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samedi 30 juin 2007

Pierre, le roc de l'Eglise (fin)


Pierre, le roc sur lequel l'Eglise est fondée

Cette position de prééminence que Jésus a voulu conférer à Pierre se retrouve également après la résurrection : Jésus charge les femmes d'en porter l'annonce à Pierre, de manière distincte par rapport aux autres apôtres (cf. Marc 16, 7) ; c'est à lui et à Jean que s'adresse Marie-Madeleine pour informer que la pierre a été déplacée devant l'entrée du sépulcre (cf. Jean 20, 2) et Jean lui cédera le pas lorsque tous les deux arriveront devant la tombe vide (cf. Jean 20, 4-6); ce sera ensuite Pierre, parmi les apôtres, le premier témoin d'une apparition du Ressuscité (cf. Luc 24, 34 ; 1 Corinthiens 15, 5). Son rôle, clairement souligné (cf. Jean 20, 3-10), marque la continuité entre la prééminence qu'il a eue dans le groupe apostolique et la prééminence qu'il continuera à avoir (lire la suite) qu'il continuera à avoir au sein de la communauté née avec les événements pascals, comme l'atteste le livre des Actes (cf. 1, 15-26 ; 2, 14-40 ; 3, 12-26 ; 4, 8-12 ; 5, 1-11.29 ; 8, 14-17 ; 10; etc.). Son comportement est considéré à ce point décisif qu'il est au centre de remarques et également de critiques (cf. Actes 11, 1-18 ; Galates 2, 11-14). Au Concile dit de Jérusalem, Pierre exerce une fonction directive (cf. Actes 15 et Galates 2, 1-10), et c'est précisément parce qu'il est un témoin de la foi authentique que Paul lui-même reconnaîtra en lui une certaine qualité de "premier" (cf. 1 Corinthiens 15, 5 ; Galates 1, 18; 2, 7sq. ; etc.). Ensuite, le fait que plusieurs des textes clefs se référant à Pierre puissent être reconduits au contexte de la Dernière Cène, où le Christ confère à Pierre le ministère de confirmer ses frères (cf. Luc 22, 31sq.), montre comment l'Église qui naît du mémorial pascal célébré dans l'Eucharistie trouve dans le ministère confié à Pierre l'un de ses éléments constitutifs.
Ce cadre du Primat de Pierre situé lors de la Dernière Cène, au moment de l'institution de l'Eucharistie, Pâque du Seigneur, indique également le sens ultime de ce Primat : Pierre, en tout temps, doit être le gardien de la communion avec le Christ ; il doit guider à la communion avec le Christ ; il doit prendre garde à ce que la chaîne ne se brise pas et que puisse ainsi perdurer la communion universelle. Ce n'est qu'ensemble que nous pouvons être avec le Christ, qui est le Seigneur de tous. La responsabilité de Pierre est de garantir ainsi la communion avec le Christ à travers la charité du Christ, en conduisant à la réalisation de cette charité dans la vie de chaque jour. Prions afin que le Primat de Pierre, confié aux pauvres personnes humaines, puisse toujours être exercé dans ce sens originel voulu par le Seigneur et puisse ainsi être toujours davantage reconnu dans sa véritable signification par nos frères qui ne sont pas encore en pleine communion avec nous.

vendredi 29 juin 2007

Pierre, le roc sur lequel le Christ a fonde l'Eglise


Pierre, le roc sur lequel le Christ a fondé l'Église

(...) L'évangéliste Jean, racontant la première rencontre de Jésus avec Simon, frère d'André, souligne un fait singulier : Jésus, "posa son regard sur lui et dit : "Tu es Simon, fils de Jean ; tu t'appelleras Képha" (ce qui veut dire : pierre)" (Jean 1, 42). Jésus n'avait pas l'habitude de changer le nom de ses disciples : à l'exception de la dénomination de "fils du tonnerre", (lire la suite) adressée dans une circonstance précise aux fils de Zébédée (cf. Marc 3, 17) et qui ne fut plus utilisée par la suite, Il n'a jamais attribué un nouveau nom à l'un de ses disciples. Il l'a fait en revanche avec Simon, l'appelant Kephas, un nom qui fut ensuite traduit en grec Petros, en latin Petrus, et il fut traduit précisément parce qu'il ne s'agissait pas seulement d'un nom ; c'était un "mandat", que Petrus recevait de cette façon du Seigneur. Le nouveau nom Petrus reviendra plusieurs fois dans les Évangiles et finira par supplanter le nom originel Simon.
Cette information acquiert une importance particulière si l'on tient compte du fait que, dans l'Ancien Testament, le changement du nom préfigurait en général une mission qui est confiée (cf. Genèse 17, 5 ; 32, 28sq. etc.). De fait, la volonté du Christ d'attribuer à Pierre une importance particulière au sein du Collège apostolique résulte de nombreux indices : à Capharnaüm, le Maître va loger dans la maison de Pierre (Marc 1, 29) ; lorsque la foule se presse autour de lui sur les rives du lac de Génésareth, entre les deux barques qui y sont amarrées, Jésus choisit celle de Simon (Luc 5, 3) ; lorsque, dans des circonstances particulières, Jésus ne se fait accompagner que par trois disciples, Pierre est toujours rappelé comme le premier du groupe : c'est le cas lors de la résurrection de la fille de Jaïre (cf. Marc 5, 37 ; Luc 8, 51), de la Transfiguration (cf. Marc 9, 2 ; Matthieu 17, 1 ; Luc 9, 28) et enfin, au cours de l'agonie dans le Jardin du Gethsémani (cf. Marc 14, 33 ; Matthieu 26, 37). Et encore : c'est à Pierre que s'adressent les percepteurs de la taxe du Temple, et le Maître paie pour lui-même et pour Pierre uniquement (cf. Matthieu 17, 24-27) ; c'est à Pierre qu'Il lave les pieds en premier lors de la Dernière Cène (cf. Jean 13, 6) et c'est seulement pour lui qu'il prie afin que sa foi ne disparaisse pas et qu'il puisse ensuite confirmer en celle-ci les autres disciples (cf. Luc 22, 30-31).
Du reste, Pierre lui-même est conscient de sa position particulière : c'est lui qui souvent, également au nom des autres, parle en demandant l'explication d'une parabole difficile (Matthieu 15, 15), ou le sens exact d'un précepte (Matthieu 18, 21), ou bien encore la promesse formelle d'une récompense (Matthieu 19, 27). C'est lui en particulier qui résout certaines situations embarrassantes en intervenant au nom de tous. Ainsi, lorsque Jésus, attristé en raison de l'incompréhension de la foule après le discours sur le "pain de vie", demande : "Voulez-vous partir vous aussi ?" la réponse de Pierre est ferme : "Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle" (cf. Jean 6, 67-69). C'est également de manière décidée qu'il prononce la profession de foi, encore au nom des Douze, dans les environs de Césarée de Philippe. À Jésus qui demande : "Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?" Pierre répond : "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !" (Matthieu 16, 15-16). En réponse, Jésus prononce alors la déclaration solennelle qui définit, une fois pour toutes, le rôle de Pierre dans l'Église : "Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église... Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux" (Matthieu 16, 18-19). Les trois métaphores auxquelles Jésus a recours sont en elles-mêmes très claires : Pierre sera le fondement rocheux sur lequel reposera l'édifice de l'Église ; il aura les clefs du Royaume des cieux pour ouvrir ou fermer à qui lui semblera juste; enfin, il pourra lier ou délier, au sens où il pourra établir ou interdire ce qu'il considérera nécessaire pour la vie de l'Église, qui est et qui demeure au Christ. Elle est toujours l'Église du Christ, et non de Pierre. C'est ainsi qu'est décrit par des images d'une évidence plastique ce que la réflexion successive appellera le "primat de juridiction". (à suivre...)

Benoît XVI, Audience générale, 7 juin 2006.

