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lundi 27 octobre 2025

La christianisation de la Gaule au Ier siècle (2)

II – Preuves générales de la diffusion universelle de l’Évangile pendant les deux premiers siècles

 

On nous dit[1] que « la tradition, qu’on invoque, au lieu de commencer au temps des Apôtres et de se dérouler sans interruption, surgit tout à coup à une époque donnée, puis s’interrompt plus tard, de telle sorte que le point de départ lui fait défaut et qu’elle manque de continuité ». Nous espérons pouvoir prouver tout le contraire. S'il est un fait hors de toute contestation, c’est que la tradition constante et universelle du moyen âge attribue aux disciples des Apôtres la fondation d’un grand nombre de nos églises, et que cette tradition n’a été interrompue qu’au XVIIe siècle, par l’école de Launoy, contre laquelle ont toujours protesté un bin nombre de savants. On n’attaque cette croyance que parce qu’on ne lui croit pas de racines dans les premiers siècles de l’Église, et qu’on l’accuse d’avoir pris naissance à des époques de barbarie où les fraudes historiques auraient eu toute chance de succès. Combien de fois n’a-t-on pas répété que c’était là une invention des légendes du moyen âge, que l’on ne pouvait point considérer comme ayant une réelle valeur historique ? On sait ce que nous pensons de l’autorité des légendes[2], et nous n’avons plus à revenir sur ce point. Mais ce ne seront pas leurs seuls témoignages que nous invoquerons ; nous appellerons à notre aide les historiens, les Pères de l’Église, les controversistes, les philosophes, les poëtes, les orateurs, les théologiens, et, pour rester sur le terrain choisi par nos adversaires, nous ne sortirons point de six premiers siècles de l’Église.

Avant d’aborder les preuves directes de l’évangélisation des Gaules, au temps des Apôtres, nous voulons montrer, dans ce chapitre, combien a été rapide et universelle la diffusion de l’Évangile, pendant les deux premiers siècles, et nous le ferons à l’aide des textes que nous fourniront exclusivement les quatre premiers siècles de l’ère chrétienne. Si tout l’univers, c'est-à-dire le monde connu des Romains, a été évangélisé du temps des apôtres et de leurs successeurs immédiats, il faudra bien conclure que la Gaule a jouit de ce bienfait ; et, si l’on veut créer pour elle une exception, il faudra en déduire les motifs, ce qu’on pas encore tenté de faire et ce qu’on n’essaiera jamais.

Lorsque le Sauveur eut enseigné à ses Apôtres la parole de vie, il leur dit : « Allez dans tous l’univers et prêchez l’Évangile à toutes les créatures[3]. » Les Apôtres, dont nous sommes loin de connaître exactement toutes les pérégrinations, se conformèrent à l’ordre du divin Maître. Saint Marc nous dit, en effet, qu’ils prêchèrent partout[4] ; saint Paul écrivait aux Romains[5] et aux Colossiens[6] que la foi était annoncée dans tout l’univers et jusqu’aux derniers confins du monde. Sans doute, il ne faut point prendre ces paroles à la lettre, et surtout dans le sens rigoureux de nos connaissances géographiques actuelles ; mais elle s’appliquent tout au moins à ce vaste empire romain, qui était considéré comme le véritable univers, et saint Paul se serait exposé à recevoir un facile démenti, si la Gaule était restée étrangère à ces croyances chrétiennes que saint Matthieu avait portées en Éthiopie, saint Simon en perse, saint Barthélemy en Arménie, et que saint Thomas avait répandues jusque chez les Parthes et les Indiens.

Cette rapide et universelle irradiation de la lumière évangélique nous est attestée par tous les siècles : écoutons seulement les affirmations des quatre premiers.

 

Ier siècle. – Sénèque nous dit « qu’une religion, qui avait naissance sous Tibère, avait déjà gagné toutes les parties de l’empire sous Néron ».

Hermas, ou du moins le livre du Pasteur qu’on lui attribue[7], reconnaît, comme saint Ignace[8], que toutes les nations de la terre connaissent la foi de Jésus-Christ.

