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dimanche 21 juillet 2013

La résurrection de Lazare (3)

La résurrection de Lazare (3)

« Les disciples lui dirent : « Maître, tout à l'heure les Juifs voulaient te lapider, et tu retournes là ? » (Jean 11, 8). Hier pas exactement, mais quelques jours plus tôt, comme le même saint Jean le rapporte au chapitre précédent, après que Jésus a dit : « Moi et le Père nous sommes un. De nouveau, les Juifs apportèrent des pierres pour le lapider » (Jean 10, 30-31). Nous comprenons l’émoi des apôtres. Jésus a une de ces réponses qui sont quelque peu énigmatiques : « N'y a-t-il pas douze heures dans le jour ? Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne se heurte point, parce qu'il voit la lumière du monde. Mais s'il marche pendant la nuit, il se heurte parce qu'il manque de lumière » (Jean 11 ; 9-10). Il rappelle indirectement qu’il est la Lumière du monde. « Il parla ainsi, et ajouta : « Notre ami Lazare dort, mais je me mets en route pour le réveiller. » Ses disciples lui dirent : (lire la suite) « S'il dort, il guérira. » Mais Jésus avait parlé de sa mort, et ils pensaient que c'était du repos du sommeil. Alors Jésus leur dit clairement : « Lazare est mort ; et je me réjouis à cause de vous de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez ; mais allons vers lui » (Jean 11, 11-15). « Dès qu’il leur a déclaré qu’il va non à Jérusalem mais à Béthanie, il ajoute : ‘Lazare dort ; je vais le réveiller de son sommeil.’ Je ne vais pas recommencer mes discussions avec les Juifs et les combattre de nouveau. Je vais ouvrir les yeux de notre ami à la lumière » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Jean 62, 1). Remarquons que Jésus sait ce qui est advenu à Lazare sans que personne l’en ait prévenu. « Tout est à nu et sans masque » à ses yeux (Hébreux 4, 15). « Et Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, afin de mourir avec lui » (Jean 11, 16). C’est dire le contexte dramatique dans lequel se déroule la scène à laquelle nous assistons. Thomas envisage sérieusement la mort du Maître et celle de ses disciples. Mais cela n’arrête pas Jésus, car il aime Marthe, Marie et Lazare. Et que Lazare est mort. Et qu’il entend le ressusciter. Sa propre vie compte peu face au bien qu’il peut apporter à ses amis. « Jésus vint donc et trouva Lazare depuis quatre jours dans le sépulcre. Or, Béthanie était près de Jérusalem, à quinze stades environ. Beaucoup de Juifs étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère. Dès que Marthe eut appris que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie se tenait assise à la maison. Marthe dit donc à Jésus : « Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jean 11, 17-21). « Ce qui est admirable, c’est de voir les sœurs de Lazare, après avoir entendu dire que cette maladie ne causerait pas la mort de leur frère, assister à sa mort sans être scandalisées de cet événement contraire à la prédiction du Sauveur, et s’approcher de Jésus sans concevoir de lui une opinion défavorable » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Jean 62, 1). (à suivre…)

lundi 15 octobre 2012

Un regard lumineux (4)

Un regard lumineux (4)

