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mardi 16 novembre 2010

La Liturgie céleste (16)

La Liturgie céleste (16)

Mais quelle différence entre le purgatoire et l'enfer, puisque le salut de ces âmes est assuré ! Dante décrit l'arrivée au purgatoire, en venant de l'enfer : « Comme nous tournions à cet endroit, des voix chantèrent : Beati pauperes spiritu, avec tant de suavité que le parole ne saurait l'exprimer. Ah ! combien ces passages diffèrent de ceux de l'enfer ! car ici on entre parmi des chants, et là-bas parmi de farouches lamentations » (Dante, La Divine comédie. Le Purgatoire, chant 12, 109-114).
De plus, s'agissant d'élus, ces âmes sont remplies de charité, d'un amour qui ne fait que croître en fonction de leur purification. (lire la suite) Un amour qu'elles sont toutes disposées à nous faire partager pourvu que nous pensions à prier pour elles, comme nous l'avons dit précédemment. Mais répétons cette invitation avec Thomas More. Ce sont les âmes du purgatoire qui nous parlent : « Nous vous souhaitons la grâce d'assister une fois - pourvu que ce fût sans souffrir - à l'arrivée d'une âme au purgatoire. Quelle confusion, quel supplice, pour le nouveau-venu, quand son regard rencontre ceux des gens qu'il chérissait, et qu'il a néanmoins laissé complètement tomber ! Non pas qu'il décèle la moindre colère chez ses compagnons, mais le spectacle bouleversant de leur agonie lui remet en esprit son odieuse négligence, et ce souvenir, croyez-nous, n'est pas la moins pénible des souffrances qu'il endure ici. Que Dieu vous fasse la grâce d'échapper à ce tourment, ainsi qu'aux autres. Que notre folie, chers amis, vous donne une leçon de sagesse. Envoyez ici vos prières, envoyez-nous vos aumônes. Celui qui allume la chandelle d'un autre n'est pas moins éclairé, et celui qui souffle sur le feu pour réchauffer un autre s'y réchauffe en même temps. De même, chers amis, le bien que vous envoyez ici devant vous, tout en nous procurant un grand soulagement, est mis tout entier de côté pour vous, et enrichi par surcroît des prières que nous offrons pour vous » (La Supplication des âmes).

(à suivre…)


mercredi 24 juin 2009

Le jeune homme riche (7)

Le jeune homme riche (7)

"Va, vends tout ce que tu as, donnes-en le produit aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis, viens et suis-moi" (Marc 10, 21). Ce que tu possèdes, ce sont des richesses trompeuses, qui rendent le cœur prisonnier. Allez ! libère-toi de ce poids que tu traînes. Pour me suivre, il faut être impécunieux. Vendez ce que vous possédez, et donnez-le en aumônes. "Faites-vous des bourses inusables, un trésor inépuisable dans les cieux, où le voleur n'approche pas et où les vers ne dévorent pas" (Luc 12, 33). Aux riches du siècle présent enjoins de n'avoir pas l'esprit d'orgueil et de ne pas mettre leur espoir en des richesses instables, mais en Dieu qui nous procure tout en abondance pour que nous en jouissions (lire la suite) (vous dispensant du ciel pluies et saisons fécondes, vous donnant à satiété nourriture et joie : Actes 14, 17), de faire le bien, de s'enrichir de bonnes œuvres, de donner libéralement, d'être partageurs, s'amassant ainsi un trésor qui aura un beau fonds pour l'avenir et leur assurera la vraie vie (1 Timothée 6, 18-19).
Voilà ce qui en vaut la peine. Car, "quel profit, en effet, a l'homme qui a gagné l'univers, mais qui a été pour lui-même cause de sa perte ou de son détriment ?" (Luc 9, 25). "Ses jours sont comme l'herbe ; il fleurit comme la fleur des champs ; que le vent passe sur lui, il n'est plus, et le lieu qu'il occupait ne le connaît plus" (Psaume 103 (102), 15-16). "L'herbe se dessèche, la fleur se flétrit ; mais la Parole de Dieu subsiste à jamais" (Isaïe 40, 8). N'est-ce pas là l'essentiel, la vraie richesse ? "C'est la bénédiction du Seigneur qui procure la richesse" (Proverbes 10, 22).
Écoutez-les donc qui proclament avec satisfaction : « Je suis riche et, m'étant enrichi, je n'ai besoin de rien » (Apocalypse 3, 17). Même si ce jeune, lui, désirait autre chose que ses richesses ne pouvaient lui procurer. Ils sont des biens en abondance, ils habitent des maisons cossues, ils portent des vêtements splendides, ils ne manquent de rien. Et moi je leur dis, et je le dis à l'adresse de cet homme, qui me fait de la peine : « Et tu ne sais pas que tu es misérable, pauvre, aveugle et nu ! » (Apocalypse 3, 17).

