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mercredi 18 mai 2011

Marie, la « femme eucharistique » (7)


Marie, la « femme eucharistique » (7)

« En communiant sa Mère, Jésus-Christ lui rend, dans une restitution pleine d’amour, le don sacré qu’il en a reçu. Il lui redonne cette chair, ce sang qu’elle lui a offerts à son entrée dans le monde. Toujours plus magnifique en sa grâce, il les multiplie dans l’effusion de ses largesses, et il donne le centuple de ce qu’il a reçu. Marie avait offert à Jésus une chair de victime. Jésus lui rend une chair déifiée ; Elle lui avait fourni un sang humble et passible, il le lui rend immortel et glorieux. A la place de ce lait virginal, avec lequel Marie avait alimenté la vie mortelle de son Enfant, Jésus l’abreuve d’un calice qui porte aux lèvres de Marie des flots de vie divine. Ainsi, l’Eucharistie devient la récompense de la maternité de la Très Sainte Vierge ; et après avoir préparé le froment des élus à Nazareth, la Mère de Jésus s’en nourrit sur le Mont Sion, recevant sous cette forme sacrée le juste prix de son dévouement maternel » (abbé Perdreau, Les dernières années de la Très Sainte Vierge). (lire la suite)
L’Eucharistie étant une action trinitaire, « lorsque Marie communiait, les divines personnes descendaient en Elle, comme au jour de l’Incarnation, et Elles se faisaient un nouveau sanctuaire du Cœur de Marie. Le Père y était par concomitance, le Fils par sa réelle présence, et le Saint-Esprit par infusion. Chose admirable : alors le Verbe Incarné opérait sur le Saint-Esprit dans le Saint-Sacrement, par rapport à Marie, ce que le Saint-Esprit a opéré sur le Verbe Incarné dans le sein de sa Mère. Dans le mystère de l’Incarnation, le Saint-Esprit a formé un Dieu Incarné pour rendre Marie une même chose avec son Fils en unité de chair, selon cette belle parole de saint Augustin : « La chair de Marie est la chair de Jésus-Christ » ; et le Verbe Incarné en l’Eucharistie donne le Saint-Esprit à sa Mère pour se l’unir en l’unité d’amour et d’esprit » (T.R.P. Clovis de Provins, o.m.c., Notre-Dame de la Trinité).
Marie n’était pas présente seulement pendant la célébration eucharistique de la première communauté chrétienne à Jérusalem, puis à Éphèse ; elle l’est tout autant, quoique de façon différente, à toute messe qui est célébrée dans le monde. « Celle qui est présente aux desseins divins, celle qui veille avec son Fils au déploiement de l’économie de salut, et qui, avec lui, en est le couronnement, est certainement présente aussi au sommet des sacrements, le mystère eucharistique ; on y entre avec Elle et par Elle comme au Paradis ; Elle est là, du Gloria au Communicantes, à la consécration, nouvelle venue de son Fils dans l’Église et dans les âmes. La consécration inspire à Daniélou, en tant que prêtre, un nécessaire recours à la Sainte Vierge pour lui demander l’humilité dont elle proclame, lors de la Visitation, qu’elle fut regardée par Dieu, et la foi, aussi. La Sainte Vierge est celle en qui « la Passion existait déjà », avant même que l’heure ne fût venue, présente à l’Eucharistie comme au Golgotha, où dans le Cœur de Jésus c’est le sien qu’un glaive avait déjà percé, par la parole du vieillard Siméon ».

(à suivre…)

lundi 15 novembre 2010

La Liturgie céleste (15)

La Liturgie céleste (15)