Le Seigneur précise encore : « Ce que je vous prescris, c’est de vous aimer les uns les autres » (Jean 15, 17). Prend donc garde à ce que « ton œil ne soit mauvais envers ton frère pauvre » (Deutéronome 15, 9). Car s’il ne reçoit pas de toi l’aide fraternelle qu’il est en droit d’attendre de toi, « il crie vers le Seigneur contre toi, qui serais en état de péché » (Deutéronome 15, 9), et il peut t’adresser un dur reproche, un reproche amer : « Je n’ai personne » (Jean 5, 7), personne pour m’assister, pour me rendre service, personne pour me conduire aux eaux de la grâce. Ô mon Dieu, « détourne mes yeux pour qu’ils ne voient pas ce qui est vain » (Psaume 119, 37) et ne s’attachent pas aux choses de la terre (cf. Colossiens 3, 2). Mais « fais-moi vivre dans ta voie » (Psaume 119, 37). « Vois, j’ai le désir de tes préceptes : dans ta justice, fais-moi vivre » (Psaume 119, 40). (lire la suite)
Il est vrai que « les yeux de l’homme ne sont jamais rassasiés » (Proverbes 27, 20), et que « l’œil ne se rassasie pas de voir et l’oreille ne se remplit pas à entendre » (Qohélet 1, 8). Mais « si mes yeux ne se rassasient pas des richesses » (Qohélet 4, 8), je suis le plus malheureux des hommes. Car « si nous n’avons d’espérance dans le Christ que pour cette vie seulement, nous sommes [en effet] les plus malheureux de tous les hommes » (1 Corinthiens 15, 19). « Je n’accorderai point de sommeil à mes yeux, pas de repos à mes paupières, que je n’aie trouvé un lieu pour le Seigneur » (Psaume 132, 4-5). Mais cette demeure est, en réalité, toute trouvée, puisque c’est Dieu en Personne qui l’a choisie, et qu’il a élu domicile en moi, étant donné qu’il a déclaré ouvertement : « Celui qui retient mes commandements et les met en pratique, voilà celui qui m’aime. Et celui qui m’aime sera aimé de mon Père et moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui […] et nous nous établirons chez lui à demeure » (Jean 14, 21.23). C’est Dieu qu’il faut contempler à longueur de journée, avant de nous abîmer dans une contemplation éternelle au ciel. Ce Dieu qui nous est plus intime à nous-mêmes que nous ne le sommes (cf. saint Augustin, Les Confessions 3, 6, 11). Ce n’est pas un Dieu lointain ni un Dieu caché, mais le « seul vrai Dieu » (Jean 17, 3), qui s’est rendu présent à nous. Il nous a mis en garde : « Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le au loin : mieux vaut pour toi entrer borgne dans la Vie que d’être jeté dans la géhenne de feu avec tes deux yeux » (Matthieu 18, 9). D’autant que, d’après saint Augustin, au ciel notre corps atteindra sa perfection et que toutes ses infirmités disparaîtront. Nous ne serons pas sauvés en raison de notre complexion, mais de notre vocation (cf. saint Bernard, ). C’est tout à fait compréhensible. D’ailleurs là aussi nous sommes prévenus : « En vérité je vous le dis : Les publicains et les courtisanes vous devanceront dans le royaume de Dieu » (Matthieu 21, 31). (à suivre…)

dimanche 14 octobre 2012

Un regard lumineux (3)

Un regard lumineux (3)

Le Christ est le Verbe qui nous apporte la vraie vie et la lumière de la foi. Nous pouvons assurément affirmer avec l’Apôtre : « Je n’ai point honte de l’Évangile : car c’est une force divine pour le salut de quiconque croit » (Romains 1, 16). Et « le juste vivra de la foi » (Habacuc 2, 4), appelé qu’il est à prendre sa « part des souffrances pour l’Évangile, à la mesure de la force de Dieu » (2 Timothée 1, 8), bien convaincu que « c’est dans la faiblesse que ma force [la force divine précisément] a son plein effet » (2 Corinthiens 12, 9) et donne toute sa mesure. Au lieu de présumer de notre impeccabilité, comme le pharisien de la parabole (cf. Luc 18, 9) et de ne trouver que des peccadilles à nous reprocher, en estimant avec fierté que nous ne sommes pas comme les autres, facilement et hâtivement qualifiés de « rapaces, malhonnêtes, adultères » (Luc 18, 11), faisons-nous petits devant Dieu et implorons le secours de sa grâce. (lire la suite) Que de fois il nous fait sentir que « sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5) ! Si toutefois nous ne nous sommes pas délibérément éloignés à mille lieues de l’orbite divine !
« Celui qui marche droit » (Michée 2, 7), ses « yeux regardent en face et [ses] paupières se dirigent devant [lui] » (Proverbes 4, 25), car il sait résister à « la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l’orgueil de la vie » (1 Jean 2, 16). Le Seigneur nous dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur, et que tes yeux observent mes voies » (Proverbes 23, 26), parce que je veux qu’il ait en lui « la propre joie et que [sa] joie soit complète » (Jean 15, 11). Je promets, en effet, que « celui qui m’aime et mettra en pratique ce que je dis, mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous nous établirons chez lui à demeure » (Jean 14, 23), parce qu’il a un regard droit et pur. Je vous l’ai dit : « Quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle, dans son cœur » (Matthieu 5, 28), car « c’est du cœur que sortent pensées mauvaises, meurtres, adultères, impudicités, vols, faux témoignages, blasphèmes » (Mattieu 15, 19). Mais « pour vous, heureux vos yeux, parce qu’ils voient, et vos oreilles, parce qu’elles entendent » (Matthieu 13, 16), et pas n’importe quoi ni n’importe qui. En effet, « celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14, 9). Assurément, « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Matthieu 5, 8). Or, il s’est manifesté à nous, « plein de grâce et de vérité » (Jean 1, 14). (à suivre…) )

samedi 13 octobre 2012

Un regard lumineux (2)

