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lundi 1 août 2011

La pêche miraculeuse (11)

La pêche miraculeuse (11)

« Fais que je t’aime davantage, augmente mon amour », et celui de tous tes enfants, pour que nous communiquions un incendie d’amour véritable dans le monde, l’incendie de l’Amour de l’Esprit Saint, pour que ce monde s’embrase pour toi, pour qu’il vibre avec toi, qui nous aimes, et qui nous aimes jusqu’au bout (cf. Jean 13, 1).
Alors, après avoir écouté la réponse de son cher Céphas pour la troisième fois, Jésus lui dit : « Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Mais, quand tu seras vieux, tu étendras les bras, et un autre te mettra la ceinture et te mènera où tu ne voudrais pas aller » (Jean 21, 17-18). Parce que, si nous sommes libres de suivre ou pas le Seigneur – et Simon-Pierre a fait l’expérience de cette liberté mal employée -, c’est aussi la Providence (lire la suite) qui guide nos pas et nous place dans les circonstances qu’elle prévoit comme devant nous permettre de parvenir réellement à la sainteté. Dans le cas de Pierre, cela passe par la crucifixion, comme son Maître.
Saint Jean précise, en effet, que Jésus « dit cela pour indiquer de quel genre de mort Pierre devait glorifier Dieu. Puis, sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi » (Jean 21, 19). Ces mots, Jésus les avait déjà prononcés trois ans plus tôt, quand il avait appelé Pierre et André son frère, tout en précisant : « Et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Matthieu 4, 19). Et, ce qui est vraiment admirable, sans sourciller, « eux, aussitôt, laissant là leurs filets, le suivirent » (Matthieu 4, 20).
C’est l’appel, l’injonction, que notre Seigneur Jésus-Christ adresse à tout un chacun, du moins à ceux qui ont un minimum de préoccupation spirituelle, qui ne veulent pas vivre comme des animaux sans âme. « Si quelqu’un veut être à mon service, qu’il me suive, et là où je serai sera aussi mon serviteur » (Jean 12, 26), c’est-à-dire là où il est allé nous préparer une place (cf. Jean 14, 3).
Et alors, si quelqu’un me suit réellement, « si quelqu’un veut être à mon service, mon Père l’en honorera » (Jean 12, 26). Mon Père, « qui voit dans le secret » de votre âme (Matthieu 6, 4.6.18), vous le revaudra. Il est comme cela, votre Dieu. Il est reconnaissant de ce que vous m’emboîtiez le pas et, comme toute personne reconnaissante, il manifeste sa joie en vous offrant des cadeaux. « Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 12).

(fin)

dimanche 31 juillet 2011

La pêche miraculeuse (10)

La pêche miraculeuse (10)

Alors Pierre lui dit : « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime » (Jean 21, 17). Tu le sais fort bien. Je t’aime imparfaitement, certes, c’est pourquoi je n’ose pas prononcer l’agapaô, mais je t’aime quand même. « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime, malgré mes misères ! Et j’ose ajouter : tu sais que je t’aime justement à cause de mes misères, car elles m’amènent à m’appuyer sur toi, toi qui es la force : quia Tu es, Deus, fortitudo mea (Psaume 42, 2). Et, à partir de là, nous recommençons » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 17). Et je ne puis aimer personne d’autre comme je t’aime, car « nous croyons et nous savons que tu est le Fils de Dieu » (Jean 6, 29).
Quelle est belle cette prière de Pierre, qui est à la fois un cri du cœur, (lire la suite) un acte de la vertu de charité, et une manifestation de sa foi en la seigneurerie de Jésus.
Oui, indéniablement Jésus le sait, car il sonde les cœurs et les reins (Psaume 7, 10). Mais il veut nous entendre l’assurer de notre fidélité. Il attend des preuves tangibles de notre amour, tout en connaissant bien notre fragilité qu’il assume. Et précisément à cause d’elle, pour nous prémunir contre elle, nous disons : « Jésus, je redis et redis encore, comme une litanie aigre-douce, ces paroles de ton Céphas. Parce que je sais que je t'aime, mais je suis si peu sûr de moi que je n'ose pas te le dire clairement. Il y a tant de négations dans ma vie perverse ! « Tu scis, Domine ! » — Tu sais que je t'aime ! — Que mes œuvres, Jésus, ne contredisent jamais ces élans de mon cœur » (saint Josémaria, Forge, n° 176), et que, de ce fait, j’emploie, moi aussi, le verbe agapaô. « Insiste dans cette prière, qu'Il entendra à coup sûr » (Ibid.). Il l’entendra au sens de « il l’exaucera ».
« Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il ce qui est bon à ceux qui lui demandent » (Matthieu 7, 11). Et là, nous lui demandons quelque chose d’essentiellement bon. « Dieu m'aime... Et l'apôtre Jean écrit : « Aimons donc Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier. » — De plus, Jésus s'adresse à chacun d'entre nous, malgré nos misères si évidentes, pour nous demander, comme à Pierre, « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?... » — C'est alors qu'il faut répondre : « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t'aime ! » ajoutant humblement : « Fais que je t'aime davantage, augmente mon Amour » (saint Josémaria, Ibid., n° 497). Nous demandons ainsi l’essentiel, disais-je, c’est-à-dire ce qui correspond le plus profondément à ce qui constitue notre être. Nous sommes des créatures faites pour aimer, dotées d’un cœur qui connaît une énorme capacité de dilatation. Nous ne nous épanouissons réellement qu’en aimant Dieu et en nous laissant aimer par lui. Et nous ne l’aimerons jamais ni trop ni assez.

