ce blog est bloqué à l'entrée en Chine depuis le mois de mai 2007

dimanche 30 décembre 2012

Filiation divine (2)

Filiation divine (2)

Dieu a pris sur lui la dette de nos offenses (cf. 1 Jean 4, 10) et il a offert à son Père le seul sacrifice que celui-ci pouvait agréer, le Sacrifice de son propre Fils. Or, Jésus s’est fait égal à nous en tout, hormis le péché (cf. Hébreux 6,14). Il a réalisé ce coup de force surnaturel extraordinaire, inouï, de nous faire pénétrer dans la vie même de Dieu, de nous hisser vers les hauteurs de l’Amour insondable du Père et du Fils dans l’Esprit Saint.
Il la fait en se laissant clouer sur la Croix. C’était nécessaire. telle était la Volonté de la Très Sainte Trinité, par Amour pour nous. Et Jésus n’avait d’autre nourriture que de faire en tout, et jusqu’au bout, la Volonté de Celui qui l’avait envoyé (cf. Jean 4, 34). La Croix désormais unit la terre au ciel. (lire la suite) « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12, 32). J’en ferai des enfants du Père ? des hommes et des femmes qui puissent s’adresser avec confiance à Dieu en lui disant : « Notre Père qui es dans les cieux, que ton nom soit sanctifié » (Matthieu 5, 9). Nous comprenons bien les sentiments qui saisissent l’apôtre Jean et qui l’amènent à s’exclamer, comme une vérité irrépressible : « Voyez quel grand amour nous témoigne le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu » (1 Jean 3, 1), car tous, « vous êtres fils de Dieu par la foi au Christ Jésus » (Galates 3, 26). De fait, « à ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean 1, 12). Ce n’est pas pure hypothèse, ou une simple possibilité. C’est devenu une réalité par le baptême, réalité renforcée par le sacrement de la confirmation, réalité réactualisée par la communion sacramentelle. Il est donc logique, surnaturellement logique, qu’après avoir dit que nous sommes « appelés enfants de Dieu », saint Jean s’écrie : « Ce que nous sommes ! » (1 Jean 3, 1). (fin)

samedi 29 décembre 2012

Filiation divine (1)

Filiation divine (1)

« Fils de Dieu » est un titre donné non seulement à Pharaon, mais aussi à Daniel, par le prophète Nathan : « Je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils » (2 Samuel 7, 14). Cela est affirmé dans la perspective messianique, qui est celle du psaume 2, 7 : « Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils ; moi-même, aujourd’hui, je t’ai engendré », ce qui est réaffirmé dans la prière pour la restauration du trône de David : » Il me dira : Tu es mon père, mon Dieu, mon rocher, mon sauveur » (Paume 89, 27).
Le Christ ne déniera pas ce titre de « fils de Dieu » à tous les hommes : « J’ai dit : Vous êtes des dieux, et les fils du Très-Haut, vous tous » (Psaume 82, 6). Telle est l’immense dignité de la créature humaine, dignité très peu souvent mise en avant, et pourtant constitutive de notre « être en Dieu ». Réalité qui (lire la suite) donne un fondement ferme à toute notre existence. Réalité pleinement consolante et rempart contre le pessimisme et la désespérance. Ne soyons donc pas de ceux « qui mettent leur gloire dans leur honte, n’appréciant que les choses de la terre – et manifestant par là de n’être que des fils des hommes -, car pour nous, notre cité se trouve dans les cieux » -Philippiens 3, 19-20). Nous, c’est à une patrie meilleure que le monde terrestre à laquelle nous aspirons, « à savoir la patrie céleste. Aussi Dieu ne rougit-il pas de s’appeler [notre] Dieu : en fait, il [nous] a préparé une cité (Hébreux 11, 16). Et il ne rougit pas, mais se réjouit au plus profond de son être d’Amour, de nous entendre l’appeler « Père », de nous voir vivre en ayant une claire conscience de notre dépendance filiale à son égard. C’est entièrement le fruit de sa Bonté infinie, d’un bout à l’autre. En effet, « Dieu, dans la richesse de sa miséricorde, poussé par le grand amour dont il nous a aimés – et avec lequel il ne cesse de nous aimer dans son présent éternel – nous a fait revivre avec le Christ, alors que nous étions en l’état de mort pour nos fautes » (Éphésiens 2, 4-5), par suite de nos péchés dont nous sommes pleinement responsables. Nous en étions redevables devant la Justice divine. Au lieu de cela, Dieu a envoyé son propre Fils, comme « victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier » (1 Jean 2, 2). « C’étaient vraiment nos souffrances qu’il portait, et nos douleurs dont il s’était chargé » (Isaïe 53, 4). (à suivre…)

mardi 25 décembre 2012

Jésus et la Sainte Famille (6)

Jésus et la Sainte Famille (6)

Et qu’est-ce que posséder la vie sinon avoir Jésus avec nous, pour nous, lui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6) ? Auprès de Jésus nous entrons dans la Vie, et nous l’entendons nous parler du Père, parce que, comme il l’affirme lui-même, « Je vous ai fait connaître tout ce que j’ai entendu de mon Père » (Jean 15, 15). Une fois en présence de Dieu le Père, nous avons accès à Dieu le Saint-Esprit. Jésus nous a promis, en effet : « Lorsque le Consolateur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de Vérité qui procède du Père, sera venu, il me rendra témoignage » (Jean 15, 26).
(lire la suite) Nous croyons ainsi que, grâce à Marie et à Joseph, nous pouvons entrer en relation directe et intime avec la Très Sainte Trinité tout entière. Ce n’est pas un effet voulu de façon consciente, mais une conséquence nécessaire, et fort heureuse, du climat surnaturel qu’ils savent créer autour d’eux. La « trinité de la terre » se présente alors à nous comme un raccourci pour accéder à la « Trinité du ciel ». Cette expression correspond à notre façon de parler, parce que Dieu, Un et Trine, est « créateur du ciel et de la terre » (Credo) et se trouve omniprésent dans la création. Il n’est pas confiné au ciel, qui n’est d’ailleurs pas un lieu repérable mais un état de bonheur absolu. Mais enfin c’est bien en présence de cette Trinité ineffable que nous nous trouverons, si Dieu nous en juge digne dans sa grande miséricorde, dans la « patrie céleste », dans l’au-delà de notre monde. Et à cela, encore une fois, Marie et Joseph ne seront pas étrangers. Nous avons contracté envers eux une grande dette de gratitude ? la façon la plus simple d’apurer cette dette consiste à proclamer les grandeurs et les bontés de sainte Marie et de saint Joseph aux quatre vents, afin que celui qui a des oreilles pour entendre, entende (cf. Matthieu 13, 9). (fin)

lundi 24 décembre 2012

Jésus et la Sainte Famille (5)

Jésus et la Sainte Famille (5)

C’est l’attitude qui nous convient également. Adorer le Fils de Dieu. Le contempler. Apprendre à son école, qui est une école de vertus vécues à la perfection. L’atmosphère du foyer de Nazareth est singulièrement porteuse. Elle aide puissamment à se maintenir au contact de Dieu. « Il est bon de penser à la petite maison de Nazareth et à l’existence simple qu’on y mène, de célébrer en chatant l’humble simplicité qui entoure Jésus, sa vie cachée ; c’est là qu’enfant il apprit le métier de Joseph ; c’est là qu’il grandit et qu’il partagea son travail d’artisan. Près de lui s’asseyait sa douce Mère ; près de Joseph vivait son épouse très aimée, heureuse de pouvoir l’aider et de lui offrir ses services » (hymne des matines pour Noël, forme extraordinaire). (lire la suite)
Nous voulons nous aussi nous mettre à la disposition du Seigneur et de la Sainte Famille tout entière. « Toi, tu es dans cette maison tout ce que tu voudras : un ami, un serviteur, un curieux, un voisin… » (saint Josémaria, Saint Rosaire, « L’Annonciation »). En servant, d’ailleurs, nous ne faisons rien d’extraordinaire. Nous imitons tout simplement le Maître : « Partout où tu te trouveras, souviens-toi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir; il faut t'en convaincre : celui qui veut Le suivre ne doit pas avoir d'autre ligne de conduite » (saint Josémaria, Forge, n° 612). C’est là encore l’enseignement qui découle de la vie courante à Nazareth. Servir dans la joie, parce que le « Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous – et nous avons contemplé sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père unique – plein de grâce et de vérité » (Jean 1, 14). « Je suis un petit serviteur de Joseph. – Comme il est bon, Joseph ! Il me traite comme un père. – Et même il me pardonne si je prends l’enfant dans mes bras et passe des heures entières à lui dire des choses douces et ardentes !... » (saint Josémaria, Saint Rosaire,, « La Naissance de Jésus »). Non seulement il me laisse faire, mais il m’y encourage parce qu’il sait tout le bien que je puis en tirer. Il me regarde avec attendrissement. Jésus ne m’appartient-il pas tout autant qu’à lui ? C’est « mon Jésus » à moi ! Il est venu sur la terre pour moi, tout comme pour que « tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2,4), et que nous possédions la vie en plénitude, surabondante (cf. Jean 10, 10). (à suivre…)

dimanche 23 décembre 2012

Jésus et la Sainte Famille (4)

Jésus et la Sainte Famille (4)

Si les grands saints rayonnent de sainteté et font vibrer ceux qui s’approchent d’eux, ou qui s’imprègnent de leur spiritualité, que dire du contact permanent avec l’Enfant-Dieu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre ? D’ailleurs que constatons-nous dans la famille de Jésus ? À partir des Évangiles apocryphes, selon lesquels sa grand-mère, sainte Anne se serait mariée trois fois, la représentation de la « Sainte parenté » du Seigneur s’élargit jusqu’à vingt-quatre personnages, dont beaucoup sont saints : Mathan, père d’Hismérie (qui épouse Penter, dont elle a sainte Élisabeth, mariée à Zacharie et mère de saint Jean-Baptiste) et sainte Anne. Anne épouse en premières noces saint Joachim (qui engendre Sainte Marie, mère de Jésus), en deuxièmes noces Cléophas (leur fille, Marie-Cléophas, épouse Alphée, dont elle a saint Jacques le Mineur, saint Joseph le Juste, saint Simon et saint Jude), enfin, en troisièmes noces, Salomé (leur fille Salomé, mariée à Zébédée, met au monde saint Jacques le Majeur et saint Jean l’Évangéliste), sans compter que Marie-Cléophas et Salomé sont qualifiées de « saintes femmes ».
(lire la suite) Il est ainsi impressionnant de constater à quel point la sainteté de Jésus rejaillit sur les siens, y compris en amont, c’est-à-dire dans les générations qui le précèdent. Assurément, l’on ne se contente pas dans la Sainte Famille des prières et des pratiques cultuelles prescrites par le Loi mosaïque. Jésus est venu parfaire la Loi et la porter à sa plénitude : «Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir, mais parfaire » (Matthieu 5, 17). C’est déjà ce qu’il réalise à Nazareth. Marie et Joseph apprennent de façon graphique en le contemplant ce qu’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit veut dire. Nul doute qu’ils réaffirment souventes fois leur résolution de tout faire pour Dieu et seulement pour Dieu, et d’apporter toutes leurs énergies à servir le Fils de Dieu et la mission qu’il est venu accomplir parmi nous : le Père « m'a envoyé publier aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, renvoyer libres les opprimés, publier l'année favorable du Seigneur » (Luc 4, 18-19). Nous sommes invités à contempler nous aussi ce Seigneur, qui s’est incarné en prenant notre nature quand vint la plénitude des temps (cf. Galates 4, 4). Jusqu’aux révélations reçues par sainte Brigitte (1303-1373), co-patronne de l’Europe, les représentations de la Nativité du Seigneur montraient Marie en gésine (de gésir, synonyme d’accoucher). Autrement dit, Marie en couches, alitée, tandis que deux sages-femmes au pied du lit lavaient le nouveau-né. Désormais, la scène montrera Marie et Joseph agenouillés devant l’Enfant-Dieu couché dans la crèche. (à suivre…)

samedi 22 décembre 2012

Jésus et la Sainte Famille (3)