 

IIe siècle. – Les écrivains de cette époque sont plus nombreux, et dès lors les témoignages se multiplient. Vers l’an 140, saint Justin défiait les Juifs de lui citer « une seule race de mortels, Grecs ou barbares, de quelque nom qu’on puisse les appeler, soir parmi les peuplades scythes qui habitent leurs chars errants, soit parmi les tribus nomades qui n’ont point de demeure fixe, soit parmi les peuples pasteurs qui vivent sous la tente, au sein desquelles on élève des prières et des actions de grâces, au nom de Jésus crucifié[9]. » Et, remarquons bien que l’auteur, voulant prouver aux Juifs incrédules la réalisation de la prophétie de Malachie[10], ne se serait point exposé à ruiner sa thèse par des adversaires qui connaissent assurément l’état religieux des Gaules à cette époque.

Les Constitutions apostoliques[11], Sérapion, évêque d’Antioche[12], l’hérétique Bardesanes[13], saint Irénée[14], Clément d’Alexandrie[15], etc., sont unanimes à nous montrer le flambeau de la foi porté chez tous les peuples alors connus.

 

IIIe siècle. – Origène se plaît à énumérer les conquêtes que la foi a remportées chez toutes les nations, sur le judaïsme et le culte des faux dieux[16]. Saint Cyprien la compare à un arbre dont les rameaux couvrent toute la terre[17]. Tertullien[18] et Arnobe[19] tiennent un langage analogue.

 

IVe siècle. – Saint Basile[20] et Eusèbe de Césarée[21] comparent la diffusion de l’Évangile à la rapidité d’un éclair ou d’un rayon de soleil. Lactance[22], saint Hilaire de Poitiers[23], saint Ambroise[24] nous montrent toutes les provinces de l’Empire romain évangélisées par les Apôtres et les disciples de Jésus-Christ. Saint Jérôme[25], commentant le chapitre XXIV de saint Matthieu, ne croit pas qu’aucune nation ait ignoré le nom du Christ, et saint Jean Chrysostome[26], en étudiant le même texte, se demande combien ne durent pas être extraordinaires les pérégrinations des Apôtres, puisque saint Paul, à lui seul, a semé la parole divine depuis Jérusalem jusqu’en Espagne.

Il résulte de tous ces témoignages que la propagation de l’Évangile n’a pas été lente, mais, tout au contraire, extrêmement rapide, comme nous le dit saint Hilaire de Poitiers[27] ; que les Apôtres et leurs disciples immédiats ont évangélisé toutes les nations, c'est-à-dire, tout au moins, les provinces de l’empire romain et les contrées qui étaient fréquentées par les maîtres du monde. Comment admettre un seul instant que les missionnaires de la nouvelle foi aient privé la Gaule de leurs prédicateurs, cette contrée si romaine, si accessible par ses nombreuses voies, si liée aux intérêts de la métropole, et s’identifiant si bien à elle par ses croyances, ses mœurs, ses monuments et ses institutions ? Eh quoi ! les Apôtres et leurs disciples auraient pénétré dans les contrées les plus barbares de l’Afrique et de l’Asie, en bravant les difficultés des chemins et de l’éloignement, et ils auraient volontairement fermé les yeux sur un pays justement célèbre, où prospérait la civilisation et où il était si facile de se rendre, soit par mer, soit par terre ! Les successeurs immédiats de saint Pierre auraient oublié les prescriptions du divin Maître, ou, du moins, leur esprit de prosélytisme se serait évanoui devant les barrières des Alpes et du Rhin ! Mais a-t-on fourni l’ombre d’un argument pour expliquer comment la Gaule aurait été l’objet d’un si singulier mépris, la victime d’une si étrange exception ? A-t-on essayé de nous apprendre pourquoi il ne faudrait pas la compter parmi cers nations, ces provinces de l’Empire, dont l’évangélisation nous est affirmée par des témoignages si nombreux, si irrécusables, si voisons des événements, si divers d’origine, formulés par des auteurs qui écrivaient, les uns contre les Juifs, les autres contre les Gentils, tous également intéressés à démentir un fait qui aurait été controuvé ou exagéré ? Puisqu’on ne nous donc point la solution de ce problème, nous sommes en droit, même avant d’avoir produit des textes plus précis et plus spéciaux, de conclure que la Gaule, aussi bien que les autres provinces romaines, a été évangélisée pendant les deux premiers siècles.


