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jeudi 31 mai 2007

La fete des meres


La fête des mères


Dimanche prochain est le jour de la fête des mères. Comme c’est également la solennité de la Très Sainte Trinité, j’anticipe la fête des mères avec ce texte de saint Ambroise de Milan (v. 340-397) qui souligne avec bonheur ce que nous devons à notre mère dans une énumération qui n’est pas exhaustive. Je me rappelle à ce propos un commentaire de saint Josémaria, qui nous invitait à rendre grâce à Dieu pour tous ses bienfaits, (lire la suite) etiam ignotis, y compris pour ceux que nous ignorons. Pour nous faire comprendre ce qu’il voulait dire, il ajouta que nos parents avaient consenti beaucoup de sacrifices pour nous que nous ignorons et dont nous ne pouvons pas avoir l’idée.
Voici le texte de l’ancien archevêque de Milan :
« Honorer, c’est traiter selon les mérites. Nourrissez votre père, nourrissez votre mère. Même nourrissant votre mère, vous ne lui rendez pas encore les douleurs, vous ne lui rendez pas les tourments qu’elle a soufferts pour vous ; vous ne lui rendez pas les attentions avec lesquelles elle vous a porté, vous ne lui rendez pas la nourriture qu’elle vous a donnée dans un sentiment de pieuse tendresse, versant le lait de ses mamelles entre vos lèvres ; vous ne lui rendez pas la faim qu’elle a endurée pour vous, pour ne rien manger qui vous eût pu être nuisible, pour ne rien prendre qui pût gâter son lait. Pour vous elle a jeûné, pour vous elle a mangé ; pour vous elle n’a pas pris la nourriture qu’elle voulait ; pour vous elle a pris la nourriture qu’elle n’aimait pas ; pour vous elle a veillé, pour vous elle a pleuré ; et vous souffririez qu’elle manque ! Oh mon fils, quel jugement vous vous attirez si vous ne nourrissez pas votre mère ! Vous lui devez ce que vous avez, vous lui devez ce que vous êtes » (Traité sur l’Évangile de Luc 2, 8, 75).

mercredi 30 mai 2007

8. Le sanctuaire, lieu de la charite

8. Le sanctuaire, lieu de la charité

La fonction exemplaire du sanctuaire se déploie aussi dans le domaine de la charité. Chaque sanctuaire est, en effet, par nature "un foyer qui irradie la lumière et l’ardeur de la charité", du fait qu’on y célèbre la présence miséricordieuse du Seigneur, ainsi que l’exemplarité et l’intercession de la Vierge Marie et des saints. Le langage commun et celui des humbles définissent la charité comme "l’amour qui s’exprime au nom de Dieu". Elle se manifeste concrètement dans l’accueil et la miséricorde, dans la solidarité et le partage, dans l’aide et dans le don de soi.
Grâce à la générosité des fidèles et au zèle de leurs responsables, de nombreux sanctuaires sont des lieux privilégiés, où il est possible de mettre en relation (lire la suite) l’amour de Dieu et la charité fraternelle avec les divers besoins de la personne humaine. De fait, la charité du Christ se répand largement dans ces endroits, de même que se manifestent la sollicitude maternelle de la Vierge Marie et la proximité fraternelle des saints ; cette attention bienveillante s’exprime notamment :
- dans la fondation et le soutien permanent d’un grand nombre de centres d’assistance sociale, comme des établissements hospitaliers, des instituts d’éducation destinés aux enfants pauvres et des hospices ou des maisons de retraite pour les personnes âgées ;
- "dans l’accueil et l’hospitalité réservés aux pèlerins, surtout les plus pauvres, à qui sont offerts, dans la mesure du possible, des lieux et des structures pour se reposer ;
- dans la sollicitude et le dévouement, qui se manifestent à l’égard des personnes âgées, des malades et des handicapés, à qui sont destinées les attentions les plus délicates, et, en particulier, les meilleures places dans les sanctuaires; de fait, les célébrations sont organisées en tenant compte de leur présence, et donc de leur condition particulière, sans pour autant les isoler des autres fidèles: cela est vrai notamment en ce qui concerne la fixation des horaires. Enfin, il n’est pas rare que s’instaure et se développe une collaboration effective du sanctuaire avec les associations qui assurent généralement le transport de ces personnes ;
- dans la disponibilité et le service de tous ceux qui se rendent dans le sanctuaire : fidèles érudits et peu instruits, pauvres et riches, compatriotes et étrangers".

9. Le sanctuaire, lieu culturel
Tout en étant un lieu de culte, il n’est pas rare que le sanctuaire soit aussi par nature un "bien culturel" : en effet, dans ses différents éléments, il constitue comme la synthèse des nombreuses manifestations de la culture locale : témoignages historiques, œuvres d’art, documents littéraires, expressions musicales typiques.
Le sanctuaire est donc souvent un point de référence sûr qui permet de définir l’identité culturelle d’un peuple. Et puisque le sanctuaire réalise une synthèse harmonieuse entre la nature et la grâce, la piété et l’art, il peut se présenter aussi comme une expression privilégiée de la via pulchritudinis par la contemplation de la beauté de Dieu, du mystère de la Tota pulchra, et de la merveilleuse proximité des saints.
De même, il faut noter la tendance, toujours plus forte, de faire du sanctuaire un "centre culturel" spécifique, c’est-à-dire un lieu où se tiennent des cours et des conférences, et dans lequel sont promues des initiatives intéressantes dans le domaine de l’édition ; il est aussi un endroit où sont organisées des représentations sacrées, des concerts, des expositions et d’autres manifestations artistiques et littéraires.
L’activité culturelle du sanctuaire se présente donc comme un ensemble d’initiatives qui contribuent à la promotion de la personne humaine ; ce rôle supplémentaire, qui est assumé grâce à l’œuvre d’évangélisation et à l’exercice de la charité, s’ajoute utilement à la fonction primordiale du sanctuaire, en tant que lieu destiné à la célébration du culte divin. Dans ce contexte, les responsables des sanctuaires ont l’obligation de veiller à ce que cette dimension culturelle du sanctuaire n’occulte pas sa fonction cultuelle.

(à suivre…)

mardi 29 mai 2007

Une mystique bien temperee

Une mystique bien tempérée

Le Père Dominique-Marie Dauzet, religieux prémontré à l'abbaye de dans le Mondaye, Calvados, a publié aux Éditions du Cerf un ouvrage fort instructif qu'il a intitulé La mystique bien tempérée. Écriture féminine de l'expérience spirituelle XIXe-XXe siècle.
"Bien des études récentes se sont portées sur les pratiques religieuses, sur les prédications, l'enseignement du dogme et des questions morales : tout ce que l'autorité magistérielle invite à croire et à faire. En fait, il s'agit de discours cléricaux, (lire la suite) masculins presque exclusivement. L'"autre voix", cependant, presque toute féminine, c'est une écriture non professionnelle, le récit d'une voie spirituelle, par des femmes qui confient, en des milliers de pages oubliées, souvent encore inédites, leur expérience de Dieu." Le Père Dauzet a entrepris de lire ces milliers de pages (par exemple, les 1651 circulaires des années 1860-1900 qui circulent dans les carmels pour dresser la biographie d'une carmélite défunte), de les analyser et d'en extraire l'essentiel en une synthèse saisissante. Son ouvrage "scrute le statut ambivalent de ces écritures tendues par le désir de raconter l'ineffable, écritures parfois interdites, parfois permises, voire commandées, par le vis-à-vis masculin", et dont l'auteur souvent n'a pas imaginé qu'elles puissent un jour être publiées.
Les personnages qui remplissent les pages de cet ouvrage appartiennent à des horizons très divers, et c'est heureux. Nous y trouvons des laïques, dont les proches ne sont pas toujours catholiques ; Élisabeth Leseur (1866-1914), Jeanne Schmitz-Rouly (1891-1979), Mary Khalil (1889-1979) et Camille C. (1900-1971), qui sont nos contemporaines, et des religieuses : Marie-Aimée de Jésus Quoniam (1839-1874) et Élisabteh de la Trinité (1880-1906), tous deux carmélites (les célébrations du centenaire de la mort de la seconde se poursuivent dans le diocèse de Dijon), Marie Odile de la Paillonne (1840-1905), norbertine, Cécile Bruyère (1845-1909), bénédictine, abbesse de Solesmes. Autant d'aventures de l'Amour de Dieu, d'expériences spirituelles desquelles nous pouvons apprendre quelque chose.