Jésus et la Sainte Famille (3)

Je dis que Jésus ne posait d’ordinaire pas de problèmes à ses parents, car, nous le savons bien, il leur en a posé involontairement de sérieux, quand il leur a fallu s’expatrier nuitamment en toute hâte pour le soustraire à la furie infanticide d’Hérode : l’ange dit à Joseph dans son sommeil : « Lève toi, prends l'enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu'à ce que je t'avertisse; car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr » (Matthieu 2, 13). Et, plus directement, le jour où il est resté dans le Temple de Jérusalem à leur insu, parce qu’il se devait en priorité d’être aux affaires de son Père : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être dans les choses de mon Père ? » (Luc 2, 49), c’est-à-dire, plus précisément, « chez mon Père ».(lire la suite) Mais de telles circonstances particulièrement douloureuses et angoissantes n’ont fait que renforcer Marie et Joseph dans la prière, une prière d’adaptation à la Volonté de dieu et de pleine acceptation de cette Volonté parfaite, quoi qu’il eût pu leur en coûter et combien même n’arrivaient-ils pas à la comprendre pleinement : « Mon enfant, pourquoi nous avez-vous fait cela? Voyez, votre père et moi, nous vous cherchions tout affligés » (Luc 2, 48). Mais dans la vie de tous les jours, Marie et Joseph sont continuellement édifiés par la sagesse, la sainteté, la piété de leur Jésus. Au Temple, « tous ceux qui l'entendaient étaient ravis de son intelligence et de ses réponses » (Luc 2, 47). Et eux donc ! Il s’émerveillaient aussi, disons-le, de la normalité avec laquelle ils voyaient le Fils de Dieu partager pleinement l’existence humaine, montrant par là qu’il était bien « vrai Dieu et vrai Homme » (symbole d’Athanase).
Ce qui émane de la personne de Jésus – de façon intensément communicative – c’est la présence de Dieu, son Père. C’est une façon d’agir et de parler qui met directement en contact avec Dieu, sans rien faire de bizarre, sans s’abstraire des tâches de chaque instant ni s’évader de l’accomplissement de ses devoirs quotidiens. Bien au contraire, la présence de Jésus aide à tout réaliser par amour de Dieu, à garder le sourire dans les difficultés et les contrariétés, à se fixer sur un objectif surnaturel en tout qui, outre la gloire de Dieu, encore une fois, est la rédemption de l’humanité. Ce qui est une façon concrète et pratique de vivre le double commandement de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton proche comme toi-même » (Luc 10, 27). Notre sainteté est appelée à croître. C’est aussi le cas de la très Sainte Vierge, bien qu’elle partît d’une plénitude de grâces (cf. Luc 1, 28) qui était adaptée, proportionnée à la Maternité divine à laquelle la Très Sainte Trinité la destinait de toute éternité. (à suivre…)

vendredi 21 décembre 2012

Jésus et la Sainte Famille (2)

Jésus et la Sainte Famille (2)

Nous apprendrons à faire de notre existence tout entière une prière qui dure vingt-quatre heures. Car la prière ne consiste pas seulement à répéter des formules toutes faites. C’est aussi cela, et même en tout premier lieu, puisqu’en réponse à la question de ses apôtres notre Seigneur leur enseigne le « Notre Père » : « Lorsque vous priez, dites : Père, que votre nom soit sanctifié ; que votre règne arrive. Donnez-nous chaque jour le pain nécessaire à notre subsistance ; et remettez-nous nos péchés, car nous remettons nous-mêmes à tous ceux qui nous doivent ; et ne nous induisez pas en tentation » (Luc 11, 2-4).
Notre prière est aussi une prière liturgique, que Dieu avait réglé méticuleusement et dans ses moindres détails sous le régime de l’Ancienne Alliance, prière liturgique renouvelée par Jésus-Christ et (lire la suite) centrée désormais sur les sacrements, notamment sur l’auguste sacrement de l’Eucharistie, source et sommet de toute la liturgie. Mais ce que Jésus nous apprend par sa vie ordinaire au foyer familial et à l’atelier de charpentier, c’est à faire de notre propre vie une liturgie à la gloire de son Père : «Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Corinthiens 10, 31). Car il n’existe rien chez lui, bien évidemment, qui soit vécu en marge du plan de la Rédemption. Et si, selon la légende, le roi Midas changeait en or tout ce qu’il touchait – ce qui était catastrophique pour lui, malgré les apparences, puisqu’il ne trouvait plus rien à boire ou à manger –chez notre seigneur, tout ce qu’il réalisait se transformait en prière et en sainteté. Non pour lui, puisqu’il est la source de toute sainteté, étant la Sainteté même, absolue, totale, infinie. Mais pour nous, tout à notre avantage. Toutes ses œuvres, les plus banales fussent-elles, étaient donc infiniment saintes. Et si les œuvres des saints sont leurs prières qui montent vers Dieu – « la fumée des parfums, formés des prières des saints, monta de la main de l'ange devant Dieu » (Apocalypse 8, 4) -, à combien plus forte raison, l’activité incessante du Fils de Dieu était-elle une prière pour la glorification de son Père, et le nôtre, par lui, avec lui et en lui. C’est cela que Joseph et Marie percevaient chez l’Enfant Jésus. Un enfant normal, certes, qui, comme les autres, avait besoin de leurs soins attentifs et de toute leur affection, mais un enfant qui, d’ordinaire, ne leur posait pas de problème. (à suivre…)

jeudi 20 décembre 2012

Jésus et la Sainte Famille (1)

Jésus et la Sainte Famille (1)

Plus d’une fois j’ai entendu saint Josémaria, le fondateur de l’Opus Dei, dire qu’il voulait toujours apprendre des autres. Or, ceux-ci étaient bien moins saints que lui. À combien plus forte raison Joseph et Marie apprenaient-ils à tout moment de Jésus, plus saint, infiniment plus saint qu’eux. Certes, ils étaient chargés de l’instruire et de l’élever du point de vue humain, mais même dans ce domaine il leur donnait continuellement un exemple quant à la façon de vivre toutes les vertus humaines sur un mode héroïque.
Et s’ils ont dû aussi lui apprendre les prières que tout Juif pieux répétait régulièrement, nul doute qu’il ne leur ait enseigné, par son comportement de tous les instants, à formuler une prière ininterrompue et fervente. Les apôtres ont été progressivement gagnés par l’habitude de prière de leur Maître, au point de ne plus pouvoir tenir et de lui demander un jour tout de go : « Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean l’a appris à ses disciples » (Luc 1, 11). (lire la suite) Nous pouvons imaginer sans mal que l’attitude de prière de notre Seigneur a déteint sur Marie et Joseph, et les a unis encore davantage à la Volonté de Dieu dont l’accomplissement était leur unique objectif, et entre eux, qui se rejoignaient ainsi une fois de plus sur l’essentiel. En nous mettant à l’école de Jésus, c’est-à-dire en prenant la place qui nous revient de plein droit dans la Sainte Famille, puisque par le baptême nous sommes devenus domestici Dei, « concitoyens des saints et membres de la famille de Dieu » (Éphésiens 2, 19), nous apprendrons nous aussi à prier. Sans rien faire de bizarre ni de strident, mais dans la normalité d’une vie vécue, comme à Nazareth, au contact de Dieu et par amour de Dieu. Avec Marie et Joseph, nous sommes en terrain de connaissance puisque nous faisons partie de la famille, non comme des pièces rapportées, mais à part entière. Nous avançons sur un chemin bien balisé, sûr, qui conduit à bon port, car Marie et Joseph font tout ce qu’ils peuvent pour que nous restions constamment avec Jésus, pour que nous ne nous séparions pas un seul instant de lui, mais pour que nous travaillons et jouions, que nous prions et mangions, que nous nous réunissions et nous reposions avec lui. (à suivre…)

jeudi 6 décembre 2012

Nom chrétien

Nom chrétien

Nous avons reçu à notre baptême un prénom qui traduit notre condition nouvelle d’enfant de Dieu. C’est pourquoi, « les parents, les parrains et le curé veilleront à ce que ne soit pas donné de prénom étranger au sens chrétien » (Code de droit canonique, canon 855). C’est un nomen gratiæ, le « nom de la grâce » reçue qui transforme profondément notre être, d’humain le rendant « divin », en lui communiquant une véritable participation à la vie même de Dieu. Il s’agit du « nom nouveau » qu’Isaïe annonçait dans son message de joie (Isaïe 62, 8). « On t’appellera peuple saint » (Isaïe 62, 52), car racheté par celui qui est trois fois saint. « Les survivants de Jérusalem seront appelés saints, tous ceux qui sont inscrits ourla vie dans Jérusalem » (Isaïe 4, 3). Celui qui reste fidèle à Dieu, à celui-là il donnera « un caillou blanc, un caillou sur lequel est inscrit un nom nouveau,
(lire la suite) que nul ne connaît, excepté celui qui le reçoit » (Apocalypse 2, 17). C’est « le nom de mon Dieu, et le nomade la cité de mon Dieu – la Jérusalem nouvelle, qui descend du ciel d’auprès de mon Dieu – ainsi que mon nom, le nouveau » (Apocalypse 3, 12). Exultons de joie et de reconnaissance, parce que Dieu appelle « ses serviteurs d’un autre nom » (Isaïe 65, 15). « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous prescris. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; vous, je vous ai appelés mes amis parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père » (Jean 14, 14-15). Nous sommes amis de Dieu ! Nous sommes à lui, de sa famille ! « Tu es à moi, aujourd’hui, je t’ai engendré (Psaume 2, 7), à la vie divine, à la vie de la grâce. Ton premier titre de gloire, c’est d’être chrétien, d’être mon enfant, un luminaire à moi dans les ténèbres du monde, bien mis en évidence et que « brilliez comme des astres dans le monde » (Philippiens 2, 15), afin que vos semblables « voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 16), « le jour où il les visitera » (1 Pierre 2, 12).

