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samedi 21 février 2015

Péché et tiédeur (1)

Péché et tiédeur (1)

« Jésus vit, en passant, un aveugle de naissance. Maître, lui demandèrent ses disciples, est-ce que cet homme a péché, ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Jésus répondit "Ni lui, ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. Il faut, tandis qu’il est jour, que je fasse les œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où personne ne peut travailler. Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde." Ayant ainsi parlé, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, puis il l’étendit sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : "Va, lave-toi dans la piscine de Siloé (mot qui se traduit Envoyé)." Il partit, se lava, et s’en retourna, voyant clair » (Jean 9, 1-7). La question posée par les disciples traduit une mentalité (lire la suite) erronée, que Jésus rectifie aussitôt. L’infirmité n’est pas la conséquence du péché. Mais le péché, lui, existe bien. Et il existe depuis l’aurore de l’humanité, quand nos premiers parents, Adam et Ève, se sont laissés séduire par le diable. Si la maladie existe « afin que les œuvres de Dieu soient manifestées » dans celui qui en pâtit, le péché a conduit Dieu à envoyer son Fils dans le monde, prendre une chair égale à la nôtre en tout, hormis le péché, précisément, pour tirer de la condition de fils de la colère dans laquelle nous étions alors plongés et nous rétablir dans la dignité d’enfants de son Père. Le baptême a effacé le péché originel, qui nous est transmis avec la nature humaine. Propagation quelque peu mystérieuse, mais bien réelle. Mais notre nature reste marquée par cette tare, et encline au péché. Il en est ainsi, parce que notre intelligence et notre volonté sont affaiblies, malades en quelque sorte. De ce fait, nous n’arrivons pas à voir toujours clairement quel est le vrai bien que nous devons choisir, ni, une fois déterminé, à nous décider de le poursuivre. C’est le mystère d’iniquité, dont parle saint Paul, à l’œuvre en nous. L’aveugle n’est pas atteint de cécité corporelle parce qu’il a péché. Mais nous sommes atteints, nous, d’une certaine cécité spirituelle parce que nous avons péché. Le mal appelle le mal, tout comme le bien appelle le bien. « C’est en avant, au-dessus et loin de moi que je vise toujours. Je regarde devant, pas en arrière (d’ailleurs les yeux sont faits pour regarder devant soi) » (Abel Gance, au Grand échiquier de Jacques Chancel). C’est cela qui est important. Viser toujours plus loin, toujours plus haut. Ne pas nous contenter de ce que nous sommes. Avoir, mais pour de vrai, l’aspiration du jeune homme riche : « Que dois-je faire d’autre pour avoir la vie éternelle ? » (à suivre…)

jeudi 28 novembre 2013

Connaître en écoutant (2)

Connaître en écoutant (2)

Mais pour ceux qui sont appelés à la contemplation au beau milieu de ces activités et à l’occasion de celles-ci, en s’occupant au fourneau comme Marthe, l’unique nécessaire consiste à écouter le Christ, qui ne cesse de s’adresser à nous à tout moment par son haut-parleur qu’est en quelque sorte l’Esprit Saint. « C’est l’Intercesseur, l’Esprit Saint que mon Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous remettra en mémoire tout ce que moi je vous ai dit » (Jean 14, 23). Cette façon d’écouter ne consiste donc pas uniquement à entendre la Parole de Dieu, qui est proclamée à notre intention tous les jours dans la sainte messe ou que nous lisons régulièrement par dévotion pour bien nous en pénétrer et pour (lire la suite) qu’elle soit le guide de notre vie. C’est précisément nous nourrir d’elle, pour la mettre en pratique en suivant les pas du Seigneur. « Ces minutes que tu consacres chaque jour à la lecture du Nouveau Testament, selon le conseil que je t’ai donné (essayer de bien entrer dans chaque scène, et d’y participer, comme un personnage de plus) elles sont là pour que tu incarnes, pour que “ tu accomplisses ” l’Évangile dans ta vie…, et pour “le faire accomplir” » (saint Josémaria, Sillon, n° 672). Il s’agit en définitive de savourer cette Parole, plus douce que le miel au palais (cf. Psaume 19, 11), afin de vivre avec le Christ, de désirer ardemment demeurer avec lui, comme les disciples d’Emmaüs qui le priaient instamment de rester avec ceux, justement parce que le Verbe de Dieu venait de leur expliquer en personne longuement, patiemment et en détail tout « ce qui, dans les Écritures, le concernait », en commençant par Moïse et en continuant par les prophètes (Luc 24, 27). « Reste avec nous – lui disent-ils -, car on arrive au soir et déjà le jour décline » (Luc 24, 29). « “Reste avec nous, puisque la nuit tombe…” Elle a été efficace la prière de Cléophas et de son compagnon. — Quel dommage, si toi et moi nous ne savions “retenir” Jésus, à son passage ! Quelle douleur, si nous ne Lui demandons pas de rester ! » (saint Josémaria, Sillon, n° 671). La possibilité d’écouter Dieu nous est également facilitée par notre condition d’enfants de Dieu. C’est la grande réalité de l’existence chrétienne, la bonne nouvelle que le Seigneur nous apporte et qui ne cesse de nous émerveiller, à l’image de saint Jean : « Voilà quel grand amour nous a témoigné le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu, ce que nous sommes ! » (1 Jean 3, 1). La nouveauté vient de ce qu’il s’agit d’une réappropriation de la condition originelle de l’homme et de la femme, que nous avions perdue à la suite de leur rébellion contre Dieu connue sous le nom de péché originel. (à suivre…)

jeudi 23 mai 2013

Marie Avocate

Marie Avocate

« Nous avons la Vierge pour avocate universelle en toute chose ; parce qu'elle est plus puissante en n'importe nécessité que les autres saints en certains besoins particuliers » (Suárez, In III disput. XXIII, sect. III, n° 5). La Sainte Vierge révéla à la vénérable Marie Villani (voir Apparitions-Naples) qu’« après le titre de Mère de Dieu, le titre dont je me glorifie, c'est celui d'avocate des pécheurs » (st A.-M. de Liguori, Les gloires 6, 2). Atticus, patriarche de Constantinople de 406 à 425, affirme, dans une homélie : « Tu es bénie entre les femmes, toi qui seule a guéri l’affliction d’Ève, toi qui seule a essuyé les larmes de celle qui était affligée, toi qui seule a fait lever le salut du monde entier ». « Comme la première Ève, séduite par le discours d'un ange qui la portait à fuir Dieu, a prévariqué contre la Parole de ce dernier, ainsi la seconde a reçu à son tour par le ministère d'un Ange la bonne nouvelle qu'elle portait Dieu, et elle a obéi à sa Parole. La première avait désobéi à Dieu ; la seconde, au contraire, s'est laissée persuader de lui obéir, en sorte que d'Ève vierge la Vierge Marie devint l'Avocate. Et de même que le genre humain a été assujetti à la mort par une vierge, c'est par une vierge qu'il est sauvé. Ainsi les plateaux sont en équilibre : la désobéissance virginale est contrebalancée par l'obéissance virginale ; le péché du premier-né est réparé par le Premier-né ; l'habileté du serpent est vaincue par la simplicité de la colombe et les liens sont défaits, qui nous entraînaient à la mort » (st Irénée, Contre les hérétiques 5, 19, 1). « Il était juste et nécessaire qu’Adam fût restauré dans le Christ, afin que le mortel fût absorbé et englouti par l’immortalité et qu’Ève fût restaurée en Marie, afin qu’une Vierge devenue l’avocate d’une vierge, effaçât et abolît la désobéissance d’une vierge par son obéissance de Vierge » (st Irénée, Epideixis). « Marie est visitée pour libérer Ève » (st Ambroise, De institutione virginum 32). « Par Marie Ève est guérie » (Proclus de Constantinople, Orat 1). « Vous m’avez donné pour avocate votre très douce Mère la bienheureuse Vierge Marie, me recommandant plusieurs fois à elle avec autant de tendresse qu’en mettrait un époux à confier à sa propre mère l’épouse qu’il s’est choisie » (ste Gertrude, Les Révélations 2, 23).

