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mardi 26 février 2019

L’amour de l’Église et du pape (5)

L’amour de l’Église et du pape (5)

Au moment de la béatification d’Alvaro del Portillo, l’on a souligné son amour de l’Église dans la continuité de l’enseignement et du comportement de saint Josémaria. Le Bulletin d’Information édité à cette occasion comportait un éditorial soulignant cet aspect de sa vie et de son service, discret mais ô combien efficace, de l’Église. Dans son message pour cette béatification, le pape François écrivait en ce sens, et sa réflexion prend évidemment un poids particulier : « Son amour pour l’Église, épouse du Christ, était remarquable : il l’a servie avec un cœur dépouillé d’intérêts mondains, loin de toute discorde, accueillant envers tous et recherchant toujours ce qu’il y a de positif chez les autres, ce qui unit, ce qui construit. Jamais une plainte ou une critique, pas même dans les moments les plus difficiles, mais au contraire, selon l’exemple de saint Josémaria, il répondait toujours par la prière, le pardon, la compréhension et la charité sincère. »(lire la suite)
La vocation du prophète Isaïe, par laquelle nous avons débuté ces réflexions, nous a conduits à penser au temple où nous sommes appelés à servir Dieu, à l’Église, corps mystique du Christ que nous formons à nous tous.
Nous avons dit que le salut se trouve dans l’Église du Christ. En laquelle nous voyons notre mère, qui pourvoit à nos besoins spirituels, entre autres, grâce à sa fonction magistérielle. Rappelons-nous la finale du livre de l’Apocalypse, qui peut nous plonger dans une certaine perplexité. Je la cite : « Devant tout homme qui écoute les paroles de ce livre de prophétie, je l’atteste : si quelqu’un y fait des surcharges, Dieu le chargera des fléaux qui sont décrits dans ce livre ; et si quelqu’un enlève des paroles à ce livre de prophétie, Dieu lui enlèvera sa part : il n’aura plus accès à l’arbre de vie ni à la Ville sainte, qui sont décrits dans ce livre » (Ap 21, 18-19). Qu’on se le tienne pour dit !
Nous nous sommes enfin tournés vers la figure du pape, la figure « auguste » aurait-on dit à d’autres époques. Nous l’aimons. Nous prions pour lui. Nous avons sans doute remarqué que dans toutes ses interventions, écrites ou orales, le pape François implore des prières. Ne faisons pas la sourde oreille.
La Vierge Marie est Turris civitatis, la Tour de David qui garde la cité. Les puissances de l’enfer ne prévaudront pas contre elle, affirmait le Seigneur à Simon-Pierre au moment où il lui conférait la primauté sur les autres apôtres et le pouvoir de lier et de délier. Les puissances infernales se sont déjà bien souvent cassé les dents au cours de leurs attaques contre l’Église et le pape, des attaques qui ne peuvent qu’échouer. La Turris civitatis veille sans relâche. Elle qui est aussi Mater Ecclesiae. Elle qui est notre Mère, et donc tout spécialement la Mère de celui qui agit sur terre au nom de son Fils, qui gouverne l’Église à sa place, avec son pouvoir.
Ô Marie, renforcez continuellement notre amour de l’Église et du pape. Aidez-nous à le communiquer autour de nous, à avoir la force d’âme nécessaire pour rectifier les erreurs ou les critiques stériles que nous entendons. Faites de nous de bons enfants de l’Église et du Pontife romain, « heureusement régnant », selon la formule consacrée.

(fin)

vendredi 2 janvier 2015

Maternité de Marie (2)

Maternité de Marie (2)

Or, voici que Jésus se disposait à guérir un malade qui, non sans mal, avait réussi à venir à sa rencontre. Mais il se trouve que c’était un jour de sabbat… Et aussitôt les gens de bien s’empressent de le critiquer. Toutes les contraintes que leurs pères ont ajoutées à la Loi et qui la déforment, la raidissent, la durcissent, contraintes auxquelles ils souscrivent, interdisent de venir en aide au prochain le jour du sabbat, mais pas de tirer sa brebis du puits dans lequel il est tombé : « Lequel d’entre vous, s’il n’a qu’une brebis et qu’elle tombe dans un trou le jour du sabbat, ne la saisira pour l’en retirer ? » (Matthieu 12, 11). Cette situation de formalisme rigide (lire la suite) et impitoyable se reproduit au long des siècles. L’on raconte que le bienheureux Álvaro del Portillo allant, avec d’autres jeunes, faire de la catéchèse dans des quartiers périphériques du Madrid des années trente du siècle dernier, et venir en aide aux habitants pauvres des bidonvilles qui s’y trouvaient, rencontra une famille de quatre enfants dont les parents avaient été mis en prison. Ces enfants, le plus jeune avait à peine un an, étaient du coup livrés à eux-mêmes et n’avaient pas de quoi manger. De plus ils grelottaient de froid. L’un des protagonistes raconte : « Vu la situation, nous les emmenâmes au commissariat, à la section de protection des mineurs. Mais l’on nous répondit que c’était dimanche, qu’elle était fermée et de revenir le lundi. Nous sommes revenus au bidonville avec les enfants, et nous avons donné de l’argent à un voisin pour qu’il leur donne à manger jusqu’au lendemain, et le lundi nous les avons conduits de nouveau au commissariat. Le commissaire nous répondit qu’il ne voulait pas prendre les enfants en charge, car ce n’était pas son problème. Nous n’étions pas disposés à abandonner ces enfants, souffrant de la faim et du froid, dans le bidonville. Aussi lui nous lui répondîmes : « Écoutez, monsieur le Commissaire, si vous ne résolvez pas la situation, nous laissons les enfants ici et nous partons. » Entendant cela, il réfléchit et nous donna un billet pour les faire entrer dans l’asile Santa Cristina, situé dans la Cité Universitaire. » La situation est pratiquement la même. C’est bien de l’hypocrisie insupportable. Nous comprenons que dans ces conditions le Seigneur ait promené un regard courroucé, de sainte colère, sur l’assistance qui, par principe, ne pensait qu’à mal. C’est pourquoi, en demandant à Notre Dame « Monstra te esse Matrem » (hymne Ave maris Stella), « agissez comme notre Mère que vous êtes », nous n’attendons pas d’elle qu’elle ne nous fasse des câlins ou des risettes, et pas davantage qu’elle nous prenne toujours dans le sens du poil, mais qu’elle manifeste aussi son affection sincère en nous gourmandant quand il le faut, en nous secouant pour que nous arrêtions de faire l’andouille, pour employer un terme poli… (à suivre…)