mardi 4 décembre 2012

Temple de Dieu (5)

Temple de Dieu (5)

Les gardiens du troupeau « prirent la fuite, s’en allèrent dans la ville – et dans les fermes Marc 5, 14) - et y racontèrent tout, y compris l’affaire des démoniaques » (Matthieu 8, 33). Mais ce ne semble pas être la préoccupation première des Gadaréniens. Obnubilés qu’ils sont par leurs porcs, et la perte matérielle qui en découle, ils passent à côté du miracle éclatant de l’expulsion des démons. Ils « trouvèrent l’homme, de qui les démons étaient sortis, assis, vêtu et sensé, aux pieds de Jésus, et ils furent pris de peur. Et ceux qui avaient été spectateurs leur rapportèrent comment l’ex-démoniaque avait été guéri » (Luc 8, 35-36). Quel contraste ! Quel contraste avec celui qui cultive la présence de son Dieu en lui, de ce Dieu qui s’est fait connaître comme étant le Dieu d’Amour (lire la suite) (cf. 1 Jean 4, 16). Et comment donc qu’il l’est ! Comme l’âme en fait l’expérience ! Chaque jour qui commence, c’est comme si le Christ nous demandait, et ce, a fortiori et avec encore plus d’insistance si nous le recevons dans la sainte Eucharistie : « Voudrais-tu travailler avec moi ? Cela te dirait-il que nous passions la journée ensemble à travailler pour notre Père, chez lui ? Voudrais-tu me rendre service, car il y a beaucoup à faire dans la vigne du Seigneur ? » Ainsi, en travaillant à l’œuvre de Dieu nous imitons le Christ, qui fait l’œuvre de son Père. Et comme il affirme souvent cela, les foules se sentent portées à lui demander : « Que devons-nous faire pour faire l’œuvre de Dieu ? » (Jean 6, 28). Quel contraste ! Pour l’un, la désespérance éternelle. Pour l’autre, l’espérance fondée dans les biens éternels, en réalité dans le seul vrai bien, Dieu lui-même, qui rassasie (cf. Exode 16, 12). Le fait d’héberger Dieu dans notre âme en état de grâce et de travailler ensemble fait monter à notre cœur et sur nos lèvres des actes de foi, d’espérance et de charité, de ces trois vertus fondamentales dans la vie d’un chrétien : « Je crois en Dieu le Père, je crois en Dieu le Fils, je crois en Dieu le Saint-Esprit. J’aime Dieu le Père, j’aime Dieu le Fils, j’aime Dieu le Saint-Esprit. J’espère en Dieu le Père, j’espère en Dieu le Fils, j’espère en Dieu le Saint-Esprit. Je crois en la Très Sainte Trinité, j’aime la Très Sainte Trinité, j’espère en la Très Sainte Trinité » (saint Josémaria, Forge, n° 296). Saint Josémaria ajoutait parfois : « Je veux croire comme celui qui croit le plus. Je veux aimer comme celui qui aime le plus. Je veux espérer comme celui qui espère le plus. » Nous voyons ainsi combien cette présence d’inhabitation de la Très Sainte Trinité en notre âme élève celle-ci et la comble d’une joie et d’une paix que le monde ne peut donner. Dieu avec nous ! Et « si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? » (Romains 8, 31). Rien ne peut nous inquiéter, car rien ne peut faire échec à Dieu. « j'ai l'assurance que ni la mort, ni la vie, ni le anges, ni les principautés, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu dans le Christ Jésus Notre-Seigneur » (Romains 8, 38-39). « " Le royaume de Dieu ne vient pas avec (des signes) à observer ; et on ne dira pas : " Il est ici ! " ou : " Il est là ! " car voici que le royaume de Dieu est au dedans de vous. » (Luc 17, 22-22). (fin)

dimanche 2 décembre 2012

Temple de Dieu (4)

Temple de Dieu (4)

Cependant, quand ils arrivent à destination, chez eux à Emmaüs, alors qu’« il feignait de vouloir se rendre plus loin » (Luc 25, 28), eux « firent pression sur lui en disant : Reste avec nous, car on arrive au soir et déjà il décline » (Luc 25, 29). S’ils en viennent là, c’est parce que le simple fait d’écouter notre Seigneur, « commençant par Moïse et continuant par tous les Prophètes », leur expliquer « ce qui, dans les Écritures, le concernait » (Luc 25, 27) leur a découvert des horizons qui restaient voilés à leurs yeux et leur a ouvert des perspectives insoupçonnées. Au point que de l’abattement ils sont passés insensiblement à l’enthousiasme. Et, comme ils le reconnaissent eux-mêmes, « n’avions-nous pas le cœur tout brûlant au dedans de nous, quand il nous parlait en chemin nous expliquant les Écritures ? » (Luc 25, 32). D’où leur invitation pressante : « Reste avec nous ! » Ils ont enfin compris de quoi il en retourne.
(lire la suite) Quel contraste avec la réaction des Gadaréniens. Pourtant leur vie était rendue impossible par « deux démoniaques qui sortaient des tombeaux. Ils étaient si méchants – c’est-à-dire si dangereux – que personne ne pouvait passer par ce chemin » (Matthieu 8, 28). C’était singulièrement gênant, car il ne devait pas exister trente-six mille chemins… Or, voilà que Jésus arrive dans les parages. Ces possédés l’apostrophent effrontément : « Laisse-nous tranquilles, Fils de Dieu ! Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant l’heure ? » (Matthieu 8, 29). Ce qui est surprenant, c’est que ces suppôts de satan reconnaissent la divinité de Jésus. Mais ils ne savent pas ce qu’ils disent. Car si le diable comprenait vraiment ce que « Fils de Dieu » veut dire, il aurait pris la fuite sur le champ. S’il ne peut pas rester là où Marie est présente, comme le montrent, par exemple, les apparitions de la Sainte Vierge à Estelle Faguette, à Pellevoisin, à combien plus forte raison ne pourrait-il pas supporter de se trouver au même lieu que Dieu, dont la seule présence est une gifle morale atroce, une torture auto-infligée insupportable. La conséquence épouvantable de l’absence voulue de Dieu. Tout le contraire du temple de Dieu que nous, les hommes, nous devons être. Les démoniaques sont donc comme contraints malgré eux à proclamer la vérité. En même temps, ils avouent savoir aussi que leur sort consistera en des tourments éternels et que leur action nocive dans notre monde est limitée, qu’elle doit s’achever un jour. Jésus expulse d’eux leurs démons, les nombreux démons qui les tiennent prisonniers, et qui prennent possession, à leur demande, d’un troupeau de porcs évalué à deux mille bêtes environ (voir Marc 5, 13). Qui se ressemble s’assemble ! Le monde démoniaque n’est qu’une immense porcherie… (à suivre…)

vendredi 30 novembre 2012

Temple de Dieu (3)

Temple de Dieu (3)

« Quel accord entre le Christ et Bélial, ou quelle part pour croyant et incroyant ? Quelle entente entre le temple de Dieu et les idoles ? » (2 Corinthiens 6, 15-16). La vie demande des choix et, parfois, des choix radicaux. « Car nous sommes, nous, temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit : J’habiterai au milieu d’eux et j’y circulerai ; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple » (2 Corinthiens 6, 16-17). Le Peuple de Dieu, pas ce lui du démon. « Il a été établi un grand vide entre vous et nous, de sorte que ceux qui voudraient passer d’ici chez vous – dans le monde de satan et des damnés – ne le pourront pas, et ceux de là-bas – de l’enfer donc – ne traversent pas non plus pour venir à nous » (Luc 16, 26). Ce sont deux mondes antagoniques, incompatibles. Non seulement dans l’éternité, mais dès à présent. (lire la suite) « Nul ne peut servir deux maîtres : car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre » (Matthieu 6, 24). Nous avons choisi notre Dieu. C’est un bon choix. Alors, « ne touchez rien d’impur, et moi je vous accueillerai » (2 Corinthiens 6, 17).
Dieu a sa façon à lui de nous accueillir. Une façon bien particulière. Elle consiste à venir demeurer en nous, à nous transférer dans le temple de son Esprit, avec qui le Père et le Fils sont présents : « Celui qui m’aime mettra en pratique ce que je dis, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous nous établirons chez lui à demeure » (Jean 14, 23). Il ne nous introduira pas dans sa vie : il s’introduit dans la nôtre, pour que nous puissions par là devenir la sienne, pour que cette transformation intérieure, notre divinisation progressive, nous soit accessible, soit possible. Et c’est dans le Seigneur Jésus que « vous autres, vous êtes édifiés conjointement pour être une demeure de Dieu dans l’Esprit » (Éphésiens 2, 28). Tout se tient. Tout est d’une grande cohérence surnaturelle. Auprès de Dieu se trouve le pardon, le rachat. Et « il n'est sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Actes des apôtres 4, 12). C’est pourquoi nous ne devrions avoir qu’un seul désir. Celui que les disciples d’Emmaüs expriment au terme de leur marche en compagnie de notre Seigneur. Il les a pourtant quelque peu rudoyés, alors qu’ils étaient « tout assombris, en s’entretenant « de tout ce qui venait de se passer » (Luc 24, 17.13) à Jérusalem, c’est-à-dire de la mort dramatique du Christ et des événements qui l’avaient suivie. Jésus leur a dit, en effet : « Ô gens sans intelligence, esprits lents à croire tout ce qu’ont annoncé les Prophètes » (Luc 24, 25). (à suivre…)

mercredi 28 novembre 2012

Temple de Dieu (2)

Temple de Dieu (2)

