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lundi 30 avril 2007

30 avril : sainte Catherine de Sienne


30 avril : Sainte Catherine de Sienne


L’Église fête aujourd’hui sainte Catherine de Sienne, née vers 1347 et décédée en 1380. Cette femme d’un caractère exceptionnel a joué un rôle décisif pour que le pape Grégoire XI accepte de ramener la cour pontificale d’Avignon à Rome, en 1376. Sa vie spirituelle a atteint des sommets qui transparaissent dans ses écrits, le Dialogue notamment, et dans ses Lettres.
Voici le récit par son premier biographe, qui a été un temps son confesseur, le bienheureux Raymond de Capoue, du « mariage mystique », des « épousailles mystiques » de Catherine avec Dieu, tel qu’elle le lui a elle-même rapporté. Cela se produisit dans les jours qui (lire la suite)
précèdent le carême, alors que « les fidèles célèbrent une fête toute mondaine qu’on pourrait appeler « la fête du ventre ».
« Tu as rejeté loin de toi et fui à cause de moi toutes les vanités de ce monde ; méprisant toutes les délectations de la chair, tu as mis en moi seul le plaisir de ton cœur. Voilà pourquoi, en ce temps, où toutes les autres personnes de ta maison sont à la joie de leurs festins et fêtent leur corps, j’ai voulu, moi aussi, célébrer solennellement avec toi la fête des épousailles de ton âme. Ainsi que je te l’ai promis, je veux t’épouser dans la foi. »
« Le Seigneur parlait encore, quand apparurent la Vierge, sa très glorieuse Mère, le bienheureux Jean l’évangéliste, le glorieux apôtre Paul, le très saint Dominique, père de la religion à laquelle appartenait Catherine [elle avait pris l’habit des Dominicains], et avec eux tous, le prophète David ayant en main son harmonieux psaltérion [instrument à cordes]. Pendant que cet instrument résonnait sous les doigts du saint roi, avec une suavité qui dépasse toute imagination, la Vierge, Mère de Dieu, prit avec sa main très sainte la main de notre vierge, en étendit les doigts vers son Fils et lui demanda qu’il daignât épouser Catherine dans la foi. Le Fils unique de Dieu, faisant un signe tout gracieux d’assentiment, présenta un anneau d’or, dont le cercle était orné de quatre perles, et dont le chaton renfermait un diamant d’incomparable beauté. Avec sa main droite, il mit cet anneau à l’annulaire de la main droite de notre vierge et lui dit : « Voici que moi, ton Créateur et ton Sauveur, je t’épouse dans une foi que tu conserveras sans aucune atteinte, jusqu’au jour où tu célébreras, dans les cieux avec moi, des noces éternelles. Courage donc, ma fille, accomplis désormais virilement et sans aucune hésitation toutes les œuvres que l’ordre de ma providence te remettra entre les mains. Parce que tu es armée de la force de la foi, tu triompheras heureusement de tous tes adversaires. »
« Après ces paroles, la vision disparut, mais l’anneau resta toujours au doigt de Catherine, visible pour elle seulement, invisible pour les autres. Elle m’a confessé, en rougissant, qu’elle voyait toujours cet anneau à son doigt, et qu’il n’était pas un moment où elle ne l’aperçut. »

dimanche 29 avril 2007

29 avril : Journee des Deportes (4)


29 avril : Journée des Déportés


Journée des Déportés : fin du poème que je leur ai dédié :

Déporté inconnu, ton entier sacrifice
Te renferme dans le sol dont tu es issu
Battant sur son terrain l’horrible maléfice.
Épandu tu deviens de tout nouveaux tissus.

C’en est fini, ils sont tous morts les déportés.
Mais non ils vivent, ils vivent les déportés
Dans la mémoire de toute la nation.
Ils ont été au bout de leur oblation. (lire la suite)

Ils vivent ! Voici que jaillit la liberté.
Vaine n'a pas été leur mort, mais bien féconde.
Ils vivent ! Ce n’est pas une mince fierté.
Leur mort, en fin de compte, enrichit notre monde.

Ils vivent ! Car ils ont tenu haut le flambeau.
Leur mort s’est unie à celle des combattants.
Ils vivent ! Leur chair s’en est allée en lambeaux.
Leur mort, de vaincus a fait de tous des battants.

Ils vivent ! étendard fier de la Résistance !
Leur mort nous a tirés de la prostration.
Ils vivent ! À la vie ils donnent consistance.
Leur mort a préparé la Libération.

Ils vivent ! Chantez donc compagnons sur les routes.
Nous célébrerons leur mort, victoire héroïque.
Ils vivent ! L’ennemi enfin est en déroute.
Nous imiterons leur mort, exemple stoïque.

Chantez, oui, chantez la liberté recouvrée.
Vivez, oui, vivez de cette joie retrouvée.
Dansez, dansez en paix, l’honneur est renoué.
Embrassez, embrassez-vous tous les réprouvés.

Le bonheur saisit les cœurs jusqu’à l’outrance
Et il s’extériorise en toute transparence.
L’heure sonne enfin — ô joie ! —de la délivrance
Dans tous les trente-six mille clochers de France.

samedi 28 avril 2007

Journee des Deportes (3)


Journée des Déportés (3)


Suite de mon poème "Wagons" en hommage aux Déportés

Un coup de feu claque. Le fuyard est tué.
Sur le fil barbelé un autre s’est mué
En sculpture grotesque : en un pantin futile
Sa vie s’arrête, devenue inutile.
Les déportés (lire la suite)

Ils meurent. Ils meurent les déportés. La mort
Elle les frappe tous d’un identique sort.
La mort — les déportés — la mort, la mort encore.
La mort avec sa faux qui bat tous les records.
La mort, et son rictus affreux, est sans remords.
Dans son drapé noir elle est pleine de ressort.
Son ricanement par moments glace les corps.
Elle fredonne, la mort, de fatals accords.
Nuit et jour son squelette est du camp le décor.
La mort des déportés. Les déportés à mort.

Bien d’autres wagons s’en vont, les trains de la mort.
Vers ces enceintes qui sont les camps de la mort.
Encadrés de hussards, les hussards de la mort.
Ils ont un rendez-vous, hélas avec la mort !

Partout des wagons vont vers un rude destin
Tirant par derrière eux le rideau de l’oubli
Innocents, ils pourvoient au coupable festin
En un seul acte au plan précis bien établi.

Les bétaillères qui sont d'une couleur rouille
Approvisionnent la solution finale
Sous l’apparence d’un convoi par trop banal
Elles déchargent des êtres frappés de trouille.

Mon Dieu, mon Dieu, est-il possible que l’enfer
Abandonnant son lieu de malédiction
Soit venu chez nous y planter ses quatre fers
Nous changeant en pays de déréliction ?

Les vêtements. Exportés.
Et les dents. Exportées.
Les bagues. Exportées.
Les couvre-chefs. Exportés.
Les chaussures. Exportées.

Et les cendres des déportés, exportées…

Ce tas de cendres — vois-le, une vraie montagne —
Ce sont de l’homme ses cendres, fruit de la hargne.
Les humains n’ont pas même une ultime demeure
Leurs cendres sont l’engrais de la Poméranie.
Quelque chose dans l’homme est éteint et se meurt
C’est sa nature, qui est chargée d’avanies.

(à suivre...)

vendredi 27 avril 2007

Journee des Deportes (2)


Journée des Déportés (2)


Suite du poème à la gloire des déportés :

On en fait entrer dans le four crématoire
Qui mettra un triste terme à leur histoire.
Les déportés

Pour d’autres la chambre à gaz est le supplice
À l’entrée le geôlier rit d’un air complice.
Les déportés
(lire la suite)
Pour le restant les baraquements en planches
Où la vie s’étiole et de jour en jour flanche.
Les déportés

Miradors, barbelés, faim, chiens et mouchards
Mitrailleuses, projecteurs, froid et cagnard.
Les déportés

Pour vêtement d’horizontales rayures
Cachant mal les tortures et leurs zébrures.
Les déportés

La fumée et son odeur nauséabonde
Portent un avis de dégoût à la ronde.
Les déportés

Cafards et teignes, poux, puces et cloportes
Sont des compagnons qui se moquent des portes.

Les chaussures entassées, celles de femmes
Ici, d’hommes là, et d’enfants. C’est infâme.
Les déportés

Squelettes, yeux hagards, ivres de sommeil
Et la faim qui tenaille et tient en éveil.
Les déportés

Haines, rivalités, jalousie, traîtrise
Générosité, héroïsme, prêtrise.