samedi 27 décembre 2014

La Sainte Famille (4)

La Sainte Famille (4)

Puisque je suis membre de la Sainte Famille, ce n’est pas par pour rien. Cela doit imprimer sa marque à mon existence, avoir des conséquences visibles et opératives. Et celle-là est principale et essentielle. Celle qui conditionne tout le reste et imprime une orientation décisive à toute notre vie, pour toute la vie : se donner à Dieu. Ou bien nous nous donnons à Dieu, et nous menons une vie naturelle et surnaturelle, ou bien nous refusons de le faire et nous nous gardons égoïstement pour nous-mêmes, et nous végétons en attendant de devoir être rejetés in fine par le Seigneur : « Vous vous prendrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu sous tes yeux, et tu as enseigné dans nos rues.’ Mais il dira : ‘Je vous dis que je ne sais d’où vous êtes. Écartez-vous de moi, vous tous, fauteurs d’iniquité » (Luc 13, 26-27). « Serviteur mauvais et paresseux ! […] Il te fallait mettre mon argent chez les banquiers et, à mon retour, j’aurais récupéré mon bien avec un intérêt » (Matthieu 25, 26-27). J’étais en droit de l’attendre. Tout homme un tantinet responsable, qui sort de lui-même et s’arrête à réfléchir deux secondes, aurait eu ce réflexe sensé. (lire la suite) Le foyer de Nazareth est la forge dans laquelle on apprend à ne pas vivre chacun pour soi, mais pour les autres par amour de Dieu. Marie et, avec elle, la Sainte Famille, « font entrer de plein pied la vie courante de travail, de prière, de service dans la grande épopée de la Rédemption. Toute l’activité de chaque jour, y compris ce qui semble petit, voire insignifiant, est assumé par Dieu, qui lui attribue une place de choix dans le plan divin du Salut et de la sanctification (bx Alvaro del Portillo, Lettre du 2 février 1979, n° 8, citée par D. Le Tourneau, « La piété mariale chez Álvaro del Portillo », Vir fidelis multum laudabitur. Nel centenario della nascita di Mons. Álvaro del Portillo, a cura di P. Gefaell, Rome, Pontificia Università della Santa Croce, vol. 2, 2014, p. ). Et, dans ce « paquet » du don de soi, se trouve incluse ma volonté propre, mon moi. Contemplant Jésus qui « était soumis » à Marie et à Joseph (Luc 2, 51), c’est-à-dire qui leur obéissait, j’apprends à obéir à mon tour à la Volonté de Dieu, qui est plus sainte que toute autre. Qui s’impose naturellement et surnaturellement à moi. Comment Jésus se comporte-t-il ? Il se soumet aux lois naturelles, en venant au monde comme n’importe quelle autre créature humaine, alors qu’il est Dieu immense et infini ; et il vit dans une famille identique à bien des familles de l’Israël de son temps. Il observe les lois positives : c’est à la suite de la promulgation d’un édit de César Auguste ordonnant un « recensement de tout l’univers » (Luc 2, 1) qu’il naît à Bethléem, accomplissant ainsi la prophétie selon laquelle « et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement la moindre parmi les villes principales de Juda. C’est de toi, en effet, que sortira le chef qui mènera paître Israël, son peuple » (Matthieu 2, 6) ; au huitième jour de sa naissance, il est présenté au Temple et ses parents offrent pour le rachat de leur premier-né – lui qui est venu nous racheter de nos péchés ! ce qui est un comble quand on y pense ; mais ils ne veulent se singulariser en rien – selon ce que la Loi prévoit pour des gens de condition modeste, deux colombes ou une paire de tourterelles (Luc 2, 24) (à suivre…)

mercredi 12 novembre 2014

Unité de vie (2)