« Savez-vous que votre corps est le temple du Saint-Esprit que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas à vous-mêmes ? » (1 Corinthiens 6, 19). C’est-à-dire que ce corps ne nous appartient plus : nous ne pouvons pas en faire n’importe quoi. Surtout pas un lupanar, un lieu de débauche ! Cette présence de Dieu en nous fait que notre âme est en quelque sorte un champ que Dieu lui-même cultive comme il l’entend, dans lequel il sème les graines qu’il veut, et fait germer les plantes qu’il désire, mais en vue d’en récolter des fruits abondants et durables (cf. Jean 15, 15-16). C’est une idée que nous retrouvons également chez saint Paul : « Nous sommes des collaborateurs de Dieu. Le champ de Dieu, l’édifice de Dieu, c’est vous » (1 Corinthiens 3, 9). Ne nous endormons pas, contrairement aux ouvriers de la parabole, qui permirent ainsi à l’ennemi de semer impunément de l’ivraie dans le champ et de gaspiller une partie de la récolte, en plus de provoquer un travail supplémentaire et inutile (cf. Matthieu 13, 24-30).
(lire la suite) Restons donc éveillés, vigilants avec le Christ, qui est « notre secours et notre appui » (Psaume 33, 20), le fondement de notre vie. « C’est en lui que tout édifice d’une cohésion parfaite grandit pour être un temple saint du Seigneur » (Éphésiens 2, 21). C’est bien en adhérant à la Tête, c’est-à-dire à notre Seigneur, que le « corps tout entier, équipé d’articulations et de ligaments, qui en assurent la cohésion, qui grandit par la croissance voulue par Dieu » (Colossiens 2, 19). Autrement dit, il ne s’agit pas d’une croissance quelconque, mais bien de celle qui correspond aux plans de Dieu en vue du bien commun de l’humanité. Nous devons vivre collés au Christ, adhérer pleinement à lui pour ne faire qu’un avec lui, comme lui ne fait qu’un avec son Père et ce, « pour que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé » (Jean 17, 21) et, par voie de conséquence, que c’est Dieu également qui nous a envoyés auprès de nos semblables pour que nous servions de haut-parleur à l’Esprit qui habite en nous (cf. Romains 11, 8). Ainsi, « en professant la vérité, nous grandirons de toute manière par charité en celui qui est la tête, le Christ » (Éphésiens 4, 15). « De toute manière », parce que si les sacrements produisent des effets ex opere operato, c’est-à-dire du fait même que les sacrements sont réalisés, l’inhabitation de la Très Sainte Trinité a nécessairement une influence bénéfique immédiate, et nous maintient dans l’être, en nous réorientant vers le bien, vers le vrai bien. Car « c’est grâce à lui – le Christ – que le corps entier, assemblé et maintenu par tous les ligaments de secours, opère sa croissance organique, selon le jeu régulier de chacune des parties, pour s’édifier lui-même dans la charité » (Éphésiens 4, 16). (à suivre…)

lundi 26 novembre 2012

Temple de Dieu (1)

Temple de Dieu (1)

C’est lui, le Christ Seigneur, « qui a donné aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, à d’autres d’être évangélistes, à d’autres d’être pasteurs et docteurs, pour que les saints – c’est-à-dire tous les baptisés, du moins ceux qui prennent leur foi au sérieux et s’efforcent de mener une vie cohérente avec leurs promesses du baptême – puissent s’acquitter parfaitement […] de l’édification du Corps du Christ » (Éphésiens 4, 11-12), qu’est l’Église. C’est bien une tâche qui nous revient à tous, selon les charismes reçus par chacun et la place qui est la nôtre dans la communauté ecclésiale. Nous ne bâtissons pas sur du sable (cf. Matthieu 7, 24-27), mais sur le roc établi par ceux qui nous ont précédés, notamment par les fondateurs de l’Église qu’ont été les apôtres. En effet, « l’édifice que vous êtes a pour fondement les apôtres et les prophètes, le Christ Jésus lui-même étant la pierre d’angle » (Éphésiens 2, 20). (lire la suite)
Nous assurons la continuité. Nous sommes un maillon de l’immense chaîne qui se déploie depuis le Christ Jésus jusqu’au Christ Jésus, c’est-à-dire depuis sa mort et sa Résurrection jusqu’à son retour dans la gloire, à la fin des temps, quand, « à la voix de l'archange, au son de la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d'abord. Puis nous, qui vivons, qui sommes restés, nous serons emportés avec eux sur les nuées à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons pour toujours avec le Seigneur » (1 Thessaloniciens 4, 16-17). Nous sommes des éléments dynamiques qui continuent de bâtir l’Église du Christ. « Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, vous entrez dans la construction d’une maison spirituelle » (1 Pierre 2, 5). Oui, nous sommes entrés de plain-pied dans un monde surnaturel, un monde de bienfaits spirituels, où tout est grâce. Nous-mêmes avons été transformés en profondeur, par l’irruption de Dieu dans notre âme au moment de notre baptême et par la suite. La modification radicale qui s’est opérée est exprimée par l’Apôtre en ces termes : « Savez-vous que vous êtes temple de Dieu et que l’Esprit de dieu habite en vous ? » (1 Corinthiens 3, 16). C’est effectivement totalement fou. Il y a de quoi être émerveillés et de passer sa vie à remercier Dieu. Toutefois la meilleure façon de manifester notre reconnaissance, c’est d’être un temple digne de lui, autrement dit de prendre soin de la sainteté de notre âme, de sa santé spirituelle, de la qualité de notre réponse de chaque instant aux appels que le Saint-Esprit – que nous hébergeons – à vivre en nous conformant au Fils de Dieu fait homme. (à suivre…)

samedi 24 novembre 2012

Rosaire et problèmes du monde

Rosaire et problèmes du monde

Le Rosaire « a été institué surtout pour implorer le patronage de la Mère de Dieu contre les ennemis du nom chrétien » (Léon XIII, lettre ap. Salutaris ille, 24 décembre 1883). « Urbain IV a attesté que, chaque jour, le Rosaire procurait des avantages au peuple chrétien. *Sixte IV a dit que cette manière de prier est avantageuse à l'honneur de Dieu et de la Sainte Vierge, et particulièrement propre à détourner les dangers menaçant le monde ; *Léon X a déclaré qu'elle a été instituée contre les hérésiarques et les hérésies pernicieuses ; et Jules III l'a appelée la gloire de l'Église. Saint Pie V a dit aussi, au sujet du Rosaire : « Cette manière de prier une fois connue, les fidèles, éclairés par les méditations et enflammés par le texte de ces prières, ont commencé à devenir d'autres hommes ; les ténèbres de l'hérésie se sont dissipées, et la lumière de la foi catholique a brillé de tout son éclat. » Enfin, Grégoire XIII a déclaré à son tour (lire la suite) que le Rosaire avait été institué par saint Dominique pour apaiser la colère de Dieu et implorer l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie ». Plus d'un pape s'est attaché à répandre cette dévotion parmi les nations orientales : « Eugène IV, par sa constitution Advesperascente, donnée en 1439, puis Innocent XII et Clément XI, par l'autorité desquels de grands privilèges furent, à cet effet, accordés à l'Ordre des Frères Prêcheurs » (Léon XIII, enc. Adjutricem populi, 5 septembre 1895). « Par cette prière, on embrasse les problèmes de l'Église, su Siège de saint Pierre, les problèmes du monde entier. En outre, on se souvient des pécheurs, pour qu'ils se convertissent et se sauvent, et des âmes du purgatoire » (Jean-Paul II, Homélie à Fatima, 13 mai 1982). Extrait d'un entretien de sœur Lucie de Fatima avec le père Fuentès, le 26 décembre 1957 : « La très sainte Vierge, en ces derniers temps que nous vivons, a donné une efficacité nouvelle à la récitation du Rosaire ; de telle façon qu’il n’y a aucun problème, si difficile soit-il, temporel ou
surtout spirituel, se référant à la vie personnelle de chacun de nous, de nos familles, des familles du monde ou des communautés religieuses, ou bien à la vie des peuples et des nations ; il n’y a aucun problème si difficile soit-il, que nous ne puissions résoudre par la prière du saint Rosaire. Avec le saint Rosaire nous nous sauverons, nous nous sanctifierons, nous consolerons Notre-Seigneur et obtiendrons le salut de beaucoup d’âmes. » Le Rosaire produit « un fruit remarquable et bien en rapport avec les nécessités de notre temps [...]. Il consiste en ce que, au moment où la foi est exposée à tant d'attaques et de périls, le Rosaire fournit au chrétien un aliment pour la nourrir et la fortifier » (Léon XIII, enc. Fidentem piumque, 20 septembre 1896). « Nous mettons une grande espérance dans le rosaire pour la guérison des maux qui affligent notre époque. Ce n'est pas avec la force, ni avec les armes, ni avec la puissance humaine, mais avec l'aide divine obtenue par cette prière que l'Église, forte comme David avec sa fronde, pourra affronter, intrépide, l'ennemi infernal » (Pie XII, Lettre Ingruentium malourm, 15 septembre 1951).

jeudi 22 novembre 2012

Le chapelet pour le temps présent

Le chapelet pour le temps présent

La Très Sainte Vierge ne m'a pas dit que nous sommes dans les derniers temps du monde, mais Elle me l'a fait voir pour trois motifs : 1) Parce que le *démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge [...] où l'on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu ou nous sommes au démon : il n'y a pas de moyen terme. 2) Car les deux derniers remèdes que Dieu donne au monde sont le saint *Rosaire et la dévotion au *Cœur Immaculé de Marie, et ceux-ci étant les deux derniers remèdes, cela signifie qu'il n'y en aura pas d'autres. 3) Lorsque Dieu va châtier le monde, Il épuise auparavant tous les autres recours. Or quand il a vu que le monde n'a fait cas d'aucun, [...] Dieu nous a offert avec une certaine crainte le dernier moyen de salut, sa très Sainte Mère. Car si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen, nous n'aurons plus le pardon du ciel. [...] Souvenons-nous que Jésus-Christ est un très bon Fils et qu'il ne permet pas que nous offensions et méprisions sa Très Sainte Mère. Sœur Lucie, Message de Fatima.

mardi 20 novembre 2012

Dieu se laisse trouver

Dieu se laisse trouver

Le Seigneur donne un jour une série de conseils. Parmi ceux-ci, il s’en trouve un de très concret et pressant, qui nous est présenté comme assuré d’un résultat heureux : « Cherchez et vous trouverez » (Matthieu 7, 7). Nous pouvons l’appliquer principalement et avant tout à la quête de Dieu. Si nous recherchons la présence de Dieu, l’amitié avec Dieu, nous finirons immanquablement par l’obtenir. Dieu n’a-t-il pas affirmé lui-même : « J’aime ceux qui m’aiment, et ceux qui me cherchent avec empressement me trouvent » (Proverbes 8, 17) ? C’est donc une confirmation de l’enseignement du Christ. Mais nous y trouvons une précision, petite en apparence, mais fort importante pourtant. Il s’agit de chercher Dieu « avec empressement ». d’y mettre toute notre ardeur. D’en faire la priorité des priorités. Parce que le commandement suprême est bien connu : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force etde tout ton esprit » (Luc 10, 27).tourneau.blogspot.com/2012/11/dieu-se-laisse-trouver.html">(lire la suite) En vérité, la « Sagesse se montre sans peine à ceux qui l’aiment » (Sagesse 8, 12). Aimer la Sagesse et connaître Dieu, m’est avis que c’es tout un. De même, « si tu poursuis la justice, tu l’atteindras » (Proverbes 27, 8). Or, la justice et Dieu, m’est avis que c’est tout un. « La Sagesse se laisse trouver par ceux qui la cherchent » (Sagesse 8,12), car notre Dieu n’est pas un Dieu caché. C’est un Dieu qui s’est rendu présent dans l’histoire. Non seulement en créant ex nihilo, à partir de rien (cf. 2 Macchabées 7, 28) l’univers et tous les êtres qu’il renferme. Mais aussi en choisissant un peuple duquel proviendrait le Messie Sauveur. Puis, « quand les temps furent accomplis, Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sous la Loi, pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, afin que nous recevions la qualité de fils » (Galates 4, 4-5). Enfin, il a institué le sacrement de l’Eucharistie, gage de sa présence permanente parmi nous, au milieu de son peuple. Adoro te, devote, disons avec l’hymne eucharistique de saint Thomas d’Aquin : « Nous t’adorons avec dévotion. » Nous adorons avec une piété profonde et avec un recueillement non moins intense ce Dieu parfait, réellement présent avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. Il se donne à nous en nourriture de notre âme afin que nous ayons la vie éternelle et que lui, il nous ressuscite au dernier jour (cf. Jean 6, 4), « ceux qui auront fait le bien ressuscitant pour la vie » (Jean 5, 29) et « resplendissant de la splendeur du firmament » (Daniel 12, 3).