lundi 1 avril 2013

Annonciation (1)

Annonciation (1)

« Au cours du sixième mois [de la grossesse d’Élisabeth, mère de Jean-Baptiste], l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, vers une vierge fiancée à un homme de la maison de David, qui avait nom Joseph. Le nom de cette vierge était Marie » (Luc 1, 26-27). Marie, selon la tradition, était recueillie en prière. « Que de grâce dans cette scène de l’Annonciation. Marie se recueille en prière… — combien de fois n’avons-nous pas médité cela ! Elle utilise ses cinq sens et toutes ses facultés pour parler avec Dieu. Et c’est dans la prière qu’elle apprend la Volonté divine ; et par la prière elle en fait la vie de sa vie : n’oublie pas l’exemple de la Sainte Vierge ! » (saint Josémaria, Sillon, n° 481). Nous voyons à cet exemple combien il est important de consacrer quelques moments de la journée à nous arrêter à prier, à faire une prière dialoguée avec notre Dieu, à méditer. Quand Marie ne priait-elle pas ? Nous pouvons nous le demander. Puisqu’elle a été exemptée du péché originel, rien ne peut la distraire de Dieu, lui faire oublier son Créateur. Bien sûr, comme dans notre cas, elle consacre certains moments à prier tout spécialement, comme toute bonne femme juive. Mais sa présence de Dieu doit être continuelle. (lire la suite) À l’époque où Dieu lui fait connaître son projet par l’ambassade de l’archange, très vive était l’attente du Messie qui devait libérer son peuple et instaurer un royaume universel vers lequel afflueront toutes les nations (cf. Isaïe 2, 2). Toute femme en Israël est en puissance de devenir la mère du Sauveur. C’est pourquoi la stérilité est considérée comme un opprobre. Or, que fait Marie ? Dans ce contexte, elle a décidé de servir le Seigneur de tout son être, lui offrant sa virginité. Elle se met corps et âme à sa disposition. Elle se place donc à l’écart de la maternité du Messie. Elle entend vivre différemment dans l’union à Dieu. Elle n’a pas pris cette décision d’elle-même. Car tout ce que nous faisons de bien, nous le réalisons sous l’action de la grâce prévenante. Marie de Nazareth a donc pris cette résolution sous l’inspiration du Saint-Esprit. Ce sacrifice a dû lui coûter, mais elle l’a assumée joyeusement, certaine de faire plaisir à Dieu. Et que peut-il y avoir de mieux, en effet, que de faire quæ tibi sunt placita, ce qui plaît à Dieu (cf. Jean 8, 29), aussi bien en paroles que dans les faits ? (à suivre…)

jeudi 4 octobre 2012

Connaître en écoutant (2)

Connaître en écoutant (2)

Mais pour ceux qui sont appelés à la contemplation au beau milieu de ces activités et à l’occasion de celles-ci, en s’occupant au fourneau comme Marthe, l’unique nécessaire consiste à écouter le Christ, qui ne cesse de s’adresser à nous à tout moment par son haut-parleur qu’est en quelque sorte l’Esprit Saint.
« C’est l’Intercesseur, l’Esprit Saint que mon Père enverra en mon nom, qui vous enseignera tout et vous remettra en mémoire tout ce que moi je vous ai dit » (Jean14, 23). Cette façon d’écouter ne consiste donc pas uniquement à entendre la Parole de Dieu, qui est proclamée à notre intention tous les jours dans la sainte messe ou que nous lisons régulièrement par dévotion pour bien nous en pénétrer et pour qu’elle soit le guide de notre vie. C’est précisément nous nourrir d’elle, pour la mettre en pratique en suivant les pas du Seigneur. « Ces minutes que tu consacres chaque jour à la lecture du Nouveau Testament, selon le conseil que je t’ai donné (essayer de bien entrer dans chaque scène, et d’y participer, comme un personnage de plus) elles sont là pour que tu incarnes, pour que “ tu accomplisses ” l’Évangile dans ta vie…, et pour “le faire accomplir” » (saint Josémaria, Sillon, n° 672). (lire la suite) Il s’agit en définitive de savourer cette Parole, plus douce que le miel au palais (cf. Psaume 19, 11), afin de vivre avec le Christ, de désirer ardemment demeurer avec lui, comme les disciples d’Emmaüs qui le priaient instamment de rester avec eux, justement parce que le Verbe de Dieu venait de leur expliquer en personne longuement, patiemment et en détail tout « ce qui, dans les Écritures, le concernait », en commençant par Moïse et en continuant par les prophètes (Luc 24, 27). « Reste avec nous – lui disent-ils -, car on arrive au soir et déjà le jour décline » (Luc 24, 29). « “Reste avec nous, puisque la nuit tombe…” Elle a été efficace la prière de Cléophas et de son compagnon. — Quel dommage, si toi et moi nous ne savions “retenir” Jésus, à son passage ! Quelle douleur, si nous ne Lui demandons pas de rester ! » (saint Josémaria, Sillon, n° 671). La possibilité d’écouter Dieu nous est également facilitée par notre condition d’enfant de Dieu. C’est la grande réalité de l’existence chrétienne, la bonne nouvelle que le Seigneur nous apporte et qui ne cesse de nous émerveiller, à l’image de saint Jean : « Voilà quel grand amour nous a témoigné le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu, ce que nous sommes ! » (1 Jean 3, 1). La nouveauté vient de ce qu’il s’agit d’une réappropriation de la condition originelle de l’homme et de la femme, que nous avions perdue à la suite de leur rébellion contre Dieu connue sous le nom de péché originel.
(à suivre…)

dimanche 20 mai 2012

L’homme est bon (2)

L’homme est bon (2)