À quatre pattes dans sa niche de chien
Pour aboyer quand passe son tortionnaire
Il n’a plus d’identité, il n’est plus rien
Comble de l’univers concentrationnaire.
Le déporté

Le vent laboure les malheureux. Gerçures.
Le froid de l’est de surcroît sévit. Morsures.
Et la malnutrition qui frappe. Enflure.
Les mauvais traitements du jour. Meurtrissures.
Et les coups pour un oui pour un non. Blessures.
L’humiliation réglée. Flétrissure.
L’homme bousculé dans la boue. Salissure.
L’humain anéanti, sans ressort. Cassure.

Un hurlement déchire en bref la lourde nuit
Un râle répond dans la seconde qui suit
Peut-être que pour les autres la lune luit
Mais eux, ils atteindront bientôt le fond du puits
Les déportés

Ah ce wagon, pourquoi donc ne roule-t-il plus !
Dans l’ambiance oppressante on ne se tenait plus,
On vivait du moins, quand ici on souffre et meure
Et on agonise en vue d’une autre demeure.

(à suivre...)

jeudi 26 avril 2007

Journee des Deportes (1)

Journée des Déportés (1)

Alors que s'approche la Journée des Déportés, je voudrais leur offrir en hommage ce poème intitulé "Wagons".

WAGONS

C’est par centaines de milliers qu’ils sont partis
Arrêtés au petit matin sans crier gare.
Fidèles, ils ne se sont jamais départis
De leur idéal, mais lancés dans la bagarre.

Or, défenseurs têtus de notre liberté
Et des droits essentiels de l’humaine personne
La liberté n’est plus et les a désertés.
Rail après rail l’angoisse en leur âme résonne. (lire la suite)

Ils sont partis, flot sans cesse renouvelé
Arrachés aux leurs et pouvant tout redouter.
Mêlés tels des bestiaux, les voici nivelés
Par un même destin auquel ils vont goûter.

Un maigre balluchon pour unique bagage
Rempli d’objets jugés vitaux en cet instant
Ne les retient pas de devenir des otages
Le plus fort a toujours le dessus. C’est constant.

Depuis cinq ou six ans déjà la croix gammée
Avait acquis sa bien sinistre renommée.
Accueillie par certains en libération
Elle imposait son joug sur bien des nations.

Pieuvre assoiffée de sang et jamais satisfaite,
Son ombre se fermait en forme de tenailles
Sur tous les prisonniers à la mine défaite
Et avec elle la lourde cotte de mailles

D’interrogatoires, d’une sourde méfiance,
Du mensonge, de la haine, aussi du soupçon.
La nature de l’homme est en pleine déviance.
L’animal prime sur l’homme. Quelle leçon !
Les déportés

Ce sinistre wagon, où l’on était en vie…
Les sifflements et par la bien maigre embrasure
La campagne entrevue, tout cela fait envie
Quand la peau reste pour unique couverture.

Cette peau — qui d’entre eux saurait le deviner ? —
Il se pourrait fort bien qu’elle se change un jour
Par le caprice de la nazie dulcinée
En un élégant et si commode abat-jour…
Les déportés

Ce poème est une version corrigée de celui que j'ai publié dans Abécédaire, Éditions de Paris, 2003.
(à suivre...)

mercredi 25 avril 2007

25 avril : saint Marc

25 avril : saint Marc

Saint Marc, qui est fêté aujourd'hui dans l'Église, est l'auteur d'un Évangile. Il ne figure pas au nombre des apôtres, mais il a sûrement connu directement Jésus. On interprète comme autobiographique le récit du jeune homme qui s'enfuie en abandonnant son vêtement au moment de l'arrestation de Jésus à Gethsémani (Marc 14, 51-52). D'après la tradition, la mère de Marc possédait non seulement le Cénacle, où Jésus s'est réuni avec ses apôtres pour prendre le repas avec eux avant sa Passion, (lire la suite) la dernière Cène, et où ils se réuniront avec Marie dans l'attente de la venue du Saint-Esprit (Actes 1, 14) et par la suite (Actes 12, 12), mais aussi le jardin de Gethsémani.
Marc est cousin de Barnabé (Colossiens 4, 10), qui le prend avec lui quand, en compagnie de Paul, il apporte à Jésuralem le fruit de le première collecte effectuée au profit des fidèles de l'Église-mère (Actes 12, 25). Quand l'Esprit Saint confie à Saul et Barnabé une mission d'évangélisation de la Séleucie, ils prnnent Marc avec eux. Mais à un moment donné, il se sépara d'eux et s'en retourna à Jérusalem (Actes 14, 13), manquant sans doute de courage. C'est pourquoi, au moment d'entreprendre un second voyage missionnaire, alors que Barnabé veut s'adjoindre Marc, Paul s'y oppose. N'arrivant pas à s'entendre, Barnabé embarque avec Marc pour Chypre tandis que Paul partait avec Silas pour la Syrie et la Cilicie (Actes 15, 39-40).
Quelques années plus tard, Marc sert d'interprète à Pierre, qui l'appelle "mon fils" ( Pierre 5, 13). Ils devaient se connaître de longue date puisque, lorsque Pierre est libéré miraculeusement de la prison, à Jérusalem, il se rend chez Marie, la mère de Marc (Actes 12, 11-17). L'Évangile de Marc est un reflet vivant de la prédication de Pierre.
Marc sera plus tard un fidèle collaborateur de l'Apôtre Paul, d'abord quand Paul est emmené pour être jugé à Rome : il le qualifie de collaborateur (Philémon 24) et lui confie une mission auprès des Églises d'Asie mineure (Colossiens 4, 10). Paul l'appelle aussi auprès de lui lors de sa deuxième captivité à Rome (2 Timothée 4, 11).
Marc rédige son Évangile en 66-67, date à partir de laquelle nous ne disposons plus d'informations sûres à son sujet. Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique (2, 16), et saint Jérôme dans Les hommes illustres (chapitre 8), indiquent que Marc a fondé l'Église d'Alexandrie, en Égypte. Il serait mort martyr dans le village de Bucoli, près d'Alexandrie. Mais ces traditions sont incertaines. Ses reliques ont été transférées à Venise en 825.
Marc reçoit ce prénom dans Actes 15, 39, alors qu'il est qualifié de Jean Marc dans Actes 12, 12 et 15, 37, et de Jean dans Actes 13, 5-13, ce qui s'explique par le fait, courant à l'époque, de porter deux prénoms, un prénom juif, Jean, et un prénom latin hellénisé, Marc.

mardi 24 avril 2007

Un temoignage essentiel

Un témoignage essentiel

En outre, M. Harold H. Tittmann a publié un ouvrage particulièrement intéressant, The unsilent Pope. Inside the Vatican of Pius XII : The Memoir of an American Diplomat During World War II, paru chez Image en 2004. L'auteur mérite d'être présenté. Quand la guerre éclate, les États-Unis n'avaient pas s de représentant diplomatique auprès du Saint-Siège. Roosevelt nomma Myron Taylor, qui prit ses fonctions le 27 février 1940. Tombant gravement malade peu après; il fut remplacé par Harold Tittmann, secrétaire de l'ambassade des États-Unis en Italie. Il fut accueilli au Vatican même quand le Saint-Siège comprit que l'Italie allait entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne.
Le témoignage de Tittmann est donc essentiel. Or, il contient au moins une demi-douzaine de révélations (lire la suite) de première importance. La plus intéressante, selon W. Doino et J. Bottum, qui ont recensé cet ouvrage, "se trouve peut-être dans le passage relatif aux discussions avec Joseph Mueller, juriste bavarois anti-nazi qui fit office d'intermédiaire entre Pie XII et la résistance allemande : "Le Dr Mueller déclarait que, pendant la guerre, son mouvement antinazi en Allemagne avait toujours beaucoup insisté pour que le pape s'abstienne de faire une quelconque déclaration publique pour condamner les nazis ; il avait demandé que le pape se limite à des généralités. Peu après le début de la guerre, Pie XII avait autorisé Radio-Vatican a condamner explicitement les crimes de guerre perpétrés en Pologne par les nazis contre les catholiques et les Juifs. Mais "les évêques polonais se hâtèrent d'avertir le Vatican qu'après chaque émission de terrible représailles étaient infligées aux populations locales. La pensée que des gens payaient de leur vie les informations diffusées par la radio vaticane empêchait de poursuivre les émissions".
Fin 1942, les diplomates alliés demandèrent à Pie XII de dénoncer publiquement l'horreur du nazisme. Pie XII n'ignorait pas les représailles dont la Hollande avait fait les frais au mois de juillet précédent. Cependant il se montra prête à accéder à cette demande, à condition de dénoncer aussi les crimes de guerre commis par les soviétiques. Les alliés firent alors marche arrière, redoutant la colère de Staline.
Il serait possible de multiplier les informations qui vont dans ce même sens. Un article de David G. Dalin, paru dans The Weekly Standard, le 26 février 2001, précise que "155 couvents et monastères de Rome ont caché environ 5 000 Juifs. Au moins trois mille ont trouvé refuge dans la résidence d'été du pape de Castel Gandolfo. Soixante Juifs ont vécu neuf mois à l'Université grégorienne, et nombreux étaient ceux qui étaient abrités dans le cellier de l'Institut biblique pontifical. Des centaines ont trouvé un sanctuaire dans le Vatican lui-même. Suivant les instructions de Pie, des prêtres italiens, des moines, des religieuses, des cardinaux et des évêques ont permis de préserver la vie de centaines de Juifs. Le cardinal Boetto, de Gênes, en a sauvés au moins 800. L'évêque d'Assise a caché trois cents juifs pendant plus de deux ans. L'évêque de Campagna et de ses parents en ont sauvés 961 autres à Fiume".
À quand une purification de la mémoire ? Les catholiques sont en droit de s'attendre à être mieux respectés par leurs frères aînés. Qu'au moins les voix juives qui se sont fait entendre pendant la guerre et au terme de celle-ci ne soient pas enterrées. Ce serait les faire mentir.