dimanche 18 novembre 2012

Aux gouvernants

Aux gouvernants

« Écoutez donc, ô rois, et comprenez : instruisez-vous, vous qui jugez les extrémités de la terre » (Sagesse 6, 1). « Aimez la justice, […] gardez à l’égard du Seigneur de bons sentiments, et cherchez-le en simplicité de cœur » (Sagesse 1, 1). « Devenez sages » (Psaume 2, 10). « Prêtez l’oreille, vous les maîtres des multitudes, qui êtes fiers de commander à des foules de peuples. Car la domination vous a été donnée par le Seigneur, et la souveraineté par le Très-Haut » (Sagesse 6, 2-3). En effet, « il n’est pas d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été établies par Dieu » (Romains 13, 1). « Par moi, les rois règnent, et les princes décrètent ce qui est juste. Par moi gouvernent les chefs et les grands » (Proverbes 8, 15-16). C’est pourquoi Dieu « examinera vos œuvres et sondera vos desseins » (Sagesse 3, 6). Il en tirera les conclusions qui s’imposent et dont l’auteur sacré nous avertit : « Parce que, étant les ministres de sa royauté » (Sagesse 6, 4), car « moi, j’ai été établi roi sur Sion, ma montagne sainte » (Psaume 2, 6), parce que tout ministre de Dieu que vous êtes, « vous n’avez pas agi avec droiture » (lire la suite)(Sagesse 6, 4), « vous qui haïssez le bien et aimez le mal, qui écorchez les gens » (Michée 3, 2), parce que vous n’avez pas « observé la loi, ni marché selon le dessein de Dieu : terrible et soudain il fondra sur vous, car un jugement sévère s’exerce sur les hommes haut placés » (Sagesse 6, 4-5). En effet, « à qui on aura donné beaucoup, beaucoup sera demandé ; à qui on aura confié beaucoup, on réclamera davantage » (Luc 12, 48). « Si je n’étais pas venu leur faire entendre ma parole, ils seraient sans péché ; mais maintenant leur péché est sans excuse » (Jean 15, 22). « Aux petits, on pardonnera par pitié ; mais les puissants seront puissamment tourmentés. Car le souverain de tous ne reculera devant personne, il ne se laissera émouvoir par aucune grandeur » (Sagesse 6, 6-7), lui « qui ne fait pas acception de la personne des grands, qui ne regarde pas le riche plus que le pauvre, parce que tous sont l’ouvrage de ses mains » (Job 34, 19). « Mais les puissants sont soumis à un examen rigoureux » (Sagesse 6, 8). Il sera tenu compte de ce que « les rois de la terre se soulèvent et les princes tiennent conseil ensemble contre le Seigneur et contre son Oint » (Psaume 2, 2). « C’est donc à vous, princes, que s’adressent mes discours, afin que vous appreniez la sagesse » (Sagesse 6, 9), n’oubliant pas que chacun de vous est « un mortel semblable aux autres » (Sagesse 7, 1), « et que vous ne vous égariez pas » (Sagesse 6, 9), de peur que Dieu « ne s’irrite et que vous ne périssiez hors de la voie, cars a colère s’enflamme vite » (Psaume 2, 10). En définitive, ceux « qui observent saintement les saintes lois seront sanctifiés, et ceux qui les auront apprises seront justifiés » (Sagesse 6, 6). À bon entendeur salut !

vendredi 16 novembre 2012

Les rencontres avec le Christ

Les rencontres avec le Christ

Notre vie ici sur terre est, en réalité, une succession continuelle de rencontres avec le Christ : avec le Christ présent dans la Sainte Écriture, comme parole de Dieu ; avec le Christ présent dans ses ministres, comme maître, prêtre et pasteur ; avec le Christ présent dans le prochain, spécialement dans les pauvres, les malades, les marginaux qui constituent ses membres souffrants ; avec le Christ présent dans les sacrements ; qui sont le canal de son action de salut ; avec le Christ hôte silencieux de notre cœur, où Il habite en nous communiquant la vie. Toute rencontre avec le Christ laisse des traces profondes. Que ce soit une rencontre pendant la nuit, comme celle de Nicodème ; une rencontre fortuite, comme celle de la Samaritaine ; une rencontre recherchée, comme celle de la pécheresse repentie ; une rencontre de supplication, comme celle de l’aveugle aux portes de Jéricho ; une rencontre par curiosité, comme celle de Zachée ; ou encore une rencontre d’intimité, comme celle des apôtres, appelés à Le suivre ; une rencontre fulgurante, comme celle de Paul sur le chemin de Damas. Mais, la rencontre la plus intime et transformante à laquelle sont ordonnées toutes les autres rencontres, c’est la rencontre de la « table du mystère eucharistique, c’est-à-dire la table du pain du Seigneur ». Ici c’est le Christ en personne qui accueille l’homme, malmené par le aspérités du chemin et qui le réconforte par la chaleur de sa compréhension et de son amour. C’est dans l’Eucharistie que se trouve la pleine réalisation de ces très douces paroles : « Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et écrasés et Je vous soulagerai » (Matthieu 11, 28). Ce soulagement personnel et profond qui constitue la raison ultime de toute notre fatigue sur les routes du monde, nous pouvons le trouver – au moins comme une anticipation et comme un avant-goût – dans ce pain de Dieu que le Christ nous offre à la table eucharistique. Bienheureux Jean-Paul II, Homélie à Fortaleza, Brésil, 8 juillet 1980.

mercredi 14 novembre 2012

Marie et les âmes du purgatoire

Marie et les âmes du purgatoire

Nous lisons dans le Bréviaire romain, à la sixième leçon de l'office de la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel : « La Bienheureuse Vierge Marie console au purgatoire, avec une tendresse toute maternelle, ceux de ses fils qui, après s'être enrôlés dans la confrérie du scapulaire, ont fidèlement gardé les règles prescrites, et, de plus, suivant une pieuse croyance, sa protection leur assure promptement les joies du paradis. » Marie a dit à sainte Brigitte : « Je suis la Mère de toutes les âmes qui souffrent en purgatoire, et les peines qu'elles y endurent pour les péchés commis pendant leur vie sont à toute heure mitigées de quelque façon, grâce à mes prières maternelles » (Revelationes 4, 138). « Grande est la bonté de Marie envers les âmes du purgatoire, et par elle elles obtiennent les suffrages dont elles ont besoin » (saint Vincent Ferrier, Les gloires 8, 2). « Au jour de la glorieuse Assomption de Marie, il ne resta pas une âme dans le purgatoire » (Gerson, Ibid.). « Chaque année, à la fête de la naissance de Jésus-Christ, Marie, accompagnée d'une multitude d'anges, descend dans le purgatoire pour en délivrer un grand nombre d'âmes. Également, durant la nuit de la Résurrection de Jésus-Christ, elle vient chaque année tirer beaucoup d'âmes de la prison du purgatoire » (Denys le Chartreux, Ibid.). Notre-Dame-des-Saintes-Âmes est la patronne de l’État de l’Arkansas (États-Unis). Iconographie. Saint Grégoire et les âmes du purgatoire (Le Guerchin, 1591-1666, église Saint-Paul, Bologne) ; Les âmes du purgatoire (Philippe de Champaigne, 1602-74, musée des Augustins, Toulouse.

lundi 12 novembre 2012

Mort de Marie (5)

Mort de Marie (5)

Tous les auteurs, orateurs, théologiens, historiens, tant grecs que latins, qui affirment la mort de Marie se sont appuyés sur cette citation de Denys l'Aréopagite. Or, l'on sait depuis le XVIe s. que l'auteur de l'ouvrage incriminé est un inconnu qui l'a rédigé au Ve s. La mort corporelle de Marie n'aurait rien ajouté à la perfection de sa collaboration active et méritoire à l'œuvre de la Rédemption objective. C'est par toutes les circonstances de sa vie terrestre, unie à celle du Sauveur, et plus spécialement par sa Compassion au pied de la Croix, et la mort spirituelle et l'immolation totale qu'elle a comporté, qu'elle est devenue Mère des hommes et corédemptrice avec son Fils. « Le péché originel n'existant pas en elle, ne put altérer son corps et le décomposer par l'affaiblissement des sens, par l'épuisement des forces, par l'appauvrissement du sang. Marie mourut, mais sa mort ne fut qu'un simple fait (lire la suite) et non un effet, et, une fois accompli, il cessa d'être. Elle mourut afin de vivre à jamais ; elle mourut pour la forme, et uniquement afin de payer sa dette à la nature, comme on le dit ; ce fut pour elle une cérémonie comme le baptême ou la confirmation ; elle mourut, non pas pour elle-même ou à cause du péché, mais pour se soumettre à sa condition, pour glorifier Dieu, pour faire ce que faisait son Fils ; elle ne mourut pas cependant, comme son Fils, au milieu des souffrances et pour un but particulier ; elle ne mourut pas de la mort des martyrs, car son martyre avait précédé sa fin ; sa mort ne fut pas une expiation, car la créature ne pouvait en donner ; l'expiation avait été offerte pour tous les hommes ; elle mourut donc pour achever sa carrière et pour recevoir sa couronne » (bienheureux John Newman, Conférences aux protestants et aux catholiques, Dix-huitième Conférence). Étant donné que c’est un thème de libre opinion, l’iconographie ne s’est pas privée de représenter la mort supposée de Marie. Selon la Légende dorée, de Jacques de
Voragine, un ange portant une palme à la main apparaît à Marie quand elle a soixante ans, et lui déclare : « Marie, je te salue, je t’apporte une branche de palmier cueillie dans le paradis : ordonne qu’on la porte devant ton cercueil le troisième jour après ta mort, car ton Fils t’attend » (sur l’Assomption), scène représentée dans un vitrail de Saint-Quentin, de Soissons). (fin)

samedi 10 novembre 2012

Mort de Marie (4)

