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mardi 30 novembre 2010

Boire à la coupe de la charité (1)

Boire à la coupe de la charité (1)

« L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Romains 5, 5). Fulgence de Ruspe explique cette affirmation essentielle de l’Apôtre en ces termes : « Car justement, la participation au corps et au sang du Seigneur, lorsque nous mangeons son pain et buvons à sa coupe, c’est cela qui nous invite à mourir au monde en ayant notre vie cachée avec le Christ en Dieu, et à crucifier notre chair avec ses passions et ses convoitises » (Traité contre Fabien).
Depuis notre baptême la grâce agit en nous, en nous amenant à dépouiller le « vieil homme corrompu par les convoitises trompeuses » (Ephésiens 4, 22), et donc à mortifier les tendances mauvaises que nous notons en nous. Nous sommes invités à (lire la suite) mourir aux choses de ce monde, compris ici comme faisant obstacle à notre sanctification, afin de vivre de la vie divine, qui a commencé à se manifester précisément lors de notre baptême.
La grâce de Dieu est fondamentalement une grâce d’amour. Le Seigneur nous a invités à aimer son Père par-dessus tout et à nous aimer les uns les autres : « Voici quel est mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15, 12). La vie chrétienne se résume à ce commandement de l’amour.
« C’est ainsi que tous les fidèles qui aiment Dieu et le prochain, même s‘ils ne boivent pas à la coupe de la passion corporelle, boivent cependant à la coupe de l’amour du Seigneur » (Fulgence de Ruspe, Ibid.). Nous ne participons qu’indirectement à la Passion de notre Seigneur, en nous efforçant de vivre unis au Christ et centrés sur le Sacrifice de la messe. Cette participation doit quand même solliciter tout notre être et toutes nos forces. Elle ne peut pas être fragmentaire, car nous ne nous sanctifions pas par petits bouts ou par secteurs d’activité. C’est toute notre vie qui doit être sainte.
Mais nous pouvons boire à « la coupe de l’amour du Seigneur », à la coupe de la charité. C’est-à-dire que nous devons rester attentifs à vivre la charité dans tous nos actes, et ne pas agir mus uniquement par des motifs humains, surtout pas des motifs d’autosatisfaction ou d’auto-affirmation. Après l’humilité, la charité est sans doute la vertu la plus difficile à vivre, car elle peut être mise à mal de mille manières, la plupart du temps unies d’ailleurs à l’orgueil.
« Une fois enivrés par elle », par cette coupe de l’amour, les fidèles « doivent faire mourir en eux ce qui appartient encore à la terre ; eux qui ont revêtu Jésus-Christ, qu’ils ne s’abandonnent pas aux désirs de la chair, qu’ils ne regardent pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas » (Ibid.).

(à suivre…)

lundi 29 novembre 2010

Revêtir le Christ (2)


Revêtir le Christ (2)

« Revêtez le Seigneur Jésus-Christ. » Nous atteignons d’autant plus facilement cet objectif que nous prenons l’habitude de fréquenter notre Seigneur et de découvrir sa vie, qui est d’une richesse extraordinaire, parce qu’elle est divine. « Ces minutes que tu consacres chaque jour à la lecture du Nouveau Testament, selon le conseil que je t’ai donné (essayer de bien entrer dans chaque scène, et d’y participer, comme un personnage de plus) elles sont là pour que tu incarnes, pour que “ tu accomplisses ” l’Évangile dans ta vie…, et pour “ le faire accomplir ” » (saint Josémaria, , n° 672). L’Evangile n’est pas à proprement parler une biographie du Christ. En tout cas pas selon les critères actuels de ce genre littéraire. Il est en réalité beaucoup plus que cela, (lire la suite) car il nous met en contact réel avec un personnage qui reste bien vivant : « Jésus-Christ est le même hier et aujourd'hui ; il le sera éternellement » (Hébreux 13, 8). Bien qu’il soit mort sur la Croix pour nos péchés, il est vraiment ressuscité, il « s’est ressuscité » et il est « assis à la droite de Dieu » (Colossiens 3, 1).
La lecture méditée de l’Evangile nous aide à vivre cet autre conseil de saint Paul : « Soyez des imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés » (Éphésiens 5, 1). Imitons Dieu, qui est le seul saint (cf. Lévitique 11, 44), et prenons comme modèle Jésus-Christ, qui « est l'image du Dieu invisible » (Colossiens 1, 15).Telle est la grandeur de la vie chrétienne, telle est sa beauté. Nous voyons bien qu’elle est bien autre chose que l’accomplissement coincé d’une série de préceptes. Elle est entièrement faite d’amour. Elle nous invite à nous éprendre de Dieu, à vivre avec lui, à partager son existence, pour ressembler à Jésus-Christ, qui s’est fait « obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix » (Philippiens 2, 8). Qu’elle est belle notre foi chrétienne ! Les sacrifices et les renoncements qu’elle demande en valent la peine. « Buvons jusqu’à la lie le calice de la douleur en cette pauvre vie d’à présent. — Qu’importe de souffrir dix, vingt, cinquante ans…, si c’est ensuite le ciel pour toujours, pour toujours…, pour toujours ? » (saint Josémaria, Chemin, n°182).

(fin)

dimanche 28 novembre 2010

Revêtir le Christ (1)

Revêtir le Christ (1)

« Revêtez le Seigneur Jésus-Christ » (Romains 13, 14). Ce conseil de l’Apôtre est d’une grande importance. « Si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20). Sous l’action de la grâce sanctifiante, nous devons nous identifier progressivement au Christ, changer de peau en quelque sorte, c’est-à-dire nous dépouiller du « vieil homme corrompu par les convoitises trompeuses » (Ephésiens 4, 22) que le péché nous a transmises pour revêtir « l’homme nouveau créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables » (Ephésiens 2, 24) et fait à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Genèse 1, 26). (lire la suite)
« En parlant de deux amis, nous disons que l’un s’est revêtu de l’autre pour signifier leur grand amour et leur rapport constant ; en effet, celui qui revêt quelque chose, ressemble à ce dont il est vêtu. Que le Christ apparaisse toujours en nous » (saint Jean Chrysostome, In Epistolam ad Romanos homiliae 24, 4).
« Nous devons tous être "ipse Christus" — le Christ lui-même. C'est ce que nous recommande saint Paul au nom de Dieu : "induimini Dominum Iesum Christum" — revêtez-vous de Jésus-Christ.
Que chacun d'entre nous — et toi aussi ! — examine comment il se revêt de ce vêtement dont nous parle l'Apôtre » (saint Josémaria, Forge, n° 74). C’est-à-dire dans quelle mesure nous laissons le Christ gouverner nos sens et nos puissances ; dans quelle mesure c’est la loi de la grâce et de l’amour qui commande notre comportement, et non la loi du goût et de la facilité ; dans quelle mesure nous cherchons le bien, non le mal. Même si dans tout mal nous visons en premier un certain bien… « Que chacun ne cesse de dialoguer personnellement avec le Seigneur » (Ibid.).
Dialoguer avec le Seigneur dans la prière permet de nous approprier son langage, ses paroles, ses raisonnements. Nous apprenons à être moins humains et plus divins. Il existe une « bonne divinisation », qui consiste précisément à laisser le Seigneur agir en nous. Ce n’est pas perdre sa personnalité. Car Dieu nous respecte tel que nous sommes, tels qu’il nous a créés, et donc tels qu’il nous aime. Mais il veut nous attirer à lui, car c’est le bonheur pour lequel il nous a justement créés. Il veut que nous revêtions Jésus-Christ, c’est-à-dire que nous soyons d’authentiques chrétiens, des hommes qui « respirent chrétien », qui ne se laissent pas séduire par l’air du temps ni intimider par les moqueries de nos semblables.

(à suivre…)

samedi 27 novembre 2010

Le Saint-Esprit existe (2)

Le Saint-Esprit existe (2)

Autant dire que tout le bien que nous faisons prouve l’existence du Saint-Esprit. De même que la continuité, la fidélité et la fermeté de l’enseignement que l’Eglise transmet de génération en génération, enseignement qui, pour ce qui est essentiel, est marqué au coin de l’infaillibilité. Seule l’assistance du Saint-Esprit permet un tel résultat, une telle continuité imperturbable en dépit des avatars de l’histoire. « Oui, elle est vivante, la parole de Dieu, efficace, plus affilée qu’un glaive à deux tranchants » (Hébreux 4, 12).
(lire la suite)
Et l’immense cohorte des saints et des martyrs de tous les temps est aussi un témoignage incontestable de l’action du Saint-Esprit, qui les a portés et soutenus dans leurs épreuves et leur a permis de remporter la « couronne de justice » (2 Timothée 4, 8).
L’Esprit Saint est peut-être moins méconnu de nous jours qu’à d’autres époques, ne serait-ce que grâce à la mouvance charismatique. Mais il y a sans doute encore beaucoup à faire pour que chaque baptisé se rende compte de ce qu’il doit à l’Esprit Saint, de sa dépendance à son égard pour la moindre bonne œuvre, et donc de la nécessité dans laquelle il se trouve d’avoir fréquemment recours à lui s’il veut progresser un tant soit peu, a fortiori sérieusement, sur le chemin de la sainteté. « De même que les corps transparents et brillants resplendissent et irradient la lumière quand les frappent les rayons de lumière, ainsi les âmes guidées et éclairées par le Saint-Esprit deviennent elles aussi spirituelles et portent aux autres la lumière de la grâce. Du Saint-Esprit proviennent la connaissance des choses futures, l’intelligence des mystères, la compréhension des vérités cachées, la distribution des dons, la citoyenneté céleste, la conversation avec les anges. De lui proviennent la joie qui ne connaît pas de fin, la persévérance en Dieu, la ressemblance avec Dieu et ce que l’on peut s’imaginer de plus merveilleux : devenir Dieu » (saint Basile, De Spiritu Sancto 9, 23), c’est-à-dire se « diviniser », ce à quoi se ramène la sainteté.
Nous devons être très reconnaissants au Saint-Esprit pour son action de tous les instants dans notre âme, en lui demandant pardon pour toutes les fois, si nombreuses, où nous ne savons pas, où nous ne voulons pas, l’écouter et où nous n’en faisons qu’à notre tête. Mal nous en prend. Nous nous en mordons les doigts a posteriori. Et nous tirons à grand peine une expérience de nos fautes. Si nous aimons davantage l’Esprit Saint, qui est précisément l’Esprit d’Amour, il nous sera plus facile de bien agir, ou réagir. Et nous serons plus heureux, car plus proches de Dieu. « Aimez la Troisième Personne de la Sainte Trinité, écoutez dans l’intimité de votre ère les motions divines, qui sont autant d’encouragements et de reproches. Que la lumière qui se répand en votre âme éclaire aussi votre chemin sur la terre; et le Dieu de l’espérance vous comblera de paix, pour que cette espérance augmente sans cesse en vous par la vertu du Saint-Esprit » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 133).

