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mardi 28 avril 2015

Dictionnaire encyclopédique de Marie

Dictionnaire encyclopédique de Marie

Vous pouvez écouter une présentation sur Radio Espérance. Vous trouverez également deux pages dans le numéro de Famille chrétienne du 2 au 8 mai 2015. Rappel

samedi 16 juin 2007

Le Coeur Immacule de Marie

Le Cœur Immaculé de Marie

Le lendemain de la solennité du Sacré-Cœur, l’Église célèbre la mémoire du Cœur Immaculé de Marie. La proximité de ces deux célébrations est déjà en elle-même, au niveau liturgique, un signe de leur connexion étroite : le mysterium du Cœur du Sauveur s’imprime et se reflète dans le Cœur de sa Mère, qui est donc associée à ce mystère tout en demeurant dans sa condition de disciple. De même que la solennité du Sacré-Cœur célèbre l’ensemble des mystères du salut accomplis par le Christ, en les synthétisant et en les ramenant à leur source - qui, de fait, est le Cœur -, ainsi (lire la suite) la mémoire du Cœur Immaculé de Marie est la célébration complète de l’union du Cœur de la Mère à l’œuvre de salut de son Fils : depuis l’incarnation jusqu’à la mort et à la résurrection, et au don de l’Esprit Saint.
La dévotion au Cœur Immaculé de Marie s’est beaucoup répandue à la suite des apparitions de la Vierge Marie à Fatima, en 1917. À l’occasion de leur 25ème anniversaire, en 1942, Pie XII consacra l’Église et l’humanité au Cœur Immaculé de Marie, et, en 1944, la fête du Cœur Immaculé de Marie fut étendue à toute l’Église.
Les expressions de la piété populaire envers le Cœur Immaculé de Marie se calquent sur celles qui s’adressent au Sacré-Cœur du Christ, tout en maintenant la distance infranchissable entre le Fils, vrai Dieu, et la Mère, dans sa condition de créature : il convient de citer, en particulier, la consécration personnelle des fidèles, de même que celle des familles, des communautés religieuses et des nations ; la réparation, accomplie au moyen de la prière, la mortification et les œuvres de miséricorde ; la pratique des Cinq premiers samedis du mois.
Il faut noter que les observations faites à propos des Neuf premiers vendredis s’appliquent à la communion sacramentelle des Cinq premiers samedis consécutifs : il s’agit, en particulier, de la nécessité d’évaluer à sa juste mesure le signe de ces cinq premiers samedis, et de la manière adéquate de s’approcher de la communion dans le contexte de la célébration de l’Eucharistie ; ainsi, cette dévotion doit être considérée comme une occasion propice pour vivre intensément, avec une attitude inspirée de celle de la Vierge Marie, le Mystère pascal qui se célèbre dans l’Eucharistie.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°1.

mercredi 13 juin 2007

La conscience chretienne comme soutien du droit à la vie


La conscience chrétienne comme soutien du droit à la vie


Tel est le titre d'un Congrès international organisé les 23 et 24 février dernier par l'Académie pontificale pour la vie. Le pape Benoît XVI s'est adressé aux participants pour rappeler que le droit à la vie "exige d'être défendu par tous parce que fondamental par rapport aux autres droits humains". Ce rappel est plus que nécessaire dans un monde où prévalent le laxisme et l'opportunisme.
Le pape Jean-Paul II avait rappelé le danger, qui n'est pas qu'une hypothèse, d'une déformation de la conscience à laquelle Jésus faisait allusion (lire la suite) quand il donnait cet avertissement : "La lampe de ton corps, c'est l'œil ; si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux. Mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres !" (Matthieu 6, 22-23). Et le pape de commenter : "Dans les paroles de Jésus (...) nous trouvons l'appel à former la conscience et à la rendre objet d'une conversion continuelle à la vérité et au bien. Il faut lire de manière analogue l'exhortation de l'Apôtre à ne pas se conformer à la mentalité de ce monde, mais à se transformer en renouvelant notre jugement (cf. Romains 12, 2). En réalité, c'est le "cœur" tourné vers le Seigneur et vers l'amour du bien qui est la source des jugements vrais de la conscience. En effet, "pour pouvoir discerner la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait" (Romains 12, 2), la connaissance de la Loi de Dieu est certes généralement nécessaire, mais elle n'est pas suffisante : il est indispensable qu'il existe une sorte de "connaturalité" entre l'homme et le bien véritable (cf. saint Thomas d'Aquin, Somme théologique II-II, q. 45, a. 2)" (Jean-Paul II, encyclique La splendeur de la vérité, n. 63-64).
En ce sens, le pape Benoît XVI pouvait rappeler, dans l'allocution citée ci-dessus, que le chrétien doit réagir face aux attaques contre le droit à la vie, assuré de "pouvoir compter sur les motivations qui ont de profondes racines dans la loi naturelle et qui peuvent donc être partagées par toute personne à la conscience droite".
Les attaques contre la vie sont connues de tous : "Pressions toujours plus fortes en faveur de la légalisation de l'avortement en Amérique latine et dans les pays en voie de développement" ; "recherche obsessionnelle dans les pays développés de l'enfant parfait" et conforme aux désirs de ses parents ; "nouvelle vague d'eugénisme discriminatoire qui attire les consensus au nom d'un bien-être présumé des personnes et, surtout dans les pays économiquement développés, des lois sont votées pour légaliser l'euthanasie" (pensons à la campagne orchestrée qui a commencé dans notre pays, selon un processus identique à celui qui a aboutit à la légalisation de l'avortement) ; "pressions pour légaliser des formes de cohabitation alternative au mariage et fermées à la procréation naturelle", et nous pourrions élargir la liste.
Une conclusion à en tirer est qu'il faut "à nouveau susciter le désir de la conscience de la vérité authentique, de la défense de la liberté de choix personnelle par rapport aux comportements de masse et aux illusions de la propagande". Enfin, Benoît XVI a fait remarquer que lorsque "la valeur de la vie humaine est en jeu, l'harmonie entre la fonction magistrale et l'engagement laïque devient singulièrement importante : la vie est le premier des biens reçus de Dieu et est le fondement de tous les autres ; garantir le droit à la vie pour tous et de manière égale pour tous est un devoir et de cet acquittement dépend l'avenir de l'humanité". Il s'agit, comme le disait Paul VI, relayé par Jean-Paul II, de construire la "civilisation de l'amour" face à la "civilisation de la mort".