lundi 28 mai 2007

Hair son pere et sa mere !…


Haïr son père et sa mère !…

Jésus marche comme bien souvent et, comme d’habitude aussi, « une grande foule cheminait avec lui ». Il s’entretient avec l’un ou l’autre, avec tel de ses apôtres, ou un petit groupe de ses disciples qu’il continue ainsi de former, ou bien encore avec des gens qui viennent le voir et lui parler de leur caparaçonner. Sans doute des enfants courent de partout et il caresse ceux qui s’approchent de lui. Cette activité n’interrompt pas la prière qu’il adresse à son Père. Soudain, il s’arrête, se retourne et, s’adressant à la foule, se met à l’instruire en lui livrant le fruit de sa prière, ce qu’il porte alors dans son Cœur.
Ce dont il parle ce jour-là, c’est de détachement à l’égard du monde, et même de sa famille (lire la suite) naturelle, et de renoncement aux biens de ce monde. « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (v. 26). Cela peut paraître surprenant, alors que le quatrième commandement de Dieu consiste à aimer ses parents et que Jésus lui-même a enseigné : « Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent. Bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous maltraitent » (Luc 6, 27-28). C’est un peu le monde à l’envers !
Ce que le Seigneur veut dire, c’est que nous devons haïr « celui qui s’oppose à nous sur le chemin de Dieu, même si c’est un parent ; […] Nous devons donc aimer notre prochain ; nous devons avoir de la charité envers tous, avec nos proches et avec les étrangers, mais sans nous éloigner de l’amour de Dieu par amour pour eux » (saint Grégoire le grand, In Evangelia homiliæ 37, 3).
Ce renoncement est nécessaire pour suivre le Christ : « Et quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple » (v. 27). Autrement dit, renoncer à tout ce qui fait obstacle au don de soi à Dieu, c’est porter sa croix avec lui.
Jésus prend alors l’exemple de celui qui veut bâtir une tour. Avant de se lancer dans l’opération, il s’assied « auparavant pour calculer la dépense et s’il a de quoi l’achever. De peur qu’après avoir posé les fondements de l’édifice, il ne puisse le conduire à sa fin, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler en disant : « Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever. » Ou, quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour délibérer s’il peut, avec dix mille hommes, faire face à un ennemi qui vient l’attaquer avec vingt mille ? S’il ne le peut, tandis que celui-ci est encore loin, il lui envoie une ambassade pour négocier la paix. Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède, ne peut être mon disciple » (v. 28-33).
Le lien entre ces exemples et l’exigence qu’il vient de manifester ne semble pas évident. Mais le Seigneur veut amener son auditoire, et peut-être ses apôtres en premier, à comprendre que l’on ne peut pas se donner à Dieu à moitié. Quand il appelle, il faut se donner à lui en entier, comme les premiers apôtres : statim, « aussitôt », relictis retibus, « laissant là leurs filets », ils le suivirent (Matthieu 4, 20) .
Ce qui ne veut pas dire abandonner le monde. Le Seigneur n’a pas fait des apôtres des anachorètes (institution qui verra le jour au IVe siècle). Ils sont, pour certains, des pêcheurs au moment où Jésus les invite à le suivre. Et ils restent pêcheurs : après la Résurrection, Simon-Pierre dit : « Je m’en vais pêcher. Ils lui dirent : « Nous y allons, nous aussi, avec toi » (Jean 21, 3). Ils sont dans le monde. Tout comme saint Paul, qui pourra se vanter de gagner sa vie par le travail de ses mains : « Nous peinons en travaillant de nos propres mains » (1 Corinthiens 4, 12 ; cf. 1 Thessaloniciens 2, 9).
Mais pour suivre le Christ, il faut renoncer à tout, vivre non pas en propriétaire des biens que nous avons, mais en simples administrateurs, et en user avec générosité envers les autres.

dimanche 27 mai 2007

La Pentecote (suite)

La Pentecôte (suite)


Le temps pascal se conclut, le cinquantième jour, avec le dimanche de la Pentecôte, qui célèbre la venue de l’Esprit Saint sur les apôtres (cf. Ac 2, 1-4), les débuts de l’Église et le commencement de sa mission dans toutes les langues auprès des divers peuples et nations. Il convient de noter l’importance de la célébration de la Messe de la Vigile, spécialement dans l’église cathédrale et aussi dans les paroisses ; de fait, celle-ci revêt le caractère d’une prière intense et persévérante de la communauté chrétienne tout entière, en s’inspirant de l’exemple des apôtres réunis dans une prière unanime avec la Mère du Seigneur. (lire la suite) En exhortant à la prière et à la mission, le mystère de la Pentecôte concerne aussi la piété populaire, car celle-ci "est une démonstration continuelle de la présence active de l’Esprit Saint dans l’Église. C’est lui qui allume dans les cœurs la foi, l’espérance et l’amour, ces vertus suprêmes qui donnent leur valeur à la piété chrétienne. C’est le même Esprit qui ennoblit les formes si variées et si nombreuses par lesquelles s’exprime le message chrétien, en accord avec la culture et les coutumes propres à chaque lieu, à travers tous les siècles".
En employant des formules bien connues, qui proviennent de la célébration de la Pentecôte (Veni, Creator Spiritus, Veni, Sancte Spiritus) ou à l’aide de supplications brèves (Emitte Spiritum tuum et creabuntur...), les fidèles invoquent volontiers l’Esprit Saint, en particulier lorsqu’ils commencent une activité ou un travail, tout comme dans des situations difficiles à vivre. De même, le troisième mystère glorieux du Rosaire est une invitation à méditer la manifestation de l’Esprit Saint, le jour de la Pentecôte. De plus, les fidèles sont conscients d’avoir reçu ce même Esprit Saint, spécialement le jour de leur Confirmation, Esprit de sagesse et de conseil qui les guide dans leur existence, Esprit de force et de lumière qui les aide à prendre des décisions importantes et à supporter les épreuves de la vie. Ils savent que, le jour de leur baptême, leur corps est devenu le temple de l’Esprit Saint, et qu’il doit donc être respecté et honoré, y compris dans la mort, et que, au dernier jour, il ressuscitera par la puissance de l’Esprit Saint.
L’Esprit Saint, tout en ouvrant nos cœurs à la communion avec Dieu dans la prière, nous incite à nous tourner vers notre prochain avec des sentiments authentiques de rencontre, de réconciliation, de témoignage, de désir de justice et de paix, de renouveau moral, de vrai progrès social et d’élan missionnaire. C’est dans cet esprit que, dans certaines communautés, la Pentecôte est célébrée comme " une journée de la souffrance pour les missions".

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°156.

samedi 26 mai 2007

La Pentecote

La Pentecôte

Le jour de la Pentecôte, les douze apôtres et les 120 disciples reçoivent l’effusion de l’Esprit Saint, conformément à la promesse de Jésus-Christ: “Demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut.” Mt 24, 49). “Quand le Saint-Esprit descendra sur vous, vous recevrez de la force et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre” (Ac 1, 8).
Dès que l’Esprit est descendu sur eux, Pierre se met effectivement à prêcher (lire la suite) à Jérusalem. Il prêche Jésus-Christ et Jésus-Christ ressuscité. C’est le cœur de la prédication chrétienne. Comme saint Paul le dira plus tard: “Si le Christ n’est pas ressuscité, il s’ensuit que notre prédication est vaine, vaine aussi votre foi. Il se trouve même que nous sommes de faux témoins de Dieu, puisque nous avons témoigné au nom de Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, si en fait les morts ne ressuscitent pas. […] Si c’est seulement pour cette vie que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes” (1 Co 15, 14-15.19).
“Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez sollicité la grâce d’un meurtrier [Barabbas], alors que vous avez fait mourir le chef de la vie” (Ac 3, 14-15), dit saint Pierre à la foule immense qui s’est rassemblée devant le Cénacle. Tout le monde a entendu parler des événements qui se sont produits cinquante jours plus tôt. Beaucoup de ceux qui écoutaient sont émus et, touchés par la grâce, ils demandèrent: “Frère, que devons-nous faire ? L’apôtre leur répondit: Repentez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de J”sus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint-Esprit” (Ac 2, 37-38).
Ce don est accordé en effet au baptême, car l’Esprit est le Sanctificateur de l’âme.
Ce jour-là, trois mille personnes entrèrent dans l’Église. Les 120 disciples ne furent pas de trop pour aider les apôtres à administrer le baptême à cette foule… “Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit” (Ac 2, 38). Il ne cesse depuis d’être concédé. Saint Luc montre, en effet, que “la venue de l’Esprit, le jour de la Pentecôte ne fut pas un événement isolé. Il n’y a pratiquement aucune page des Actes des Apôtres qui ne parle de Lui et de l’action par laquelle Il guide, dirige et anime la vie et les œuvres de la communauté chrétienne primitive. C’est Lui qui inspire la prédication de saint Pierre (cf. Ac 4, 8), qui confirme les disciples dans leur foi (cf. Ac 4, 31), qui scelle par sa présence l’appel lance aux païens (cf. Ac 10, 44-47), qui envoie Saul et Barnabé vers des terres lointaines pour ouvrir de nouveaux chemins, en répandant l’enseignement de Jésus (cf. Ac 13, 2-4). En un mot, sa présence et son action dominent toute chose” (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 127). À telle enseigne que les Actes des apôtres ont été qualifiés d’“Évangiles de l’Esprit”.