(fin)

lundi 23 avril 2007

Des Juifs témoignent

Des Juifs témoignent

À la mort de Pie XII, en 1958, Madame Golda Meir, alors ministre des Affaires étrangères d'Israël, déclara à l'O.N.U. : "Nous pleurons un grand serviteur de la paix (...), il a maintenu l'idéal de la paix et de la charité. Pendant les dix années de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du Pape s'est élevée pour condamner les bourreaux et pour exprimer sa compassion envers les victimes" (Le Figaro, 10 octobre 1958). Quand au grand rabbin de Rome, M. Elio Toaff qui, soit dit en passant, devait accueillir Jean-Paul II à la grande synagogue de Rome pour la première venue d'un pape (lire la suite) dans une synagogue depuis saint Pierre, il déclara que les Juifs "se souviendront toujours de ce que l'Église catholique a fait pour eux sur l'ordre du Pape au moment des persécutions raciales. Quand la guerre mondiale faisait rage, Pie XII s'est prononcé souvent pour condamner la fausse théorie des races" (La Documentation Catholique, 26 octobre 1958). Le grand rabbin Safran, de Roumanie, assura que "grâce à ses instructions, les 400 000 Juifs de Roumanie furent sauvés de la déportation" (La Documentation Catholique, 16 août 1964).
On sait que ces faits historiques ont été dénaturés par la pièce Le Vicaire. Alors que la polémique par elle suscitée battait son plein, M. Pinhas Lapide, consul général d'Israël à Milan sous le pontificat de Pie XII, affirme, nous sommes en 1964, que
"le Pape personnellement, le Saint-Siège, les nonces et toute l'Église catholique ont sauvés de 150 000 à 400 000 Juifs d'une mort certaine (...). Je comprends très mal que l'on s'en prenne maintenant à Pie XII, alors que pendant de nombreuses années on s'est plu, en Israël, à lui rendre hommage. Au lendemain de la libération de Rome, j'ai appartenu à une délégation de soldats de la brigade paslestinienne qui a été reçue par le Pape et qui lui a transmis la gratitude de l'Agence juive, qui était l'organisme dirigeant le Mouvement sioniste mondial, pour ce qu'il avait fait en faveur des Juifs" (Le Monde, 3 janvier 1964).
Telle est la vérité, que certains travestissent sans vergogne. Les historiens ont depuis longtemps montré, documents à l'appui, la véracité des déclarations
ci-dessus. Le diplomate Pinhal Lapide déjà mentionné, écrit dans son ouvrage Three Popes and the Jews, publié en 1967, après avoir interrogé de nombreux survivants de l'Holocauste, que Pie XII a est "l'instrument qui a permis de sauver au moins 700 000 et probablement jusqu'à 800 000 Juifs d'une mort certaine entre les mains des nazis".

(à suivre...)

dimanche 22 avril 2007

La commemoration de la Shoah


La commémoration de la Shoah


La Shoah est commémorée cette semaine au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Le représentant du Saint-Siège sur place, Monseigneur Antonio Franco, a fait savoir dans un premier temps qu'il ne participerait pas à cette célébration à cause de la façon dont le pape Pie XII y est présenté. En effet, une photo du pape le présente parmi ceux "dont on devrait avoir honte pour ce qu'ils ont fait contre les Juifs". "Cette photo offense toute l'Église catholique", écrit Mgr Franco au directeur du mémorial.
Même si Mgr Franco est revenu sur son refus, une telle présentation de Pie XII est non seulement regrettable, mais une atteinte à la vérité historique. (lire la suite)
On peut déplorer que des hommes qui entendent faire mémoire du passé aient la mémoire courte. Les Juifs contemporains des événements sont les mieux placés pour juger, dans le contexte de la deuxième Guerre mondial et la psychologie du moment, quelle fut l'attitude réelle de Pie XII.

Einstein déclara, dans un article publié dans Time magazine en décembre 1940, que "l'Église catholique a été la seule à élever la voix contre l'assaut mené par Hitler contre la liberté. Jusqu'à cette époque, l'Église n'avait jamais retenu mon attention, mais aujourd'hui j'exprime ma grande admiration et mon profond attachement envers cette Église qui, seule, a eu le courage de lutter pour les libertés morales et spirituelles". En 1943, Chaim Weizmann, qui devait devenir le premier président de l'État d'Israël, écrivit que "le Saint-Siège est en train d'apporter son aide puissante partout où il le peut, afin d'atténuer le sort de mes co-religionnaires persécutés". Moshe Sharett, second premier ministre d'Israël, rencontra Pie XII à la fin de la guerre et, a-t-il déclaré, "je lui ai dit que mon premier devoir était de le remercier, et à travers lui l'Église catholique, au nom du peuple Juif pour tout ce qu'ils avaient fait dans les différents pays pour sauver les Juifs". Le rabbin Isaac Herzog, principal rabbin d'Israël, envoya un message en février 1944 rédigé en ces termes : "Le peuple d'Israël n'oubliera jamais que Sa Sainteté et ses illustres délégués, inspirés par les principes éternels de religion, qui forment les fondations d'une véritable civilisation, font pour nos frères et sœurs infortunés dans l'heure la plus tragique de notre histoire, qui est une preuve vivante de la divine Providence en ce monde". En septembre 1945, Leon Kubowitzky, secrétaire général du Congrès juif mondial fit un don de 20 000 $ aux œuvres charitables du Vatican "en reconnaissance pour le travail du Saint-Siège pour sauver des Juifs des persécutions fasciste et nazie".
Dès avril 1945, "le congrès des communautés israélites d'Italie adressa à Pie XII un message de gratitude pour son action protectrice. En 1946, soixante-dix Juifs rescapés des camps de déportation se rendirent à Rome, animés des mêmes sentiments. En 1955, c'est un orchestre de quatre-vingt-quatorze musiciens juifs originaires de quatorze pays qui vont au Vatican donner un concert en "remerciement pour l'œuvre humanitaire grandiose accomplie par Sa Sainteté pour suaver un grand nombre de Juifs pendant la deuxième Guerre mondiale". Le palais de l'actuelle nonciature à Rome près la République italienne est un don du sénateur Lévi à Pie XII en remerciement de tout ce que le Pape avait fait pour les Juifs, hébergés, comme partout en Europe, dans des monastères, des séminaires jusque dans le Palais de Castel Gandolfo, voire enrôlés dans la Garde suisse du Vatican !" (J.-B. d'Onorio, Pie XII et la Cité, Téqui, Presses Universitaires d'Aix-Marseille, 1988, p. 46-48, à qui j'emprunte aussi les exemples qui suivent).

(à suivre...)

samedi 21 avril 2007

Dieu est-il vraiment Tout-Puissant ?


Dieu est-il vraiment Tout-Puissant ?

