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samedi 14 décembre 2013

Marie et la connaissance de Jésus (2)

Marie et la connaissance de Jésus (2)

J'ai fait l'expérience de ce que, après le rappel à Dieu, le 26 juin 1975, de Josémaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei, son successeur, Alvaro del Portillo, retenu comme bienheureux par le pape François, a commencé à raconter bien des anecdotes relatives à la vie de saint Josémaria. Pourquoi Marie n'en aurait-elle pas fait autant ? Si, comme le pape Paul VI l'a dit à Mgr del Portillo, le fondateur ne vous appartient plus, mais il est le patrimoine de toute l'Église, à combien plus forte raison s'agissant de notre Seigneur, venu donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Matthieu 20, 28) et voulant que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (cf. 1 Timothée 2, 4). Ce Dieu qui nous donne grâce (lire la suite) après grâce (cf. Jean 1, 16) et qui nous comble de plus en plus de ses bienfaits au fur et à mesure que le temps passe. « Dieu offre toujours des cadeaux à ceux qui font partie de sa maisonnée. Plus leur amour de Dieu grandit, plus les cadeaux qu'ils reçoivent sont beaux (...). Dieu est absolument parfait (...), alors que l'homme avance petit à petit [...]. Et Dieu ne se lasse jamais de l'enrichir de ses biens, tant que l'homme ne se lasse pas de recevoir les bienfaits de Dieu » (saint Irénée, Adversus hæreses 4, 9, 2 et 4, 7, 11). Ce rôle explicatif et illustratif de Marie est donc on ne peut plus logique et bien compréhensible. Il est même attendu, dirais-je. « Demandons à la Mère de Dieu, notre Mère, de nous préparer le chemin qui conduit au plein amour : Cor Mariæ dulcissimum, iter para tutum ! Son doux cœur connaît le chemin le plus sûr pour rencontrer le Christ » (saint Josémaria, , n° 38). Afin de nous remplir de la Parole de Dieu, pour qu'elle devienne notre nourriture quotidienne, le moteur de notre existence, la référence de nos raisonnements, la source de notre reconnaissance envers Dieu pour tous ses bienfaits. Oui, apprenons de Marie à louer Dieu en chantant et en composant notre propre Magnificat. Le Magnificat est un merveilleux chant d'action de grâce en même temps que d'adhésion à la Volonté de Dieu. Il manifeste l'intérieur de Marie, ce qu'elle porte en elle, ses sentiments les plus profonds. Elle l'entonne sans doute sous l'inspiration de l'Esprit Saint, puisque sans lui nous ne sommes même pas capables d'articuler ce mot essentiel d'Abba ! Papa (cf. Romains 8, 15). En même temps, nous ne pouvons pas ne pas remarquer que cette hymne est un condensé de textes de l'Ancien Testament parfaitement bien enchaînés. Or, les fidèles ne disposaient pas à l'époque de rouleaux de la Bible chez eux. Et Marie n'a pas fréquenté l'école rabbinique. Ce n'était pas une affaire de femmes. D'ailleurs, il n'y avait probablement pas d'école rabbinique à Nazareth, vue la faible population de la ville, et Jésus ne l'a donc pas davantage fréquentée, d'où l'étonnement et la stupéfaction des Docteurs de la loi en écoutant ses questions et al sagesse de ses raisonnements (cf. Luc 2, 47). Pour que la Saint Vierge manie l'Écriture avec tant de spontanéité et prononce des paroles si profondes et prophétiques à la fois, il faut comprendre que, chez elle, ses parents, saint Joachim le premier, car c'était son rôle, répétaient souvent des passages des Saintes Écritures, au point que Marie en était toute imprégnée et qu'elles nourrissaient régulièrement sa prière personnelle. Le Magnificat est donc un aboutissement. Il est le fruit d'une maturation progressive de la Parole du Dieu Tout-Puissant. « Nous voudrions voir le Seigneur. » Telle est l'inspiration de bien des gens. Une aspiration confuse la plupart du temps, non formulée explicitement, car le Christ n'est pas encore passé dans leur vie. Et c'est toi, c'est moi, qui doit le leur rendre présent, les amener à notre Seigneur pour qu'il leur ouvre les yeux, qui délie leur langue, qu'il raffermisse leurs membres paralysées et guérisse leur surdité, afin qu'ils perçoivent enfin la Parole qui délivre et qui réchauffe les cœurs. (à suivre…)

samedi 2 novembre 2013

Connaissance de Jésus (1)