jeudi 28 juin 2007

Saint Pierre, l'Apotre


Pierre, l'Apôtre

Dans ces catéchèses, nous méditons sur l'Église. (...) Nous avons vu deux étapes décisives de sa vie : l'appel sur les rives du Lac de Galilée, puis la confession de foi : "Tu es le Christ, le Messie". Une confession, avons-nous dit, encore insuffisante, à ses débuts et qui est toutefois ouverte. Saint Pierre se place sur un chemin de "sequela" (la suite du Christ). Ainsi, cette confession initiale contient déjà en elle, comme en germe, la future foi de l'Église. Aujourd'hui, nous voulons considérer deux autres événements importants de la vie de saint Pierre : (lire la suite) la multiplication des pains - nous avons entendu dans le passage qui vient d'être lu la question du Seigneur et la réponse de Pierre - et ensuite le Seigneur qui appelle Pierre à être pasteur de l'Église universelle.
Commençons par l'épisode de la multiplication des pains. Vous savez que la foule avait écouté le Seigneur pendant des heures. A la fin, Jésus dit : ils sont fatigués, ils ont faim, nous devons donner à manger à ces gens. Les apôtres demandent : mais comment ? Et André, le frère de Pierre, attire l'attention de Jésus sur un jeune garçon, qui portait avec lui cinq pains et deux poissons. Mais cela est bien peu pour tant de personnes, disent les Apôtres. Alors le Seigneur fait asseoir la foule et distribuer ces cinq pains et ces deux poissons. Et tous se rassasient. Le Seigneur charge même les Apôtres, et parmi eux Pierre, de recueillir les restes abondants : douze paniers de pain (cf. Jean 6, 12, 13). Par la suite, la foule, voyant ce miracle, - qui semble être le renouvellement, tant attendu, d'une nouvelle "manne", du don du pain du ciel - veut en faire son roi. Mais Jésus n'accepte pas et se retire sur la montagne, pour prier tout seul. Le jour suivant, sur l'autre rive du lac, dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus interpréta le miracle, - non dans le sens d'une royauté sur Israël avec un pouvoir de ce monde de la façon espérée par la foule, mais dans le sens d'un don de soi: "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (Jean 6, 51). Jésus annonce la croix, et avec la croix, la véritable multiplication des pains, le pain eucharistique - sa façon absolument nouvelle d'être roi, une façon totalement contraire aux attentes des gens.
Nous pouvons comprendre que ces paroles du Maître - qui ne veut pas accomplir chaque jour une multiplication des pains, qui ne veut pas offrir à Israël un pouvoir de ce monde, - apparaissent véritablement difficiles, et même inacceptables pour les gens. "Il donne sa chair" : qu'est-ce que cela signifie ? Pour les disciples aussi, ce que Jésus dit à ce moment-là apparaît inacceptable. C'était et c'est pour notre cœur, pour notre mentalité, un discours "dur", qui met la foi à l'épreuve (cf. Jean 6, 60). Beaucoup de disciples se rétractèrent. Ils voulaient quelqu'un qui renouvelle réellement l'État d'Israël, de son peuple, et non pas quelqu'un qui disait : "Je donne ma chair." Nous pouvons imaginer que les paroles de Jésus étaient difficiles également pour Pierre, qui à Césarée de Philippe, s'était opposé à la prophétie de la croix. Et toutefois, lorsque Jésus demanda aux Douze: "Voulez-vous partir, vous aussi?", Pierre réagit avec l'élan de son cœur généreux, guidé par l'Esprit Saint. Au nom de tous, il répondit par les paroles immortelles, qui sont aussi les nôtres: "Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu" (cf. Jean 6, 66-69).
Ici, comme à Césarée, Pierre entame à travers ses paroles la confession de foi christologique de l'Église et devient également la voix des autres Apôtres et de nous, croyants de tous les temps. Cela ne veut pas dire qu'il avait déjà compris le mystère du Christ dans toute sa profondeur. Sa foi était encore à ses débuts, une foi en marche ; il ne serait arrivé à la véritable plénitude qu'à travers l'expérience des événements pascals. Mais toutefois, il s'agissait déjà de foi, une foi ouverte aux réalités plus grandes - ouverte surtout parce que ce n'était pas une foi en quelque chose, c'était une foi en Quelqu'un : en Lui, le Christ. Ainsi, notre foi également est toujours une foi qui commence et nous devons encore accomplir un grand chemin. Mais il est essentiel que ce soit une foi ouverte et que nous nous laissions guider par Jésus, car non seulement Il connaît le Chemin, mais il est le Chemin.
Cependant, la générosité impétueuse de Pierre ne le sauve pas des risques liés à la faiblesse humaine. Du reste, c'est ce que nous aussi, nous pouvons reconnaître sur la base de notre vie. Pierre a suivi Jésus avec élan, il a surmonté l'épreuve de la foi, en s'abandonnant à Lui. Toutefois, le moment vient où lui aussi cède à la peur et chute : il trahit le Maître (cf. Marc 14, 66-72). L'école de la foi n'est pas une marche triomphale, mais un chemin parsemé de souffrances et d'amour, d'épreuves et de fidélité à renouveler chaque jour. Pierre, qui avait promis une fidélité absolue, connaît l'amertume et l'humiliation du reniement : le téméraire apprend l'humilité à ses dépends. Pierre doit apprendre lui aussi à être faible et à avoir besoin de pardon. Lorsque finalement son masque tombe et qu'il comprend la vérité de son cœur faible de pécheur croyant, il éclate en sanglots de repentir libérateurs. Après ces pleurs, il est désormais prêt pour sa mission.
Un matin de printemps, cette mission lui sera confiée par Jésus ressuscité. La rencontre aura lieu sur les rives du lac de Tibériade. C'est l'évangéliste Jean qui nous rapporte le dialogue qui a lieu en cette circonstance entre Jésus et Pierre. On y remarque un jeu de verbes très significatif. En grec, le verbe "filéo" exprime l'amour d'amitié, tendre mais pas totalisant, alors que le verbe "agapáo" signifie l'amour sans réserves, total et inconditionné. La première fois, Jésus demande à Pierre : "Simon... m'aimes-tu (agapes-me)" de cet amour total et inconditionné (Jean 21, 15) ? Avant l'expérience de la trahison, l'Apôtre aurait certainement dit: "Je t'aime (agapô-se) de manière inconditionnelle". Maintenant qu'il a connu la tristesse amère de l'infidélité, le drame de sa propre faiblesse, il dit avec humilité : "Seigneur, j'ai beaucoup d'amitié pour toi (filô-se)", c'est-à-dire "je t'aime de mon pauvre amour humain." Le Christ insiste : "Simon, m'aimes-tu de cet amour total que je désire ?" Et Pierre répète la réponse de son humble amour humain : "Kyrie, filô-se", "Seigneur, j'ai beaucoup d'amitié pour toi, comme je sais aimer." La troisième fois, Jésus dit seulement à Simon : "Fileîs-me ? "As-tu de l'amitié pour moi ?" Simon comprend que son pauvre amour suffit à Jésus, l'unique dont il est capable, mais il est pourtant attristé que le Seigneur ait dû lui parler ainsi. Il répond donc : "Seigneur, tu sais tout : tu sais combien j'ai d'amitié pour toi" (filô-se)". On pourrait dire que Jésus s'est adapté à Pierre, plutôt que Pierre à Jésus ! C'est précisément cette adaptation divine qui donne de l'espérance au disciple, qui a connu la souffrance de l'infidélité. C'est de là que naît la confiance qui le rendra capable de la sequela Christi jusqu'à la fin : "Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : "Suis-moi" (Jean 21, 19).
À partir de ce jour, Pierre a "suivi" le Maître avec la conscience précise de sa propre fragilité; mais cette conscience ne l'a pas découragé. Il savait en effet pouvoir compter sur la présence du Ressuscité à ses côtés. De l'enthousiasme naïf de l'adhésion initiale, en passant à travers l'expérience douloureuse du reniement et des pleurs de la conversion, Pierre est arrivé à mettre sa confiance en ce Jésus qui s'est adapté à sa pauvre capacité d'amour. Et il nous montre ainsi le chemin à nous aussi, malgré toute notre faiblesse. Nous savons que Jésus s'adapte à notre faiblesse. Nous le suivons, avec notre pauvre capacité d'amour et nous savons que Jésus est bon et nous accepte. Cela a été pour Pierre un long chemin qui a fait de lui un témoin fiable, "pierre" de l'Église, car constamment ouvert à l'action de l'Esprit de Jésus. Pierre lui-même se qualifiera de : "témoin de la passion du Christ, et je communierai à la gloire qui va se révéler" (1 Pierre 5, 1). Lorsqu'il écrira ces paroles, il sera désormais âgé, en route vers la conclusion de sa vie qu'il scellera par le martyre. Il sera alors en mesure de décrire la joie véritable et d'indiquer où on peut la puiser: la source est le Christ, auquel on croit et que l'on aime avec notre foi faible mais sincère, malgré notre fragilité. C'est pourquoi, il écrira aux chrétiens de sa communauté, et il nous le dit à nous aussi : "Lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore; et vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l'aboutissement de votre foi" (1 Pierre 1, 8-9).

Benoît XVI, Audience générale, 24 mai 2006.

mercredi 27 juin 2007

Saint Pierre, le pecheur (suite)


Pierre, le pêcheur (suite)