vendredi 25 mai 2007

6. La valeur exemplaire du sanctuaire

6. La valeur exemplaire du sanctuaire

Les responsables des sanctuaires ont le devoir de veiller à la qualité exemplaire des cérémonies: "La promotion d’une Liturgie de qualité fait partie des fonctions, qui sont dévolues aux sanctuaires; il s’agit même d’une obligation inscrite dans le Code de droit canonique. Cette promotion concerne moins l’obligation d’augmenter le nombre des célébrations que celle d’améliorer la qualité de celles qui existent déjà. Les recteurs des sanctuaires doivent être bien conscients de leur responsabilité dans ce domaine. Ils doivent comprendre, en effet, que les fidèles, qui se rendent dans les différents sanctuaires, doivent en repartir réconfortés sur le plan spirituel et édifiés par les célébrations liturgiques (lire la suite) auxquelles ils ont participé : celles-ci auront su leur transmettre le message du salut par la noble simplicité de leurs rites et le respect fidèle des normes liturgiques. Ces mêmes recteurs doivent savoir aussi que les effets d’une célébration liturgique exemplaire ne se limitent pas à ladite célébration accomplie dans le sanctuaire : en effet, les prêtres et les fidèles, qui participent à des cérémonies de qualité, sont portés à les faire connaître dans leurs propres lieux de culte d’origine".

7. Le sanctuaire, lieu d’évangélisation
D’innombrables moyens de communication sociale propagent quotidiennement des nouvelles et des messages en tous genres ; le sanctuaire est pour sa part le lieu où est constamment proclamé un message de vie : l’"Évangile de Dieu" (Marc 1, 14 ; Romains 1, 1) ou "l’Évangile de Jésus-Christ" (Marc 1, 1), c’est-à-dire la bonne nouvelle qui vient de Dieu lui-même, et qui concerne Jésus-Christ: celui-ci est le Sauveur de tous les peuples; c’est en lui seul que la mort et la résurrection, le ciel et la terre se sont réconciliés pour l’éternité.
Les éléments essentiels du message évangélique doivent être proposés, d’une manière directe ou indirecte, au fidèle qui se rend dans un sanctuaire: on peut citer, en particulier, le contenu du discours sur la Montagne, qui est un programme de vie, l’annonce joyeuse de la bonté et de la paternité de Dieu et de sa providence miséricordieuse, le commandement de la charité, la signification rédemptrice de la croix, et le destin transcendant de toute vie humaine.
Beaucoup de sanctuaires sont de véritables lieux d’évangélisation : le message du Christ est transmis aux fidèles sous les formes les plus variées, afin de les inciter, et aussi de les exhorter à la conversion et à la persévérance, à suivre le Christ, et à conformer leur vie aux exigences de la justice; enfin, le message du Christ leur apporte aussi une parole de consolation et de paix.
Il ne faut pas non plus oublier la coopération de beaucoup de sanctuaires à l’œuvre évangélisatrice de l’Église, qui se présente sous les diverses formes d’un soutien généreux aux missions "ad gentes".

(à suivre…)

jeudi 24 mai 2007

Une reussite scandaleuse ?


Une réussite scandaleuse ?

Certains se demandent parfois — ils posent carrément la question — comment il se fait que des gens sans scrupule et qui ne s’embarrassent pas de considérations morales réussissent dans leur vie professionnelle, jouissant d’une grande renommée, grimpant des échelons, étant combles d’honneurs, s’enrichissant…
Cette réussite peut paraître scandaleuse. Mais Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur ceux qui ne le sont pas » (Matthieu 5, 45). Et l’Écriture affirme aussi que (lire la suite) « chacun reçoit la récompense de ses œuvres » (Proverbes 12, 14). Saint Paul précise que « chacun recevra ce qu’il a mérité » (2 Corinthiens 5, 10), et que « chacun recevra sa récompense à la mesure de sa peine » (1 Corinthiens 3, 8).
D’autre part, il faut revenir à la réalité essentielle de l’homme, à savoir qu’il a été créé bon par Dieu. L’âme que Dieu a créée au cas par cas, et qui est le principe vital de l’homme, ce qui « l’anime », est en lui la ressemblance et l’image de Dieu dont parle le récit de la Création : Genèse 2, 27 et 5, 1. Du fait de cette création, l’homme est naturellement bon, même si cette bonté originelle est mise souvent en échec par les séquelles du péché d’Adam et Ève dans la nature humaine et par nos péchés personnels.
Mais il n’est nul être au monde qui ne fasse du bien au cours de sa vie. Et comme Dieu a voulu lui accorder une rétribution, celui qui est mauvais reçoit sa récompense ici-bas, mais l’accès au paradis lui sera barré. Cela ressort très clairement de l’enseignement de Jésus-Christ. Dans la parabole du riche et de Lazare, par exemple (Luc 16, 19-31), le riche qui festoyait brillamment tout en ne s’occupant jamais du pauvre Lazare qui, couvert d’ulcères, gisait devant sa porte, se retrouve en enfer, où il s’entend dire : « Souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux. Maintenant, il est consolé ici [au ciel] et toi, tu souffres ». Le Seigneur avait lancé des invectives qui ne s’adressaient pas seulement aux gens de son époque. Elles nous concernent tous : « Malheur à vous, les riches,car vous tenez votre consolation » (Matthieu 6, 24), autrement dit vous avez votre récompense maintenant, sur terre, mais vous n’en recevrez pas dans l’au-delà. « Malheur à vous, qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim » (Ibid., 25) : ils n’ont rien à attendre après leur mort, car ils ont reçu la part de biens qui leur revenait durant leur vie terrestre.
« Il faut passer par bien des épreuves avant d’entrer dans le royaume des cieux » (Actes 13, 22). Celui qui refuse ces épreuves, c’est-à-dire qui donne libre cours à ses caprices, ne s’embarrasse pas de principes moraux, ne cherche pas Dieu, remportera peut-être de nombreux succès aux yeux des hommes et auprès des femmes, mais n’aura pas trouvé la clé d’accès au royaume de Dieu. En revanche, celui qui sait se priver pour les autres, qui s’efforce de vivre en accord avec la loi morale naturelle — naturelle, car c’est la loi divine inscrite par Dieu dans la nature humaine —, qui fait passer Dieu au premier plan, conformément au commandement de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force » (Marc 12, 30), celui-là recevra « le centuple dès maintenant […] et dans le siècle à venir la vie éternelle » (Marc 10, 30).

mercredi 23 mai 2007

4. La reconnaissance canonique du sanctuaire


4. La reconnaissance canonique du sanctuaire

"Par sanctuaire on entend une église ou un autre lieu sacré où les fidèles se rendent nombreux en pèlerinage pour un motif particulier de piété avec l’approbation de l’Ordinaire du lieu".
La reconnaissance canonique d’un lieu sacré comme sanctuaire diocésain, national ou international dépend respectivement de l’évêque diocésain, de la Conférence des évêques ou du Saint-Siège. L’approbation canonique équivaut à une reconnaissance officielle du lieu sacré et de sa finalité spécifique ; cette dernière consiste à accueillir les pèlerinages du peuple de Dieu organisés en ce lieu pour adorer le Père, professer la foi, se réconcilier avec Dieu, avec l’Église et (lire la suite) avec ses frères, et implorer l’intercession de la Mère du Seigneur ou d’un Saint.
Toutefois, il ne faut pas oublier que, localement, de nombreux autres lieux de culte, souvent humbles - comme certaines petites églises situées dans les villes ou à la campagne - assument un rôle similaire à celui des sanctuaires, tout en ne bénéficiant pas d’une reconnaissance canonique. Ils font eux aussi partie de la "géographie" de la foi et de la piété du peuple de Dieu, puisqu’ils marquent l’emplacement d’une communauté qui demeure sur un territoire déterminé et qui, dans la foi, chemine vers la Jérusalem céleste (cf. Apocalypse 21).

5. Le sanctuaire, lieu des célébrations cultuelles
Le sanctuaire a une fonction principalement cultuelle. Les fidèles se rendent, en effet, dans ce lieu pour participer aux célébrations liturgiques et aux pieux exercices. Toutefois, cette fonction cultuelle reconnue du sanctuaire ne doit pas obscurcir, dans la conscience des fidèles, l’enseignement évangélique selon lequel le lieu n’est pas un élément déterminant pour rendre un culte authentique au Seigneur (cf. Jean 4, 20-24).

