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lundi 8 avril 2024

Le rôle des laïcs dans l'Eglise et dans le monde (4)

Une vie spirituelle sérieuse s’impose donc.

Parlons de cette vie intérieure solide, qui nous apparaît donc comme une condition sine qua non pour avancer sur le chemin de la sainteté et de l’apostolat, de la sainteté apostolique, pourrions-nous dire.

La recherche de la sainteté tout comme l’action évangélisatrice requièrent avant tout de développer une vie de prière. Notre Seigneur nous a clairement mis en garde : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Et, selon l’adage classique, « nul ne donne ce qu’il n’a pas ».

La messe dominicale est un minimum établi par notre sainte mère l’Église pour notre bien. Nous devrions être enthousiastes de la messe, puisqu’il nous y donné de revivre le sacrifice libérateur de la Croix et de pouvoir, si notre âme est bien disposée, recevoir dans la sainte communion l’auteur de toutes les grâces, notre Seigneur Jésus-Christ !

Mais comme il nous serait profitable de nous proposer des moments de prière au cours de la journée, à heure fixe ! Nous faisons l’expérience de nos limites, de notre incapacité à résoudre nombre de problèmes qui se présentent à nous, de notre faiblesse en présence des tentations.

Ouvrons l’Évangile. Nous constatons que Jésus ne cesse de nous inciter à prier, sans nous décourager et avec insistance, pour obtenir des grâces de son Père. Lui-même nous donne l’exemple de quelqu’un qui prie en toute circonstances et en tous lieux.

Notre Seigneur affirme qu’il prie pour nous. Il nous apprend aussi que le Saint-Esprit intercède auprès du père en notre faveur, « avec des gémissements ineffables ».

Comment ne pas entendre ses invitations répétées ? Comment ne pas chercher à imiter notre Seigneur et l’Esprit Paraclet ?

Je sais bien que le principal obstacle qui nous retient est le manque de temps. Mais n’éprouvons-nous pas une certaine honte de consacrer si peu de temps à Dieu alors que nous prenons pas mal de temps pour nous, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux et sur l’internet ?

Vous voyez comme il convient de nous y prendre si nous voulons faire une large place à Dieu dans nos journées. Sainte Jeanne d’Arc se proposait que Messire Dieu soit le premier servi. Nous ne nous repentirons jamais d’agir ainsi. Nous regretterons toujours de ne pas le faire.(lire la suite)Une conséquence consiste à comprendre que la vie chrétienne, pour un laïc, ne lui demande pas de passer des heures à l’église – ce serait un désordre et manquer à ses devoirs d’état – mais d’adopter une attitude habituelle de prière.

Je m’explique. Si, comme nous le disions tout à l’heure, nous offrons à Dieu toutes les activités que nous réalisons, le travail professionnel, les tâches ménagères, les occupations matérielles, les repas, les loisirs et mêle sommeil, alors tout se transforme en prière. Et si nous les offrons à une intention déterminée, tout devient occasion d’évangélisation. Saint Josémaria résumait cela en parlant de « sanctifier le travail, se sanctifier grâce à son travail et sanctifier les autres par son travail ».

Mentionnons aussi une autre forme de prière, qui n’a guère la côte de nos jours : le sacrifice, les privations volontaires. Elle s’impose pourtant, si nous voulons vivre à fond notre vocation chrétienne. Le Seigneur a clairement indiqué que la condition de disciple requiert de renoncer à soi et de porter sa croix chaque jour. Nous ne pouvons pas faire l’économie de la croix. Elle n’a rien de négatif, puisque c’est par la sainte Croix que notre Seigneur a voulu racheter le monde. Par elle, le Seigneur a donné un sens nouveau à la souffrance sous toutes ses formes, à nos renoncements volontaires pour faire face avec vision surnaturelle aux épreuves de la vie. L’Église ne nous invite-t-elle pas à vénérer la sainte Croix ?

La sanctification de la vie de chaque instant n’est pas une question de temps, mais d’amour de Dieu.

Vous connaissez peut-être l’anecdote suivante :

« Un jour un vieux professeur fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d’une quinzaine de dirigeants de grandes entreprises. Ce cours constituait l’un des cinq ateliers de leur journée de formation. Le vieux professeur n’avait donc qu’une heure. Debout, il les regarda un par un, lentement, puis il leur dit : « Nous allons réaliser une expérience. » De dessous la table, le professeur sortit un immense pot de plusieurs litres qu’il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il exhiba une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu’au bord, et qu’il fut impossible d’y ajouter un caillou de plus, il leva les yeux vers ses élèves et leur demanda : « Est-ce que le pot est plein ? » Tous répondirent : « Oui. »

Il attendit quelques secondes et ajouta : « Vraiment ? » Alors il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de graviers. Avec minutie, il versa ces graviers sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s’infiltrèrent entre les cailloux jusqu’au fond du pot. Le vieux professeur leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda : « Est-ce que le pot est plein ? » Cette fois, ses brillants élèves commencèrent à comprendre son manège. L’un d’eux répondit : « Probablement pas ! »

« Bien ! » répondit le vieux professeur. Il se pencha se nouveau et cette fois sortit du sable de sous la table. Il le versa dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et les graviers. Encore une fois, il demanda : « Est-ce que le pot est plein ? »

Cette fois, sans hésiter et en chœur, les élèves répondirent : « Non ! » « Bien ! » répondit le vieux professeur. Et comme s’y attendaient les élèves, il prit le pichet d’eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu’à ras bord.

Le vieux professeur dit alors : « Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ? » Pas fou, le plus audacieux des élèves songea au sujet du cours, répondit : « Cela démontre que même lorsqu’on croit que notre agenda est complètement rempli, si l’on veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous et plus de choses à faire. » Non, répondit le vieux professeur, ce n’est pas cela ! La grande vérité que nous démontre l’expérience est la suivante : si l’on ne met les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire tous entrer ensuite. » Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l’évidence de ces propos.