Un regard lumineux (2)

Cette lumière ne vient pas de moi, mais est véritablement la lumière même de Dieu. « Voici comment votre lumière doit briller devant les hommes : qu’en voyant vos belles actions, ils rendent gloire à votre Père des cieux » (Matthieu 5, 16). Pour la raison sus évoquée que cette lumière n’est pas nôtre, mais d’emprunt. Du coup, nos œuvres ne sont pas davantage notre exclusivité ou notre propriété, mais sont les œuvres de Dieu, produites sous l’effet de sa grâce et la dictée de l’Esprit Saint. Et « l’œuvre de Dieu, c’est de croire en celui qui m’a envoyé » (Jean 6, 29). Dans une autre circonstance, le Seigneur invite chacun de nous à retirer la poutre de son œil, pour y voir clair et être alors à même de retirer le brin de paille, le fétu, de l’œil de notre frère (cf. Matthieu 7, 5). Le fait de ne pas être parfait ne doit pas nous retenir d’aider nos frères. Mais comment leur être d’une utilité quelconque si nous ne voyons en eux que des défauts déformés et rendus gigantesques par notre orgueil ? Nous sommes d’ailleurs prévenus que « c’est d’après le jugement que vous portez que vous serez jugés, et c’est avec la mesure que vous employez qu’on mesurera pour vous » (Matthieu 7, 2).
(lire la suite) Si nous nous montrons déraisonnablement sévères – et injustes du même coup – envers autrui, la même rigueur nous sera appliquée. Mais si, en revanche, nous savons avoir pitié d’autrui (cf. Matthieu 18, 15-35), être patients, serviables, non envieux ni fanfarons, et ne pas chercher notre intérêt (cf. 1 Corinthiens 13, 4-5), alors nous échappons à la sentence dont nous sommes menacés. Car, ce n’est pas seulement « la mesure avec laquelle vous mesurez qui servira de mesure pour vous », mais en plus « on y ajoutera encore pour vous qui entendez, car à celui qui a on donnera, et à celui qui n’a rien, même ce qu’il a lui sera enlevé » (Marc 4, 24-25). C’est que le jugement sera plus lourd pour nous qui nous sommes montrés impitoyables envers notre prochain si notre regard a été déformé par l’immensité du mal et de la superbe qui se nichent dans notre cœur. Nous aurons beau dire que « nous avons mangé et bu devant vous, et vous avez enseigné sur nos places » (Luc 13, 26), cela ne nous servira de rien. Ecoutons donc cette invitation à purifier notre regard, pour qu’il baigne dans la lumière du Christ, lui, « la Lumière vraie, qui éclaire tout homme » (Jean 1, 9), lui, la Vie qui est « la lumière des hommes » (Jean 1, 4). (à suivre…)

vendredi 12 octobre 2012

Un regard lumineux (1)

Un regard lumineux (1)

« La lampe de ton corps, c’est ton œil. Quand ton œil regarde droit (haplous), tout ton corps aussi est source de lumière ; mais, lorsqu’il est méchant (poneros), ton corps aussi est dans le noir » (Luc 11, 34). Haplous signifie ce qui « ne fait pas un pli », ce qui est d’une seule coulée, sans tours ni détours, ce qui nous fait penser à Job, un homme « droit » par excellence (Job 2, 3) ou encore à Nathanaël, « un Israélite en qui tout est droit » (Jean 1, 47). Quant à poneros, nous le trouvons dans la parabole des ouvriers de la onzième heure, quand le maître dit au travailleur qui proteste parce que, ayant « supportée le poids du jour et de la grande chaleur » tout au long de la journée ( Matthieu 20, 12) il reçoit le même salaire que celui qui n’a travaillé qu’une heure, « faut-il que ton œil soit méchant parce que je suis bon ? » (Matthieu 20, 15). Le regard droit s’oppose à cette noirceur, à cette méchanceté, qui naît de la jalousie et de l’envie. Le regard droit ne se laisse pas arrêter par elles, ni par les jugements téméraires (cf. Fr. Dominique, moine d’En Calcat, Jésus disait, Paris, Fayard, 1987, n° 39, p. 151-153). (lire la suite)
C’est à cette condition que nous devenons source de lumière. Pour vivre dans la lumière et que notre lumière « brille pour tous ceux qui sont dans la maison » (Matthieu 5, 15), il faut purifier notre regard de toute considération humaine et regarder les autres avec le regard du Christ, ce qui revient à dire les aimer comme notre Seigneur les aime, car le regard qu’il porte sur nous, les hommes, est substantiellement un regard d’amour, de compréhension et de miséricorde. « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Matthieu 5, 8). Cette pureté du regard nous prépare donc à l’entrée dans la patrie céleste. Mais il contribue déjà ici bas à nous découvrir Dieu vivant et agissant chez nos semblables. Il nous faut saisir que nous appartenons à la même lignée et qu’une destinée identique nous attend, pourvu précisément que nous nous attachions à ne pas réagir de façon bassement humaine. C’est aller dans la bonne direction. Car si nous n’agissons pas de la sorte, alors l’œil méchant nous conduit à fauter et il peut entraîner le corps tout entier dans la géhenne (cf. Matthieu 5, 30), c’est-à-dire dans les ténèbres extérieures, là où « seront les pleurs et les grincements de dents » (Matthieu8, 12), éternellement. Jésus se définit comme la « Lumière du monde » (Jean 8, 12). En laissant cette lumière inonder notre âme, nous devenons insensiblement des « fils de lumière » (1 Thessaloniciens 5, 14), appelés à se comporter « en enfants de lumière » (Éphésiens 4, 8). Nous sommes carrément « la lumière du monde » (Matthieu 5, 14), parce que « ce n’est pas moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20). (à suivre…)