(à suivre…)

samedi 30 juillet 2011

La pêche miraculeuse (9)

La pêche miraculeuse (9)

Mais la scène ne s’arrête pas là, car, « quand ils eurent fini de déjeuner, Jésus dit à Simon-Pierre » (Jean 21, 15). Il a attendu patiemment que ses disciples se soient reposés et détendus. Il agit toujours avec doigté et délicatesse. Alors il demande à Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que tous ceux-ci ? » (Jean 21, 15). La question est un peu embarrassante, car il faut se prononcer devant les autres et répondre au risque de passer pour un prétentieux. C’est pourquoi Simon se montre prudent dans sa réponse. Jésus a utilisé le verbe agapaô, qui implique un amour total, complet, inconditionnel poussé jusqu’au don de soi absolu. Pierre, lui, répond par un phileô, qui ne traduit qu’un attachement d’amitié, plus imparfait donc, affectueux et confiant. (lire la suite)
Evidemment, avec son passé, avec son passif, Pierre se sent incapable d’user de l’agapaô. Ce serait être en déphasage avec la réalité. Et même si le Seigneur l’invite à être audacieux, à viser plus haut, il ne s’en sent pas la force, du moins pas encore. Plus tard, sa vie sera un amour au sens le plus plénier du terme. Il pourra redire et répéter au Seigneur, dans sa prière fervente, avec une joie indescriptible : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que agapaô, tu sais bien que je t’aime à fond, de tout mon cœur, de tout mon esprit, et que, cette fois-ci, je suis prêt pour de bon à donner ma vie pour toi (cf. Jean 13, 37), parce que toi, tu as donné la tienne pour moi et pour nous tous. »
Mais pour l’instant, il doit se borner à dire : « Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t’aime », au sens de phileô. « Il lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui redit pour la seconde fois : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » (Jean 21, 15-16). Jésus continue d’employer le verbe agapaô, mais ne demande plus à Pierre s’il l’aime « plus que les autres ». Il se contentera de l’entendre dire qu’il l’aime. L’apôtre apporte exactement la même réponse, en faisant appel au même verbe limitatif phileô : « Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t’aime. » Il lui dit : « Pais mes brebis. » Il lui dit pour la troisième foi : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce qu’il lui eût dit une troisième fois : « M’aimes-tu ? » (Jean21, 16-17).
Il s’attriste parce qu’il a fini par comprendre où Jésus veut l’amener. Il a saisi que cette question par trois fois réitérée entend effacer son triple reniement. Et le souvenir si amer de ce triste épisode qu’il préférerait oublier, mais qui est encore frais d’une quinzaine de jours à peine. Il se rend peut-être aussi compte que Jésus a rabaissé son exigence et qu’il a employé cette fois-ci le même verbe que lui… Jésus se contentera du phileô

(à suivre…)

vendredi 29 juillet 2011

La pêche miraculeuse (8)

La pêche miraculeuse (8)

« Le Seigneur attend de toi un apostolat précis, comme cette pêche des cent cinquante trois grands poissons — pas un de plus — pris à la droite de la barque. Et tu me demandes : comment se fait-il que, me sachant pêcheur d’hommes, étant au contact de beaucoup de camarades et pouvant discerner à qui doit s’adresser mon apostolat spécifique, je ne pêche rien du tout ?… Est-ce que je manque d’Amour ?… Est-ce que je manque de vie intérieure ? Écoute la réponse de la bouche de Pierre, au cours de cette autre pêche miraculeuse : — « Maître, toute la nuit nous nous sommes fatigués et nous n’avons rien pris ; cependant, sur ta parole, je jetterai les filets. » Au nom de Jésus-Christ, recommence. Et, fortifié, chasse cette langueur paresseuse ! » (saint Josémaria, Sillon, n° 377). Oui, c’est un exemple que (lire la suite) le Seigneur veut nous laisser. Il n’agit pas comme il l’a fait uniquement pour fortifier ses apôtres dans la foi, une foi qui a été si chancelante quelques jours plus tôt. C’est à nous aussi qu’il s’adresse, puisqu’il a fait de nous également des pêcheurs d’hommes, et qu’il nous envoie dans les mers du monde : Duc in altum, « pousse en eau profonde, et lâchez les filets pour pêcher » (Luc 5, 4).
Cent cinquante-trois poissons. Les disciples ont pris le temps de les compter. Et ils sont dans l’admiration de la largesse avec laquelle le Seigneur est venu à leur aide. Le nombre de poissons est précisé ici, contrairement à la première pêche miraculeuse. Je ne m’attarderai pas sur l’explication entendue au bord du lac, selon laquelle cela correspondrait au nombre d’espèces de poissons présentes dans la mer de Galilée… Même avancée par un guide franciscain compétent, cela ne me semble pas très sérieux. En revanche, nous pouvons peut-être y trouver un sens plus profond. La première pêche se référerait à l’apostolat en général, à la tâche d’évangélisation que chacun doit réaliser pour engager les âmes sur la voie de la sainteté, tandis que la deuxième évoquerait davantage le prosélytisme, c’est-à-dire le nombre plus restreint de fidèles qui sont appelés à suivre le Seigneur de plus près pour se mettre au service des autres, en abandonnant tout (cf. Luc 5, 11).
« Jésus leur dit : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples, sachant que c’était le Seigneur, n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » (Jean 21, 12). La question, en effet, serait superflue, puisqu’ils ont reconnu leur Maître. Tout doute s’est éloigné de leur esprit. « Jésus arrive, prend le pain, le leur donne, et pareillement du poisson » (Jean 21, 13), autant qu’ils en ont besoin, jusqu’à être rassasiés, comme lors de la multiplication des pains et des poissons (cf. Jean 6, 11).
« Ce fut la troisième fois que Jésus se montra à ses disciples, après être ressuscité d’entre les morts » (Jean 21, 14).

(à suivre…)

jeudi 28 juillet 2011

La pêche miraculeuse (7)

La pêche miraculeuse (7)

« Jésus interroge Pierre par trois fois, comme s’il voulait lui donner la possibilité répétée de réparer son triple reniement. Pierre a déjà appris ; il a fait l’expérience de sa misère personnelle : conscient de sa faiblesse, il est profondément convaincu de l’inutilité des déclarations téméraires. C’est pourquoi il remet tout entre les mains du Christ. « Oui Seigneur, tu sais que je t’aime. Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime » (Jean 21, 15-17). Et que répond le Christ ? « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jean 21, 15-17). Non pas les tiennes, ni les vôtres : les siennes ! Parce que c’est lui qui a créé l’homme, c’est lui qui l’a racheté, c’est lui qui a racheté toutes les âmes, une à une, je le répète, au prix de son Sang » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 267). Jésus est le Maître (lire la suite) de la pêche, tout comme il est le maître de la moisson. « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Luc 10, 2). C’est un besoin qui sera toujours actuel, et parce que chaque génération est à évangéliser, et parce que la population mondiale s’accroît sensiblement et requiert la présence de davantage d’« artisans de paix » (Matthieu 5, 9).
« Quand ils furent descendus à terre, ils virent qu’il y avait là un feu de braise, avec du poisson dessus, et du pain » (Jean 21, 9). De loin, ils ne l’avaient pas remarqué, parce que seule une mince fumée s’élevait du feu et qu’ils étaient tout affairés à leur pêche. Dans sa magnanimité, le Seigneur ne les a pas seulement comblés par une pêche merveilleuse, mais il a tout préparé pour que ses apôtres puissent se reposer et se restaurer. Le feu est prêt. Les poissons sont déjà cuits à point. Du pain est à leur disposition. Le Maître est aux petits soins avec ses disciples. Il se met à leur service pour leur rendre la vie agréable. « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22, 27), leur avait-il annoncé.
« Jésus leur dit : Apportez de ces poissons que vous venez de prendre » (Jean 21, 10). Comme un appoint à ce qu’il avait préparé. Pour les faire participer en quelque sorte au repas qu’ils vont prendre, pour qu’ils aient l’impression d’y être pour quelque chose. « Simon-Pierre remonta donc dans la barque et ramena à terre le filet plein de gros poissons : cent cinquante-trois » (Jean 21, 11). Nous pouvons supposer que les autres ne l’ont pas laissé faire le travail tout seul. Il pesait lourd ce filet ! Cent cinquante-trois poissons ! « Et bien qu’il y en eût tant, le filet ne se rompit pas » (Jean 21, 11), ce qui semble un autre miracle. Jean apporte cette précision en connaisseur. Pour lui, il eût été normal que le filet se déchirât. Et cela ne s’est pas produit. C’est encore une marque de délicatesse du Seigneur, qui leur évite d’avoir à le réparer. Le Seigneur fait tout très bien (Marc 7, 37). Cela, ils le savent, et la foule le commentait ici ou là.