(fin)

vendredi 26 novembre 2010

Le Saint-Esprit existe (1)

Le Saint-Esprit existe (1)

Jésus avait annoncé à ses disciples : « Et moi, je demanderai au Père de vous envoyer un autre Intercesseur, qui soit à demeure avec vous » (Jean 14, 16). Effectivement, le Saint-Esprit est venu dans notre monde le jour de la Pentecôte, en faisant irruption dans le Cénacle où les apôtres et les disciples se trouvaient réunis « ainsi que des femmes, Marie, la Mère de Jésus, et ses frères » (Actes 1, 14). « Et ils virent apparaître des langues séparées, pareilles à du feu, qui se posèrent sur chacun d’eux » (Actes 2, 3).
Mais l’action du Saint-Esprit est habituellement cachée, (lire la suite) elle se déroule dans le sanctuaire de l’âme. « Il est, comme le dit l’hymne liturgique, dispensateur des grâces, lumière des cœurs, hôte de l’âme, repos dans le travail, réconfort dans les larmes. Sans son aide, rien ne subsiste dans l’homme qui ne soit péché, car c’est lui qui lave les souillures, guérit les blessures, incendie les froideurs, redresse les erreurs et conduit les hommes au port du salut et de la joie éternelle » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 130). Son action est, pourrait-on dire, tous azimuts. Elle permet d’aller vers Dieu en toutes circonstances et dans toutes les situations de la vie.
L’action efficace de l’Esprit Saint ne se remarque pas ouvertement. Elle n’en est pas moins réelle. L’Esprit guide l’Eglise, comme il appert de pratiquement toutes les pages des Actes des apôtres. Il oriente également notre vie de piété. « Avant que Jésus fût crucifié, écrit saint Jean Chrysostome, il n’y avait pas de réconciliation. Et tant qu’il n’y eut pas de réconciliation, le Saint-Esprit ne fut pas envoyé... L’absence du Saint-Esprit était une preuve de la colère divine. Maintenant que tu vois qu’Il est envoyé en plénitude, ne doute pas de la réconciliation. Mais si quelqu’un demandait où se trouve maintenant le Saint-Esprit, l’on pourrait parler de sa présence quand se produisaient les miracles, quand les morts ressuscitaient et quand les lépreux étaient guéris. Comment savoir qu’Il est vraiment présent maintenant ? Ne vous inquiétez pas. je vais vous démontrer que le Saint-Esprit est maintenant aussi parmi nous...
Si le Saint-Esprit n’existait pas, nous ne pourrions pas dire : Seigneur Jésus, car personne ne peut invoquer Jésus en tant que Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint (1 Corinthiens 12, 3). Si le Saint-Esprit n’existait pas, nous ne pourrions pas prier avec confiance. En effet, quand nous prions, nous disons : Notre Père qui es aux cieux (Matthieu 6, 9). Si le Saint-Esprit n’existait pas, nous ne pourrions pas appeler Dieu notre Père. Comment le savons-nous ? Parce que l’Apôtre nous l’apprend : Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie — Abba, Père (Galates 4, 6).
Par conséquent, lorsque tu invoques Dieu le Père, souviens-toi que c’est l’action du Saint-Esprit en ton âme qui t’a inspiré cette prière. Si le Saint-Esprit n’était pas présent, l'Église n’existerait pas. Mais si l'Église existe, il est certain que le Saint-Esprit ne fait pas défaut » (Sermones panegeryci in Solemnitate D. N. Jesu Christi, hom. 1).

(à suivre…)

jeudi 25 novembre 2010

Le miel de la sagesse (2)

Le miel de la sagesse (2)

Nous parlions du « miel de la Sagesse », de son action pour notre profit.
Vraiment la Sagesse « se montre sans peine à ceux qui l’aiment et se laisse trouver par ceux qui la cherchent » (Sagesse 6, 12). Et le livre sacré ajoute qu’elle « prévient en se révélant la première ceux qui la désirent » (Sagesse 6, 13). Encore une fois, c’est Dieu qui prend l’initiative, qui sort à notre rencontre, qui vient nous chercher là où nous sommes, dans notre vie ordinaire, pour lui insuffler un dynamisme surnaturel, l’élever au plan des réalités éternelles, lui donner un goût de divin.
(lire la suite)
« Elle est le resplendissement de la lumière éternelle, le miroir sans tache des opérations de Dieu et l’image de sa bonté » (Sagesse 7, 26). Bonté de Dieu qui vient nous chercher. Bonté de Dieu qui sollicite un peu d’amour de notre part. Bonté de Dieu qui nous appelle ses amis. Bonté qui ne se dément jamais. Bonté que nous n’arrivons pas à décourager par nos esclandres.
Aimons les commandements de Dieu et la grâce nous inondera de bonheur. Il nous rendra forts et inébranlables dans la foi et résolus à être fidèles à l’appel à la sainteté qui ne cesse de retentir dans notre cœur, grâce à la présence mystérieuse et agissante de l’Esprit Saint.

(fin)

mercredi 24 novembre 2010

Le miel de la sagesse (1)

Le miel de la sagesse (1)

« Mon fils, mange du miel, car il est bon ; un rayon de miel est doux à ton palais. Sache que la sagesse est la même chose pour ton âme ; si tu l’acquiers, il est un avenir, et ton espérance ne paraîtra pas frustrée » (Proverbes 24, 13-14). « Elle est pour les hommes un trésor inépuisable ; ceux qui en usent obtiendront l’amitié de Dieu » (Sagesse 7, 14). L’amitié est toujours quelque chose de précieux. L’homme recherche des amis sur lesquels il puisse compter à la vie à la mort. L’amitié avec Dieu les surpasse toutes. (lire la suite)
Ces liens d’amitié sont tissés par Dieu lui-même : « Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; vous, je vous ai appelés amis » (Jean 15, 15). Mais cette amitié se fonde sur une relation de confiance : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous prescris » (Jean 15, 14), si vous observez mes commandements.
Ecoutons donc ce que le Seigneur nous dit. Ce sont des paroles de vie. « Ecoutez, car j’ai à dire des choses magnifiques, et mes lèvres s’ouvrent pour enseigner ce qui est droit. Oui ma bouche profère la vérité et mes lèvres ont l’iniquité en horreur. Toutes les paroles de ma bouche sont justes : il n’y a rien en elles de faux ni de tortueux » (Proverbes 8, 6-8). Ce sont des paroles qui tracent un chemin, celui de l’obéissance aux commandements de Dieu. Ce que le Seigneur nous demande n’est pas au-dessus de nos forces. Il prend bien soin de le préciser : « Mon joug est agréable et mon fardeau léger » (Matthieu 11, 30). Celui qui écoute la voix de la Sagesse et qui entreprend de suivre le Christ en fait rapidement l’expérience. Le Seigneur n’écrase pas. Il fait tout pour alléger le poids qui repose sur nos épaules. « Qu'y avait-il à faire de plus à ma vigne, que je n'aie pas fait pour elle ? » (Isaïe 5, 4).
En vérité, il a tout fait. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés : demeurez dans cet amour que j’ai pour vous » (Jean 15, 9). La Sagesse précise : « J’aime ceux qui m’aiment, et ceux qui me cherchent avec empressement me trouvent » (Proverbes 8, 17). Dieu aime tout homme et a donné sa vie pour tous les hommes. Mais il aime d’un amour spécial ceux qui répondent à cet amour initial. Il est, disons, très « réactif » à notre réponse. Agir par amour de Dieu, chercher à lui faire plaisir, nous fait entrer dans une spirale vertueuse, où le bien suscite davantage de bien, de plus en plus de bien. Il n’y a pas de limite à cette croissance, parce que Dieu est lui-même le Bien absolu.

(à suivre…)

mardi 23 novembre 2010

Fréquenter le Christ (2)


Fréquenter le Christ (2)

Mais notre Seigneur ne se contente pas de conseiller de l’extérieur. Il accompagne, il est un « collaborateur pour toutes les activités nobles de (la) vie quotidienne ». Son assistance est fort utile, et même nécessaire, car il nous a fait savoir que sans lui, nous ne pouvons rien faire (cf. Jean 15, 5). Ce qui est notre expérience universelle. Il est bien vrai que dès que nous oublions le Seigneur, dès que nous cessons de le fréquenter, tout devient difficile, l’horizon s’obscurcit et nous nous décourageons.
Il convient de fréquenter Jésus. Et où le trouvons-nous ? Fondamentalement dans le Pain et la Parole, dans l’Eucharistie et dans la Sainte Ecriture, qui est la Parole de Dieu adressée aux hommes et (lire la suite) consignée par écrit avec l’assistance du Saint-Esprit. Nous ne pouvons pas rêver mieux. Rien ne peut rivaliser avec cette Parole. Jésus est la Parole de vérité : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68). Car il est la Parole du Père et la Parole incarnée, faite homme pour être accessible.
Oui, le Fils de Dieu s’est fait homme, dans sa très Sainte Humanité il nous est devenu très accessible, il est très proche de nous. Il est facile de le fréquenter puisqu’il est homme, « égal à nous en tout hormis le péché » (préface de la prière eucharistique n°4). Il a un Cœur qui nous aime, qui bat pour nous. Que pouvons-nous vouloir d’autre ? En fréquentant Jésus dans sa très Sainte Humanité, au contact de cet Amour « naitra l’amour ». Nous nous sentons poussés à aimer à notre tour, à tâcher d’aimer un tel Dieu, d’aimer nos semblables qui sont aussi le prochain du Christ, d’aimer la vie qu’il a voulue pour nous et qui est la voie ordinaire de notre sainteté.
Fréquentons donc Jésus-Christ, et fréquentons-le en passant par Marie, sa Mère au Cœur tendre entre tous, et notre Mère. Mieux que quiconque, elle nous apprend à fréquenter son divin Fils, afin de le connaître de mieux en mieux, de vivre avec lui, et de croître en amour généreux.