Et J. Pieper de citer C. Lewis, dont la remarque est identique : « Nous souhaitons tous être aimés à cause de notre
intelligence, de notre beauté, de notre générosité, de notre gentillesse, de notre sensibilité » (The Four Loves). Le rejet de l’amour gratuit est évidemment une réaction d’orgueil causée, qu’on le veuille ou non, par le péché originel et par les traces qu’il a laissées dans notre nature. Chez le baptisé qui vit dans la joie que lui procurent la foi et la fréquentation de Dieu, ce genre de réaction n’a pas lieu d’être. Elle ne se produit pas, bien au contraire. La conviction de faire l’objet d’un amour de Dieu que rien en nous ne justifie ou n’exige, suscite l’émerveillement et une reconnaissance sans fin. Et peut-être aussi de la commisération pour ceux qui ne comprennent pas cette réalité, une commisération qu’accompagne une prière pour que le Seigneur leur ouvre les yeux et leur accorde l’humilité de reconnaître à leur tour les bienfaits de Dieu à leur égard. (lire la suite) Il faut vraiment se fermer volontairement au transcendant, pourtant inscrit dans la nature humaine, pour ne pas réussir à capter cette logique de la gratuité de l’Amour divin. Je serai même tenté d’ajouter que ce genre de raisonnement – si jamais le raisonnement tient – laisse entrevoir une conception et une connaissance bien pauvres de la réalité de l’amour humain qui ne se limite pas à une relation purement physique mais s’étend à toute la personnalité de l’autre. Celui qui ne s’est pas engagé à fond dans le don de soi et en est resté à une donation égoïste, voire purement érotique, qui ne cherche que son plaisir, est évidemment à mille lieues de comprendre la gratuité de l’amour. Il nie ce qu’il n’est pas disposé à vivre. Il pose un postulat, dont il sait la fausseté, pour tenter de justifier à ses yeux son comportement, son style de vie. Nous pouvons dire qu’il rate sa vie, parce que l’amour est la seule vertu appelée à se pérenniser (cf. 1 Corinthiens 13, 13). Ce genre de gens fait pitié, plus encore s’il s’agit de quelqu’un d’intelligent, ou jugé tel par ses semblables. Je dis « jugé tel », car quelqu’un qui refuse le transcendant et la relation ontologique à Dieu peut-il être raisonnablement dit intelligent ? L’homme n’a pas reçu la raison droite pour s’opposer à son Créateur. D’un enfant qui conteste systématiquement tout ce que ses parents ou ses maîtres lui disent ou lui demandent, l’on dit qu’il traverse la crise de l’adolescence et qu’il est dans « l’âge bête ». C’est ce qui se produit chez l’intellectuel qui entend briller aux yeux de la galerie, et à ses propres yeux, en rejetant Dieu. Il s’enferme dans « l’âge bête ». Espérons qu’il finira par en sortir. Rien n’est moins sûr cependant, car, le temps passant, il lui sera de plus en plus difficile de revenir sur son orgueil, les passions étant bien enracinées en lui. Changer en profondeur relève presque du miracle. Mais rien n’est impossible à Dieu ! (Luc 1, 37 ; Marc 10, 27). (à suivre…)

samedi 19 mai 2012

L'homme est bon (1)

L’homme est bon (1)

Dans un petit ouvrage fort intéressant, De l’amour, publié à Genève par les éditions Ad solem, le philosophe Josef Pieper cite un auteur allemand, Ladislau Grünhut, dont l’ouvrage est introuvable. Cet auteur écrit que « comme Dieu m’aime parce que c’est moi, ainsi suis-je vraiment irremplaçable dans le monde ». Il en va ainsi parce que, à l’origine, Dieu a créé l’homme distinct du reste de l’univers inanimé et animé. Dieu lui-même a tenu à souligner cette différence pour qu’elle soit bien établie. Contemplant l’humanité sortie de ses mains, il nous a fait savoir, par l’écrivain sacré, qu’il vit que « cela était très bon » (Genèse 1, 31), et pas seulement bon comme dans le cas des autres êtres créés (Genèse 1, 10.12.18.25). Cette bonté par
ticulière vient de ce que Dieu a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance » (Genèse 1, 26). C’est pourquoi, dans une formulation qui rejoint celle rappelée ci-dessus, le concile Vatican II affirme que l’homme – c’est-à-dire évidemment l’homme et la femme – est « la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même » (constitution pastorale Gaudium et spes, n° 24). Nous pouvons comprendre cette affirmation dans un double sens. Dieu aime l’homme tout spécialement pour ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire un reflet de lui-même, de sa propre dignité et de sa propre liberté : liberté de choix, liberté d’aimer. Le deuxième sens de l’expression conciliaire est le suivant : l’être humain est la seule créature que Dieu a aimée de sorte qu’elle puisse participer à sa vie intratrinitaire, qu’il a destinée à entrer dans la sphère de sa propre intimité, à faire partie, en quelque sorte, du cercle de ses amis – « Je vous appelle mes amis » (Jean 15, 15) -, à être réellement ses enfants – domestici Dei, « membres de la famille de Dieu » (Éphésiens 2, 19). Dieu a aimé l’homme pour lui-même, autrement dit en lui insufflant une orientation ontologique à la sainteté – « Telle est la volonté de Dieu : votre sanctification » (1 Thessaloniciens 4, 3) -, en faisant en sorte que sa nature ait la capacité à découvrir le vrai bien, Dieu lui-même, à le désirer et à prendre les moyens lui permettant de vivre avec lui. L’homme ¬– malgré la réalité du péché originel – peut donc se sentir tout spécialement aimé de Dieu. Celui lui est encore plus facile quand ce péché originel a été effacé de son âme par l’eau purificatrice du baptême, qui l’a élevé précisément à la condition d’enfant de Dieu. « Oui, c’est par la grâce que vous êtes sauvés moyennant la foi. Et cela ne vient pas de vous : c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas non plus des œuvres, afin que nul ne puisse se glorifier » (Éphésiens 2, 8-9). Cependant, s’il est agréable à l’homme d’être aimé par quelqu’un, et a fortiori par plusieurs ou beaucoup de ses semblables, il semblerait qu’il n’apprécie pas tellement d’être aimé gratuitement. C’est ce que fait remarquer Josef Pieper, qui rapporte la remarque suivante de Nietzsche : « Les êtres ambitieux se rebellent contre le fait d’être aimés » (Humain, trop humain). (à suivre…)

samedi 18 juin 2011

Une Parole de Vie (3)


Une Parole de Vie (3)

« Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5). Il nous faut accueillir le Seigneur, avoir foi en lui, pour posséder la vie. La vie, c’est la sainteté. « La Parole de Dieu révèle que toute l’existence de l’homme se situe dans le champ de l’appel divin » (Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, n° 24), qui est un appel à la sainteté, à la vie. N’est-ce pas formidable ? Car cet appel ne concerne pas seulement un aspect de notre vie, ni ne se borne à un moment de notre existence. Il résonne en permanence et porte sur la totalité de notre être. Nous ne voulons pas vivre en pantins désarticulés, tiraillés par des forces contraires, mais aller résolument au pas de Dieu avec toutes nos facultés et puissances. (lire la suite)
Nous étions égarés et perdus par le péché originel, qui nous marquait à notre conception. Mais voilà, Dieu s’était engagé en notre faveur : « Je chercherai celle (la brebis) qui était égarée ; je panserai celle qui est blessée, et je rendrai force à celle qui est infirme » (Ezéchiel 34, 16). Et « le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu » (Matthieu 18, 11).
Dieu seul est saint (cf. 1 Jean 4, 16). En même temps, il s’est révélé comme « Je suis Celui qui est Je suis » (Exode 3, 14). « Il est », vitalement, ontologiquement. Il est l’Être par antonomase. « Le Vivant » (Apocalypse 1, 18). Il est la Vie. « Personne ne va au Père que par moi » (Jean 14, 6). Et cette Parole qu’il prononce est aussi un chemin donnant accès au Père, puisqu’il est conjointement « la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6).
O admirabile commercium ! « ô admirable échange » (antienne pour Noël). Comment peut-on refuser délibérément un tel don de Dieu, qui a sa source dans la mort sur la Croix ? Un tel rejet est pourtant possible. Rejet par indifférence, ou par pesanteur du poids des biens sensibles dont on se charge inconsidérément. Rejet par haine aussi : « Détruisons l’arbre de sa sève ! Retranchons-le de la terre des vivants, et qu’on ne se souvienne plus de son nom ! » (Jérémie 11, 19). Vains projets que Dieu mettra en pièces comme le vase du potier (cf. Psaume 2, 9). Ils disent : « Venez, frappons-le à la langue, et ne prêtons pas l’oreille à tous ses discours » (Jérémie 18, 18). L’opiniâtreté, la rébellion contre Dieu : « Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous » (Luc 19, 14). Tant d’hommes qui ne veulent pas écouter la Parole de Dieu : « Quant à la parole que tu as dite au nom de Yahvé, nous ne t’écouterons pas » (Jérémie 44, 16). Voilà qui a le mérite de la clarté !
Mais quelle prétention absurde de vouloir faire obstacle à la Volonté de Dieu ! « Le bras de Dieu ne s’est pas raccourci » (Isaïe 59,1). Il les régira « avec une houlette de fer » (Psaume 2, 9).
Quand ils seront appelés à quitter ce monde, ils entendront une nouvelle fois, la dernière, cette Parole de vie, qui leur offrira une occasion ultime de l’accueillir, de choisir le Bien. Enfin. Définitivement. Prions pour qu’il en aille ainsi pour le plus grand nombre. Mais il y aura toujours des irréductibles. Parce que le diable existe bel et bien.

(fin)

vendredi 13 mai 2011

Marie, la « femme eucharistique » (2)


Marie, la « femme eucharistique » (2)

Marie est la « nouvelle Ève ». Elle a renversé la situation corrompue par Ève (et par Adam). Elle est la nouvelle Ève : « La désobéissance dont le diable avait été le principe prit fin de la même façon qu'elle avait commencé. Vierge encore et sans corruption, Ève reçut dans son cœur la parole du Serpent et, par là, enfanta la désobéissance et la mort. Mais Marie, la Vierge, l'âme pleine de foi et d'allégresse, répondit à l'Ange qui lui annonçait l'heureux message : Qu'il me soit fait selon votre parole ! C'est d'elle qu'est né Celui par qui Dieu renverse le Serpent, ainsi que les anges et les hommes qui lui ressemblent, tandis qu'il délivre de la mort ceux qui font pénitence de leurs fautes et qui croient en lui » (saint Justin, Dialogue avec Triphon 100). (lire la suite)
« La grâce qui parvient à l'humanité à travers Marie est beaucoup plus abondante que les dommages qui proviennent du péché de nos premiers parents. En Marie, comme en aucune autre créature humaine, nous voyons le triomphe de la grâce sur le péché, nous voyons s'accomplir la prophétie de la Genèse « de la descendance de la femme » qui « écrase la tête » du serpent infernal » (Jean-Paul II, Homélie à Sainte-Marie-Majeure, 8 décembre 1985).
Marie, l’Immaculée conception, était le digne réceptacle préparé de toute éternité par la Très Sainte Trinité, en qui nul obstacle ne s’opposait à la venue de Dieu en elle, tout comme il en allait pour nos premiers parents avant qu’ils ne commissent le péché originel. Mais nous, il importe que nous suivions le conseil de l’écrivain ecclésiastique de dire au Seigneur « que vous ne mettez aucunement votre confiance dans vos mérites, votre force et vos préparations, comme Ésaü, mais dans celles de Marie, votre chère Mère, comme le petit Jacob dans les soins de Rébecca ; que, tout pécheur et Ésaü que vous êtes, vous osez vous approcher de sa sainteté, appuyé et orné des mérites et vertus de sa sainte Mère » (saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion, n° 268).

(à suivre…)

mercredi 27 avril 2011

Les richesses vaines (1)

Les richesses vaines (1)

« Nous n’avons rien apporté en ce monde, comme nous n’en pouvons rien emporter » (1 Timothée 6, 7). Apprenant coup sur coup, dans la même journée, que satan l’a frappé dans ses troupeaux, ses récoltes, ses fils et ses filles, le bienheureux Job « se leva, déchira son manteau, et il se rasa la tête ; puis, se jetant par terre, il se prosterna et dit : « Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y retournerai » (Job 1, 20-21). C’est une sage reconnaissance de la réalité. « Nous n’avons pas ici une cité permanente » (Hébreux 13, 14). Nous sommes nés de la terre : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3, 19).
Ce que Yahvé a dit à Adam et à Eve, après leur désobéissance qualifiée de « péché originel », est répété de génération en génération. Dieu a couvert la terre « de vivants de toute sorte », (lire la suite) et « en elle ils retourneront » (Siracide 16, 28). Car « tout ce qui est de la terre retourne à la terre » (Siracide 40, 11).
Plutôt que de s’attacher aux biens de ce monde et de se dire : « Mon âme, tu as là quantité de biens en réserve pour de nombreuses années : repose-toi, mange, bois, festoie ! » (Luc 12, 19), il vaut mieux raisonner sainement et s’adresser à Dieu : « Que ne prends-tu en charge mon offense ? Que n’effaces-tu pas mon iniquité ? Car bientôt dans la poussière je me coucherai » (Job 7, 21). Oui, « le Seigneur a formé de terre l’homme, et il l’y fait retourner » (Siracide 17, 1).
« Comment peut s’enorgueillir ce qui est terre et cendre, lui dont, tant qu’il vit, se décomposent les intestins » (Siracide 10, 9). Expression imagée s’il en est, mais qui devrait amener l’homme à réfléchir sur le temps qui passe et la nature des vrais biens, les seuls à même de remplir son cœur, d’assouvir sa soif de possession, avant qu’il ne s’en aille, « pour ne pas revenir, au pays des ténèbres et de l’obscurité, sombre pays de noirceur, d’obscurité et de désordre, où la clarté est noirceur » (Job 10, 21-22). La vision de Job est par trop pessimiste, dans l’épreuve singulièrement lourde qu’il traverse. Nous aspirons à un autre monde qu’à ce qu’il décrit, un monde de paix et d’amour en Dieu. Mais auquel les biens de ce monde ne donnent pas accès.
« Yahvé Dieu forma l’homme der la poussière du sol et lui insuffla dans les narines un souffle de vie » (Genèse 2, 7). Donc, « il sait de quoi nous sommes faits, et il se souvient que nous sommes poussière » (Psaume 103, 14). Nous ne pouvons pas l’abuser par nos réussites prétendues et nos succès humains.