Connaissance de Jésus (1)

Avant même que l'Esprit Saint ne s'empare d'eux et ne les enivre d'Amour, leur remettant en mémoire tout ce que Jésus-Christ leur avait dit (cf. Jean 14, 26), Marie, qui est l'Épouse de l'Esprit Saint, a pris comme les devants. Elle prépare cette intervention et cette action du Paraclet en découvrant plus à fond la très Sainte Humanité de Jésus indissolublement unie à sa divinité. Avec elle nous croyons en l'humanité et en la divinité de Jésus. Avec elle nous sommes prêts à suivre son Fils partout où il nous conduira et, s'il le faut, à donner notre vie pour défendre la vérité. « Personne n'a cru en Socrate au point de mourir pour sa doctrine, mais les artisans et les ignorants, non seulement ont méprisé l'opinion du monde, mais ils n'ont pas craint de mourir pour le Christ » (saint Justin, 2e Apologie 10). J'ai fait l'expérience de ce que, après le rappel à Dieu, le 26 juin 1975, de Josémaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei, (lire la suite) son successeur, Alvaro del Portillo, retenu comme bienheureux par le pape François, a commencé à raconter bien des anecdotes relatives à la vie de saint Josémaria. Pourquoi Marie n'en aurait-elle pas fait autant ? Si, comme le pape Paul VI l'a dit à Mgr del Portillo, le fondateur ne vous appartient plus, mais il est le patrimoine de toute l'Église, à combien plus forte raison s'agissant de notre Seigneur venu donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Matthieu 20, 28) et voulant que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (cf. 1 Timothée 2, 4). Ce Dieu qui nous donne grâce après grâce (cf. Jean 1, 16) et qui nous comble de plus en plus de ses bienfaits au fur et à mesure que le temps passe. « Dieu offre toujours des cadeaux à ceux qui font partie de sa maisonnée. Plus leur amour de Dieu grandit, plus les cadeaux qu'ils reçoivent sont beaux [...]. Dieu est absolument parfait [...], alors que l'homme avance petit à petit [...]. Et Dieu ne se lasse jamais de l'enrichir de ses biens, tant que l'homme ne se lasse pas de recevoir les bienfaits de Dieu » (saint Irénée, Adversus hæreses 4, 9, 2 et 4, 7, 11). ce rôle explicatif et illustratif de Marie est donc on ne peut plus logique et bien compréhensible. Il est même attendu, dirais-je. « Demandons à la Mère de Dieu, notre Mère, de nous préparer le chemin qui conduit au plein amour : Cor Mariæ dulcissimum, iter para tutum ! Son doux cœur connaît le chemin le plus sûr pour rencontrer le Christ » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 38). Afin de nous remplir de la Parole de Dieu, pour qu'elle devienne notre nourriture quotidienne, le moteur de notre existence, la référence de nos raisonnements, la source de notre reconnaissance envers Dieu pour tous ses bienfaits. Oui, apprenons de Marie à louer Dieu en chantant et en composant notre propre Magnificat. (à suivre…)

samedi 28 septembre 2013

Les plans de Dieu (22)

Les plans de Dieu (22)