La question est posée à propos de "l'affaire Kegelin". C'est ainsi que Dieu se présente lui-même, par exemple à Abraham : "Je suis El-Cheddaï" (Genèse 17, 1), c'est-à-dire le Tout-Puissant. Donc, dans l'absolu, Dieu est effectivement Tout-Puissant.
Dans la réalité, il a lui-même limité sa Toute-Puissance de deux façons. La première limite qu'il s'est imposée est celle du monde qu'il a créé : celui-ci suit les lois de la physique. Certes, Dieu peut y déroger, (lire la suite) par exemple en faisant que le soleil s'arrête quelques minutes dans sa course comme lors d'une des apparitions de la Sainte Vierge à Fatima en 1917, mais il ne le fait que rarement.
La deuxième limite, autrement redoutable quant à ses conséquences, est la liberté humaine. En créant l'homme, Dieu n'a pas créé une marionnette. "En créant l'homme à son image et à sa ressemblance, (Dieu) inscrit dans le cœur de celui-ci la loi de son propre développement, et le rend capable de découvrir cette loi plus ou moins clairement par lui-même, parce qu'il est une créature douée de raison" (Catéchisme des évêques de France, n° 495). Or, l'homme a mal utilisé cette liberté, en se dressant contre Dieu et en commettant un premier péché, le "péché originel", qui marque désormais la nature humaine et qui inscrit le mal en elle. Dieu respecte toujours cette liberté de l'homme, sans aucune exception, car il éprouve un Amour et un respect infini pour lui.
Alors, Dieu reste-t-il indifférent au mal dont souffrent les hommes ? Permet-il froidement le mal sans rien faire ? Non, mille fois non ! Le pape Benoît XVI nous a fait remarquer que face au "non" de l'homme, c'est-à-dire en présence du mauvais usage que celui-ci a fait de sa liberté, "Dieu ne s'est pas avoué vaincu", mais qu'il a cherché à "conquérir de nouveau" le cœur de l'homme (Message pour le Carême 2007).
Comment ? En prenant sur lui toutes les souffrances humaines : en envoyant son Fils épouser notre condition humaine, puis mourir sur la Croix pour offrir à son Père la réparation due pour nos péchés.
Le mal a trouvé sa solution dans la victoire de la Croix et de la Résurrection du Christ. Ce que nous ne comprenons pas s'éclaire au feu de l'Amour de Dieu pour les hommes.
Dieu n'est-il pas Tout-Puissant ? Assurément. Il le reste. Autrement il ne serait pas le Dieu auquel croients juifs et chrétiens. Il montre précisément sa Toute-Puissance en s'incarnant et en remportant la victoire définitive sur satan et ses démons.
Dieu n'est-il pas pure Bonté ? Bien sûr que si. Autrement il ne serait pas le Dieu que nous adorons et que nous aimons et vers lequel notre vie tout entière est orientée. Il montre justement sa Bonté en voulant conquérir de nouveau notre cœur et nous faire sentir que, quoi qu'il arrive dans notre vie, nous sommes et restons aimés d'un Amour fou.
Dieu est-il Incompréhensible ? Oui, en très grande partie. Il nous dépasse tellement, puisque tout en Lui est de l'ordre de l'infini, que nous ne le connaissons que très imparfaitement, comme "dans un miroir, d'une manière obscure" (1 Corinthiens 13, 12). Autrement il ne serait pas le Dieu en qui nous mettons notre confiance. Mais il s'est fait connaître suffisamment pour que nous sachions que "Dieu est Amour" (1 Jean 4, 16) et que Dieu est "notre Père" (Matthieu 6, 9).
Alors Dieu permet-il le mal ? Dans un certain sens oui, puisqu'il respecte les libres choix des hommes. Non, en ce sens qu'il est intervenu il y a deux mille ans pour donner un sens à ce mal : celui de la Croix, instrument de salut qui unit la terre au ciel.
À nous, par notre confiance en Dieu, à montrer que nous avons accepté cet Amour de Dieu. Dieu a fait tout ce qu'Il pouvait. Étant Dieu, il pouvait beaucoup : la Croix est une pure folie d'Amour. À nous de faire tout ce que nous pouvons, aidés par la grâce de Dieu, fortifiés par la prière et les sacrements : porter notre croix à la suite du Christ, tel Simon de Cyrène, assurés que nous aussi, nous passons de la mort à la vie dans le Christ, que tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu (Romains 8, 28).

vendredi 20 avril 2007

20 avril : anniversaire de l'election du prelat de l'Opus Dei

20 avril : anniversaire de l'élection du prélat de l'Opus Dei

Le 20 avril 1994, Monseigneur Xavier Echevarria était élu prélat de l'Opus Dei. Il succédait à Monseigneur del Portillo, qui avait lui-même été élu pour remplacer le fondateur, saint Josémaria Escriva. Tous deux avaient été les proches collaborateurs du fondateur. Le pape Benoît XVI a tenu à se joindre aux hommages adressés à Monseigneur Echevarria à l'occasion de (lire la suite) ses noces d'or sacerdotales, dans un message daté du 9 juillet 2005 : "En gouvernant la Prélature et en contemplant en elle la grâce de Dieu, par ton exemple, tes écrits, ta parole et tes voyages pastoraux, tu n'a de cesse d'exhorter ses membres à demeurer dans le Seigneur d'un cœur ferme. Lorsque tu encourages le désir de sainteté personnelle et le zèle apostolique de tes prêtres et laïcs, tu vois non seulement grandir le troupeau qui t'a été confié, mais tu rends en plus un service efficace à l'Église dans l'urgente évangélisation de la société actuelle."
Le saint-père relevait encore que le prélat de l'Opus Dei porte dans son cœur "la défense de la vie, de la famille et du mariage, ainsi que la formation et le soin pastoral des jeunes".
Monseigneur Echevarria avait laissé transparaître ses sentiments quand il avait célébré ses noces d'or sacerdotales, dans une lettre datée du 22 septembre 2005. Évoquant la remarque de saint Josémaria : "qu'une vie est peu de chose, pour l'offrir à Dieu !" il s'unissait à l'action de grâces du fondateur la veille de ses propres noces d'or sacerdotales : "La vie de chacun doit être une action de grâces. En effet, comment l'Opus Dei s'est-il fait ? C'est toi, Seigneur, qui l'a fait, avec quatre gringalets (...). Toute la doctrine de saint Paul s'est vérifiée : Tu as cherché des moyens totalement illogiques, nullement aptes, et tu as répandu ce travail apostolique de par le monde."
"Si vous voulez être spécialement unis à moi dans votre prière, ajoutait le prélat, je vous supplie de demander au Seigneur que ces propos d'un saint prêtre s'enracinent profondément dans mon cœur, de sorte que je me les approprie en toute sincérité. (...) Je demande pardon à tous pour mes manques de réponse à la grâce et mes manques de service, pour les offenses éventuelles que j'ai pu vous faire, pour les fois où je me suis peut-être comporté avec quelqu'un sans tenir compte de la réalité formidable que nous sommes tous des enfants bien-aimés de Dieu et des frères de Jésus-Christ."
Une référence explicite à la Mère de Dieu ne pouvait pas manquer : "Marie, femme eucharistique, est aussi la Femme fidèle auprès de la Croix. Avec son fiat ! prononcé à l'Annonciation, prolongé sans relâche tout au long de sa vie, elle a répondu à l'amour de Dieu avec le don total de sa personne. Elle prend maintenant soin de nous, ses enfants, et nous entoure de son amour maternel. (...) En gage de mon identification à son Fils crucifié, je supplie Sainte Marie de m'apprendre - de nous apprendre à tous - à aimer davantage le Christ, le Père et le Saint-Esprit. Fac ut ardeat cor meum in amando Christum Deum" ("faites que mon cœur brûle d'amour du Christ, mon Dieu").
Je demande donc au lecteur une petite prière pour Mgr Echevarria.