(à suivre…)

mercredi 2 mars 2011

L’Amour de Dieu pour nous (1)


L’Amour de Dieu pour nous (1)

Saint Paul rappelle aux chrétiens d’Ephèse la condition dans laquelle ils se trouvaient avant de recevoir l’annonce de l’Evangile : « Vous aussi, vous étiez à l’état de mort pour les fautes et les péchés que jadis vous commettiez couramment en suivant le courant de ce monde, à la manière du prince qui règne dans les airs, de l’esprit qui exerce actuellement son action chez les hommes rebelles » (Éphésiens 2, 1-2). Les chrétiens d’Ephèse provenaient pratiquement tous du paganisme. Mais ce rappel peut s’adresser aussi à chacun de nous, dans la mesure où nous sommes marqués par le péché originel, et donc « fils de la colère ».
Mais voilà, « Dieu, dans la richesse de sa miséricorde, (lire la suite) poussé par le grand amour dont il nous a aimés, nous a fait revivre avec le Christ, alors que nous étions en l’état de mort pour nos fautes » (Éphésiens 2, 4-5). En effet, Lorsque sont apparus la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes , il nous a sauvés (Tite 3, 4-5). C’est une vérité extrêmement consolante. La grande réalité de la vie chrétienne : « La grâce salvatrice de Dieu, en effet, est apparue à tous les hommes » (Tite 2, 11). Mais les hommes n’acceptent pas tous cette bonté et cet amour de Dieu, et donc ne veulent pas tous entrer dans le mystère de la grâce salvatrice : « Nous aussi, nous étions de ceux-là, quand nous vivions jadis plongés dans les convoitises de la chair, soumis aux ordres de la chair et des désirs mauvais, et nous étions par nature voués à la colère divine tout comme les autres » (Éphésiens 2, 3). Eux, ils veulent rester dans cette condition qui, croient-ils, les arrange. Peut-être face au monde, mais certainement pas face à Dieu.
« C’est par grâce que vous êtes sauvés » (Éphésiens 2, 5). Il n’y a de salut qu’en Jésus-Christ. « Aussi bien, nous croyons que c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés » (Actes 15, 11). Refuser le Christ, c’est se fermer à la grâce. Or, la grâce est absolument nécessaire pour le salut. Nous ne connaissons pas d’autre voie que celle-là.
Donc, dans son amour et sa miséricorde, Dieu « nous a ressuscités avec lui et nous a fait asseoir avec lui dans les cieux en la personne du Christ Jésus » (Éphésiens 2, 6). Par lui, il « nous a octroyé toutes sortes de bénédictions spirituelles dans le Christ » (Éphésiens 1, 3). Jésus est remonté auprès de son Père avec son humanité très sainte, faisant en sorte que notre nature puisse recevoir « grâce sur grâce ».

(à suivre…)

vendredi 31 décembre 2010

La Maternité divine de Marie


La Maternité divine de Marie

L’Eglise catholique commence l’année par la solennité de Marie, Mère de Dieu. Il est juste et bon de célébrer celle qui a mis au monde le Sauveur de l’humanité et par qui nous viennent toutes les grâces, selon le bon vouloir de Dieu. Et de lui témoigner ainsi de notre reconnaissance.
La Maternité divine de Marie est la prérogative essentielle de la Sainte Vierge, qui lui a valu d’autres privilèges exceptionnels : son immaculée conception, c’est-à-dire absence du péché originel, sa virginité perpétuelle, restant vierge avant, pendant et après la naissance de Jésus, sainteté hors pair, son assomption ou montée au ciel avec son corps et son âme. (lire la suite)
Jamais les Pères de l’Eglise ne séparent la Maternité de Marie de sa virginité. « Marie est « Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a tiré d’elle sa nature divine, mais parce que c’est d’elle qu’il tient le corps sacré doté d’une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit naître selon la chair » (concile d’Éphèse). Le Christ a été « engendré pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l'humanité » (concile de Chalcédoine). Il n'a pas pris « un corps céleste et traversé l'utérus de la Vierge comme s'écoule l'eau d'un aqueduc » Concile de Florence), comme le soutenaient les gnostiques. C'est de Marie « qu'a été engendré son saint corps animé d'une âme raisonnable, corps auquel le Verbe s'est uni selon l'hypostase » (Concile d'Éphèse). Mais « La Vierge n'a pas seulement conçu le Fils de Dieu afin que, prenant d'elle la nature humaine, il devînt homme ; mais afin qu'il devînt encore, moyennant cette nature prise d'elle, le Sauveur des hommes. Ce qui explique la parole des anges aux bergers : « Un Sauveur vous est né, qui est le Christ, le Seigneur » (Luc 2, 11) » (saint Pie X, encyclique Ad diem illum, 2 février 1904).
Selon la chair, Jésus « est un véritable fils de l'homme. « Il est « chair » comme tout homme : il est « le Verbe [qui] s'est fait chair » (cf. Jean 1, 14). Il est chair et sang de Marie » (Jean-Paul II, encyclique Redemptoris Mater, n° 19).
« De cette mission sublime de Mère de Dieu semble découler, comme d'une source cachée et très pure, tous les privilèges et toutes les grâces qui ornent son âme et sa vie à un titre suréminent » (Jean-Paul II, exhortation apostolique Familiaris consortio). « La Mère a enfanté le Roi au nom éternel, et, possédant les joies de la maternité avec l'honneur de la virginité, elle n'a pas eu sa pareille ni avant ni après » (2e antienne de laudes, Office de Noël, forme extraordinaire).
Marie est « infiniment Mère » (Péguy, Le Porche du Mystère de la Deuxième vertu).

mardi 14 décembre 2010

Le monde a besoin de la croix (1)

Le monde a besoin de la croix (1)

Saint Paul prêche Jésus et Jésus crucifié : « Je n'ai pas jugé que je dusse savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié » (1 Corinthiens 2, 2). Il précise : « Nous, nous prêchons un Christ crucifié ». Il est bien conscient que c’est « scandale pour les Juifs et folie pour les Gentils » (1 Corinthiens 23, 1). Mais cela ne l’arrête pas. « Car si quelqu'un vient vous prêcher un autre Jésus que celui que nous vous avons prêché, ou si vous recevez un autre esprit que celui que vous avez reçu, ou un autre évangile que celui que vous avez embrassé » (2 Corinthiens 11, 4), qu’il soit écarté de la communauté.
(lire la suite)
Scandale, folie… Et pourtant, « le bois de la Croix est devenu l’instrument de notre rédemption, tout comme l’arbre dont elle a été tirée a entraîné la Chute de nos premiers parents. La souffrance et la mort, qui ont été la conséquence du péché, sont devenus les moyens mêmes par lesquels le péché a été vaincu ». Voilà ce que Benoît XVI déclarait au cours de son voyage pastoral à Chypre (Homélie dans la paroisse Sainte-Croix, Nicosie, 5 juin 2010), une terre évangélisée par saint Paul. Il ajoutait que « l’agneau innocent a été immolé sur l’autel de la Croix, et une vie nouvelle a jailli alors de l’immolation de la victime : le pouvoir du mal a été détruit par le pouvoir de l’amour qui s’offre en sacrifice ».
Le pape laisse ainsi entrevoir l’aspect éminemment positif de la Croix. Parce que ce n’est pas un malfaiteur quelconque, redevable à la justice humaine, qui y a été cloué, mais le Fils de Dieu en personne, sa signification a changé du tout au tout : « C’est en effet un instrument de torture, de souffrance et d’échec mais, en même temps, elle exprime la complète transformation, le renversement définitif de ces afflictions : c’est ce qui en fait le symbole d’espérance le plus éloquent que le monde ait jamais vu. »