(à suivre…)

mardi 22 mai 2007

La foi (fin)

La foi (fin)

Je complète mes réflexions sur la façon de croire en Dieu.
Au cours de notre vie, nous pouvons recevoir des lumières sur telle ou telle vérité. Mais il est des moments, probablement les plus fréquents, où ces lumières font défaut, parce que le Seigneur nous les retire ou par suite des circonstances. Mais le contenu, la réalité de la foi subsistent. Tout comme le soleil ne cesse pas d'exister quand il fait nuit (lire la suite) ou que le ciel est couvert de nuages. La foi reste entière - parce qu'elle ne dépend pas de nous, mais vient de Dieu - quand nous sommes dans l'obscurité. Il est donc absurde d'en conclure qu'on n'a pas la foi. Ce qu'il faut faire, ce sont des actes de foi avec l'humilité de celui qui est bien peu de chose en présence du Dieu infini, tout en étant son enfant.
Il n'est pas rare d'entendre des gens dire : " J'ai perdu la foi. " Cette expression est inexacte. On ne perd pas la foi comme on perd ses clés ! Celui qui a reçu de Dieu le don de la foi au moment de son baptême en est marqué pour l'éternité, la garde toujours en lui. Ce qui peut arriver, c'est qu'il la laisse dans l'état d'un terrain en friche, qu'il ne fait rien pour la développer, qu'il n'en vit pas - or, "le juste vit de la foi" (Romains 1, 17) - et donc qu'il laisse les péchés le recouvrir comme par couches successives au point de la rendre inopérante, tout comme les mauvaises herbes de toute sorte envahissent le terrain non cultivé et le rendent stérile.
Mais la foi reste là, au fond de son âme. Il faudra alors décaper, enlever toutes ces strates par la confession, par des confessions successives même. Ce sera évidement plus dur, plus douloureux que si l'on s'était confessé et avait pratiqué régulièrement. En tout cas, on ne perd pas la foi. Non !
En revanche, il est possible d'avoir le malheur de la rejeter, en partie (par l'hérésie) ou en totalité (par l'apostasie). Mais, là encore, on rejette quelque chose qui existe et continue d'exister même si on ne veut rien en savoir.
En réfléchissant à ce don non mérité de la foi, nous sommes portés à remercier Dieu et à comprendre que nous avons la responsabilité d'en être les témoins autour de nous : "La foi naît de la prédication" (Romains 10, 17). Mais c'est là une autre question.

(fin)

lundi 21 mai 2007

La foi : comment croire ?


La foi : comment croire ?

La foi est fondamentalement un don de Dieu, qu’il accorde à qui il veut. C’est une vertu théologale, disposition ferme et permanente à bien agir, ayant Dieu lui-même pour objet. Elle est mise dans l’âme au moment du baptême. Par elle « nous croyons en Dieu et à tout ce qu’il nous a révélé, et que la sainte Église nous propose à croire, parce qu’il est la vérité même » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1814). Elle « est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu » (Ibid., n° 150).
Éclairant l’intelligence et agissant sur la volonté, la foi permet à l’homme (lire la suite) de croire fermement tout ce que Dieu a révélé, non en vertu de son évidence intrinsèque, mais en vertu de l’autorité de Dieu.
La foi est nécessaire pour sauver son âme : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc 16, 16). Le contexte est celui de l’annonce de la foi, de l’Évangile, par les apôtres.
Il convient donc de demander à Dieu la foi, ou son accroissement. Prenant conscience de leurs limites, les apôtres disent en effet à Jésus : « Augmente en nous la foi » (Luc 17, 5). Il faut la demander avec l’assurance que Dieu se laisse trouver par ceux qui le cherchent d’un cœur sincère et qu'il s’avance même à la rencontre de l’homme : « Je me laissais trouver de qui ne me recherchait pas » (Isaïe 65, 1).
Donc la foi n'est pas affaire de sentiments, d'impressions, ni même de convictions ou d'opinions personnelles. Ce n'est pas davantage une carte à partir de laquelle chacun compose le menu qui lui plaît.
La foi est une vertu au contenu arrêté et richissime. Elle permet la rencontre personnelle de Dieu, du vrai Dieu. Venant de lui, l'homme ne peut qu'y adhérer entièrement avec reconnaissance et fierté. Il doit ensuite poser des actes de foi tout au long de son existence, ce que l'on appelle "pratiquer sa foi", fréquenter les sacrements, notamment la confession pour être en mesure de communier dignement, faire des actes de foi souvent et en particulier à l'heure de sa mort.
La foi porte sur des vérités qui ne nous sont pas évidentes : la Très Sainte Trinité (un seul Dieu en trois Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit), la présence réelle du Christ, le Fils de Dieu, dans l'Eucharistie, la Virginité perpétuelle de Marie, l'existence du ciel pour les élus et de l'enfer pour les damnés, l'infaillibilité des enseignements du pape dans des cas bien déterminés, etc. Mais nous savons "que Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper" (acte de foi). Y adhérer n'a donc rien d'irrationnel, puisque foi et raison puissent toutes deux leur origine en Dieu.

(à suive...)

dimanche 20 mai 2007

3. Le Sanctuaire. Quelques principes


3. Le Sanctuaire. Quelques principes

Le sanctuaire, comme les églises, a une grande valeur symbolique : il est l’icône de la "demeure de Dieu parmi les hommes" (Apocalypse 21, 3), et il évoque "le mystère du Temple", qui s’accomplit dans le corps du Christ (cf. Jean 1, 14; 2, 21), dans la communauté ecclésiale (cf. 1 Pierre 2, 5), et dans la personne de chaque fidèle baptisé (cf. 1 Corinthiens 3, 16-17 ; 6, 19 ; 2 Corinthiens 6, 16).
Pour les fidèles, les sanctuaires sont souvent, à cause de leur origine, la mémoire d’un événement considéré par eux comme extraordinaire, (lire la suite) et qui a provoqué l’émergence de manifestations de dévotion durable, ou des témoignages de piété et de reconnaissance de tout un peuple pour les grâces reçues en ce lieu. À cause des nombreux signes de miséricorde qui se manifestent dans les sanctuaires, ces derniers sont aussi des lieux privilégiés où Dieu vient en aide aux hommes, et où se manifeste l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, des saints ou des bienheureux. De même, leur emplacement, souvent élevé ou solitaire, leur beauté austère ou, au contraire, agréable, font des sanctuaires des témoins privilégiés de l’harmonie du cosmos, et des lieux où se reflète la beauté de Dieu. La prédication, qui résonne constamment dans les sanctuaires est, pour les fidèles à la fois un appel efficace à la conversion, une invitation à vivre dans la charité et à multiplier les œuvres de miséricorde, enfin, une exhortation à vivre en suivant fidèlement le Christ. Les sacrements, qui peuvent être reçus dans ces lieux, permettent de consolider la foi des fidèles ; ils leur permettent aussi de croître dans la grâce, et ils leur procurent le secours et l’espérance dans les épreuves qu’ils peuvent rencontrer. Les sanctuaires, en mettant en valeur un aspect particulier du message évangélique, peuvent être considérés comme une illustration et même un prolongement de la Parole de Dieu. Enfin, l’orientation eschatologique des sanctuaires contribue à transmettre aux fidèles le sens de la transcendance ; leur présence dans ces lieux les incitent à diriger leurs pas, à travers les chemins de la vie d’ici-bas, vers le sanctuaire du ciel (cf. Hébreux 9, 11 ; Apocalypse 21, 3).
"Toujours et partout, les sanctuaires chrétiens ont été ou ont voulu être des signes de Dieu, de son irruption dans l’histoire humaine. Chacun d’eux est un mémorial du mystère de l’Incarnation et de la Rédemption".

(à suivre…)

samedi 19 mai 2007

La droiture d’intention


La droiture d’intention


« Quel que soit votre travail, faites-le de bon cœur, pour le Seigneur et non pour plaire aux hommes » (Colossiens 3, 23). L’intention est particulièrement importante pour la qualification morale des actes. Celle-ci dépend d'abord de l'objet, qui doit être bon, et des circonstances, qui peuvent accroître ou diminuer la gravité de l'acte. Mais l'intention est déterminante en ce sens qu'elle qualifie l'acte posé. Si mon intention est mauvaise, comme lorsque je donne de l'argent à un mendiant pour qu'il s'ennivre, (lire la suite)
mon action, qui paraît bonne aux yeux des hommes, est devenue moralement mauvaise. En revanche, si j'agis avec une intention droite, mais réalise une action mauvaise en soi, cette action ne peut pas devenir bonne, comme, par exemple, si je débranche un malade pour abréger ses souffrances (cas de l'euthanasie). L'intention est bonne, mais le moyen utilisé est mauvais, or, on ne peut jamais faire le mal pour obtenir un bien (on verra les textes sur le bien et le mal mis à partir du 2 janvier 2007).
Tâchons de scruter la volonté de Dieu pour savoir ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce que nous pouvons faire et ce qu'il faut éviter de faire : « Comme des yeux d’esclave vers la main de leur maître, comme les yeux d’une servante vers la main de sa maîtresse, ainsi nos yeux vers Yahvé notre Dieu » (Psaume 123 [122], 2).
Cette Volonté de Dieu se trouve exprimée dans les principes généraux du christianisme : vérités de foi, commandements et béatitudes, discipline des sacrements, etc. Elle nous parvient aussi par les orientations de ceux qui possèdent une autorité sur nous : hiérarchie ecclésiastique, parents et professeurs pour les enfants, supérieurs dans le domaine professionnel ou autre, etc. Pourvu toutefois que ce que les hommes commandent n’aillent pas à l’encontre de la Volonté de Dieu, de la loi morale naturelle, valable universellement — c’est-à-dire pour tous les hommes de tous les temps — et inscrite dans le cœur de l’homme : « Les prescriptions de la Loi sont gravées dans leurs cœurs, ce dont témoigne leur conscience, comme aussi leurs pensées qui, tout à tour, les accusent ou bien les excusent » (Romains 2, 15).
Avoir une intention droite, c’est aussi faire ce que l’on dit, s’appliquer à soi-même ce que l’on enseigne aux autres. « Pourquoi vous enorgueillir ? Parce que vous enseignez la sagesse ? Il est facile de le faire en paroles ; enseignez-moi par l’exemple de votre vie : c’est la meilleure instruction. Vous vantez la modération, et là-dessus vous développez un long discours, vous faites couler à profusion les flotte votre éloquence. Il vaudrait mieux, vous dira-t-on, l’enseigner en la pratiquant, car jamais l’enseignement borné aux paroles ne pénétrera l’esprit aussi bien que les actions » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes 30, 3).