(à suivre…)

mercredi 27 juillet 2011

La pêche miraculeuse (6)

La pêche miraculeuse (6)

Mais revenons un peu en arrière : « Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples se trouvaient ensemble. Simon-Pierre leur dit : je vais pêcher. Ils lui disent : nous venons nous aussi avec toi. Ils sortirent, montèrent en barque ; cette nuit-là, ils ne prirent rien. Au lever du jour, Jésus parut sur le rivage » (Jean 21, 2-3). Il passe à côté de ses apôtres, à côté de ces âmes qui se sont données à lui : et ils ne s’en rendent pas compte. Combien de fois le Christ se trouve-t-il, non pas près de nous, mais en nous ; et nous menons une vie si terrestre ! Le Christ est tout proche et il ne reçoit de la part de ses enfants ni regard affectueux, ni parole d’amour, ni œuvre apostolique » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 265). Nous avons dit que c’est l’amour qui permet à Jean de discerner le Christ (lire la suite) dans ce personnage qui les attend sur le rivage. A contrario, ce qui nous empêche de reconnaître le Christ qui passe dans notre vie et qui vient à notre rencontre, qui nous interpelle, c’est notre manque d’amour, le manque d’amour que comporte tout péché. L’accumulation de nos fautes et le fait de ne pas nous en confesser régulièrement, fréquemment, font écran entre nous et Dieu. Notre amour de Dieu s’affaiblit, il perd de son intensité et nous courons le risque, bien réel, de nous aimer nous-mêmes en premier, au lieu de vivre le commandement de l’amour tel que le Seigneur nous l’a enseigné (cf. Luc 10, 25-28).
« Les disciples vinrent en barque, remorquant le filet et ses poissons : ils n’étaient guère qu’à deux cents coudées du rivage » (Jean 21, 8). « Ils déposent aussitôt la pêche aux pieds du Seigneur, parce qu’elle est à lui. Et ce, pour que nous apprenions que les âmes appartiennent à Dieu, que personne sur cette terre ne peut s’en attribuer la propriété, que l’apostolat de l’Église, son message et sa réalité de salut, ne repose pas sur le prestige de quelques personnes, mais sur la grâce divine.

(à suivre…)

mardi 26 juillet 2011

La pêche miraculeuse (5)


La pêche miraculeuse (5)

De ce fait, la charité est vraiment la vertu principale. Elle est caractéristique de la vie en Dieu, de la vie spirituelle. Elle est déjà vision de Dieu. Elle est participation à la vie même de notre Dieu trois fois Saint, puisque « Dieu est Amour ». Aimer, c’est vivre de Dieu et en Dieu. D’où notre demande empressée : « Seigneur, apprend-moi à aimer ! » Nous comprenons que c’est absolument vital. Que c’est ce qui compte avant tout et absolument.
Parce que Jean aime Jésus plus fortement, plus intimement que les autres – il peut aller jusqu’à reposer « à table contre le sein de Jésus » (Jean 13, 23) – sa foi est aussi plus robuste et il sait reconnaître le Seigneur à un signe avant tous les autres. Il a pu, surtout, surmonter l’épreuve du Jeudi Saint, (lire la suite) se ressaisir rapidement, s’amender auprès de Marie, ce qui lui a donné la vigueur nécessaire pour l’accompagner et se trouver avec elle au pied de la Croix, en représentation de l’humanité tout entière.
Nous devrions manifester une grande reconnaissance à saint Jean et éprouver une grande dévotion envers lui. Il était le plus jeune de la bande. Et pourtant, il s’est montré supérieur aux autres dans l’épreuve. « J’ai eu plus d’intelligence que les vieillards, car j’ai gardé tes préceptes » (Psaume 119, 100).
« Les disciples, écrit saint Jean, ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, avez-vous quelque chose à manger ? » (Jean 21, 4) Pour ma part, cette scène familière de la vie du Christ me remplit de joie. Que ce soit Jésus-Christ, Dieu, qui dise cela ! Lui qui a déjà un corps glorieux ! « Jetez le filet à droite de la barque et vous trouverez. Ils le jetèrent donc et ils ne parvenaient plus à le relever tant il était plein de poissons » (Jean 21, 6). Maintenant ils comprennent. Ce qu’ils ont entendu si souvent de la bouche du Maître revient à l’esprit des disciples : pêcheurs d’hommes, apôtres. Ils comprennent que tout est possible, parce que c’est lui qui dirige la pêche » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 266). Des pêcheurs d’hommes, en effet. C’est ce que Jésus avait déjà dit à deux reprises. D’abord le jour où il appela Pierre et André, son frère, alors « qu’ils lançaient l’épervier à la mer – c’étaient, en effet, des pêcheurs. « Venez à ma suite, leur dit-il, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Matthieu 4, 18-19). Puis quelque temps plus tard, à l’issue de la première pêche miraculeuse, alors que Simon, prosterné à ses pieds, le supplie : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur ! (…) Jésus dit à Simon : « Ne crains rien ! Désormais ce sont des hommes que tu pêcheras » (Luc 5, 8.10).