Il vaut la peine d'insister sur la composante de miséricorde divine dans l'existence du purgatoire. Voici une âme qui est restée fidèle à Dieu jusqu'au terme de sa vie, mais qui n'a pas encore revêtu le vêtement de noce (cf. Matthieu 22, 12) et n'est donc pas digne d'être admise en la présence de Dieu. Le purgatoire lui permet de parfaire sa purification. Le cardinal Daniélou y voyait un des mystères les plus évidents de notre foi. Je le cite : « L'objet de la foi est le dessein de l'amour de Dieu pour nous. Elle nous montre en Jésus-Christ le visage authentique de l'homme, c'est-à-dire ce que Dieu cherche à réaliser en l'homme, (...) en sorte qu'on puisse dire que l'existence chrétienne, et simplement l'existence humaine, n'est finalement qu'un processus de transformation en Jésus-Christ. Et tous nous devons y passer.. (lire la suite) Il y a ceux qui auront commencé un peu en cette vie, plus ou moins. Et pour ceux qui ne l'auront pas fait, il faudra bien le faire après la mort. C'est en ce sens que le mystère du Purgatoire est pour moi un des mystères les plus évidents de la foi, car quand on voit la manière dont la plupart des pauvres hommes et des pauvres femmes arrivent au seuil de la mort, et qu'on pense qu'ils sont destinés à contempler éternellement la bienheureuse Trinité, on comprend qu'ils auront besoin d'un sérieux moment d'éducation, de purification et d'adaptation. Finalement, être chrétien, c'est avoir commencé, bien timidement, bien maladroitement, d'exercer ce qui sera notre occupation éternelle, c'est-à-dire contempler les choses divines » (La foi de toujours et l'homme d'aujourd'hui).
L'abbé Charles Arminjon, qui exerça une influence certaine sur la petite Thérèse, nous rappelle que « l'Église, au Canon de la messe, offre à Dieu ses suffrages afin d'obtenir pour ces âmes locum lucis, un lieu de lumière : d'où il suit qu'elles sont dans la nuit et enveloppées de ténèbres épaisses et impénétrables. - Elle demande pour elles locum refrigerii, un lieu de rafraîchissement : d'où il suit qu'elles sont dans d'intolérables ardeurs. - Elle demande pour elles locum pacis, un lieu de paix : d'où il suit qu'elles sont livrées à des inquiétudes et à d'inexprimables anxiétés » (Fin du monde présent et mystères de la vie future).
Si les âmes du purgatoire ont la certitude d'être sauvées, leur état n'est pas une partie de plaisir. On y retrouve la peine du dam, mais provisoire, et le « feu purificateur », mentionné il y a un instant par le Catéchisme. L'ange gardien de sœur Faustine, l'apôtre de la divine miséricorde, la conduisit un jour « dans un endroit ténébreux et rempli de flammes. Dans ces flammes - des âmes souffrantes. Elle prient ardemment, mais sans effet pour elles-mêmes. Nous seuls pouvons les secourir. Les flammes qui les brûlent ne me touchaient pas. Mon ange gardien ne me quittait pas d'une semelle. Je demandai à des âmes : « Quelle est votre plus grande souffrance ? » Elles me répondirent d'une seule voix : « Notre plus grande souffrance, c'est la faim de Dieu. » J'ai vu la Sainte Vierge visitant les âmes du purgatoire. Elle leur apporte du réconfort » (M. Winowska, L'icône du Christ miséricordieux).

(à suivre…)

mardi 13 avril 2010

Les juifs et les musulmans

Les juifs et les musulmans

Saint Paul, dans l'épître aux Galates, a repris ce passage et il explique qu'ici Agar est la figure du peuple juif - il déplace un peu les perspectives - qui, lui aussi, a été fils et qui, lui aussi, est écarté à un moment donné pour faire place à ceux qui sont les fils d'Abraham selon la promesse, les fils de Sara, les fils de la femme libre et non pas de l'esclave, et qui sont précisément les chrétiens. Nous voyons donc qu'il y a là un mystère (...) qui s'est accompli deux fois. Le mystère de l'élection d'Isaac, père de la race d'Ismaël, et du rejet d'Ismaël, père de la race des Musulmans, de la race des Arabes, est un premier mystère d'élection et de rejet. Il peut sembler qu'il y a là quelque chose de dur, de tragique. Pourquoi l'un a-t-il été choisi et pas l'autre ? (lire la suite)
Ce miracle se retrouve au moment de la venue du Christ ? Là aussi il y a un peuple qui est écarté par Dieu : le peuple juif, et un autre qui est élu : le peuple chrétien tiré des nations. Mais nous savons que pour cette seconde économiecet éloignement du peuple juif est un éloignement provisoire, nous dit saint Paul, c'est-à-dire qu'il est écarté pour que la plénitude des Gentils rentre, mais que quand la plénitude des Gentils sera rentrée, lui aussi rentrera à son tour et son retour sera une plus grande joie que l'entrée des Gentils.
Nous ne pouvons pas ne pas penser qu'il y a un mystère du même ordre qui plane sur les Musulmans. L'Islam, lui aussi, a été écarté, mais nous savons que ce n'est pas un rejet définitif, qu'il y a une élection de Dieu qui pèse sur lui puisqu'il est de la race d'Abraham selon la chair et que Dieu lui a donné des promesses. Ces promesses sont peut-être d'ordre temporel, mais au-delà il y a une bénédiction qui subsiste et qui fait que nous nous demandons quand le mystère s'accomplira et quand, à son tour, Ismaël rentrera avant ou après les fils d'Abraham et rejoindra les fils de la promesse.
Saint Abraham est le grand intercesseur pour les trois grandes catégories d'âmes : pour les Juifs puisque c'est le père d'Isaac ; pour l'Islam puisque c'est le père d'Ismaël ; pour les pécheurs enfin, puisque c'est lui qui a supplié Dieu pour Sodome et pour Gomorrhe, pour ces grands pécheurs dont parfois nous portons la charge spirituelle, pour ceux qui, profondément enfoncés dans le mal et profondément éloignés de Dieu, semblent a-delà de toute espérance. Pour tous ceux-là nous pouvons dire qu'Abraham prie obstinément, et il nous apprend à prier obstinément pour eux, car rien n'est impossible à la parole de Dieu qui change les cœurs.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 57-59.