(à suivre...)

vendredi 8 février 2008

Le careme (3)

Le carême (3)

Suivons les recommandations du pape Benoît XVI sur l'aumône pour ce temps de carême. Le pape cite saint Joseph-Benoît Cottolengo, qui avait l’habitude de recommander : « Ne comptez jamais les pièces que vous donnez, parce que, je le dis toujours : si en faisant l’aumône la main gauche ne doit pas savoir ce que fait la droite, de même la droite ne doit pas savoir ce qu’elle fait elle-même » (Detti e pensieri, Edilibri, n° 201). Puis, rappelant l'exemple de la pauvre veuve qui vers deux piécettes dans le trésor du Temple, « tout ce qu’elle avait pour vivre » (Marc 12, 44), il relève que cet « épisode émouvant s’insère dans la description des jours qui précèdent immédiatement la Passion (lire la suite) et la mort de Jésus, lui qui, comme le note saint Paul, s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté (cf. 2 Corinthiens 8, 9) ; il s’est donné tout entier pour nous. Le carême nous pousse à suivre son exemple, y compris à travers la pratique de l’aumône. À son école, nous pouvons apprendre à faire de notre vie un don total ; en l’imitant, nous réussissons à devenir disposés, non pas tant à donner quelque chose de ce que nous possédons, qu’à nous donner nous-mêmes ».
Nous donner nous-mêmes à Dieu, en ne vivant pas pour nous mais pour lui, pour lui faire plaisir, à l'imitation du Christ affirmant, de son Père, « je fais toujours ce qui lui plaît » (Jean 8, 29). Nous donner nous-mêmes aux autres, en exerçant la charité, en ne vivant pas égoïstement repliés sur nous mais en nous ouvrant aux besoins des autres, par la prière, le jeûne et l'aumône quadragésimaux (du carême), là encore à l'imitation du Seigneur, qui, « après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout » (Jean 13, 1), en leur donnant la plus grande preuve d'amour qui soit, c'est-à-dire en mourant pour eux, pour les sauver du péché (cf. Jean 15, 13).
L'aumône est aussi source de joie spirituelle : « Quand nous agissons avec amour, nous exprimons la vérité de notre être : nous avons en effet été créés non pour nous-mêmes, mais pour Dieu et pour nos frères (cf. 2 Corinthiens 5, 15). Chaque fois que, par amour pour Dieu, nous partageons nos biens avec notre prochain qui est dans le besoin, nous expérimentons que la plénitude de la vie vient de l’amour et que tout se transforme pour nous en bénédiction sous forme de paix, de satisfaction intérieure et de joie. En récompense de nos aumônes, le Père céleste nous donne sa joie. Mais il y a plus encore : saint Pierre cite parmi les fruits spirituels de l’aumône, le pardon des péchés. « La charité, écrit-il, couvre une multitude de péchés » (1 Pierre 4, 8) » (Benoît XVI,
Message pour le carême de 2008, 30 octobre 2007).