(fin)

lundi 22 novembre 2010

Fréquenter le Christ (1)


Fréquenter le Christ (1)

« Pour connaître Jésus, un seul moyen : le fréquenter ! En Lui, tu trouveras toujours un Père, un Ami, un Conseiller et un Collaborateur pour toutes les activités nobles de ta vie quotidienne…
— Et de cette fréquentation naîtra l’Amour » (saint Josémaria, Sillon, n°662). C’est un conseil éprouvé. Fréquenter le Christ pour le connaître. Et nous avons besoin de connaître le Christ, car il est la Personne qui devrait nous être la plus chère en tant que notre Sauveur et notre Rédempteur, et qui nous est la plus intime, puisqu’il habite dans notre âme en état de grâce, conjointement au Père et au Saint-Esprit, et qu’il se donne à nous dans le sacrement de l’Eucharistie, dans lequel il est réellement, véritablement et substantiellement vivant.
(lire la suite)
Deux connaissances se fréquentent. Autrement il s’agit d’inconnus ou d’indifférents. Et il est tout à notre avantage de fréquenter le Seigneur, car il est la Vérité. Lui-même l’a affirmé nettement : « C’est moi la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). En dehors de lui il n’existe pas de vérité. Toute vérité humaine participe de la Vérité divine, en est une lueur. En même temps le Christ est la Voie, car il est le chemin à emprunter pour aller au Père : « Personne ne va au Père que par moi » (Jean 14, 6). Et nous voulons vivre de notre filiation divine, fondement de toute notre existence chrétienne. Jésus ajoute qu’il est la Vie. En lui « nous avons la vie, le mouvement et l'être » (Actes 17, 27). « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle » (Jean 6, 54). « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; bien plus, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jean 4, 14).
Être avec le Christ, c’est se trouver en sécurité, à l’abri des dangers du chemin, protégé contre les embûches du démon. C’est partager l’existence de l’Ami véritable, l’unique ami en qui nous pouvons avoir pleinement confiance, qui ne déçoit ni ne trahit jamais. L’Ami auprès de qui nous ne cessons d’apprendre des choses utiles pour le gouvernement de notre vie, pour nous débrouiller dans l’existence et savoir comment nous tirer d’affaire dans les difficultés.
Il est effectivement le Conseiller avisé, qui a toujours une bonne solution à nous proposer et que rien n’arrête.

(à suivre…)

dimanche 21 novembre 2010

La Liturgie céleste (21)

La Liturgie céleste (21)

Si la messe possède quatre finalités : de louange, d'adoration, d'expiation, d'impétration ou de demande, nous pouvons dire avec Benoît XVI que, « spécialement dans la liturgie eucharistique, il nous est donné de goûter l'accomplissement eschatologique vers lequel tout homme et toute la création sont en chemin (cf. Romains 8, 19) » (exhort. ap. post-synodale Sacramentum caritatis, n° 30), puisque la dimension de louange est caractéristique de la liturgie céleste. Les hiérarchies célestes et les élus passeront leur éternité dans la louange éperdue de Dieu. « Tu es digne, notre Seigneur et Dieu, de recevoir la gloire, l'honneur et la puissance, car c'est toi qui as créé toutes choses, et c'est par ta volonté qu'elles ont eu l'existence et ont été créées » (Apocalypse 4, 11). (lire la suite) « Il est digne, l'Agneau qui a été égorgé, de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction. (...) À Celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau soient la bénédiction, l'honneur, la gloire et la domination pour les siècles des siècles ! » (Apocalypse 5, 12.13). « Alleluia ! Car le Seigneur, notre Dieu, le Tout-Puissant, a pris possession de la royauté. - Réjouissons-nous, soyons dans l'allégresse et rendons-lui gloire, car les noces de l'Agneau sont venues, son Épouse s'est parée » (Apocalypse 19, 6-7). « Amen ! Que la bénédiction, la gloire, la sagesse, l'action de grâces, l'honneur, la puissance et la force soient à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen ! » (Apocalypse 7, 12). Et la foule immense des élus criait : « Le salut appartient à notre Dieu qui est assis sur le trône et à l'Agneau » (Apocalypse 7, 10). "Les vingt-quatre vieillards et les quatre animaux se prosternèrent et adorèrent Dieu assis sur le trône, en disant : « Amen : Alleluia ! » Et il vint du trône une voix qui disait : « Louez notre Dieu, vous tous, ses serviteurs, et vous qui le craignez, petits et grands ! » (Apocalypse 19, 4-5).

(fin)

samedi 20 novembre 2010

La Liturgie céleste (20)

La Liturgie céleste (20)

La prière, qui est un mode d'expression de la liturgie, n'aura plus raison d'être (cf. saint Augustin, Sermon 99, 1). Elle laissera la place à la louange incessante du Dieu trois fois Saint : « Finies la corruption et l'indigence pour les fidèles ressuscités ; plus de sujet de souffrance. Une voix semblera nous dire : Asseyez-vous et mangez, comme elle disait tout à l'heure : Reposez-vous et voyez. Nous nous reposerons donc et nous verrons Dieu tel qu'il est, et de cette vision jaillira la louange de Dieu. Telle sera la vie des saints, telle l'action de l'âme en repos : une louange sans fin et non pas louange d'un jour ; mais comme ce jour lui-même ne connaîtra pas de déclin, la louange retentira dans les siècles des siècles. Écoute comme l'Écriture exprime à Dieu ce désir de nos cœurs : (lire la suite) Heureux, Seigneur, ceux qui habitent votre maison ; ils vous loueront dans les siècles des siècles (Psaume 83, 5) » (Sermon 362, 31).
Voici d'après l'Écriture ce que nous ferons là-haut, dit encore saint Augustin : « Toute notre occupation tiendra en deux mots : Amen, Alleluia ! (...) Amen veut dire : c'est vrai ; Alleluia veut dire : louez Dieu (...). Et quand nous dirons c'est vrai, c'est Amen que nous dirons, mais avec un rassasiement en quelque sorte insatiable. Comme rien ne manquera à l'âme, ce sera le rassasiement, mais comme cette vérité qui ne nous manquera jamais, nous réjouira toujours, toujours elle produira, si je puis dire, un insatiable rassasiement ; et plus ce rassasiement sera insatiable de vérité, plus l'âme répétera avec une insatiable vérité : Amen ! Mais quelle merveille ! (...) Et parce que, sans le moindre ennui, et dans une délectation perpétuelle, nous contemplerons le vrai, parce qu'il brillera à nos yeux d'une invincible évidence, tout brûlants d'amour pour cette vérité, nous livrant à elle avec un délicieux et chaste embrassement, mais celui-là tout spirituel, nous ferons entendre le mot de la louange et nous dirons : Alleluia ! Et par l'effet de cette charité ardente que les habitants de la cité sainte ressentiront pour leurs frères et pour Dieu, tous, à l'envi, s'entraîneront à cette louange, et ils diront : Alleluia parce qu'ils diront : Amen ! » (Sermon 362, 29).
D'après sainte Thérèse, tous les biens du monde sont incapables de faire goûter à l'homme en mille ans cette joie qui lui est donnée par Dieu en un seul instant (cf. sainte Thérèse d'Avila, Pensées sur l'Amour de Dieu 4).

(à suivre…)

vendredi 19 novembre 2010

La Liturgie céleste (19)

La Liturgie céleste (19)

B) Le Christ reviendra « juger les vivants et les morts »

Le Livre de l'Apocalypse se clôt sur une invitation pressante : Amen ! Marana tha, « viens, Seigneur Jésus ! » (Apocalypse 22, 21). « La résurrection de tous les morts, « des justes et des pécheurs », précédera le Jugement dernier. Ce sera « l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation » ( Jn 5, 28-29). Alors le Christ « viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle » (Matthieu 25, 31.32.46) » (lire la suite) (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1038). « Alors le juste se dressera en grande assurance, en face de ceux qui l'ont persécuté et qui méprisaient ses labeurs. À cette vue ils seront agités d'une horrible épouvante, ils seront dans la stupeur devant ce salut inespéré » (Sagesse 5, 1-2). Si je voulais parler de liberté liturgique, j'indiquerai, mais c'est un peu forcer son sujet, que notre liberté décide de notre participation à la liturgie céleste ou de notre exclusion.
Cet événement eschatologique, dont nous ignorons le jour et l'heure, mettra à nu face au Christ la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu (cf. Jean 12, 49). Il ne s'agit pas de juger de nouveau ceux qui étaient morts à ce moment-là, puisque le jugement particulier à scellé définitivement leur sort. Mais la convocation de toutes les créatures, angéliques, humaines et matérielles, permettra que retentisse la parole définitive de Dieu sur toute l'histoire. « Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort » (cf. Cantique des cantiques 8, 6) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1040).
Alors l’Église sera « consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection » (Concile Vatican II, const. dogm. Lumen gentium n° 48). Ce seront « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » (2 Pierre 3, 13). Les élus formeront "la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (cf. Apocalypse 21, 2), « l’Épouse de l’Agneau » (Apocalypse 21, 9) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1045). Le cosmos lui-même sera régénéré, car « la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption. (...) Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule ; nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps » (Romains 8, 19-23).