(à suivre…)


jeudi 4 novembre 2010

La Liturgie céleste (4)

La Liturgie céleste (4)

Comment notre mort s'inscrit-elle dans la liturgie de l'Église ? Je ne parle pas ici de la liturgie des funérailles. La mort s'inscrit dans la liturgie tout d'abord en ce que notre vie chrétienne doit être une vie centrée sur l'Eucharistie, sur l'offrande que le Fils ne cesse de faire à son Père. Le Christ, notre Pâque, a vraiment été immolé (cf. 1 Corinthiens 5, 7). En mourant sur la Croix, il donne son sens plénier à notre mort. Celle-ci n'est plus la cessation de la vie terrestre, mais le passage à la vie éternelle, une Vie que nous voulons unie à notre Dieu Un et Trine. « Si, par la faute d'un seul la mort a régné du fait d'un seul, à bien plus forte raison ceux qui reçoivent en abondance la grâce et le don de la justice régneront-ils dans la vie du fait du seul Jésus-Christ » (Romains 5, 17). Cette mort du Christ nous ouvre la porte à la liturgie céleste. (lire la suite) À un artiste qui décorait sa chapelle, saint Charles Borromée indiqua : "Pourquoi représenter la mort avec une faux, et non plutôt avec une clé ?"
Depuis le péché originel de nos premiers parents, la mort fait donc partie du paysage de notre vie... Nous l'attendons avec une certaine impatience. Nous ne la craignons pas si nous cherchons à être de bons enfants de Dieu. Mais encore faut-il que nous luttions effectivement pour progresser chaque jour sur la voie de la sainteté, de la déification progressive avec Dieu, terme que préfèrent les Orientaux. « Toi — si tu es apôtre — tu ne mourras pas. — Tu changeras de demeure, voilà tout » (saint Josémaria, Chemin, n° 744). Si nous nous sommes confessés régulièrement et avons cherché à aimer Dieu de plus en plus, à porter réellement, joyeusement, la Croix de notre Sauveur, la mort ne peut pas être pour nous une surprise. Ou plutôt, ce sera une « divine surprise ». Une nouvelle rencontre, décisive cette fois, avec le Christ que nous rencontrons, entre autres, dans l'Eucharistie.
Ce qui nous effraie un peu, ce sont les circonstances qui entoureront peut-être notre mort. Peut-être. Nous n'en savons rien. Nous nous inquiétons de ce qui ne se produira pas forcément. Mais envisageons le cas d'un accident, d'une maladie longue et douloureuse. Nous ne sommes pas abandonnés de Dieu. En outre la communion des saints est une grande et belle réalité, qui nous permet de bénéficier des biens spirituels et d'apporter notre contribution en offrant nos souffrances. Je ne résiste pas à la tentation de vous citer une prière d'abandon de Jean-Paul II. Ce devait être en 1985.

(à suivre...)

mercredi 26 mai 2010

L’âme pénitente (5)

« Oui, je suis né dans l’iniquité, et ma mère m’a conçu dans le péché » (Psaume 51, 7).C’est une autre constatation. A cela nul n’échappe, hormis le Seigneur et sa très Sainte Mère, qu’il a voulu préserver du péché originel en l’en rachetant par avance en vue de sa maternité divine. « Aussi, tout comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a atteint tous les hommes, parce que tous ont péché… » (Romains 5, 12).C’est la loi universelle de l’humaine nature. Nous naissons tous pécheurs. « Ma mère m’a conçu dans le péché » (Psaume 51, 7), non en ce sens que cette conception serait un péché – mettre des enfants au monde est une participation au pouvoir créateur de Dieu, une action sainte qu’il bénit abondamment – mais parce qu’elle n’a pu me communiquer que sa propre nature, la nature humaine inexorablement encline au péché. Mais « de même, en effet, que par la désobéissance d’un seul homme tous les autres ont été constitués pécheurs, pareillement aussi par l’obéissance d’un seul tous les autres seront constitués justes » (Romains 5, 19). C’est l’intervention divine dans l’histoire humaine pour y rétablir l’ordre perturbé par l’action démoniaque. C’est l’intervention divine d’un Rédempteur, d’un rachat par l’autorité la plus haute qui soit, le Fils même de Dieu qui a accepté d’être « éprouvé en tout de la même manière que nous, le péché exclu » (Hébreux 4, 15). « Vous aussi, vous étiez à l’état de mort pour les fautes et les péchés que jadis vous commettiez couramment en suivant le courant de ce monde, à la manière du prince qui règne dans les airs, de l’esprit qui exerce actuellement son action chez les hommes rebelles. Nous aussi, nous étions tous de ceux-là, quand nous vivions jadis plongés dans les convoitises de la chair et des désirs mauvais, et nous étions par nature voués à la colère divine tout comme les autres. Mais Dieu, dans la richesse de sa miséricorde, poussé par le grand amour dont il nous a aimés, nous a fait revivre avec le Christ, alors que nous étions en l’état de mort pour nos fautes – c’est par grâce que vous êtes sauvés - ; il nous a ressuscités avec lui et nous a fait asseoir avec lui dans les cieux en la personne du Christ Jésus, pour montrer aux siècles à venir la surabondance de la grâce que sa bonté nous octroie dans le Christ Jésus « (Ephésiens 2, 1-7). Prodige de l’amour insondable de Dieu ! Le roi David ne pouvait pas imaginer cela. Aussi se borne-t-il à la componction, qui est à même de gagner le cœur de Dieu, de l’incliner vers le mortel : « Tu aimes la sincérité du cœur, et dans le secret tu me faits connaître la sagesse » (Psaume 51, 8). Dieu instruit l’homme dans son cœur et travaille sa conscience, pour que le remords l’amène au repentir sincère, au ferme propos de ne plus offenser Dieu et à la résolution de recommencer à lutter avec l’aide de la sainte grâce divine.

(à suivre…)

mardi 27 avril 2010

La sensibilité de Jésus (6)