Unité de vie (2)

Nous connaissons cette autre interrogation, que nous lisons dans un point de Chemin : « As-tu pris la peine de penser à quel point il est absurde de dépouiller sa qualité de catholique, en entrant à l’université ou dans un groupement professionnel, à l’académie ou au parlement, comme on laisse un pardessus au vestiaire ? » (n° 353). N’est-ce pas ce qu’il nous arrive parfois de faire ? Nous n’osons pas affirmer franchement notre foi, nos convictions, dans notre milieu professionnel ou lors d’une invitation chez des amis, de peur de choquer, d’être mal compris, disons-nous, alors qu’en réalité c’est surtout pour nous éviter des complications. Or, saint Josémaria nous dit également ceci : « ‘Ma vie se heurtant à un milieu paganisé ou païen, mon naturel ne va-t-il pas sembler factice ?’ me demandes-tu. — Je te réponds : il y aura choc, sans doute, entre ta vie et ce milieu ; et ce contraste, où ta foi se confirmera par les œuvres, est précisément le naturel que je te demande (Chemin, n° 380). (lire la suite) Si nous ne parlons pas de Dieu, ne serait-ce que par l’exemple – mais l’exemple ne suffit pas à lui seul – qui d’autre le fera ? Seigneur, fais-moi comprendre que je ne suis pas là où je me trouve par hasard. C’est toi qui m’y a envoyé : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, pour que vous alliez et que vous portiez du fruit, que votre fruit demeure » (Jean 15, 16). Pour que je porte du fruit. Tu comptes donc sur moi, Seigneur, pour que ton Église s’enracine davantage dans mon milieu professionnel, social, familial ; pour que la vérité gagne du terrain. Et moi, à quoi est-ce que je pense habituellement ? Il ne s’agit certes pas de changer d’activité ou de lieu. Non. Chacun de nous doit rester à cette place où Dieu l’a mis : « Que chacun demeure dans l’état même où l’appel divin l’a trouvé » (1 Corinthiens 7, 20). Il doit continuer d’y faire ce qu’il fait, mais en y mettant plus souvent une intention surnaturelle, en l’offrant à Dieu pour des intentions concrètes. Parmi celles-ci figurent tel collègue qui ne veut apparemment rien savoir de la religion, qui élude toute conversation sérieuse, qui ne se livre pas, mais… Et tel autre collègue qui mène une vie dissolue, mais… Et un troisième qui… De la sorte, notre travail professionnel et toutes nos activités se transforment en prière et en apostolat. C’est cela l’unité de vie. Tel a été l’enseignement constant de saint Josémaria, conduit très tôt sur cette voie par le Saint-Esprit, enseignement relayé par le bienheureux Álvaro. Écoutons le fondateur de l’Opus Dei : « Notre vie consiste à travailler et à prier, et inversement, à prier et à travailler. Car le moment arrive où l’on ne sait plus distinguer ces deux concepts, des deux mots, contemplation et action, qui finissent par signifier la même chose dans l’esprit et dans la conscience. » (à suivre…)

jeudi 16 octobre 2014

Fidèles et laïcs dans l'Eglise

Fidèles et laïcs dans l'Eglise

Alvaro Del Portillo, Fidèles et laïcs dans l’Eglise. Fondements de leurs statuts juridiques respectifs, Montréal, Wilson & Lafleur, coll. Gratianus, 2e éd. française, traduction de l’original et des mises à jour par D. Le Tourneau
Distributeur en Europe : editions@lelaurier.fr

A l'occasion de la béatification d'Alvaro del Portillo, le 27 septembre dernier, en l'année du centenaire de sa naissance, je rappelle cet ouvrage très important pour bien comprendre, entre autres, la place des laïcs dans l'Église. L’origine de cet ouvrage est un long votum, ou rapport, présenté par l’auteur au groupe de consulteurs de la commission pontificale pour la révision du code de droit canonique, chargé d’examiner le projet de texte des canons sur les droits et les devoirs des fidèles laïcs dans l’Église. (lire la suite) Alvaro del Portillo abordait avec décision une problématique qui a été très présente dans les travaux du concile Vatican II: l’identité théologique et canonique de deux concepts, celui de fidèle et celui de laïc, d’ordinaire utilisés indifféremment dans le langage ecclésiastique, mais ontologiquement différents. Ce votum a exercé une influence déterminante sur la préparation du projet de la nouvelle législation ecclésiastique.
Del Portillo se demandait : « Existe-t-il une vocation et une condition juridique spécifiques au laïc venant s’ajouter à sa vocation et à sa condition juridique générale de fidèle, de baptisé ? » Il donnait une réponse résolument positive. La vocation du laïc est certainement la vocation du fidèle du Christ, du christifidelis, avec l’appel baptismal à la sainteté et à l’apostolat, mais vécue au beau milieu des structures et des circonstances ordinaires de la vie séculière.
[…] Del Portillo tint particulièrement compte de l’ecclésiologie de Vatican II, notamment de la constitution Lumen gentium, qui voyait dans la « sécularité […] une composante théologique spécifique de l’identité du laïc chrétien : « La nature séculière est un domaine propre aux laïcs et qui les caractérise. […] De par leur vocation propre, il revient aux laïcs de chercher le royaume de Dieu en administrant les choses temporelles et en les ordonnant selon Dieu » (n° 31/b). L’auteur affirmait certainement que les laïcs chrétiens en pleine communion ecclésiastique possédaient tous les droits et les devoirs qui leur revenaient en tant que « fidèles », mais il ajoutait qu’il était nécessaire de formuler aussi et séparément certains droits et devoirs spécifiques qui leur revenaient en tant que « fidèles laïcs ». Il n’est donc pas étonnant que ce long et riche votum ait exercé une influence sur la formulation définitive des canons sur les fidèles et sur les laïcs, aussi bien dans le Code de droit canonique promulgué en 1983, qu’indirectement sur le Code des canons des Églises orientales promulguée en 1990.

