sourde oreille à cette invitation qui, de surcroît, est un appel à ce qu’il y a de plus élevé et de plus parfait, à ce qui correspond le mieux à notre nature rationnelle et aux aspirations naturelles de notre cœur ? Il faut vraiment être englué dans le matériel pour ignorer ces sifflements amoureux du Bon Pasteur, qui est la porte du Salut : « C’est moi qui suis la porte : celui qui entrera par moi sera sauvé [c’est-à-dire, il deviendra saint] ; il vivra et il viendra, et il trouvera pâture » (Jean 10, 9) adaptée à ses besoins vitaux.
(à suivre…)
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mardi 17 décembre 2013
Sainteté (1)
Sainteté (1)
L’on nous a enseigné dans le Christ à nous « renouveler spirituellement dans [notre] intelligence » (Éphésiens 4, 23), en ne nous modelant « pas sur ce monde-ci », mais en nous transformant « en renouvelant [notre] esprit, afin de discerner quelle est la Volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » (Romains 12, 2), pour, de la sorte, « revêtir l’homme nouveau, créé d’après Dieu, dans la vraie justice et la sainteté » (Éphésiens 4, 24).
Cet homme nouveau, en effet, « se renouvelle à l’image de celui qui l’a créé, pour parvenir à la connaissance » (Colossiens 3, 10), celle du bien véritable, (lire la suite) qui n’est autre que son Créateur, lequel est lui-même la Justice et la Sainteté. C’est Dieu qui est à l’origine de ce changement qui s’est opéré en nous : « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en cette mort – la mort au péché – pour que, tout comme le Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, pareillement nous marchions, nous autres, dans le renouveau d’une autre vie » (Romains 6, 4), qui nous amène à servir « sous le régime de l’esprit » (Romains 7, 6).
Telle est la transformation opérée en notre âme, qui communique l’orientation fondamentale à toute notre existence et commande nos choix de vie. « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. L’ancien est disparu, du nouveau est apparu » (2 Corinthiens 5, 17). Celui qui est assis sur le trône dit : « Voici que je rénove toutes choses » (Apocalypse 21, 5). C’est fait. Ce renouvellement a eu lieu. Ce retour à la condition des origines de l’homme se produit par la grâce baptismale.
« Aussi ne soyez pas sans intelligence, mais comprenez bien quelle est la Volonté du Seigneur » (Éphésiens 5, 17). C’est-à-dire « discernez ce qui est agréable au Seigneur » (Éphésiens 5, 10). « C’est pourquoi nous autres, depuis le jour où nous l’avons appris – les fidèles de Colosses connus de Paul par Épaphras – nous ne cessons de prier pour vous et de demander que vous soit pleinement donnée la connaissance de la Volonté de Dieu en toute sagesse et intelligence spirituelle » (Colossiens 1, 9), afin que « le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation pour le bien connaître lui-même » (Éphésiens 1, 17), ce qui est évidemment indispensable pour mener à bien la tâche de notre sanctification qui ne consiste en rien d’autre qu’à nous identifier progressivement à notre Dieu Créateur qui est venu s’établir à demeure dans notre âme (cf. Jean 14, 23).
(à suivre…)
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lundi 16 décembre 2013
Marie et la connaissance de Jésus (4)
Marie et la connaissance de Jésus (4)
Allons à Marie, pour apprendre d'elle davantage de choses sur Jésus, afin de les transmettre opportunément comme les évangélistes l'ont fait dans leurs écrits, et comme la tradition chrétienne nous les a rapportés. Préparons avec Notre Dame les anecdotes que nous allons raconter à tel de nos amis ; l'épisode de la vie de notre Seigneur qu'il convient de lui expliquer pour que cela le captive et qu'il ait envie de s'écrier à son tour : « Que je voie ! » (Marc 10, 51). Ou bien : « Seigneur, apprends-moi à prier ! » (cf. Luc 11, 1) ? Ou encore : « Seigneur je crois, mais viens en aide à mon peu de foi ! » (cf. Marc 9, 24). « Si tu le veux, tu peux me guérir ! » (Marc 1, 40). Et qu'il comprenne que ces mots du Christ s'adressent à lui : « Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi ! » (Luc 7, 14). « Marie vous guidera vers ce futur éternel ; elle nous le fait désirer ardemment et découvrir ; elle nous donne son espérance, sa certitude, son désir. Animés par une réalité si splendide, avec une joie indicible, notre pèlerinage terrestre humble et fatigant, illuminé par Marie, se transforme en un chemin sûr - iter para tutum – vers le Paradis » (Paul VI, Homélie, 15 août 1966).