mercredi 24 mars 2010

Arrêts sur christianisme (48)

Arrêts sur christianisme (48)

(Que l'Église) soit persécutée, qu'elle soit crucifiée, l'important c'est qu'elle soit fidèle, et si elle est fidèle, c'est précisément en étant crucifiée ; c'est souvent dans l'échec, même apparent, qu'elle sauve les hommes. Et alors retentira la parole bienheureuse : ils regarderont vers celle qu'ils ont crucifié. Ils regarderont vers elle. Et ceci, nous pouvons le penser bien souvent aujourd'hui : les hommes regarderont un jour vers celle qu'ils auront crucifiée ; ils commenceront par crucifier l'Église et puis après ils regarderont vers elle. Ils comprendront ainsi leur ingratitude et ils se tourneront vers elle parce qu'ils sentiront ce grand vide dans le monde quand ils essaient d'empêcher sa mission, alors qu'elle seule pouvait leur apporter les paroles de vie.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Seuil, 1948, p. 153.

mardi 26 janvier 2010

Arrêts sur christianisme (45)

Arrêts sur christianisme (45)

Ce qui caractérise le christianisme, c'est une certaine totalité ; il y a en lui la plénitude de la vérité, et par conséquent dans la mesure où cette plénitude s'est développée progressivement, ce qui la caractérise par rapport aux autres, c'est qu'il marque un état d'évolution plus avancé, le dernier moment de l'évolution. Je crois que cette vue-là est tout à fait capitale pour nous aider à prendre conscience de ce caractère d'achèvement des autres religions et des autres civilisations qui caractérise le christianisme, et par conséquent pour nous montrer en lui cette nouveauté spirituelle qu'un saint Augustin et tant d'autres ont célébrée.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 23.

lundi 25 janvier 2010

Chrétiens, Juifs et Musulmans

Chrétiens, Juifs et Musulmans

Saint Paul, dans l'épître aux Galates, a repris ce passage et il explique qu'ici Agar est la figure du peuple juif - il déplace un peu les perspectives - qui, lui aussi, a été fils et qui, lui aussi, est écarté à un moment donné pour faire place à ceux qui sont les fils d'Abraham selon la promesse, les fils de Sara, les fils de la femme libre et non pas de l'esclave, et qui sont précisément les chrétiens. Nous voyons donc qu'il y a là un mystère (...) qui s'est accompli deux fois. Le mystère de l'élection d'Isaac, père de la race d'Ismaël, et du rejet d'Ismaël, père de la race des Musulmans, de la race des Arabes, est un premier mystère d'élection et de rejet. (lire la suite) Il peut sembler qu'il y a là quelque chose de dur, de tragique. Pourquoi l'un a-t-il été choisi et pas l'autre ?
Ce miracle se retrouve au moment de la venue du Christ ? Là aussi il y a un peuple qui est écarté par Dieu : le peuple juif, et un autre qui est élu : le peuple chrétien tiré des nations. Mais nous savons pour cette seconde économie que cet éloignement du peuple juif est un éloignement provisoire, nous dit saint Paul, c'est-à-dire qu'il est écarté pour que la plénitude des Gentils rentre, mais que quand la plénitude des Gentils sera rentrée, lui aussi rentrera à son tour et son retour sera une plus grande joie que l'entrée des Gentils.
Nous ne pouvons pas ne pas penser qu'il y a un mystère du même ordre qui plane sur les Musulmans. L'Islam, lui aussi, a été écarté, mais nous savons que ce n'est pas un rejet définitif, qu'il y a une élection de Dieu qui pèse sur lui puisqu'il est de la race d'Abraham selon la chair et que Dieu lui a donné des promesses. Ces promesses sont peut-être d'ordre temporel, mais au-delà il y a une bénédiction qui subsiste et qui fait que nous nous demandons quand le mystère s'accomplira et quand, à son tour, Ismaël rentrera avant ou après les fils d'Abraham et rejoindra les fils de la promesse.
Saint Abraham est le grand intercesseur pour les trois grandes catégories d'âmes : pour les Juifs puisque c'est le père d'Isaac ; pour l'Islam puisque c'est le père d'Ismaël ; pour les pécheurs enfin, puisque c'est lui qui a supplié Dieu pour Sodome et pour Gomorrhe, pour ces grands pécheurs dont parfois nous portons la charge spirituelle, pour ceux qui, profondément enfoncés dans le mal et profondément éloignés de Dieu, semblent a-delà de toute espérance. Pour tous ceux-là nous pouvons dire qu'Abraham prie obstinément, et il nous apprend à prier obstinément pour eux, car rien n'est impossible à la parole de Dieu qui change les cœurs.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 57-59.