(à suivre…)

lundi 25 juillet 2011

La pêche miraculeuse (4)

La pêche miraculeuse (4)

C’est la terrible stérilité de ceux qui s’agitent beaucoup, qui s’activent dans tous les sens, mais négligent la vie intérieure, la piété personnelle, qui n’ont pas de temps pour adorer le Seigneur et donc pour le reconnaître. « Le traître – c’est-à-dire le diable – sait que l’âme qui fait oraison avec persévérance est perdue pour lui » (sainte Thérèse d’Avila, Vie 19, 4). A contrario, celui qui s’entête à jeter ses filets sans consulter le Maître de la pêche rentre bredouille, « et toute sa vie sera une nuit », une nuit vaine et stérile, qui risque fort de le rendre esclave du démon et de ses passions.
Parce qu’ils ont obéi à l’injonction de ce personnage mystérieux qui se trouve sur le rivage, et qu’ils n’ont pas écouté ce que le bon sens leur dictait, (lire la suite) parce que, malgré leur fatigue et leur découragement, ils ont jeté leurs filets, voici qu’ils se remplissent enfin, à ne plus pouvoir les traîner tellement ils ont ramené de poissons.
Il n’en fallait pas plus, si l’on peut dire, pour que Jean saisisse aussitôt la qualité de ce personnage. « Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre ; « C’est le Seigneur ! » (Jean 21, 7). Lui seul peut agir de la sorte. Personne d’autre que lui. C’est l’évidence même. « L’amour, l’amour le voit de loin. L’amour est le premier à percevoir ces délicatesses. L’apôtre adolescent, avec l’affection profonde qu’il ressent pour Jésus, parce qu’il aime le Christ avec toute la pureté et la tendresse d’un cœur innocent, s’écrie : c’est le Seigneur ! » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 266). L’amour crée une harmonie, une connivence avec l’être aimé. Il permet d’identifier rapidement l’interlocuteur ou de comprendre des événements. N’est-ce pas ce même Jean qui, au matin de la Résurrection, entrant dans le sépulcre vide après Pierre, qu’il a laissé passer le premier, déjà par déférence, peut affirmer de lui-même : « Il vit et il crut » (Jean 20, 8) ? « À ces mots : C’est le Seigneur ! Simon-Pierre mit son vêtement, car il était nu, et se jeta à l’eau » (Jean 21, 7). « Pierre, c’est la foi. Il se jette à la mer, plein d’une ardeur merveilleuse. Avec l’amour de Jean et la foi de Pierre, jusqu’où n’irons-nous pas » (saint Josémaria, Ibid.).
Ce sont cet amour et cette foi qu’il nous faut demander, conjointement à un surcroît d’espérance, les trois vertus théologales qui marchent la main dans la main tant que nous sommes en route vers la patrie céleste. Mais celle qui commande, c’est l’amour, c’est la charité. « La plus grande d’entre elles, c’est la charité » (1 Corinthiens 13, 13), et « la charité ne passera jamais » (1 Corinthiens 13, 8). Car « Dieu est Amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui »(1 Jean 4, 16).

(à suivre…)
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dimanche 24 juillet 2011

La pêche miraculeuse (3)

La pêche miraculeuse (3)

Le Maître est là, à les attendre, « mais les disciples ignoraient que ce fût Jésus » (Jean 21, 4). Ils ne le reconnaissent pas de prime abord, pas plus qu’au soir de sa Résurrection, lorsqu’il s’était présenté à eux au Cénacle (cf. Luc 24n 36-49), pas plus que Marie-Madeleine très tôt ce jour-là (cf. Jean 20, 15), ou que les désormais célèbres disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 16)…
Dès qu’ils sont à portée de voix, il s’adresse à eux : « Jésus leur dit : « Les enfants ! Avez-vous du poisson ? » (Jean 21, 5). Il emploie un ton familier avec eux, qui aurait déjà dû leur mettre la puce à l’oreille… Il sait ce qui s’est passé. Mais il faut amorcer le dialogue. (lire la suite) C’est pourquoi il pose cette question, somme toute logique. « Non, répondirent-ils » (Jean 21, 5). C’est la triste vérité. Elle est un peu humiliante, sans doute, mais il en est bien ainsi. Ils ont trimé. Et les filets sont remontés inexorablement vides à chaque fois, suscitant déception sur déception, et lassitude.
Alors Jésus leur dit : « Jetez les filets du côté droit de la barque, et vous en trouverez » (Jean 21, 6). Qu’en sait cet homme ? Curieusement, ces pêcheurs aguerris qui connaissant le lac comme leur poche ne se posent pas de question. ils ne semblent pas se demander qui est ce personnage qui leur donne cette instruction étonnante. Oui, qu’en sait-il ? Nous, nous n’avons rien pris de toute la nuit. Des poissons, si jamais il y en a, ce n’est pas à cette heure du jour que nous allons en prendre… Et puis, pourquoi à droite de la barque ? A quoi cela rime-t-il ?
Tel est le raisonnement humain qu’il serait logique qu’ils se fissent. Eh bien ! non. Contrairement à toute attente, ils obéissent. Bien leur en prend. « Ils le jetèrent donc, mais ils ne pouvaient plus le ramener, tant il y avait de poissons » (Jean 21, 6). Telle est la magnificence de Dieu. Quitte à faire un miracle, autant qu’il soit de première grandeur. Dieu donne avec largesse. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient surabondante » (Jean 10, 10). Et même pour des biens matériels il se montre d’une incroyable générosité.
Tel est le changement radical qui s’opère quand l’on agit en suivant la volonté de Dieu et non pas notre propre volonté, nos plans, même parfaitement huilés. « Tu t'obstines à avancer tout seul, en faisant ta propre volonté, guidé exclusivement par ton propre jugement... et, tu le vois, le fruit de tout cela s'appelle le manque de fécondité. Mon enfant, si tu ne soumets pas ton jugement, si tu es orgueilleux, si tu te consacres à « ton » apostolat, tu pourras travailler toute la nuit — et toute ta vie sera une nuit ! Et à la fin tu te réveilleras avec tes filets vides » (saint Josémaria, Forge, n° 574).