Le vieux professeur leur dit alors : « Quels sont les gros cailloux dans votre vie ? Votre santé, votre famille, vos amis, vos rêves, votre carrière professionnelle ? Ce qu’il faut retenir, c’est l’importance de mettre les gros cailloux en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas la réussir. Si on donne la priorité aux pacotilles – le gravier, le sable – on remplira sa vie de futilités, de choses sans importance et sans valeur, et nous n’aurons plus de temps à consacrer aux éléments importants. Alors n’oubliez pas de vous poser la question : quels sont les gros cailloux de ma vie ? Ensuite mettez-les en premier dans le pot de votre existence. » D’un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et quitta la salle lentement[1]. »

Telle est donc la façon exacte de considérer notre relation à Dieu.

En envisageant la vie sous cet angle, celui d’un enfant qui entend faire plaisir à son Père et lui témoigner de son amour, nous comprenons la grandeur de la vie ordinaire, nous sommes convaincus que la vie de la femme et de l’homme est vraiment un chemin de sainteté, une vocation chrétienne magnifique, et nous nous émerveillons à la perspective des chemins divins que le Seigneur a ouverts pour nous sur la terre, des chemins qui conduisent tout droit au paradis.



[1] Card. Robert Sarah avec Nicolas Diat, Dieu ou rien. Entretien sur la foi, Paris, Fayard, 2015, p. 172-174.

dimanche 27 mai 2012

La Pentecôte (6)

La Pentecôte (6)

L’action du Saint-Esprit est ineffable et inépuisable. Il garde continuellement des dons en réserve pour chacun et pour toutes les situations de notre existence. « De l’Esprit Saint aussi on pourrait dire : chacun en a sa part, et tous l’ont en entier, tant sa générosité est inépuisable. Dans l’expérience des Églises, il est le ferment invisible que l’on reconnaît à ses fruits, tels qu’un saint Paul nous aide à les discerner dans la vie spirituelle des chrétiens ; dans leur prière qui retrouve son sens de louange et de gratitude, en même temps que son audace confiante ; dans les communautés vivantes, pleines de joie et de charité, que l’Esprit Saint suscite et transfigure ; dans l’esprit de sacrifice ; dans l’apostolat courageux et l’action fraternelle au service de la justice et de la paix. En tout, l’Esprit Saint stimule la recherche du sens de la vie, la poursuite obstinée du beau, du bien au-delà du mal ; on le reconnaît à travers l’espérance de la vie qui jaillit plus fort que la mort, et à travers cette eau jaillissante qui murmure déjà en nous : Viens vers le Père » (bx Jean-Paul II, Discours au Congrès international de Pneumatologie, 26 mars 1982, n° 4). (lire la suite)
La théologie nous dit que de Maria numquam satis. Ce principe est appliqué ici, à combien plus forte raison, à la louange de notre Seigneur Jésus-Christ. Il n’y a pas de risque d’exagérer dans la louange de notre Dieu et dans l’adoration, dans l’amour que nous lui portons, dans notre désir de ne faire qu’un avec lui (cf. Jean 17, 22) en transformant effectivement chaque journée en un sacrifice uni à l’holocauste unique de la Croix. L’envoi du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte aide indéniablement les apôtres à comprendre complètement l’instruction que Jésus leur a dispensée quarante jours durant après sa Résurrection. « Recevez l’Esprit Saint » (Jean 20, 22). Mais ce premier don du Saint-Esprit doit être suivi du second, plus fondamental, plus complet, plus décisif. Déjà, « ils étaient continuellement dans le Temple à louer et à bénir Dieu » (Luc 24, 53). Mais désormais leur vie est résolument et définitivement orientée vers la proclamation de l’Evangile envers et contre tout (cf. 2 Timothée 4, 2). Les chefs, les anciens, les scribes et les grands prêtres auront beau leur enjoindre formellement de ne plus parler et enseigner au nom de Jésus, ils répondront : « Aux yeux de Dieu, est-il juste de vous obéir plutôt qu’à Dieu ? Jugez-en ! Pour nous, en effet, nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu » (Actes 4, 18-19), et ils agiront en conséquence, au prix de leur vie terrestre, mais pour entrer d’un bond dans l’éternité de Dieu et pour aller prendre leur place sur le siège qui leur est assigné et d’où, le moment venu, ils jugeront les douze tribus d’Israël (cf. Matthieu 19, 28). (à suivre…)

vendredi 13 avril 2012

Découragement


Découragement

Nous pouvons nous décourager parce que nous avons parfois l’impression de tourner en rond ou, ce qui est pire, de régresser, de revenir plus ou moins en arrière, et donc de devoir regagner des positions que l’on pensait acquises une bonne fois pour toutes. Cela montre tout simplement que ce n’est pas le cas et que nul ne peut se reposer sur ses lauriers. Car qui cesse de lutter régresse immanquablement.
Mais en dehors de cette réalité, l’impression peut prévaloir, malgré une lutte ascétique réelle, que les efforts fournis ne sont pas couronnés de succès et que l’on se bat en quelque sorte contre des moulins à vent. C’est vain et épuisant !
C’est un sentiment purement subjectif, qu’il faut savoir dépasser avec humilité. C’est-à-dire qu’il est nécessaire de nous accepter tels que nous sommes et de comprendre que les progrès de la vie intérieure ne se produisent pas à coups de volontarisme, (lire la suite) mais par l’amour de Dieu que nous mettons dans tout ce que nous entreprenons. Et que ces avancées ne peuvent pas être purement linéaires.
Se décourager ne mène nulle part. ou, plus exactement, c’est une manifestation d’orgueil blessé. La grande tentation du diable consiste à nous faire désespérer de notre salut et à nous faire douter de la bonté et de la miséricorde de notre Dieu qui est un Dieu d’Amour (1 Jean 4, 16). Nous voyons bien ce que cela a produit chez Adam et Eve, ou bien plus encore chez Judas l’Iscariote.
Il est bien préférable de suivre le conseil du Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo pour le moment où cette tentation de lassitude et de découragement surviendrait, nous menacerait dans notre fidélité à la Volonté de Dieu. Il nous suggérait de remercier alors Dieu de nous avoir « choisis en lui dès avant la création du monde », c’est-à-dire de toute éternité » (Éphésiens 1,4).
Si nous savons rendre grâce à Dieu – et il est bon, il serait même normal de le faire pour tout, absolument tout, car « tout est grâce », comme ma grand-mère aimait le répéter, dans sa vision chrétienne de la vie -, si nous rendons grâce à Dieu, nous ne nous fatiguerons pas d’aimer et de nous sacrifier par amour. Car c’est bien à cela, en définitive, que se ramène toute notre vie. Et donc l’effort de chaque instant pour « faire ce qui plaît à Dieu » (Tobie 4, 10 ; Jean 8, 29), même si nous parvenons pas à chaque instant autant ou aussi bien que nous le voudrions.