samedi 16 janvier 2010

L'ange et le démon gardiens

L'ange et le démon gardiens

« Tous les hommes sont assistés de deux anges, le bon qui le pousse au bien, le mauvais qui le pousse au mal » (Origène, Hom. Luc. 13). Avant le baptême le bon ange était presque impuissant et le mauvais dominait l'âme ; après le baptême la situation est renversée, mais le démon vaincu essaie encore de retarder l'âme dans la voie de la sainteté. (...) « Il est possible et facile de distinguer la présence des bons et des mauvais anges, si Dieu donne cette grâce. La vue des saints anges n'est pas troublante. Elle se produit tranquillement et doucement, si bien qu'aussitôt la joie, l'allégresse et le courage s'insinuent sans trouble et sans agitation. Le désir des biens célestes s'empare d'elle. Mais l'incursion et l'apparition des mauvais sont troubles. (lire la suite) Elles se font avec bruit, rumeurs et cris, comme une agitation de gens mal élevés et de brigands, ce qui produit aussitôt frayeur de l'âme, trouble et désordre des pensées, crainte de la mort et enfin désirs mauvais » (saint Athanase, Vie de saint Antoine 37). « Ceux qui pratiquent la vertu voient s'offrir à eux l'assistance donnée à Dieu par notre nature, assistance qui existait déjà auparavant, puisqu'elle commence à notre naissance, mais dont nous ne prenons conscience que quand nous sommes suffisamment familiarisés avec la vie d'En-Haut. L'homme se trouve ainsi placé entre deux compagnons dont les intentions sont contraires. Le bon esprit agit dans l'âme en montrant les récompenses espérées, en donnant le goût du don de Dieu, l'autre, en offrant les plaisirs sensibles dont il n'y a espoir de retirer aucun bien, mais qui enchaînent les âmes faibles dans le temps présent » (saint Grégrorie de Nysse, Vie de Moïse, n° 67).

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Seuil, 1948, p. 113.114.114-115.