jeudi 19 avril 2007

19 avril : anniversaire de l'election de Benoit XVI


19 avril : anniversaire de l'élection de Benoît XVI

Le pape Benoît XVI a été élu pour succéder à Jean-Paul II il y a deux ans jour pour jour. Dans son premier message, le 265ème pape de l'histoire soulignait d'abord le fait que "les funérailles de Jean-Paul II ont été une expérience véritablement extraordinaire, au cours de laquelle l'on a d'une certaine façon perçu la puissance de Dieu qui, à travers son Église, veut former une grande famille avec tous les peuples, grâce à la force unificatrice de la Vérité et de l'Amour". Ce fut aussi, pouvons-nous ajouter, une catéchèse à l'échelle planétaire.
Le pape relevait quelques instants plus tard que son élection (lire la suite) intervenait au cours d'une année dont son prédécesseur avait voulu faire une année consacrée à l'Eucharistie. "Comment ne pas saisir dans cette coïncidence providentielle un élément qui doit caractériser le ministère auquel j'ai été appelé ? se demandait-il. L'Eucharistie, cœur de la vie chrétienne et source de la mission évangélisatrice de l'Église, ne peut que constituer le centre permanent et la source du service pétrinien (de Pierre) qui m'a été confié. L'Eucharistie rend constamment présent le Christ ressuscité, qui continue de se donner à nous, en nous appelant à participer au banquet de son Corps et de son Sang. De la pleine communion avec Lui naît un autre élément de la vie de l'Église, en premier lieu la communion entre tous les fidèles, l'engagement d'annoncer et de témoigner l'Évangile, l'ardeur de la charité envers tous, en particulier envers les pauvres et les petits."
On sait que ces préoccupations se retrouvent dans la première lettre encyclique de Benoît XVI, Deus caritas est, Dieu est Amour", selon l'expression de saint Jean dans sa première épître (4, 16). Elles figuraient aussi dans le message de Benoît XVI pour le Carême de l'année en cours. D'autre part, il a échu à Benoît XVI de publier une exhortation apostolique sur l'Eucharistie, Sacramentum caritatis, "le sacrement de la charité", qui reprend les conclusions des Pères du synode des évêques sur l'Eucharistie. Dans ce document, le pape annonce la parution d'un Compendium eucharistique, qui "comprendra des textes du Catéchisme de l'Église catholique, des prières, des explications des Prières eucharistiques du Missel et tout ce qui pourra se révéler utile pour la compréhension correcte, pour la célébration et pour l'adoration du Sacrement de l'autel. Je souhaite que cet instrument puisse contribuer à faire en sorte que le mémorial de la Pâque du Seigneur devienne chaque jour davantage source et sommet de la vie et de la mission de l'Église. Cela stimulera tous les fidèles à faire de leur vie un véritable culte spirituel" (n° 93).
Nous en attendons désormais la publication, tout en priant pour le pape, nous rappelant l'appel qu'il a lancé le jour de son installation sur le siège de Pierre à prier "pour que j'apprenne à aimer de plus en plus son troupeau (du Seigneur) - vous, la sainte Église, chacun de vous individuellement et vous tous ensemble. Priez pour moi, pour que je ne prenne pas la fuite, par peur, devant les loups".

mercredi 18 avril 2007

L'affaire Kegelin

Dieu permet-il le mal ? L'affaire Kegelin


Alors que l'affaire de la petite Jeanne-Marie Kegelin, enlevée et sauvagement assassinée en 2004, est jugée en Cour d'Assise, une question fondamentale est posée, d'abord par les parents et les sept frères et sœurs de la victime : Pourquoi le Seigneur a-t-il permis que Jeanne-Marie soit l'objet de la bestialité et de la perversité humaines ? Pourquoi un tel mal ? La prière est-elle inefficace ? La question est posée de façon plus abrupte par (lire la suite) un lecteur de Famille chrétienne, en réaction à l'homélie de l'enterrement de la fillette au cours duquel le prêtre avait affirmé de Dieu à propos de l'événement horrible : "Il l'a permis, en effet". "De deux choses l'une, écrit le lecteur : ou Dieu peut faire quelque chose pour faire cesser le malheur des hommes, ou il ne le peut pas. S'il le peut et qu'il ne le fait pas, c'est la créature la plus monstrueuse qui puisse être imaginée. S'il ne le peut pas et tel est bien notre Dieu, c'est qu'il est la victime. Comment la victime pourrait-elle "permettre", ou "interdire" l'action des bourreaux ? La victime ne peut que se taire, tel Jésus (ou la petite Jeanne-Marie, c'est tout un), dont l'Évangile dit si bien : "Il l'interrogea donc avec force parole, mais il ne lui répondit rien." Le cri le plus païen qui soit est celui des passants devant la croix : "Que le Christ descende de la croix... que nous croyions." Autrement dit : "Dieu, fais cesser la violence." Le seul qui peut faire cesser la violence, c'est le violent, pas le violenté. En lisant ce sermon, qui, à l'évidence, justifie le mal (la fin justifie les moyens...), on ne peut qu'être très inquiet : croyons-nous au même Dieu ?"
Tel est le problème classique et récurrent du rapport de Dieu au mal. Si Dieu est tout-puissant et la bonté même, comment peut-il permettre les violences gratuites, les guerres et le mal en général ? Les Juifs qui ont vu s'abattre sur eux le cataclysme de la Shoah se sont interrogés eux aussi : Dieu les avait-il abandonnés, ou bien payaient-ils leur mauvaise conduite ? Certains penchèrent pour cette deuxième option, au grand scandale des autres.
Pour en revenir au lecteur de Famille chrétienne, je laisse de côté ce qui n'est peut-être qu'un lapsus calami, lorsqu'il écrit que Dieu serait "la créature la plus monstrueuse qui puisse être imaginée", puisque Dieu n'est pas une créature, mais le Créateur de l'univers et de tout ce qu'il contient, "Créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible", comme nous le professons dans le Credo.
Pour assister la famille par la prière pendant le procès, joindre http://jeanne-marie.over-blog.fr

(à suivre...)

mardi 17 avril 2007

La sainte pureté (suite)


La sainte pureté (suite)


Vivre cette vertu — la sainte pureté — demande de chercher à vivre d’abord la vertu cardinale (du latin cardo, « charnière ») de tempérance. « La tempérance est maîtrise de soi. Tout ce que nous ressentons dans notre corps et dans notre âme ne doit pas être satisfait de façon débridée. Tout ce qui peut se faire n’est pas bon à faire. Il est plus facile de se laisser entraîner par les impulsions dites naturelles ; mais ce chemin débouche sur la tristesse, l’isolement dans la misère personnelle.
Certains ne veulent rien refuser (lire la suite) à leur estomac, à leurs yeux, à leurs mains ; ils refusent d’écouter ceux qui leur conseillent de mener une vie honnête. Ils utilisent de façon désordonnée la faculté d’engendrer — réalité noble, participation au pouvoir créateur de Dieu—, comme s’il s’agissait d’un instrument au service de l’égoïsme.
Mais parler d’impureté ne m’a jamais plu. Je veux examiner les fruits de la tempérance, je veux voir l’homme vraiment homme, détaché de ces choses qui brillent mais sont sans valeur, telles ces babioles dont s’empare la pie. Un tel homme sait se passer de ce qui nuit à son âme, et il se rend compte que son sacrifice n’est qu’apparent : parce qu’en vivant de la sorte — avec le sens du sacrifice — il se délivre de beaucoup d’esclavages et il en vient, dans l’intimité de son cœur, à savourer tout l’amour de Dieu.
La vie retrouve alors les nuances que l’intempérance estompait ; nous sommes en mesure de nous préoccuper des autres, de partager ce qui nous appartient avec tout le monde, de nous consacrer à de grandes tâches. La tempérance éduque l’âme dans la sobriété, la modestie, la compréhension ; elle lui procure une modestie naturelle qui est toujours attrayante, tant il est vrai que la suprématie de l’intelligence se remarque dans la conduite. La tempérance n’implique pas limitation, mais grandeur. Il y a davantage de privation dans l’intempérance, où le cœur abdique pour suivre la première chose que lui présente le triste tintement de grelots de fer blanc » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 84).
On entend vite les esprits forts ricaner quand il est question de cette vertu. Ils n'en sont pas plus hommes pour autant. Bien au contraire, car ils se comportent comme les bêtes qui sont guidées par leurs instincts. Or, l'homme est plus qu'un animal perfectionné, il est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Donc, lorsqu'il se comporte comme un animal, il déchoit de sa condition pour tomber dans une situation infra-animale.