Mort de Marie (4)

Les immortalistes répondent que l'Immaculée Conception de Marie et sa Maternité divine semblent postuler son immortalité. Si l'âme de Marie s'était séparée de son corps, ne fût-ce qu'un très bref instant, la Vierge aurait cessé d'être Mère de Dieu en cet instant. La Compassion de Marie suffit à la configurer à son Fils, comme l'étymologie le montre. Si Marie devait mourir pour être configurée à Jésus, on pourrait exiger qu'elle fût crucifiée, elle aussi, ce qui n'a pas été le cas. Marie se configure au Christ spirituellement, comme l'Église, et femme est « l'icône eschatologique ». À la fin des temps, l'Église ne connaîtra pas la mort physique : « Nous ne mourrons pas tous, mais tous seront transformés » (1 Corinthiens 15, 51). Marie est immortelle et préfigure l'Église immortelle. L'Immaculée est rachetée par la Croix du Christ, et triomphe par sa Résurrection. L'Assomption de Marie est donc la configuration à (lire la suite) cette mort-Résurrection, dont les effets se font sentir sur son corps par anticipation de la résurrection finale (cf. Philippiens 3, 20-21). L'admirable échange qui s'est produit avec l'Incarnation, Jésus revêtant alors sa physionomie humaine à partir de traits de Marie, trouve son contrepoint en Marie, en qui se gravent les traits glorieux du corps de son Fils. Le Vénérable Pie XII écrit, dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus par laquelle il définit le dogme de l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie au ciel que cette Assomption révèle à l'Église sa propre condition eschatologique et l'actualise dans son membre le plus éminent après le Christ. Marie ayant « été en corps et en âme à la gloire du ciel », c'est toute la personnalité humaine qui s'en trouve exaltée. Dieu recrée en sorte la personne humaine en lui redonnant sa condition première. Les œuvres de l'homme le suivront au ciel. Ce qui entraîne qu'il existe une suite logique entre la mis
sion terrestre de Marie et son Assomption. Elle reste la Mère du Dieu-Homme, Jésus-Christ, et elle continue d'exercer sa Maternité spirituelle, et glorieuse, envers les membres du Corps mystique de son Fils qu'est l'Église. En outre, tout part de Denys l'Aréopagite, dont d'aucuns disent qu'il a été converti par saint Paul (Actes 17, 34) et qu'il a été témoin, oculaire de la mort de Marie (De divinibus nominibus 3). (à suivre…)

vendredi 9 novembre 2012

Mort de Marie (3)

Mort de Marie (3)

Quoi qu’il en soit, pour eux cette mort fut une mort d’amour : « Vous ne chercherez point d’autre cause de la mort de la Sainte Vierge. Son amour étant si ardent, si fort et si enflammé, qu’il ne poussait pas un soupir qui ne dût rompre tous les liens de ce corps mortel ; il ne formait par un regret qui ne dût en dissoudre toute l’harmonie ; il n’envoyait pas un désir au ciel qui ne dût tirer avec soi l’âme tout entière. Je vous ai dit, chrétiens, que sa mort est miraculeuse ; je suis contraint de changer d’avis : la mort n’est pas le miracle ; c’en est plutôt la cessation. Le miracle continuel, c’est que Marie pût vivre séparée de son Bien-aimé. Elle vivait néanmoins, parce que tel était le conseil de Dieu [...]. Mais comme le divin amour régnait dans son cœur sans obstacles, il allait de jour en jour s’augmentant sans cesse par son excercice et s’accroissant par lui-même ; de sorte qu’il vint enfin, s’étendant toujours, à une telle perfection, que la terre n’était plus capable de le contenir. Aussi point d’autre cause de la mort de Marie que la vivacité de son amour » (Bossuet, 1er sermon pour l’Assomption 2). (lire la suite) Terrien ajoute, mais l’argument peut servir à prouver la Dormition de Marie : « Quand retentit à l’oreille intérieure de la Mère la voix du Fils qui lui disait : « Levez-vous, hâtez-vous, mon amie, ma colombe, ma toute belle, et venez » (Cantique des cantiques 2, 10) ; alors, grâce à l’attraction puissante et douce de l’amour de Marie pour Jésus et de l’amour de Jésus pour Marie, l’âme se dégagea du corps, comme un fruit déjà mûr que le plus légère secousse fait tomber de l’arbre ; comme une fumée odoriférante qui, sous l’action d’une chaleur douce et tempérée, monte d’une composition de myrrhe et d’encens (Cantique des cantiques 3, 6). Ainsi mourut la divine Vierge par un élan de l’amour, sans brisement, sans violence, sans peine ; et « son âme fut porte au ciel sur une nuée de désirs sacrés » (Bossuet, 1er sermon pour l’Assomption
2) : car la mort, loin d’interrompre même pour un instant sa contemplation très amoureuse, ne servit qu’à la transformer plus heureusement dans l’immuable face à face et le suprême cœur à cœur de l’éternité. » Que répondent à cela les immortalistes, c’est-à-dire ceux qui sont d’avis que la très Sainte Vierge n’a pas connu la mort ? (à suivre…)

mercredi 7 novembre 2012

Mort de Marie (2)

Mort de Marie (2)

Tout ce qu'Épiphane dit, c'est donc que la fin de la vie de Marie sur terre a été un grand prodige. Modeste de Jérusalem au VIIIe s., constate avec étonnement que les premiers auteurs chrétiens qui ont parlé de la Vierge Marie n'ont rien dit de la Dormition. Pour lui, Marie devait suivre l’exemple de son Fils, pour lui être semblable. Jésus lui-même indiqua aux apôtres le jardin de Gethsémani comme le lieu de la sépulture pour sa Mère. La liturgie n'est d'aucun secours. Il existe bien une « mémoire de Sainte Marie », mais, à la différence des saints, elle ne commémore pas son dies natalis, le jour de sa naissance au ciel, mais la Maternité divine. Aucune homélie des premiers s. ne fait la moindre allusion à la mort et à un tombeau de la Vierge. Les partisans de la mort s'appuient (lire la suite) à l'origine sur le Transitus Mariæ, attribué au Père de l’Église saint Méliton de Sarde († 180), et condamné par le pape Gélase Ier en 495-496, avec d'autres écrits apocryphes. Selon cette tradition, Marie rencontre au mont des Oliviers un ange qui lui remet une palme de l’arbre de Vie et lui annonce sa mort prochaine. Rentrée chez elle, elle fait part de la nouvelle à son entourage. Miraculeusement, les apôtres reviennent des différentes parties du monde qu'ils sont en train d'évangéliser. Jésus apparaît entouré d'anges pour recevoir l'âme de sa mère, qu'il confie à l'archange Michel. Les apôtres enterrent le corps au pied du mont des Oliviers. Quelques jours plus tard, Jésus leur apparaît de nouveau et emporte le corps au Paradis, où l'âme et le corps de Marie sont réunis. Les « mortalistes » insistent sur la nécessité d'une totale configuration de la Mère de Dieu à son Fils. À partir de la Croix, et de la Rédemption qu'elle produit, la mort est moins une pénalité du péché qu'un moyen de se conformer au Christ, avec une valeur corédemptrice. La simple Compassion de Marie est jugée insuffisante. Pour saint François de Sales (1567-1622), Marie aurait désiré la mort pour s'unir définitivement au Christ, et cet « excès d'amour », l'intensité de ce désir amoureux aurait provoqué sa mort. Mais le corps de Marie ne peut connaître la corruption propre à la mort. Le passage de la vie terrestre à la vie céleste se serait réalisé en un instant, qui aurait été à la fois celui de la mort de Marie et celui de sa résurrection. Mais les mortalistes reconnaissent que le corps de Marie n’a pas connu la corruption : « Comment la mort aurait-elle pu te réduire en cendre et en poussière, toi qui, par l’Incarnation de ton Fils, as délivré l’homme de la corruption de la mort ? Ton Fils, lui aussi, a, de la même manière, goûté une mort semblable pour le salut du genre humain. Mais il a entouré de la même gloire et son sépulcre vivifiant et le tombeau, réceptacle de vie, de ta dormition. Vos deux corps ont été ensevelis, mais n’ont pas connu la corruption » (saint Germain de Constantinople, Homélie sur la Dormition
). (à suivre…)

lundi 5 novembre 2012

Mort de Marie (1)

Mort de Marie (1)

L’Église catholique ne s’est pas prononcée sur le moment où la Vierge Marie est montée au ciel avec son corps, l’Assomption, c’est-à-dire sur le fait qu’elle a ou non connu la mort. Dans les premiers siècles, les Pères qui disent que Marie est morte ne le disent qu'en passant, comme quelque chose qui va de soi, afin de prouver que le corps du Verbe incarné était bien mortel. C'est le cas d'Origène, de saint Éphrem, peut-être de saint Jérôme, certainement de saint Augustin. On a avancé le témoignage de Timothée de Jérusalem en faveur de l'immortalité de Marie. Mais il est avéré que ce Timothée a vécu entre les VIe et VIIIe s. Saint Épiphane (v. 315-403), qui a vécu en Judée jusqu'à l'âge de 52 ans, avant de devenir évêque de Salamine (Chypre), n'ose pas se prononcer sur le sujet : « S'il paraît à certains que nous faisons erreur, qu'ils fouillent les Écritures. Ils n'y trouveront ni la mort de Marie, ni si elle morte, ni si elle n'est pas morte ; ni si elle a été ensevelie, ni si elle n'a pas été ensevelie. (lire la suite) Jean entreprit bien le voyage d'Asie, amis il ne dit nulle part qu'il emmena avec lui la Sainte Vierge. L'Écriture a gardé un silence complet à cause de la grandeur du prodige, pour ne pas frapper d'un étonnement excessif l'esprit des hommes. Pour moi je n'ose en parler. Je le garde en ma pensée et je me tais. Peut-être même avons-nous trouvé quelque part des traces de cette sainte et bienheureuse, comme quoi il est impossible de découvrir qu'elle est morte. D'une part, en effet, Siméon dit d'elle : « Et toi-même un glaive transpercera ton âme, afin que soient dévoilées les pensées cachées d'un grand nombre » (Luc 2, 35). D'autre part, l'Apocalypse de Jean dit que le dragon se précipita sur la femme qui avait engendré l'enfant mâle, et que les ailes de l'aigle furent données à la femme, et elle fut enlevée dans le désert, afin que le dragon ne pût la saisir (Apocalypse 12, 13 sv). Il est possible que cela se soit accompli en Marie. Je n'affirme pas cependant cela d'une manière absolue, et je ne dis pas qu'elle demeura immortelle ; mais je ne décide pas non plus qu'elle est morte. L'Écriture, en effet, s'est élevée au-dessus de l'esprit humain, et a laissé ce point dans l'incertitude, par révérence pour cette Vierge incomparable, pour couper court à toute pensée basse et charnelle à son sujet. Est-elle morte ? Nous l'ignorons » (Panarion 78). (à suivre…)

dimanche 4 novembre 2012

Dons gratuits (5)