vendredi 18 mai 2007

Les sanctuaires et les pelerinages

Les sanctuaires et les pèlerinages

M’appuyant sur le Directoire sur la piété populaire et la liturgie de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, du 17 décembre 2001, je vais présenter au cours des jours à venir des idées essentielles au sujet des sanctuaires et des pèlerinages (numéros 261-287). Dans ses grandes lignes, le document suit le schéma suivant : (lire la suite)
1. Introduction générale
2. Le sanctuaire. Quelques principes
3. Le sanctuaire. Quelques principes (suite)
4. La reconnaissance canonique du sanctuaire
5. Le sanctuaire, lieu des célébrations cultuelles
6. La valeur exemplaire du sanctuaire
7. Le sanctuaire, lieu de l’évangélisation
8. Le sanctuaire, lieu de la charité
9. Le sanctuaire, lieu cultuel
10. Le sanctuaire, lieu de l’engagement œcuménique
11. Le pèlerinage
12. Les pèlerinages bibliques
13. Le pèlerinage chrétien
14. Le pèlerinage chrétien (suite)
15. La spiritualité du pèlerinage
16. La spiritualité du pèlerinage (suite)
17. Le déroulement du pèlerinage


1. Introduction générale
Le sanctuaire, qu’il soit dédié à la Très Sainte Trinité, au Christ Seigneur, à la bienheureuse Vierge Marie, aux Anges, aux Saints ou aux Bienheureux, est sans doute l’un des lieux où les rapports entre la Liturgie et la piété populaire sont les plus fréquents et concrets. "Dans les sanctuaires seront plus abondamment offerts aux fidèles les moyens de salut en annonçant avec zèle la parole de Dieu, en favorisant convenablement la vie liturgique surtout pour la célébration de l’Eucharistie et de la pénitence, ainsi qu’en entretenant les pratiques éprouvées de piété populaire".
En relation étroite avec le sanctuaire, on trouve le pèlerinage, qui est lui aussi une forme très répandue et caractéristique de la piété populaire.
À notre époque, l’intérêt pour les sanctuaires et la participation aux pèlerinages, loin de s’affaiblir du fait de la sécularisation, fait preuve au contraire une grande vigueur parmi les fidèles.
Il paraît néanmoins nécessaire, conformément à la finalité de ce Document, de présenter quelques orientations dans le but d’instaurer et de favoriser des relations harmonieuses entre les célébrations liturgiques et les pieux exercices, dans le cadre de l’activité pastorale des sanctuaires et pour le bon déroulement des pèlerinages.

2. Le Sanctuaire. Quelques principes
Selon la révélation chrétienne, le sanctuaire suprême et définitif est le Christ ressuscité (cf. Jean 2, 18-21 ; Apocalypse 21, 22), autour duquel se rassemble et s’organise la communauté des disciples, qui est elle-même la nouvelle demeure du Seigneur (cf. 1 Pierre 2, 5 ; Éphésiens 2, 19-22).
Du point de vue théologique, le sanctuaire, dont l’origine provient assez souvent de la piété populaire, est un signe de la présence active et rédemptrice du Seigneur dans l’histoire; il est aussi un lieu où le peuple de Dieu, qui chemine sur les routes du monde vers la Cité future (cf. Hébreux 13, 14), fait une halte et reprend des forces avant de poursuivre son pèlerinage.

(à suivre…)

jeudi 17 mai 2007

L'Ascension


L'Ascension

Le jour de l'Ascension a dû marquer profondément les apôtres. Il avaient été définitivement fortifiés dans la foi par la Résurrection de Jésus et ses multiples apparitions au cours des quarante jours écoulés. Après les doutes des premiers moments, l'heure est aux certitudes.
Or, le Seigneur leur a dit qu'il devait remonter auprès de son Père pour (lire la suite) leur envoyer l'Esprit Saint, l'autre Personne de la Sainte Trinité dont il nous a révélé l'existence. "Quand le Saint-Esprit descendra sur vous, vous recevrez de la force et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre" (Actes des apôtres 1, 8). Ils ne comprennent pas d'emblée la portée universelle de cette mission, notamment le fait que l'Évangile doit être prêché aussi aux païens, c'est-à-dire aux non Juifs. L'Esprit se chargera de les conduire là où et vers qui ils doivent aller.
Pour l'instant, ils suivent les instructions de Jésus : "Demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut" (Luc 24, 49).
Ils ne restent pas à attendre les bras croisés que le temps passe. Non, ils se regroupent dans "la chambre haute où ils avaient coutume de se tenir" (Actes apôtres 1, 13), probablement le Cénacle où ils avaient pris la Dernière Cène avec Jésus, repas au cours duquel il institua le sacrement de l'Eucharistie et celui de l'ordre. Ils font une sorte de retraite spirituelle, en compagnie des saintes femmes et des cousins du Seigneur, et surtout de "Marie, la mère de Jésus" (Actes des apôtres 1, 14).
C'est là un bel exemple du chemin de la vie chrétienne : pour être à l'écoute de Dieu, pour se disposer intérieurement à recevoir sa grâce, il n'y a rien de mieux que de passer par Marie, "canal" et "médiatrice" de toutes les grâces.
"Soyons des âmes contemplatives, à tout moment en dialogue constant avec le Seigneur: de la première pensée de la journée à la dernière, dirigeant sans cesse notre cœur vers Jésus-Christ Notre Seigneur, auquel nous parvenons par notre Mère Sainte Marie, et, par Lui, au Père et à l’Esprit Saint" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 126).

mercredi 16 mai 2007

Une reponse à la "pensee unique » ?


Une réponse à la "pensée unique » ?

Quelle solution reste-t-il à celui qui possède encore une conscience claire de ce qui est objectivement bien ou mal ? « La seule réponse au totalitarisme est philosophique, assure mgr Laffitte : c'est l'affirmation de la dignité de l'homme comme vérité valide pour tous. Une telle attitude est authentiquement tolérante, si l'on peut dire, au sens classique, respectueuse et patiente, mais elle ne se situe pas dans la tolérance idéologique, en ce qu'elle suppose et affirme une vérité universelle : la dignité de tout homme » qui, faut-il le rappeler, a été créé « à l'image et à la ressemblance de Dieu » (Genèse 1, 27). (lire la suite)
Les lois positives, ce que sont les lois humaines, ne peuvent s'imposer à la loi universelle qu'est la loi divine naturelle, inscrite dans le cœur de l'homme (cf. Romains 2, 15). « Les motifs de la désobéissance à une loi positive doivent pouvoir être rapportés à l'instance de la conscience, dans laquelle entrent en jeu d'autres lois que la loi positive », déclare mgr Laffitte. L'histoire nous en donne des exemples éloquents : Socrate en qui le sentiment religieux s'allie à la conviction morale, Antigone qui fait appel à des « lois non écrites et indestructibles » pour désobéir à Créonte, Thomas More, chancelier d'Angleterre, qui sert son souverain dans la fidélité à Dieu ce qui lui vaut la palme du martyre.
Pour des chrétiens, par conséquent, « l'objection de conscience spécifique peut conduire au martyre ». Elle est l'expression de la liberté du croyant face à la pression idéologique. Elle se fonde sur les principes « suivants :
1. Les lois divines priment ;
2. ce n'est que lorsque la loi humaine contredit formellement la loi divine que le croyant peut être dans la situation de désobéir ;
3. le témoignage est une transmission d'une vérité précise sur Dieu : enseigner au nom de Jésus ;
4. le témoignage est rendu possible par la force et avec l'aide de l'Esprit Saint ;
5. le croyant ne peut se dérober : l'objection est un devoir de conscience, justement parce que le Don de l'Esprit Saint lui est fait. »
Il faut se souvenir que « la loi humaine a valeur de loi dans la mesure où elle est conforme à la raison droite : sous cet aspect, il est manifeste qu’elle dérive de la loi éternelle. Par ailleurs, dans la mesure où elle est contraire à la raison, elle est déclarée inique, et dès lors, n’a plus de valeur de loi, elle est plutôt une violence » (saint Thomas d'Aquin, Somme de Théologie I‑II, q. 93, a. 3, ad 2). En outre, « Toute loi portée par les hommes n’a de valeur de loi que dans la mesure où elle dérive de la loi de nature. Si elle dévie, en quelque point, de la loi naturelle, ce n’est déjà plus une loi, mais une corruption de la loi » (ibid., q. 95, a. 2, c). Ce qui est permis par la loi civile (ce qui est « légal ») n’est pas pour autant forcément permis par la loi morale. La loi naturelle « procure la base nécessaire à la loi civile qui se rattache à elle, soit par une réflexion qui tire les conclusions de ses principes, soit par des additions de nature positive et juridique », dit le Catéchisme de l'Église catholique (n° 1959), qui précise encore que « le refus d'obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences sont contraires à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction entre le service de Dieu et le service de la communauté politique. « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Matthieu 22, 21). « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Actes 5, 29) ».