[1] Essai sur les Origines du christianisme, etc., p. 50, par M. Tailliar, président honoraire à la cour de Douai.

[2] Voire notre introduction à l’Hagiographie du diocèse d’Amiens, t. I, p. xxxvii.

[3] Euntes in mundum universum, prædicate Evangelium omni creaturæ. Marc 16, 15.

[4] Illi autem profecti prædivaverunt ubique. 16, 20.

[5] Fides vestra annuntiatur in universo orbe. I, 8. – In omnem exivit sonus eorum et in fines orbis terræ verba eorum. 10, 18.

[6] Quod (Evangelium) pervenit ad vos sicut et in universo mundo est, et fructificat, et crescit sicut in orbis. I, 6.

[7] Universæ nationes quæ sub cœlo sunt audierunt et crediderunt, et uno nomine Filii Dei vocati sunt. Lib. III, simil. IX.

[8] Unum baptisma et una Ecclesia quam suis sudoribus et laboribus fundarunt sancti Apostoli a finibus terræ usque in finem, in sanguine Christi (Epist. ad Philadelph., c. IV).

[9] Nullum enim omnino genus es, sive Græcorum sive Barbarum, sive quolibet nomine apellantur, vel Hamaxiobiorum qui in plaustris habitant, vel Nomadum, qui domibus carent, vel Scenitarum qui, pecora pascentes, habitant in tentoriis, nullum, inquam, ejusmodi genus est, in quo non, per nomen crucifixi Jesu, preces et gratiarum actiones Patri et Creatori universorum fiant (Dial. cum Tryphone. Patrol. Grecque, VI, 748).

[10] Ab ortu soli usque ad occasum magnum est nome meum in gentibus...

[11] Odor cognitionis evangelii in omnibus gentibus suavis factus est.

[12] Omnem in Christo fraternitatem quæ per universum orbem terrarum diffusa est… Epist. ad Coricum (ap. Euseb., lib. V, c. 18).

[13] Quid autem dicemus de christianorum secta, qui in omni parte orbis, imo vero in omni civitate, inveniuntur (De fato dial. ad Antoninum imper.).

[14] Unam et eamdem fidem habet in universo mundo, quemadmodum prædiximus (Adv. Haer., c; 4).

[15] Magistri nostri verbum non mansit in solo Judæa, sicut philosophia in Græcia, sed diffusum est per totum orbem terræ, Græcorum simul et barbarorum Gentibus, et vicis et totis urbibus persuadens (Stromat., l. VI).

[16] Et vero in omni orbe terrarum, in omni Græcia, atque in universis cæteris nationibus, innumeri sunt et immensi, qui, relicitis patriis legibus, et his, quos putabant Deos, ad observantiam Moysæ legis et disciplinarum se Christi cultum tradiderunt (De Principiis, l. IV, c. I).

[17] Ecclesia Domini, luce perfusa, per orbem totum radios suos porrigit… ramos suos in universam terram copia ubertatis extendit (De auctoritate Ecclesiae).

[18] Hesterni sumus et vestra omnia implevimus urbes, insulas, castella, municipio, conciliabula, castra ipsa, tribus, decurias, palatium, senatum, forum. Sola vobis relinquimus templa (Apolog. adv. Gentes, c. XXXVII). – Ailleurs Tertullien, en énumérant les pays soumis au Christ, nus dit : Et Galliarum diversæ nationes (Adv jud., c. VII). Il s’agit bien là des quatre grandes provinces de Narbonne, de Lyon, de la Belgique et de l’Aquitaine.

[19] Brevi tempore totus mundus ista christiana religione completus est (Ad gentes, l. II).