(à suivre…)

samedi 23 juillet 2011

La pêche miraculeuse (2)

La pêche miraculeuse (2)

L’apostolat, pour un chrétien, est donc quelque chose de très naturel, qu’il réalise au jour le jour, au gré des rencontres et du compagnonnage.
La vocation à la sainteté et à l’apostolat ne distrait pas de la vocation professionnelle. Elle conduit au contraire à la vivre plus intensément, avec un plus grand sens des responsabilités, en se sentant envoyé par Dieu auprès des hommes à partir des différentes circonstances de notre vie.
« Ils partirent donc et montèrent en barque. Mais ils ne prirent rien cette nuit-là » (Jean 21, 3). Tout comme lors de la première pêche miraculeuse, rapportée par les synoptiques (cf. Luc 5, 1-11), au terme de laquelle (lire la suite) Jésus avait annoncé à Simon que désormais, ce serait des hommes qu’il pêcherait (cf. Luc 5, 10). Ils ont peiné, trimé, toute une nuit durant. Les fruits ne viennent pas instantanément. Ils doivent venir cependant. Le Seigneur a dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis pour que vous alliez, que vous donniez du fruit et que ce fruit soit durable » (Jean 16, 15). Mais si Dieu n’y met pas sa marque, s’il n’intervient pas en communiquant sa grâce, l’on ne prend rien, cette nuit-là, ce jour-là, cet autre jour et cet autre encore, même dans une mer très poissonneuse. Mais le Seigneur est le premier intéressé à ce que ce fruit vienne. Il nous a choisis, « dès avant la création du monde » (Ephésiens 1, 4) pour que nous portions du fruit.
C’est le risque inhérent au métier. Ne rien prendre en toute une nuit d’efforts n’est nullement synonyme d’incompétence. Les apôtres sont des pêcheurs patentés. Mais c’est comme cela : parfois, ils ne prennent aucun poisson. Ils ne le savent que trop bien. Nous ne devons pas davantage nous décourager dans l’apostolat lorsque les fruits tardent à venir. Cela ne veut pas dire que nous avons mal fait notre tâche d’évangélisateur, que nous avons travaillé à la légère, sans grand sérieux. Cela signifie simplement que ce n’est pas le moment de récolter les fruits, qu’ils viendront plus tard, et peut-être de façon inattendue, surprenante, comme en ce jour qui commence à poindre, alors que les apôtres rament pour regagner le rivage.
Or, voilà, « comme déjà le matin venait, Jésus se trouva sur le rivage » (Jean 21, 4). Dans d’autres circonstances, il était dans la barque, avec ses apôtres, prêt à les secourir si jamais une tempête se levait brutalement sur le lac de Tibériade, qu’ils préféraient appeler la mer de Galilée, ou le lac de Génnésareth, pour ne pas citer l’empereur romain (cf. Luc 8, 22-25).

(à suivre…)

vendredi 22 juillet 2011

La pêche miraculeuse (1)

La pêche miraculeuse (1)

« Après cela », c’est-à-dire après l’apparition destinée spécifiquement à l’apôtre incrédule, Thomas, « après cela, Jésus se montra de nouveau aux disciples sur la rive de la mer de Tibériade » (Jean 21, 1). Comme il le leur avait fait savoir sans qu’ils le comprissent, « une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée » (Matthieu 26, 32). Le jour de Pâques, il avait chargé les saintes femmes de leur rappeler cet engagement : « Partez en hâte pour dire à ses disciples : Il est ressuscité des morts, et il va vous précéder en Galilée (Matthieu 28, 7). Voici donc qui est fait. Sa promesse s’accomplit. « Voici comment il se montra » (Jean 21, 1). Suit le récit par le disciple que Jésus aimait (cf. Jean 13, 23) d’une nouvelle pêche miraculeuse. (lire la suite)
Tout d’abord, l’évangéliste campe le décor et le contexte. « Simon-Pierre, Thomas appelé Didyme – celui-là précisément qui avait provoqué une nouvelle venue du Maître au Cénacle (cf. Jean 20, 25-29) -, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée – à savoir Jacques et Jean, le chroniqueur de l’événement – et deux autres disciples se trouvaient ensemble » (Jean 21, 2). Ils ne sont pas tous là, mais seulement cinq apôtres et deux disciples anonymes. Saint Josémaria était ému en lisant ce passage ; il voyait dans ces deux disciples dont le nom nous est inconnu le modèle des chrétiens qui sont appelés à faire l’apostolat de Jésus-Christ dans les mers du monde, en passant inaperçus, sans en retirer le moins du monde de gloire personnelle, appelés à travailler au nom du Christ en s’effaçant devant lui, qui seul compte.
« Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais pêcher. » Ils lui dirent : « Nous y allons, nous aussi, avec toi » (Jean 21, 3). Nous voyons combien « l’apostolat, ce désir brûlant qui consume le cœur de tout chrétien, est intimement lié à son travail de tous les jours : il se confond avec le travail même, qui devient une occasion de rencontrer personnellement le Christ. Unissant nos efforts, au coude à coude avec nos compagnons, nos amis, nos parents, dont nous partageons les aspirations, nous pourrons au moyen de cette tâche les aider à arriver au Christ qui nous attend sur la rive du lac. Pêcheur avant d’être apôtre. Et une fois apôtre, pêcheur. La même profession après qu’avant » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n°264). L’apostolat revient à jeter les filets du Christ dans les eaux de la société. Pour faire de l’apostolat, pour évangéliser nos contemporains – ce qui est à la fois un droit et un devoir fondamentaux de tout baptisé – il suffit d’être à sa place, d’exercer sa profession avec la plus grande compétence et le plus grand sérieux possibles, d’être un chrétien crédible, parce que non seulement homme ou femme de prière, mais aussi modèle de professionnalisme. Le travail est le filet qui nous sert à retirer les âmes pour les amener aux pieds du Seigneur.

(à suivre…)

mardi 23 mars 2010

La pêche miraculeuse (5)

La pêche miraculeuse (5)

Les apôtres sont conscients de n'y être pour rien, ou presque, dans cette pêche exceptionnelle. Ils ont tout juste ramé un peu et jeté les filets, une fois. Ils prennent conscience de leur indignité, de leur petitesse et de la grandeur de Jésus. Alors ce dernier annonce sa mission à Simon, qui devient Pierre : « Ne crains rien. Désormais ce sont les hommes que tu pêcheras » (Luc 5, 10). Le miracle avait pour fonction de préparer Pierre à sa mission d'apôtre et de prince des apôtres, de pêcheur d'âmes. « C’est pourquoi, lorsque Pierre se jette à ses pieds et confesse avec humilité : éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis pécheur, notre Seigneur lui répond : rassure-toi ; désormais ce sont des hommes que tu prendras (Luc 5, 10). Et, à cette nouvelle pêche, l’efficacité divine ne fera pas non plus défaut : (lire la suite) les apôtres seront les instruments de grands prodiges, malgré leurs misères personnelles » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 261).
Cette pêche se poursuit, est appelée à se continuer jusqu'à la fin du monde, à partir de la barque de notre existence. Toujours assistés par le Seigneur : « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28, 20). Nous sommes les nouveaux pêcheurs d'hommes, les nouveaux apôtres sur lesquels le Christ entend s'appuyer également. « Ils ramenèrent les barques à terre et, laissant tout là, ils le suivirent » (Luc 5, 11). Le suivre. Faire toute la place possible à Jésus dans notre vie. Nous laisser envahir par la grâce, le chercher, le désirer, et nous laisser guider par lui...
Le Seigneur nous demande, à nous aussi, des efforts qui peuvent paraître insensés et sans issue. Il faut insister la où nous sommes, revenir à la charge, ne pas nous décourager face au manque de résultats. Une pêche miraculeuse nous attend, par laquelle le Seigneur veut « faire des siennes » dans le monde.