(fin)

mardi 15 mai 2007

Judas Iscariote et Matthias (fin)

Une deuxième question concerne la raison du comportement de Judas : pourquoi trahit-il Jésus ? Cette question est l'objet de diverses hypothèses. Certains pensent à sa soif d'argent ; d'autres défendent une explication d'ordre messianique : Judas aurait été déçu de voir que Jésus n'insérait pas dans son programme la libération politique et militaire de son pays. En réalité, les textes évangéliques insistent sur un autre aspect : Jean dit expressément que "le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l'intention de le livrer" (Jean 13, 2) ; de manière analogue, Luc écrit : (lire la suite) "satan entra en Judas, appelé Iscariote, qui était au nombre des Douze" (Luc 22, 3). De cette manière, on va au-delà des motivations historiques et on explique le fait à partir de la responsabilité personnelle de Judas, qui céda misérablement à une tentation du Malin. La trahison de Judas demeure quoi qu'il en soit un mystère. Jésus l'a traité en ami (cf. Matthieu 26, 50), mais dans ses invitations à le suivre sur la voie des béatitudes, il ne forçait pas les volontés et ne les protégeait pas non plus contre les tentations de satan, respectant la liberté humaine.
En effet, les possibilités de perversion du cœur humain sont vraiment nombreuses. La seule façon d'y remédier consiste à ne pas cultiver une vision des choses uniquement individualiste, autonome, mais au contraire à se remettre toujours à nouveau du côté de Jésus, en assumant son point de vue. Nous devons chercher, jour après jour, à être en pleine communion avec Lui. Rappelons-nous que Pierre aussi voulait s'opposer à lui et à ce qui l'attendait à Jérusalem, mais il fut sévèrement réprimandé : "Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes" (Marc 8, 32-33) ! Pierre, après sa chute, s'est repenti et a trouvé le pardon et la grâce. Judas aussi s'est repenti, mais son repentir a dégénéré en désespoir, se transformant ainsi en autodestruction. C'est pour nous une invitation à toujours nous rappeler ce que dit saint Benoît à la fin du chapitre V de sa "Règle", qui est fondamental : "Ne désespère jamais de la miséricorde divine." En réalité, Dieu "est plus grand que notre cœur", comme le dit saint Jean (1 Jean 3, 20). Gardons donc deux choses à l'esprit. La première : Jésus respecte notre liberté. La deuxième : Jésus attend notre disponibilité au repentir et à la conversion ; il est riche de miséricorde et de pardon. Du reste, quand nous pensons au rôle négatif joué par Judas, nous devons l'insérer dans la direction supérieure des événements de la part de Dieu. Sa trahison a conduit à la mort de Jésus, qui transforma ce terrible supplice en espace d'amour salvifique et en don de soi au Père (cf. Galates 2, 20 ; Éphésiens 5, 2.25). Le verbe "trahir" est la version d'un mot grec qui signifie "livrer". Parfois son sujet est même Dieu en personne : c'est lui qui par amour "livra" Jésus pour nous tous (cf. Romains 8, 32). Dans son mystérieux projet salvifique, Dieu assume le geste inexcusable de Judas comme une occasion de don total du Fils pour la rédemption du monde.
Pour conclure, nous voulons également rappeler celui qui après la Pâque fut élu à la place du traître. Dans l'Église de Jérusalem deux personnes furent proposées par la communauté et ensuite tirées au sort : "Joseph Barsabbas, surnommé et
Justus, et Matthias" (Actes 1, 23). Ce dernier fut précisément élu et ainsi "associé aux onze Apôtres" (Actes 1, 26). Nous ne savons rien de lui, si ce n'est qu'il avait été lui aussi témoin de toute la vie terrestre de Jésus (cf. Actes 1, 21-22), lui demeurant fidèle jusqu'au bout. À la grandeur de sa fidélité s'ajouta ensuite l'appel divin à prendre la place de Judas, comme pour compenser sa trahison. Nous pouvons en tirer une dernière leçon : même si dans l'Église ne manquent pas les chrétiens indignes et traîtres, il revient à chacun de nous de contrebalancer le mal qu'ils ont accompli par notre témoignage limpide à Jésus Christ, notre Seigneur et Sauveur.

Benoît XVI, Audience générale, 18 octobre 2006.

lundi 14 mai 2007

Judas Iscariote et Matthias


Judas Iscariote et Matthias

En terminant aujourd'hui de parcourir la galerie de portraits des Apôtres appelés directement par Jésus au cours de sa vie terrestre, nous ne pouvons pas omettre de mentionner celui qui est toujours cité le dernier dans les listes des Douze : Judas Iscariote. Nous voulons ici lui associer la personne qui fut ensuite élue pour le remplacer, c'est-à-dire Matthias.
Le simple nom de Judas suscite déjà chez les chrétiens une réaction instinctive de réprobation et de condamnation. La signification de l'appellation "Iscariote" est controversée : l'explication la plus répandue l'entend comme "homme de Keriot", (lire la suite) en référence à son village d'origine, situé dans les environs d'Hébron et mentionné deux fois dans les Écritures Saintes (cf. Josué 15, 25 ; Amos 2, 2). D'autres l'interprètent comme une variation du terme "sicaire", comme si l'on faisait allusion à un guerrier armé d'un poignard, appelé sica en latin. Enfin, certains voient dans ce surnom la simple transcription d'une racine hébreu-araméenne signifiant : "Celui qui allait le livrer." Cette désignation se retrouve deux fois dans le IVème Évangile, c'est-à-dire après une confession de foi de Pierre (cf. Jean 6, 71), puis au cours de l'onction de Béthanie (cf. Jean 12, 4). D'autres passages montrent que la trahison était en cours, en disant : "celui qui le livrait" ; c'est le cas au cours de la Dernière Cène, après l'annonce de la trahison (cf. Matthieu 26, 25), puis au moment de l'arrestation de Jésus (cf. Matthieu 26, 46.48 ; Jn 18, 2.5). En revanche, les listes des Douze rappellent le fait de la trahison comme étant désormais accomplie : "Judas Iscariote, celui-là même qui le livra", dit Marc (3, 19) ; Matthieu (10, 4) et Luc (6, 16) ont des formules équivalentes. La trahison en tant que telle a eu lieu en deux temps : tout d'abord dans la phase du projet, quand Judas se met d'accord avec les ennemis de Jésus pour trente deniers d'argent (cf. Matthieu 26, 14-16), puis lors de son exécution avec le baiser donné au Maître, au Gethsémani (cf. Matthieu 26, 46-50). Quoi qu'il en soit, les évangélistes insistent sur la qualité d'apôtre, qui revenait à Judas à tous les effets : il est appelé de manière répétée l'"un des Douze" (Matthieu 26, 14.47 ; Marc 14, 10.20 ; Jean 6, 71) ou "qui était au nombre des Douze" (Lc 22, 3). Plus encore, à deux reprises, Jésus, s'adressant aux Apôtres et parlant précisément de lui, l'indique même comme "l'un de vous" (Matthieu 26, 21 ; Marc 14, 18 ; Jean 6, 70 ; 13, 21). Et Pierre dira de Judas qu'il "était pourtant l'un de nous et avait reçu sa part de notre ministère" (Actes 1, 17).
Il s'agit donc d'une figure appartenant au groupe de ceux que Jésus avait choisis comme ses proches compagnons et collaborateurs. Cela suscite deux questions, dans la tentative de donner une explication aux faits qui se sont produits. La première consiste à se demander pourquoi Jésus a choisi cet homme et lui a fait confiance. D'autant plus que, en effet, bien que Judas soit, dans les faits, l'économe du groupe (cf. Jean 12, 6b ; 13, 29a), en réalité il est aussi qualifié de "voleur" (Jean 12, 6a). Le mystère du choix demeure, d'autant plus que Jésus prononce un jugement très sévère sur son compte : "Malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré" (Matthieu 26, 24). Le mystère s'épaissit encore davantage à propos de son destin éternel, sachant que Judas "pris de remords en le voyant condamné... rapporta les trente pièces d'argent aux chefs des prêtres et aux anciens. Il leur dit : "J'ai péché en livrant à la mort un innocent" (Matthieu 27, 3-4). Bien qu'il se soit ensuite éloigné pour aller se pendre (cf. Matthieu 27, 5), ce n'est pas à nous qu'il revient de juger son geste, en nous substituant à Dieu infiniment miséricordieux et juste.