lundi 11 juin 2007

Le Sang du Christ

Le Sang du Christ

Dans le contexte de la révélation biblique, c’est-à-dire aussi bien dans les figures de l’Ancien Testament que dans la phase d’accomplissement et de perfectionnement apportés par le Nouveau Testament, le sang est intimement lié à la vie et donc, par antithèse, à la mort, avec les thèmes de l’exode et de la Pâque, du sacerdoce et des sacrifices cultuels, de la rédemption et de l’alliance.
Les figures vétéro-testamentaires relatives au sang et à sa valeur dans l’ordre du salut (lire la suite) trouvent leur parfait accomplissement dans le Christ, surtout dans sa Pâque, c’est-à-dire dans sa mort et sa résurrection. Le mystère du sang du Christ se situe donc au cœur même de la foi et du salut.
Les principaux passages de la Bible, qui illustrent le mystère du salut exprimé par le sang, sont les suivants :
- l’événement de l’incarnation du Verbe (cf. Jean 1, 14), et le rite de l’insertion du nouveau-né Jésus dans le peuple de l’Ancienne Alliance, au moyen de la circoncision (cf. Luc 2, 21) ;
- la figure biblique de l’Agneau, particulièrement riche tant du point de vue du contenu que des diverses implications qu’elle comporte : ainsi, la figure de cet "Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde" (Jean 1, 29. 36), sur laquelle se fixe l’image du "Serviteur souffrant" d’Isaïe 53, qui porte sur lui les souffrances et le péché de l’humanité (cf. Isaïe 53, 4-5) ; c’est aussi la figure de "l’Agneau pascal" (cf. Exode 12, 1 ; Jean 12, 36), symbole de la rédemption d’Israël (cf. Actes 8, 31-35 ; 1 Corinthiens 5, 7 ; 1 Pierre 1, 18-20) ;
- le "calice de la passion", dont parle Jésus, en faisant allusion à l’imminence de sa mort rédemptrice, en particulier lorsqu’il pose la question suivante aux fils de Zébédée: "pouvez-vous boire au calice que je vais boire ?" (Matthieu 20, 22 ; cf. Marc 10, 38), et le calice de l’agonie, celui du jardin des oliviers (cf. Luc 22, 42-43), qui est marqué par la sueur de sang (cf. Luc 22, 44) ;
- le calice de l’Eucharistie qui, sous le signe du vin, contient le sang de la nouvelle et éternelle Alliance, versé pour la rémission des péchés, et qui est à la fois le mémorial de la Pâque du Seigneur (cf. 1 Corinthiens 11, 25), et la boisson du salut selon les paroles du Maître: "celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi je le ressusciterai au dernier jour" (Jean 6, 54) ;
- l’événement de la mort du Christ, car par son sang versé sur la croix, Jésus donne la paix au ciel et sur la terre (cf. 1 Corinthiens 1, 20) ;
- le coup de lance qui transperce l’Agneau immolé, dont le côté ouvert laisse jaillir le sang et l’eau (cf. Jean 19, 34), signe tangible de l’accomplissement de la Rédemption, et expression de la vie sacramentelle de l’Église - l’eau et le sang s’appliquant respectivement au Baptême et à l’Eucharistie -, symbole aussi de l’Église, née du Cœur transpercé du Christ endormi sur la croix.
Le mystère du sang versé par Jésus se relie aux titres christologiques suivants: tout d’abord celui de Rédempteur : le Christ, en effet, nous a rachetés de l’esclavage antique avec son sang innocent et précieux (cf. 1 Pierre 1, 19) et "nous purifie de tout péché" (1 Jean 1, 7) ; puis celui de souverain Prêtre "des biens à venir", parce que le Christ "entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle" (Hébreux 9, 11-12) ; celui de Témoin fidèle (cf. Apocalypse 1, 5), vengeur du sang des martyrs (cf. Apocalypse 6, 10) qui "furent immolés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu" (Apocalypse 6, 9) ; celui de Roi, qui, étant Dieu, "règne par le bois de la croix", orné de la pourpre de son propre sang ; enfin, celui d’Époux et d’Agneau de Dieu, dans le sang duquel les membres de la communauté ecclésiale - c’est-à-dire son Épouse - ont lavé leurs vêtements (cf. Apocalypse 7, 14; Éphésiens 5, 25-27).

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, nos 175-176.

jeudi 7 juin 2007

L'humilite et la gloire (fin)


L'humilité et la gloire (fin)


Je termine ici mes réflexions sur l'humilité et la gloire.
Ce dépouillement de soi permet l’ouverture à l’autre et, au-delà de lui, à Dieu : « L’humilité nous conduit comme par la main vers cette façon d’aborder notre prochain, qui est la meilleure : comprendre tous les hommes, vivre en bonne entente avec tous, pardonner à tous, ne créer ni divisions ni barrières, nous comporter, toujours, comme des instruments d’unité. (lire la suite) Ce n’est pas en vain qu’il existe au fond de notre âme une forte aspiration à la paix, à l’union avec nos semblables, au respect mutuel des droits de la personne, de sorte que tous ces égards se transforment en fraternité. C’est le reflet de ce qu’il y a de plus précieux dans notre condition humaine ; si nous sommes tous enfants de Dieu, la fraternité ne se réduit pas à un lieu commun ; elle n’est pas non plus un idéal illusoire. Elle apparaît comme un but difficile mais réel » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 233). En effet, « tout ce qui passe et ne tourne pas à la gloire de Dieu est néant, et au-dessous même du néant » (sainte Thérèse d’Avila, Vie, 20, 26).
Comme saint Pierre l’écrit, « Dieu résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles » (1 Pierre 5, 5). Partant de cette prémisse, il ajoute une exhortation : « Humiliez-vous donc sous la main puissante de Dieu pour qu’il vous élève en temps voulu. Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car il prend soin de vous » (Ibid., 6-7). Il ne s’agit donc pas de s’humilier pour le plaisir de s’humilier, dans une espèce de masochisme, mais de s’abaisser pour être emmené par Dieu dans les hauteurs de sa gloire le moment venu, c’est-à-dire à l’heure de notre mort. D’où une grande confiance en Dieu, illustrée par des paraboles évangéliques : les oiseaux du ciel qui ne sèment ni ne moissonnent, les lis des champs qui ni travaillent ni ne filent, mais dont Dieu prend soin. À combien plus forte raison s’occupe-t-il des hommes (cf. Matthieu 6, 19-34). C’est cette même idée que saint Augustin exprime quand, s’adressant à Dieu, il écrit : « Tu prends soin de chacun d’entre nous-même si tu n’avais à t’occuper que de nous » (Confessions 3, 11, 19).
(fin)

lundi 4 juin 2007

Priere a la Sainte Trinite



Nous venons de fêter la Très Sainte Trinité, le Dieu unique en trois Personnes. La vie chrétienne consiste à s’unir de plus en plus à Dieu, donc à chacune des trois Personnes. Il est bon de nous rendre compte d’ailleurs que nous ne sommes jamais seuls, car, si notre âme est en état de grâce, Dieu est avec nous, ce qui fait que nous sommes déjà… quatre ! Et quels amis que les trois autres !
La bienheureuse Élisabeth de la Trinité, (lire la suite) dont j’ai parlé avant-hier, nous aide à inviter le Seigneur à réaliser en nous dès à présent cette profonde union, qui ne pourra atteindre sa plénitude qu’au ciel : « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité ; que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère ! Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là, tout entière, tout éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre action créatrice. »