(fin)

lundi 16 avril 2007

Sainte purete

Sainte pureté

« Si Dieu a condamné à la destruction et réduit en cendres les villes de Sodome et de Gomorrhe, les donnant en exemple aux impies à venir, […] c’est que le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux et garder pour le jour du jugement les criminels qui seront châtiés » (2 Pierre 2, 6.9).
Le châtiment de ces deux villes connues pour la débauche et les mœurs décadentes de leurs habitants est l’exemple-type du châtiment que Dieu réserve aux impies. (lire la suite) « Sodome, Gomorrhe et les villes voisines, pareillement coupables d’impudicité et de péchés contre nature, se présentent à nous comme un exemple, endurant la peine du feu éternel » (Jude 7). Le Christ se réfère plus d’une fois à cet exemple. Parlant à ses apôtres des villes qui refuseront de les recevoir, il annonce qu’« on sera moins dur, au jour du jugement, pour le pays de Sodome et de Gomorrhe, que pour cette ville-là » (Matthieu 10, 15). Il en dit autant de Capharnaüm : « Si les miracles qui ont été faits chez toi l’avaient été dans Sodome, elle serait encore debout » (Matthieu 11, 23). Il prévient aussi qu’au temps de Lot, « les gens mangeaient, buvaient, achetaient, vendaient, plantaient, bâtissaient. Mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit tomber du ciel une pluie de feu et de soufre, qui les fit périr tous. De même en sera-t-il le jour où le Fils de l’homme se révélera. En ce jour-là, que celui qui est sur la terrasse et aura ses affaires dans la maison ne descende pas pour les prendre, et que, pareillement, celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière. Souvenez-vous de la femme de Lot ! » (Luc 17, 28-31).
Toujours en référence à Sodome et Gomorrhe, l’apôtre Pierre souligne que les criminels qui seront châtiés dont il a parlé, ce sont « surtout ceux qui se conduisent au gré de la chair dans la convoitise de ce qui souille et qui méprise la souveraineté divine » (2 Pierre 2, 10).
Ce sont des avertissements à vivre la vertu de la sainte pureté, en combattant contre « la concupiscence de la chair et les convoitises désordonnées. Avec la grâce de Dieu, [le chrétien] y parvient par la vertu et le don de la chasteté, car la chasteté permet d’aimer d’un cœur pur et sans partage ; par la pureté d’intention qui consiste à viser la fin véritable de l’homme : d’un œil simple, le baptisé cherche à trouver et à accomplir en toute chose la volonté de Dieu ; par la pureté du regard, extérieur et intérieur ; par le refus de toute complaisance dans les pensées impures qui inclinent à se détourner de la voie des commandements divins : « La vue éveille la passion chez les insensés » (Sagesse 15, 5) ; par la prière » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2520).
« La sainte pureté, Dieu la donne quand on la lui demande humblement » (saint Josémaria, Chemin, n° 118). Saint Augustin, qui mena longtemps une vie désordonnée, écrit : « Je croyais que la continence relevait de mes propres forces, […] forces que je ne me connaissais pas. Et j’étais assez sot pour ne pas savoir que personne ne peut être continent, si tu ne le lui donnes. Et certes, tu l’aurais donné, si de mon gémissement intérieur, j’avais frappé à tes oreilles et si d’une foi solide, j’avais jeté en toi mon souci » (Confessions 6, 11, 20).

(à suivre...)

dimanche 15 avril 2007

Les dogmes


Les dogmes

Quand on dit de quelqu’un qu’il est « dogmatique », cela signifie qu'il « exprime ses opinions d’une manière tranchée, péremptoire ». Il y a là une déformation du mot « dogme », du grec dogma, « opinion », qui est la vérité définie par l’Église, qui la « propose sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la révélation divine ou bien quand [elle] propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 88). Le « dogme catholique » est l’ensemble des vérités de foi.
Les deux derniers dogmes proclamés par l’Église (lire la suite) sont, en 1870, celui de l’infaillibilité pontificale, c’est-à-dire que, dans certaines circonstances, quand il parle en matière de foi et de morale ex cathedra, « de son siège » de successeur de saint Pierre, le pape ne peut pas se tromper dans la doctrine ; et, en 1950, celui de l’Assomption de la Sainte Vierge au ciel avec son corps et son âme à la fin du cours de sa vie terrestre.
Quand l’Église proclame un dogme, elle ne découvre pas une doctrine, moins encore elle l’invente. « C’est une vérité contenue en germe dans la Sainte Écriture et la tradition, proclamée par l’autorité suprême de l’Église pour contrecarrer une hérésie, ou pour répondre à l’attente pressante du peuple chrétien . […] Les modernistes soutiennent la possibilité d’un développement du dogme, y compris dans le sens qu’il faut donner aux vérités qu’il définit. La doctrine catholique affirme l’immutabilité du dogme, tout en admettant un développement de la vérité qu’il affirme » (D. Le Tourneau, « Dogme », Les mots du christianisme. Catholicisme — Orthodoxie — Protestantisme, p. 223). Et c’est logique, car une vérité est ce qu’elle est, et ne peut pas changer. Elle peut, en revanche, être connue plus à fond et mieux expliquée. Ils ne s’opposent pas à la raison : la raison, éclairée par la foi, peut arriver « à une certaine intelligence très fructueuse des mystères, soit grâce à l’analogie avec les choses qu’elle connaît naturellement, soit grâce aux liens qui relient les mystères entre eux et avec la fin dernière de l’homme ». Mais ces mystères resteront « enveloppés dans une certaine obscurité » tant que l’homme vit sur terre, car, de par leur nature même, ces mystères dépassent de beaucoup l’intelligence créée.
En tout cas, les dogmes sont comme des « fenêtres ouvertes sur l’infini », car ils ont trait à des vérités surnaturelles. Ce ne sont pas des barrières, mais les rails d’une voie qui conduit à la connaissance du vrai Dieu. Ils sont « des lumières sur le chemin de notre foi, ils l’éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur sont ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 89) : « Si vous vous attachez à ce que je vous ai dit, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jean 8, 31-32).

samedi 14 avril 2007

De Paques à l’Ascension


De Pâques à l’Astitle="Apparition de Jésus" cension

« Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront » (Matthieu 28, 10). C’est donc un rendez-vous collectif donné à tous ses disciples, alors que Jésus apparaît surtout à ses apôtres pour parfaire leur formation. C’est, comme saint Luc le rapporte, à eux qu’après sa Passion, « il s’était montré vivant, leur en donnant des preuves nombreuses, leur apparaissant pendant quarante jours et les entretenant du royaume de Dieu » (Actes 1, 3). Nous ne connaissons ni le rythme ni la durée de ces apparitions. Tout ce que nous savons, c’est que, au soir de Pâques, Jésus apparaît à ses apôtres (Jean 20, 19-23) et à Pierre seul (c. Luc 24, 34), puis une semaine plus tard pour (lire la suite) se faire reconnaître par l’apôtre Thomas qui continuait de manifester son incrédulité (cf. Jean 20, 24-29) et, en troisième lieu à sept disciples auxquels il fait faire une pêche miraculeuse (cf. Jean 21, 1-15).
L’heure n’est pas encore venue pour les apôtres de prêcher la Bonne Nouvelle, en commençant pas le Temple et les synagogues. Ils doivent attendre d’être « revêtus de la force d’en-haut » (Luc 24, 49), c’est-à-dire l’Esprit Saint qu’ils recevront au jour de la pentecôte, c’est-à-dire cinquante jours après Pâques (cf. Actes 2, 1-13).
Mais ils ne restent pas inactifs. La certitude de la Résurrection du Christ, dont ils ne cessent d’avoir des preuves tangibles, les a déjà fortifiés dans la foi et affermis dans leur mission. Aussi commencent-ils, pour l’instant, par « récupérer » les disciples qui s’étaient évanouis dans la nature ou qui, comme les deux disciples d’Emmaüs étaient repartis chez eux. Mais ces deux-là, c’est Jésus qui, en leur apparaissant, les avait remis sur le droit chemin (cf. Luc 24, 13-35).
En effet, nous lisons dans le livre des Actes des apôtres qu’une fois que Jésus est remonté auprès de son Père, les apôtres procèdent à l’élection du remplaçant de Judas, le traître, en présence d’environ cent vingt disciples (cf. Actes 1, 15). Mais saint Paul nous apprend également que Jésus était apparu à « plus de cinq cents frères à la fois » (1 Corinthiens 15, 6), ce qui montre l’étendue de l’apostolat réalisé par les onze et les autres disciples, avant même la Pentecôte. Ce jour-là, lorsqu’il s’agira d’administrer le baptême à « trois mille personnes environ » (Actes 2, 41), les douze apôtres ne seront pas seuls à le faire.

vendredi 13 avril 2007

La resurrection des morts (fin)


La résurrection des morts (fin)

Enfin, la mort du chrétien est un événement de grâce, dans la mesure où, dans le Christ et par le Christ, elle acquiert un sens positif. Cette certitude est fondée sur l’enseignement des Écritures : "en effet, pour moi vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage" (Philippiens 1, 21) ; "voici une parole sûre: si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons" (2 Timothée 2, 11).
Selon la foi de l’Église, le fait de "mourir avec le Christ" commence avec le Baptême : en le recevant, le disciple du Seigneur est déjà (lire la suite) sacramentellement "mort avec le Christ" et ressuscité à une vie nouvelle ; s’il meurt dans la grâce du Christ, la mort physique est le sceau de cette "mort avec le Christ", et elle le porte ainsi à son propre achèvement en l’incorporant pleinement et pour toujours au Christ Rédempteur.
Ainsi, l’Église, en priant pour les âmes des défunts, implore Dieu en leur faveur pour qu’ils obtiennent de Lui la vie éternelle; cette prière n’est pas uniquement destinée aux disciples du Christ, mais aussi à tous les défunts, dont Dieu seul connaît la foi.