(lire la suite)
L’apostolat consiste, en bonne partie, peut-être même essentiellement, à établir des relations, à jeter un pont entre nos amis et Dieu, en leur parlant de ce Jésus-Christ dont l’enseignement émerveillait les foules, car il ne parlait pas comme les scribes et les pharisiens, qui ne faisaient que rappeler des interdits et les châtiments dont leur infraction était passible, qui « disent et ne font pas » (Matthieu 23, 3). Non ! L’enseignement de Jésus était dispensé avec autorité (cf. Marc 1, 27) tout en n’étant pas pesant (cf. 1 Jean 5, 3), bien au contraire. Entendre le Seigneur parler des choses d’en haut (cf. Colossiens 3, 2) produisait une joie profonde : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous lorsqu’il nous parlait sur le chemin, tandis qu’il nous dévoilait les Écritures ? » (Luc 24, 32). L‘amour authentique attire irrésistiblement : « Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par amour […] ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour. Que cette racine de charité pousse en ton âme, car elle ne peut produire que du bien » (saint Augustin, Super Epistula Ioannis ad Parthos tractatus 7-8).
N’en doutons pas, c’est ce qui se passe avec nos amis, quand nous leur parlons de Jésus-Christ, même s’ils mettent parfois du temps à le reconnaître et qu’ils tardent à communiquer autour d’eux la découverte qu’ils ont faite : le Christ est vivant, il est ressuscité, je l’ai vu, j’ai dîné avec lui, comme les disciples d’Emmaüs !
(fin)
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dimanche 15 décembre 2013
Marie et la connaissance de Jésus (3)
Marie et la connaissance de Jésus (3)
Nous avons, nous aussi, comme Marie, bien des choses à raconter de Jésus-Christ, car nous sommes de ses amis : « Je vous ai appelés amis » (Jean 15, 15). Mieux et plus, nous appartenons à sa famille, nous sommes domestici Dei, des « membres de la famille de Dieu » (Éphésiens 2, 19). Il nous revient donc d'annoncer la Bonne Nouvelle aux autres, à ceux qui nous entourent et qui, peut-être, ne cessent de nous agresser, parce que l'idée qu'ils se font de Dieu leur est insupportable. Nous pouvons tirer un enseignement des « veilleurs » qui, depuis le printemps 2013, se manifestent partout en France pour s'opposer à la désagrégation forcée de la société, même si nous ne pouvons pas nous contenter d'une attitude passive et qu'il nous faut mettre beaucoup de contenu dans notre action, tout le contenu de l'Évangile de Jésus-Christ, dont le nom et le seul nom qui nous a été donné par lequel nous pouvons être sauvés (cf. Actes 4, 12). (lire la suite)
Et si les gens ne viennent pas spontanément à nous pour nous dire: « Nous voudrions voir Jésus », nous irons les chercher pour leur annoncer la nouvelle formidable: « J'ai trouvé le Messie (cf. Jean 1, 41), le Dieu sauveur, le Dieu d'Amour, celui qui t'aime comme un Père, celui qui a donné sa vie pour toi alors que tu n'étais pas encore né, parce qu'il t'aime tendrement, à la folie. »
Marie nous aide à formuler une prière qui soit une vraie prière, et à prier en faisant attention à ce que nous disons et à qui nous nous adressons, afin qu'elle soit fructueuse : « C'est une grande arme que la prière, c'est une belle parure que la prière, et une sûreté, et un port, et un trésor de biens, et une richesse que rient ne peut ravir. [...] Invoquez-le vous-mêmes avec la pureté des intentions, avec la sagesse de l'âme ; ne le priez pas par acquis de conscience, ce que font beaucoup de personnes, dont la langue prononce les paroles de la prière, dont la pensée, en même temps, reste souvent dans leur maison, ou se promène sur la place publique, à travers les rues, ce qui est un artifice du démon ; car, comme il sait qu'au moment de la prière, nous pouvons obtenir le pardon de nos péchés, jaloux de nous fermer ce port, il s'élève alors contre nous ; il chasse notre pensée des paroles que nous prononçons, afin qu'au sortir de l'église, nous en retirions plus de perte que de profit (saint Jean Chrysostome, Homélies sur la Grande Semaine 6).