Extrait de la préface du card. J. Herranz, président émérite du Conseil pontifical des textes législatifs

dimanche 21 septembre 2014

Béatification d'Alvaro del Portillo, le 27 septembre

Béatification d'Alvaro del Portillo, le 27 septembre

Dans cinq jours aura lieu la béatification de Mgr del Portillo. La cérémonie se déroulera à Madrid, ville dans laquelle il est né il y a exactement cent ans. Vous trouverez différents documents sur le site de l'Opus Dei en France.

vendredi 19 septembre 2014

27 septembre : béatification d'Alvaro del Portillo

Les moyens de communication sociale se sont déjà largement fait l'écho de la béatification de Mgr Alvaro del Portillo, premier successeur de saint Josémaria et premier évêque-prélat de l'Opus Dei. La cérémonie aura lieu samedi 27 septembre, à Madrid, où le futur bienheureux est né il y a cent ans cette année. Mgr le Gall, archevêque de Toulouse, accompagne les pèlerins français et explique le sens de sa démarche. L'on peut voir sur le site de l'Opus Dei en France les déclarations des cardinaux Poupard et Tauran. Quand au cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris, il célèbrera une messe d'action de grâces le lundi 29 septembre, à Paris, à 18h45, en l'église Saint-François-Xavier.

samedi 14 décembre 2013

Marie et la connaissance de Jésus (2)

Marie et la connaissance de Jésus (2)

J'ai fait l'expérience de ce que, après le rappel à Dieu, le 26 juin 1975, de Josémaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei, son successeur, Alvaro del Portillo, retenu comme bienheureux par le pape François, a commencé à raconter bien des anecdotes relatives à la vie de saint Josémaria. Pourquoi Marie n'en aurait-elle pas fait autant ? Si, comme le pape Paul VI l'a dit à Mgr del Portillo, le fondateur ne vous appartient plus, mais il est le patrimoine de toute l'Église, à combien plus forte raison s'agissant de notre Seigneur, venu donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Matthieu 20, 28) et voulant que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (cf. 1 Timothée 2, 4). Ce Dieu qui nous donne grâce (lire la suite) après grâce (cf. Jean 1, 16) et qui nous comble de plus en plus de ses bienfaits au fur et à mesure que le temps passe. « Dieu offre toujours des cadeaux à ceux qui font partie de sa maisonnée. Plus leur amour de Dieu grandit, plus les cadeaux qu'ils reçoivent sont beaux (...). Dieu est absolument parfait (...), alors que l'homme avance petit à petit [...]. Et Dieu ne se lasse jamais de l'enrichir de ses biens, tant que l'homme ne se lasse pas de recevoir les bienfaits de Dieu » (saint Irénée, Adversus hæreses 4, 9, 2 et 4, 7, 11). Ce rôle explicatif et illustratif de Marie est donc on ne peut plus logique et bien compréhensible. Il est même attendu, dirais-je. « Demandons à la Mère de Dieu, notre Mère, de nous préparer le chemin qui conduit au plein amour : Cor Mariæ dulcissimum, iter para tutum ! Son doux cœur connaît le chemin le plus sûr pour rencontrer le Christ » (saint Josémaria, , n° 38). Afin de nous remplir de la Parole de Dieu, pour qu'elle devienne notre nourriture quotidienne, le moteur de notre existence, la référence de nos raisonnements, la source de notre reconnaissance envers Dieu pour tous ses bienfaits. Oui, apprenons de Marie à louer Dieu en chantant et en composant notre propre Magnificat. Le Magnificat est un merveilleux chant d'action de grâce en même temps que d'adhésion à la Volonté de Dieu. Il manifeste l'intérieur de Marie, ce qu'elle porte en elle, ses sentiments les plus profonds. Elle l'entonne sans doute sous l'inspiration de l'Esprit Saint, puisque sans lui nous ne sommes même pas capables d'articuler ce mot essentiel d'Abba ! Papa (cf. Romains 8, 15). En même temps, nous ne pouvons pas ne pas remarquer que cette hymne est un condensé de textes de l'Ancien Testament parfaitement bien enchaînés. Or, les fidèles ne disposaient pas à l'époque de rouleaux de la Bible chez eux. Et Marie n'a pas fréquenté l'école rabbinique. Ce n'était pas une affaire de femmes. D'ailleurs, il n'y avait probablement pas d'école rabbinique à Nazareth, vue la faible population de la ville, et Jésus ne l'a donc pas davantage fréquentée, d'où l'étonnement et la stupéfaction des Docteurs de la loi en écoutant ses questions et al sagesse de ses raisonnements (cf. Luc 2, 47). Pour que la Saint Vierge manie l'Écriture avec tant de spontanéité et prononce des paroles si profondes et prophétiques à la fois, il faut comprendre que, chez elle, ses parents, saint Joachim le premier, car c'était son rôle, répétaient souvent des passages des Saintes Écritures, au point que Marie en était toute imprégnée et qu'elles nourrissaient régulièrement sa prière personnelle. Le Magnificat est donc un aboutissement. Il est le fruit d'une maturation progressive de la Parole du Dieu Tout-Puissant. « Nous voudrions voir le Seigneur. » Telle est l'inspiration de bien des gens. Une aspiration confuse la plupart du temps, non formulée explicitement, car le Christ n'est pas encore passé dans leur vie. Et c'est toi, c'est moi, qui doit le leur rendre présent, les amener à notre Seigneur pour qu'il leur ouvre les yeux, qui délie leur langue, qu'il raffermisse leurs membres paralysées et guérisse leur surdité, afin qu'ils perçoivent enfin la Parole qui délivre et qui réchauffe les cœurs. (à suivre…)