La signification des suffrages
Au moment de sa mort, le juste rencontre Dieu, qui l’appelle à lui pour le rendre participant de sa vie divine. Toutefois, personne ne peut être accueilli dans l’amitié et l’intimité de Dieu, s’il n’a pas d’abord été purifié des conséquences personnelles de toutes ses fautes par Dieu lui-même. "L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus, qui est tout autre chose que le châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire en particulier dans les décrets des Conciles de Florence et de Trente."
Cette doctrine a suscité la pieuse habitude des prières de suffrages pour les âmes du Purgatoire. Elles sont une supplication pressante adressée à Dieu pour qu’il accorde sa miséricorde aux fidèles défunts, qu’il les purifie du feu de sa charité et les introduise dans son Royaume de lumière et de vie.
Les suffrages sont une expression cultuelle de la foi dans la communion des Saints. De fait, "l’Église en ses membres qui cheminent sur la terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages, car "la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse" (2 Machabées 12, 46)". Parmi ces prières, viennent en premier lieu la célébration du sacrifice eucharistique, puis d’autres expressions de piété, comme les prières, les aumônes, les œuvres de miséricorde, les indulgences en faveur des âmes des défunts.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, nos 248-251.

jeudi 12 avril 2007

La foi en la resurrection des morts


La foi en la résurrection des morts

"C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet." Toutefois, la foi dans le Christ transforme cette énigme en la certitude d’une vie sans fin. De fait, Jésus a déclaré qu’il a été envoyé par le Père "pour que tout homme qui croit en lui ne meure pas, mais obtienne la vie éternelle" (Jean 3, 16), et aussi : "la volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour" (Jean 6, 40). En référence à l’Écriture Sainte, l’Église professe donc sa foi dans la vie éternelle, par ces mots contenus dans (lire la suite) le Symbole de Nicée-Constantinople : "J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir."
En se fondant sur la Parole de Dieu, l’Église croit et espère fermement que "tout comme le Christ est vraiment ressuscité d’entre les morts et vit pour l’éternité, les justes, eux aussi, après leur mort, sont appelés à vivre pour toujours avec le Christ ressuscité".
La foi dans la résurrection des morts, qui est un élément essentiel de la révélation chrétienne, implique une vision spécifique de l’événement inéluctable et mystérieux de la mort.
La mort est la conclusion de la phase terrestre de la vie humaine, mais "pas de notre être", puisque l’âme est immortelle. "Nos vies sont inscrites dans un laps de temps déterminé, durant lequel nous nous transformons et nous vieillissons ; ainsi, comme pour toutes les créatures, qui peuplent cette terre, la mort apparaît comme la fin naturelle de la vie" ; du point de vue de la foi, la mort est aussi "la fin du pèlerinage de l’homme sur cette terre ; elle est aus-si la fin de ce temps de grâce et de miséricorde que Dieu offre à chaque homme pour mener à bonne fin sa vie terrestre selon son projet divin, et pour décider de son destin éternel".
S’il est vrai que la mort est un phénomène naturel, il apparaît aussi qu’elle correspond au "salaire du péché" (Romains 6, 23). De fait, selon une interprétation authentique des affirmations contenues dans la Sainte Écriture (cf. Genèse 2, 17; 3, 3; 3, 19 ; Sagesse 1, 13 ; Romains 5, 12 ; 6, 23), le Magistère de l’Église "enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l’homme".
Jésus, le Fils de Dieu, "né d’une femme, sujet de la loi juive" (Galates 4, 4), a lui aussi subi la mort, qui est propre à la condition humaine ; et tout en éprouvant de l’angoisse face à elle (cf. Marc 14, 33-34; Hébreux 5, 7-8), "il l’accepta en se soumettant sans réserve et librement à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction".
La mort est devenue le passage à la plénitude de la vraie vie ; l’Église renverse donc la logique et la prospective de ce monde en appelant le jour de la mort du chrétien son dies natalis, ou le jour de sa naissance au ciel, où "la mort n’existera plus, et il n’y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse, car la première création aura disparu" (Apocalyse 21, 4). Comme l’exprime si bien la Liturgie, la mort est donc le prolongement de la vie d’ici-bas, selon un mode complètement nouveau : "Car pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux."
(à suivre...)

mercredi 11 avril 2007

Le saint suaire de Turin (fin)


Le saint suaire de Turin (fin)


En 1978, le STURP (Shroud of Turin Research Project) composé d’une équipe scientifique, analyse le Suaire à la loupe. Leurs résultats sont étonnants. Max Frei trouve des pollens de plantes du Moyen-Orient sur le tissu. L’analyse anatomique montre une précision médicale inhabituelle. Mais on ne veut réaliser aucune expérience destructive, donc pas encore de datation au C14. A cette époque en effet, l’échantillon nécessaire pour une datation correcte est trop grand pour être acceptable. En 1979, (lire la suite) Gove demande et obtient la permission de réaliser des mesures avec sa nouvelle méthode de datation AMS au C14 : les résultats semblent tellement aberrants qu’ils seront rejetés. En 1980, Ugolotti et Marastoni découvrent des inscriptions sur le Suaire.
Il faudra attendre 1988 avant de mettre tout le monde d’accord au sujet du C14 (l'Église qui en devint propriétaire en 1983, les laboratoires, les protocoles de mesure, etc.). Le résultat des mesures donne un âge d’environ 700 ans (de 1260 à 1390 après Jésus-Christ). Mais les laboratoires divergent nettement dans leurs mesures, en particulier le laboratoire d’Oxford, et cela uniquement pour les échantillons du Suaire. Le niveau significatif d’accord entre les trois résultats est de 5%, alors que pour les trois autres échantillons de test, le niveau significatif (montrant l’accord des mesures entre les laboratoires) est élevé (30%, 50% et 90% : voir le numéro 337 de Nature, février 1989, p. 611-615 et notre page de proposition d’expériences).
En 1993, a lieu à Rome un congrès sur le Suaire de Turin : plusieurs scientifiques s’interrogent sur les méthodes et le protocole suivis pour la datation au C14, et mettent en doute certains résultats et interprétations.
Le linceul pourrait avoir subi un enrichissement en C14 au cours de son histoire mouvementée. Les causes d’enrichissement possibles vont des échanges ioniques lors des incendies (atmosphère très chaude riche en carbone jeune, avec catalyse de traces d’argent selon Kouznetsov), présence de matières organiques inanimées ou vivantes (le tissu a été vénéré par des pèlerins et a été encensé, manipulé par beaucoup et probablement plus en touchant les bords que l’image, présence de bactéries ou de moisissures, etc.).
On possède des allusions écrites et des représentations du Suaire antérieures à la datation des laboratoires (par exemple le Codex de Pray de 1150, comme l’explique le prof. Lejeune).
Entre 1994 et 1996, l’Institut d’optique d’Orsay (A. Marion et A.-L. Courage) confirme la présence d’inscriptions en grec et latin sur le Suaire (rien en français du 13e s.).
En avril 1997, la cathédrale de Turin subit un incendie qui sera à deux doigts de détruire le linceul, sauvé par l’équipe de pompiers de la ville. 1998 est l’année du 100ème anniversaire de la photo de Secondo Pia, et le cardinal Saldarini la proclame année d’ostention. Il en sera de même lors de l’année sainte de l’an 2000. »