Pierre vivra un autre moment significatif de son chemin spirituel aux alentours de Césarée de Philippe, lorsque Jésus pose une question précise aux disciples : "Pour les gens, qui suis-je ?" (Marc 8, 27). Jésus ne se contente cependant pas de la réponse par ouï-dire. Il attend de la part de ceux qui ont accepté de s'engager personnellement avec Lui une prise de position personnelle. C'est pourquoi, il insiste : "Pour vous, qui suis-je ?" (Marc 8, 29). Et Pierre répond également au nom des autres : "Tu es le Christ" (ibid.), c'est-à-dire le Messie. Cette réponse de Pierre, "ce n'est pas la chair et le sang qui [lui] ont révélé cela", mais elle lui fut donnée par le Père qui est aux cieux (cf. Matthieu 16, 17), et elle contient comme en germe la future confession de foi de l'Église. (lire la suite) Toutefois, Pierre n'avait pas encore compris le contenu profond de la mission messianique de Jésus, le nouveau sens de ce mot : Messie. Il le démontre peu après, en laissant comprendre que le Messie qu'il poursuit dans ses rêves est très différent du véritable projet de Dieu. Devant l'annonce de la passion, il se scandalise et proteste en suscitant la vive réaction de Jésus (cf. Marc 8, 32-33). Pierre veut un Messie "homme divin", qui accomplisse les attentes des gens en imposant sa puissance à tous : c'est également notre désir que le Seigneur impose sa puissance et transforme immédiatement le monde; Jésus se présente comme le "Dieu humain", le serviteur de Dieu, qui bouleverse les attentes de la foule en prenant un chemin d'humilité et de souffrance. C'est la grande alternative, que nous aussi, nous devons toujours apprendre à nouveau : privilégier nos propres attentes en repoussant Jésus ou accueillir Jésus dans la vérité de sa mission et mettre de côté les attentes trop humaines. Pierre - impulsif comme il l'est - n'hésite pas à prendre Jésus à part et à lui faire des reproches. La réponse de Jésus anéantit toutes ses fausses attentes, lorsqu'il le rappelle à la conversion et à le suivre : "Passe derrière moi, satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes" (Marc 8, 33). Ce n'est pas à toi de m'indiquer la route, moi, je choisis mon chemin, et toi, remets-toi à ma suite.
Pierre apprend ainsi ce que signifie véritablement suivre Jésus. C'est son deuxième appel, semblable à celui d'Abraham dans Genèse 22, après celui de Genèse 12: "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera" (Marc 8, 34-35). C'est la loi exigeante de la sequela Christi : il faut savoir renoncer, si nécessaire, au monde entier pour sauver les vraies valeurs, pour sauver son âme, pour sauver la présence de Dieu dans le monde (cf. Marc 8, 36-37). Bien qu'avec difficulté, Pierre accueille l'invitation et poursuit son chemin sur les traces du Maître.
Et il me semble que ces diverses conversions de saint Pierre et sa figure tout entière sont un grand réconfort et un grand enseignement pour nous. Nous aussi, nous avons le désir de Dieu, nous aussi, nous voulons être généreux, mais nous aussi, nous attendons que Dieu soit fort dans le monde et transforme immédiatement le monde selon nos idées, selon les besoins que nous constatons. Dieu choisit une autre voie. Dieu choisit la voie de la transformation des cœurs dans la souffrance et dans l'humilité. Et nous, comme Pierre, nous devons toujours nous convertir à nouveau. Nous devons suivre Jésus et non pas le précéder : c'est Lui qui nous montre la route. Ainsi, Pierre nous dit : Tu penses connaître la recette et devoir transformer le christianisme, mais c'est le Seigneur qui connaît le chemin. C'est le Seigneur qui me dit, qui te dit : Suis-moi ! Et nous devons avoir le courage et l'humilité de suivre Jésus, car Il est le Chemin, la Vérité, et la Vie.

Benoît XVI, Audience générale, 17 mai 2006.

mardi 26 juin 2007

26 juin : saint Josemaria


26 juin : saint Josémaria

Nous fêtons aujourd'hui la mémoire liturgique de saint Josémaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei. Il y a deux jours, je parlais de saint jean-Baptiste et de son humilité. Eh bien saint Josémaria était conscient, lui aussi, d'être un instrument entre les mains de Dieu et de n'être que cela : un instrument. Je me rappelle l'avoir entendu dire à plus d'une reprise que ce qui lui revenait, c'était de se cacher et de disparaître, afin que Jésus seul brille. (lire la suite) Jésus ne nous a-t-il pas invité à allumer notre lampe, c'est-à-dire à actualiser tous nos talents, pour "qu'ainsi brille votre lumière aux yeux des hommes, pour qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux" (Matthieu 5, 16) ?
Telle était l'unique préoccupation de saint Josémaria : travailler pour la gloire de Dieu et servir l'Église comme elle voulait être servie. Il a inlassablement prêché que l'on peut être saint dans toutes les situations humaines et les tâches professionnelles et autres. De son enseignement à ce sujet, je retiendrai aujourd'hui seulement une homélie, intitulée "Vers la sainteté" (dans Amis de Dieu, n. 294-316). Je l'ai entendu la qualifier de "guide-âne" pour ne pas perdre la vie intérieure mais, au contraire, pour grandir dans l'union à Dieu. Dans une vision pratique et optimiste à la fois, il disait : "J’ai distingué quatre degrés dans cet effort pour nous identifier au Christ : le chercher, le trouver, le fréquenter, l’aimer. Peut-être vous rendrez-vous compte que vous en êtes à la première étape. Cherchez-le alors avec acharnement ; cherchez-le en vous-mêmes de toutes vos forces. Si vous agissez avec cette opiniâtreté, j’ose vous garantir que vous l’avez déjà rencontré et que vous avez commencé à le fréquenter et à l’aimer, et à avoir votre conversation dans le ciel (cf. Philippiens 3, 20)" (Ibid., n° 300).
Pleinement conscient des difficultés de la vie chrétienne, dont il avait une abondante expérience, il ajoutait : "N’oubliez pas qu’être avec Jésus c’est certainement rencontrer sa Croix. Lorsque nous nous abandonnons entre les mains de Dieu, il permet souvent que nous goûtions la douleur, la solitude, la contradiction, la calomnie, la diffamation, la moquerie au dedans de nous-mêmes et de l’extérieur, parce qu’il veut nous rendre conformes à son image et à sa ressemblance, et qu’il tolère aussi que l’on nous traite de fous et que l’on nous prenne pour des sots. Le moment est alors venu d’aimer la mortification passive, qui se présente cachée ou, au contraire, effrontée et insolente, lorsque nous ne l’attendons pas" (Ibid., n° 301), et ce, parce que le disciple n'est pas au-dessus de son maître" (Matthieu 10, 24). Ce qui n'exclue pas la joie, car la rencontre de la Croix est aussi la rencontre du Christ, qui s'y trouve cloué par Amour pour nous.

lundi 25 juin 2007

Saint Pierre, le pecheur


Pierre, le pêcheur

(Dans sa catéchèse, le pape Benoît XVI a montré que l'Église existe dans les personnes, et d'abord dans les douze Apôtres. Il a entrepris de les présenter un par un, pour comprendre à travers les personnes ce que signifie vivre l'Église, ce que signifie suivre Jésus. Nous commençons par saint Pierre, qui est fêté le 29 juin.)
Après Jésus, Pierre est le personnage le plus célèbre et le plus cité dans les écrits du Nouveau Testament : il est mentionné 154 fois avec le surnom de Pétros, "pierre", "roc", (lire la suite) qui est la traduction en grec du nom araméen qui lui a été directement donné par Jésus, Kefa, attesté neuf fois, en particulier dans les lettres de Paul; on doit ensuite ajouter le nom fréquemment utilisé Simon (75 fois), qui est la forme grécisée de son nom juif original Siméon (2 fois : Actes 15, 14 ; 2 Pierre 1, 1). Fils de Jean (cf. Jean 1, 42) ou, dans la forme araméenne, bar-Jona, fils de Jonas (cf. Matthieu 16, 17), Simon était de Bethsaïde (cf. Jean 1, 44), une petite ville à l'est de la mer de Galilée, dont provenaient également Philippe et naturellement André, frère de Simon. Sa façon de parler trahissait l'accent de Galilée. Lui aussi, comme son frère, était pêcheur : avec la famille de Zébédée, père de Jacques et de Jean, il dirigeait une petite activité de pêche sur le Lac de Génésareth (cf. Luc 5, 10). Il devait donc jouir d'une certaine aisance économique et était animé par un intérêt religieux sincère, par un désir de Dieu - il désirait que Dieu intervienne dans le monde - un désir qui le poussa à se rendre avec son frère jusqu'en Judée pour suivre la prédication de Jean le Baptiste (Jean 1, 35-42).
C'était un juif croyant, pratiquant, confiant dans la présence agissante de Dieu dans l'histoire de son peuple, et attristé de ne pas en voir l'action puissante dans les événements dont il était alors le témoin. Il était marié et sa belle-mère, guérie un jour par Jésus, vivait dans la ville de Capharnaüm, dans la maison où Simon logeait lui aussi lorsqu'il était dans cette ville (cf. Matthieu 8, 14sq ; Marc 1, 29sq ; Luc 4, 38sq). De récentes fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour, sous le pavement en mosaïque octogonal d'une petite église byzantine, les traces d'une église plus antique installée dans cette maison, comme l'attestent les inscriptions comportant des invocations à Pierre. Les Évangiles nous informent que Pierre appartient aux quatre premiers disciples du Nazaréen (cf. Luc 5, 1-11), auxquels s'en ajoute un cinquième, selon la coutume de chaque Rabbi d'avoir cinq disciples (cf. Luc 5, 27 : appel de Lévi). Lorsque Jésus passera de cinq à douze disciples (cf. Lc 9, 1-6), la nouveauté de sa mission sera claire : Il n'est pas un rabbin parmi tant d'autres, mais il est venu rassembler l'Israël eschatologique, symbolisé par le nombre douze, qui était celui des tribus d'Israël.
Simon apparaît dans les Évangiles avec un caractère décidé et impulsif ; il est disposé à faire valoir ses propres raisons, même par la force (que l'on pense à l'usage de l'épée au Jardin des Oliviers : cf. Jean 18, 10sq). Dans le même temps, il est parfois naïf et peureux, mais cependant honnête, jusqu'au repentir le plus sincère (cf. Matthieu 26, 75). Les Évangiles permettent d'en suivre pas à pas l'itinéraire spirituel. Le point de départ est l'appel de Jésus. Il a lieu un jour quelconque, alors que Pierre est occupé à son travail de pêcheur. Jésus se trouve sur les rives du lac de Génésareth et la foule se bouscule autour de lui pour l'écouter. Le nombre des auditeurs crée un certain malaise. Le Maître voit deux barques ancrées au bord de la rive ; les pêcheurs sont descendus et lavent les filets. Il demande alors à monter sur la barque, celle de Simon, et le prie de s'éloigner de la terre. S'étant assis sur cette chaire improvisée, il se met à enseigner les foules de la barque (cf. Luc 5, 1-3). Et ainsi, la barque de Pierre devient la Chaire de Jésus. Lorsqu'il a fini de parler, il dit à Simon : "Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson". Simon répond : "Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets" (Luc 5, 4-5). Jésus, qui était menuisier, n'était pas un expert en pêche: pourtant, Simon le pêcheur se fie à ce Rabbi, qui ne lui donne pas de réponse mais l'appelle à avoir confiance. Sa réaction devant la pêche miraculeuse est d'émerveillement et d'agitation : "Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur" (Luc 5, 8). Jésus répond en l'invitant à la confiance et à s'ouvrir à un projet qui dépasse toutes ses perspectives : "Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras" (Luc 5, 10). Pierre ne pouvait pas encore imaginer qu'un jour, il serait arrivé à Rome et aurait été ici "pêcheur d'hommes", pour le Seigneur. Il accepte cet appel surprenant, de se laisser entraîner dans cette grande aventure : il est généreux, il reconnaît ses limites, mais il croit en celui qui l'appelle et suit le rêve de son cœur. Il dit oui - un oui courageux et généreux -, et devient le disciple de Jésus.