mercredi 20 novembre 2013

Aimer plus que saint Jean (5)

Aimer plus que saint Jean (5)

Le point de départ consiste à fermer les yeux de la chair, pour contempler la vie du Christ. c’est de ne pas regarder les événements de l’extérieur, de ne pas assister à un simple spectacle, mais de les contempler de l’intérieur, d’en devenir un acteur. Bien des gens, lorsqu’ils assistent à la projection d’un film, s’identifient à l’un ou l’autre personnage, ou se prennent tellement au jeu qu’ils en deviennent très réactifs. Je me souviens d’une pièce de théâtre, Le Procès à Jésus, dont le metteur en en scène avait prévu de placer des acteurs parmi le public, suscitant de la sorte des réactions de spectateurs. C’est bien de cela dont il s’agit. Le point de départ consiste donc à vivre ce que nous voyons. (lire la suite) « En ouvrant le Saint Evangile, songe que ce qui y est rapporté — les œuvres et les paroles du Christ —, tu ne dois pas seulement le savoir, mais le vivre. Tout, chacun des points relatés a été recueilli dans le moindre détail, pour que tu l'incarnes dans les circonstances concrètes de ton existence. — Le Seigneur nous a appelés, nous autres catholiques, pour que nous Le suivions de près et, dans ce Texte Saint, tu découvriras la Vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir ta propre vie. Toi aussi, tu apprendras à demander, plein d'Amour comme l'Apôtre : "Seigneur, que veux-tu que je fasse :..." — La volonté de Dieu ! c'est ce que tu entends de façon très nette au fond de ton âme. Eh bien ! prends l'Évangile tous les jours, et lis-le, vis-le comme une norme à suivre. — C'est ainsi qu'ont procédé les saints » (Forge, n° 754). Une volonté qu’il n’est pas si ardu d’accomplir, car, comme saint Augustin le fait remarquer, « rien ne coûte quand on aime, rien n’est difficile au cœur épris » (Lettre IX, à Eustochium, sur la virginité). Demandons à saint Josémaria – et à don Álvaro qui a su, grâce à Dieu, être tellement identifié à notre Père et à l’esprit qu’il avait reçu de Dieu – demandons-leur de nous apprendre à rechercher l’amour de Dieu, à désirer intensément nous éprendre à fond de lui, sans solution de continuité, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, où que nous soyons, quoi que nous fassions, et à manifester aussi cet amour dans les petites choses de la journée, dans notre travail, sur nos trajets quotidiens, à la maison, que nous nous trouvions en forme ou que nous soyons fatigués, en tout et à tout bout de champ. Aimer, aimer encore et seulement aimer. (fin)

samedi 2 novembre 2013

Connaissance de Jésus (1)

Connaissance de Jésus (1)