« Rappelez-vous d’où vous avez été appelés : à la croisée des chemins. Et qu’étiez-vous alors ? Des boiteux, des blessés de l’âme, ce qui est bien pire que d’être blessé dans votre corps. N’abusez pas de la bonté de celui qui vous a invités et que personne ne vienne avec un vêtement sale. Il faut prendre un très grand soin du vêtement de l’âme » (saint Jean Chrysostome, In Matthæum homiliæ 69, 2). Donc, je ne peux agir que par Amour et pour ma gloire. L’un d’entre vous qui a le mieux su parler de moi – bien que je l’aie laisser errer sur certains points, ce qui est toujours bon pour l’humilité – a écrit : « Dieu veut la totalité des créatures pour elles-mêmes (lire la suite) bien que ce soit pour lui-même qu’il veuille qu’elles soient » (saint Thomas d’Aquin, De Potentia, q. 5 a. 4). Il a bien compris le cœur du mystère. C’est bien vu. Mon Épouse, la sainte Église, me prie de son côté en disant : « Tu as fait le monde pour que toute créature soit comblée de tes bénédictions et que beaucoup se réjouissent de ta lumière » (Préface, 4e prière eucharistique). Encore devez-vous comprendre que ma gloire vous concerne directement puisque, comme je te l’ai rappelé, je vous ai créés pour que vous jouissiez de ma propre liesse. « Très bien ! bon et fidèle serviteur ! Tu as été fidèle pour de petites choses, je te mettrai à la tête d’une quantité. Entre à la fête de ton maître » (Matthieu 25, 23), partage la joie de ton seigneur. Et puis, vois-tu, « la gloire de Dieu, c’est l’homme, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu » (saint Irénée, Adversus hæreses 4, 20, 7). Oui, je ne souhaite qu’une chose, c’est que vous possédiez la vie et que vous l’ayez surabondante (cf. Jean 10, 10). Et toi, si tu es sensé, ton cœur ne doit abriter aussi qu’une unique aspiration, comme le manifeste le psalmiste : « Je demande au Seigneur une chose, je la désire ardemment : je voudrais habiter dans la maison du Seigneur, tous les jours de ma vie, pour jouir des amabilités du Seigneur, pour contempler son sanctuaire » (Psaume 26, 4). Il est une prière qui me va droit au cœur, parce qu’elle traduit bien les sentiments d’un enfant envers son père. Il s’agit de envie de demeurer en ma présence, qui se traduit par ces mots : Vultum tuum, Domine, requiram, « je cherche ta face, Seigneur. Ne me cache pas ta face » (Psaume 26, 8-9). Ils peuvent se comprendre aussi au sens de : « Je voudrais voir ton visage, ô mon Dieu, te contempler face à face. » (à suivre…)

vendredi 5 avril 2013

>Annonciation (5)

>Annonciation (5)

Ce qui est plus terrifiant à entendre, c’est que l’enfant auquel elle va donner le jour est rien moins que le Fils de Dieu ! Quelle mission redoutable Dieu confie à cette jeune fille de Nazareth ! Quelle responsabilité écrasante. Mais « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu » (Luc 1, 30). Et puis quand Dieu confie une mission à quelqu’un, il lui communique toutes les grâces opportunes pout qu’il puisse effectivement la mener à bien. Marie sait qu’elle peut faire entièrement confiance à Dieu. Il a manifesté tout au long de l’histoire combien il et proche de son peuple. Et il le manifeste maintenant de façon encore plus éclatante en venant habiter chez les hommes : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jean 1, 14). Comme pour rassurer Marie et qu’elle soit bien tranquille, Gabriel ajoute une information, (lire la suite) tout aussi inattendue : « Et voici qu'Élisabeth, votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois-ci est le sixième pour elle que l'on appelait stérile » (Luc 1, 36). C’est effectivement une nouvelle de taille. Qui pouvait s’attendre à un tel événement ? Ca été, en tout cas, une nouvelle bien gardée. « Quand les jours de son [de Zacharie] service furent accomplis, il s'en alla en sa maison. Après ces jours, Élisabeth, sa femme, conçut, et elle se tint cachée pendant cinq mois, disant : ‘Ainsi a fait pour moi le Seigneur, au jour où il lui a plu d'ôter mon opprobre parmi les hommes’ » (Luc 1, 23-25). Élisabeth n’en a parlé à personne, pas même à Marie. Elle a gardé cela pour elle. Et voilà que maintenant c’est révélé à Marie, pour qu’elle comprenne que ce qui lui est annoncé à elle, et qui est plus merveilleux encore, est du domaine du possible pour Dieu, « car rien ne sera impossible pour Dieu » (Luc 1, 37). Face à cela, Marie, déjà résolue intérieurement à suivre ponctuellement la Volonté de Dieu, donne son consentement à haute voix : « Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole ! » (Luc 1, 38). « À l’annonce qu’elle enfantera "le Fils du Très Haut" sans connaître d’homme, par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Luc 1, 28-37), Marie a répondu par "l’obéissance de la foi" (Romains 1, 5), certaine que "rien n’est impossible à Dieu" : "Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole" (Luc 1, 37-38). Ainsi, donnant à la parole de Dieu son consentement, Marie devint Mère de Jésus et, épousant à plein cœur, sans que nul péché la retienne, la volonté divine de salut, se livra elle-même intégralement à la personne et à l’oeuvre de son Fils, pour servir, dans sa dépendance et avec lui, par la grâce de Dieu, au mystère de la Rédemption (cf. Lumen Gentium 56) : Comme dit saint Irénée, "par son obéissance elle est devenue, pour elle-même et pour tout le genre humain, cause de salut " (Adversus hæreses 3, 22, 4). (à suivre…)

samedi 14 juillet 2012

Le patriotisme (2)