Dons gratuits (5)

Nous n’avons pas tous reçu la même part de l’héritage divin. Les talents sont diversement répartis, à la différence de la situation spéciale qui a été celle de Marie, en prévision de sa condition de Mère du Rédempteur. Nous ne pouvons pas exceller comme elle dans toutes les vertus. Cela est exclu pour nous. efforçons-nous du moins de briller par l’une ou l’autre qualité, et qu’ainsi nos bonnes œuvres brillent aux yeux des hommes, pour qu’ils voient nos bonnes œuvres et glorifient notre Père qui est dans les cieux (cf. Matthieu 5, 16). Nous sommes bien convaincus qu’en nous efforçant de vivre de la sorte, Dieu nous comblera de toutes sortes de biens spirituels, car (lire la suite) « le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ […] nous a octroyé toutes sortes de bénédictions
spirituelles dans le Christ » (Éphésiens 1, 3). « Si donc vous, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner à vos enfants des choses qui sont bonnes, combien plus votre Père qui est dans les cieux, donnera-t-il ce qui est bon à ceux qui le lui demanderont » (Matthieu 7, 11). Demandons donc à notre Seigneur de nous accorder toute l’aide de la grâce dont nous avons besoin pour faire fructifier les talents qu’il nous a octroyés dans sa générosité. Car Dieu est « bon dans ses bienfaits » (Psaume 119, 68), il est « bon ; il est un refuge au jour de la détresse » (Nahum 1, 7). Si Dieu ne répartit pas ses dons équitablement, selon notre appréciation et notre mesure humaines du moins, pouvons-nous le lui reprocher ? « Que dirons-nous donc ? Y a-t-il en Dieu de l’injustice ? Que non pas ! Il dit en effet à Moïse : Je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde, et j’aurai compassion de qui j’aurai compassion » (Exode 33, 19). Ainsi donc c’est affaire ni de qui veut ni de qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Romains 9, 15-16). Et « par l’œuvre de justice d’un seul, c’est pour tous les hommes la justification qui donne la vie » (Romains 5, 18). Nous n’avons qu’à dire : « Amen. Alléluia », « Alléluia ! Le salut, la gloire et la puissance sont à notre Dieu ! » (Apocalypse 19, 1). (fin)

samedi 3 novembre 2012

Dons gratuits (4)

Dons gratuits (4)

Nous devons être heureux et reconnaissants de ce que nous sommes, parce que le potier divin a tiré de la glaise dont il nous a faits (cf. Genèse 2, 27) le vase que nous sommes, et pas un autre, peut-être plus beau à voir, d’une plus grande capacité, à usages multiples, peut-être plus fragile également. « Comment mieux montrer notre reconnaissance à Dieu qu'en aimant passionnément notre condition, puisque nous sommes ses enfants » (saint Josémaria, Forge, n° 333).
Comment manifestons-nous notre joie et notre reconnaissance pour la situation qui est la nôtre ? En accomplissant nos différentes tâches pas uniquement avec la plus grande compétence professionnelle possible, avec tout le sérieux dont nous sommes capables et toute notre haute qualification, mais surtout (lire la suite) et avant tout en les réalisant par amour de Dieu. Ainsi orientées, elles deviennent des mots d’amour bien dits et permettent d’entrer en dialogue avec Dieu, de nous introduire même dans le dialogue éternel qui existe entre les trois Personnes divines. C’est pourquoi saint Josémaria nous dit que’« une heure d’étude, pour un apôtre moderne, c’est une heure de prière » (saint Josémaria, Chemin, n° 335). Cela est possible parce que nous n’agissons pas comme des automates, mécaniquement, mais à partir de la présence de Dieu dans notre âme, de notre condition foncière d’enfant de Dieu, et du point de contact avec la divinité que le baptême a établie en permettant l’inhabitation de ces mêmes trois Personnes divines au tréfonds de notre être. Travailler de la sorte, c’est donc aussi prier et parler avec Dieu, c’est le connaître en tant que l’humble artisan venu partager notre existence laborieuse (cf. Marc 6, 3), et en tant que le grand Artisan auteur de l’univers et de toute la création (cf. Genèse 1). Nos œuvres sont donc des mots de notre dialogue avec Dieu, qui expriment l’offrande que nous entendons lui faire de notre vie, dans ses moindres occupations et nuances. Nous prions et nous écoutons, pas seulement en nous retrouvant assis aux pieds de Jésus, comme Marie à Béthanie, mais aussi par l’activité incessante de notre conduite humaine, comme Marthe (cf. Luc 10, 38-42). (à suivre…)

vendredi 2 novembre 2012

Prier pour les morts

Prier pour les morts

Nous ne voulons pas, mes Frères, que vous ignoriez la condition de ceux qui dorment dans le Seigneur, afin que vous ne soyez pas tristes comme ceux qui n'ont point d'espérance. C'était le désir de l'Apôtre écrivant aux premiers chrétiens ; l'Eglise, aujourd'hui, n'en a pas d'autre. Non seulement, en effet, la vérité sur les morts met en admirable lumière l'accord en Dieu de la justice et de la bonté : les cœurs les plus durs ne résistent point à la charitable pitié qu'elle inspire, et tout ensemble elle offre au deuil de ceux qui pleurent la plus douce des consolations. Si la foi nous enseigne qu'un purgatoire existe, où des fautes inexpiées peuvent retenir ceux qui nous furent chers, il est aussi de foi que nous pouvons leur venir en aide, il est théologiquement assuré que leur délivrance plus ou moins prompte est dans nos mains. Rappelons quelques principes de nature à éclairer ici la doctrine.
(lire la suite) Tout péché cause double dommage au pécheur, souillant son âme, et le rendant passible de châtiment. Tache vénielle, entraînant simple déplaisance du Seigneur, et dont l'expiation ne dure qu'un temps ; souillure allant jusqu'à la difformité qui fait du coupable un objet d'abomination devant Dieu, et dont par suite la sanction ne saurait consister que dans le bannissement éternel, si l'homme n'en prévient en cette vie l'irrévocable sentence. Même alors cependant, l'effacement de 'a coulpe mortelle, en écartant la damnation, n'enlève pas de soi toute dette au pécheur converti ; bien qu'un débordement inusité de la grâce sur le prodigue puisse parfois, comme il est régulier dans le baptême ou le martyre, faire se perdre en l'abîme de l'oubli divin jusqu'au dernier vestige, aux moindres restes du péché, il est normal qu'en cette vie, ou par delà, satisfaction soit donnée pour toute faute à la justice. A contre-pied du péché, tout acte surnaturel de vertu implique double profit pour le juste : il mérite à son âme un nouveau degré de grâce ; il satisfait pour la peine due aux fautes passées en la mesure de juste équivalence qui revient devant Dieu à ce labeur, cette privation, cette épreuve acceptée, cette libre souffrance d'un des membres de son Fils bien-aimé. Or, tandis que le mérite ne se cède pas et demeure personnel à qui l'acquiert, la satisfaction se prête comme valeur d'échange aux transactions spirituelles ; Dieu veut bien l'accepter pour acompte ou pour solde en faveur d'autrui, que le concessionnaire soit de ce monde ou de l'autre, à la seule condition qu'il fasse lui aussi partie par la grâce de ce corps mystique du Seigneur qui est un dans la charité. C'est, comme l'explique Suarez en son beau traité des Suffrages, la conséquence du mystère de la communion des saints manifesté en ces jours. Invoquant l'autorité des plus anciens comme des plus grands princes de la science, discutant les objections, les restrictions propos depuis eux par plusieurs, l'illustre théologien n'hésite pas à conclure en ce qui touche plus particulièrement les âmes souffrantes : « J'estime que cette satisfaction des vivants pour les morts vaut en justice (1), et qu'elle est infailliblement acceptée selon toute sa valeur, et selon l'intention de celui ! qui l'applique ; en sorte que, par exemple, si la satisfaction qui est de mon fait me valait en justice, pour moi gardée, la remise de quatre degrés de purgatoire, elle en remet autant à l'âme pour laquelle il me plaît de l'offrir. » On sait comment l'Eglise seconde sur ce point la bonne volonté de ses fils. Par la pratique des Indulgences, elle met à la disposition de leur charité l'inépuisable trésor où, d'âge en âge, les surabondantes satisfactions des saints rejoignent celles des Martyrs, ainsi que de Notre-Dame, et la réserve infinie des souffrances du Seigneur. ] Presque toujours, elle approuve et permet que ! ces remises de peine, accordées aux vivants par sa directe puissance, soient appliquées aux morts, ; qui ne relèvent plus de sa juridiction, par mode de suffrage ; c'est-à-dire : en la manière où. comme nous venons de le voir, chaque fidèle peut offrir pour autrui à Dieu, qui l'accepte, le suffrage ou secours de ses propres satisfactions C'est toujours la doctrine de Suarez, et il enseigne que l'Indulgence cédée aux défunts ne perd rien non plus de la certitude ou de la valeur qu'elle aurait eues pour nous qui militons encore (Dom Prosper Guéranger).