[20] Evangelii doctrina fulgetra quavis pernicior ad extremos usque limitae terræ habitabiles pertigit (Enarr. In Isaia, c. VII).

[21] Nulla fere mora interposita, tamquam solis jubar, salutare Dei verbum universum terrarum orbem suo splendore collustravit (Hist., lib. II, c. 3) d – Eusèbe nous dit ailleurs (lib. III, c. 31), en parlant des Apôtres : « Qui eum in locis quibusdam pergerinis fiet duntaxat jecerunt fundamenta, pastores alios constituissent… Ipsi ad alias regiones gentesque, cum gratia et virtute divina, se contulerunt.

[22] Ordinavit Christus discípulos et instruxit ad prædicationem dogmatis ad doctrina suæ…, et inde discipuli… dispersi sunt per omnem terram ad Evangelium prædicandam, sicut illis magister Dominus imposuerat, et per annos XXXV usque ad principium Neroniani imperii, per omnes provincias e civitates Ecclesiæ fundamenta miserunt (De Morte persecut., c. II).

[23] Apostoli prima tabernacula (Églises) condiderunt, et per omnes orbis terrarum partes, quacumque adiri possunt, quin etiam in Oceani insulis (la Grande-Bretagne) habitationes Dei plurimas paraverunt (Tract. in Psalm. XIV, n° 18).

[24] Le traité de Excidio Hieros. (liv. II) attribué d’abord à saint Hégésippe, puis à saint Ambroise, mais qu’on s’accorde à placer au IVe siècle, s’exprime ainsi : « Ex quo cæpit congregatio christianorum, in omne hominum penetravit genua, nec ulla natio Romani orbis remansit quæ cultus ejus expers relinqueretur. »

[25] Non puto aliquam mansisse gentem quæ Christi nomen ignoret.

[26] In Matth., cap. XXIV.

[27] Prædicationis regni Dei non fuit lenta properatio, sed in omnem terram indefessa mobilitate et celeri tanscurrit (In Psalm. CXLVII).


vendredi 13 septembre 2013

Les plans de Dieu (8)

Les plans de Dieu (8)

Si tu t’es égaré sur un sentier de traverse, si tu as voulu « reprendre ta liberté » selon l’expression consacrée et t’affranchir de mon joug qui est doux, tout comme mon fardeau – le fardeau de mes commandements – est léger (Matthieu 11, 30), si tu penses être irrémédiablement perdu, n’oublies pas ce que mon Fils t’a enseigné : « Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis, et qu'une d'elles vienne à s'égarer, ne laissera-t-il pas sur les montagnes les quatre-vingt-dix-neuf autres pour aller à la recherche de celle qui s'est égarée ? » (Matthieu 18, 12). Je pars toujours à la recherche de la brebis égarée. Et je la retrouve immanquablement. Et une fois que nous nous sommes retrouvés, je ne lui refuse jamais toutes les grâces (lire la suite) dont il a besoin pour recommencer. Vous pouvez dire assurément que « dans son grand amour pour l’humanité, Dieu vole au secours de l’homme, comme la mère veille sur son oisillon lorsqu’il vient à tomber du nid ; et si le serpent la dévore, ‘la mère déploie ses ailes et le prend’ (Deutéronome 32, 11). C’est ainsi que Dieu recherche sa créature comme un père, il la soigne après la chute, il poursuit la bête sauvage et reprend l’(oiseau en l’encourageant à revenir au nid » (saint Clément d’Alexandrie, Protrepticus 10). Après, à toi de réagir. À toi d’avoir l’humilité de reconnaître ton péché. À toi d’être docile et de te laisser guider pour réintégrer le bercail et rejoindre les autres brebis du troupeau. Réagis ! Rien n’est définitif dans votre monde, hormis la mort, qui vous fait passer dans un autre univers. Tout a une solution, pourvu que tu y mettes un minimum de bonne volonté, que tu y mettes du tien. Parce que moi, dit Dieu, j’y ai mis du mien, et comment donc ! Du mien surabondamment. Ne crois-tu pas qu’il n’existe pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime (cf. Jean 15, 13) ? Et comment donc que je vous aime, tout autant que vous êtes, et chacun d’entre vous individuellement, comme si vous étiez mon unique ! Ne savoures-tu pas ces mots : « C’est toi qui es mon roi, ô mon Dieu, toi qui [donne] la victoire » (Psaume 44, 7) ? Tout ce que je te dis là n’est pas feint, comme pour te tromper. Loi de moi pareille pensée ! La suite de la parabole de mon Jésus te le prouve : « Et s'il lui arrive de la retrouver, je vous le dis en vérité, il a plus de joie pour elle que pour les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées » (Matthieu 18, 13). Cela peut sembler paradoxal. Mais c’est que ton éloignement volontaire me brise le cœur. Les autres ne me créent pas de souci – du moins pour le moment -, ne m’enlèvent pas la paix. Mais toi, que j’ai introduit dans ma compagnie, que tu sois perdu, voilà qui met mon cœur en émoi. Réagis ! Tu en as les moyens. Ne me prives pas de la joie des retrouvailles, du plaisir de rentrer ensemble à la maison et de reprendre la vie commune. (à suivre…)