L'émotion peut être motivée par une peine qu'un événement cause à Jésus, comme la mort de son ami Lazare : Arrivé à l'endroit où était Jésus, Marie, en le voyant, tomba à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Quand Jésus la vit pleurer, et pleurer aussi les Juifs qui l'avaient accompagnée, il eut un frémissement intérieur et fut gagné par l'émotion. « Où l'avez-vous mis ? » dit-il. On lui dit : « Seigneur, viens voir. » Jésus versa des larmes » (Jean 11, 32-35). À cela, il y a un remède, qui consiste à ressusciter Lazare. Jésus peut le faire. La décision dépend de lui. Et c'est ce qu'il fait : « Il cria à pleine voix : « Lazare, viens dehors ! » » Et le mort sortit, les pieds et les mains entourés de bandelettes et le visage enveloppé d'un suaire » (Jean 11, 43-44). Il peut s'agir aussi d'une profonde douleur du Cœur de Jésus, suscitée par l'ingratitude et l'indifférence des hommes. Là, le changement dépend d'eux. Or, Jésus doit se rendre à l'évidence : ils ne veulent pas le reconnaître pour le Messie Sauveur. « Maître, nous savons que tu parles et enseignes en toute droiture et que tu ne tiens pas compte des apparences, mais que tu enseignes la voie de Dieu en toute vérité » (Luc 20, 21). Et pourtant, ils ne croient pas en lui. Ils refusent de le reconnaître le Fils de Dieu. Et Jésus se lamente, il pleure à chaudes larmes et sanglote sur Jérusalem qui, égarée par les princes des prêtres et les pharisiens, méconnaît le jour où elle a été visitée : « Quand il fut proche de la ville, en la voyant, il pleura et dit : « Si en jour-ci, dit-il, tu avais reconnu, toi aussi, le message de paix ! Mais il est resté caché à tes yeux. Oui, le temps va venir pour toi, où tes ennemis établiront contre toi des retranchements, t'investiront et t'enserreront de tous côtés » (Luc 19, 41-42). Jésus a prophétisé, non sans amertume et douleur, les conséquences que ce refus de l'accueillir va entraîner : « Ils te jetteront à terre, toi et tes enfants qui seront dans tes murs, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n'auras pas reconnu le moment où tu étais visitée » (Luc 19, 43-44). Jésus souffre de ce gâchis. Le diable sème la zizanie et la haine depuis qu'en péchant, Adam et Ève ont fait naître dans le cœur de l'homme la logique du soupçon contre Dieu à la place de celle de l'amour. «l'homme est fragilisé par une blessure profonde qui diminue sa capacité à entrer en communion avec l’autre. Naturellement ouvert à la réciprocité libre de la communion, il découvre en lui une force de gravité étonnante qui l’amène à se replier sur lui-même, à s’affirmer au-dessus et en opposition aux autres : il s’agit de l’égoïsme, conséquence du péché originel. Adam et Ève ont été séduits par le mensonge du Satan. En s’emparant du fruit mystérieux, ils ont désobéi au commandement divin. Ils ont substitué une logique du soupçon et de la compétition à celle de la confiance en l’Amour, celle de l’accaparement anxieux et de l’autosuffisance à celle du recevoir et de l’attente confiante vis-à-vis de l’autre (cf. Genèse 3, 1-6) de sorte qu’il en est résulté un sentiment d’inquiétude et d’insécurité. Comment l’homme peut-il se libérer de cette tendance égoïste et s’ouvrir à l’amour ? » (Benoît XVI, Message pour le carême 2010).

(à suivre...)

lundi 26 avril 2010

La sensibilité de Jésus (5)

La sensibilité de Jésus (5)

Mais « veillez et priez afin de n'être pas en butte à la tentation » (Matthieu 26, 41). Car, voyez-vous, « certes, l'esprit est ardent, mais la chair - le corps - est faible » (Matthieu 26, 41) et connaît des défaillances et vous devez vous en méfier. Le tentateur est là, qui « rôde comme un lion rugissant, en quête d'une proie à dévorer » (1 Pierre 5, 8), qui s'efforce toujours de vous faire croire qu'il faut prendre davantage soin de votre petite personne, qu'il faut vous « faire plaisir » (il vous le crie par tous les moyens et par la publicité), même si cela va contre la morale élémentaire, qu'importe, tu ne vas t'embarrasser de scrupules moyen-moyenâgeux tout de même ! Et le diable développe en vous le respect humain. (lire la suite) Celui-là, c'est mon grand adversaire. Mais, amen, amen, je vous le dis : de celui qui rougira de moi, « de celui qui aura eu honte de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme en aura honte, quand il viendra dans sa gloire et celle du Père et des saints anges » (Luc 9, 26). Allez, veillez donc, c'est la « bonne part » et à celui qui la choisit, « elle ne lui sera pas enlevée » (Luc 10, 42).
« Inclinons-nous devant Dieu, sans protester, même si ce qu'Il nous dit paraît contraire à notre raison et à notre intelligence; sa parole doit prévaloir sur celles-ci. Agissons de même à l'égard du Mystère (I'Eucharistie), sans nous arrêter à ce qui tombe sous les sens mais en adhérant à ses paroles, car sa parole ne peut tromper » (saint Jean Chrysostome, In Matth., hom. 82, 4). Et si le Christ nous dit de veiller, il sait ce qu'il demande et pourquoi il le demande. Ce n'est pas seulement pour être un peu son réconfort, c'est aussi « pour n'être pas en butte à l'épreuve » (Luc 22, 40). Il peut ajouter ces mots de l'archange saint Raphaël à Tobie junior, tels que Claudel les imagine : « Prends garde ! Il est ton ennemi et ton rival dans la nuit qui guette et qui t'attend ! C'est à lui que tu auras à faire ! C'est lui, cet amant jaloux de l'Âme humaine, c'est lui, cet ennemi, cet affamé de l'Âme humaine, il mord dedans ! C'est lui, ce gardien qui la garde ! Comme un chien est affamé de viande, le démon, c'est ainsi qu'il est affamé de l'Âme humaine ! Et comme l'odeur de la viande, c'est ainsi que sur tout homme et sur toute femme nés de la femme il flaire en bavant de désir cet odeur du péché originel » (Azarias à Tobie, P. Claudel, L'histoire de Tobie et de Sara, Théâtre, tomme II, Paris, nrf, Bibliothèque de La Pléiade, 1948, p. 1164). Il faut nous le tenir pour dit. Voilà ce dont le diable se lèche les babines : l'odeur du péché originel. Il est comme la truie qui revient continuellement à ses vomissements.
« Mon être est en émoi » (Jean 12, 27). Ce n'est pas la première fois que cela arrive.

(à suivre...)

lundi 15 mars 2010

À l'ombre de la Sainte Famille (8)

À l'ombre de la Sainte Famille (8)

Saint Joseph est toujours resté discret, à l'arrière-plan. Prêt à intervenir, énergiquement, quand il le fallait. Mais il s'en remet à la sagesse et à la sainteté de son épouse, dont il expérimente lui-même les bienfaits à toute heure. Il est peut-être encore plus proche de nous que Marie, en ce sens que son âme a été atteinte par le péché originel. Il nous ressemble plus de ce point de vue. Mais il n'a pas le même pouvoir que Marie. Ou, pour le dire autrement, son pouvoir est différent de celui de Marie. Mais il est le père nourricier de Jésus. Le Seigneur peut-il alors lui refuser quelque chose, d'autant que ses demandes sont désintéressées et visent notre bien à nous ? Et puis, sa vertu, sa justice ont gagné le Cœur de Marie, au point qu'elle a accepté de l'épouser. Il sait aussi la gagner à notre cause.
Passons par lui pour nous adresser à notre Mère avec assurance, avec la certitude d'être écoutés, et formulons des demandes saintement audacieuses, parce que, quitte à demander, ne soyons pas mesquins. « Vous étiez si humble : obtenez-moi donc l'humilité et l'amour du mépris. Vous étiez si patiente dans les peines de la vie : obtenez-moi la patience dans les contrariétés. Vous étiez toute remplie d'amour pour Dieu : obtenez-moi un saint et pur amour. Vous étiez toute charité envers le prochain : obtenez-moi la charité envers tous, surtout envers ceux qui me sont opposés. Vous étiez toute unie à la volonté de Dieu : obtenez-moi une entière conformité à toutes les dispositions divines à mon égard. En un mot, vous étiez la plus sainte de toutes les créatures, ô Marie, rendez-moi saint » (saint Alphonse de Liguori, Les gloires de Marie, 9). Ce genre de prière, l'on s'en doute, a toutes les faveurs de Joseph, qui prend plaisir à entendre célébrer les mérites de sa tendre épouse.