dimanche 3 juin 2007

La Sainte Trinite

La Sainte Trinité

L’Église célèbre la solennité de la Très Sainte Trinité le dimanche après la Pentecôte. À la fin du Moyen Âge, la dévotion croissante des fidèles à l’égard du mystère de Dieu Un et Trine, qui, depuis l’époque carolingienne, avait occupé une place importante dans le domaine de la piété privée et avait donné naissance à diverses expressions de la piété liturgique, incita Jean XXII à étendre, en 1334, la fête de la Trinité à toute l’Église latine. Cette décision eut à son tour une influence déterminante dans l’apparition et le développement de certains pieux exercices.
En ce qui concerne les diverses formes (lire la suite) qu’emprunte la piété populaire pour évoquer l’incomparable Trinité, qui est "le mystère central de la foi et de la vie chrétienne", il est sans doute moins important de présenter tel ou tel pieux exercice en particulier, que de souligner à leur propos que toute forme authentique de piété chrétienne doit avoir pour référence incontournable le seul vrai Dieu Un et Trine, c’est-à-dire "le Père tout-puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint". Tel est le mystère de Dieu, qui a été révélé dans le Christ et par le Christ. Telle est sa manifestation dans l’histoire du salut. Celle-ci, en effet, n’est autre que "l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché".
Il existe effectivement un grand nombre de pieux exercices qui ont un aspect et une dimension trinitaire. La plus grande partie d’entre eux débutent avec le signe de la croix, accompagné des paroles : "Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit"; or c’est cette même forme qui est employée lors du baptême des disciples de Jésus (cf. Mt 28, 19), au moment où commence pour chacun d’entre eux une vie de communion intime avec Dieu, en tant que fils du Père, frères du Fils incarné et temples de l’Esprit Saint. D’autres pieux exercices, qui adoptent des formes semblables à celles de l’actuelle Liturgie des Heures, s’ouvrent en rendant "Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit". D’autres encore s’achèvent par la bénédiction donnée au nom des trois Personnes divines. Et il existe aussi de nombreux exercices qui, en s’inspirant du schéma typique de la prière liturgique, sont adressés "au Père par le Christ et dans l’Esprit", et présentent donc des formules doxologiques inspirées des textes liturgiques.
Le culte représente le dialogue de Dieu avec l’homme par le Christ et dans l’Esprit Saint ; une telle affirmation est déjà présente dans la première partie de ce Directoire. Il est donc nécessaire que l’orientation trinitaire soit aussi un élément constant de la piété populaire. Ainsi, il convient d’aider les fidèles à prendre conscience que les pieux exercices en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, des anges et des saints ont comme finalité ultime le Père, de qui tout procède et vers qui tout conduit; de même que le Fils, le Verbe incarné, mort et ressuscité, unique médiateur (cf. 1 Tm 2, 5), sans lequel il est impossible d’accéder au Père (cf. Jn 14, 6), et enfin l’Esprit Saint, seule source de grâce et de sanctification. Il est important d’écarter le risque d’entretenir l’idée d’une "divinité" qui fasse abstraction des Personnes Divines.
Parmi les pieux exercices qui s’adressent directement à Dieu Un et Trine, il est important de mentionner, en plus de la brève doxologie (Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit) et de la doxologie développée (Gloire à Dieu au plus haut des cieux...), le Trisagion biblique (Saint, Saint, Saint), et liturgique (Dieu Saint, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous), très répandu en Orient et dans certains pays, ordres et congrégations de l’Occident.
Le Trisagion liturgique, qui s’inspire d’autres chants composés à partir du Trisagion biblique - comme, par exemple, le Sanctus de la célébration eucharistique, de l’hymne du Te Deum, et des Impropères du rite de l’adoration de la Croix du Vendredi Saint, qui proviennent eux-mêmes d’Isaïe 6, 3 et d’Apocalypse 4, 8 -, est un pieux exercice durant lequel les participants prient, unis aux puissances angéliques, en glorifiant de façon réitérée le Dieu Saint, Fort et Immortel, avec des expressions de louange tirées de la divine Écriture et de la Liturgie.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°157-159.

samedi 2 juin 2007

Elisabeth de la Trinite

Élisabeth de la Trinité


Demain, 3 juin, aura lieu la clôture des célébrations destinées à marquer le centenaire de la mort de la bienheureuse Élisabeth de la Trinité, le 9 novembre 2006. Le nom de la carmélite de Dijon est tout un programme en soi. Il montre que la Trinité nous empêche de manipuler l’idée de Dieu. « La bienheureuse Élisabeth a compris que, sans la Trinité, nous revenons à nos archétypes mentaux et culturels. En effet, si Dieu n’est pas Père, Fils et Esprit Saint, nous le ramenons spontanément à des dimensions qui ne sont pas les siennes.
Si nous envisageons Dieu uniquement comme le Père créateur, alors il est un être lointain, (lire la suite) inaccessible, qui n’entre pas en communication avec nous. Si nous devions voir uniquement Dieu sous la figure de l’Incarné, de Jésus qui a marcha parmi nous, s’il n’est pas le fils du Père éternel, alors il est un prophète comme les autres, il n’est pas le fils éternel. Si l’Esprit n’est pas l’Esprit qui procède du Père, qui est aussi l’Esprit du Christ, nous pouvons nous annexer l’Esprit Saint et lui faire dire ce qui nous convient.
Mais si les trois sont ensemble, je ne peux pas manipuler l’idée de Dieu. Elle est prodigieusement une : Dieu qui est a la fois celui qui suscite toute chose ; Dieu qui est tellement amour qu’il vient partager notre existence dans le Fils pour nous entraîner dans sa vie, pour transformer cet univers de la condition mortelle à la condition d’éternel vivant ; Dieu qui est Esprit, puissance du monde à venir déjà à l’œuvre parmi nous. Ils sont trois : c’est l’Esprit du Christ qui tient l’Église et la cimente, c’est le Christ qui nous renvoie au Père et nous donne son Esprit » (Monseigneur Roland Minnerath, archevêque de Dijon, Homélie, 11 juin 2006).
Sœur Élisabeth de la Trinité disait : « La Trinité, c’est comme une mer immense qui me submerge, c’est comme un abîme dans lequel je me perds. » Abîme insondable, certes, car Dieu est infini, mais dans lequel nous sommes invités à plonger, car la vie chrétienne n’est rien d’autre au fond que de vivre au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

lundi 21 mai 2007

La foi : comment croire ?


La foi : comment croire ?