(à suivre...)

jeudi 7 février 2008

Le careme (2)

Le carême (2)

Nous avons parlé des sentiments qui animent le Christ avec intensité au cours des semaines antérieures à sa Passion, semaines qui correspondent à notre carême. Il s'agit donc pour nous de faire nôtres ces sentiments, qui ont la Croix pour horizon. Cela implique de nous convertir. Tel est d'ailleurs le premier mot de la prédication du Seigneur : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche » (Matthieu 4, 17).
Toutefois, « cet itinéraire de conversion ne peut pas se limiter (lire la suite) à une période particulière de l'année : c'est un chemin quotidien, qui doit embrasser tout le cours de l'existence, chaque jour de notre vie » (Benoît XVI, Audience générale, 21 janvier 2007). C'est l'affaire de toute notre vie, même si chaque année l'Église nous propose le carême comme un temps privilégié de conversion.
Parlant de la personne humaine, le prophète Osée annonçait, de la part de Dieu : « Je vais la séduire, je vais l'entraîner jusqu'au désert, et je lui parlerai de cœur à cœur » (Os 2, 16). Au désert, comme le Christ. « Le carême est un chemin de conversion dans l'Esprit Saint, pour rencontrer Dieu dans notre vie. En effet, le désert est un lieu de sécheresse et de mort ; il est synonyme de solitude, mais aussi de dépendance de Dieu, de recueillement et de retour à l'essentiel. Pour le chrétien, l'expérience du désert veut dire éprouver personnellement sa petitesse devant Dieu et devenir ainsi plus sensible à la présence de ses frères pauvres » (Jean-Paul II, Message pour le carême 1998).
C'est vers celui-ci que le pape actuel nous invite à nous tourner, en proposant de centrer notre effort de carême sur l'aumône : « Elle est une manière concrète de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, et, en même temps, un exercice ascétique pour se libérer de l’attachement aux biens terrestres. Combien forte est l’attirance des richesses matérielles, et combien doit être ferme notre décision. (...) L’Évangile met en lumière un aspect caractéristique de l’aumône chrétienne : elle doit demeurer cachée. « Que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta droite », dit Jésus, « afin que ton aumône se fasse en secret » (Matthieu 6, 3-4) » (Benoît XVI, Message pour le carême de 2008, 20 octobre 2007).
Saint Paul qualifie l'aumône de « bénédiction » (2 Corinthiens 9, 5), qualificatif qu'explique saint Thomas d'Aquin en ces termes : « L'aumône est appelée bénédiction parce qu'elle est cause de la bénédiction éternelle. Car par l'action de donner, l'homme est béni par Dieu et par les hommes » (Commentaire sur la Deuxième épître aux Corinthiens).

(à suivre...)

vendredi 16 novembre 2007

Jesus et la penitence

Jésus et la pénitence

Quelle a été l'attitude de Jésus face aux pratiques pénitentielles ?