Le patriotisme (2)

« La justice, en général, consiste à payer une dette à autrui, souligne saint Thomas d’Aquin ; payer une dette spéciale à une personne déterminée sera donc l’objet d’une vertu spéciale. Or, l’homme est débiteur, à un titre particulier, envers ce qui, par rapport à lui, est principe humain d’être et de gouvernement. C’est ce principe que considère la piété, par le fait qu’elle rend un culte et des devoirs aux parents et à la patrie et à ceux qui leur sont unis » (Somme Théologique II-II, q. 101, a. 3). Le patriotisme, en tant que vertu, s’appelle donc la piété, qui est une partie de la vertu de la justice, laquelle consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Après la vertu de religion, par laquelle nous rendons à Dieu le culte que nous lui devons, vient la vertu de piété, par laquelle nous honorons d’abord nos parents, puis la patrie qui nous a vu naître : « La piété est une certaine expression de l’amour envers les parents et la patrie » (Ibid., ad 1). (lire la suite)
Le patriotisme du chrétien doit être informé par la charité : nous sommes appelés à aimer notre patrie par Dieu et pour Dieu, avec l’amour surnaturel que sa grâce a déposé dans notre cœur. C’est pourquoi il ne peut pas y avoir d’opposition ni de contradiction entre l’amour de Dieu, de l’Église et des chrétiens dans le Christ, et l’amour que nous éprouvons pour notre patrie et nos compatriotes, et enfin l’amour que nous vouons à tous les hommes et à toutes les femmes, y compris à ceux qui nous persécutent. Si une opposition surgissait, sous quelque forme que ce soit et de quelque signe que ce soit, ce serait la preuve que notre patriotisme a cessé d’être une vertu, car il s’agirait alors d’un amour désordonné ; ce ne serait plus une manifestation de la vertu de piété.
Le nationalisme est très certainement un péché, car il suppose un manque de justice envers les autres pays que le sien. Alors que le patriotisme est une vertu. Il est donc important de bien les distinguer. Le patriotisme n’est en rien répréhensible. Le nationalisme n’est pas chrétien.
« Dieu, Rédempteur et seigneur des nations, ne permets pas que nous tombions de tes mains et que nous abandonnions ta discipline. » « Nous avons hérité de nos ancêtres cette prière pour la patrie. Je prononce aujourd’hui les paroles de cette prière devant Vous, Notre-Dame de Jasna Góra. Par Vous, nous prions le Roi et Seigneur des nations : « Par l’intercession de la Très Sainte Vierge, notre Reine, bénis notre patrie, afin que, toujours fidèle à toi, elle rende gloire à ton nom, et guide ses enfants vers le bonheur. » Prions donc afin de rendre gloire au nom divin, reconnaissants pour le fait que « la gloire de Dieu est l’homme vivant » (cf. saint Irénée, Adversus hæreses 4, 20, 7) et pour que la nation vive une vie digne, dans la justice et l’amour de la vérité. Prions également pour que notre patrie, en tant que lieu de pèlerinage temporel, devienne pour tous le lieu de la préparation aux destinées éternelles de l’homme » (bienheureux Jean-Paul II, Cycle de Jasna Góra, 25 décembre 1990).