(à suivre...)

dimanche 24 juin 2007

Saint Jean-Baptiste et l’humilite


Saint Jean-Baptiste et l’humilité

L'humilité de Jean-Baptiste, cousin de Jésus, le prépare à montrer le Christ, à donner le Christ. Sa conviction qu'« il faut que je diminue et que lui grandisse » (Jean 3, 30) fonde sa désignation de Jésus à ses propres disciples : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jean 1, 36).
L'archange saint Gabriel, envoyé par Dieu à Zacharie pour lui annoncer que sa femme allait avoir un enfant, elle qui était stérile, lui a prédit que cet enfant, Jean-Baptiste, « fera revenir de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu, il marchera devant le Seigneur avec l'esprit et la puissance du prophète Élie, (lire la suite) pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants (...) et préparer au Seigneur un peuple capable de l'accueillir » (Luc 1, 16-17). Jean sera bien conscient des limites de sa mission. À ceux qui lui font remarquer que Jésus, qui a voulu être baptisé par lui, s'est mis à baptiser à son tour « et que tous viennent à lui », il répond : « Nul ne peut rien s'attribuer, qui ne lui soit donné du ciel. Vous-mêmes, vous m'êtes témoins que j'ai dit : Je ne suis pas le Christ, moi, mais je suis envoyé devant lui » (Jean 3, 26-28).
Admirant cette droiture d'intention et cette humilité de Jean-Baptiste, l'Église prie en ces termes : « Tu as voulu, Seigneur, que saint Jean-Baptiste prépare ton peuple à la venue du Messie ; accorde à ton Église le don de la joie spirituelle, et guide l'esprit de tous les croyants dans la voie du salut et de la paix » (oraison pour la Saint-Jean-Baptiste).
Nous demandons ainsi la grâce nécessaire pour avancer sur le chemin de la sainteté, avec l'assurance que sans elle, sans l'assistance de Dieu, nous ne pourrions pas y parvenir. « N’est-il pas vrai qu’il reste encore beaucoup à faire ? N’est-il pas vrai qu’il nous reste surtout trop d’orgueil ? Nous avons besoin, sans aucun doute, d’une nouvelle conversion, d’une loyauté plus entière, d’une humilité plus profonde, pour que le Christ croisse en nous et que notre égoïsme diminue (...). Il n’est pas possible de rester immobiles. Nous devons avancer vers le but que saint Paul nous indiquait : Si je vis, ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi (Galates 2, 20). Haute et noble ambition que cette identification avec le Christ, qui suppose la sainteté. Mais il n’y a pas d’autre chemin si l’on désire être cohérent avec la vie divine que Dieu a fait naître dans notre âme par le baptême. Avancer, c’est progresser en sainteté ; reculer, c’est se refuser au développement normal de la vie chrétienne. Car ce feu de l’amour de Dieu a besoin d’être alimenté, de s’intensifier chaque jour en s’enracinant dans notre âme ; et c’est en brûlant de nouveaux éléments que le feu demeure vivant. C’est pourquoi, s’il ne s’étend pas, il est près de s’éteindre. Rappelez-vous ces mots de saint Augustin : Si tu dis : ça suffit, tu es perdu. Aspire toujours à davantage, chemine sans cesse, progresse toujours. Ne reste pas au même endroit, ne recule pas, ne dévie pas (Sermon 169, 15) » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 58).

samedi 23 juin 2007

Les jeunes et la techno


Les jeunes et la techno


Envisageant la relation entre la musique rock et la techno, d’une part, et le culte chrétien, d’autre part, le futur pape Benoît XVI écrivait que la musique rock et la techno jouent « moins le rôle d’un anti-culte (lire la suite)
par rapport au culte chrétien. Pris dans un mouvement de la foule, soumis à l’ébranlement du rythme, du bruit et des effets de lumière, les participants ses entent pour ainsi dire libérés d’eux-mêmes. Dans l’extase provoquée par l’annihilation de toute barrière et la chute de toute inhibition, ils déchaînent en quelque sorte les forces élémentaires de l’univers, dans lesquelles ils finissent par se faire engloutir. Comment la musique de la sobre ivresse de l’Esprit Saint aurait-elle une chance de toucher ces individualités emprisonnées, ces esprits jugulés, pour qui l’évasion dans cette expérience collective, aussi brève soit-elle, semble bien être la seule promesse de délivrance ? »

J. Ratzinger, L’Esprit de la liturgie, Genève, 2001, p. 120.

vendredi 22 juin 2007

17. Le déroulement du pèlerinage

17. Le déroulement du pèlerinage

À l’image du sanctuaire, qui a été défini comme un lieu de prières, le pèlerinage peut être présenté comme un chemin, dont chaque étape est marquée et animée par la prière. Durant ce parcours, qui mène au sanctuaire, la Parole de Dieu est destinée à éclairer, guider, nourrir et soutenir le pèlerin.
La réussite d’un pèlerinage, tant du point de vue culturel que pour les fruits spirituels, qu’il peut apporter au fidèle, dépend du bon ordonnancement des célébrations et de la présentation appropriée de ses diverses phases.
Le départ du pèlerinage doit être marqué par un moment de prières, (lire la suite)qui se déroule dans l’église paroissiale ou dans un lieu plus adapté; il peut consister en la célébration de l’Eucharistie ou d’une partie de la Liturgie des Heures, ou encore en une bénédiction particulière des pèlerins.
La dernière étape du pèlerinage doit donner lieu à une prière plus intense ; il est souhaitable que, à l’approche du sanctuaire, le chemin soit accompli à pieds, et que des prières et des chants accompagnent cette procession ; les pèlerins ne manqueront pas de s’arrêter près des édicules qui jalonnent éventuellement le trajet qui mène au sanctuaire.
L’accueil des pèlerins peut donner lieu à une sorte de "liturgie du seuil" ; celle-ci n’est pas seulement destinée à souligner la dimension humaine de la rencontre entre les pèlerins et les responsables du sanctuaire, mais elle doit revêtir une signification éminente au niveau de la foi. De plus, il est souhaitable, si possible, que les responsables des sanctuaires aillent eux-mêmes à la rencontre des pèlerins pour accomplir avec eux la dernière étape du chemin.
Le séjour dans le sanctuaire doit évidemment constituer le moment le plus intense du pèlerinage; il est caractérisé par l’engagement du pèlerin à la conversion personnelle; ce dernier est appelé à la concrétiser en recevant le sacrement de la réconciliation. Le séjour est aussi marqué par des prières particulières, c’est-à-dire des prières d’action de grâces, de supplications ou de demandes d’intercession, qui sont liées au caractère propre du sanctuaire et aux buts du pèlerinage, et aussi par la célébration de l’Eucharistie, qui est le point culminant du pèlerinage.
La conclusion du pèlerinage doit être soulignée par un moment de prières, qui a lieu soit dans le sanctuaire, soit dans l’église, d’où les pèlerins sont partis. Il est l’occasion pour les fidèles de rendre grâces à Dieu pour le don du pèlerinage qui s’achève, et il leur permet aussi de demander au Seigneur de les aider à mieux vivre leur vocation chrétienne à leur retour à la maison.
Depuis les premiers siècles de l’Église, le pèlerin désire emporter avec lui des "souvenirs" du sanctuaire qu’il a visité. Il convient de veiller à la qualité des objets, des images et des livres, afin qu’ils soient en mesure de transmettre l’esprit authentique du lieu saint. Il faut aussi veiller à ce que les points de vente, qui se trouvent dans l’enceinte du sanctuaire, soient dépourvus de tout caractère mercantile.