(fin)

lundi 22 mars 2010

La pêche miraculeuse (4)

La pêche miraculeuse (4)

Simon repart avec ses compagnons, dans les deux barques. Ses associés doivent penser qu'il est fou. Mais bien lui en a pris de les emmener avec lui, car il va y avoir du travail pour tous : « Ils prirent une masse énorme de poissons : leurs filets s'en déchiraient » (Luc 5, 6). Ils venaient tout juste de les réparer, avons-nous vu... Cette pêche n'est pas logique. C'est physiquement inexplicable. C'est mathématiquement impossible. C'est statistiquement aberrant. Et tout ce que nous voudrons. Mais le fait est que les poissons sont tout ce qu'il y a de plus réels. Et nombreux, en surabondance. « Alors ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque, pour qu'ils vinssent à leur aide. Ils vinrent, et on remplit les deux barques, au point quelles s'enfonçaient » (Luc 5, 7). De mémoire de pêcheur, (lire la suite) on n'avait jamais vu cela, que les barques soient sur le point de couler sous le poids de la charge. Ç'aurait été un comble !
Nous rencontrons des obstacles dans notre vie, des périodes de stérilité apparente. L'heure est tardive. La pêche a été infructueuse. Les efforts ont été vains. Il ne sert à rien de vouloir recommencer. C'est défier la raison. Repartir n'est pas raisonnable. Mais Dieu ne nous demande pas de nous laisser guider uniquement par ce qui est logique. Bien des choses sont possibles avec lui qui ne le sont pas sans lui...
À partir du moment où nous avons accepté de lui prêter notre barque, de laisser le Seigneur venir en nous, c'est lui le maître à bord. C'est lui qui prend en main les opérations. Cela change tout. Il attend de la foi de notre part. Et que nous suivions ses indications, qui ne sont pas forcément difficiles : « Lâchez les filets pour pécher » (Luc 5, 4). Que nous nous mettions à la tâche. Que nous ramions et que nous jetions les filets. Il attend notre petite coopération. Petite, parce que l'essentiel vient de lui. Il faut un minimum d'effort, de bonne volonté de notre part. « Ce qu'ils firent, et ils prirent une masse énorme de poissons » (Luc 5, 6). Probablement du premier coup, autrement ils se seraient vraiment découragés. Le Seigneur se contente de peu, d'un peu de bonne volonté de notre part.
Lien« Jésus, quand il sortit en mer avec ses disciples, ne pensait pas seulement à cette pêche » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 261). Leur assurer une pêche surabondante n'a pas beaucoup d'intérêt en soi. Jésus a « sa petite idée ». Le miracle est destiné à fortifier dans la foi, à susciter la confiance en lui, à montrer sa toute-puissance et sa maîtrise des éléments. « À cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus et dit : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur ! » Il ne sait pas trop quoi dire. Comment Jésus va-t-il s'éloigner, s'il est avec lui dans la barque... « C'est que la stupeur l'avait envahi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu'ils venaient de faire, et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient associés à Simon » (Luc 5, 8-10).

(à suivre...)

dimanche 21 mars 2010

La pêche miraculeuse (3)

La pêche miraculeuse (3)

Simon et ses compagnons sont rentrés quand il n'y avait vraiment plus rien à attendre de la pêche. L'heure est trop avancée désormais. Ils devront repartir le lendemain, en espérant que la chance leur sourira cette fois. Or, voilà que Jésus leur dit : « Pousse en eau profonde et lâchez les filets pour pêcher » (Luc 5, 4). Ce n'est pas raisonnable. Humainement parlant, cela n'a aucun sens. Simon s'y connaît. Il est un pêcheur chevronné. Et il ne peut pas s'empêcher de penser qu'il s'y connaît beaucoup mieux que Jésus, charpentier de son état, qui n'a vraisemblablement jamais pêché de sa vie. Simon s'y connaît, et repartir est peine perdue. Ce serait un surcroît de fatigue bien inutile. (lire la suite)
Mais il y a dans le ton de la voix du Seigneur une intonation particulière qui n'autorise pas les hésitations. Il y a dans le regard de Jésus une force de conviction et une douceur, un encouragement qui portent à affronter l'impossible, voire l'inutile. « Moi, je ne prendrai pas le large », se dit Simon. Et au même moment, il s'entend répondre : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre... » Il ignore que Jésus le sait parfaitement. « Néanmoins, sur ta parole, je vais lâcher les filets » (Luc 5, 5).
Dieu est comme cela. Il demande parfois des choses qui ne semblent pas raisonnables. La raison humaine se prononce différemment. Jésus a sa logique à lui, qui peut s'opposer directement à celle des hommes. Il faut lui faire confiance, comme Simon. S'en remettre à lui, avec la certitude qu'il sait ce qu'il dit, qu'il ne parle pas pour rien. Et qu'il sait ce qu'il va faire, si l'homme le suit. Nous pouvons être sûrs qu'il ne se trompe pas, qu'il va nous surprendre et que, si besoin était, « de ces pierres, Dieu est capable de susciter des fils à Abraham » (Matthieu 3, 9).