samedi 25 mai 2013

Baptême de la Sainte Vierge

Baptême de la Sainte Vierge

Commentant Jean 3, 22, « après cela, Jésus se rendit avec ses disciples au pays de Judée ; il y séjourna avec eux et il y baptisait », le bienheureux Palafox se demande : « Quel fut le bienheureux qu'il a baptisé ? En cela, je suis l'opinion la plus probable, que le Seigneur a baptisé de sa main uniquement la Reine des anges et saint Pierre. Et qu'ensuite saint Pierre a baptisé saint André, son frère, saint Jacques et saint Jean, et eux trois les autres apôtres. Et saint Jean les disciples, et de cette façon le baptême est entré dans l'Église » (Œuvres complètes, t. 2, l. 2, 1e partie). Il s'appuie sur saint Évode d'Antioche (v. 35-107/13), Clément d'Alexandrie (v. 150-v. 215), et Nicéphore, cités par Baronius et par le cardinal Robert Bellarmin. Il cite deux arguments de congruence : « Le premier est que, le Seigneur devant baptiser de sa main, et favoriser de la sorte une créature, la première de toutes était la Reine des anges, Marie, sa Mère, et il la baptisa donc la première, parce qu'elle était la première en tout. La seconde, le baptême que le Seigneur administrait étant la première pierre sacramentelle qu'il mettait à son Église, il était juste que cette première action commence par la Bienheureuse Vierge Marie, afin que l'Église sache qu'elle doit tout à son intercession. » Répondant par avance aux objections éventuelles quant à la plénitude de grâces de Marie, Palafox souligne qu'« avec le baptême que son Fils lui a donné, elle a reçu plus de grâces ; car elle a reçu l'augmentation de celle-ci que lui offrait ce sacrement et le caractère de chrétienne, qu'il offre à tout ceux qui le reçoivent ». Cette thèse, aujourd'hui abandonnée, a été soutenue également par saint Albert le Grand, Duns Scot, Pierre Canisius, Francisco Suárez, Gabriel Vázquez.

lundi 12 janvier 2009

Saint Joseph s’est-il marié une deuxième fois ?

Saint Joseph s’est-il marié une deuxième fois ?