Abbé Ph. Dalleur
Docteur en Sciences appliquées
Docteur en Philosophie

mardi 10 avril 2007

Histoire certifiée du linceul de Turin


Histoire certifiée du linceul de Turin


« En 1357, le Saint Suaire, actuellement vénéré à Turin, apparaît dans l’église de Lirey (bâtie en 1353) en France, dans le fief de Geoffroy de Charny. Une petite pièce de plomb de 5x3 cm conservée au Musée de Cluny à Paris, montre une représentation du Suaire surmontant l’image d’une tombe appartenant à Jeanne de Vergy et à son époux Geoffroy de Charny, mort en 1356 : on date cette pièce de 1356-1370. L’évêque de Troyes à cette époque, Henri de Poitiers, est mécontent de la venue de cette nouvelle relique d’origine inconnue dans son diocèse. En 1370, toute ostension est interdite. Le Suaire est placé au Château de Montfort-en-Auxois jusqu’en 1389. Cette année-là, (lire la suite) les ostensions reprennent suite à la permission accordée par un cardinal légat et ensuite par le Pape Clément VII. Les pèlerins affluent. Mais le deuxième successeur d’Henri de Poitiers, l’évêque Pierre d’Arcis, écrit une protestation au Pape dans une lettre (l’authenticité de celle-ci est mise en doute). En tout cas, elle n’a pas eu l’effet escompté : le Pape maintint l’autorisation accordée aux chanoines de la collégiale de Lirey.
Lors de la guerre de Cent Ans, le linceul fut mis en sécurité en 1418 chez le comte de la Roche époux de Marguerite de Charny. Cette dernière refusa de rendre le Suaire aux chanoines en 1443, la dispute s’envenima et conduisit Marguerite à l’excommunication en 1457. En réalité, ayant besoin de titres ou d’argent, elle avait déjà cédé le linceul à Louis 1er, duc de Savoie, dès 1453. Cette cession se fit dans la discrétion, puisque le commerce de reliques était interdit. Le linceul se retrouve à Genève.
En 1471, la relique privée de la famille de Savoie est reconnue authentique par le Pape Sixte IV. Jules II accorda même des indulgences pour le culte de la relique. On réalisa alors plusieurs copies du Suaire. En 1502, elle sera déposée dans la chapelle du Château de Chambéry, pliée dans un reliquaire en argent.
C’est là qu’elle subira en 1532, un incendie qui brûlera en partie la relique. Une goutte d’argent liquide la transpercera. Les Clarisses de la ville la répareront. On fera alors voyager la relique un peu partout dans la région. Ce n’est qu’en 1578 que la relique sera définitivement installée à Turin.
Son histoire se déroule alors sans problème majeur jusqu’en 1898, date à laquelle Secondo Pia, un avocat italien passionné de photographie, va développer la toute première photographie du Suaire.
Le négatif par lequel il doit passer pour obtenir une telle photographie, impressionne grandement par son contraste plus réaliste que le linceul original
En 1931, lors d’une ostention, Enrié prendra des photographies plus contrastées encore.
Le reste est de l’histoire moderne.

(à suivre)

lundi 9 avril 2007

Temps pascal


Temps pascal

À une époque récente, un pieux exercice, dénommé Via lucis, s’est répandu dans certaines régions. En prenant modèle sur la Via Crucis, les fidèles, pendant la Via lucis, sont invités à parcourir un itinéraire en considérant successivement les différentes apparitions, qui permirent à Jésus - depuis sa Résurrection jusqu’à son Ascension, et dans la perspective de la Parousie - de manifester sa gloire à ses disciples, en attendant qu’ils reçoivent l’Esprit Saint qu’il leur avait promis (cf. Jn 14, 26; 16, 13-15; Lc 24, 29), de conforter leur foi, (lire la suite) de porter à leur accomplissement ses nombreux enseignements sur le Royaume, et, enfin, de définir la structure sacramentelle et hiérarchique de l’Église.
Le pieux exercice de la Via lucis permet aux fidèles d’évoquer l’événement central de la foi - la Résurrection du Christ - et leur condition de disciples, que le sacrement pascal du baptême a fait passer des ténèbres du péché à la lumière de la grâce (cf. Col 1, 13; Ep 5, 8).
Pendant des siècles, la Via Crucis, en permettant aux fidèles de participer à l’événement initial du mystère pascal - la Passion -, a contribué à fixer les divers aspects de son contenu dans la conscience du peuple. À notre époque, d’une manière équivalente, la Via lucis peut permettre de rendre présent auprès des fidèles le second moment si vital de la Pâque du Seigneur, la Résurrection, à condition que ce pieux exercice se déroule dans une grande fidélité par rapport au texte évangélique.
On dit communément: "per crucem ad lucem"; il est vrai que la Via lucis peut en outre devenir une excellente pédagogie de la foi. De fait, la Via lucis, avec la métaphore du chemin à parcourir, permet aux fidèles de mieux comprendre l’itinéraire spirituel, qui part de la constatation de la réalité de la souffrance, qui, selon le dessein de Dieu, ne constitue pas le point d’ancrage définitif de la vie humaine, et aboutit à l’espérance de rejoindre le vrai but poursuivi par chaque homme : la libération, la joie, la paix, qui sont des valeurs essentiellement pascales.
Enfin, dans une société souvent marquée par l’angoisse et le néant, qui caractérisent la "culture de la mort", la Via lucis constitue au contraire un stimulant efficace permettant d’instaurer une "culture de la vie", c’est-à-dire une culture ouverte aux attentes de l’espérance et aux certitudes de la foi.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°153.

dimanche 8 avril 2007

La Resurrection de Jesus

La Résurrection de Jésus

« Il n’est pas ici, il est ressuscité ! » Luc 24, 6). Jésus n’est donc pas dans le tombeau, ce tombeau que nous vénérons sous le nom de « saint Sépulcre ». Il n’y est pas, il n’y est plus, car il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants (cf. Matthieu 22, 32), et car il ne pouvait pas rester prisonnier de la mort (cf. Actes 2, 24). La mort ne pouvait pas le retenir, lui qui venait de la vaincre par sa propre mort sur la Croix, qui libère l’homme du péché. La mort n’avait pas d’emprise sur lui, qui est « la Vie » (Jean 14, 6), source de Vie éternelle, « le Vivant » (Apocalypse 1, 18). La mort est comme « le négatif » de Dieu… (lire la suite)
Le Christ est ressuscité ! Il avait fallu se hâter de le mettre en terre, car c’était « vraiment un grand jour que ce sabbat » (Jean 19, 31), celui au cours duquel on célébrait la Pâque, la plus solennelle des fêtes de toute l ’année. Jésus est ressuscité ! Et voilà que ce sabbat devient « le plus solennel de toute l’histoire, parce qu’avec lui le « Seigneur du sabbat » (cf. Matthieu 12, 8) porte à son accomplissement l’œuvre de la création (cf. Genèse 2, 1-4a), élevant l’homme et le cosmos tout entier à la liberté de la gloire des fils de Dieu (cf. Romains 8, 21) » (Benoît XVI, Homélie de Pâques, 16 avril 2006).

samedi 7 avril 2007

Le temps de l’Eglise


Le temps de l’Église

« Le christianisme est une religion insérée dans l’histoire ! C’est en effet sur le terrain de l’histoire que Dieu a voulu établir une alliance avec Israël et préparer ainsi la naissance de son Fils du sein de Marie « dans la plénitude des temps » (Galates 4, 4). Considéré dans son mystère divin et humain, le Christ est le fondement et le centre de l’histoire, il en est le sens et le but ultime. C’est en effet par lui, Verbe et image du Père, que « tout a été fait » (Jean 1, 3 ; cf. Colossiens 1, 15-16). Son incarnation, qui a son sommet dans le mystère pascal et dans le don de l’Esprit, constitue le cœur vibrant du temps, (lire la suite) l’heure mystérieuse où le Règne de Dieu s’est enraciné dans notre histoire comme une semence destinée à devenir un grand arbre (cf. Marc 4, 30-32) » (Jean-Paul II, lettre apostolique Novo millennio ineunte, au début du nouveau millénaire, n° 5).
La plénitude des temps coïncide donc avec la venue sur terre du Fils de Dieu, Jésus-Christ. Commencée avec l’incarnation, elle se développe, selon les plans de la sagesse divine, jusqu’à la consommation définitive qui se produira lorsque Jésus-Christ reviendra, à la fin du monde. Par la Rédemption, Jésus a reconduit les temps à Dieu, qui gouverne et dirige surnaturellement toute l’histoire.
« Nous voilà donc déjà parvenus à la fin des temps (cf. 1 Corinthiens 10, 11) ; le renouvellement de l’univers est irrévocablement établi et, en un certain sens, il a vraiment commencé dès ici-bas. Dès ici-bas l’Église est, en effet, auréolée d’une sainteté véritable, si imparfaite qu’elle soit. Mais tant qu’il n’y aura pas de nouveaux cieux et de terre nouvelle où habite la justice (cf. 2 Pierre 3, 13), l’Église voyageuse porte, dans ses sacrements et dans ses institutions, qui appartiennent à l’ère présente, le reflet de ce monde qui passe ; elle-même vit au milieu des créatures, qui jusqu’à présent soupirent et souffrent les douleurs de l’enfantement en attendant la révélation des enfants de Dieu (cf. Romains 8, 22 et 19) » (concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, n° 48).
Ce temps est celui de l’Église, fondée par Jésus-Christ et dotée par lui des moyens de salut : les sacrements, la grâce, la Parole de Dieu, une autorité qui s’exerce en son nom.