(à suivre…)

jeudi 18 novembre 2010

La Liturgie céleste (18)

La Liturgie céleste (18)

« Alors la vision fera place à la foi ; parvenus au terme, nous tiendrons (tout le bien), et la réalité fera place à l'espérance. Et qu'adviendra-t-il de la charité ? Après avoir été ici-bas, cessera-t-elle là-haut ? Si nous aimons tout en croyant et sans voir, quel sera notre amour quand il s'alimentera de la vision et de la possession ! Il y aura donc là-haut la charité, et elle sera parfaite, selon la parole de l'Apôtre : « La foi, l'espérance, la charité : trois choses, mais la plus grande des trois est la charité » (Romains 13, 13) » (Saint Augustin, Sermon 98, 9). (lire la suite)
« Nous allons penser à ce que doit être le ciel, disait saint Josémaria. Ce que « l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment ». Imaginez-vous ce que c'est que d'y arriver, de rencontrer Dieu, de contempler cette beauté, cet amour qui inonde nos cœurs, qui rassasie sans pourtant rassasier ? Je me demande souvent tous les jours : Comment sera-ce lorsque toute la beauté, toute la bonté, toute la merveille infinie de Dieu inondera ce pauvre vase d'argile que je suis, que nous sommes tous ? Alors je comprends bien ce que dit l'Apôtre : « Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu... » Cela en vaut la peine, mes enfants, cela en vaut la peine » (Bulletin d'information, n° 1). Oui, nous serons à celui qui est la Beauté même, la Perfection même...
Nous aurons atteint un état de perfection, relative certes, et graduée selon le degré de sainteté auquel nous serons parvenus. Mais nul n'ambitionnera autre chose que ce qu'il a. Il sera parfaitement comblé. Il aura reçu la mesure de gloire qu'il est capable d'accueillir. Au ciel, que Dante appelle le « concile des bienheureux » (Dante, La Divine comédie. Le Purgatoire, chant 21, 18), chacun sera pleinement heureux. « Il n'est pas possible de savoir quel sera le degré de gloire proportionné aux mérites de chacun. Il n'y a point de doute pourtant qu'il n'y ait beaucoup de différences en cela. Et c'est encore un des grands biens de cette Cité, que l'on ne portera point envie à ceux qu'on verra au-dessus de soi, comme maintenant les anges ne sont point envieux de la gloire des archanges (...). Chacun donc possédera tellement son don, l'un plus grand, l'autre plus petit, qu'il aura encore le don de n'en point désirer de plus grand que le sien » (saint Augustin, De Civitate Dei, L. 22, c. 30).
Mais nous attendons le retour du Seigneur dans sa gloire à la fin des temps.

(à suivre…)

mercredi 17 novembre 2010

La Liturgie céleste (17)


La Liturgie céleste (17)

c) Le ciel. Venons-en au ciel. Nous abordons ici de plein pied la liturgie céleste. Mais rappelons-nous ce que nous avons dit au sujet des indulgences plénières, du scapulaire, des suffrages, notamment le trentain grégorien. Il n'est pas exclu, malgré l'indignité de notre vie, que nous puissions sauter à pieds joints par-dessus le purgatoire pour entrer directement au ciel. Que le Seigneur Tout-Puissant veuille bien nous accorder cette grâce. Mais nous nous en remettons à sa Sagesse et à sa Justice.
Parlant de la Providence à sainte Catherine de Sienne, Dieu lui disait : « Je t’ai exposé son œuvre [de la Providence] depuis le commencement de la création jusqu’à la fin du monde, et je t’ai dit comment j’ai tout fait et fais tout, avec une divine et souveraine prévoyance, vous envoyant ou permettant (lire la suite) tout ce qui vous arrive, les tribulations aussi bien que les consolations spirituelles ou temporelles. Tout est pour votre bien, pour que vous soyez sanctifiés en moi et que ma vérité s’accomplisse en vous ; car ma vérité est, et a toujours été, que je vous ai créés pour que vous ayez la vie éternelle, et je vous ai manifesté cette vérité dans le Sang du Verbe, mon Fils unique » (Bienheureux Raymond de Capoue, Vie de sainte Catherine de Sienne). Tel est le dessein éternel de Dieu à l'égard de tout homme.
Avec le ciel, nous changeons de registre. « Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiées, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils le voient « tel qu’il est » (1 Jean 3, 2), face à face » (cf. 1 Co 13, 12 ; Ap 22, 4) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1023). « Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée « le ciel » (Ibid., n° 1024). « La jouissance ici-bas est si modique qu'elle est tout entière dans l'âme, tandis que là-haut elle ne pourra entrer tout entière, mais ce sera l'âme qui entrera dans elle, selon cette expression de saint Augustin : Toute la joie n'entrera pas dans ceux qui se réjouiront, mais ce seront eux qui entreront tout entiers dans cette joie » (Saint Thomas d'Aquin, Opusc. 62 De Beatitudine, c. 3, 2).
« Nous sommes appelés à voir toutes les perfections divines unies, identifiées dans leur source commune, la Déité ; à saisir comment la Miséricorde la plus tendre et la Justice la plus inflexible procèdent d'un seul et même Amour infiniment généreux et infiniment saint (...). Nous sommes appelés à voir comment cet Amour, même en son bon plaisir le plus libre, s'identifie avec la pure Sagesse ; comment rien en lui qui ne soit sage, et rien dans la Sagesse qui ne se convertisse en amour ; à voir comment cet Amour s'identifie avec le souverain Bien aimé de toute éternité, comment la divine Sagesse s'identifie avec la Vérité première toujours connue, comment toutes ces perfections s'harmonisent et ne font qu'un dans l'essence même de Celui qui est » (R. Garrigou-Lagrange, La pleine perfection de la vie chrétienne).

(à suivre…)

mardi 16 novembre 2010

La Liturgie céleste (16)

La Liturgie céleste (16)

Mais quelle différence entre le purgatoire et l'enfer, puisque le salut de ces âmes est assuré ! Dante décrit l'arrivée au purgatoire, en venant de l'enfer : « Comme nous tournions à cet endroit, des voix chantèrent : Beati pauperes spiritu, avec tant de suavité que le parole ne saurait l'exprimer. Ah ! combien ces passages diffèrent de ceux de l'enfer ! car ici on entre parmi des chants, et là-bas parmi de farouches lamentations » (Dante, La Divine comédie. Le Purgatoire, chant 12, 109-114).
De plus, s'agissant d'élus, ces âmes sont remplies de charité, d'un amour qui ne fait que croître en fonction de leur purification. (lire la suite) Un amour qu'elles sont toutes disposées à nous faire partager pourvu que nous pensions à prier pour elles, comme nous l'avons dit précédemment. Mais répétons cette invitation avec Thomas More. Ce sont les âmes du purgatoire qui nous parlent : « Nous vous souhaitons la grâce d'assister une fois - pourvu que ce fût sans souffrir - à l'arrivée d'une âme au purgatoire. Quelle confusion, quel supplice, pour le nouveau-venu, quand son regard rencontre ceux des gens qu'il chérissait, et qu'il a néanmoins laissé complètement tomber ! Non pas qu'il décèle la moindre colère chez ses compagnons, mais le spectacle bouleversant de leur agonie lui remet en esprit son odieuse négligence, et ce souvenir, croyez-nous, n'est pas la moins pénible des souffrances qu'il endure ici. Que Dieu vous fasse la grâce d'échapper à ce tourment, ainsi qu'aux autres. Que notre folie, chers amis, vous donne une leçon de sagesse. Envoyez ici vos prières, envoyez-nous vos aumônes. Celui qui allume la chandelle d'un autre n'est pas moins éclairé, et celui qui souffle sur le feu pour réchauffer un autre s'y réchauffe en même temps. De même, chers amis, le bien que vous envoyez ici devant vous, tout en nous procurant un grand soulagement, est mis tout entier de côté pour vous, et enrichi par surcroît des prières que nous offrons pour vous » (La Supplication des âmes).

(à suivre…)


lundi 15 novembre 2010

La Liturgie céleste (15)

La Liturgie céleste (15)

Il vaut la peine d'insister sur la composante de miséricorde divine dans l'existence du purgatoire. Voici une âme qui est restée fidèle à Dieu jusqu'au terme de sa vie, mais qui n'a pas encore revêtu le vêtement de noce (cf. Matthieu 22, 12) et n'est donc pas digne d'être admise en la présence de Dieu. Le purgatoire lui permet de parfaire sa purification. Le cardinal Daniélou y voyait un des mystères les plus évidents de notre foi. Je le cite : « L'objet de la foi est le dessein de l'amour de Dieu pour nous. Elle nous montre en Jésus-Christ le visage authentique de l'homme, c'est-à-dire ce que Dieu cherche à réaliser en l'homme, (...) en sorte qu'on puisse dire que l'existence chrétienne, et simplement l'existence humaine, n'est finalement qu'un processus de transformation en Jésus-Christ. Et tous nous devons y passer.. (lire la suite) Il y a ceux qui auront commencé un peu en cette vie, plus ou moins. Et pour ceux qui ne l'auront pas fait, il faudra bien le faire après la mort. C'est en ce sens que le mystère du Purgatoire est pour moi un des mystères les plus évidents de la foi, car quand on voit la manière dont la plupart des pauvres hommes et des pauvres femmes arrivent au seuil de la mort, et qu'on pense qu'ils sont destinés à contempler éternellement la bienheureuse Trinité, on comprend qu'ils auront besoin d'un sérieux moment d'éducation, de purification et d'adaptation. Finalement, être chrétien, c'est avoir commencé, bien timidement, bien maladroitement, d'exercer ce qui sera notre occupation éternelle, c'est-à-dire contempler les choses divines » (La foi de toujours et l'homme d'aujourd'hui).
L'abbé Charles Arminjon, qui exerça une influence certaine sur la petite Thérèse, nous rappelle que « l'Église, au Canon de la messe, offre à Dieu ses suffrages afin d'obtenir pour ces âmes locum lucis, un lieu de lumière : d'où il suit qu'elles sont dans la nuit et enveloppées de ténèbres épaisses et impénétrables. - Elle demande pour elles locum refrigerii, un lieu de rafraîchissement : d'où il suit qu'elles sont dans d'intolérables ardeurs. - Elle demande pour elles locum pacis, un lieu de paix : d'où il suit qu'elles sont livrées à des inquiétudes et à d'inexprimables anxiétés » (Fin du monde présent et mystères de la vie future).
Si les âmes du purgatoire ont la certitude d'être sauvées, leur état n'est pas une partie de plaisir. On y retrouve la peine du dam, mais provisoire, et le « feu purificateur », mentionné il y a un instant par le Catéchisme. L'ange gardien de sœur Faustine, l'apôtre de la divine miséricorde, la conduisit un jour « dans un endroit ténébreux et rempli de flammes. Dans ces flammes - des âmes souffrantes. Elle prient ardemment, mais sans effet pour elles-mêmes. Nous seuls pouvons les secourir. Les flammes qui les brûlent ne me touchaient pas. Mon ange gardien ne me quittait pas d'une semelle. Je demandai à des âmes : « Quelle est votre plus grande souffrance ? » Elles me répondirent d'une seule voix : « Notre plus grande souffrance, c'est la faim de Dieu. » J'ai vu la Sainte Vierge visitant les âmes du purgatoire. Elle leur apporte du réconfort » (M. Winowska, L'icône du Christ miséricordieux).