Selon saint Matthieu, quand la très Sainte Vierge a conçu Jésus virginalement, elle était fiancée à saint Joseph, bien qu'ils ne vivaient pas encore ensemble (Matthieu 1, 18). Il s’agissait de la situation préalable aux noces qui, chez les Juifs, supposait un engagement si fort et réel que les personnes ainsi engagées pouvaient être déjà appelées époux et épouse, si bien que l'engagement ne pouvait être annulé que par la répudiation. Du texte de saint Matthieu on déduit qu’après l’annonce de l’ange à Joseph, lui expliquant que Marie avait conçu (lire la suite) par l’œuvre de l’Esprit Saint (Matthieu 1, 20), ils se sont mariés et ont vécu ensemble. Le récit de la fuite et du retour d’Égypte, et de l’installation à Nazareth (Matthieu 2, 13-23), de même que l’épisode de la présentation par ses parents de l’enfant au Temple à l'âge de douze ans, tel que le relate saint Luc (Luc 2, 41-45) le laissent entendre. D'autre part, racontant l’Annonciation de l’ange à Marie, saint Luc présente celle-ci comme « une vierge fiancée à Joseph de la maison de David ». C’est pourquoi, selon ces Évangiles, saint Joseph avait épousé la très Sainte Vierge. C’est une donnée qui appartient avec certitude à la tradition historique recueillie dans les Évangiles.
Or, considérer que ces noces ont été un deuxième mariage de saint Joseph, ou dire que saint Joseph déjà très âgé et veuf n’a pas épousé la Vierge Marie, mais a uniquement pris soin d’elle comme d'une vierge à sa charge, ce sont des suppositions qui n'offrent aucune garantie d’historicité. Elles sont nées pour expliquer que les « frères » de Jésus, dont il est fait mention dans les Évangiles, étaient les enfants d'un premier mariage de Joseph.
La première mention de ces hypothèses se trouve dans ce le « Protévangile de Jacques », au 2e siècle. Il y est raconté que Marie restait dans le Temple depuis l'âge de trois ans et que, ayant accompli 12 ans, les prêtres cherchèrent quelqu’un pour s'occuper d'elle. Ils réunirent tous les veufs de la ville et, après qu’un signe prodigieux se soit produit avec le bâton de Joseph (une colombe en est sortie), ils confièrent à ce dernier la garde de la Vierge. Cependant, selon cette légende, Joseph ne prit pas Marie pour épouse. En fait, quand l’ange lui apparaît en songe il ne lui dit pas comme dans Matthieu 1, 20, « ne crains pas de prendre Marie pour épouse », mais « ne crains pas pour cette jeune fille » (14, 2). De cet apocryphe dépend sans doute Épiphane qui affirme que saint Joseh n'a pas épousé la Sainte Vierge, car il avait déjà quatre-vingts ans et six enfants.
En revanche, Clément d'Alexandrie et Origène croyaient qu'il l'avait épousée, de même qu'un autre apocryphe plus tardif qui réélabore cette histoire, le « Pseudo-Matthieu », datant peut-être du 6e siècle, qui semble laisser entendre que Marie avait épousé Joseph, car le prêtre dit à ce dernier : « Tu dois savoir qu’elle ne peut contracter mariage avec personne d’autre » (8, 4). Il n'en reste pas moins qu'il parle habituellement de saint Joseph comme du gardien de la Vierge. En revanche, que Joseph ait épousé Marie est clairement dit dans le « Livre de la Nativité de Marie », une sorte de résumé du « Pseudo-Matthieu », et dans l’« Histoire de Joseph le charpentier » (4, 4-5).
Par conséquent, nous ne disposons pas de données historiques permettant d’affirmer que Saint Joseph s’était marié auparavant avant d'épouser Marie. Il est plus logique de penser qu’il était encore un jeune homme quand il a épousé la très Sainte Vierge et qu’il ne s’est marié que c’est cette seule fois.

original en espagnol par Gonzalo Aranda,
professeur de la faculté de Théologie de l'Université de Navarre

vendredi 14 mars 2008

Clement d'Alexandrie (3)


Clément d'Alexandrie (3)