vendredi 20 janvier 2012

Désirs de sainteté (3)


Désirs de sainteté (3)

« Homme, si le Paradis n’est pas d’abord en toi, tu n’y entreras jamais. Dieu n’apprécie point le bien que tu fais, mais la façon dont tu le fais, il ne regarde pas le fruit mais seulement le noyau et la racine » (Angelus Silesius, Le voyageur chérubinique). « J’ai de l’ambition, mais plus noble et plus belle », répond Polyeucte à Pauline. C’est vrai du chrétien conséquent avec les engagements de son baptême. « L’homme sanctifié, lavé de ses péchés, recréé par la grâce, s’avance vers lui [Dieu], aspirant à la plus intime union. Il parcourt successivement les cinq degrés qui sont : le serviteur, l’ami, le fils, le fiancé et l’époux. Quelles vertus lui permettront d’atteindre ces diverses étapes, sinon l’amour avant tout ? [… Il faut] être enceint de Dieu » (Marcel Brion, « Angelus Silesius : Le voyageur chérubinique », Orplid ou Une certaine idée de l’Allemagne, Paris, Klinsieck, Cahier Marcel Brion (IV), 2002, p. 11-12). (lire la suite)
Notre suite du Christ n’est pas pure apparence, quelque chose de superficiel ou de surfait. « Suivre le Christ ne peut être une imitation extérieure, parce que cela concerne l’homme dans son intimité profonde. Être disciple de Jésus veut dire être rendus conformes à lui (…), et ainsi le disciple est assimilé au Seigneur et lui est configuré » (Jean-Paul II, encyclique Veritatis splendor, n° 21). Nous devenons ce que nous voulons être. « Le ciel est en toi et aussi le tourment de l’enfer. Ce que tu veux et ce que tu choisis, tu l’auras partout » (Angelus Silesius, Le voyageur chérubinique).
Dans la vie courante, nous constatons souvent que les gens se grandissent, murissent en présence des difficultés qu’ils rencontrent et des épreuves qu’ils traversent. Il doit en aller de même dans la vie spirituelle. C’est le Christ que nous cherchons activement, avec insistance. Et nous, nous nous efforçons d’être saints parce que nous pensons à tant d’hommes et de femmes qu’il nous faut approcher de Dieu, à tant d’hommes et de femmes dont la sainteté et le bonheur éternel dépendent en partie de notre générosité. « C’est pour eux que je me sanctifie » (Jean 17, 19). Nous devons être un saint qui s’ignore, qui ne se prend pas pour un saint, mais qui cherche de toutes ses forces la perfection : qui entend être le meilleur, parce que c’est cela être saint. « Les personnes ne se laissent plus convaincre par notre prédication, mais face à la sainteté, elles croient encore, elles s’agenouillent encore, elles prient encore. Si un saint passe, qu’il soit vivant ou mort, tous accourent. (…) Le diable n’a pas peur de nos terrains de sport, de nos cinémas, il a peur de notre sainteté. Soyez saints ! » (bienheureux card. Schuster). Car, comme le disait déjà saint Grégoire le Grand, « quand quelqu’un s’attache à un saint, l’assiduité à le regarder, l’avantage de sa parole, l’exemple de ses actes lui valent de s’enflammer d’amour pour la vérité, de fuir les ténèbres de ses péchés, de s’embraser du désir de la lumière, et de brûler déjà de l’amour véritable, lui qui gisait jusque-là dans l’iniquité, tout froid, mort » (Homélies sur Ézéquiel 5, 6).

(à suivre…)

dimanche 18 décembre 2011

Poèmes mystiques

Poèmes mystiques

Un "beau livre" et un beau cadeau pour Noël

Ce recueil de poèmes de Dominique Le Tourneau s’ouvre sur un « Dialogue d’amour », qui nous plonge d’emblée dans l’union intime et personnelle avec Dieu. Y font suite un poème sur la Vierge Marie, qui s’adresse avec confiance à notre Mère du ciel, et un texte intitulé « Amende honorable », par lequel l’âme se repent de ses fautes. Il s’achève sur des « Paradoxes » de la vie spirituelle.
Le souffle qui traverse ces vers est bien fait pour susciter chez le lecteur des élans du cœur et l’amener à nouer son propre « dialogue d’Amour » avec Dieu.