(à suivre…)

dimanche 14 novembre 2010

La Liturgie céleste (14)

La Liturgie céleste (14)

b) Le purgatoire. La deuxième voie présente un embranchement à son origine. En effet, « ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1030). Cette purification finale des élus, que l'Église appelle purgatoire, est une doctrine de foi, formulée surtout aux conciles de Florence et de Trente. Comme toute doctrine professée par l'Église et devant être crue par tous, elle s'appuie sur la Sainte Écriture. Par exemple ce texte de la première Corinthienne ou il est question du « Jour du Seigneur » et donc du jugement : « Si l'œuvre bâtie dessus tient bon, l'ouvrier recevra son salaire ; si l'œuvre vient à être brûlée, l'ouvrier en portera le dommage ; lui personnellement, sera sauvé, mais comme en passant au travers du feu » (1 Corinthiens 3, 14-15). (lire la suite) Ou encore ce texte de Pierre où il est dit que « votre foi aura été éprouvée - elle est beaucoup plus précieuse que l'or périssable qu'on éprouve pourtant par le feu - vous vaudra louange, gloire et honneur lors de la manifestation de Jésus-Christ » (1 Pierre 1, 7).
À partir de ces textes, la tradition de l'Église « parle d'un feu purificateur », nous dit le Catéchisme, qui cite ici saint Grégoire le Grand : « Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur (Matthieu 12, 31). Dans cette sentence nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur » (saint Grégoire le Grand, Dialogues 4, 39).
Évidemment, le diable est intéressé à ce que nous ne croyions pas en l'existence du purgatoire, qui est pourtant une preuve manifeste de la miséricorde et de la justice de Dieu. Voyons ce qu'en dit saint Thomas More dans un de ses écrits intitulé La Supplication des âmes, dans laquelle les âmes du purgatoire s'adressent à ceux qui sont sur terre. « Si, à chaque confession accompagnée de contrition et de ferme propos, Dieu se faisait une règle de pardonner sans qu'il reste rien à payer, ni aucune compensation à offrir - la Passion du Christ suffisant à régler la dette du péché - cette largesse serait presque un encouragement à pécher sans se gêner (...). Ce lieu, où nous expions pour un temps, ne satisfait pas seulement aux exigences de la justice de Dieu : il proclame aussi sa miséricordieuse bonté. D'abord parce que la peine, tout atroce qu'elle est, ne correspond pas, tant s'en faut, à la gravité du péché ; et surtout parce que la bonté divine, en faisant craindre aux hommes cette peine, les rend moins hardis à pécher et moins négligents à faire pénitence, et par là elle les préserve de la peine éternelle ».

(à suivre…)

samedi 13 novembre 2010

La Liturgie céleste (13)

La Liturgie céleste (13)

II. L'eschatologie collective

Bien des choses échappent à notre compréhension, car elles sont le fait de Dieu Tout-Puissant. Dans chaque cas, comme l'indique saint Thomas, « toute l'explication du fait se trouve dans la puissance de celui qui l'accomplit » (saint Thomas d'Aquin, Somme théologique III, q. 3 a. 6) et qui est notre Dieu. Nous regroupons sous ce titre deux aspects : la réalité de l'enfer, du purgatoire et du ciel d'abord (A), puis la deuxième venue du Seigneur, qui « reviendra juger les vivants et les morts », comme nous le confessons dans le Credo (B). (lire la suite)

A. Les états des défunts

Deux routes s'ouvrent devant nous, disais-je. Celle de l'enfer, « pavée de bonnes intentions », comme le dit la sagesse populaire, celle de la gloire du paradis.
a) L'enfer. « L’enseignement de l’Église affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, « le feu éternel » (). La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été crée et auxquels il aspire » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1035).
« Il y a un enfer. — C’est une affirmation qui a l’air à tes yeux d’une lapalissade. — Je vais te la répéter : il y a un enfer ! Sois mon écho, opportunément, à l’oreille de tel ou tel de tes camarades… » (saint Josémaria, Chemin, n° 749). « Jésus parle souvent de la « géhenne » du « feu qui ne s’éteint pas » (cf. Matthieu 5, 22. 29 ; 13, 42.50 ; Marc 9, 43-4), réservé à ceux qui refusent jusqu’à la fin de leur vie de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus à la fois l’âme et le corps (cf. Matthieu 10, 28). Jésus annonce en termes graves qu’il « enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité (...), et les jetteront dans la fournaise ardente » (Matthieu 13, 41-4), et qu’il prononcera la condamnation : « Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel ! » (Matthieu 25, 41) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1034).
« Dieu ne prédestine personne à aller en enfer ; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin » (Ibid., n° 1037). Si le Seigneur parle d'un feu qui ne s'éteint pas, et qui, bien sûr, n'a pas la nature de celui que nous connaissons, d'autant qu'il brûle l'âme, avant la résurrection des corps, la principale peine de l'enfer est la peine du dam, du latin damnum, « perte », qui consiste en la privation éternelle de la vision de Dieu, pour laquelle l'homme a été créé. C'est un « état d'auto-exclusion de Dieu » (Ibid., n° 1033). Sachant qu'il en est responsable, l'homme n'en sera que plus aigri, plus haineux.

(à suivre…)

vendredi 12 novembre 2010

La Liturgie céleste (12)

Notre foi catholique nous dit clairement que l'âme qui passe en jugement se trouve face à une double voie : celle qui conduit au ciel et celle qui mène en enfer, la première comportant un accès détourné, le purgatoire. La parabole, déjà évoquée, du riche qui banquetait à qui mieux mieux tout en restant indifférent au pauvre Lazare qui se trouvait à la porte de son palais, montre bien le caractère définitif de la sentence. « Abraham dit : « Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens durant ta vie, et Lazare pareillement ses maux. Maintenant il est consolé ici, et toi, tu souffres. De plus il a été établi un grand vide entre nous et vous, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici chez vous ne le pourraient pas, et ceux de là-bas ne traversent pas non plus pour venir à nous » (Luc 16, 25-26). (lire la suite)
Avec la mort, non seulement nous quittons ce monde, mais nous sortons du temps, dans lequel s'inscrit la liturgie, pour entrer dans ce que les théologiens appellent l'aevum ou éviternité, c'est-à-dire une « durée sans fin ». Mais il est temps d'expliquer ces différents états de l'âme dans l'au-delà et les événements de la fin des temps. Nous en venons donc à l'eschatologie collective.

(à suivre…)


jeudi 11 novembre 2010

La Liturgie céleste (11)

La Liturgie céleste (11)

Contemplons donc le visage du Christ, alors qu'il est encore temps de le faire, car, « en contemplant ce visage, nous nous préparons à accueillir le mystère de la vie trinitaire, pour faire l'expérience toujours nouvelle de l'amour du Père et pour jouir de la joie de l'Esprit Saint. Se réalise pour nous la parole de saint Paul : « Nous reflétons tous la gloire du Seigneur, et nous sommes transfigurés en son image, avec une gloire de plus en plus grande, par l'action du Seigneur qui est Esprit » (2 Corinthiens 3, 18.) » (Jean-Paul II, lettre ap. Rosarium Virginis Mariæ, n° 9). C'est ce visage que nous contemplerons désormais, un visage d'une extraordinaire Bonté. Nous atteindrons à ce moment précis le degré de gloire que nos œuvres nous auront valu, redonnant son lustre à l'image et la ressemblance de Dieu selon lesquelles nous avons été créés. (lire la suite)
« Le jour de la mort inaugure pour le chrétien, au terme de sa vie sacramentelle, l’achèvement de sa nouvelle naissance commencée au Baptême, la « ressemblance » définitive à « l’image du Fils » conférée par l’Onction de l’Esprit Saint et la participation au Festin du Royaume qui était anticipée dans l’Eucharistie, même si d’ultimes purifications lui sont encore nécessaires pour revêtir la robe nuptiale » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1682).
Ce qu'il importe de bien comprendre, c'est qu'il existe bien un jugement, porté par nous-même, à partir de tout ce que nous avons fait ou omis de faire sur terre. Mais ce jugement est irréversible. Il n'y a pas d'appel ni de pourvoi en cassation possible. Au moment de notre mort, nous sommes jugés par Dieu sur toute notre vie : pensées, paroles, actions et omissions. « La mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ. Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi. La parabole du pauvre Lazare et la parole du Christ en Croix au bon larron, ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament parlent d’une destinée ultime de l’âme qui peut être différente pour les unes et pour les autres.
Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1021-1022). Comme le déclarait le pape Benoît XII, auquel le Catéchisme se réfère ici, « après la mort et avoir purgé nos fautes, nous aurons une vison intuitive et faciale de l'essence divine - sans le recours d'aucune créature - mais l'essence divine se présentera à nous immédiatement nue, claire et ouvertement, de sorte que nous jouirons de l'essence divine (...). Cette vision et cette fruition continueront sans interruption aucune jusqu'au jugement dernier et, ensuite, pendant toute l'éternité.