Deux vertus enrichissent en particulier l'âme du « véritable gnostique ». La première est la liberté vis-à-vis des passions (apátheia) ; l'autre est l'amour, la véritable passion, qui assure l'union intime avec Dieu. L'amour donne la paix parfaite, (lire la suite) et met le « véritable gnostique » en mesure d'affronter les plus grands sacrifices, même le sacrifice suprême, à la suite du Christ, et le fait monter degré après degré jusqu'au sommet des vertus. Ainsi, l'idéal éthique de la philosophie antique, c'est-à-dire la libération vis-à-vis des passions, est redéfini et conjugué avec amour par Clément, dans le processus incessant d'assimilation à Dieu.
De cette façon, l'Alexandrin crée la deuxième grande occasion de dialogue entre l'annonce chrétienne et la philosophie grecque. Nous savons que saint Paul à l'Aréopage, à Athènes,Clément est né, avait effectué la première tentative de dialogue avec la philosophie grecque - qui avait été en grande partie un échec -, mais ils lui avaient dit : « Nous t'écouterons une autre fois. » À présent, Clément reprend ce dialogue et l'ennoblit au plus haut degré dans la tradition philosophique grecque. Comme l'a écrit mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II dans l'Encyclique Fides et ratio, Clément d'Alexandrie parvient à interpréter la philosophie comme « une instruction propédeutique à la foi chrétienne » (n° 38). Et, de fait, Clément est arrivé au point de soutenir que Dieu aurait donné la philosophie aux Grecs « comme un Testament qui leur est propre » (Strom. 6, 8, 67, 1). Pour lui, la tradition philosophique grecque, presque comme la Loi pour les Juifs, est un lieu de « révélation », ce sont deux courants qui, en définitive, vont vers le Logos lui-même. Ainsi, Clément continue à indiquer avec décision le chemin de celui qui entend « donner raison » de sa propre foi en Jésus Christ. Il peut servir d'exemple aux chrétiens, aux catéchistes, aux théologiens de notre époque, à qui Jean-Paul II, dans la même encyclique, recommandait de « reprendre et mettre en valeur le mieux possible la dimension métaphysique de la vérité afin d'entrer ainsi dans un dialogue critique et exigeant avec la pensée philosophique contemporaine ».
Nous concluons, en faisant nôtres quelques expressions de la célèbre « prière au Christ Logos », avec laquelle Clément conclut son Pédagogue. Il supplie ainsi : « Sois propice à tes fils » ; « Accorde-nous de vivre dans ta paix, d'être transférés dans ta ville, de traverser sans en être submergés les flux du péché, d'être transportés au calme auprès de l'Esprit Saint et de la Sagesse ineffable : nous qui, nuit et jour, jusqu'au dernier jour, chantons un chant d'action de grâce à l'unique Père,... au Fils pédagogue et maître, avec l'Esprit Saint. Amen ! » (Ped. 3, 12, 101).

Benoît XVI, Audience générale, 18 avril 2007.

jeudi 13 mars 2008

Clement d'Alexandrie (2)

Clément d'Alexandrie (2)