Avant même que l'Esprit Saint ne s'empare d'eux et ne les enivre d'Amour, leur remettant en mémoire tout ce que Jésus-Christ leur avait dit (cf. Jean 14, 26), Marie, qui est l'Épouse de l'Esprit Saint, a pris comme les devants. Elle prépare cette intervention et cette action du Paraclet en découvrant plus à fond la très Sainte Humanité de Jésus indissolublement unie à sa divinité. Avec elle nous croyons en l'humanité et en la divinité de Jésus. Avec elle nous sommes prêts à suivre son Fils partout où il nous conduira et, s'il le faut, à donner notre vie pour défendre la vérité. « Personne n'a cru en Socrate au point de mourir pour sa doctrine, mais les artisans et les ignorants, non seulement ont méprisé l'opinion du monde, mais ils n'ont pas craint de mourir pour le Christ » (saint Justin, 2e Apologie 10). J'ai fait l'expérience de ce que, après le rappel à Dieu, le 26 juin 1975, de Josémaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei, (lire la suite) son successeur, Alvaro del Portillo, retenu comme bienheureux par le pape François, a commencé à raconter bien des anecdotes relatives à la vie de saint Josémaria. Pourquoi Marie n'en aurait-elle pas fait autant ? Si, comme le pape Paul VI l'a dit à Mgr del Portillo, le fondateur ne vous appartient plus, mais il est le patrimoine de toute l'Église, à combien plus forte raison s'agissant de notre Seigneur venu donner sa vie en rançon pour la multitude (cf. Matthieu 20, 28) et voulant que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (cf. 1 Timothée 2, 4). Ce Dieu qui nous donne grâce après grâce (cf. Jean 1, 16) et qui nous comble de plus en plus de ses bienfaits au fur et à mesure que le temps passe. « Dieu offre toujours des cadeaux à ceux qui font partie de sa maisonnée. Plus leur amour de Dieu grandit, plus les cadeaux qu'ils reçoivent sont beaux [...]. Dieu est absolument parfait [...], alors que l'homme avance petit à petit [...]. Et Dieu ne se lasse jamais de l'enrichir de ses biens, tant que l'homme ne se lasse pas de recevoir les bienfaits de Dieu » (saint Irénée, Adversus hæreses 4, 9, 2 et 4, 7, 11). ce rôle explicatif et illustratif de Marie est donc on ne peut plus logique et bien compréhensible. Il est même attendu, dirais-je. « Demandons à la Mère de Dieu, notre Mère, de nous préparer le chemin qui conduit au plein amour : Cor Mariæ dulcissimum, iter para tutum ! Son doux cœur connaît le chemin le plus sûr pour rencontrer le Christ » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 38). Afin de nous remplir de la Parole de Dieu, pour qu'elle devienne notre nourriture quotidienne, le moteur de notre existence, la référence de nos raisonnements, la source de notre reconnaissance envers Dieu pour tous ses bienfaits. Oui, apprenons de Marie à louer Dieu en chantant et en composant notre propre Magnificat. (à suivre…)

vendredi 13 avril 2012

Découragement


Découragement

Nous pouvons nous décourager parce que nous avons parfois l’impression de tourner en rond ou, ce qui est pire, de régresser, de revenir plus ou moins en arrière, et donc de devoir regagner des positions que l’on pensait acquises une bonne fois pour toutes. Cela montre tout simplement que ce n’est pas le cas et que nul ne peut se reposer sur ses lauriers. Car qui cesse de lutter régresse immanquablement.
Mais en dehors de cette réalité, l’impression peut prévaloir, malgré une lutte ascétique réelle, que les efforts fournis ne sont pas couronnés de succès et que l’on se bat en quelque sorte contre des moulins à vent. C’est vain et épuisant !
C’est un sentiment purement subjectif, qu’il faut savoir dépasser avec humilité. C’est-à-dire qu’il est nécessaire de nous accepter tels que nous sommes et de comprendre que les progrès de la vie intérieure ne se produisent pas à coups de volontarisme, (lire la suite) mais par l’amour de Dieu que nous mettons dans tout ce que nous entreprenons. Et que ces avancées ne peuvent pas être purement linéaires.
Se décourager ne mène nulle part. ou, plus exactement, c’est une manifestation d’orgueil blessé. La grande tentation du diable consiste à nous faire désespérer de notre salut et à nous faire douter de la bonté et de la miséricorde de notre Dieu qui est un Dieu d’Amour (1 Jean 4, 16). Nous voyons bien ce que cela a produit chez Adam et Eve, ou bien plus encore chez Judas l’Iscariote.
Il est bien préférable de suivre le conseil du Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo pour le moment où cette tentation de lassitude et de découragement surviendrait, nous menacerait dans notre fidélité à la Volonté de Dieu. Il nous suggérait de remercier alors Dieu de nous avoir « choisis en lui dès avant la création du monde », c’est-à-dire de toute éternité » (Éphésiens 1,4).
Si nous savons rendre grâce à Dieu – et il est bon, il serait même normal de le faire pour tout, absolument tout, car « tout est grâce », comme ma grand-mère aimait le répéter, dans sa vision chrétienne de la vie -, si nous rendons grâce à Dieu, nous ne nous fatiguerons pas d’aimer et de nous sacrifier par amour. Car c’est bien à cela, en définitive, que se ramène toute notre vie. Et donc l’effort de chaque instant pour « faire ce qui plaît à Dieu » (Tobie 4, 10 ; Jean 8, 29), même si nous parvenons pas à chaque instant autant ou aussi bien que nous le voudrions.

jeudi 20 octobre 2011

La prière (1)


La prière (1)