Comme dans d’autres religions, les pratiques pénitentielles étaient enracinées dans le peuple d’Israël. La prière, l’aumône, le jeûne, les cendres répandues sur la tête, le port d’un vêtement de toile dure et rustique, appelé vêtement de sac, constituaient quelques-unes des manières par lesquelles les Israélites manifestaient leur désir de réorienter leur vie et de se convertir à Dieu (cf. Tobie 12, 8 ; Isaïe 58, 5 ; Joël 2, 12-13 ; Daniel 9, 3 etc.).
Jésus qui, comme le notent unanimement les chercheurs en Écriture Sainte, (lire la suite) a centré le contenu de sa prédication sur le Règne de Dieu, exigeait également la conversion comme partie essentielle de l’annonce du Royaume : « Le temps s’est accompli et le règne de Dieu est tout proche ; convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Marc 1, 15). La conversion, la pénitence à laquelle Jésus appelle signifie le changement profond du cœur. Mais elle signifie également de changer de vie pour être cohérent avec ce changement du cœur et donner un fruit digne de la pénitence (Matthieu 3, 8). Ceci veut dire que la pénitence n'est authentique et efficace que lorsqu'elle s’exprime par des actes et des gestes. De fait, Jésus a voulu montrer avec sa vie pénitente que le Règne de Dieu et la pénitence ne sauraient être séparés. Il a pratiqué le jeûne (Matthieu 4, 2), il a renoncé à la commodité d’une résidence stable où se reposer (Matthieu 8, 20) ; il a passé des nuits entières en prière (Luc 6, 12) et, surtout, il a donné volontairement sa vie sur la Croix.
Au fil de ces enseignements les premiers disciples de Jésus ont compris que suivre le Christ impliquait d'imiter son comportement. Saint Luc est l’évangéliste qui souligne davantage le fait que le chrétien doit vivre comme le Christ a vécu, et prendre sa croix chaque jour comme Jésus l’a demandé à ses disciples : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Luc 9, 23). C’est pour cela que les premiers chrétiens ont continué à se rendre au Temple pour prier (Actes 3, 1) et de pratiquer les œuvres de pénitence, comme par exemple le jeûne (Actes 13, 2-3), en toute conformité avec l’enseignement de Jésus : « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage, ainsi ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton père qui est présent dans le secret ; ton père voit ce que tu fais en secret, il te le revaudra » (Matthieu 6, 16-18).
Cependant, à la lumière de la valeur de la mort du Christ sur la Croix, par laquelle les hommes sont rachetés de leurs péchés, les chrétiens ont compris que les pratiques pénitentielles – surtout le jeûne, la prière et l’aumône – et n’importe quelle souffrance non seulement s'ordonnent à la conversion mais encore qu’ils pouvaient s’associer à la mort de Jésus et participer ainsi au sacrifice du Christ pour co-racheter avec lui. C’est ce que nous trouvons dans les écrits de Paul : « Je complète en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église » (Colossiens 1, 24), et c’est ainsi que l'on continue de vivre dans l’Église.

original en espagnol par Juan Chapa,
professeur de la faculté de Théologie de l'Université de Navarre

jeudi 15 novembre 2007

Les indulgences (2)


Les indulgences (2)

L'Église accorde une indulgence partielle à ce qui prolonge aujourd'hui prière, jeûne et aumône : « Les fidèles sont invités à pénétrer d'esprit chrétien les actions quotidiennes et à chercher la perfection de la charité dans leurs occupations ordinaires » (Paul VI, constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, Norme IV.1). En premier lieu, « l'indulgence partielle est accordée au croyant qui, en accomplissant des devoirs et en supportant les adversités, élève avec une humble confiance son esprit vers Dieu, en ajoutant, ne fût-ce que mentalement, une pieuse invocation » (prière). Il suffit donc, (lire la suite) par exemple, d'offrir son travail, d'y mettre une intention surnaturelle, pour obtenir l'indulgence, ou de travailler en ayant sous les yeux un crucifix, ce qui contribue à réaliser la tâche avec sérieux, sans relâcher son effort (aumône).
Ensuite, « l'indulgence partielle est accordée au croyant qui avec esprit de foi et un cœur compatissant s'emploie de sa personne ou de ses biens au service de ses frères dans le besoin ».
Elle l'est enfin « au croyant qui, en esprit de pénitence, se prive spontanément de quelque chose de permis et d'agréable » (jeûne).
Pour obtenir l'indulgence, le fidèle doit prier aux intentions du pape, accomplit l'œuvre prescrite (aller dans tel sanctuaire, par exemple), avoir l'intention d'obtenir l'indulgence, détester le péché, se confesser et communier dans les huit jours.

(voir Bertrand de Margerie, s.j., Le Mystère des Indulgences, Paris, 1998.)