(fin)

vendredi 26 février 2010

Qui est le Christ pour nous ? (1)

Qui est le Christ pour nous ? (1)

« Jésus s'en alla avec ses disciples dans les bourgs de Césarée-de-Philippe » (Marc 8, 27). De là, il se rendit à Bethsaïde, une petite ville en bordure du lac de Gennésareth. Ses habitants ne sont pas un exemple de vertu, un modèle de fidélité à Dieu. Ils doivent mener une vie plutôt immorale, se laissant entraîner par leurs passions, comme des animaux. Alors que l'homme est doté d'une intelligence qui le rend capable de réflexion...
Jésus a lancé un jour une malédiction contre cette ville : « Malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont été faits chez vous l'avaient été dans Tyr et dans Sidon, il y a beau temps que ces villes auraient fait pénitence sous le cilice et la cendre » (Matthieu 11, 21). Que dirait-il de la ville dans laquelle nous habitons ? (lire la suite) Nous sommes des pécheurs. Il faut avoir le courage, l'humilité de le reconnaître. Nous ne faisons pas tout bien, tant s'en faut. Nous ne répondons pas toujours aux attentes légitimes de Dieu. Il nous arrive souvent de faire quelque chose de mal en nous en rendant parfaitement compte, pour faire enrager notre entourage familial ou professionnel... Nous avons du mal à accepter les ordres que l'on nous donne. Il y a en nous une part de rébellion, qui est la conséquence du péché originel.
Nous devons bien comprendre que tout ce que nous ressentons, tout ce que notre corps demande, exige même, n'est pas forcément bon. Ce n'est pas parce que c'est « naturel » que c'est bon. Ne disons pas « ma nature » est comme cela. « Ne dis pas : « C’est mon tempérament…, ce sont des manifestations de mon caractère. » Ce sont des manifestations de ton manque de caractère : sois homme, esto vir » (saint Josémaria, Chemin, n° 4). Il faut corriger notre nature dans ce qu'elle a de défectueux ; au moins fournir un effort en ce sens.
Ne disons pas : il est difficile de vivre sa foi, d'être catholique pratiquant à l'école, au bureau, en présence de ses amis ; il est difficile d'arracher nos défauts, de nous en débarrasser vraiment ; il est difficile de prier pendant la journée... Ce n'est pas difficile. C'est difficile si nous ne nous le proposons pas sérieusement et si nous ne demandons pas leur aide à Dieu et à la très Sainte Vierge.
« Jésus s'en alla avec ses disciples dans les bourgs de Césarée-de-Philippe et, en chemin, il posa cette question à ses disciples : « Qui suis-je, au dire des gens ? » Ils lui dirent : « Jean le Baptiste. D'après d'autres, Élie. D'après d'autres : l'un des prophètes. » Et lui les interrogea : « Mais, à votre avis à vous, qui suis-je ? » (Marc 8, 27-29). Nous pouvons nous demander : Qui est Jésus pour moi ? Qui est Dieu ? Quelle réponse mettrions-nous sur un questionnaire en ce sens ? Que chacun y pense de son côté, dans son cœur, dans sa prière. « Pour vous, qui suis-je ? »

(à suivre...)

lundi 22 février 2010

La générosité de Dieu (5)

La générosité de Dieu (5)

Bien que le fils prodique eût dilapidé son héritage, « son humanité est cependant sauve, plus encore elle a été retrouvée » (Jean-Paul II, encyclique Dives in misericordia, n° 6). La fidélité du père à soi-même est une fidélité en vue de l'autre, pour ne pas priver autrui des biens qu'il possède en abondance. Cette fidélité « est totalement centrée sur l'humanité du fils perdu, sur son humanité » (Ibid.). Elle vise son bien. Elle apparaît comme une proposition, la proposition du pardon avec, à la clé, la restauration de l'ordre antérieur, la remise du fils à sa place et dans sa condition de fils, dans la plénitude de ses droits. Cette fidélité est entièrement centrée « sur la dignité » du fils, qui n'est pas perdue. (lire la suite)
Nous comprenons par là que Dieu « ne peut mépriser rien de ce qu'il a créé » (Ibid., n° 15). « Car tu aimes toutes les créatures, et tu n'as en dégoût rien de ce que tu as fait ; si tu avais haï une chose, tu ne l'aurais pas faite » (Sagesse 11, 24). Or, tout ce que Dieu a fait « est bon » (Genèse 1, 30). Oui, « Yahvé est bon envers tous, et sa compassion s'étend à toutes ses œuvres » (Psaume 145, 9). « Yahvé est bon : sa bienveillance est éternelle, et sa fidélité s'étend à toutes les générations » (Psaume 100, 5), « car sa bonté l'a emporté pour nous, et la fidélité de Yahvé subsiste à jamais » (Psaume 117, 2).
Cette Bonté permanente de Dieu est la source des biens variés qui se retrouvent dans l'homme. Mais plus est grande la proximité de la source, plus s'épanouissent les potentialités cachées et plus l'homme marche vers la redécouverte de son état originel, d'avant la chute, plus il redonne du lustre à l'image de Dieu. « Chacun est appelé à suivre le Christ. Plus on avance sur ce chemin, plus on lui ressemble. (...) C'est pourquoi il arrive que l'on trouve chez les saints une délicatesse, une bonté et un souci réellement maternels à l'égard des âmes qui leur sont confiées, chez les saintes au contraire, une audace, une fermeté et un esprit de décision quasi virils. C'est ainsi que l'imitation du Christ conduit à l'accomplissement de la profession humaine originelle : représenter en soi-même l'image de Dieu, maître de la création » (Édith Stein, La Femme et sa destinée, Amiot-Dumont, 1956, p. 186). N'est-ce pas encore un effet de la Bonté divine que nous puissions nous rapprocher de cet archétype, surtout quand le Christ aura récapitulé toutes choses (Éphésiens 1, 10) ?
Mais il nous a précédés en cela. Comme en tout ! Nous nous en réjouissons, pour Marie et pour nous. Nous en remercions le Dieu Tout-Puissant. Nous y trouvons un encouragement à poursuivre notre chemin et notre combat spirituel. Marie a désiré Dieu ardemment. Elle a uni tout son être à lui. Elle était tournée vers lui. Et il est venu à elle. « Non, ô Marie, vous n'avez point ravi la grâce, comme l'a tenté Lucifer ; vous ne l'avez point perdue comme Adam ; vous ne l'avez point achetée comme voulait le faire Simon le magicien, mais vous l'avez trouvée, parce que vous l'avez désirée et cherchée. Vous avez trouvé la grâce incréée qui est Dieu lui-même devenu votre Fils, et avec elle vous avez trouvé et obtenu toute grâce incréée » (saint Albert le Grand, Mariale, quaestiones super Missus, q. 204).

(à suivre...)