jeudi 14 janvier 2010

Abraham et la conversion à Dieu

Abraham et la conversion à Dieu

Le départ d'Abraham retentit à travers toute l'histoire religieuse ultérieure. Pour toute la tradition judéo-chrétienne, il est le modèle et le principe de la conversion au Dieu vivant par le commencement absolu de la foi. L'Ancien Testament y revient sans cesse, comme à l'origine de la vocation du peuple juif. Le Nouveau Testament en fait l'exemplaire même de la foi : « C'est par la foi qu'Abraham, obéissant à l'appel de Dieu, partit pour un pays qu'il devait recevoir en héritage et se mit en chemin sans savoir où il allait » (He 11, 7). Le théologien juif Philon (lire la suite) a consacré un de ses traités à la Migratio Abrahae où il voit le symbole de l'âme qui quitte les choses visibles pour aller au devant des choses invisibles. Grégoire de Nysse nous montre en lui le modèle de l'âme qui se met en marche vers Dieu dans l'obscurité de la toi et commentant dans une explication géniale le texte de l'épître aux Hébreux disant qu'Abraham partit « sans savoir où il allait », il écrit que c'est précisément « parce qu'il ne savait pas où il allait qu'il était dans la bonne voie, car il était sût alors de ne pas se conduire par les lumières de sa propre intelligence, mais d'être conduit par la volonté de Dieu » (Contre Eunomius 22). La conversion de Pascal, dans la nuit décisive, sera la conversion « au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, non des philosophes et des savants ». Pour Kierkegard et pour Chestov, « le modèle du penseur est Abraham ; le mère de la foi, et non Socrate. Pour Abraham, la foi était une nouvelle dimension de la pensée, que le monde n'avait pas encore connue, qui ne trouvait pas sa place dans la conscience ordinaire et qui faisait exploser les vérités contraignantes de notre expérience et de notre raison » (Chestov, Athènes et Jérusalem, p. 347). Et Jean Hering pourra écrire : « Le modèle du chrétien, ce n'est pas la princesse envoyée en exil et qui aspire au retour, c'est Abraham se mettant en route vers un pays inconnu que Dieu lui montrera » (Le royaume de Dieu et sa venue).

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 33-34.

vendredi 8 janvier 2010

Arrêts sur christianisme (43)

Arrêts sur christianisme (43)

Quand nous critiquons une pensée comme celle des communistes, il faut que nous fassions très attention à rejeter ce qui est perversion et à ne pas rejeter ce qui est un héritage et une dégradation de notre pensée chrétienne. La foi dans un sens de l'Histoire, cette foi profonde qu'à travers toutes les révolutions, à travers tous les drames que nous traversons, il y a quelque chose qui mûrit, quelque chose qui se fait et qui va dans le sens du bien est essentiellement une vue chrétienne. C'est un devoir pour nous aujourd'hui, (lire la suite) au milieu de tous les désespoirs et de toutes les déceptions apparentes, de maintenir cet optimisme foncier, de le maintenir non seulement aussi mais plus que les autres, parce que nous savons plus que personne qu'à travers tous les drames la Cité de Dieu s'édifie mystérieusement, par des voies qui ne sont pas les nôtres, mais avec une certitude inflexible, parce que Dieu est fidèle à sa promesse. Nous savons que le Verbe de Dieu est à l'œuvre dans le monde, réalisant son plan, et que ce plan s'accomplira irrévocablement et que toutes les nations un jour seront réunies dans le royaume du Père.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 19-20.

vendredi 18 décembre 2009

Arrêts sur christianisme (41)

Arrêts sur christianisme (41)

Pour les Pères, la différence (entre le christianisme et le judaïsme, et les autres religions) ne porte pas d'abord sur la doctrine elle-même : il y avait déjà dans le judaïsme une grande partie de la Révélation. Et pour eux, certains des philosophes païens avaient déjà une certaine connaissance de Dieu ; et même un saint Augustin nous dit que, pour lui, Platon a connu le mystère de la Sainte Trinité. L'abîme qu'il y a entre l'Ancien et le Nouveau Testament, c'est l'abîme qu'il y a entre l'annonce de quelque chose et la réalité de cette chose. (lire la suite) Et ceci nous fait toucher du doigt (...) que le christianisme est essentiellement une vie, et non pas essentiellement une philosophie. Être chrétien, pour nous, c'est exister divinement, c'est avoir la grâce en nous et avoir la familiarité avec Dieu. Or ceci c'est une nouveauté totale.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 13.

lundi 26 janvier 2009

Le dimanche

Le dimanche

Le vrai sabbat consiste non pas à consacrer un jour à Dieu, mais tous les jours, et non pas à s’abstenir du travail corporel, mais du péché : « La loi nouvelle veut que vous observiez continuellement le sabbat, et vous, parce que vous restez à ne rien faire une journée, vous croyez être pieux. Vous ne réfléchissez pas à la raison du précepte. Ce n’est point en ces choses que se plaît le Seigneur notre Dieu. S’il y a parmi vous un parjure ou un voleur, qu’il cesse (mausasthô) ; s’il y a un adultère, qu’il fasse pénitence, et il a observé les sabbats de délices, les véritables sabbats de Dieu »(Justin, Dialogue avec Triphon 12, 3). […] Le vrai sabbat,dont avait parlé Isaïe et qui consiste à « cesser de faire-valoir »(1, 6), c’est dans le Christ, qui est libéré du péché, qu’il réalise seulement. Le Christ introduit dans l’unique sabbat, dont les sabbats de la loi n’étaient qu’une préfiguration prophétique.