Nous en connaissons suffisamment sur notre Seigneur, et pas uniquement du point de vue intellectuel et de la foi, mais aussi dans le domaine existentiel. Car ce Jésus dont Marie peut raconter mille anecdotes, rapporter nombre de faits et gestes dont elle seule a été le témoin, parfois avec saint Joseph, mais il n'est plus de ce monde, ce même Jésus n'est pas pour nous un Dieu lointain. Il est aussi proche de nous qu'il l'était d'elle. C'est ce que le bienheureux Charles de Foucauld faisait remarquer.
Notre apostolat ne consiste pas à parler d'un Dieu des morts, mais des vivants (cf. Matthieu 22, 32), du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob (cf. Marc 12, 26). D'un Dieu qui est lui-même vivant, qui est la Vie (cf. Jean 14, 6), car il est mort, mais il est vraiment ressuscité (cf. Luc 24, 35), et qui « est le même hier, le même aujourd'hui, et il le sera éternellement » (Hébreux 13, 8).
(à suivre…)
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samedi 14 décembre 2013
Marie et la connaissance de Jésus (2)
Marie et la connaissance de Jésus (2)
J'ai fait l'expérience de ce que, après le rappel
à Dieu, le 26 juin 1975, de Josémaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei, son successeur, Alvaro del Portillo, retenu comme bienheureux par le pape François, a commencé à raconter bien des anecdotes relatives à la vie de saint Josémaria. Pourquoi Marie n'en aurait-elle pas fait autant ? Si, comme le pape Paul VI l'a dit à Mgr del Portillo, le fondateur ne vous appartient plus, mais il est le patrimoine de toute l'Église, à combien plus forte raison s'agissant de notre Seigneur, venu donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Matthieu 20, 28) et voulant que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (cf. 1 Timothée 2, 4). Ce Dieu qui nous donne grâce (lire la suite) après grâce (cf. Jean 1, 16) et qui nous comble de plus en plus de ses bienfaits au fur et à mesure que le temps passe. « Dieu offre toujours des cadeaux à ceux qui font partie de sa maisonnée. Plus leur amour de Dieu grandit, plus les cadeaux qu'ils reçoivent sont beaux (...). Dieu est absolument parfait (...), alors que l'homme avance petit à petit [...]. Et Dieu ne se lasse jamais de l'enrichir de ses biens, tant que l'homme ne se lasse pas de recevoir les bienfaits de Dieu » (saint Irénée, Adversus hæreses 4, 9, 2 et 4, 7, 11).
Ce rôle explicatif et illustratif de Marie est donc on ne peut plus logique et bien compréhensible. Il est même attendu, dirais-je. « Demandons à la Mère de Dieu, notre Mère, de nous préparer le chemin qui conduit au plein amour : Cor Mariæ dulcissimum, iter para tutum ! Son doux cœur connaît le chemin le plus sûr pour rencontrer le Christ » (saint Josémaria, , n° 38). Afin de nous remplir de la Parole de Dieu, pour qu'elle devienne notre nourriture quotidienne, le moteur de notre existence, la référence de nos raisonnements, la source de notre reconnaissance envers Dieu pour tous ses bienfaits. Oui, apprenons de Marie à louer Dieu en chantant et en composant notre propre Magnificat.