« Un jour, alors qu’il était en prière quelque part, un de ses disciples lui dit, quand il eut fini : « Seigneur, apprends-nous à prier, tout comme Jean l’a appris à ses disciples » (Luc 11, 1). L’exemple de Jésus abîmé en prière est en soi déjà une incitation à s’adresser à Dieu. Mieux encore, elle met spontanément en présence de Dieu, elle branche directement sur Dieu. Je puis en témoigner, car j’ai vécu avec des saints, reconnus comme tels par l’Eglise ou en voie de l’être : saint Josémaria, fondateur de l’Opus Dei, et le Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo, son plus proche collaborateur pendant quarante ans et son premier successeur à la tête de la prélature de l’Opus Dei. Un moment de réunion avec saint Josémaria (lire la suite) – je ne parle pas d’une participation à une prière spécifique ou à un acte de culte -, un simple moment de réunion, de vie de famille, se transformait dans notre cœur en quelque chose qui faisait naître en nous, ses enfants, des élans d’amour, d’union à Dieu. Il est symptomatique à cet égard qu’à la fin de ces réunions, nombre d’entre nous se rendaient spontanément à la chapelle pour poursuivre le dialogue amorcé avec notre Dieu.
Remarquons que Jésus est en prière « quelque part » au moment où cette demande est formulée. Le lieu n’est pas précisé. Mais le cadre de cette prière du Seigneur est probablement la nature, à l’issue d’un repas et d’un moment de conversation avec ses disciples, avant de reprendre l’activité d’évangélisation de le journée. Jésus prie là où il est, nous signifiant par là que nous pouvons aussi prier partout, « quelque part », quel que soit cet endroit. Même si l’église est un lieu privilégié pour la rencontre avec le Seigneur, car il est réellement présent dans le tabernacle, néanmoins nous pouvons – et nous devons parfois – prier ailleurs, là où la vie nous amène. Tout endroit est bon pour s’adresser à Dieu en faisant taire les sollicitations du monde, en nous abstrayant de la rumeur mondaine. La rue, l’atelier, le bureau, la chambre, la montagne, etc., sont autant de scènes sur lesquelles nous pouvons engager notre dialogue amoureux et contemplatif avec Dieu. Ce sont des occasions à ne pas manquer, des rendez-vous que nous prenons avec notre Dieu qui est présent partout et qui attend de nous que nous surnaturalisions toutes les réalités humaines, qu’elles soient toutes un lieu de prière, comme un sanctuaire de son amour.

(à suivre…)

mardi 22 mars 2011

Saint Joseph et Marie (9)


Saint Joseph et Marie (9)

Marie et Joseph agissent de la sorte à partir de ce qu’ils sont et de leurs ressources humaines et spirituelles. Mais la sainteté de l’un comme de l’autre est tangible. J’ai vécu auprès de saint Josémaria, fondateur de l’Opus Dei, et de celui qui a été son premier successeur, le Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo. Je peux témoigner que tous deux respiraient la sainteté, mais avaient leur propre personnalité, bien affirmée, très différente l’une de l’autre.
Les différences de caractère ne sont pas un problème quand la personne tout entière est mise au service de Dieu. Elles ne font nullement obstacle à l’harmonie que j’évoquais à l’instant. Saint Josémaria et le Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo étaient tellement unis et identifiés à la tâche de faire l’Opus Dei, tellement (lire la suite) plongés en Dieu aussi, qu’après avoir prié et réfléchi, ils aboutissaient souvent à la même solution d’un problème ou que, se téléphonant pour se souhaiter une bonne nuit avant d’éteindre la lumière, ils trouvaient parfois la ligne occupée parce qu’ils avaient décroché le combiné à la même fraction de seconde…
Que dire alors de l’union de pensée et de sentiment régnant entre Marie et Joseph ? Ce devait être quelque chose d’extrêmement profond et de tous les instants, vécu avec le plus grand naturel, parce que ce naturel surnaturel était la conséquence, en quelque sorte, inéluctable, de leur sainteté d’excellence.
Ils n’avaient pas besoin de beaucoup de paroles pour s’exprimer, car la pureté de leur vie faisait que chacun lisait dans le cœur de l’autre – des autres, en général : je l’ai constaté également avec saint Josémaria et avec le bienheureux Jean-Paul II. Et chaque parole, chaque geste de l’autre était en soi un encouragement à aimer Dieu encore plus, à se donner à lui plus à fond, à le suivre avec plus de résolution.

(fin)

samedi 2 mai 2009

Le regard de Joseph sur Marie (2)

Le regard de Joseph sur Marie (2)

Marie, elle, est la toute-sainte. peut la saluer avec les termes affectueux et admiratifs de l'Écriture : « Ton cou est comme la tour de JosephDavid, bâtie en forteresse » (Cantique des cantiques 4, 4). En vérité, « comme le lis au milieu des chardons, telle est mon amie parmi les jeunes femmes ». Et elle de répondre, « comme un pommier au milieu des arbres de la forêt, tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes », et moi « je suis le narcisse au milieu des chardons, le lis des vallées » (Cantique des cantiques 2, 2-3.1). (lire la suite)
Joseph appartient à Marie et elle à lui. Leur union le propulse dans un courant très fort qui s'écoule avec l'impétuosité de l'Amour. Quel bien immense lui cause la simple présence de l'amie si naturelle et si fidèle, si douce et attentionnée ! Comme il est bon de se retrouver, « car elle est le resplendissement de la sagesse éternelle, le miroir sans tache des opérations de Dieu et l'image de sa bonté » (Sagesse 7, 26).
Le regard de saine convoitise porte au-delà de la chair. Ce sont des replis cachés du cœur qu'il affouille et dont il se nourrit. Joseph ne s'habitue pas à la société de Marie. J'ai pu constater quelque chose de semblable aussi chez monseigneur del Portillo, le plus proche collaborateur de saint Josémaria, puis son premier successeur à la tête de l'Opus Dei. Bien que partageant continuellement son existence quotidienne et travaillant de concert avec lui, il était insatiable de le voir et de l'écouter. Plus, plus ! Il en voulait toujours plus, conscient d'avoir affaire à un très grand saint.
Et Joseph alors ! Sa soif de Marie était intarissable, car c'était une soif de Dieu. Et il ignorait que Marie la comblerait au-delà de toute espérance prévisible en mettant au monde le propre Fils de Dieu !
« C'est un jardin fermé que ma sœur fiancée, une source fermée, un jardin bien clos » (Cantique des cantiques 4, 12).