(fin)

jeudi 21 juin 2007

Une nouvelle muraille de Chine

Une nouvelle muraille de Chine

Il s'agit d'une muraille virtuelle, mais très efficace, qui empêche les internautes chinois d'accéder aux sites de leur choix d'un un sens comme dans l'autre.
Ainsi que l'indique le bandeau ci-dessus, les Chinois n'ont plus accès à ce blog. Il n'aura fallu que quatre mois pour qu'il soit jugé "subversif".
Prions pour les catholiques de Chine et tous les Chinois.
En tout cas, la liberté d'expression ne décrochera pas de médaille d'or aux prochains Jeux Olympiques.

mercredi 20 juin 2007

Un officier au pays des hommes voiles

Un officier au pays des hommes voiles


"À peine, vers l'Orient, discerne-t-on, dans l'obscurité, une pâle frange teintée de rose et de violet tendue à l'horizon, que brusquement, en maître impatient de prendre possession de son royaume, le soleil surgit dans toute sa splendeur, ne daignant pas sous le ciel d'Afrique se faire annoncer par l'aurore, son habituelle messagère en Europe.
Succédant ainsi sans transition à la nuit profonde, le jour éclaire la rade de Dakar où notre paquebot pénètre à vitesse réduite, bientôt entouré (lire la suite) d'embarcations les plus disparates chargées de nègres qui gesticulent, jacassent à perdrze haleine et, malgré la présence des requins, plongent pour attraper sous l'eau les pièces de monnaie jetées du bord. Des grues à vapeur alignées sur les quais tendent vers le ciel leurs bras géants qui se profilent sur le fond gris de l'agglomération sans relief, marquée de-ci de-là par la tache blanche d'un mur ou le point rouge d'une toiture en tuile."
Nous sommes le 4 avril 1908. C'est en ces termes que débute le récit que mon arrière-grand-père, Alban Laibe (1881-1956), fait de sa mission de pacification des Touaregs, puis des relevés topographiques en vue de l'établissement du chemin de fer transafricain, entre le fleuve Niger et le Hoggar. À Tamanrasset, il rencontrera le bienheureux Charles de Foucauld. L'ouvrage est intitulé Un Officier au pays des hommes voilés (notes de route 1908 - 1912), et publié chez Mémoires d'Hommes, 690 p., 35 euros).
Originaire de Tergnier, dans l'Aisne, Alban Laibe, polytechnicien, quitte l'armée en 1918 et dirige une socité de construction métallique à La Fère, toujours dans l'Aisne. En 1922, il fonde l'Agence Coloniale Française, qui publie un quotidien d'information économiques et financières axé sur l'Outre-Mer, et un hebdomadaire, La Semaine Coloniale, qui cessent de paraître en 1940.
Ce récit peut être publié grâce au travail de mes frères Gérard et Philippe et de mon cousin Louis Le Tourneau, que je tiens à remercie.
Tous ceux qui aiment l'Afrique et qui s'intéressent au début de la présence française dans cette région du monde, seront passionnés par cet ouvrage, qui laisse transparaître des qualités humaines exceptionnelles chez Alban Laibe.
Il avait ainsi devancé mon cousin Louis Le Tourneau, méhariste lui aussi et géographe, dont j'ai mentionné les souvenirs précédemment.

mardi 19 juin 2007

16. La spiritualite du pelerinage (suite)

16. La spiritualité du pèlerinage (suite)

Options La dimension cultuelle. Le pèlerinage est essentiellement un acte cultuel : de fait, en marchant vers le sanctuaire, le pèlerin va à la rencontre de Dieu pour demeurer en sa présence, l’adorer et lui ouvrir son cœur.
Dans le sanctuaire, le pèlerin accomplit un certain nombre d’actes cultuels, qui appartiennent soit au domaine de la Liturgie, soit à celui de la piété populaire. Sa prière prend des formes variées : prière de louange et d’adoration adressée au Seigneur pour sa bonté et sa sainteté ; prière d’action de grâces pour les dons reçus ; prière ayant pour but l’accomplissement d’un vœu, auquel le pèlerin s’était engagé (lire la suite) face au Seigneur ; prière de demande de grâces nécessaires pour sa vie; prière sollicitant le pardon de Dieu pour les péchés commis.
La prière du pèlerin s’adresse très souvent à la bienheureuse Vierge Marie, aux anges et aux saints, qu’il considère à juste raison comme des intercesseurs auprès du Très-Haut. Les saintes images, qui sont vénérées dans le sanctuaire, sont des signes de la présence de la Mère de Dieu et des Saints auprès du Seigneur dans la gloire, "qui vit pour toujours afin d’intercéder en faveur des hommes" (He 7, 25), et qui est toujours présent dans la communauté réunie en son nom (cf. Mt 18, 20 ; 28, 20). L’image sacrée, vénérée dans le sanctuaire, qui représente le Christ, ou la Vierge Marie, ou encore les anges ou les saints, est le signe de la présence divine et de l’amour providentiel de Dieu ; c’est pourquoi ce signe est saint. Cette image est aussi le témoignage des multiples prières qui se sont élevées devant elle, de génération en génération : prières de supplications dans les besoins, prières exprimant la douleur de celui qui est affligé, prières aussi de jubilation et de remerciements de la part de celui qui a obtenu grâces et miséricorde.
La dimension apostolique. L’itinéraire du pèlerin reproduit, en un certain sens, celui de Jésus et de ses disciples, qui parcoururent les chemins de la Palestine pour annoncer l’Évangile du salut. Le pèlerinage est donc une annonce de la foi, et les pèlerins sont des "messagers itinérants du Christ".
La dimension de communion. Le pèlerin, qui se rend dans un sanctuaire, est en communion de foi et de charité, non seulement avec les personnes qui accomplissent en sa compagnie le "saint voyage"(Ps 84, 6), mais aussi avec le Seigneur lui-même ; celui-ci chemine près de lui, tout comme il marcha avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35). Le pèlerin est aussi en communion avec sa communauté d’origine, et par elle, avec toute l’Église, celle qui demeure dans le ciel et celle qui chemine encore sur la terre. Il est encore en communion avec les fidèles qui, tout au long des siècles, ont prié dans ce même sanctuaire. Il est en communion avec la nature, qui entoure le sanctuaire, et dont il admire la beauté, ce qui l’incite à la respecter. Enfin, le pèlerin est en communion avec toute l’humanité, dont les souffrances et l’espérance se manifestent de diverses manières dans le sanctuaire, et qui a laissé en ce lieu de multiples signes de ses talents et de son art.

(à suivre…)

lundi 18 juin 2007

La croisade des athees

La croisade des athées

Richard Dawkins, expert en biologie évolutive, professeur à Oxford, est le plus connu des propagandistes actuels de l'athéisme, avec son ouvrage The God Delusion. Cherchant à prouver que Dieu n'existe pas, il prétend expliquer la moralité naturelle à partir du concept darwinien de sélection naturelle. Il considère que les concepts religieux sont immoraux et que les croyances religieuses ont été la cause de la plupart des problèmes du monde, la violence étant selon lui (qui a vécu en Irlande du Nord) quelque chose d'inhérent à la religion. Pour lui, l'éducation des enfants à la foi (lire la suite) (quelle qu'elle soit) est un abus de mineur. Enfin la science seule peut être la source d'inspiration pour l'humanité, à la place de la religion.
Ce bref résumé de l'ouvrage montre que l'auteur ignore que la Révolution française de 1789 ou la Révolution russe de 1917, pour ne prendre que deux exemples flagrants, ne sont pas dus à la religion. Mais surtout l'absence d'argumentation scientifique discrédite l'ouvrage : émaillés d'anecdotes personnelles, il cherche à inculquer aux lecteurs une "persuasion psychologique" comportant quatre aspects (où l'on voit que le propos est nullement neutre et invente en réalité une sorte de "religion naturelle"), à savoir le pouvoir de la sélection comme cause expliquant le monde, l'éducation religieuse comme une forme d'abus de mineurs, la possibilité d'être heureux, équilibré, complet du point de vue éthique et intellectuel en étant athée, l'"orgueil athée" pour contrecarrer la persécution des athées.
On peut voir dans ce livre une vaste escroquerie ou une fumisterie intellectuelle. Comme on voudra. En tout cas, Terry Eagleton, professeur de littérature anglaise à l'Université de Manchester, et connu comme marxiste, offre une clé de lecture : "Imaginez quelqu'un en train de pontifier sur la biologie tout en ne connaissant sur le sujet que The Book of British Birds et vous aurez une idée approximative de ce que l'on ressent à la lecture du livre que Richard Dawkins écrit sur la théologie. Des rationalistes en chair et en os comme Dawkins, qui sont ce que nous avons de plus semblable à un athée professionnel depuis Bertrand Russell, sont en un certain sens les mieux préparés pour comprendre ce qu'ils fustigent, car ils ne croient pas qu'il y ait là quoi que ce soit à comprendre, ou du moins rien qui vaille la peine d'être compris. C'est pourquoi ils se consacrent invariablement à faire une caricature aussi grossière de la foi religieuse qui ferait honte à un étudiant de première année de théologie. Plus ils détestent la religion, plus la critique qu'ils lui adressent est infondée. S'ils devaient porter une appréciation sur la phénoménologie ou sur la géographie de l'Asie du sud-est, ils se mettraient sans aucun doute au courant de la matière aussi rapidement que possible. En revanche, s'agissant de théologie, n'importe quelle parodie de basse qualité fait l'affaire." Et d'ajouter : "Dans un livre de près de 400 pages, il (l'auteur) est à peine capable de concéder que la foi religieuse ait apporté un seul bien à l'humanité, ce qui est aussi improbable a priori qu'empiriquement faux."