(à suivre…)

lundi 28 décembre 2009

Jésus-Christ vrai Homme

Jésus-Christ vrai Homme

Le Christ, parce qu'il n'est pas un homme quelconque parmi les hommes, mais le Fils de Dieu fait homme, loin d'être comme enfermé, ainsi que nous le sommes tous, par sa personnalité dans les limites de son individualité particulière, limites spatiales et temporelles, se trouve, du fait de sa personnalité divine, ouvert à tout l'humain.
On trouve en lui non pas quelque impensable humanité générale, qui ne serait celle d'aucun homme, mais l'humanité commune de tous les hommes récapitulée, pour emprunter sa formule à saint Irénée commentant l'épître aux Éphésiens, dans cette pers « commune » s'il en est qui est la sienne, (lire la suite) comme le dit Léonce. Il est l'un d'entre nous, dans doute, mais il ne l'est pas par opposition avec nous tous, dans une contre-distinction qui le ferait autre que chacun de nous, mais dans une assomption susceptible de nous englober tous, car, loin d'exclure rien d'aucun de nous, il nous inclut tous et toutes les possibilités de notre humanité, dans une réalisation de celle-ci qui en est comme l'universalité concrétisée.

Louis Bouyer, Le Fils éternel. Théologie de la Parole de Dieu et christologie, Paris, Les Éditions du Cerf, 1974, p. 479.

dimanche 29 juin 2008

Saint Pierre et saint Paul

Saint Pierre et saint Paul

L'Église a honoré hier les saints Pierre et Paul. Le pape Benoît XVI rappelle que ce sont les « apôtres du Christ, piliers et fondements de la cité de Dieu », comme le chante la liturgie de ce jour. Leur martyre est considéré comme le véritable acte de naissance de l'Église de Rome. Les deux Apôtres rendirent leur témoignage suprême à peu de distance de temps et de lieu l'un de l'autre : ici, à Rome, saint Pierre fut crucifié et, par la suite, saint Paul fut décapité. Leur sang se mêla ainsi comme dans un unique témoignage au Christ, qui poussa saint Irénée, évêque de Lyon, vers la moitié du II siècle, à parler de l'« Église fondée et constituée à Rome par deux très glorieux apôtres Pierre et Paul » (Contre les hérésies 3, 3, 2). Peu de temps après, (lire la suite) de l'Afrique du nord, Tertullien s'exclamait : « Cette Église de Rome, comme elle est bienheureuse ! Ce furent les Apôtres eux-mêmes à lui verser, à travers leur sang, la doctrine tout entière » (Prescription contre les hérétiques n° 36). C'est précisément pour cela que l'évêque de Rome, Successeur de l'Apôtre Pierre, accomplit un ministère particulier au service de l'unité doctrinale et pastorale du Peuple de Dieu dispersé dans le monde entier.
Dans ce contexte, on saisit mieux la signification du rite que nous avons renouvelé ce matin, au cours de la Messe dans la Basilique Saint-Pierre, c'est-à-dire la remise du Pallium à plusieurs Archevêques métropolitains, antique signe liturgique, qui exprime la communion particulière de ces pasteurs avec le Successeur de Pierre. Mon salut va à ces vénérés frères Archevêques et à ceux qui les ont accompagnés, alors que je vous invite tous, chers frères et sœurs, à prier pour eux et pour les Églises qui leur sont confiées. Il existe ensuite un autre motif qui rend notre joie encore plus grande aujourd'hui : il s'agit de la présence à Rome, à l'occasion de la solennité des saints Pierre et Paul, d'une Délégation spéciale envoyée par le Patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomaios Ier. Je souhaite à nouveau avec affection la bienvenue aux membres de cette Délégation et je remercie de tout cœur le Patriarche pour avoir rendu encore plus manifeste, à travers ce geste, le lien de fraternité existant entre nos Églises.
Que Marie, la Reine des Apôtres, que nous invoquons avec confiance, obtienne pour les chrétiens le don de la pleine unité. Avec son aide, et en suivant les traces de saint Pierre et de saint Paul, puisse l'Église qui est à Rome et tout le Peuple de Dieu offrir au monde un témoignage d'unité et de courageux dévouement à l'Évangile du Christ.