(à suivre…)

mercredi 10 novembre 2010

La Liturgie céleste (10)

La Liturgie céleste (10)

B) Le moment de notre mort

C'est l'heure du jugement particulier. Nous nous présentons devant Dieu. Ce Dieu ne nous est pas inconnu. « Qui m'a vu a vu le Père », dit le Seigneur à Philippe qui venait de lui demander : « Montre-nous le Père, et cela nous suffit » (Jean 14, 8-9). Ce Dieu, le « Juste Juge » comme l'appelle l'Écriture (1 Rois 24, 16 ; 2 Timothée 4, 8), nous savons qui il est : « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 16), « riche en miséricorde » (Éphésiens 2, 4). Il nous a promis : « Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Matthieu 5, 7). « J’ai dû sourire à vous entendre parler des « comptes » que vous demandera notre Seigneur. Non, pour vous tous, il ne sera pas un juge, au sens austère du mot. Il sera simplement Jésus. » (lire la suite) — Ces mots, écrits par un saint évêque, qui ont consolé plus d’un cœur en tribulation, peuvent parfaitement consoler le tien » (saint Josémaria, Chemin, n° 168).
Cette rencontre avec le Christ Sauveur, comment l'imaginer. Saint Josémaria, le fondateur de l'Opus Dei, pensait que quelqu'un s'approchait de nous par derrière, nous donnait un petit coup sur l'épaule. Nous nous retournions alors et avions l'immense surprise, la joie incommensurable de voir que c'est Dieu qui est là. La joie de Marie-Madeleine au matin de Pâques, quand elle reconnaît Jésus au son de sa voix : « Myriam ! » Elle, se retournant, lui dit en hébreu : « Rabbouni ! » (Jean 20, 16). C'est ce Jésus qui a déclaré : « Quand je vous aurai préparé la place, je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi, afin que là où je serai, vous soyez, vous aussi » (1 Corinthiens 7, 29).
« On n’est jamais exclu du salut si l’on se soumet docilement aux exigences amoureuses du Christ, si l’on naît de nouveau (cf. Jean 3, 5), si l’on se fait semblable aux tout-petits, en toute simplicité d’esprit (cf. Marc 10, 15 ; Matthieu 18, 3 ; 5, 3), si l’on écarte de son cœur ce qui l’éloigne de Dieu (En vérité je vous dis qu’il sera difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux, Matthieu 19, 2). Jésus ne veut pas seulement des paroles (cf. Matthieu 7, 21), Il veut aussi des actes, et des efforts courageux, car seuls ceux qui luttent mériteront l’héritage éternel » (le royaume des cieux s’obtient par la force et ceux qui luttent le gagnent, Matthieu 11, 12) » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 180). Si nous avons fait chaque soir notre examen de conscience, si nous nous sommes confessés régulièrement, le jugement en question ne nous apportera aucune surprise désagréable. Il sera comme une ultime confession, une confession générale définitive, qui scelle notre destin pour l'éternité. Mais soyons bien conscients maintenant que « tempus breve est ! que la durée de notre passage sur terre est brève ! Ces mots retentissent au plus profond du cœur de tout chrétien cohérent, comme un reproche face à son manque de générosité, et comme une invitation constante à la loyauté. Il est vraiment court le temps que nous avons pour aimer, pour offrir, pour réparer. Il n’est donc pas juste de le gaspiller, ni de jeter de façon irresponsable ce trésor par la fenêtre » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 39).

(à suivre)

mardi 9 novembre 2010

La Liturgie céleste (9)

La Liturgie céleste (9)

Écoutons comment Jésus explique à Nicodème (...) en quoi consiste ce jugement dont la Croix est également le signe.
« Et le jugement, le voici : la Lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. En effet, quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées, mais celui qui agit dans la vérité vient à la lumière, pour qu'il apparaisse au grand jour que ses œuvres sont faites en Dieu » (Jean 3, 19-21). (lire la suite)
Oui, la Croix est le signe du jugement. Et le jugement a une double tâche : distinguer le bien du mal et émettre une sentence.
Selon les paroles du Christ à Nicodème, celui qui émet la sentence est toutefois l'homme lui-même. L'homme moyennant ses œuvres - bonnes ou mauvaises. C'est avant tout dans la conscience que la sentence est émise.
La Coix du Christ est le témoin de ce jugement et de cette sentence. Un témoin muet ? Non ! Un témoin éloquent ! En rend témoignage Celui que le Père « a envoyé dans le monde » « pour que le monde soit sauvé par lui » : Témoin et Sauveur. Et nous, à notre tour, nous sommes « créés dans le Christ en vue des bonnes œuvres ».
Si donc nous ne sommes pas sauvés, si nous nous condamnons par les œuvres du mal, c'est parce que « nous ne sommes pas venus à la lumière » : à cette lumière qu'est précisément la Croix du Christ » (Jean-Paul II, Homélie en la paroisse Saint-Sébastien). Mais nous, nous aimons la Croix et la vénérons : « Nous vous adorons, ô Christ, et nous vous bénissons, parce que vous nous avez rachetés par votre sainte Croix. »
Et puis n'oublions pas la merveilleuse réalité que nous rappelons à la Sainte Vierge dans le Memorare : « Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance ou réclamé vos suffrages, ait été abandonné. Animé de cette confiance, ô Vierge des vierges, ô ma Mère, je viens à vous, gémissant sous le poids de mes péchés. Je me prosterne à vos pieds, ô Mère du Verbe incarné, ne méprisez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. Amen. » Et comme, de surcroît, nous avons demandé à Marie, des milliers, des dizaines de milliers de fois dans notre vie de prier « pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort », comment douter un seul instant qu'elle n'exerce à fond son rôle de Mère, d'Avocate, de Refuge à ce moment-là. Mais que se passe-t-il alors ?

(à suivre...)

lundi 8 novembre 2010

La Liturgie céleste (8)

La Liturgie céleste (8)

Les suffrages. Les suffrages, puisque le mot a été prononcé, sont les messes que l'ont fait célébrer pour les défunts. Il faut savoir à ce propos que le pape Grégoire le Grand aurait obtenu d'une révélation de Dieu la promesse que grâce au trentain l'âme serait délivrée du purgatoire et admise au paradis. L'on rapporte, en effet, que se lamentant de ne plus pouvoir rien faire après sa mort pour les âmes du purgatoire envers lesquelles il brûlait d'un zèle ardent, il eut la révélation de l'efficacité du trentain. Notre Seigneur lui dit ceci : « Mon ami, je veux bien accorder en ta faveur un privilège unique, c'est que toute âme du purgatoire pour laquelle trente messes seront offertes en ton honneur sans interruption sera immédiatement délivrée, quelle que fût sa dette envers moi, et plus que cela, je n'attendrai pas que les messes soient célébrées, mais je délivrerai l'âme aussitôt l'offrande versée pour elle ». (lire la suite) D'où le nom de « messes grégoriennes » ou de « trentain grégorien » donné à ces suffrages.
Les derniers sacrements. Quand je dis que la liturgie entoure notre mort, je pense également aux derniers sacrements qui peuvent nous être administrés et que nous devons réclamer : en tout premier lieu, la confession de nos péchés, puis la communion sous forme de Viatique, le mot venant du latin viaticum, qui signifie « provision de voyage ». C'est donc la nourriture pour le saint passage. Recevoir le viatique est une obligation grave, afin d'obtenir une grande aide spirituelle au moment où le fidèle va entreprendre son dernier voyage et quitter ce monde. C'est pourquoi le malade peut le recevoir même s'il a déjà communié ce jour-là. Enfin l'onction des malades. Et, cerise sur le gâteau, la bénédiction apostolique in articulo mortis, « à l'article de la mort », donnée au malade qui se trouve en danger de mort, même non imminente, et comporte l'indulgence plénière (...) applicable à l'instant de la mort.
Au-delà du spectacle ou de l'expérience de l'agonie, pensons à Dieu, redisons à notre Seigneur que nous L'aimons, et tenons bien fort la main de la très Sainte Vierge. Il convient d'accompagner le malade par la présence, mais aussi en l'aidant à prier, même s'il est dans le coma. Comme les parents préparent le berceau pour la naissance de leur enfant, préparons le berceau de notre naissance à la vie éternelle, notre dies natalis.
Tout cela nous aide d'abord à repousser les derniers assauts du diable, puis à faire face à la confrontation avec Dieu, pour sortir blanchis du jugement particulier qui interviendra au moment où nous quitterons ce monde. Nous sommes jugés par le Christ qui nous a gagné la vie par sa mort sur la Croix. « La Croix est également le signe du jugement, faisait remarquer Jean-Paul II. Que signifient ces mots : « Qui ne croit pas est déjà condamné » ? À ce qu'il paraît, ceci n'advient pas « après... ensuite... » L'Évangile dit « déjà ». L'homme peut-il être condamné pendant qu'il est encore en vie ?