dimanche 17 juin 2007

15. La spiritualite du pelerinage

15. La spiritualité du pèlerinage

En dépit des mutations qu’il a subies au cours des siècles, le pèlerinage conserve, à notre époque, ses caractéristiques essentielles, qui déterminent sa spiritualité particulière.
La dimension eschatologique. Cette dimension essentielle est à l’origine du pèlerinage : ce dernier est une "marche vers le sanctuaire", c’est-à-dire un moment et une parabole du chemin qui mène au Royaume ; de fait, le pèlerinage aide le chrétien à prendre conscience de la dimension eschatologique de sa vie en tant que baptisé ; il est, en effet, un homo viator, dont l’existence se situe entre l’obscurité de la foi et la soif de la vision éternelle, (lire la suite) entre les limites étroites du temps et l’aspiration à la vie qui ne finira pas, entre la fatigue éprouvée sur le chemin et l’attente du repos éternel, entre les larmes de l’exil et le désir du bonheur dans la patrie céleste, entre l’agitation de la vie active et l’attrait pour la sérénité de la contemplation.
De plus, la longue marche d’Israël vers la terre promise, appelée l’exode, fait partie aussi de la spiritualité du pèlerinage : le pèlerin sait que "la cité que nous avons ici-bas n’est pas définitive" (He 13, 14), et c’est pourquoi au-delà du but immédiat du sanctuaire, il avance, à travers le désert de la vie, vers le Ciel, qui est la vraie Terre promise.
On a déjà pu constater que le fait de se rendre dans un sanctuaire constitue pour de nombreux fidèles une occasion particulièrement favorable, et même souvent désirée, de s’approcher du sacrement de la Pénitence ; il est vrai aussi que le pèlerinage a été vécu dans le passé - et il est encore proposé de nos jours - comme une démarche pénitentielle.
Lorsque le pèlerinage est accompli de la manière qui convient, le fidèle quitte le sanctuaire avec la résolution de "changer de vie", c’est-à-dire d’orienter sa vie vers Dieu avec plus de détermination ; le pèlerin désire donc donner une plus grande dimension transcendante à son existence.
La dimension festive. Au cours du pèlerinage, la dimension pénitentielle coexiste avec la dimension festive. On peut même affirmer que cette dimension festive est située au cœur du pèlerinage. Ce dernier assume un certain nombre d’aspects anthropologiques de la fête.
La joie du pèlerinage chrétien se présente comme le prolongement de l’allégresse ressentie par le pieux pèlerin d’Israël : "Quelle joie quand on m’a dit : "nous irons à la maison du Seigneur !"" (Ps 122, 1) ; elle contribue aussi à rompre la monotonie de la vie quotidienne en présentant une prospective différente de celle du monde ; elle allège le poids souvent pesant de la vie, qui, en particulier, pour les pauvres, est un fardeau bien lourd à porter. Cette joie se présente aussi comme une occasion d’exprimer la fraternité chrétienne, en accordant une plus large place à la convivialité et à l’amitié ; enfin, elle prend l’aspect de manifestations spontanées, qui sont très souvent réfrénées dans la vie quotidienne.

(à suivre…)

samedi 16 juin 2007

Le Coeur Immacule de Marie

Le Cœur Immaculé de Marie

Le lendemain de la solennité du Sacré-Cœur, l’Église célèbre la mémoire du Cœur Immaculé de Marie. La proximité de ces deux célébrations est déjà en elle-même, au niveau liturgique, un signe de leur connexion étroite : le mysterium du Cœur du Sauveur s’imprime et se reflète dans le Cœur de sa Mère, qui est donc associée à ce mystère tout en demeurant dans sa condition de disciple. De même que la solennité du Sacré-Cœur célèbre l’ensemble des mystères du salut accomplis par le Christ, en les synthétisant et en les ramenant à leur source - qui, de fait, est le Cœur -, ainsi (lire la suite) la mémoire du Cœur Immaculé de Marie est la célébration complète de l’union du Cœur de la Mère à l’œuvre de salut de son Fils : depuis l’incarnation jusqu’à la mort et à la résurrection, et au don de l’Esprit Saint.
La dévotion au Cœur Immaculé de Marie s’est beaucoup répandue à la suite des apparitions de la Vierge Marie à Fatima, en 1917. À l’occasion de leur 25ème anniversaire, en 1942, Pie XII consacra l’Église et l’humanité au Cœur Immaculé de Marie, et, en 1944, la fête du Cœur Immaculé de Marie fut étendue à toute l’Église.
Les expressions de la piété populaire envers le Cœur Immaculé de Marie se calquent sur celles qui s’adressent au Sacré-Cœur du Christ, tout en maintenant la distance infranchissable entre le Fils, vrai Dieu, et la Mère, dans sa condition de créature : il convient de citer, en particulier, la consécration personnelle des fidèles, de même que celle des familles, des communautés religieuses et des nations ; la réparation, accomplie au moyen de la prière, la mortification et les œuvres de miséricorde ; la pratique des Cinq premiers samedis du mois.
Il faut noter que les observations faites à propos des Neuf premiers vendredis s’appliquent à la communion sacramentelle des Cinq premiers samedis consécutifs : il s’agit, en particulier, de la nécessité d’évaluer à sa juste mesure le signe de ces cinq premiers samedis, et de la manière adéquate de s’approcher de la communion dans le contexte de la célébration de l’Eucharistie ; ainsi, cette dévotion doit être considérée comme une occasion propice pour vivre intensément, avec une attitude inspirée de celle de la Vierge Marie, le Mystère pascal qui se célèbre dans l’Eucharistie.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°1.

vendredi 15 juin 2007

Le Sacre Coeur de jesus

Le Sacré Cœur de Jésus


Le vendredi qui suit le deuxième dimanche après la Pentecôte, l’Église célèbre la solennité du Sacré-Cœur de Jésus. De nombreuses expressions de piété, qui s’ajoutent à la célébration liturgique, s’adressent au Cœur du Christ. Il ne fait aucun doute, en effet, que, parmi les expressions de la piété ecclésiale, la dévotion au Cœur du Sauveur a été et demeure l’une des plus répandues et des plus estimées.
L’expression "Cœur de Jésus", entendue dans le sens contenu dans la divine Écriture, désigne le mystère même du Christ, c’est-à-dire
(lire la suite) la totalité de son être, ou le centre intime et essentiel de sa personne : Fils de Dieu, sagesse incréée ; Amour infini, principe du salut et de sanctification pour toute l’humanité. Le "Cœur du Christ" s’identifie au Christ lui-même, Verbe incarné et rédempteur ; dans l’Esprit Saint, le Cœur de Jésus est orienté, par nature, avec un amour infini à la fois divin et humain, vers le Père et vers les hommes, ses frères.
La dévotion au Cœur du Christ a des fondements solides dans la Sainte Écriture, ainsi que les Pontifes Romains l’ont souvent rappelé.
Jésus, qui ne fait qu’un avec le Père (cf. Jn 10, 30), invite ses disciples à vivre en communion intime avec lui, à accueillir sa personne et ses paroles comme des références normatives qui doivent inspirer leurs propres comportements, et il se révèle comme un maître "doux et humble de cœur" (Mt 11, 29). Il est possible d’affirmer que, en un certain sens, la dévotion au Cœur du Christ est l’expression cultuelle de ce regard que, selon la parole prophétique et évangélique, toutes les générations chrétiennes portent vers Celui qui a été transpercé (cf. Jn 19, 37 ; Za 12, 10), c’est-à-dire vers le Cœur du Christ, transpercé par la lance, d’où jaillirent le sang et l’eau (cf. Jn 19, 34), qui sont les signes de "l’admirable Sacrement de toute l’Église".
De même, le texte johannique, qui narre la scène où le Christ montre ses mains et son côté à ses disciples (cf. Jn 20, 20), et celle qui présente la demande, que Thomas adresse au Christ, de pouvoir étendre sa main pour la placer dans son côté (cf. Jn 20, 27), a exercé une influence importante sur l’origine et le développement de la piété envers le Sacré-Cœur de la perte des fidèles de l’Église.
Ces textes et d’autres encore, qui présentent le Christ comme l’Agneau pascal, certes immolé, mais aussi victorieux (cf. Ap 5, 6), ont fait l’objet d’une méditation assidue de la part des Saints Pères, qui en dévoilèrent les richesses doctrinales, et qui, dès lors, invitèrent les fidèles à approfondir le mystère du Christ en entrant par la porte ouverte de son Cœur. Ainsi, saint Augustin déclare : "l’entrée est accessible grâce au Christ qui en est la porte. Celle-ci s’est ouverte pour toi aussi, quand son Cœur fut ouvert par la lance. Souviens-toi de ce qui en jaillit, et choisis donc par où tu peux entrer. Du côté du Seigneur qui mourait sur la croix, le sang et l’eau jaillirent, au moment où son Cœur fut ouvert par la lance. L’eau te procure la purification et le sang la rédemption."
Le Moyen Âge a été une époque particulièrement féconde pour le développement de la dévotion envers le Sacré-Cœur du Sauveur. Des hommes célèbres pour leur sainteté et leur doctrine, comme saint Bernard († 1153) et saint Bonaventure († 1274), et des mystiques comme sainte Lutgarde († 1246), sainte Mathilde de Magdebourg († 1282), les saintes religieuses Mathilde († 1299) et Gertrude († 1302) du monastère de H
elfte, Ludolphe de Saxe († 1378), sainte Catherine de Sienne († 1380) approfondirent le mystère du Cœur du Christ, en qui ils virent un "refuge", auprès duquel il est possible de refaire ses forces, le foyer de la miséricorde, le lieu de la rencontre avec Jésus, le Sauveur, la source de l’amour infini du Seigneur, la fontaine d’où surgit l’eau vive du Saint-Esprit, la vraie terre promise et le véritable paradis.
À l’époque moderne, le culte rendu au Cœur du Sauveur connut de nouveaux développements. En un temps marqué par le jansénisme, qui insistait sur les rigueurs de la justice divine, la dévotion au Cœur du Christ constitua une antidote efficace, qui contribua à susciter chez les fidèles l’amour du Seigneur et la confiance dans son infinie miséricorde, dont le Cœur est à la fois le gage et le symbole. Parmi les nombreux saints et saintes qui ont été des apôtres insignes de la dévotion du Sacré-Cœur, il convient de citer : saint François de Sales († 1622), qui adopta comme norme de vie et d’apostolat l’attitude fondamentale, qui est celle du Cœur du Christ, caractérisée par l’humilité, la mansuétude (cf. Mt 11, 29), l’amour tendre et miséricordieux ; sainte Marguerite-Marie Alacoque († 1690), à qui le Seigneur dévoila à plusieurs reprises les richesses de son Cœur ; saint Jean Eudes († 1680), qui promut le culte liturgique du Sacré-Cœur ; saint Claude la Colombière († 1682) et saint Jean Bosco († 1888).
La dévotion à l’égard du Sacré-Cœur constitue, dans l’histoire, une expression majeure de la piété de l’Église envers le Christ Jésus, son Époux et son Seigneur; elle comporte une attitude fondamentale constituée par la conversion et la réparation, l’amour et la gratitude, l’engagement apostolique et la consécration au Christ et à son œuvre de salut.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°166-170 et 172.