La foi est fondamentalement un don de Dieu, qu’il accorde à qui il veut. C’est une vertu théologale, disposition ferme et permanente à bien agir, ayant Dieu lui-même pour objet. Elle est mise dans l’âme au moment du baptême. Par elle « nous croyons en Dieu et à tout ce qu’il nous a révélé, et que la sainte Église nous propose à croire, parce qu’il est la vérité même » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1814). Elle « est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu » (Ibid., n° 150).
Éclairant l’intelligence et agissant sur la volonté, la foi permet à l’homme (lire la suite) de croire fermement tout ce que Dieu a révélé, non en vertu de son évidence intrinsèque, mais en vertu de l’autorité de Dieu.
La foi est nécessaire pour sauver son âme : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc 16, 16). Le contexte est celui de l’annonce de la foi, de l’Évangile, par les apôtres.
Il convient donc de demander à Dieu la foi, ou son accroissement. Prenant conscience de leurs limites, les apôtres disent en effet à Jésus : « Augmente en nous la foi » (Luc 17, 5). Il faut la demander avec l’assurance que Dieu se laisse trouver par ceux qui le cherchent d’un cœur sincère et qu'il s’avance même à la rencontre de l’homme : « Je me laissais trouver de qui ne me recherchait pas » (Isaïe 65, 1).
Donc la foi n'est pas affaire de sentiments, d'impressions, ni même de convictions ou d'opinions personnelles. Ce n'est pas davantage une carte à partir de laquelle chacun compose le menu qui lui plaît.
La foi est une vertu au contenu arrêté et richissime. Elle permet la rencontre personnelle de Dieu, du vrai Dieu. Venant de lui, l'homme ne peut qu'y adhérer entièrement avec reconnaissance et fierté. Il doit ensuite poser des actes de foi tout au long de son existence, ce que l'on appelle "pratiquer sa foi", fréquenter les sacrements, notamment la confession pour être en mesure de communier dignement, faire des actes de foi souvent et en particulier à l'heure de sa mort.
La foi porte sur des vérités qui ne nous sont pas évidentes : la Très Sainte Trinité (un seul Dieu en trois Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit), la présence réelle du Christ, le Fils de Dieu, dans l'Eucharistie, la Virginité perpétuelle de Marie, l'existence du ciel pour les élus et de l'enfer pour les damnés, l'infaillibilité des enseignements du pape dans des cas bien déterminés, etc. Mais nous savons "que Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper" (acte de foi). Y adhérer n'a donc rien d'irrationnel, puisque foi et raison puissent toutes deux leur origine en Dieu.

(à suive...)

samedi 19 mai 2007

La droiture d’intention


La droiture d’intention


« Quel que soit votre travail, faites-le de bon cœur, pour le Seigneur et non pour plaire aux hommes » (Colossiens 3, 23). L’intention est particulièrement importante pour la qualification morale des actes. Celle-ci dépend d'abord de l'objet, qui doit être bon, et des circonstances, qui peuvent accroître ou diminuer la gravité de l'acte. Mais l'intention est déterminante en ce sens qu'elle qualifie l'acte posé. Si mon intention est mauvaise, comme lorsque je donne de l'argent à un mendiant pour qu'il s'ennivre, (lire la suite)
mon action, qui paraît bonne aux yeux des hommes, est devenue moralement mauvaise. En revanche, si j'agis avec une intention droite, mais réalise une action mauvaise en soi, cette action ne peut pas devenir bonne, comme, par exemple, si je débranche un malade pour abréger ses souffrances (cas de l'euthanasie). L'intention est bonne, mais le moyen utilisé est mauvais, or, on ne peut jamais faire le mal pour obtenir un bien (on verra les textes sur le bien et le mal mis à partir du 2 janvier 2007).
Tâchons de scruter la volonté de Dieu pour savoir ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce que nous pouvons faire et ce qu'il faut éviter de faire : « Comme des yeux d’esclave vers la main de leur maître, comme les yeux d’une servante vers la main de sa maîtresse, ainsi nos yeux vers Yahvé notre Dieu » (Psaume 123 [122], 2).
Cette Volonté de Dieu se trouve exprimée dans les principes généraux du christianisme : vérités de foi, commandements et béatitudes, discipline des sacrements, etc. Elle nous parvient aussi par les orientations de ceux qui possèdent une autorité sur nous : hiérarchie ecclésiastique, parents et professeurs pour les enfants, supérieurs dans le domaine professionnel ou autre, etc. Pourvu toutefois que ce que les hommes commandent n’aillent pas à l’encontre de la Volonté de Dieu, de la loi morale naturelle, valable universellement — c’est-à-dire pour tous les hommes de tous les temps — et inscrite dans le cœur de l’homme : « Les prescriptions de la Loi sont gravées dans leurs cœurs, ce dont témoigne leur conscience, comme aussi leurs pensées qui, tout à tour, les accusent ou bien les excusent » (Romains 2, 15).
Avoir une intention droite, c’est aussi faire ce que l’on dit, s’appliquer à soi-même ce que l’on enseigne aux autres. « Pourquoi vous enorgueillir ? Parce que vous enseignez la sagesse ? Il est facile de le faire en paroles ; enseignez-moi par l’exemple de votre vie : c’est la meilleure instruction. Vous vantez la modération, et là-dessus vous développez un long discours, vous faites couler à profusion les flotte votre éloquence. Il vaudrait mieux, vous dira-t-on, l’enseigner en la pratiquant, car jamais l’enseignement borné aux paroles ne pénétrera l’esprit aussi bien que les actions » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes 30, 3).

dimanche 15 avril 2007

Les dogmes


Les dogmes

Quand on dit de quelqu’un qu’il est « dogmatique », cela signifie qu'il « exprime ses opinions d’une manière tranchée, péremptoire ». Il y a là une déformation du mot « dogme », du grec dogma, « opinion », qui est la vérité définie par l’Église, qui la « propose sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la révélation divine ou bien quand [elle] propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 88). Le « dogme catholique » est l’ensemble des vérités de foi.
Les deux derniers dogmes proclamés par l’Église (lire la suite) sont, en 1870, celui de l’infaillibilité pontificale, c’est-à-dire que, dans certaines circonstances, quand il parle en matière de foi et de morale ex cathedra, « de son siège » de successeur de saint Pierre, le pape ne peut pas se tromper dans la doctrine ; et, en 1950, celui de l’Assomption de la Sainte Vierge au ciel avec son corps et son âme à la fin du cours de sa vie terrestre.
Quand l’Église proclame un dogme, elle ne découvre pas une doctrine, moins encore elle l’invente. « C’est une vérité contenue en germe dans la Sainte Écriture et la tradition, proclamée par l’autorité suprême de l’Église pour contrecarrer une hérésie, ou pour répondre à l’attente pressante du peuple chrétien . […] Les modernistes soutiennent la possibilité d’un développement du dogme, y compris dans le sens qu’il faut donner aux vérités qu’il définit. La doctrine catholique affirme l’immutabilité du dogme, tout en admettant un développement de la vérité qu’il affirme » (D. Le Tourneau, « Dogme », Les mots du christianisme. Catholicisme — Orthodoxie — Protestantisme, p. 223). Et c’est logique, car une vérité est ce qu’elle est, et ne peut pas changer. Elle peut, en revanche, être connue plus à fond et mieux expliquée. Ils ne s’opposent pas à la raison : la raison, éclairée par la foi, peut arriver « à une certaine intelligence très fructueuse des mystères, soit grâce à l’analogie avec les choses qu’elle connaît naturellement, soit grâce aux liens qui relient les mystères entre eux et avec la fin dernière de l’homme ». Mais ces mystères resteront « enveloppés dans une certaine obscurité » tant que l’homme vit sur terre, car, de par leur nature même, ces mystères dépassent de beaucoup l’intelligence créée.
En tout cas, les dogmes sont comme des « fenêtres ouvertes sur l’infini », car ils ont trait à des vérités surnaturelles. Ce ne sont pas des barrières, mais les rails d’une voie qui conduit à la connaissance du vrai Dieu. Ils sont « des lumières sur le chemin de notre foi, ils l’éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur sont ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 89) : « Si vous vous attachez à ce que je vous ai dit, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jean 8, 31-32).