(à suivre...)

samedi 20 mars 2010

La pêche miraculeuse (2)

La pêche miraculeuse (2)

Jésus « vit deux barques amarrées sur le bord. Les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Il monta dans l'une des barques, qui était à Simon, et le pria de s'écarter un peu de la terre. Alors il s'assit et se mit à enseigner les foules de la barque » (Luc 5, 2-3). Jésus a observé les pêcheurs, rentrant du travail et remettant tout en ordre. Il demande sa barque à Pierre. D'une part, le Seigneur veut avoir besoin de nous, se servir de notre intermédiaire pour s'adresser aux foules et toucher les cœurs. D'autre part, il nous demande notre barque. Il s'introduit dans notre vie. Il vient à nous, en nous. Et il nous demande de collaborer avec lui. Entrant ainsi dans notre vie, il nous montre que nous pouvons, que nous devons entrer à notre tour dans la vie des autres. Pour les faire participer à l'annonce du royaume des cieux. (lire la suite) Nous demandons peut-être de quel droit nous pouvons entrer dans la vie d'autrui. C'est Jésus qui est entré le premier dans notre vie, et le baptême nous envoie auprès des autres.
« Laissons parler saint Luc : il vit deux barques arrêtées sur les bords du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Il monta dans l’une des barques, qui était à Simon, et pria celui-ci de s’éloigner un peu du rivage ; puis, s’asseyant, de la barque Il enseignait les foules (Luc 5, 2-3) Quand il eut terminé sa catéchèse, il ordonna à Pierre : avance en eau profonde, et lâchez vos filets pour la pêche (Luc 5, 4). C’est le Christ le maître de la barque ; c’est lui qui prépare le travail : il est venu au monde pour cela, pour que ses frères puissent découvrir le chemin de la gloire et de l’amour du Père. L’apostolat chrétien, ce n’est pas nous qui l’avons inventé. Tout au plus y faisons-nous obstacle, par notre maladresse, par notre manque de foi » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 260). Notre barque n'est pas un navire pour croisières de luxe... Mais c'est le lieu à partir duquel le Seigneur veut s'adresser à la foule. Ce qui compte, ce n'est pas tant la barque que ce qu'il fait, lui.
« Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Duc in altum ! Pousse en eau profonde et lâchez les filets pour pêcher » (Luc 5, 4). Il s'est adressé d'abord à la foule massée sur le rivage, étagés en cercles le long de la crique. Puis il se retourne vers Simon et lui intime l'ordre de prendre le large. Simon et ses associés viennent de rentrer d'une nuit passée à jeter les filets, qu'ils ont remontés désespérément vides. C'est une grosse déception pour eux. Ils sont revenus d'autant plus fatigués. Ce n'est pas comme cela qu'ils pourront faire vivre leurs familles...

(à suivre...)

vendredi 19 mars 2010

La pêche miraculeuse (1)

La pêche miraculeuse (1)

Jésus prêche. C'est une attitude habituelle chez lui. Il est venu annoncer la Parole qui sauve, la Parole de Vérité. Il est venu faire retentir la doctrine de vie : « Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68). Il est lui-même le chemin à emprunter. Il est la Vérité personnifiée : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Personne ne va au Père que par moi » (Jean 14, 6).
Nous avons déjà là une première orientation pour notre vie. En tant que baptisés, nous avons le droit d'annoncer l'Évangile, de proclamer Jésus, mort et ressuscité, Sauveur du monde, Fils de Dieu fait homme, vrai Dieu et vrai Homme, en qui et par qui « nous avons la vie, le mouvement et l'être » (Actes 17, 28), en qui nous pouvons mettre toute notre espérance, (lire la suite) en qui se trouve notre avenir, car « il est le même hier, aujourd'hui et pour l'éternité » (Hébreux 13, 8).
Dieu nous fait connaître sa Parole, et cela, dans le cadre ordinaire de notre vie, en dehors des activités ecclésiastiques, dans le monde. Avec cela nous avons le droit à recevoir de l'Église, des pasteurs, cette Parole qui libère et donne tout son sens à notre vie. Nous avons le droit à la recevoir abondamment. C'est, avec les sacrements, les principaux biens et moyens de salut, les principales res sacrae, « choses sacrées ». Et nous avons aussi le devoir de publier les miséricordes de Dieu envers son peuple, la Bonne nouvelle « jusqu'aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8). En commençant par là où nous vivons, où nous devons être des témoins authentiques de Dieu.
« Nous allons accompagner le Christ dans cette pêche divine. Jésus est au bord du lac de Génésareth et les gens se bousculent autour de lui, désireux d’écouter la parole de Dieu (Luc 5, 1). Comme aujourd’hui ! Ne le voyez-vous pas ? Les gens désirent entendre le message de Dieu, bien qu’ils le dissimulent extérieurement. Certains ont peut-être oublié la doctrine du Christ ; d’autres, sans que ce soit de leur faute, ne l’ont jamais apprise, et considèrent la religion comme quelque chose qui n’est pas fait pour eux. Mais soyez convaincus d’une réalité toujours actuelle : tôt ou tard le moment arrive où l’âme n’en peut plus, où les explications habituelles ne lui suffisent plus, où les mensonges des faux prophètes ne la satisfont plus. Alors, sans l’admettre encore, ces personnes ont besoin d’apaiser leur inquiétude avec la doctrine du Seigneur » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 260).

(à suivre...)

vendredi 24 avril 2009

Suivre Jésus

Suivre Jésus

« Or, comme la foule se pressait vers lui pour entendre la parole de Dieu, et qu'il se tenait sur le bord du lac de Génésareth, il vit deux barques qui stationnaient sur le bord ; les pêcheurs étaient descendus et lavaient les filets. Il monta dans une des barques, qui était à Simon, et le pria de s'éloigner un peu de terre ; et s'étant assis, de la barque il enseignait les foules » (Luc 5, 1-3). Jésus monte dans la barque de Pierre, d'où il enseigne la foule massée sur les bords d'une crique herbeuse qui renvoie parfaitement l'écho de ses paroles. C'est le souci permanent de Jésus : annoncer la Bonne Nouvelle partout. (lire la suite)
« Il faut que j'annonce aussi aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu, car j'ai été envoyé pour cela » (Luc 4, 41). Mais sa mission n'a qu'un temps, bien qu'elle doive se poursuivre tant qu'il y aura des hommes sur terre. C'est pourquoi Jésus va instituer un groupe d'hommes auxquels il donnera le pouvoir de parler et d'agir en son nom.
Il a commencé par demander à Pierre de lui prêter sa barque et, une fois qu'il a fini de parler, il l'invite à aller en eau profonde et à lâcher les filets (cf. Luc 5, 4). Le moment de la journée n'est guère propice pour pêcher. En outre, comme Pierre le lui répond, « Maître, toute la nuit nous avons peiné sans rien prendre; mais, sur votre parole, je jetterai les filets » (Luc 5, 5). Et voilà qu'ils ramènent dans leurs filets une quantité impressionnante de poissons comme jamais, au point qu'ils en remplissent deux barques à ras bord. C'est tout juste si elles ne coulent pas sous le poids. Alors « Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant : « Éloignez-vous de moi, parce que je suis un pécheur, Seigneur ! » (Luc 5, 8). La réponse de Jésus lui ouvre des perspectives nouvelles : « Ne crains point ; désormais ce sont des hommes que tu prendras » (Luc 5, 10).
Il a lui a demandé sa pauvre barque. Il lui demande maintenant sa vie, tout ce qu'il est. Il l'invite à le suivre, à travailler avec lui désormais dans une pêche nouvelle, la conquête des âmes pour le royaume de Dieu. Et Pierre, et ses compagnons, relictis omnibus, « laissant tout, ils le suivirent » (Luc 5, 11).
Jésus a le droit de nous demander tout, parce qu'il est « le Maître et le Seigneur » (Jean 13, 13) ; parce que c'est lui qui, dans sa bienveillance, produit en nous « le vouloir et le faire » (Philippiens 2, 13) ; parce que « nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour faire de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions » (Éphésiens 2, 10). Ne craignions pas, n'ayons pas peur : « Tu verras de plus grandes choses que celle-là » (Jean 1, 50). En suivant le Christ, nous verrons Dieu un jour.