Benoît XVI, Audience générale, 29 juin 2006.

samedi 28 juin 2008

Saint Irenee de Lyon (1)

Saint Irénée de Lyon (1)

Dans les catéchèses sur les grandes figures de l'Église des premiers siècles, nous arrivons aujourd'hui à l'éminente personnalité de saint Irénée de Lyon. Les informations biographiques à son sujet proviennent de son propre témoignage, qui nous est parvenu à travers Eusèbe, dans le livre V de l'Histoire ecclésiastique. Irénée naquit selon toute probabilité à Smyrne (aujourd'hui Izmir, en Turquie), vers 135-140, où, encore jeune, il alla à l'école de l'évêque Polycarpe, lui-même disciple de l'Apôtre Jean. Nous ne savons pas quand il se rendit d'Asie mineure en Gaule, mais son transfert dut coïncider avec les premiers développements de la communauté chrétienne de Lyon : c'est là que, en 177, nous trouvons Irénée au nombre du collège des prêtres. C'est précisément cette année qu'il fut envoyé à Rome, porteur d'une lettre de la communauté de Lyon au Pape Eleuthère. La mission romaine qui permit à Irénée d'échapper à la persécution de Marc-Aurèle, dans laquelle au moins 48 martyrs trouvèrent la mort, parmi lesquels l'évêque de Lyon lui-même, Pothin, âgé de 90 ans, mort des suites de mauvais traitements en prison. (lire la suite) Ainsi, à son retour, Irénée fut élu évêque de la ville. Le nouveau Pasteur se consacra entièrement au ministère épiscopal, qui se conclut vers 202-203, peut-être par le martyre.
Irénée est avant tout un homme de foi et un Pasteur. Du bon Pasteur, il possède le sens de la mesure, la richesse de la doctrine, l'ardeur missionnaire. En tant qu'écrivain, il poursuit un double objectif : défendre la véritable doctrine des attaques des hérétiques, et exposer avec clarté les vérités de la foi. Les deux œuvres qui nous sont parvenues de lui correspondent exactement à ces objectifs : les cinq livres Contre les hérésies, et l'Exposition de la prédication apostolique (que l'on peut également appeler le plus ancien « catéchisme de la doctrine chrétienne »). En définitive, Irénée est le champion de la lutte contre les hérésies. L'Église du II siècle était menacée par ce que l'on appelle la gnose, une doctrine qui affirmait que la foi enseignée dans l'Église ne serait qu'un symbolisme destiné aux personnes simples, qui ne sont pas en mesure de comprendre les choses difficiles ; au contraire, les initiés, les intellectuels, - on les appelait les gnostiques - auraient compris ce qui se cache derrière ces symboles, et auraient formé un christianisme élitiste, intellectuel. Bien sûr, ce christianisme intellectuel se fragmentait toujours plus en divers courants de pensées souvent étranges et extravagants, mais qui attiraient de nombreuses personnes. Un élément commun de ces divers courants était le dualisme, c'est-à-dire que l'on niait la foi dans l'unique Dieu, Père de tous, Créateur et Sauveur de l'homme et du monde. Pour expliquer le mal dans le monde, ils affirmaient l'existence, auprès de Dieu bon, d'un principe négatif. Ce principe négatif aurait produit les choses matérielles, la matière.

(à suivre...)

vendredi 30 mai 2008

Saint Irenee de Lyon (2)

Saint Irénée de Lyon (2)