Edité par TerraMare,
et vendu au prix de 15 euros.

mardi 11 janvier 2011

Voir au-delà des épreuves (2)

Voir au-delà des épreuves (2)

Les épreuves, quand elles se présentent, contribuent puissamment à nous aider à retrancher les mauvais surgeons, à émonder notre âme en l’expurgeant de tout ce qui est attrait désordonné pour le monde. Il existe un attrait qui est bon, et qui fait que nous nous sentons chez nous dans le monde, avec la mission de le bonifier et de le conduire à Dieu. Mais il est aussi un attrait mauvais, qui veut nous séduire et dont le diable se sert pour essayer de nous saisir dans ses griffes et d’étrangler la vie divine en nous. Il faut repousser cet attrait d’emblée, radicalement, sans fausse compassion pour nous-mêmes.
« Si quelqu’un n’a pas voulu tailler sa vigne une année, celle-ci l’année même, produit en abondance ; mais ensuite elle restera stérile et sans fruit ; de même (lire la suite) celui qui n’enlève pas de son âme les mauvaises pensées et les mauvais désirs semble chargé du fruit de ses rapines et de ses vols dans l’année de sa vie en ce monde, mais ensuite il restera stérile pour l’éternité. Et parce qu’il n’a pas produit de fruits authentiques, la flamme éternelle le torturera sans miséricorde, comme les sarments luxuriants et improductifs, selon cette parole du Seigneur : « Il brûlera les pailles au feu inextinguible » (Mt 3, 12). Comme tu amputes la vigne de tous les bourgeons superflus et laisses seulement deux ou trois qui sont francs, ainsi dois-tu retrancher de ton âme, avec le glaive de l’Esprit saint et la faux de la Croix, tous les mauvais désirs qui arrêtent tes regards de façon coupable sur les biens d’autrui et excitent de la pire façon ta convoitise, et ne garder que ceux où se discernent la justice et la miséricorde » (saint Césaire d’Arles, Sermons au peuple 6, 6).
Tel est le combat de tous les jours, une lutte à recommencer sans cesse, bien convaincus que Dieu ne réclame rien de dur ni de pénible. Tout devient facile quand on aime, fondamentalement quand on aime Dieu par-dessus tout et que l’on s’efforce ainsi de vivre un ordre de la charité, de mettre de l’ordre dans nos affections.
La première chose à faire pour y parvenir, c’est d’aimer Dieu tel qu’il vient à nous, tel qu’il est, de l’aimer donc dans l’eucharistie, de centrer notre vie sur cet auguste sacrement, sur la sainte messe. D’en faire notre livre de chevet, dans lequel nous apprenons comment Dieu nous a aimés et comment nous pouvons l’aimer. Béni soit Jésus dans le très saint sacrement de l’autel !
Si nous nous unissons ainsi au Christ présent dans l’Eucharistie, si nous nous laissons aimer par lui, comment pouvons-nous encore trouver du goût aux biens de ce monde ? Je ne veux plus rien savoir que Jésus, mort et ressuscité, que Jésus vivant à tout jamais et présent dans l’Eucharistie, où il donne à notre vie une vibration d’éternité.

(fin)

lundi 18 octobre 2010

Le mépris du prochain (1)


Le mépris du prochain (1)

Nous avons vite fait de condamner quelqu’un dont la conduite est répréhensible, ou nous paraît telle du moins. Je ne commenterai pas ici la parabole de la paille et de la poutre : « Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère, et ne remarques-tu la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment (peux-tu) dire à ton frère : « Laisse-moi ôter la paille de ton œil », lorsqu'il y a une poutre dans ton œil ? Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras à ôter la paille de l'œil de ton frère » (Matthieu 7, 3-5). Mais cette parabole est très illustrative de notre façon de réagir. (lire la suite) « Conducteurs aveugles, qui filtrez le moustique, et avalez le chameau ! » (Matthieu 23, 24). Autrement dit, nous réagissons avec deux poids et deux mesures. Peut-être de façon plus ou moins consciente. Mais cela ne sous absout pas pour autant.
« D’accord ! je l’admets : cette personne s’est mal comportée ; sa conduite est répréhensible et indigne ; on voit qu’elle manque de toute distinction.
— Humainement parlant elle ne mérite que mépris ! as-tu ajouté.
— Oui, j’insiste : je te comprends, mais je ne soutiendrai pas ta dernière affirmation. Cette pauvre vie est sacrée ; le Christ est mort pour la racheter ! Si lui il ne l’a pas méprisée, comment peux-tu oser le faire, toi ? » (saint Josémaria, Sillon, n°760).
Tel devrait être, en effet, le point de départ de notre raisonnement. Puisque Dieu ne méprise pas les hommes, qu’il n’en rejette aucun, mais qu’il entend, bien au contraire, en sauver le plus grand nombre (cf. 1 Corinthiens 9, 22), tous ceux qui le veulent bien, nous sommes mal placés pour mépriser les autres. D’ailleurs, qui est plus méprisable que nous-mêmes, pécheurs que nous sommes ? Et ce, malgré toutes les grâces dont nous avons bénéficié jusqu’ici.
Et pourtant Dieu ne nous repousse pas. Il continue de dire : « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent » (Matthieu 19, 14), les petits enfants que nous sommes dans la vie spirituelle. Du moins, il faut espérer que nous nous comportons comme tels, que nous sommes conscients et fiers d’être des enfants de Dieu.

(à suivre…)