Le Magnificat est un merveilleux chant d'action de grâce en même temps que d'adhésion à la Volonté de Dieu. Il manifeste l'intérieur de Marie, ce qu'elle porte en elle, ses sentiments les plus profonds. Elle l'entonne sans doute sous l'inspiration de l'Esprit Saint, puisque sans lui nous ne sommes même pas capables d'articuler ce mot essentiel d'Abba ! Papa (cf. Romains 8, 15). En même temps, nous ne pouvons pas ne pas remarquer que cette hymne est un condensé de textes de l'Ancien Testament parfaitement bien enchaînés.
Or, les fidèles ne disposaient pas à l'époque de rouleaux de la Bible chez eux. Et Marie n'a pas fréquenté l'école rabbinique. Ce n'était pas une affaire de femmes. D'ailleurs, il n'y avait probablement pas d'école rabbinique à Nazareth, vue la faible population de la ville, et Jésus ne l'a donc pas davantage fréquentée, d'où l'étonnement et la stupéfaction des Docteurs de la loi en écoutant ses questions et al sagesse de ses raisonnements (cf. Luc 2, 47).
Pour que la Saint Vierge manie l'Écriture avec tant de spontanéité et prononce des paroles si profondes et prophétiques à la fois, il faut comprendre que, chez elle, ses parents, saint Joachim le premier, car c'était son rôle, répétaient souvent des passages des Saintes Écritures, au point que Marie en était toute imprégnée et qu'elles nourrissaient régulièrement sa prière personnelle. Le Magnificat est donc un aboutissement. Il est le fruit d'une maturation progressive de la Parole du Dieu Tout-Puissant.
« Nous voudrions voir le Seigneur. » Telle est l'inspiration de bien des gens. Une aspiration confuse la plupart du temps, non formulée explicitement, car le Christ n'est pas encore passé dans leur vie. Et c'est toi, c'est moi, qui doit le leur rendre présent, les amener à notre Seigneur pour qu'il leur ouvre les yeux, qui délie leur langue, qu'il raffermisse leurs membres paralysées et guérisse leur surdité, afin qu'ils perçoivent enfin la Parole qui délivre et qui réchauffe les cœurs.
(à suivre…)
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vendredi 13 décembre 2013
Marie et la connaissance de Jésus (1)
Marie et la connaissance de Jésus (1)
Avec l’Ascension de Jésus au ciel, où il siège désormais à la droite du Père (cf. Colossiens 3, 2), la parole de la Vierge Marie est libérée. Tant que son Fils partageait notre existence terrestre, elle restait toujours en retrait, tout en faisant tout ce qui était en son pouvoir pour lui faciliter l’accomplissement de sa mission. Elle avait, sans doute involontairement ou inconsciemment agi comme déclencheur de ce ministère public de notre Seigneur par son intervention lors de noces célébrées à Cana, auxquelles elle avait été conviée tout comme Jésus et ses premiers disciples(cf. Jean 2, 1-11). (lire la suite)
Mais après cet événement, elle semble s’être effacée derrière son Fils. Sans doute a-t-elle souvent renvoyé vers lui ceux qui venaient la voir et l’interroger. Qui mieux que Jésus de Nazareth pouvait dire ce qu’il avait à nous dire de la part du Père ?
Un jour, des Grecs virent à Philippe et lui dirent : « ‘Nous voudrions bien voir Jésus’. Philippe alla le dire à André, puis André et Philippe allèrent le dire à Jésus’ » (Jean 12, 21-22). Rien ne nous interdit de penser que la très Sainte Vierge ait pu jouer à plus d’une reprise ce même rôle d’intermédiaire entre les hommes et notre Rédempteur. Elle exerçait ainsi déjà sa Maternité spirituelle qui consiste à nous conduire au Christ et, par lui, au Père puisque « celui qui m’a vu a vu le Père », commentera Jésus au même Philippe (Jean 14, 9).
Mais désormais, une fois Jésus retourné à la maison du Père, Marie peut nous parler de lui, sans risquer de le gêner par des commentaires et des éloges qu’il n’aurait pas acceptés, même s’ils correspondaient à la plus stricte vérité.