jeudi 14 juin 2007

Le pelerinage chrétien (suite)

Le pèlerinage chrétien (suite)


Le Moyen Âge est considéré comme l’âge d’or des pèlerinages: outre leur fonction religieuse, leur rôle est décisif dans l’édification de la chrétienté occidentale, car ils contribuent à amalgamer les divers peuples qui vivent sur le continent européen, en stimulant leurs échanges réciproques sur le plan culturel.
Les lieux de pèlerinage sont alors nombreux. Tout d’abord, il faut citer (lire la suite) Jérusalem, qui, malgré l’occupation musulmane, continue à exercer (lire la suite) une attraction spirituelle très importante: ainsi, elle est à l’origine du phénomène des croisades, dont la cause et le fondement étaient justement de permettre aux fidèles de se rendre en pèlerinage au sépulcre du Christ ; elle inspire aussi la vénération des reliques de la passion du Seigneur : ainsi, la tunique, la sainte face, l’escalier saint (scala santa) et le linceul attirent d’innombrables fidèles et pèlerins. Rome accueille aussi, à cette époque, de nombreux pèlerins, qui viennent vénérer les tombes des apôtres Pierre et Paul (ad limina Apostolorum), visiter les catacombes et les basiliques, et rencontrer le Successeur de Pierre, en reconnaissant ainsi le ministère particulier que ce dernier exerce au service de l’Église universelle (ad Petri sedem). De même, le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle est très fréquenté entre le IX et le XVI siècle, et encore de nos jours: les pèlerins convergent vers ce lieu saint en suivant les nombreux "chemins" qui sillonnent les différents pays européens; ce pèlerinage comporte divers aspects d’ordre religieux, social et caritatif, qui sont complémentaires. Parmi les autres lieux de pèlerinage les plus renommés, on peu encore citer : Tours, où se trouve le tombeau de saint Martin, vénérable fondateur de cette Église ; Canterbury, le lieu du martyre de saint Thomas Becket, qui eut un grand retentissement dans toute l’Europe ; le Mont-Gargan, dans les Pouilles, Saint-Michel de Cluse dans le Piémont, le Mont Saint-Michel en Normandie, qui sont dédiés à l’archange saint Michel ; enfin, Walsingham, Rocamadour et Lorette, qui sont des sanctuaires célèbres dédiés à la Vierge Marie.
À l’époque moderne, les changements culturels, les vicissitudes consécutives à l’apparition des mouvements protestants, ainsi que l’influence de l’illuminisme ont entraîné un déclin des pèlerinages : le "voyage vers un pays lointain" est devenu alors un "pèlerinage spirituel", un "itinéraire intérieur" ou une "procession symbolique", dont le parcours est bref, comme dans le cas de la Via Crucis ou Chemin de Croix.
À partir de la seconde moitié du XIX siècle, on assiste à une reprise des pèlerinages; toutefois, leur physionomie change quelque peu : ils ont pour but de conduire les fidèles dans des sanctuaires, qui évoquent l’identité de la foi et de la culture d’une nation déterminée: ainsi, par exemple, les sanctuaires d’Altötting, Aparecida, Assise, Caacupé, Chartres, Coromoto, Czestochowa, Ernakulam-Angalamy, Fatima, Guadalupe, Kevelaer, Knock, La Vang, Lorette, Lourdes, Mariazell, Marienberg, Montevergine, Montserrat, Nagasaki, Namugongo, Padoue, Pompei, San Giovanni Rotondo, Washington, Yamoussoukro, etc.


(à suivre…)

mercredi 13 juin 2007

La conscience chretienne comme soutien du droit à la vie


La conscience chrétienne comme soutien du droit à la vie


Tel est le titre d'un Congrès international organisé les 23 et 24 février dernier par l'Académie pontificale pour la vie. Le pape Benoît XVI s'est adressé aux participants pour rappeler que le droit à la vie "exige d'être défendu par tous parce que fondamental par rapport aux autres droits humains". Ce rappel est plus que nécessaire dans un monde où prévalent le laxisme et l'opportunisme.
Le pape Jean-Paul II avait rappelé le danger, qui n'est pas qu'une hypothèse, d'une déformation de la conscience à laquelle Jésus faisait allusion (lire la suite) quand il donnait cet avertissement : "La lampe de ton corps, c'est l'œil ; si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux. Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres !" (Matthieu 6, 22-23). Et le pape de commenter : "Dans les paroles de Jésus (...) nous trouvons l'appel à former la conscience et à la rendre objet d'une conversion continuelle à la vérité et au bien. Il faut lire de manière analogue l'exhortation de l'Apôtre à ne pas se conformer à la mentalité de ce monde, mais à se transformer en renouvelant notre jugement (cf. Romains 12, 2). En réalité, c'est le "cœur" tourné vers le Seigneur et vers l'amour du bien qui est la source des jugements vrais de la conscience. En effet, "pour pouvoir discerner la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait" (Romains 12, 2), la connaissance de la Loi de Dieu est certes généralement nécessaire, mais elle n'est pas suffisante : il est indispensable qu'il existe une sorte de "connaturalité" entre l'homme et le bien véritable (cf. saint Thomas d'Aquin, Somme théologique II-II, q. 45, a. 2)" (Jean-Paul II, encyclique La splendeur de la vérité, n. 63-64).
En ce sens, le pape Benoît XVI pouvait rappeler, dans l'allocution citée ci-dessus, que le chrétien doit réagir face aux attaques contre le droit à la vie, assuré de "pouvoir compter sur les motivations qui ont de profondes racines dans la loi naturelle et qui peuvent donc être partagées par toute personne à la conscience droite".
Les attaques contre la vie sont connues de tous : "Pressions toujours plus fortes en faveur de la légalisation de l'avortement en Amérique latine et dans les pays en voie de développement" ; "recherche obsessionnelle dans les pays développés de l'enfant parfait" et conforme aux désirs de ses parents ; "nouvelle vague d'eugénisme discriminatoire qui attire les consensus au nom d'un bien-être présumé des personnes et, surtout dans les pays économiquement développés, des lois sont votées pour légaliser l'euthanasie" (pensons à la campagne orchestrée qui a commencé dans notre pays, selon un processus identique à celui qui a aboutit à la légalisation de l'avortement) ; "pressions pour légaliser des formes de cohabitation alternative au mariage et fermées à la procréation naturelle", et nous pourrions élargir la liste.
Une conclusion à en tirer est qu'il faut "à nouveau susciter le désir de la conscience de la vérité authentique, de la défense de la liberté de choix personnelle par rapport aux comportements de masse et aux illusions de la propagande". Enfin, Benoît XVI a fait remarquer que lorsque "la valeur de la vie humaine est en jeu, l'harmonie entre la fonction magistrale et l'engagement laïque devient singulièrement importante : la vie est le premier des biens reçus de Dieu et est le fondement de tous les autres ; garantir le droit à la vie pour tous et de manière égale pour tous est un devoir et de cet acquittement dépend l'avenir de l'humanité". Il s'agit, comme le disait Paul VI, relayé par Jean-Paul II, de construire la "civilisation de l'amour" face à la "civilisation de la mort".

lundi 11 juin 2007

Le sang du Christ (nouvelles considerations)

Le sang du Christ (nouvelles considérations)

« C’est à grand prix que vous avez été rachetés » (1 Corinthiens 6, 20 ; 7, 23). Saint Pierre précise que « vous avez été rachetés par le sang précieux de l’agneau sans défaut et sans tâche qu’est le Christ » (1 Pierre 1, 19). De tout homme, nous pouvons donc dire que « chacun d'entre eux a coûté tout le Sang du Christ ! » (saint Josémaria, Forge, n° 881), ou encore que « chacun d’eux vaut tout le Sang du Christ » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 80).
La conscience de cette réalité sublime implique d’être cohérent dans la façon de mener sa vie chrétienne. « En aucune façon la confession de la foi ne suffit si (lire la suite) la confirmation des bonnes œuvres fait défaut » (saint Bède, In Epistola S. Ioannis).
Le sang que le Christ a versé sur la Croix a une valeur expiatoire définitive, d’une fois pour toutes. À la différence des sacrifices de l’Ancienne Alliance, « c’est au prix de son propre sang, non avec le sang des boucs et des veaux, qu’il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, nous rachetant pour l’éternité » (Hébreux 9, 12). « Le sang du Christ, qui dans un esprit d’éternité, s’est offert lui-même à Dieu en victime sans défaut, purifiera vos consciences des œuvres qui causent la mort, afin que soit pratiqué le culte dû au Dieu vivant » (Ibid., 14).
Dans l’Apocalypse, saint Jean souligne fortement le caractère salutaire du sang versé par le Christ : il nous délivre de nos péchés (1, 5) ; il lave et blanchit l’âme des pécheurs (7, 14) ; il les rachète pour Dieu (5, 9). C’est par le sang de l’Agneau que les martyrs sont vainqueurs du démon (12, 11).
Ce sang rédempteur nous est donné dans l’Eucharistie, même lorsque nous ne communions qu’au Corps du Christ, car là où est le Corps se trouvent aussi le Sang, l’Âme et la Divinité de notre Seigneur Jésus-Christ. La communion au sang du Christ (cf. 1 Corinthiens 10, 7) s’accomplit par le rite eucharistique au cours duquel, en vertu des paroles consécratoires que le prêtre prononce au nom du Christ, le pain devient le vrai Corps du Christ et le vin son vrai Sang (c’est ce que l’on appelle la « transsubstantiation »). Le fidèle qui boit le sang du Christ a la vie éternelle et le Christ le ressuscitera au dernier jour (cf. Jean 6, 54).
Le fidèle qui comprend cela désire se préparer à communier dignement pour que le sacrement produise ses effets dans son âme et soit déjà le gage de cette vie éternelle.