lundi 12 juillet 2010

Répondre à la grâce

Répondre à la grâce

Notre Dieu ne s’impose jamais. C’est un grand principe de la vie spirituelle, et de la vie tout court. Certes, nous sommes dans les mains de Dieu et nous dépendons totalement de son bon vouloir. C’est lui qui nous donne d’exister. C’est lui qui dispose toutes choses comme bon lui semble, pour favoriser notre sainteté. Mais ce ne sont en quelque sorte que des propositions de sa part. Nous pouvons les accepter ou le refuser. Nous pouvons entrer dans son jeu ou rester en dehors. « Répondre à la grâce divine, est-ce une affaire de justice… ? de générosité… ? me demandes tu » (saint Josémaria, Sillon, n° 669). Certes, nous devons tout à Dieu, (lire la suite) nous sommes ses débiteurs sur toute la ligne. El il est donc logique que nous répondions à ses initiatives, qui sont autant de marques de prévenance à notre égard. C’est donc bien une question de justice. Nous devons remercier Dieu en répondant à ses requêtes. Et nous devons le faire avec générosité aussi, car autrement il est difficile, voire impossible, de parvenir à la sainteté. Un don de soi consenti à moitié, une réponse donnée du bout des lèvres qui n’engage pas toute la personne, un effort calculé et modéré pour ne pas trop se fatiguer, ne sont pas réponses appropriées, proportionnées à l’offre divine.
Nous percevons bien que la réponse à ces questions doit être positive et qu’il faut pousser plus loin que la simple générosité. Saint Josémaria précise, en effet, que « c’est une affaire d’Amour ! » (Ibid.). Voilà le maître-mot lâché. Nous comprenons bien qu’il n’en est pas d’autre. Il ne peut pas y en avoir de plus excellent, car la charité surclasse tout, est la vertu qui domine toutes les autres et les commande. C’est la vertu spécifique à l’organisme surnaturel, propre au chrétien. C’est d’elle que Paul dit, à propos des vertus théologales, que « la plus grande d’entre elles, c’est la charité » (1 Corinthiens 13, 13).
Or, que commande la charité ? Le Sch’ma Israël le répétait à l’envie, et le Seigneur ne s’est pas privé de le rappeler à plusieurs reprises, le grand commandement de l’amour c’est : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même » (Luc 10, 27). Nous sommes invités à tout mettre dans la balance. Il n’est donc pas seulement question de justice et de générosité, vertus que nous devons vivre aussi sans aucun doute. Mais c’est la charité, l’Amour de Dieu qui doit être le moteur de notre réponse à la grâce et commander l’ensemble de notre comportement. C’est la vertu suprême dans laquelle nous pouvons toujours exceller davantage. La vertu qui nous réserve des surprises sans fin, car elle s’ouvre sur l’immensité de Dieu, l’infini de son propre Amour.
D’ailleurs, vivre par amour, vivre d’amour, est beaucoup plus séduisant et stimulant que de se contenter de la justice, de rendre à chacun strictement ce que nous lui devons - ce qui, de plus, est hors de notre portée envers Dieu – ou même de la générosité, que nous risquons de limiter, de faire rentrer dans un certain cadre restrictif plus ou moins adapté à nos convenances. La générosité doit être dépassée par la magnificence de l’Amour. Nous y gagnons nous-mêmes, parce que l’âme se grandit, s’épanouit, se sanctifie davantage dans cette identification qui s’opère avec notre Dieu qui est Amour (1 Jean 4, 16), comme saint Jean l’a fait remarquer avec une observation très pénétrante.

lundi 7 décembre 2009

L'humilité de Marie (5)

L'humilité de Marie (5)

« Une résolution sincère : rendre notre chemin facile, aimable pour les autres, car la vie comporte en elle-même suffisamment d’amertume » (saint Josémaria, Sillon, n° 63). Une vie vertueuse attire. Elle montre qu'il est possible de concilier présence au monde et vie spirituelle, implication des tâches professionnelles et souci apostolique. La bien appelle le bien.
Nous le voyons avec l'obéissance de Marie. L'obéissance est une des principales vertus, avons-nous dit, en nous appuyant sur l'autorité de la Sainte Vierge. Nous voulons bien le croire. (lire la suite) N'est-ce pas cette vertu précisément à laquelle l'évangéliste Luc se réfère quand il résume la vie de Jésus à Nazareth : « Il leur était soumis » (Luc 2, 51) ? Et quand il s'agira d'exprimer en catégories humaines le geste suprême du Fils offrant à son Père une réparation vicaire, à notre place, c'est aussi à l'obéissance qu'il sera fait appel : « Il se fit obéissant jusqu'à' à la mort, et à la mort sur une Croix » (Phlippiens 2, 8). C'est sans doute la vertu qui a le plus coûté à notre Seigneur en tant qu'homme. « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 4, 34), et cela demandait qu'il s'offrît sur la Croix.
Marie aussi, disions-nous, nous donne un exemple d'obéissance, dont les conséquences pour l'humanité n'ont pas fini de se faire sentir, tout comme l'obéissance de Jésus a ouvert une fontaine d'eaux vives qui jaillissent en vie éternelle (cf. Jean 4, 14). L'obéissance de Marie a permis que le Christ vienne à nous, que le Fils de Dieu puisse accomplir sa mission. C'est vrai de l'humilité de Marie, comme nous l'avons vu. Mais c'est aussi vrai de son obéissance, de son obéissance dans la foi.
L'amertume a été bien présente dans la vie de Jésus et dans celle de Marie. Nous pouvons dire qu'ils l'ont ressentie précisément parce qu'ils ont obéi à Dieu le Père. Cette amertume était le prix à payer pour que leur obéissance soit fructueuse pour nous et produise un fruit qui demeure (Jean 15, 16). De même que le Seigneur avait promis à ses apôtres : « Votre tristesse se convertira en joie » (Jean 16, 20), l'amertume de Jésus et de Marie est source de grâce, de salut. À eux plus qu'à nul autre s'appliquent ces mots de l'Apôtre : « (Romains 8, 28).

(fin)

samedi 5 décembre 2009

L'humilité de Marie (3)

L'humilité de Marie (3)