Jean DANIÉLOU, Bible et Liturgie, Paris, 1951, p. 320-321.

samedi 7 juin 2008

Eusebe de Cesaree (3)

Eusèbe de Césarée (3)

(La citation que nous avons mentionnée hier), tirée du premier livre de l'Histoire ecclésiastique, contient une répétition certainement intentionnelle. à trois reprises en quelques lignes seulement, revient le titre christologique de Sauveur, et il est explicitement fait référence à sa « miséricorde » et à sa « bienveillance ». Nous pouvons ainsi saisir la perspective fondamentale de l'historiographie eusébienne : son histoire est une histoire « christocentrique » dans laquelle se révèle progressivement le mystère de l'amour de Dieu pour les hommes. Avec un étonnement authentique, Eusèbe reconnaît « qu'auprès de tous les hommes du monde entier seul Jésus est dit, confessé, reconnu Christ [c'est-à-dire Messie et Sauveur du monde], qu'il est rappelé avec ce nom également par les grecs et par les barbares, qu'aujourd'hui encore, il est honoré comme un roi par ses disciples présents dans le monde, (lire la suite) admiré plus qu'un prophète, glorifié comme le vrai et unique prêtre de Dieu ; et, plus encore, en tant que Logos de Dieu préexistant et tiré de l'être avant tous les temps, il a reçu du Père un honneur digne de vénération, et il est adoré comme Dieu. Mais la chose la plus extraordinaire de toutes est que, lorsque nous lui sommes consacrés, nous le célébrons non seulement avec les voix et le son des paroles, mais avec toutes les dispositions de l'âme, de sorte que nous plaçons avant nos vies elles-mêmes le témoignage que nous lui rendons » (1, 3, 19-20). C'est ainsi qu'apparaît au premier plan une autre caractéristique, qui restera constante dans l'antique historiographie ecclésiastique : c'est « l'intention morale » qui préside au récit. L'analyse historique n'est jamais une fin en elle-même ; elle n'est pas seulement faite pour connaître le passé ; elle vise plutôt de manière décidée à la conversion, et à un authentique témoignage de vie chrétienne de la part des fidèles. Elle est un guide pour nous-même.
De cette manière, Eusèbe interpelle vivement les croyants de chaque époque à propos de leur façon d'aborder les événements de l'histoire, et de l'Église en particulier. Il nous interpelle nous aussi : quelle est notre attitude à l'égard des événements de l'Église ? Est-ce l'attitude de celui qui s'y intéresse par simple curiosité, peut-être en recherchant à tout prix ce qui est sensationnel ou scandaleux ? Ou bien l'attitude pleine d'amour, et ouverte au mystère, de celui qui sait - par foi - pouvoir retrouver dans l'histoire de l'Église les signes de l'amour de Dieu et les grandes œuvres du salut qu'il a accomplies ? Si telle est notre attitude, nous ne pouvons que nous sentir encouragés à une réponse plus cohérente et généreuse, à un témoignage de vie plus chrétien pour laisser les signes de l'amour de Dieu également aux générations futures.
« Il y a un mystère », ne se lassait pas de répéter cet éminent expert des Pères de l'Église que fut le Cardinal Jean Daniélou : « Il y a un contenu caché dans l'histoire... Le mystère est celui des œuvres de Dieu, qui constituent dans le temps la réalité authentique, cachée derrière les apparences... Mais cette histoire que Dieu réalise pour l'homme, il ne la réalise pas sans lui. S'arrêter pour contempler les « grandes choses » de Dieu signifierait ne voir qu'un aspect des choses. Face à celles-ci se trouve la réponse des hommes » (Essai sur le mystère de l'histoire - Saggio sul mistero della storia, éd. it., Brescia 1963, p. 182). Après tant de siècles, aujourd'hui aussi Eusèbe de Césarée invite les croyants, il nous invite, à nous étonner, à contempler dans l'histoire les grandes œuvres de Dieu pour le salut des hommes. Et avec tout autant d'énergie, il nous invite à la conversion de notre vie. En effet, face à un Dieu qui nous a aimés de cette manière, nous ne pouvons pas rester inertes. L'instance propre à l'amour est que la vie tout entière doit être orientée vers l'imitation de l'Aimée. Faisons donc tout notre possible pour laisser dans notre vie une trace transparente de l'amour de Dieu.

Benoît XVI, Audience générale, 13 juin 2007.