(à suivre...)

dimanche 13 mai 2007

13 mai : sainte Jeanne d'Arc (fin)

13 mai : sainte Jeanne d'Arc (fin)

Je termine le texte sur sainte Jeanne d’Arc et la sainteté commencé le 8 mai.
Un autre point s’impose à notre admiration : c’est le courage, la détermination, la persévérance qui caractérisent toutes ses démarches et son comportement. Les perspectives les plus hasardeuses, les situations les plus risquées ne l’effraient pas, assurée qu’elle est du secours d’en-haut : « N’était la grâce de Dieu, je ne pourrais rien faire », reconnaît-elle. Elle n’a pas dix-neuf ans lorsqu’elle est appelée à chevaucher des journées entières, à combattre l’ennemi au risque de sa vie, (lire la suite) à entraîner et à réconforter les hommes d’armes, bien plus : à endurer la prison, les calomnies, les suspicions les plus graves puisqu’elles visent sa foi et sa fidélité à Dieu. Comment expliquer tant d’assurance et de constance, tant de fermeté, sinon par la vertu de force qui l’anime. Dieu lui permet de supporter les pires assauts, de réagir aux plus graves accusations, sans défaillir et sans désespérer ; comment ne pas admirer la puissance de Dieu qui se manifeste avec tant d’éclat dans une faire créature. Il serait trop long d’observer comment l’Esprit de Dieu a guidé et inspiré Jeanne : les critiques les plus exigeants ont souligné à l’envi sa simplicité, sa droiture, son horreur du péché, sa virginité, en un mot les vertus chrétiennes qui se manifestent dans sa résolution à suivre la volonté de Dieu aussi parfaitement que possible.
Vous savez où l’a menée cette fidélité à Dieu et à l’Église. Après les péripéties multiples, des examens et des jugements discutables, auxquels n’auraient pas facilement résisté des âmes moins fortes, Jeanne, fidèle à sa foi et à son Église, va affronter le sacrifice suprême, non sans proclamer hautement : « Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par ordre de Dieu » et son dernier cri sera : « Jésus, Jésus ! »
La vocation de Jeanne fut si particulière, sa courte vie fut si exceptionnelle que l’on serait tenté de se demander, […] en quoi cette jeune fille admirable constitue pour nous, notre époque, un exemple à suivre. Un de vos écrivains catholiques — et non des moindres —est allé jusqu’à écrire que Jeanne était « la sainte du temporel, le modèle de la sainteté laïque ». Si l’on veut bien reconnaître que la sainteté est constituée en définitive par la grâce qui nous anime, par la recherche de la perfection correspondant à notre état de vie, on admettra que des vocations très variées puissent être des routes vers Dieu. Nous savons, du reste, que le chemin de la perfection passe par la Croix, qu’il n’y a pas de sainteté sans abnégation ni combat spirituel, que le disciple de Jésus doit « se renoncer, prendre sa croix et le suivre ». C’est sur terre la condition d’une liberté authentique, c’est la voie qui nous permette de connaître graduellement la paix et la joie des béatitudes (Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 2015).
Chers frères et sœurs, vous avez certainement remarqué comment, dans sa dernière Lettre apostolique, le saint-Père, entre autres conseils stimulants, insiste sur cette importance de la sainteté : « Ce serait un contresens que de contenter d’une vie médiocre, vécue sous le signe d’une éthique minimaliste et d’une religiosité superficielle… Les voies de la sainteté sont multiples et adaptées à la vocation de chacun… Il est temps de proposer à tous, avec conviction, ce haut degré de vie chrétienne ordinaire… (Novo millennio ineunte, n° 31). […]
Et maintenant, nous nous confions à Dieu, qui veut que nous soyons des saints (1 Thessaloniciens 4, 4) : par l’intercession de sainte Jeanne d’Arc, cette jeune laïque qu’il a comblée de ses dons et qui lui a donné une réponse héroïque, nous lui demandons la fidélité à notre vocation, dans la foi et dans l’amour, le courage et la persévérance, « en attendant la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » (Tite 2, 13).

samedi 12 mai 2007

L'objection de conscience de nos jours


L'objection de conscience de nos jours

L'évolution qui a été rappelée dans le texte précédent dénote très clairement une « volonté juridique d'évoluer vers l'abolition de ce droit de l'homme » qu'est l'objection de conscience dont le fondement est, faut-il le rappeler, que nul ne peut être contraint d'agir contre sa conscience. La raison invoquée par les sectateurs de cette attitude a-juridique (le droit consistant à dire to dikaion, « ce qui est juste », faisait remarquer déjà Aristote), est que « l'objection exprimerait un moyen d'échapper à la loi, et elle violerait le principe de l'égalité de tous devant elle ». Cela est affirmé sans prendre conscience - c'est le cas de le dire - qu'il s'agit d'une pétition de principe, (lire la suite) dénuée de tout fondement.
Si de telles conditions venaient à prévaloir, ce serait la victoire de la thèse suivante : « Une société tolérante ne peut tolérer que s'exerce en son sein un droit d'objection de conscience, car elle n'est plus en mesure d'accepter en les honorant les valeurs supérieurs qui s'expriment en son sein ». N'en déplaise aux tenants de cette théorie, ils cherchent à imposer une nouvelle tyrannie à notre société.
Parlant dans le Monde du 2 février 2007 du dépistage prénatal, le professeur Didier Sicard, Président du Comité consultatif national d'Éthique, constate que sa généralisation « est, certes, fondée sur la notion de proposition, mais dans la pratique il est, de fait, devenu quasi obligatoire. Le dépistage de la trisomie concerne désormais en France, gratuitement, la quasi-totalité des grossesses. Osons le dire : la France construit pas à pas une politique de santé qui flirte de plus en plus avec l'eugénisme ». Il ajoute que « nous ne sommes aujourd'hui qu'au tout début des possibilités de dépistage des affections génétiques. Le dépistage, comme toute technique, à une tendance à la double extension quantitative et qualitative. Des firmes particulièrement agressives en termes de dumping et de marketing, qui ne craignent pas de se présenter comme faisant le bien public, qualifient d'irresponsables ceux qui tentent de débattre de manière critique de ces questions.
En l'occurrence, il n'y a pas de vraie pensée mais la recherche constante d'une optimisation. Le résultat intervient toujours avant que l'on interroge son sens. Il en irait différemment si le dépistage n'était mis en œuvre qu'au bout d'une réflexion, d'une anticipation, d'une démarche de discernement chez les couples concernés. Or c'est très exactement le contraire qui se passe. » Et d'ajouter : « Je suis profondément inquiet devant le caractère systématique des dépistages, devant un système de pensée unique, devant le fait que tout ceci soit désormais considéré comme un acquis. Cette évolution et cette radicalité me posent problème. Comment défendre un droit à l'inexistence ? J'ajoute que le dépistage réduit la personne à une caractéristique. C'est ainsi que certains souhaitent que l'on dépiste systématiquement la maladie de Marfan dont souffraient notamment le président Lincoln et Mendelssohn. Aujourd'hui, Mozart, parce qu'il souffrait probablement de la maladie de Gilles de la Tourette, Einstein et son cerveau hypertrophié à gauche, Petrucciani par sa maladie osseuse, seraient considérés comme des déviants indignes de vivre. »

(à suivre...)