vendredi 13 avril 2007

La resurrection des morts (fin)


La résurrection des morts (fin)

Enfin, la mort du chrétien est un événement de grâce, dans la mesure où, dans le Christ et par le Christ, elle acquiert un sens positif. Cette certitude est fondée sur l’enseignement des Écritures : "en effet, pour moi vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage" (Philippiens 1, 21) ; "voici une parole sûre: si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons" (2 Timothée 2, 11).
Selon la foi de l’Église, le fait de "mourir avec le Christ" commence avec le Baptême : en le recevant, le disciple du Seigneur est déjà (lire la suite) sacramentellement "mort avec le Christ" et ressuscité à une vie nouvelle ; s’il meurt dans la grâce du Christ, la mort physique est le sceau de cette "mort avec le Christ", et elle le porte ainsi à son propre achèvement en l’incorporant pleinement et pour toujours au Christ Rédempteur.
Ainsi, l’Église, en priant pour les âmes des défunts, implore Dieu en leur faveur pour qu’ils obtiennent de Lui la vie éternelle; cette prière n’est pas uniquement destinée aux disciples du Christ, mais aussi à tous les défunts, dont Dieu seul connaît la foi.

La signification des suffrages
Au moment de sa mort, le juste rencontre Dieu, qui l’appelle à lui pour le rendre participant de sa vie divine. Toutefois, personne ne peut être accueilli dans l’amitié et l’intimité de Dieu, s’il n’a pas d’abord été purifié des conséquences personnelles de toutes ses fautes par Dieu lui-même. "L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus, qui est tout autre chose que le châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire en particulier dans les décrets des Conciles de Florence et de Trente."
Cette doctrine a suscité la pieuse habitude des prières de suffrages pour les âmes du Purgatoire. Elles sont une supplication pressante adressée à Dieu pour qu’il accorde sa miséricorde aux fidèles défunts, qu’il les purifie du feu de sa charité et les introduise dans son Royaume de lumière et de vie.
Les suffrages sont une expression cultuelle de la foi dans la communion des Saints. De fait, "l’Église en ses membres qui cheminent sur la terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages, car "la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse" (2 Machabées 12, 46)". Parmi ces prières, viennent en premier lieu la célébration du sacrifice eucharistique, puis d’autres expressions de piété, comme les prières, les aumônes, les œuvres de miséricorde, les indulgences en faveur des âmes des défunts.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, nos 248-251.

jeudi 12 avril 2007

La foi en la resurrection des morts


La foi en la résurrection des morts

"C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet." Toutefois, la foi dans le Christ transforme cette énigme en la certitude d’une vie sans fin. De fait, Jésus a déclaré qu’il a été envoyé par le Père "pour que tout homme qui croit en lui ne meure pas, mais obtienne la vie éternelle" (Jean 3, 16), et aussi : "la volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour" (Jean 6, 40). En référence à l’Écriture Sainte, l’Église professe donc sa foi dans la vie éternelle, par ces mots contenus dans (lire la suite) le Symbole de Nicée-Constantinople : "J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir."
En se fondant sur la Parole de Dieu, l’Église croit et espère fermement que "tout comme le Christ est vraiment ressuscité d’entre les morts et vit pour l’éternité, les justes, eux aussi, après leur mort, sont appelés à vivre pour toujours avec le Christ ressuscité".
La foi dans la résurrection des morts, qui est un élément essentiel de la révélation chrétienne, implique une vision spécifique de l’événement inéluctable et mystérieux de la mort.
La mort est la conclusion de la phase terrestre de la vie humaine, mais "pas de notre être", puisque l’âme est immortelle. "Nos vies sont inscrites dans un laps de temps déterminé, durant lequel nous nous transformons et nous vieillissons ; ainsi, comme pour toutes les créatures, qui peuplent cette terre, la mort apparaît comme la fin naturelle de la vie" ; du point de vue de la foi, la mort est aussi "la fin du pèlerinage de l’homme sur cette terre ; elle est aus-si la fin de ce temps de grâce et de miséricorde que Dieu offre à chaque homme pour mener à bonne fin sa vie terrestre selon son projet divin, et pour décider de son destin éternel".
S’il est vrai que la mort est un phénomène naturel, il apparaît aussi qu’elle correspond au "salaire du péché" (Romains 6, 23). De fait, selon une interprétation authentique des affirmations contenues dans la Sainte Écriture (cf. Genèse 2, 17; 3, 3; 3, 19 ; Sagesse 1, 13 ; Romains 5, 12 ; 6, 23), le Magistère de l’Église "enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l’homme".
Jésus, le Fils de Dieu, "né d’une femme, sujet de la loi juive" (Galates 4, 4), a lui aussi subi la mort, qui est propre à la condition humaine ; et tout en éprouvant de l’angoisse face à elle (cf. Marc 14, 33-34; Hébreux 5, 7-8), "il l’accepta en se soumettant sans réserve et librement à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction".
La mort est devenue le passage à la plénitude de la vraie vie ; l’Église renverse donc la logique et la prospective de ce monde en appelant le jour de la mort du chrétien son dies natalis, ou le jour de sa naissance au ciel, où "la mort n’existera plus, et il n’y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse, car la première création aura disparu" (Apocalyse 21, 4). Comme l’exprime si bien la Liturgie, la mort est donc le prolongement de la vie d’ici-bas, selon un mode complètement nouveau : "Car pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux."
(à suivre...)

mercredi 11 avril 2007

Le saint suaire de Turin (fin)


Le saint suaire de Turin (fin)


En 1978, le STURP (Shroud of Turin Research Project) composé d’une équipe scientifique, analyse le Suaire à la loupe. Leurs résultats sont étonnants. Max Frei trouve des pollens de plantes du Moyen-Orient sur le tissu. L’analyse anatomique montre une précision médicale inhabituelle. Mais on ne veut réaliser aucune expérience destructive, donc pas encore de datation au C14. A cette époque en effet, l’échantillon nécessaire pour une datation correcte est trop grand pour être acceptable. En 1979, (lire la suite) Gove demande et obtient la permission de réaliser des mesures avec sa nouvelle méthode de datation AMS au C14 : les résultats semblent tellement aberrants qu’ils seront rejetés. En 1980, Ugolotti et Marastoni découvrent des inscriptions sur le Suaire.
Il faudra attendre 1988 avant de mettre tout le monde d’accord au sujet du C14 (l'Église qui en devint propriétaire en 1983, les laboratoires, les protocoles de mesure, etc.). Le résultat des mesures donne un âge d’environ 700 ans (de 1260 à 1390 après Jésus-Christ). Mais les laboratoires divergent nettement dans leurs mesures, en particulier le laboratoire d’Oxford, et cela uniquement pour les échantillons du Suaire. Le niveau significatif d’accord entre les trois résultats est de 5%, alors que pour les trois autres échantillons de test, le niveau significatif (montrant l’accord des mesures entre les laboratoires) est élevé (30%, 50% et 90% : voir le numéro 337 de Nature, février 1989, p. 611-615 et notre page de proposition d’expériences).
En 1993, a lieu à Rome un congrès sur le Suaire de Turin : plusieurs scientifiques s’interrogent sur les méthodes et le protocole suivis pour la datation au C14, et mettent en doute certains résultats et interprétations.
Le linceul pourrait avoir subi un enrichissement en C14 au cours de son histoire mouvementée. Les causes d’enrichissement possibles vont des échanges ioniques lors des incendies (atmosphère très chaude riche en carbone jeune, avec catalyse de traces d’argent selon Kouznetsov), présence de matières organiques inanimées ou vivantes (le tissu a été vénéré par des pèlerins et a été encensé, manipulé par beaucoup et probablement plus en touchant les bords que l’image, présence de bactéries ou de moisissures, etc.).
On possède des allusions écrites et des représentations du Suaire antérieures à la datation des laboratoires (par exemple le Codex de Pray de 1150, comme l’explique le prof. Lejeune).
Entre 1994 et 1996, l’Institut d’optique d’Orsay (A. Marion et A.-L. Courage) confirme la présence d’inscriptions en grec et latin sur le Suaire (rien en français du 13e s.).
En avril 1997, la cathédrale de Turin subit un incendie qui sera à deux doigts de détruire le linceul, sauvé par l’équipe de pompiers de la ville. 1998 est l’année du 100ème anniversaire de la photo de Secondo Pia, et le cardinal Saldarini la proclame année d’ostention. Il en sera de même lors de l’année sainte de l’an 2000. »