Les grâces que Dieu nous accorde ne sont pas toutes du même ordre, n'ont pas toutes la même importance. La grâce sanctifiante est la première et la principale, celle qui nous « justifie », c'est-à-dire nous rachète du péché, efface en nous le péché originel, et nous rend saint, redonne de l'éclat à l'image de Dieu qu'est notre âme. Les grâces sacramentelles ont une origine particulière, puisque le sacrement est un signe sensible qui produit la grâce qu'il signifie, et elles accompagnent le fidèle tout le long de sa vie, jusqu'aux portes de l'éternité. Les grâces actuelles, destinées à nous aider à bien agir dans chaque acte personnel, sont nécessaires pour faire le bien, bien que d'une nature distincte.
Les vertus elles-mêmes sont des grâces que Dieu distribue avec largesse. Parmi elles, (lire la suite) les trois vertus théologales occupent le premier rang, une place à part, qui les met loin au-dessus de toutes les autres, la charité surtout, car elle est un nom de Dieu : « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 16).
Quant aux vertus cardinales, comme leur nom l'indique, elles jouent un rôle charnière dans la vie spirituelle, commandent une foule d'autres vertus. Ces vertus n'ont pas toutes la même importance aux yeux de Dieu, même si elles sont toutes un reflet des perfections absolues et infinies qui se trouvent en lui, qu'il est lui-même, puisque Dieu est Un, tout est Dieu. Dieu nos accorde ses différentes grâces selon son vouloir, avec plus ou moins d'abondance. C'est ce que la voyante de Pellevoisin, Estelle Faguette, a pu constater lors de la première apparition de la Sainte Vierge. Marie lui montre les grâces que recevront ceux qui porteront le scapulaire du Sacré Cœur dont elle lui avait montré le modèle et dont elle la chargeait de répandre la dévotion. La Sainte Vierge étendit les mains, et Estelle vit qu'il « en tombait une pluie abondante ; et dans chacune de ces gouttes, il me semblait voir les grâces écrites telles que : piété, salut, confiance, conversion, santé ; en un mot toutes sortes de grâces plus ou moins fortes » (M.-R. Vernet, La Vierge à Pellevoisin. Dieu au cœur d'une mère. Lecture théologique et spirituelle des documents, Paris, 1995, p. 439).

(à suivre...)

mercredi 2 décembre 2009

La communion spirituelle (2)

La communion spirituelle (2)

« J'ai toujours compris la prière du chrétien comme un entretien amoureux avec Jésus, un entretien qui ne doit jamais s'interrompre, même aux moments où nous sommes physiquement éloignés du tabernacle ; en effet, toute notre vie est tissée de ces refrains d'amour humain transposés sur un plan divin... et parce qu'aimer, nous le pouvons toujours » (saint Josémaria, Forge, n° 435). Nous orienter par rapport au tabernacle de l'oratoire ou de l'église voisin de notre domicile ou de notre lieu de travail n'est pas difficile. Il suffit de s'y intéresser, de prêter attention au fait que notre Seigneur s'y trouve présent et qu'il y est pour nous. Nous éprouvons alors le besoin - plaise au ciel qu'il soit irrésistible ! - de filer vers lui, de nous envoler vers lui. (lire la suite)
Mais si nous voulons vraiment le recevoir avec la pureté, l'humilité et la dévotion avec lesquelles ta très Sainte Mère le reçut, il convient de nous disposer intérieurement, c'est-à-dire de rejeter tout attachement au péché, comme nous le faisons pour la communion sacramentelle. Autrement dit, si la communion spirituelle est comme un cri de l'âme, elle la perfectionne, en réclame plus de finesse, plus de délicatesse envers le Seigneur.
« Vite la communion spirituelle ! (...) Le Bon Dieu n'a pas de mur qui l'arrête » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 144). C'est l'énorme avantage d'une vie spirituelle active, qui s'appuie sur des réalités : l'existence d'un Dieu en trois Personnes, le seul et unique Dieu (cf. Deutéronome 6, 4), et celle d'une âme spirituelle, qui est une participation à sa propre vie. Par la communion spirituelle, nous voulons en fait que cette participation s'accroisse. Ces réalités d'ordre surnaturel font que la communication entre Dieu et nous peut s'établir partout, en toutes circonstances, y compris au beau milieu de l'agitation de la ville, de l'effervescence des activités humaines, ou, mieux encore, puisqu'elle existe déjà par l'état de grâce, qu'elle puisse grandir et se développer sans cesse, gagner en largeur, en longueur, en hauteur et en profondeur (cf. Éphésiens 3, 18) et en épaisseur, en consistance. Alors notre entretien avec Dieu ne s'interrompra effectivement jamais.

(fin)

mardi 1 décembre 2009

La communion spirituelle (1)

La communion spirituelle (1)

Pour nous préparer à Noël. « Après la réception des sacrements, lorsque nous sentons l'amour de Dieu se ralentir, vite la communion spirituelle ! » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 144). Nous y avons recours pas uniquement comme une bouffée d'oxygène ou une bouée de secours. Ne nous limitons pas à faire des communions spirituelles seulement lorsque nous remarquons que l'humain commence à l'emporter sur le divin, que l'impatience ou la critique se font de plus en plus jour, que nous relâchons nos efforts pour travailler avec le maximum de sérieux. Ne cantonnons pas ce recours surnaturel au Seigneur aux moments - comme on les remarque ! - où le cœur semble ne plus se satisfaire de la compagnie de Dieu... (lire la suite)
Faisons également des communions spirituelles comme une preuve de l'amour que nous portons à notre Dieu et Libérateur, au grand Ami qu'il est, jamais à court d'arguments et de moyens pour nous aider à maintenir le regard fixé sur le Père.
Saint Josémaria m'a appris, ainsi qu'à une foule de catholiques, la communion spirituelle qu'il tenait lui-même de son confesseur : « Je voudrais, Seigneur, te recevoir avec la pureté, l'humilité et la dévotion avec lesquelles ta très Sainte Mère te reçut, avec l'esprit et la ferveur des saints. » Que cette formule, ou une autre, nous serve à témoigner de notre désir profond de vivre avec le Seigneur, de le laisser nous travailler « comme l'argile entre les mains du potier » (Jérémie 18, 6). J'ai joué de la flûte sur la place du marché (cf. Matthieu 11, 17). Comme il ne nous est physiquement pas possible de nous rendre continuellement présent sur la place du marché - au Calvaire, à l'autel, là où le Fils échange sa Vie auprès du Père contre notre libération du péché - nous y allons en esprit, par la communion spirituelle. « Lorsque nous ne pouvons venir à l'église, tournons-nous du côté du tabernacle » (curé d'Ars, Ibid.). C'est sur notre lieu concret de vie que nous rejoint la mélodie divine, les notes de la flûte qui nous chante l'Amour du Christ pour nous, cet Amour que traduit si bien sa présence eucharistique. « Là où sont vos frères les hommes, mes enfants, là où sont vos aspirations, votre travail, vos amours, là se trouve le lieu de votre rencontre quotidienne avec le Christ. C’est au milieu des choses les plus matérielles de la terre que nous devons nous sanctifier, en servant Dieu et tous les hommes » (Entretiens avec Monseigneur Escriva, n° 114).