Dans son ensemble, la catéchèse clémentine accompagne pas à pas le chemin du catéchumène et du baptisé pour que, avec les deux « ailes » de la foi et de la raison, ils parviennent à une profonde connaissance de la Vérité, qui est Jésus-Christ, le Verbe de Dieu. Seule cette connaissance de la personne, qui est la vérité, est la « véritable gnose », l'expression grecque qui signifie connaissance, intelligence. C'est l'édifice construit par la raison sous l'impulsion d'un principe surnaturel. (lire la suite) La foi elle-même édifie la véritable philosophie, c'est-à-dire la véritable conversion dans le chemin à prendre dans la vie. Donc, la « gnose » authentique est un développement de la foi, suscité par Jésus-Christ dans l'âme qui est unie à Lui. Clément distingue ensuite deux degrés de la vie chrétienne. Premier degré : les chrétiens croyants, qui vivent la foi de manière commune, mais toujours ouverte aux horizons de la sainteté. Et ensuite, le deuxième degré : les « gnostiques », c'est-à-dire ceux qui conduisent déjà une vie de perfection spirituelle ; dans tous les cas, le chrétien doit partir de la base commune de la foi, à travers un chemin de recherche, il doit se laisser guider par le Christ, et ainsi parvenir à la connaissance de la Vérité et des vérités qui forment le contenu de la foi. Cette connaissance - nous dit Clément - devient dans l'âme une réalité vivante : ce n'est pas seulement une théorie, c'est une force de vie, c'est une union d'amour transformatrice. La connaissance du Christ n'est pas seulement pensée, mais elle est amour qui ouvre les yeux, transforme l'homme et crée la communion avec le Logos, avec le Verbe divin, qui est vérité et vie. Dans cette communion, qui est la parfaite connaissance et qui est amour, le chrétien parfait atteint la contemplation, l'unification avec Dieu.
Clément reprend en fin de compte la doctrine selon laquelle la fin ultime de l'homme est de devenir semblable à Dieu. Nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, mais cela est aussi un défi, un chemin ; en effet, le but de la vie, la destination ultime, est vraiment de devenir semblable à Dieu. Cela est possible grâce à la connaturalité avec Lui, que l'homme a reçue au moment de la création, en vertu de laquelle il est déjà en lui-même - déjà en lui-même - l'image de Dieu. Cette connaturalité permet de connaître les réalités divines, auxquelles l'homme adhère tout d'abord par foi et qui, à travers la foi vécue, la pratique de la vertu, peut croître jusqu'à la contemplation de Dieu. Ainsi, dans le chemin de la perfection, Clément ajoute à l'exigence morale autant d'importance qu'il en attribue à l'exigence intellectuelle. Les deux vont de pair, car on ne peut pas connaître sans vivre et on ne peut pas vivre sans connaître. L'assimilation à Dieu et sa contemplation ne peuvent être atteintes à travers la seule connaissance rationnelle: dans ce but, une vie selon le Logos est nécessaire, une vie selon la vérité. Par conséquent, les bonnes œuvres doivent accompagner la connaissance intellectuelle comme l'ombre suit le corps.

(à suivre...)

mercredi 12 mars 2008

Clement d'Alexandrie (1)

Clément d'Alexandrie (1)

Après avoir parlé des douze apôtres, puis des disciples des apôtres, nous étudions avec Benoît XVI les grandes personnalités de l'Église naissante, de l'Église antique. Ayant parlé de saint Irénée de Lyon, « nous parlons aujourd'hui de Clément d'Alexandrie, un grand théologien qui naquit probablement à Athènes vers le milieu du deuxième siècle. Il hérita d'Athènes (lire la suite) cet intérêt prononcé pour la philosophie, qui devait faire de lui l'un des hérauts du dialogue entre foi et raison dans la tradition chrétienne. Encore jeune, il rejoignit Alexandrie, la « ville symbole » de ce carrefour fécond entre différentes cultures qui caractérisa l'époque hellénistique. Il y fut le disciple de Pantène, jusqu'à lui succéder dans la direction de l'école catéchétique. De nombreuses sources attestent qu'il fut ordonné prêtre. Au cours de la persécution de 202-203, il quitta Alexandrie pour se réfugier à Césarée, en Cappadoce, où il mourut vers 215.
Les œuvres les plus importantes qui nous restent de lui sont au nombre de trois : le Protreptique, le Pédagogue et les Stromates. Même s'il ne semble pas que cela fût l'intention originelle de l'auteur, le fait est que ces écrits constituent une véritable trilogie, destinée à accompagner de manière efficace la maturation spirituelle du chrétien. Le Protreptique, comme le dit le mot lui-même, est une « exhortation » adressée à celui qui commence et cherche le chemin de la foi. Mieux encore, le Protreptique coïncide avec une Personne : le Fils de Dieu, Jésus Christ, qui se fait l'« exhortateur » des hommes, afin qu'ils entreprennent de manière décidée le chemin vers la Vérité. Jésus-Christ lui-même se fait ensuite Pédagogue, c'est-à-dire l'« éducateur » de ceux qui, en vertu du Baptême, sont désormais devenus des fils de Dieu. Enfin, Jésus Christ est aussi Didascale, c'est-à-dire le « Maître » qui propose les enseignements les plus profonds. Ceux-ci sont rassemblés dans la troisième œuvre de Clément, les Stromates, mot grec qui signifie « tapisseries » : il s'agit, en effet, d'une composition non systématique de thèmes divers, fruit direct de l'enseignement habituel de Clément.

(à suivre...)