Abbé Ph. Dalleur
Docteur en Sciences appliquées
Docteur en Philosophie

dimanche 8 avril 2007

La Resurrection de Jesus

La Résurrection de Jésus

« Il n’est pas ici, il est ressuscité ! » Luc 24, 6). Jésus n’est donc pas dans le tombeau, ce tombeau que nous vénérons sous le nom de « saint Sépulcre ». Il n’y est pas, il n’y est plus, car il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants (cf. Matthieu 22, 32), et car il ne pouvait pas rester prisonnier de la mort (cf. Actes 2, 24). La mort ne pouvait pas le retenir, lui qui venait de la vaincre par sa propre mort sur la Croix, qui libère l’homme du péché. La mort n’avait pas d’emprise sur lui, qui est « la Vie » (Jean 14, 6), source de Vie éternelle, « le Vivant » (Apocalypse 1, 18). La mort est comme « le négatif » de Dieu… (lire la suite)
Le Christ est ressuscité ! Il avait fallu se hâter de le mettre en terre, car c’était « vraiment un grand jour que ce sabbat » (Jean 19, 31), celui au cours duquel on célébrait la Pâque, la plus solennelle des fêtes de toute l ’année. Jésus est ressuscité ! Et voilà que ce sabbat devient « le plus solennel de toute l’histoire, parce qu’avec lui le « Seigneur du sabbat » (cf. Matthieu 12, 8) porte à son accomplissement l’œuvre de la création (cf. Genèse 2, 1-4a), élevant l’homme et le cosmos tout entier à la liberté de la gloire des fils de Dieu (cf. Romains 8, 21) » (Benoît XVI, Homélie de Pâques, 16 avril 2006).

mardi 3 avril 2007

La Providence divine


La Providence divine

« Providence » vient du latin pro videre, « vivre en avant », « prévoir », « veiller sur quelqu’un ». C’est l’ensemble des « dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création » à la perfection ultime qu’elle doit encore atteindre (Catéchisme de l’Église catholique, n° 302). Le concile Vatican II (1870-1871) a déclaré que « Dieu garde et gouverne par sa Providence l’ensemble de ce qu’il a créé, « atteignant avec force d’un bout à l’autre et disposant tout avec douceur » (Sagesse 8, 1). En effet, « toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux » (Hébreux 4, 13), y compris celles que l’action libre des créatures produira » (lire la suite) (constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique).
Dieu respecte les lois physiques du monde qu’il a créé, même s’il peut s’en affranchir, car il est le « Tout-Puissant ». Ce fut le cas, par exemple, quand le soleil s’arrêta alors que la Sainte Vierge apparaissait à Fatima en 1917.
Il respecte également la liberté qu’il a accordée à l’homme, tout en se servant de ce qu’il fait pour que ses plans aillent de l’avant. Dieu, Cause première, se sert de la cause seconde qu’est l’homme pour que sa Volonté divine se fasse. Par exemple, quand Jonas désobéit à Dieu et prend la fuite, la violente tempête qui se lève et met en péril le navire sur lequel il avait embarqué l’amène à comprendre qu’il en est responsable et, jeté à la mer, il est avalé par un poisson qui le jette sur la plage non loin de Ninive, la ville où Dieu voulait qu’il prêche la conversion à ses habitants (cf. Jonas 1 et 2). Et quand Joseph est vendu par ses frères, il devient le Premier ministre du pharaon et accueille ses frères et les siens en Égypte au moment où la famine les atteint durement (cf. Genèse 37-47). Un décret de Cyrus permet aux Hébreux de retourner à Jérusalem et de reconstruire le Temple (1 Esdras 6). Quand l’empereur romain décrète un recensement de l’univers, il contribue sans le savoir à la réalisation de la prophétie selon laquelle « toi, Bethléem-Ephrata, le plus petit d’entre les milliers de Juda, de toi sortira un roi, celui qui doit être souverain en Israël, et ses origines remontent aux temps anciens » (Michée 5, 1) : Joseph étant de la maison de David, se rend à Bethléem pour refaire recenser ainsi que Marie, son épouse, et c’est à ce moment-là qu’elle met au monde Jésus, le Fils de Dieu (cf. Matthieu 2, 5-6 ; Luc 2, 1-7). Les exemples pourraient être multipliés.
La divine Providence ne s’exerce pas pareillement envers tout le monde. La parabole du semeur lançant à la volée du grain qui tombe sur le chemin, dans un pierrier, dans des broussailles ou dans de la bonne terre le montre bien (cf. Marc 4, 3-20). Dieu distribue ses grâces à chacun comme il l’entend : « Il y eut donc en la providence éternelle une faveur incomparable pour la Reine des reines, Mère du Bel Amour et toute très uniquement parfaite [la Vierge Marie]. Il y en eut aussi des spéciales pour d’autres. Mais après cela, cette souveraine Bonté répandit une abondance de grâces et de bénédictions sur tout le genre humain et sur la nature angélique. […] Tous ont reçu leur part, comme d’une semence qui tombe non seulement sur la bonne terre, mais dans les chemins, entre les épines et sur les pierres ; afin que tous fussent inexcusables devant le Rédempteur, s’ils n’emploient cette abondante Rédemption pour leur salut » (saint François de Sales, Traité de l’amour de Dieu, livre 2, chapitre 7).
Sainte Catherine de Sienne, qui avait une immense confiance en la Providence, disait à son confesseur, quand il s’inquiétait : « Pourquoi vous occuper de vous, laissez faire la divine Providence ; au moment où vos craintes sont les plus grandes, elle a toujours les yeux sur vous et ne cessera pas de pourvoir à votre salut » (bienheureux Raymond de Capoue, Vie de sainte Catherine de Sienne, Paris, 2000, p. 99-100). Et saint Josémaria insistait sur le fait que pour ceux qui aiment Dieu tout coopère au bien (cf. Romains 8, 28), ce qu’il traduisait par l’expression omnia in bonum, « tout est pour le bien.