vendredi 4 avril 2008

La confiance en Dieu (2)

La confiance en Dieu (2)

Jésus intervient à dessein quand les pêcheurs sont sans doute las et découragés d'avoir peiné inutilement. Mais c'est sur cet échec humain que le Seigneur veut construire la foi surnaturelle. C'est à partir de la connaissance de nos limites et de nos insuffisances que nous pouvons accepter d'entrer dans la logique de Dieu. Si Pierre et ses compagnons n'étaient pas rentrés les filets vides, ils n'auraient probablement pas réagi de la même manière et la pêche miraculeuse n'aurait peut-être pas eu lieu. En tout cas, elle leur aurait paru moins spectaculaire, moins inattendue.
Le Seigneur se sert de nos défauts, part de ce que nous sommes, pour déverser sa grâce dans notre âme. Il demande bien sûr notre coopération, car il respecte, et respectera toujours, (lire la suite) notre liberté. Il attend simplement que nous fassions pleinement confiance. Même si son intervention se produit dans un domaine qui nous est familier et que nous connaissons bien, ce qui était le cas de ces pêcheurs de Galilée. Le miracle prend d'autant plus d'importance à leurs yeux qu'il les touche dans ce qui constitue leur vie quotidienne, dans leur métier, leur art. S'ils ont besoin de Dieu en cela, que n'en auront-ils pas besoin pour le reste.
On comprend la stupeur qui s'empare de Pierre et de ses compagnons quand ils retirent des filets pleins à craquer. La pêche n'est pas due à leur habileté, à leur expérience. Ils en sont bien conscients. Tout le travail d'une nuit a été inutile. Les fruits viennent de Dieu. Voilà la grande réalité, à laquelle il nous faut nous habituer. Si nous faisons confiance à Dieu, donc si nous prenons les moyens surnaturels - prière, sacrements, sacrifices volontaires - alors Dieu donne la grâce et des résultats surnaturels. C'est lui qui donne la croissance (cf. 1 Corinthiens 3, 7).
En voyant cette pêche surabondante, Simon se jette aux pieds du Seigneur : « Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant : « Éloignez-vous de moi, parce que je suis un pécheur, Seigneur ! » (Luc 5, 8). Jésus lui dit alors : « Ne crains point ; désormais ce sont des hommes que tu prendra » (v. 10). Simon est prêt à devenir Pierre, à suivre le Maître. Désormais Jésus seul compte pour lui. Il est le tout de sa vie. Il est vrai qu'il sera quelque peu téméraire quand il affirmera : « Seigneur, je suis prêt à aller avec vous et en prison et à la mort » (Luc 22, 33). Mais il se ressaisira. Il fera une nouvelle fois l'expérience de la faiblesse humaine et de ce que tout est possible, en revanche à Dieu et à un homme de Dieu : « Tout est possible à celui qui croit » (Marc 9, 23).

(fin)

jeudi 3 avril 2008

La confiance en Dieu (1)

La confiance en Dieu (1)

Le Seigneur prêchait comme à l'accoutumée, car telle est sa mission : « Il faut que j'annonce aussi aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu, car j'ai été envoyé pour cela » (Luc 4, 44).Une grande foule s'est agglutinée autour de lui, et il lui est difficile de se faire entendre de tous. À quelques mètres de là, des pêcheurs sont en train de réparer leurs filets après une nuit de travail. Ils n'ont qu'une idée, en finir au plus vite pour rentrer chez eux et se reposer. Mais voilà que le Seigneur s'adresse à Simon, (lire la suite) propriétaire d'une des barques, et lui demande de le laisser monter à bord « et de s'écarter un peu de la terre » (Luc 5, 3) afin de parler à l'assistance de face et que sa voix porte mieux.
Saint Luc ne s'attarde pas à relater le contenu de la prédication de Jésus. Son objectif est autre. Il veut nous rapporter un miracle. C'est pourquoi il enchaîne avec ce qui se passe dès que Jésus « eut fini de parler » (v. 4). Le Seigneur laisse les gens repartir et s'adresse « à Simon : Pousse en eau profonde, et lâchez les filets pour pêcher » (v. 4). « Lâchez vos filets. » Il n'en dit pas plus. Il ne promet pas une pêche abondante. Simon ne s'attend d'ailleurs pas à prendre du poisson, car, comme il l'explique : « Maître, toute la nuit nous avons peiné sans rien prendre » (v. 5). Cependant il comprend intuitivement qu'il vaut la peine de travailler pour le Seigneur, qu'il peut lui faire confiance et que, même s'il ne comprend pas, le Maître doit avoir ses raisons. C'est pourquoi il ajoute : « Mais, sur votre parole, je jetterai les filets » (v. 5).
En lui donnant un ordre, Jésus attend que Simon et ses compagnons lui fassent confiance. C'est une partie de son instruction : former dans la confiance en Dieu, fortifier la foi qu'avec Dieu tout est possible. Que ce qui est déraisonnable du point de vue humain peut se réaliser malgré tout. Le Christ ne cessera d'insister sur ce point, qui est vraiment essentiel pour nous aussi. « En vérité, je vous le dis, si vous avez la foi et que vous n'hésitiez point, non seulement vous ferez ce (qui a été fait) au figuier ; mais quand même vous diriez à cette montagne : « Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer », cela se fera » (Matthieu 21, 21). « Tout ce que vous demanderez avec foi dans la prière, vous l'obtiendrez » (Ibid., 22).

(à suivre...)