(à suivre...)

samedi 16 août 2008

Le procès de béatification d'Alvaro del Portillo


Une phase du procès de béatification du premier successeur de saint Josémaria, fondateur de l'Opus Dei, vient de se terminer tant devant le tribunal du diocèse de Rome que devant le tribunal de la prélature de l'Opus Dei.

Voici les informations fournies par le site de la prélature en France.

mardi 19 février 2008

19 février : saint Alvaro

19 février : saint Alvaro

Aujourd'hui, fête du saint patron de mgr Alvaro del Portillo, je me souviens de son interrogation après son élection comme premier successeur de saint Josémaria à la tête de l'Opus Dei : comment vais-je faire pour aimer autant 60 000 enfants ? La réponse était que Dieu lui avait agrandi le cœur, et qu'il y avait encore de la place pour beaucoup d'autres enfants spirituels. C'est ce à quoi je pensais en relisant un point de l'encyclique de Benoît XVI sur l'espérance, où il parle précisément d'élargissement du cœur en se référant à saint Augustin :
« De façon très belle, Augustin a illustré la relation profonde (lire la suite) entre prière et espérance dans une homélie sur la Première lettre de Jean. Il définit la prière comme un exercice du désir. L'homme a été créé pour une grande réalité – pour Dieu lui-même, pour être rempli de Lui. Mais son cœur est trop étroit pour la grande réalité qui lui est assignée. Il doit être élargi. « C'est ainsi que Dieu, en faisant attendre, élargit le désir ; en faisant désirer, il élargit l'âme ; en l'élargissant, il augmente sa capacité de recevoir ». Augustin renvoie à saint Paul qui dit lui-même qu'il vit tendu vers les choses qui doivent venir (cf. Philippiens 3, 13). Puis il utilise une très belle image pour décrire ce processus d'élargissement et de préparation du cœur humain. « Suppose que Dieu veut te remplir de miel [symbole de la tendresse de Dieu et de sa bonté] : si tu es rempli de vinaigre, où mettras-tu ce miel ? » Le vase, c'est-à-dire le cœur, doit d'abord être élargi et ensuite nettoyé : libéré du vinaigre et de sa saveur. Cela requiert de l'effort, coûte de la souffrance, mais c'est seulement ainsi que se réalise l'adaptation à ce à quoi nous sommes destinés (Cf. In 1 Joannis 4, 6). Même si Augustin ne parle directement que de la réceptivité pour Dieu, il semble toutefois clair que dans cet effort, par lequel il se libère du vinaigre et de la saveur du vinaigre, l'homme ne devient pas libre seulement pour Dieu, mais il s'ouvre aussi aux autres. En effet, c'est uniquement en devenant fils de Dieu, que nous pouvons être avec notre Père commun. Prier ne signifie pas sortir de l'histoire et se retirer dans l'espace privé de son propre bonheur. La façon juste de prier est un processus de purification intérieure qui nous rend capables de Dieu et de la sorte capables aussi des hommes. Dans la prière, l'homme doit apprendre ce qu'il peut vraiment demander à Dieu – ce qui est aussi digne de Dieu. Il doit apprendre qu'on ne peut pas prier contre autrui. Il doit apprendre qu'on ne peut pas demander des choses superficielles et commodes que l'on désire dans l'instant – la fausse petite espérance qui le conduit loin de Dieu. Il doit purifier ses désirs et ses espérances. Il doit se libérer des mensonges secrets par lesquels il se trompe lui-même: Dieu les scrute, et la confrontation avec Dieu oblige l'homme à les reconnaître lui aussi. « Qui peut discerner ses erreurs ? Purifie-moi de celles qui m'échappent », prie le Psalmiste (18 [19], 13). La non-reconnaissance de la faute, l'illusion d'innocence ne me justifient pas et ne me sauvent pas, parce que l'engourdissement de la conscience, l'incapacité de reconnaître le mal comme tel en moi, telle est ma faute. S'il n'y a pas de Dieu, je dois peut-être me réfugier dans de tels mensonges, parce qu'il n'y a personne qui puisse me pardonner, personne qui soit la mesure véritable. Au contraire, la rencontre avec Dieu réveille ma conscience parce qu'elle ne me fournit plus d'auto-justification, qu'elle n'est plus une influence de moi-même et de mes contemporains qui me conditionnent, mais qu'elle devient capacité d'écoute du Bien lui-même » (Benoît XVI, enc. Spe salvi, n° 33).