jeudi 29 mars 2007

Faire le bien


Faire le bien

« Quant à vous, frères, ne vous lassez jamais de faire le bien » (2 Thessaloniciens, 3, 13). Cette exhortation de saint Paul, l’Apôtre des gentils, peut se comprendre comme voulant dire : « Ne cessez pas de faire le bien même si vous n’êtes pas payés de retour, même si vous êtes incompris, car ce n’est pas en fonction des hommes que vous devez agir mais en fonction de Dieu, de ce qu’il attend de vous. »
« Tu agis en fonction du qu’en dira-t-on ? […] C’est tout d’abord le qu’en dira Dieu qui doit te tenir à cœur ; après — bien après, (lire la suite) et parfois jamais — tu devras peser ce que peuvent en penser les autres. « Celui qui me reconnaîtra devant les hommes, dit notre Seigneur, moi aussi je le reconnaîtrai devant mon Père, qui est dans les cieux. Mais celui qui m’aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père, qui est dans les cieux » (saint Josémaria, Sillon, n° 970).
Nous n’avons pas reçu de Dieu toutes les qualités que nous possédons pour faire le mal, mais pour l’imiter et faire le bien, comme lui, qui est le Bien absolu et qui met sa joie à rendre les hommes heureux. Si nous sommes malheureux parfois, c’est précisément parce que nous arrêtons de faire le bien et que nous nous laissons prendre par l’esprit du mal.
« Ne nous décourageons pas de faire le bien, dit encore saint Paul, car nous récolterons en temps voulu, si nous ne nous relâchons pas » (Galates 6, 9). L’espérance des biens à venir — du ciel pour ceux qui aiment Dieu et rejettent le péché — est une vertu formidable, une des trois vertus théologales, c’est-à-dire qui ont Dieu pour objet, qui viennent directement de Dieu et que, de ce fait, lui seul peut augmenter en nous. Il convient donc de demander à Dieu : « Augmente en moi la foi, l’espérance et la charité. »

mardi 27 mars 2007

La joie dans la souffrance


La joie dans la souffrance

Pour beaucoup, la souffrance est incompatible avec la joie. Telle n’est pas la conception chrétienne. Saint Paul exhortait les fidèlement termes : « Réjouissez-vous sans cesse, dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous » (Philippiens 4, 4). Et, parlant de sa propre expérience, il affirme : « Je déborde de joie au milieu des épreuves que nous endurons » (2 Corinthiens 7, 4). Cette joie provient de la confiance en Dieu : « Ne vous affligez point : la joie de Yahvé est votre rempart » (Néhémie 8, 10). Elle s’appuie donc sur Dieu. Plus grande est la proximité de Dieu, plus intense est la joie. (lire la suite)
Il serait possible d’apporter d’innombrables témoignages en ce sens, car c’est une constante dansable de l’Église depuis deux mille ans. En voici un, donné par le Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo, alors prélat de l’Opus Dei, lors d’une messe pour les participants au jubilé de la jeunesse, en avril 1984 : « Comment peut-on être joyeux devant la maladie et dans la maladie,devant l’injustice et en souffrant l’injustice ? Cette joie ne sera-t-elle pas une fausse illusion ou une échappatoire irresponsable ? Non ! Le Christ nous donne la réponse : le Christ seul ! Ce n’est qu’en Lui que l’on trouve le vrai sens de la vie personnelle et la clef de l’histoire humaine […].
Le Christ en Croix : voilà la seule vraie clef. Sur la Croix Il accepte la souffrance pour nous rendre heureux ; et il nous apprend qu’en étant unis à Lui, nous aussi nous pouvons donner une valeur de rédemption à notre souffrance, qui se transforme ainsi en joie : la joie profonde de sacrifier pour le bien des autres et de faire pénitence pour les péchés personnels et les péchés du monde. »
Selon cette vision très positive de la vie, l’homme n’a pas lieu d’être triste. Qui plus est, la tristesse, en dehors de celle qui est causée par la maladie elle-même, vient du démon. Cela est visible au fait qu’elle entraîne des manquements à la charité et conduit à se replier sur soi-même. « La tristesse pousse à la colère et à l’envie ; et nous avons l’expérience que, lorsque nous sommes tristes, nous nous fâchons facilement et nous nous irritons à la moindre occasion ; qui plus est, elle rend l’homme soupçonneux et malicieux, et quelques fois elle le trouble à tel point qu’elle semble lui faire perdre la raison » (Saint Grégoire le Grand, Moralia 1, 31 31).
En revanche, nous constatons que les gens qui sont le plus heureux sur terre sont les saints, car ils ont compris que notre joie est « une joie dont les racines sont en forme de Croix » (saint Josémaria, Forge, n° 28). De fait, la bénédiction chrétienne, source de joie, se donne en faisant le signe de croix. celui qui est cloué sur son lit d’hôpital ou qui ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant, celui qui a perdu l’usage de la parole ou qui n’entend et ne voit plus, celui qui est l’objet constant de vexations de la part de ses collègues ou d’injustices criantes, celui pour qui tout semble rater, s’il élève son regard vers le Christ en Croix, s’il se sait et se sent enfant de Dieu dans et par le Christ, il conserve la paix et la joie intérieures. « Si nous nous voyons comme ce que nous sommes, des enfants bien-aimés de notre Père des cieux, comment ne serions-nous pas joyeux ? — Médite cela » (saint Josémaria, Ibid., n° 266). La Vierge Marie a fait l’expérience de la souffrance, comme le vieillard Siméon le lui avait prédit quand elle était venue présenter son Fils Jésus au temple,pour conformer à la Loi mosaïque : « Pour toi, tu auras l’âme transpercée d’un glaive » (Luc 2, 35). Mais, parce qu’elle vécue identifiée à son Fils et à la Volonté du Père, l’Église l’invoque dans les litanies du chapelet comme « cause notre joie ».

(fin)