Le Sang du Christ

Le Sang du Christ

Dans le contexte de la révélation biblique, c’est-à-dire aussi bien dans les figures de l’Ancien Testament que dans la phase d’accomplissement et de perfectionnement apportés par le Nouveau Testament, le sang est intimement lié à la vie et donc, par antithèse, à la mort, avec les thèmes de l’exode et de la Pâque, du sacerdoce et des sacrifices cultuels, de la rédemption et de l’alliance.
Les figures vétéro-testamentaires relatives au sang et à sa valeur dans l’ordre du salut (lire la suite) trouvent leur parfait accomplissement dans le Christ, surtout dans sa Pâque, c’est-à-dire dans sa mort et sa résurrection. Le mystère du sang du Christ se situe donc au cœur même de la foi et du salut.
Les principaux passages de la Bible, qui illustrent le mystère du salut exprimé par le sang, sont les suivants :
- l’événement de l’incarnation du Verbe (cf. Jean 1, 14), et le rite de l’insertion du nouveau-né Jésus dans le peuple de l’Ancienne Alliance, au moyen de la circoncision (cf. Luc 2, 21) ;
- la figure biblique de l’Agneau, particulièrement riche tant du point de vue du contenu que des diverses implications qu’elle comporte : ainsi, la figure de cet "Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde" (Jean 1, 29. 36), sur laquelle se fixe l’image du "Serviteur souffrant" d’Isaïe 53, qui porte sur lui les souffrances et le péché de l’humanité (cf. Isaïe 53, 4-5) ; c’est aussi la figure de "l’Agneau pascal" (cf. Exode 12, 1 ; Jean 12, 36), symbole de la rédemption d’Israël (cf. Actes 8, 31-35 ; 1 Corinthiens 5, 7 ; 1 Pierre 1, 18-20) ;
- le "calice de la passion", dont parle Jésus, en faisant allusion à l’imminence de sa mort rédemptrice, en particulier lorsqu’il pose la question suivante aux fils de Zébédée: "pouvez-vous boire au calice que je vais boire ?" (Matthieu 20, 22 ; cf. Marc 10, 38), et le calice de l’agonie, celui du jardin des oliviers (cf. Luc 22, 42-43), qui est marqué par la sueur de sang (cf. Luc 22, 44) ;
- le calice de l’Eucharistie qui, sous le signe du vin, contient le sang de la nouvelle et éternelle Alliance, versé pour la rémission des péchés, et qui est à la fois le mémorial de la Pâque du Seigneur (cf. 1 Corinthiens 11, 25), et la boisson du salut selon les paroles du Maître: "celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi je le ressusciterai au dernier jour" (Jean 6, 54) ;
- l’événement de la mort du Christ, car par son sang versé sur la croix, Jésus donne la paix au ciel et sur la terre (cf. 1 Corinthiens 1, 20) ;
- le coup de lance qui transperce l’Agneau immolé, dont le côté ouvert laisse jaillir le sang et l’eau (cf. Jean 19, 34), signe tangible de l’accomplissement de la Rédemption, et expression de la vie sacramentelle de l’Église - l’eau et le sang s’appliquant respectivement au Baptême et à l’Eucharistie -, symbole aussi de l’Église, née du Cœur transpercé du Christ endormi sur la croix.
Le mystère du sang versé par Jésus se relie aux titres christologiques suivants: tout d’abord celui de Rédempteur : le Christ, en effet, nous a rachetés de l’esclavage antique avec son sang innocent et précieux (cf. 1 Pierre 1, 19) et "nous purifie de tout péché" (1 Jean 1, 7) ; puis celui de souverain Prêtre "des biens à venir", parce que le Christ "entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle" (Hébreux 9, 11-12) ; celui de Témoin fidèle (cf. Apocalypse 1, 5), vengeur du sang des martyrs (cf. Apocalypse 6, 10) qui "furent immolés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu" (Apocalypse 6, 9) ; celui de Roi, qui, étant Dieu, "règne par le bois de la croix", orné de la pourpre de son propre sang ; enfin, celui d’Époux et d’Agneau de Dieu, dans le sang duquel les membres de la communauté ecclésiale - c’est-à-dire son Épouse - ont lavé leurs vêtements (cf. Apocalypse 7, 14; Éphésiens 5, 25-27).

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, nos 175-176.

dimanche 10 juin 2007

La Fete-Dieu


La Fête-Dieu


Le jeudi qui suit la solennité de la Très Sainte Trinité, l’Église célèbre la solennité du Très Saint Corps et Sang du Seigneur. La Fête-Dieu, étendue à toute l’Église par le pape Urbain IV, en 1264, constitua, d’une part, une réponse de la foi et du culte aux doctrines hérétiques concernant le mystère de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, et, d’autre part, elle représenta le couronnement d’un mouvement de dévotion ardente envers l’incomparable Sacrement de l’autel. (lire la suite)
La piété populaire participa donc activement au processus qui aboutit à l’institution de la fête du Corpus Domini ; et cette dernière, à son tour, fut la cause et le motif de l’apparition de nouvelles formes de piété eucharistique dans le peuple de Dieu.
Pendant des siècles, la célébration du Corpus Domini fut le principal point de convergence de la piété populaire avec l’Eucharistie. Aux XVI et XVII siècles, la foi, ravivée par la nécessité de réagir contre les négations du mouvement protestant, et la culture - c’est-à-dire les arts, la littérature et le folklore - ont toutes deux concouru à rendre les multiples expressions de la piété populaire envers le mystère de l’Eucharistie à la fois particulièrement vivantes et significatives.
La dévotion eucharistique, qui est tellement enracinée dans le peuple de Dieu, doit toutefois être éduquée, afin de mettre en évidence ces deux réalités fondamentales :
- la Pâque du Seigneur est le point de référence suprême de la piété eucharistique ; la Pâque chrétienne, est, de fait, selon l’enseignement des Pères, la fête de l’Eucharistie, tout comme, inversement, l’Eucharistie est avant tout la célébration du mystère pascal, constitué par la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus;
- toute forme de dévotion eucharistique a une relation intrinsèque avec le Sacrifice eucharistique, soit parce qu’elle est une préparation à sa célébration, soit parce qu’elle constitue un prolongement des aspects cultuels et existentiels présents dans cette même célébration.
Le Rituel Romain déclare à ce propos : "Lorsque les fidèles adorent le Christ présent dans le Sacrement, ils doivent se rappeler que cette présence dérive du sacrifice et tend à la communion sacramentelle en même temps que spirituelle".
La procession de la solennité du Corps et du Sang du Christ est en quelque sorte la "forme typique" des processions eucharistiques. Elle constitue, en effet, un prolongement de la célébration de l’Eucharistie : aussitôt après la Messe, l’Hostie, qui a été consacrée pendant la célébration, est portée en procession en dehors de l’église afin que le peuple chrétien "rende un témoignage public de foi et de piété envers le Saint-Sacrement".
Les fidèles comprennent et manifestent une grande estime pour les valeurs exprimées dans la procession du Corpus Domini : ils prennent conscience qu’ils font partie de ce "peuple de Dieu", qui chemine avec son Seigneur, et qui proclame sa foi en celui qui est vraiment le "Dieu-avec-nous".
Toutefois, il est nécessaire que les normes qui régissent le déroulement des processions eucharistiques soient observées, en particulier celles qui garantissent la dignité et le respect dû au Saint-Sacrement ; de même, il est tout aussi nécessaire que les éléments typiques de la piété populaire, comme l’ornementation des rues et des fenêtres, l’hommage floral, les autels où sera déposé le Saint-Sacrement durant les haltes de la procession, les chants et les prières, "visent à ce que tous manifestent leur foi au Christ et ne s’occupent que du Seigneur", en écartant toutes formes de compétition.
Les processions eucharistiques se concluent ordinairement avec la bénédiction du Saint-Sacrement. Dans le cas spécifique de la procession du Corpus Domini, la bénédiction constitue la conclusion solennelle de la procession tout entière: la bénédiction habituelle du prêtre est remplacée par la bénédiction du Saint-Sacrement.
Il est important que les fidèles comprennent que la bénédiction du Saint-Sacrement n’est pas une forme de piété eucharistique qui se suffirait à elle-même, mais qu’elle constitue la conclusion d’une célébration cultuelle suffisamment prolongée.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°160-163.