(à suivre...)

vendredi 13 novembre 2009

Dieu n'est pas loin (1)

Dieu n'est pas loin (1)

« En raison de ma faiblesse il m'est arrivé de me plaindre auprès d'un ami que Jésus me semblait ne faire que passer, me laissant seul » (saint Josémaria, Forge, n° 159). Comment pourrait-il passer tout simplement ? Il ne passe pas, mon Jésus, car il est le Chemin et la Vérité et la Vie (Jean 14, 6). C'est lui qui l'a dit. Et il a précisé que « personne ne va au Père que par moi » (Jean 14, 6). Jésus ne passe donc pas dans notre vie. Il y est présent, de toute l'épaisseur de son être infini, de toute la densité de son Amour illimité.
Il se peut fort bien que je perde conscience de cette réalité, qu'elle s'estompe du fait de l'opacité des tâches matérielles, (lire la suite) de leur lourdeur, de leur tendance fâcheuse à me ramener à l'horizontale, de me faire oublier la dimension verticale, toute la hauteur et la profondeur des choses de Dieu (cf. Romains 8, 39).
Jésus ne fait pas que passer. Il a établi sa demeure dans mon âme. Aussi stupéfiant que cela puisse être. Et il n'y est pas venu seul. Cela lui serait d'ailleurs impossible. Il est venu avec le Père et avec le Saint-Esprit, qui sont un seul Dieu. La vision humaine peut me faire croire à des tromperies...
« — Aussitôt j'ai réagi par un acte de contrition plein de confiance : non, ce n'est pas vrai, mon Amour ! C'est moi qui, sans doute, me suis écarté de toi. Seigneur, je ne le ferai plus jamais ! » (saint Josémaria, Ibid.). Avec l'aide de la grâce de Dieu, bien entendu. C'est ce qu'il faut toujours ajouter, parce que je ne puis même pas articuler un mot sans l'aide du Saint-Esprit, je suis à ce point limité que je n'arrive même pas à dire « Abba ! Père ! » (Galates 4, 6), alors que c'est le premier mot, le mot fondamental, rassurant, qui jaillit spontanément des lèvres d'un enfant ! Je suis incapable même de cela, dans la vie spirituelle. Il faut que l'Esprit Saint me le souffle, et que je le répète ensuite, avec conviction. Et que je le redise sans cesse, pour ne pas m'écarter de mon Seigneur.

(à suivre...)

vendredi 6 novembre 2009

Le purgatoire (2)

Le purgatoire (2)

N'ayant pas la sainteté de Thérèse de Ahumada ni celle de saint Josémaria, je préférerai quand même abréger au maximum le passage par le purgatoire, n'osant pas envisager ne pas m'y retrouver, bien que la Bonté de Dieu et l'aide de l'Église puissent le me concéder. Du ciel aussi il est possible de venir en aide aux pécheurs. La petite Thérèse, celle de Lisieux, écrivait à un prêtre dont les parent s'étaient décédés : « Je trouve, ma Tante, que dans ces moments de grandes tristesses, on a besoin de regarder au Ciel, au lieu de pleurer, (lire la suite) tous sont sont dans la joie car possède un élu de plus, un nouveau soleil éclaire de ses clartés les Notre Seigneuranges du Ciel, tous sont dans le ravissement de l'extase divine ils s'étonnent que nous puissions appeler mort le commencement de la vie » (« Lettre 60 à Mme Guérin », 23 août 1988, Une course de géant. Lettres (édition intégrale), Paris, 1977, p. 156). C'est une idée très exacte et très intéressante que je fais entièrement mienne. Chacun apporte une touche selon sa sensibilité, sans qu'elles s'excluent : elles se complètent plutôt.
En tout cas, le purgatoire nous situe face à la communion des saints, qui est une réalité consolante et très belle, propre à la grande famille que constituent les baptisés, lesquels intercèdent auprès de Dieu pour leurs semblables. Dire que nous nous « montons le bourrichon » avec de telles idées est faire preuve d'une ignorance crasse de la vie surnaturelle et d'une méconnaissance dramatique de la nature humaine.

(fin)

lundi 21 septembre 2009

Dieu n'est pas loin (5)

Dieu n'est pas loin (5)