vendredi 11 mai 2007

La pensee unique


La pensée unique


On voit ce que cette « pensée unique » présente de perversité. Elle revient à nier l'existence d'une vérité objective, indépendante des opinions partisanes et des conditions de lieu et de temps. On comprend en même temps comment elle est difficilement acceptable pour un croyant. Concrètement, l'Église catholique a pour fonction « d'exprimer et d'enseigner authentiquement la vérité qui est le Christ, en même temps que de déclarer et de confirmer, en vertu de son autorité, les principes de l'ordre moral découlant de la nature même de l'homme » (concile Vatican II, déclaration sur la dignité de la personne humaine Dignitatis humanae, n° 14). Dire cela, c'est rappeler déjà que la vérité ne dépend pas de l'homme. Il faut citer (lire la suite) l'affirmation fondamentale du Christ : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). Dans un tel contexte de « tolérance intolérante », le chrétien cohérent avec sa foi apparaît comme quelqu'un de gênant. « Ma vie se heurtant à un milieu paganisé ou païen, mon naturel ne va-t-il pas sembler factice ? » me demandes-tu. — Je te réponds : il y aura choc, sans doute, entre ta vie et ce milieu ; et ce contraste, où ta foi se confirmera par les œuvres, est précisément le naturel que je te demande » (saint Josémaria, Chemin, n° 380).
En même temps, quand l'autorité de l'Église se prononce sur des questions morales, elle ne porte atteinte à la liberté de conscience de personne : « d'une part, la liberté de conscience n'est jamais une liberté affranchie « de » la vérité, mais elle est toujours et seulement « dans » la vérité ; et, d'autre part, le magistère (l'Église dans sa fonction d'enseignement) ne fournit pas à la conscience des vérités qui lui seraient étrangères, mais il montre au contraire les vérités qu'elle devrait déjà posséder en les déployant à partir de l'acte premier de la foi ». Ce qui fait que « l'Église se met toujours et uniquement au service de la conscience, en l'aidant à ne pas être ballottée à tout vent de doctrine au gré de l'imposture des hommes (cf. Éphésiens 4, 14), à ne pas dévier de la vérité sur le bien de l'homme, mais, surtout, à atteindre sûrement la vérité et à demeurer en elle » (Jean-Paul II, encyclique La splendeur de la vérité, n° 64).
Or, que constatons-nous dans la société contemporaine, occidentale notamment ? Un gauchissement certain de la pensée, une limitation de la liberté d'expression, la tentation d'imposer par la force un modèle de pensée et, par suite, nécessairement d'action. Parlant de l'avortement, hypocritement qualifié d'interruption volontaire de grossesse, mgr Lafitte fait remarquer que « la loi prévoit souvent un droit à l'objection de conscience pour les professions de santé, mais elle en restreint tellement la possibilité d'exercice, qu'elle a en fait établi un véritable système de droit à l'avortement ». De nos jours, « qui exerce l'objection de conscience s'expose parfois à des sanctions. Ce qui est vrai pour les obstétriciens du secteur public, l'est a fortiori pour la profession des pharmaciens qui ne peuvent refuser de vendre des produits réputés et répertoriés comme contraceptifs, alors qu'ils sont en fait des produits abortifs ».

(à suivre...)

jeudi 10 mai 2007

Objection de conscience et tolerance


Objection de conscience et tolérance


Le monde dans lequel nous vivons se montre de plus en plus intolérant, sous des apparences de libertés et de droit nouveaux de l'individus. De plus en plus de comportement tombent dans le secteur mal défini du « politiquement incorrect » et du « socialement incorrect » au nom desquels certains supportent de plus en plus difficilement que des concitoyens - les chrétiens, en particulier - se refusent d'accepter des actes qui vont contre leur conscience. L'objection de conscience, qui a toujours existé, même si elle n'a été théorisée qu'il y a un peu plus d'un siècle, fait de plus en plus mauvais ménage avec la tolérance, ou plutôt avec ce qui est présenté comme de la tolérance. (lire la suite)
L'Académie pontificale pour la Vie a tenu récemment un Colloque sur les rapports entre la « conscience chrétienne » et le « droit à la vie ». Son vice-président, monseigneur Jean Laffitte y est intervenu précisément, le 21 février, sur le thème « Objection de conscience et concept de tolérance ». Je reprends ici quelques aspects de sa communication, transmis par l'agence Zénith le surlendemain. De nos jours, le concept de tolérance a cessé d'être une vertu pratique liée à la prudence et à la tempérance pour devenir une « vertu théorique ». Ce qui fait que « l'acte de refuser en conscience d'obéir à une loi injuste se réalise aujourd'hui dans un contexte de tolérance idéologique, qui, par nature, n'est pas disposée à le supporter ». Nous sommes dans une société où la « pensée unique » semble s'imposer de plus en plus. Ce qui est paradoxal à l'heure de la globalisation et de l'accès, notamment grâce à l'internet, à des sources variées d'information.
Notre société, disait mgr Laffitte, « ne tolère pas l'idée qu'il y ait une vérité à chercher ; elle ne tolère pas qu'une telle vérité puisse avoir un caractère universel ; elle impose l'évacuation de tout débat de fond ; en effet, dans un débat de fond, les interlocuteurs peuvent n'être pas d'accord, mais tous ont en commun le désir d'une vérité valable pour toutes les parties du débat. Dans la société idéologiquement tolérante, on évacue la question de la recherche de la vérité et, ce faisant, on transforme le débat de fond en échange d'idées relatives. Chaque interlocuteur informe l'autre de ses propres idées et doit s'interdire de les considérer éventuellement valables pour l'autre. Elles cessent d'être des idées de fond. Il n'y a pas d'enjeu au débat ; elle ne supporte pas les implications éthiques des idées de fond ; elle se place toujours au-dessus des débats de fond et revendique le droit, le bon droit, de juger les parties en présence ; ce faisant, d'ailleurs, elle n'exerce pas de véritable arbitrage - ce qui s'entendrait d'un authentique pouvoir politique - car sa position tolérante la situera toujours pratiquement du côté des positions des interlocuteurs les plus théoriquement tolérants, positions bien sûr les moins dérangeantes pour l'équilibre consensuel qu'elle prétend maintenir ».
(à suivre...)

mercredi 9 mai 2007

Les "mois de Marie"

Les "mois de Marie"

Le mois de mai, comme le mois d'octobre, est un mois que les catholiques consacrent à honorer spécialement la Vierge Marie. Voici l'explication de cette coutume.
"Au sujet de la pratique du mois particulièrement dédié à la Vierge Marie, qui est répandue dans de nombreuses Églises, tant de l’Orient que de l’Occident, il est opportun de rappeler des orientations essentielles.
En Occident, les mois dédiés à la Vierge Marie, surgis à une époque, où les références à la Liturgie en tant que forme normative du culte chrétien étaient peu abondantes, se sont développés parallèlement au culte liturgique. Cette situation a engendré des problèmes de caractère liturgico-pastoral, qui demeurent encore et qui, du fait de leur importance, méritent d’être évalués très soigneusement.
En se limitant à l’évocation de la coutume occidentale (lire la suite) de célébrer un "mois marial" en mai (en novembre, dans certains pays de l’hémisphère sud), il est opportun de tenir compte à la fois des exigences de la Liturgie, des diverses attentes des fidèles, et de leur maturation dans la foi, et il convient aussi d’étudie r l’ensemble des problèmes, que pose cette pratique des "mois de Marie", dans le cadre de la "pastorale d’ensemble" de l’Église locale ; ainsi, il est nécessaire de remédier aux situations, qui sont marquées par des orientations contradictoires au niveau pastoral, et qui ont pour effet de désorienter les fidèles, comme cela pourrait advenir, par exemple, en présence d’initiatives visant à la suppression du "mois de Marie".
Dans la plupart des cas, la solution la plus opportune vise à harmoniser les éléments du "mois marial" avec le temps de l’Année liturgique, dans lequel il se situe. Ainsi, par exemple, durant le mois de mai, qui coïncide en grande partie avec les cinquante jours du temps liturgique de Pâques, les pieux exercices doivent mettre en évidence la participation de la Vierge Marie au mystère pascal (cf. Jn, 19, 25-27) et à l’événement de la Pentecôte (cf. Ac 1, 14), qui inaugure le chemin de l’Église, c’est-à-dire un itinéraire qu’elle-même, en participant à la nouveauté inaugurée par le Ressuscité, parcourt sous la conduite de l’Esprit Saint. Et puisque cette période des "cinquante jours" est le temps liturgique particulièrement consacré à la célébration et à la mystagogie des sacrements de l’initiation chrétienne, les pieux exercices du mois de mai peuvent utilement mettre en évidence la place éminente que la Vierge Marie, glorifiée dans le ciel, occupe sur la terre, "ici et maintenant", dans la célébration des sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie.
Il est nécessaire, dans tous les cas, de se conformer très soigneusement à la directive de la Constitution Sacrosanctum Concilium, selon laquelle "on orientera les esprits des fidèles avant tout vers les fêtes du Seigneur, par lesquelles se célèbrent pendant l’année les mystères du salut", auxquels il est certain que la bienheureuse Vierge Marie a été associée.
Il est sans doute opportun de dispenser un enseignement catéchétique aux fidèles, dans le but de les convaincre que le dimanche, mémoire hebdomadaire de la Pâque, est vraiment "le jour de fête primordial". Enfin, en tenant compte du fait que, dans la Liturgie Romaine, les quatre semaines de l’Avent constituent un temps marial, qui est inséré d’une manière harmonieuse dans l’Année liturgique, il faut aider les fidèles à découvrir et à mettre en évidence, d’une manière convenable, les nombreuses références à la Mère du Seigneur, qui sont proposées durant toute cette période."

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°190-191.