(à suivre...)

dimanche 7 novembre 2010

La Liturgie céleste (7

La Liturgie céleste (7

Saint Thomas indique pour sa part que « certaines œuvres divines sont attribuées à la justice et d'autres à la miséricorde ; car dans les unes éclate davantage la puissance de la justice et dans les autres la puissance de la miséricorde. Et pourtant la miséricorde est présente même dans la condamnation des réprouvés, leur peine étant sinon abolie du moins allégée, et la punition restant en-deçà de ce qui leur est dû. Et la justice est présente même dans la justification des impies, Dieu purifiant leur faute en raison de l'amour qu'il verse lui-même miséricordieusement au cœur, selon qu'il est écrit de la pécheresse : « Ses nombreux péchés lui sont pardonnés parce qu'elle a beaucoup aimé » (Lc 7, 47) » (Somme théologique I, q. 21, a. 4 ad 1). Nous tirerions profit d''une relecture de l'encyclique de Jean-Paul II sur la miséricorde divine. (lire la suite))
Nous pouvons participer à cette purification en offrant de petites mortifications, les difficultés et ennuis de la vie, les problèmes de santé, etc. Tout a une valeur dans les plans rédempteurs de Dieu.
Les indulgences. Nous pouvons avoir également recours aux indulgences. Le Catéchisme (n° 1471) rappelle la définition donnée par Paul VI : « L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l’action de l’Église, laquelle, en tant que dispensatrice de la rédemption, distribue et applique par son autorité le trésor des satisfactions du Christ et des saints ». Ces indulgences nous font participer à la liturgie de l'Église qui établit un merveilleux échange de biens spirituels des uns aux autres. L'indulgence peut être plénière ou partielle. À la place des « jours d'indulgence », Paul VI a décrété qu'au fidèle qui, dans un esprit de contrition, accomplit une œuvre à laquelle est attachée une indulgence partielle, il est accordé par l'Église autant de rémission de peine temporelle qu'il lui en est déjà donné par son action » (const. ap. Indulgentiarum doctrina). (...) Les conditions à remplir pour gagner une indulgence plénière sont : 1) avoir l'intention de la gagner ; 2) rejeter tout attachement au péché, même véniel ; 3) réaliser l'œuvre à laquelle l'indulgence est attachée ; 4) se confesser dans les huit jours ; 5) communier dans les huit jours ; 6) prier aux intentions du Pontife romain. Si l'indulgence est effectivement plénière, l'âme est entièrement remise à neuf. De sorte que si Dieu nous appelait à lui à ce moment précis, nous entrerions aussitôt dans la gloire. Nous pouvons obtenir des indulgences pour nous-même ou pour les âmes du purgatoire, mais pas pour nos voisins ! Les âmes du purgatoire ont déjà quitté ce monde, mais elles doivent encore se purifier. Nous pouvons les y aider en offrant des suffrages pour elles, c'est-à-dire en faisant célébrer des messes pour leur repos éternel, et en offrant des indulgences. Elles peuvent quant à elles nous aider à mener notre lutte chrétienne. « Les âmes bénies du purgatoire. — Par charité, par justice et par un égoïsme bien pardonnable — elles peuvent tant auprès de Dieu ! — tiens-en bien compte dans tes sacrifices et dans ta prière. Ah ! si tu pouvais dire, en parlant d’elles : « Mes bonnes amies, les âmes du purgatoire… » (saint Josémaria, Chemin, n° 571).

(à suivre...)

samedi 6 novembre 2010

La Liturgie céleste (6)

La Liturgie céleste (6)

Le scapulaire. Pour en revenir à la liturgie, mentionnons le scapulaire du Mont Carmel. Par la bulle Sabbatine, le pape Jean XXII a accordé en 1322 le « privilège sabbatin », promettant "à ceux qui portent avec piété le scapulaire du Mont Carmel de les délivrer du purgatoire et de les faire entrer au paradis le samedi suivant leur mort. Cette décision pontificale faisait suite à une apparition de la très Sainte Vierge à saint Simon Stock. Marie, écrit-il, « m'apparut, entourée de sa cour, et tenant l'habit de l'Ordre elle me dit : ce sera pour toi et les Carmes le privilège, celui qui restera fidèle à son habit jusqu'à la mort sera sauvé du feu éternel ». (lire la suite)
« Les âmes mondaines ont une grande propension à rappeler la Miséricorde du Seigneur. — Elles s’encouragent ainsi à poursuivre leurs égarements. Il est vrai que Dieu notre Seigneur est infiniment miséricordieux, mais il est aussi infiniment juste : et il y a un jugement et il est le Juge » (saint Josémaria, Chemin, n° 747). Cependant, « je pense sincèrement, dit un auteur spirituel, que l'une de nos plus grandes surprises au jour du Jugement sera de découvrir le peu que nous avons fait pour notre salut. Nous serons étonnés de connaître la manière continuelle et totale dont la grâce de Dieu nous a accompagnés tout au long de notre vie. Sur terre, nous reconnaissons rarement la main de Dieu. Il arrive que nous ne puissions que reconnaître : « La grâce de Dieu a été avec moi » ; mais au jour du Jugement nous verrons que, pour chaque grâce que nous avons perçue, il y en a eu cent ou dix mille qui nous sont passées totalement inaperçues » (L. Trese, La foi expliquée. Tome 1., 1996, p. 108).
Les deux aspects du péché. Il convient de rappeler que tout péché comporte deux aspects. Tout d'abord une faute, qui réclame le pardon de Dieu soit nécessairement dans le sacrement de la réconciliation s'il s'agit d'un péché mortel, soit aussi par d'autres voies, pour le péché véniel. Le second aspect est celui de la peine. « Tout péché, même véniel, entraîne un attachement malsain aux créatures, qui a besoin de purification, soit ici-bas, soit après la mort, dans l’état qu’on appelle Purgatoire », affirme le Catéchisme (n° 1472). Cette purification libère de ce qu’on appelle la « peine temporelle » du péché. Ces deux peines ne doivent pas être conçues comme une espèce de vengeance, infligée par Dieu de l’extérieur, mais bien comme découlant de la nature même du péché. « Une conversion qui procède d’une fervente charité, peut arriver à la totale purification du pécheur, de sorte qu’aucune peine ne subsisterait » (cf. concile de Trente). La remise de la peine s'effectue par la pénitence que le prêtre nous donne à la fin de la confession. Mais nous sommes bien conscients qu'elle est dérisoire par rapport à ce que nous méritons. C'est voulu, afin de ne pas rendre le sacrement odieux par des pénitences trop dure à accomplir. Au prêtre d'essayer de compléter de son côté. Or, « bien des fautes ici-bas paraissent pardonnées, parce quelles ne sont pas punies ; mais le châtiment les atteindra dans la vie future. Ce n'est point en vain qu'on appelle proprement le jour du Jugement, celui où apparaîtra le Juge des vivants et des morts (Matthieu 12, 36). Au contraire, il y a quelques péchés qui reçoivent déjà leur punition sur la terre, mais qui ne porteront pas préjudice dans l'autre vie, si nous en avons reçu la rémission. C'est pourquoi au sujet de ces peines temporelles que Dieu inflige aux pécheurs pendant leur vie, pour qu'à la fin des siècles, ceux à qui ces péchés auront été remis n'en portent pas le châtiment, l'Apôtre dit (1 Corinthiens 11, 31-3) : « Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés par le Seigneur, mais lorsqu'il nous juge, c'est par miséricorde qu'il nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde » (saint Augustin, Enchiridion 66, 17).

(à suivre...)


vendredi 5 novembre 2010

La Liturgie céleste (5)

La Liturgie céleste (5)

Voici la prière de Jean-Paul II : « Seigneur, voilà plus de soixante-cinq ans que Tu m'as fait le don inestimable de la vie, et depuis ma naissance, Tu n'as cessé de me combler de tes grâces et de ton amour infini.
Au cours de toutes ces années se sont entremêlés de grandes joies, des épreuves, des succès, des échecs, des revers de santé, des deuils, comme cela arrive à tout le monde.
Avec ta grâce et ton secours, j'ai pu triompher de ces obstacles et avancer vers Toi.
Aujourd'hui, je me sens riche de mon expérience et grande est la consolation d'avoir été l'objet de ton amour.
Mon âme chante sa reconnaissance. (lire la suite)
Mais je rencontre quotidiennement dans mon entourage des personnes âgées que Tu éprouves fortement : elles sont paralysées, impotentes et souvent n'ont plus la force de Te prier, d'autres ont perdu l'usage de leurs facultés mentales et ne peuvent plus T'atteindre à travers leur monde irréel. Je vois agir ces gens et je me dis : "Si c'était moi." Alors, Seigneur, aujourd'hui-même, tandis que je jouis de la possession de toutes mes facultés motrices et mentales, je T'offre à l'avance mon acceptation à ta sainte volonté, et dès maintenant je veux que si l'une ou l'autre de ces épreuves m'arrivait, elle puisse servir à ta gloire et au salut des âmes. Dès maintenant aussi, je Te demande de soutenir de ta grâce les personnes qui auraient la tâche ingrate de me venir en aide.
Si un jour la maladie devait envahir mon cerveau et anéantir ma lucidité, déjà, Seigneur, ma soumission est devant Toi et se poursuivra en une silencieuse adoration. Si, un jour, un état d'inconscience prolongée devait me terrasser, je veux que chacune de ces heures que j'aurai à vivre soit une suite ininterrompue d'actions de grâce et que mon dernier soupir soit aussi un soupir d'amour. Mon âme, guidée à cet instant par la main de Marie, se présentera devant Toi pour chanter tes louanges éternellement. Amen. »

(à suivre...)

jeudi 4 novembre 2010

La Liturgie céleste (4)

La Liturgie céleste (4)