Marie ne se soustrait pas à cette nouvelle fonction, à cette mission maternelle. Ce n'est pas dans son genre. Elle accepte la Volonté de Dieu à l'instant même où elle lui est notifiée, elle s'y plie volontairement, car sa plus grande joie est de faire plaisir à Dieu, avec empressement. Nous sommes bien certains - deux mille ans l'attestent - que Marie a pris à cœur cette tâche, et qu'elle la mène, qu'elle la mènera à terme envers chacun d'entre nous à la perfection, comme tout ce qu'elle a fait. À la perfection veut dire en nous accompagnant vers le Père et en nous assistant pour que la rencontre définitive et décisive avec Dieu soit couronnée de succès, pour autant que nous le voulions, qu'elle débouche, non sur la vie éternelle, car l'éternité attend toute âme au sortir de ce monde, mais sur le bonheur éternel, (lire la suite) sur cet état de liesse et de contentement que l'on appelle « ciel ». C'est pourquoi Marie est qualifiée de « Porte du ciel » dans les litanies de Lorette.
D'ici-là, nous devons lutter. À la grâce de Dieu ! comme on dit, à juste titre. « Le panorama de ton âme, de ta vie intérieure, est dans l'obscurité ? Laisse-toi conduire par la main, comme un aveugle » (saint Josémaria, Forge, n° 241). Conduit par la main par Marie, comme le petit enfant qui tient à peine debout et qui ne se rend pas compte de ce qui se passe autour de lui. « — Avec le temps, le Seigneur récompense l'humiliation d'avoir à baisser la tête : Il donne sa lumière » (Ibid.). Cette lumière, c'est encore Marie, Étoile du matin, qui projette son éclat sur notre chemin, rayon étincelant dans les ténèbres du monde, d'une telle intensité, d'une telle précision, que la route est toute tracée, qu'il n'y a plus qu'à se laisser mener par Marie. En serrant bien fort sa main dans notre fragile menotte.
« Allons avec confiance au trône de la gloire, pour obtenir miséricorde » (cf. Hébreux 4, 16) du Dieu d'Amour, si Père, si prévenant, qu'il ne peut rien faire de plus, rien de mieux, en dépit de sa Toute-Puissance, que de nous envoyer son Fils par Marie, et de le rendre continuellement présent à l'autel, aussi avec Marie. Elle répète : « Faites tout ce qu'il vous dira. » Et lui de dire : « Viens et suis-moi » (Luc 18, 22).

(fin)

samedi 1 août 2009

L'âme sacerdotale du chrétien (1)

L'âme sacerdotale du chrétien (1)

L'âme sacerdotale est un principe vital présent en nous, qui nous porte à agir chrétiennement en tout. Saint Josémaria nous exhorte en ces termes : « Si tu agis — si tu vis et travailles — face à Dieu, par amour et par esprit de service, et avec une âme sacerdotale, même si tu n'es pas prêtre, toute ton action s'imprègne d'un sens surnaturel authentique : et voilà qui permet à la vie de rester unie à la source de toutes les grâces » (Forge, n° 369). Dans ce même ordre d'idées, il ajoute qu'« il nous a été donné une nouvelle source d’énergie, une racine puissante, greffée sur le Seigneur » (n° 155). « On comprend ainsi que la Messe soit le centre et la racine de la vie spirituelle du chrétien » (Quand le Christ passe, n° 87).
Il rappelait en ce sens que toules les « tâches civiles, matérielles, (lire la suite) séculières de la vie humaine », « l’immense panorama du travail », « les situations les plus ordinaires », « même ce qui semble le plus prosaïque », tout cela est compris dans « un mouvement ascendant que le Saint-Esprit, partout présent en nos cœurs, entend provoquer dans le monde : à partir de la terre, jusqu’à la gloire du Seigneur », mouvement ascendant qui tend à « récapituler toute chose dans le Christ » (Ep 1, 10). Par son âme sacerdotale, le chrétien se trouve donc appelé à sanctifier le travail, à se sanctifier dans le travail et à sanctifier les autres à partir de son travail. Toute son existence se transforme ainsi en prière et en apostolat.

Cf. Arturo Cattaneo, « Alma sacerdotal y mentalidad laical. La relevancia eclesiológica de una expresión del Beato Josemaría Escrivá », Romana 18, n° 34, p. 172.

jeudi 18 juin 2009

Le jeune homme riche (1)

Le jeune homme riche (1)

Un jour, aucune précision ne nous est donnée sur l'endroit où Jésus se trouvait, un jour donc, comme il se mettait en route, quelqu'un accourut (Marc 10, 17). Ce que nous savons par les trois évangiles synoptiques, c'est que Jésus venait tout juste de bénir de petits enfants que ses disciples grondaient durement (v. 13), sans doute mus par le désir louable d'éviter de fatiguer le Maître, d'autant qu'il n'était pas rare que les gens se jettaient sur lui pour le toucher (Marc 3, 10) au risque de l'écraser.
À cette occasion, Jésus a repris ses disciples en leur disant : "Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi, car c'est à leurs pareils qu'appartient le royaume des cieux" (Matthieu 19, 14). (lire la suite)
Donc après les avoir serrés dans ses bras, "il les bénissait en leur imposant les mains" (Marc 10, 16). Il ne les bénit évidemment pas en faisant le signe de la croix, qui est un signe chrétien qui n'a pas encore pu s'imposer, et pour cause. Puis il s'apprête à partir. Voici que quelqu'un accourt, quelqu'un qui n'a pas réussi à s'approcher du Seigneur jusque-là ou qui avait été retenu par ses affaires. Il s'agit d'un notable, selon saint Luc (18, 18), encore jeune et sémillant (cf. Matthieu 19, 22). Le fait est qu'il se dépêche, se frayant un passage au milieu de la foule. Étant donné sa condition de notable, les gens lui frayent facilement un chemin.
Il se hâte parce qu'il est sur le point de rater le Seigneur, or, il ne voudrait surtout pas le manquer, car il a une question importante à lui poser, une question essentielle pour lui, et qui le taraude. "Fléchissant le genou devant lui, il lui demanda" (Marc 10, 17) : Maître ou Bon Maître, selon les récits qui nous sont parvenus, "que dois-je faire de bien pour acquérir la vie éternelle" (v. 16) ? C'est une question excellente, qui traduit une vie intérieure riche, un désir sincère de vivre avec Dieu, une soif d'absolu. Il s'agit effectivement d'une question essentielle. Notons que cet homme ne dit pas « que dois-je faire ? » mais : Que dois-je faire de bien pour acquérir la vie éternelle (v. 16) ? Car il s'agit de ne pas se tromper. Il veut viser la vie éternelle à coup sûr. Et puis, bien entendu, il est exclu de faire quelque chose de mauvais. Ce serait d'ailleurs incompatible avec son objectif. Il tient à préciser quand même : Que dois-je faire de bien (v. 16) ? car il a soif de bien, de perfection, il voudrait progresser dans sa vie spirituelle et, manifestement, la participation au culte rendu au Béni le du sabbat à la synagogue ne lui suffit pas.

(à suivre...)