À Béthanie, Maire, la sœur de Lazare, était suspendue aux lèvres du Maître parlant de son Père et de notre Père, et du royaume des cieux qu’il était venu instaurer sur terre. Nous sommes aussi captivés quand nous entendons quelqu’un nous faire part d’une expérience exceptionnelle qu’il a faite dans sa vie ou nous parler, par exemple, d’un ancêtre commun, que nous n’avons pas personnellement connu. Nous l’écoutons religieusement, comme on dit, parce que cela nous passionne et nous concerne.
Mettons-nous donc à l’écoute de Marie pour comprendre, ou découvrir, bien des choses de la vie de Jésus qu’elle seule peut nous dévoiler, qui font partie de ce trésor qu’elle accumulait dans son cœur et qui alimentait sa prière (cf. Luc 2, 51). Nous nous passionnons nous aussi à l’écouter, comme les apôtres réunis avec elle au Cénacle (cf. Actes 1, 14) dès le jour de l’Ascension. « Regarder la très Sainte Vierge est vraiment un acte consolateur, qui oriente et confirme la doctrine dans notre âme : la foi, l’espérance et la charité, unies aux autres vertus. Elle dirige ainsi notre vie au-delà des limites de notre existence terrestre, au-delà des confins du temps présent » (Paul VI, Homélie, 15 août 1966).
Avant même que l'Esprit Saint ne s'empare d'eux et ne les enivre d'Amour, leur remettant en mémoire tout ce que Jésus-Christ leur avait dit (cf. Jean 14, 26), Marie, qui est l'Épouse de l'Esprit Saint, a pris comme les devants. Elle prépare cette intervention et cette action du Paraclet en découvrant plus à fond la très Sainte Humanité de Jésus indissolublement unie à sa divinité. Avec elle nous croyons en l'humanité et en la divinité de Jésus. Avec elle nous sommes prêts à suivre son Fils partout où l’on nous conduira et, s'il le faut, à donner notre vie pour défendre la vérité. « Personne n'a cru en Socrate au point de mourir pour sa doctrine, mais les artisans et les ignorants, non seulement ont méprisé l'opinion du monde, mais ils n'ont pas craint de mourir pour le Christ » (saint Justin, 2e Apologie 10).
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jeudi 12 décembre 2013
Arrêt sur christianisme (82)
Arrêt sur christianisme (82)
[le Christ] ‘n’est pas venu pour détruire la Croix, mais pour s’étendre dessus. De tous les privilèges spécifiques de l’humanité, c’est celui-là que Dieu a choisi pour lui-même’ (P. Claudel, Dialogues sur la souffrance). Voilà donc ce que découvrent de Dieu tous ceux qui acceptent la confiance crucifiée. C’est que le Verbe de Dieu qui s’est fait chair s’est mis personnellement au cœur de la douleur. Qu’au moment où dans la personne du Christ s’est réalisée l’union fantastique de Dieu et de la douleur, toute la réalité de la douleur, toute la réalité de la douleur et du mal était épuisée par Dieu. Et que ‘celui qui s’est fait malédiction pour nous’ l’avait fait par amour. Que la puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer : nous le savions, mais que la crucifixion de Jésus et des croyants et de tous ceux qui choisissent la confiance, et qui nous paraît chose tellement inacceptable, était la crucifixion même de Dieu, que c’était son secret, qu’il est lui-même crucifié par le mal : voilà la nouveauté radicale, voilà la bouleversante nouveauté du christianisme. À tous ceux qui acceptent la confiance, Dieu se dévoile comme le premier crucifié et plus crucifié qu’eux encore dans le mal. ‘L’Agneau qui se laisse mener à la boucherie sans se défendre’ : ce n’est pas seulement Jésus, c’est Dieu lui-même que Jésus est en personne. L’obscurité est plus grande que jamais, mais nous savons que la lumière n’est donnée qu’à ceux qui vont jusque-là. B. Bro, Le pouvoir du mal. 3. Le Dieu crucifié
, Paris, Éditions Bayard-Presse, 1976, p. 16-17.
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