lundi 26 mars 2007

L'Annonciation

L'Annonciation

Le 25 mars tombant cette année un dimanche, la célébration de l'Annonciation est reportée à aujourd'hui, 26 mars. Dieu avait annoncé au tentateur du paradis terrestre : "Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon" (Genèse 3, 15). Cela va s'accomplir bientôt ; ainsi que la prophétie d'Isaïe (7, 14) : "Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel, c'est-à-dire "Dieu avec nous."
En effet, l'archange saint Gabriel vient, de la part de Dieu, (lire la suite) annoncer à une jeune femme de Galilée, Marie, qu'elle allait donner le jour à un fils. "Comment cela va-t-il se faire puisque je suis vierge ?" demande-t-elle. "L'ange lui répondit : "L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui naîtra sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu" (Luc 1, 29).
Marie est invitée à donner son assentiment à ce projet divin qui manifeste à quel point "Dieu est amour" (1 Jean 4, 16). Comme le pape Benoît XVI le faisait remarquer dans son message pour le carême en cours, après le refus de l'homme - en la personne d'Adam et Ève, nos premiers parents - d'entrer dans son projet d'amour, Dieu "ne s'est pas avoué vaincu, mais au contraire le "non" de l'homme a été comme l'impulsion décisive qui l'a conduit à manifester son amour dans toute sa force rédemptrice" en envoyant son Fils sur terre, naissant d'une femme et devenant vrai homme tout en restant vrai Dieu. "Pour conquérir à nouveau l'amour de sa créature, ajoute le pape, (Dieu) a accepté de payer un très grand prix : le sang de son Fils unique".
Pour l'heure, l'humanité attend la réponse de Marie à l'ange. "Vierge bienheureuse, lui dit saint Bernard dans une homélie, ouvrez votre cœur à la foi, vos lèvres au consentement, vos chastes entrailles au Créateur. Voyez : le Désiré de toutes les nations frappe à votre porte. Malheur à vous si vous tardiez à lui ouvrir ; il passerait son chemin, et ensuite vous reviendriez avec douleur chercher l'aimé de votre âme ! Levez-vous, courez, ouvrez. Levez-vous par la foi, courez par la dévotion, ouvrez par le consentement" (Homélie super "Missus est" 4, 9).
Marie va dire "oui", fiat, "qu'il me soit fait selon ta parole", sans hésitation, se reconnaissant "la servante du Seigneur" (Luc , 38). "Commençons par imiter son amour. La charité ne s’arrête pas aux sentiments ; elle doit se manifester en paroles et, avant tout, en actes. La Vierge n’a pas seulement prononcé un fiat, mais elle a accompli, à tout moment, sa ferme et irrévocable décision. Nous devons agir de même : lorsque l’amour de Dieu nous pousse et que nous découvrons ce qu’il veut, nous devons nous engager à être fidèles, loyaux, et à l’être vraiment. Car ce n’est pas en me disant « Seigneur, Seigneur », qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux (Matthieu 7, 21).
Nous devons imiter l’élégance naturelle et surnaturelle de Marie. C’est une créature privilégiée dans l’histoire du salut : en Elle, le Verbe s’est fait chair et a demeure parmi nous (Jean 1, 14). Elle fut un témoin plein de délicatesse et qui passa inaperçu ; elle ne voulut pas recevoir de louanges, car elle n’ambitionnait pas la gloire pour elle-même. Marie est témoin des mystères de l’enfance de son Fils, mystères normaux si l’on peut s’exprimer ainsi : à l’heure des grandes miracles, des acclamations des foules, elle s’efface. À Jérusalem, lorsque le Christ — montant un petit âne — est acclamé comme Roi, Marie n’est pas là. Mais on la retrouve près de la Croix, lorsque tout le monde fuit. Cette conduite a la saveur naturelle de la grandeur, de la profondeur et de la sainteté de son âme.
Efforçons-nous d’imiter son obéissance à la volonté de Dieu, obéissance où se mêlent harmonieusement noblesse et soumission. Chez Marie, rien ne rappelle l’attitude de ces vierges folles qui obéissent, il est vrai, mais sans réfléchir. Notre Dame écoute avec attention ce que Dieu veut d’elle; elle médite ce qu’elle ne comprend pas ; elle interroge sur ce qu’elle ne sait pas. Ensuite, elle s’applique de tout son être à accomplir la volonté divine : je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! (Luc 1, 38). Quelle merveille ! Sainte Marie, notre exemple en toutes choses, nous apprend maintenant que l’obéissance à Dieu n’est pas servilité, qu’elle ne subjugue pas notre conscience. Au contraire, elle nous incite intérieurement à découvrir la liberté des fils de Dieu (cf. Romains 8, 21)" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 173).

dimanche 25 mars 2007

La crainte filiale (suite)


La crainte filiale (suite)

Celui qui est devenu enfant de Dieu par le baptême « ne se tient plus devant Dieu comme un esclave, dans la crainte servile, ni comme le mercenaire en quête de salaire, mais comme un fils qui répond à l’amour de « Celui qui nous a aimés le premier » (1 Jean 4, 19) » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1828). C’est ce qu’explique saint Basile, cité par le Catéchisme : « Ou bien nous nous détournons du mal par crainte du châtiment, et nous sommes dans la disposition de l’esclave. Ou bien nous poursuivons l’appât de la récompense et nous ressemblons aux mercenaires. Ou enfin (lire la suite) c’est pour le bien lui-même et l’amour de celui qui commande que nous obéissons […] et nous sommes alors dans la disposition des enfants » (Regulæ fusius tracta, prologue 3). Et saint Augustin, rappelant que Dieu a écrit ses lois dans nos cœurs (cf. Jérémie 31, 33), dit, de son côté que « ce sera l’œuvre de celui qui vous a appelés à son royaume et à sa gloire (cf. 1 Thessaloniciens 2, 12), quand il vous aura régénérés par sa grâce, d’écrire en vos cœurs par l’Esprit Saint (cf. 2 Corinthiens 3, 2), afin que vous aimiez ce que vous croyez, que la foi agisse en vous par l’amour (cf. Galates 5, 6) et qu’ainsi vous puissiez plaire au Seigneur Dieu, dispensateur de tous les biens, non par une crainte servile du châtiment, mais par un libre amour de sa justice » (Sermon212, 2). C’est également un aspect de la vertu théologale de l’espérance, que « la crainte d’offenser Dieu et de provoquer le châtiment » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2090).
Cette crainte est le fruit de l’amour, c’est-à-dire de la peine d’offenser l’aimé, de le faire souffrir, de l’attrister par nos infidélités. Jésus-Christ a instauré une Alliance nouvelle, scellée par son sang versé sur la Croix, alliance par laquelle l’homme devient enfant de Dieu, ou plutôt le redevient, puisqu’il l’était avant le péché originel qui lui a fait perdre cette condition. La crainte change de sens, pour devenir une crainte filiale. « Fils de Dieu, frères du Verbe fait chair, de celui dont il a été dit : « De tout être il était la vie et la vie était la lumière des hommes » (Jean 1, 4), des enfants de la lumière, des frères de la lumière, voilà ce que nous sommes » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 65).
Craindre Dieu, c’est aussi accepter le défi qu’il nous lance de participer avec lui à l’œuvre de notre salut, tout en sachant que notre faiblesse peut nous empêcher de réaliser ce qu’il attend de nous. C’est pourquoi il nous est dit au Livre des Proverbes (9, 10) que « le début de la sagesse est la crainte de Dieu ».
La loi de Dieu est qualifiée de loi d’Amour, car « elle fait agir par l’amour qu’infuse l’Esprit Saint plutôt que par la crainte » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1972). De plus l’Église applique à la Sainte Vierge ces mots de l’Écriture : « Je suis la Mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance » (Siracide 24, 24). « Je ne puis concevoir d’autre crainte que celle de nous écarter de l’Amour. Car Dieu notre Seigneur ne nous veut pas timides, timorés, comme ayant peur de nous donner. Il a besoin que nous soyons audacieux, courageux, délicats » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 277). Cette bonne crainte n’est autre, en définitive, que l’espérance, qui est « l’attente confiante de la bénédiction divine et de la vision bienheureuse de Dieu » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2090).

(fin)