En s'enracinant solidement dans la doctrine biblique de la création, Irénée réfute le dualisme et le pessimisme gnostique qui sous-évaluaient les réalités corporelles. Il revendiquait fermement la sainteté originelle de la matière, du corps, de la chair, ainsi que de l'esprit. Mais son œuvre va bien au-delà du rejet de l'hérésie : on peut dire, en effet, qu'il se présente comme le premier grand théologien de l'Église, qui a créé la théologie systématique ; lui-même parle du système de la théologie, c'est-à-dire de la cohérence interne de toute la foi. Au centre de sa doctrine réside la question de la « règle de la foi » et de sa transmission. (lire la suite) Pour Irénée, la « règle de la foi »" coïncide en pratique avec le Credo des Apôtres et nous donne la clé pour interpréter l'Évangile, pour interpréter le Credo à la lumière de l'Évangile. Le symbole apostolique, qui est une sorte de synthèse de l'Évangile, nous aide à comprendre ce qu'il veut dire, et la façon dont nous devons lire l'Évangile lui-même.
En effet, l'Évangile prêché par Irénée est celui qu'il a reçu de Polycarpe, évêque de Smyrne, et l'Évangile de Polycarpe remonte à l'Apôtre Jean, dont Polycarpe était le disciple. Et ainsi, le véritable enseignement n'est pas celui inventé par les intellectuels au-delà de la foi simple de l'Église. Le véritable Évangile est celui enseigné par les évêques qui l'ont reçu des Apôtres à travers une chaîne ininterrompue. Ceux-ci n'ont rien enseigné d'autre que précisément cette foi simple, qui est également la véritable profondeur de la révélation de Dieu. Ainsi, nous dit Irénée, il n'existe pas de doctrine secrète derrière le Credo commun de l'Église. Il n'existe pas de christianisme supérieur pour les intellectuels. La foi publiquement confessée par l'Église est la foi commune de tous. Seule cette foi est apostolique, elle vient des Apôtres, c'est-à-dire de Jésus et de Dieu. En adhérant à cette foi transmise publiquement par les Apôtres à leurs successeurs, les chrétiens doivent observer ce que les évêques disent, ils doivent suivre en particulier l'enseignement de l'Église de Rome, prééminente et très ancienne. Cette Église, en raison de son origine antique, possède un caractère apostolique suprême; en effet, elle tire son origine des piliers du Collège apostolique, Pierre et Paul. Toutes les Églises doivent être en accord avec l'Église de Rome, en reconnaissant en elle la mesure de la véritable tradition apostolique, de l'unique foi commune de l'Église. A travers ces arguments, ici brièvement résumés, Irénée réfute à leur racine même les prétentions de ces gnostiques, de ces intellectuels : avant tout, ils ne possèdent pas une vérité qui serait supérieure à celle de la foi commune, car ce qu'ils disent n'est pas d'origine apostolique, mais est inventé par eux; en second lieu, la vérité et le salut ne sont pas le privilège et le monopole de quelques personnes, mais tous peuvent y parvenir à travers la prédication des successeurs des Apôtres, et surtout de l'évêque de Rome. En particulier - toujours en remettant en question le caractère « secret » de la tradition gnostique, et en soulignant ses effets multiples et contradictoires entre eux - Irénée se préoccupe d'illustrer le concept authentique de Tradition apostolique, que nous pouvons résumer en trois points.

(à suivre...)

mercredi 12 mars 2008

Clement d'Alexandrie (1)

Clément d'Alexandrie (1)

Après avoir parlé des douze apôtres, puis des disciples des apôtres, nous étudions avec Benoît XVI les grandes personnalités de l'Église naissante, de l'Église antique. Ayant parlé de saint Irénée de Lyon, « nous parlons aujourd'hui de Clément d'Alexandrie, un grand théologien qui naquit probablement à Athènes vers le milieu du deuxième siècle. Il hérita d'Athènes (lire la suite) cet intérêt prononcé pour la philosophie, qui devait faire de lui l'un des hérauts du dialogue entre foi et raison dans la tradition chrétienne. Encore jeune, il rejoignit Alexandrie, la « ville symbole » de ce carrefour fécond entre différentes cultures qui caractérisa l'époque hellénistique. Il y fut le disciple de Pantène, jusqu'à lui succéder dans la direction de l'école catéchétique. De nombreuses sources attestent qu'il fut ordonné prêtre. Au cours de la persécution de 202-203, il quitta Alexandrie pour se réfugier à Césarée, en Cappadoce, où il mourut vers 215.
Les œuvres les plus importantes qui nous restent de lui sont au nombre de trois : le Protreptique, le Pédagogue et les Stromates. Même s'il ne semble pas que cela fût l'intention originelle de l'auteur, le fait est que ces écrits constituent une véritable trilogie, destinée à accompagner de manière efficace la maturation spirituelle du chrétien. Le Protreptique, comme le dit le mot lui-même, est une « exhortation » adressée à celui qui commence et cherche le chemin de la foi. Mieux encore, le Protreptique coïncide avec une Personne : le Fils de Dieu, Jésus Christ, qui se fait l'« exhortateur » des hommes, afin qu'ils entreprennent de manière décidée le chemin vers la Vérité. Jésus-Christ lui-même se fait ensuite Pédagogue, c'est-à-dire l'« éducateur » de ceux qui, en vertu du Baptême, sont désormais devenus des fils de Dieu. Enfin, Jésus Christ est aussi Didascale, c'est-à-dire le « Maître » qui propose les enseignements les plus profonds. Ceux-ci sont rassemblés dans la troisième œuvre de Clément, les Stromates, mot grec qui signifie « tapisseries » : il s'agit, en effet, d'une composition non systématique de thèmes divers, fruit direct de l'enseignement habituel de Clément.

(à suivre...)