jeudi 1 novembre 2012

Sainteté pour tous

Sainteté pour tous

La façon spécifique dont les laïcs ont à contribuer à la sainteté et à l'apostolat de l'Église est l'action libre et responsable au sein des structures temporelles, en y portant le ferment du message chrétien. Le témoignage de vie chrétienne, la parole qui éclaire au nom de Dieu, et l'action responsable, de manière à servir les autres en contribuant à la solution des problèmes communs, voilà autant de manifestations de cette présence par laquelle le chrétien ordinaire accomplit sa mission divine. Depuis de très nombreuses années, depuis la date même de la fondation de l'Opus Dei, j'ai médité et fait méditer les paroles du Christ que nous rapporte saint Jean : et ego, si exaltatus fuero a terra, omnia traham ad meipsum (Jn 12, 32). Le Christ, en mourant sur la Croix, attire à Lui (lire la suite) la création tout entière et, en son nom, les chrétiens, qui travaillent au milieu du monde, ont à réconcilier toutes les choses avec Dieu, et à placer le Christ au sommet de toutes les activités humaines.
Je voudrais ajouter qu'à côté de cette prise de conscience des laïcs, il se produit un développement analogue dans la sensibilité des pasteurs. Ils se rendent compte du caractère spécifique de la vocation laïque, qui doit être encouragée et favorisée au moyen d'une pastorale qui porte à découvrir, au sein du Peuple de Dieu, le charisme de la sainteté et de l'apostolat dans les formes infinies et très diverses sous lesquelles Dieu l'accorde. Cette nouvelle pastorale est très exigeante, mais, à mon sens, absolument nécessaire. Elle requiert le don surnaturel du discernement des esprits, la sensibilité aux choses de Dieu, l'humilité qui consiste à ne pas imposer ses préférences personnelles et à aider ce que Dieu infuse dans les âmes. En un mot : l'amour de la liberté légitime des enfants de Dieu, qui trouvent le Christ, deviennent porteurs du Christ, et suivent des chemins très divers, mais tous également divins. L'un des plus grands dangers qui menacent aujourd’hui l'Église pourrait bien être, justement, de ne pas reconnaître ces exigences divines de la liberté chrétienne, et, en se laissant aller à de fausses raisons d'efficacité, de prétendre imposer une uniformité aux chrétiens. À la base de cette attitude, il y a quelque chose non seulement de légitime, mais de louable : le désir que l'Église rende un témoignage tel qu'il émeuve le monde moderne. Je crains fort, néanmoins, que le chemin ne soit mauvais et qu'il n'aboutisse, d'une part, à compromettre la hiérarchie dans les questions temporelles pour ne déboucher alors que sur un cléricalisme différent, mais aussi néfaste que celui des siècles passés ; et, d'autre part, à isoler les laïcs, les chrétiens ordinaires, du monde où ils vivent, pour en faire les porte-parole des décisions ou des idées conçues en dehors de ce monde. Il me semble qu'on nous demande, à nous les prêtres, l'humilité d'apprendre à ne pas être à la mode, d'être réellement les serviteurs des serviteurs de Dieu — nous souvenant de ce cri de Jean-Baptiste : illum oportet crescere, me autem minui (Jn 3, 30), il faut que lui grandisse et que moi, je décroisse — pour que les chrétiens ordinaires, les laïcs, rendent le Christ présent, dans tous les milieux de la société. La mission de répandre la doctrine, d'aider à pénétrer les exigences personnelles et sociales de l'Évangile, d'engager à discerner les signes des temps, c'est, et ce sera toujours, une des tâches fondamentales du prêtre. Mais tout travail sacerdotal doit s’accomplir dans le plus grand respect de la légitime liberté des consciences : chaque homme doit librement répondre à Dieu. Au surplus, tout catholique, outre l'aide que lui apporte le prêtre, reçoit lui aussi de Dieu des lumières propres, des grâces d'état qui lui permettent de remplir la mission spécifique dont il est chargé, en tant qu'homme et en tant que chrétien. Si l'on croit que le clergé doit nécessairement parler et être toujours présent pour que la voix du Christ se fasse entendre dans le monde d'aujourd'hui, c'est qu'on n'a pas encore bien compris la dignité de la vocation divine de tous les fidèles et de chacun d'entre eux (saint Josémaria, Entretiens, n° 59).

mercredi 31 octobre 2012

Dons gratuits (3)

Dons gratuits (3)

« Cependant la grâce a été donnée à chacun selon ce qu’il a plu au Christ d’en faire le don » (Éphésiens 4, 7). Nous devons être bien conscients que tout ce que nous possédons est donc de Dieu. « Quas-tu que tu ne l’aies reçu ? » (1 Corinthiens 4, 7). C’est pourquoi l’Apôtre peut nous exhorter en ces termes : « Oui, je le dis en vertu de ce qui m’a été donné pour vous tant que vous êtes : n’ayez pas de vous-mêmes une opinion trop flatteuse ; mais ayez une opinion qui convienne à votre modestie, chacun selon le degré de foi que Dieu lui a départie » (Romains 12, 3). Nous serions bien avisés de cultiver l’humilité, en ne nous attribuant pas les mérites gratuits de notre Seigneur Jésus-Christ, et de témoigner de notre reconnaissance pour ces cadeaux surnaturels qui nous habilitent à poursuivre efficacement la sainteté.
« Tu dois demeurer vigilant, afin que tes succès professionnels, ou tes échecs (lire la suite) — et ces derniers ne manqueront pas d'arriver — ne te fassent pas oublier, ne serait-ce qu'un instant, la gloire de Dieu, qui est la véritable finalité de ton travail! » (saint Josémaria, Forge, n° 704). Saint Paul reconnaît que « nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée : si c’est la prophétie, que ce soit en proportion à la foi ; si c’est le ministère, dans le ministère ; si c’est l’enseignement, dans l’enseignement ; si c’est l’exhortation, dans l’exhortation ; que celui qui donne le fasse sans arrière-pensée ; celui qui préside, avec zèle : celui qui exerce la miséricorde, avec affabilité » (Romains 12, 6-8). Et nous n’avons pas à ambitionner des dons que nous n’avons pas reçus, des qualités dont nous sommes dépourvus. Contentons-nous, et ce n’est pas peu de chose, de faire fructifier les talents reçus. Quand nous y serons parvenus, nous pourrons peut-être nous poser des questions. Mais, en réalité, nous n’aurons à rendre des comptes de notre gestion qu’au moment de paraître devant notre Dieu et Père, Juste Juge en même temps, et Rémunérateur. « Le potier n’est-il pas maître de l'argile pour faire de la même masse tel vase pour un usage noble et tel autre pour un usage profane ? » (Romains 9, 21). En effet, « de même que ce potier, ne puis-je pas ainsi vous traiter ? […] Oui, comme l’argile est dans les mains du potier, ainsi vous êtes dans ma main » (Jean 18, 6).La créature va-t-elle se rebeller contre son auteur ? (à suivre…)

Dons gratuits (2)

Dons gratuits (2)

Le moment venu de leur donner leur paye aux ouvriers de la vigne, « il dit à son intendant : ‘Appelle les ouvriers et règle leur salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.’ Ceux d’autour de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier. Quand vinrent les premiers, ils crurent qu’ils recevraient davantage » (Matthieu 20, 8-10). Pourtant, ils auraient dû se rappeler sur quelle base ils s’étaient mis d’accord le matin, à la troisième heure.
En recevant, eux aussi, un denier – comme convenu, encore une fois – « ils murmuraient contre le propriétaire. ‘Ces derniers, disaient-ils, n’ont fait qu’une heure et tu les a traités comme nous qui avons supporté le poids du jour et de la chaleur » (Matthieu 20, 11-12), ce qui n’était sans doute pas négligeable. Mais pour que tort il y ait, il faudrait un acte qui lèse les droits des individus. Or, (lire la suite) « n’est-ce pas d’un denier que tu as convenu avec moi ? Prends ton dû et va-t-en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui est mien ? Ou as-tu l’œil envieux parce que je suis bon ? » (Matthieu 20, 13-15). Ici, le Seigneur donne la même rétribution à chacun, indépendamment du temps réellement passé à travailler, parce que cette parabole vise la récompense finale de la vie éternelle, qui sera identique pour tous ceux qui seront restés fidèles à Dieu, quel que soit le moment de leur vie où ils se sont attachés à lui, où ils se sont laissés embaucher à sa vigne. Mais pour y parvenir, il faut développer les talents reçus de Dieu et qui, eux, sont variés et divers selon chacun. C’est également l’enseignement qui ressort de la parabole des talents, appelés des mines chez saint Luc. « Un homme de haute naissance se rendit dans un pays lointain pour y recevoir la dignité royale et revenir ensuite. Appelant dix de ses serviteurs, il leur remit dix mines et leur dit : ‘Faites-les valoir jusqu’à mon retour’ » (Luc 19, 12-13). Étant enfin de retour, déjà investi de ses pouvoirs royaux, le souverain appelle ses serviteurs « auxquels il avait remis l’argent, pour savoir ce que chacun en avait retiré ». Le premier se présenta et dit : « Seigneur, ta mine a rapporté dix mines. » Le second vint et dit : « Ta mine, Seigneur, a produit cinq mines. » Puis l’autre vint et dit : « Seigneur, voici ta mine, que j’ai tenue serrée dans un linge, car j’avais peur de toi » (Luc 19, 15-21). Dans cet exemple, le maître donne la même somme au départ, montrant par là qu’il est libre d’agir comme il l’entend, et que ce n’est pas tellement la question de la quantité reçue qui compte, que la façon de la mettre en valeur, que le sérieux apporté à en tirer le meilleur profit possible, à effectuer le placement le plus rentable. Or, « y a-t-il affaire plus importante que celle de la vie éternelle ? » (saint Josémaria, Chemin, n° 235). (à suivre…)

lundi 29 octobre 2012

Dons gratuits (1)

Dons gratuits (1)

Une constante de la vie des enfants de Dieu est que c’est toujours Dieu qui prend l’initiative de venir à nous et de nous introduire dans son monde à lui. C’est lui qui appelle qui il veut et comme il l’entend. De sorte que « chacun tient de Dieu son don particulier, l’un d’une manière, l’autre d’une autre » (1 Corinthiens 7, 7). Il s’agit de dons variés. Tous ne reçoivent pas les mêmes, ni avec la même intensité. Cela dépend de la répartition opérée par Celui qui est le Maître souverain de l’univers et de qui proviennent tous les biens. « Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés : tout don de racheté et tout cadeau parfait proviennent d’en haut, descendent du Père des lumières, qui ne connaît ni variation ni obscurcissement passager » (Jacques 1, 16-17), c’est-à-dire qui reste immuable dans ses desseins et décisions.
De fait, « c’est dans son libre vouloir qu’il nous a enfantés par la parole de vérité » (Jacques 1, 18), car (lire la suite) nous ne sommes pas « nés ni du sang, ni d’un vouloir charnel, ni d’un vouloir humain mais de Dieu » (Jean 1, 13), et ce, « pour que nous soyons comme les prémices de ses créatures » (Jacques 1, 18). Dieu ne répartit donc pas uniformément ses biens, donnés toujours « en vue du bien commun. À l’un, en effet, c’est le discours de sagesse qui est donné par l’Esprit ; à un autre, le discours de science, selon le même Esprit ; à un autre la foi dans le même Esprit ; à un autre, des dons de guérison dans cet unique Esprit ; à un autre, le pouvoir d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, diverses sortes de langues ; à un autre, l’interprétation des langues. Mais tout cela, c’est l’œuvre de l’unique et même Esprit, qui distribue ses dons à chacun en particulier selon son gré » (1 Corinthiens 12, 7-11). Il n’y a donc pas lieu de s’en étonner. Moins encore de s’en scandaliser, comme si un tel comportement de la part de Dieu pouvait être injuste à notre endroit. Car Dieu ne doit strictement rien et nous attribue par pure gratuité d’Amour exactement toutes les qualités qui sont à même de nous rendre pleinement heureux, dès notre séjour terrestre, dans l’attente de la béatitude paradisiaque. Notre Seigneur a entendu un jour nous faire comprendre l’absolue maîtrise de son Père sur tous les bienfaits qu’il nous accorde et sa liberté de décision à cet égard. Il s’agit de la parabole dite « des ouvriers de la onzième heure ». Un propriétaire a embauché tout au long de la journée des ouvriers pour aller travailler dans sa vigne, et il a convenu de leur salaire avec les premiers : un denier. (à suivre…)