Comment notre mort s'inscrit-elle dans la liturgie de l'Église ? Je ne parle pas ici de la liturgie des funérailles. La mort s'inscrit dans la liturgie tout d'abord en ce que notre vie chrétienne doit être une vie centrée sur l'Eucharistie, sur l'offrande que le Fils ne cesse de faire à son Père. Le Christ, notre Pâque, a vraiment été immolé (cf. 1 Corinthiens 5, 7). En mourant sur la Croix, il donne son sens plénier à notre mort. Celle-ci n'est plus la cessation de la vie terrestre, mais le passage à la vie éternelle, une Vie que nous voulons unie à notre Dieu Un et Trine. « Si, par la faute d'un seul la mort a régné du fait d'un seul, à bien plus forte raison ceux qui reçoivent en abondance la grâce et le don de la justice régneront-ils dans la vie du fait du seul Jésus-Christ » (Romains 5, 17). Cette mort du Christ nous ouvre la porte à la liturgie céleste. (lire la suite) À un artiste qui décorait sa chapelle, saint Charles Borromée indiqua : "Pourquoi représenter la mort avec une faux, et non plutôt avec une clé ?"
Depuis le péché originel de nos premiers parents, la mort fait donc partie du paysage de notre vie... Nous l'attendons avec une certaine impatience. Nous ne la craignons pas si nous cherchons à être de bons enfants de Dieu. Mais encore faut-il que nous luttions effectivement pour progresser chaque jour sur la voie de la sainteté, de la déification progressive avec Dieu, terme que préfèrent les Orientaux. « Toi — si tu es apôtre — tu ne mourras pas. — Tu changeras de demeure, voilà tout » (saint Josémaria, Chemin, n° 744). Si nous nous sommes confessés régulièrement et avons cherché à aimer Dieu de plus en plus, à porter réellement, joyeusement, la Croix de notre Sauveur, la mort ne peut pas être pour nous une surprise. Ou plutôt, ce sera une « divine surprise ». Une nouvelle rencontre, décisive cette fois, avec le Christ que nous rencontrons, entre autres, dans l'Eucharistie.
Ce qui nous effraie un peu, ce sont les circonstances qui entoureront peut-être notre mort. Peut-être. Nous n'en savons rien. Nous nous inquiétons de ce qui ne se produira pas forcément. Mais envisageons le cas d'un accident, d'une maladie longue et douloureuse. Nous ne sommes pas abandonnés de Dieu. En outre la communion des saints est une grande et belle réalité, qui nous permet de bénéficier des biens spirituels et d'apporter notre contribution en offrant nos souffrances. Je ne résiste pas à la tentation de vous citer une prière d'abandon de Jean-Paul II. Ce devait être en 1985.

(à suivre...)

mercredi 3 novembre 2010

La Liturgie céleste (3)

La Liturgie céleste (3)

A) La vie comme préparation de la mort

Cet intitulé est délibérément un peu provocateur. Mais il correspond à une réalité profonde. Je pense que nul d'entre nous n'a envie de s'éterniser dans ce monde, qualifié par l'Écriture de « vallée de larmes » (Psaume 83, 7). Il s'agit donc de « réussir notre mort ». Nous avons toute notre vie pour cela. La difficulté vient de ce que nous ignorons la durée. Nous sommes entre les mains de Dieu... et face à l'action de satan et des puissances des ténèbres. « La puissance de Satan n’est cependant pas infinie. Il n’est qu’une créature, puissante du fait qu’il est pur esprit, mais toujours une créature : il ne peut empêcher l’édification du Règne de Dieu. Quoique Satan agisse dans le monde par haine contre Dieu et son Royaume en Jésus-Christ, et quoique son action cause de graves dommages – de nature spirituelle et indirectement même de nature physique – pour chaque homme et pour la société, cette action est permise par la divine Providence qui avec force et douceur dirige l’histoire de l’homme et du monde. (lire la suite) La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère, mais "nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment » (Romains 8, 28) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 395).
Il est donc bon de vivre dans une vision d'éternité, en pensant au ciel qui nous attend. Ici, je voudrais apporter une précision à propos de nos mérites. Il est hors de question de « mériter le ciel ». Cela dépasse nos forces, d'une part, et, de l'autre, la moindre des choses est que nous essayons de répondre à l'Amour de Dieu en lui étant le plus fidèle possible à chaque instant, en toute action. Nous pouvons alors répéter, comme les serviteurs de la parabole : « Nous sommes des serviteurs inutiles ; nous n'avons fait que ce que nous devions faire » (Luc 10, 17). Toutefois, dans son immense Bonté, « Dieu a librement disposé d’associer l’homme à l’œuvre de sa grâce. L’action paternelle de Dieu est première par son impulsion, et le libre agir de l’homme est second en sa collaboration, de sorte que les mérites des œuvres bonnes doivent être attribués à la grâce de Dieu d’abord, au fidèle ensuite. Le mérite de l’homme revient, d’ailleurs, lui-même à Dieu, car ses bonnes actions procèdent dans le Christ, des prévenances et des secours de l’Esprit Saint » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 2008).

(à suivre...)


mardi 2 novembre 2010

La Liturgie céleste (2)

La Liturgie céleste (2)

Première partie : L'eschatologie individuelle

Le royaume eschatologique demande une préparation. C'est un royaume qui vient, que nous attendons. Il n'est ni le monde ni l'Église : « L'Église pourvue des dons de son Fondateur et attachée à ses préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation, reçoit la mission d'annoncer et d'instaurer en toutes les nations le Royaume du Christ et de Dieu dont, sur terre, elle constitue le germe et le commencement » (Concile Vatican II, const. dogm. Lumen gentium, n° 5). Il n'est ni dans une situation ni dans un lieu. C'est Jésus lui-même : « Le Christ est lui-même le roi des cieux, le royaume des cieux, semblable au trésor caché dans le champ » (Origène, Commentaire sur l'Évangile selon Matthieu 14, 7). En effet, (lire la suite) comme Jean-Paul II l'expliquait, « le royaume des cieux n'est pas un concept, une doctrine, un programme que l'on puisse librement élaborer, mais il est avant tout une Personne qui a le visage et le nom de Jésus de Nazareth, image du Dieu invisible » (Jean-Paul II, enc. Redemptoris missio, n° 18).
« Nous confessons que le royaume de Dieu, qui trouve ici sur terre son commencement dans l'Église, n'est pas de ce monde (...) mais consiste à reconnaître toujours plus profondément la richesse insondable du Christ, à espérer avec toujours plus de confiance dans les biens éternels, à répondre toujours mieux à l'amour de Dieu et à partager toujours plus généreusement aux hommes les biens de la grâce » (Paul VI, Credo du Peuple de Dieu). Or, écrit saint Paul, « la tribulation insignifiante du moment présent nous prépare, au-delà de toute mesure, un poids de gloire pour l'éternité » (2 Corinthiens 4, 17), et aussi « je pense que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit être révélée pour nous » (Romains 8, 18). Quant au livre de la Sagesse, il nous avertit que « l'esclave et le maître étaient frappés du même châtiment, et l'homme du peuple était atteint comme le roi » (Sagesse 18, 11), montrant par là que la mort frappe tout être humain indistinctement.
Nous allons donc parler d'abord de la préparation à notre mort (A) pour nous arrêter ensuite à ce moment décisif de notre vie et à ce qui s'y passe (B).

(à suivre...)

lundi 1 novembre 2010

La Liturgie céleste (1)

La Liturgie céleste (1)

« Recevoir l'Eucharistie signifie se mettre en attitude d'adoration envers Celui que nous recevons. C'est ainsi, et seulement ainsi, que nous devenons un seul être avec Lui et que nous goûtons par avance, d'une certaine façon, la beauté de la liturgie céleste » (Benoît XVI, exhortation apostolique Sacramentum caritatis, n° 66). Penser aux « fins dernières » est important. Cela se comprend d'autant mieux que notre vie tout entière s'incorpore à la messe, où elle s'unit à l'offrande du Fils et acquiert une valeur d'éternité, qu'elle est déjà une liturgie céleste. (lire la suite)
En effet, la célébration ecclésiale est un avant-goût de la liturgie céleste : « Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem, à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle (cf. Apocalypse 21, 2 ; Colossiens 3, 1 ; Hébreux 8, 2) ; avec toute l'armée de la milice céleste, nous chantons au Seigneur l'hymne de gloire ; en vénérant la mémoire des saints, nous espérons partager leur société; nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, jusqu'à ce que lui-même se manifeste, lui qui est notre vie, et alors nous serons manifestés avec lui dans la gloire » (cf. Philippiens 3, 20 ; Colossiens 3, 4) » (Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum Concilium, n° 8).
C'est pourquoi d'ailleurs la prière eucharistique, prière liturgique par excellence, commence toujours par la louange de l'assemblée des saints : « Vraiment, il est bon de te rendre grâce, il est juste et bon de te glorifier, Père très saint (...). Ainsi, les anges innombrables qui te servent jour et nuit se tiennent devant toi et, contemplant la splendeur de ta face, n'interrompent jamais leur louange. Unis à leur hymne d'allégresse, avec la création tout entière qui t'acclame par nos voix, nous te chantons : Saint ! Saint ! Saint ! Le Seigneur, Dieu de l'univers ! Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire. Hosanna au plus haut des cieux. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux » (Missel romain, Préface de la prière eucharistique IV). C'est pourquoi les célébrations liturgiques, sous le voile des symboles, rendent non seulement présente la communion éternelle des saints dans la gloire du Père, du Fils et de son Esprit, mais elles anticipent aussi la liturgie apocalyptique qui sera consommée à la fin des temps avec la glorieuse venue du Christ, lorsque tout le cosmos recréé adorera sans fin le Dieu trois fois saint. Comme le pape Jean-Paul II l'a affirmé, « la liturgie doit être vécue comme annonce et anticipation de la gloire future, terme ultime de notre espérance » Jean-Paul II, exhortation apostolique Ecclesia in Europa, 28 juin 2003, n° 71).
Célébrer la liturgie n'est donc rien d'autre, en dernière instance, que célébrer le cosmos sanctifié pour la gloire de Dieu Un et Trine : « À toi la louange, à toi la gloire, à toi l'action de grâces pour les siècles des siècles, ô Bienheureuse Trinité ! Saint, Saint, Saint le Seigneur des armées. Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire » (Trisagium angelicum).
Nous verrons d'abord comment le terme de notre existence sur terre s'inscrit dans le cadre de la liturgie de l'Église, comme une préparation à la liturgie céleste qui, d'ailleurs l'accompagne aussi. Ce sera notre première partie, intitulée l'eschatologie individuelle (I). Puis nous tâcherons de comprendre, bien modestement, ce qui se passera à la fin des temps et dans l'au-delà, l'eschatologie collective (II).

(à suivre…)