lundi 24 septembre 2012

Être humble (6)

Être humble (6)

« Aussi ne soyez pas sans intelligence, et comprenez quelle est la Volonté du Seigneur » (Éphésiens, 5, 17). Cette volonté, nous la connaissons de fait, du moins nous sommes censés bien la connaître… : « Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1
Thessaloniciens 4, 3). Pas notre glorification. Mais que nous soyons saints, comme lui-même est Saint. Faire des tours et des détours autour de notre moi, dans une contemplation narcissique, ne peut que nous éloigner de Dieu, car cela nous interdit d’écouter la voix de notre conscience par laquelle Dieu nous parle, nous rend sourds aux inspirations du Saint-Esprit et aveugles à la Lumière qu’est Jésus-Christ, « Lumière des hommes, […] Lumière vraie, qui éclaire tout homme » (Jean 1, 4.9), mais que seul peut voir celui qui ne jette pas autour de lui l’écran de fumée de son orgueil. Si l’orgueilleux – mais nous le sommes tous plus ou mois, hélas ! – (lire la suite) reconnaît son vice, il y a bon espoir qu’il puisse s’en corriger de plus en plus, sans parvenir toutefois à un état d’humilité satisfaisant ou suffisant. Il ne faut, en tout cas, pas perdre courage, car, si la bataille n’est pas gagnée d’avance, la victoire se profile à l’horizon. Entendons l’exhortation de l’Apôtre : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien » (Romains 12, 21). Voilà une belle résolution. Elle revient à vaincre le mal en nous proposant, de façon positive, d’être meilleur, de développer telle ou telle vertu, de pratiquer l’une ou l’autre œuvre de charité et d’apostolat. Cela peut nous conduire à une grande abnégation et à l’attitude prônée par notre Seigneur, qui savait de quoi il parlait : « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas tenir tête au méchant. Au contraire, à celui qui te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et à celui qui veut te citer en justice pour te prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour un mille, fais-en deux avec lui. Donne à qui te demande, et ne tourne pas le dos à qui veut te faire un emprunt » (Matthieu 5, 38-42). « Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas » (Luc 6, 30). Cela est bigrement exigeant. Mais c’est une bonne façon, très efficace, d’écraser notre orgueil. Ne nous a-t-il pas été promis d’ailleurs que « ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l’allégresse » (Psaume 126, 5) ? (à suivre…)

dimanche 23 septembre 2012

Être humble (5)

Être humble (5)

« Ne vous modelez pas sur ce monde-ci, mais transformez-vous en renouvelant votre esprit » (Romains 12, 2). Voici un objectif autrement élevé et exaltant, un appel à la conversion intérieure, à revenir sans cesse vers votre Père, « afin de discerner quelle est la Volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable, parfait » (Romains 12, 2). L’Apôtre, toujours lui, nous invite instamment à nous dépouiller de notre façon de vivre païenne et mondaine. Veillez, nous dit-il, « à vous renouveler spirituellement dans votre intelligence, et à revêtir l’homme nouveau, créé d’après Dieu dans la vraie justice et la sainteté (Éphésiens 4, 23-24). Voilà qui est fondamental. Cet homme nouveau qui « renouvelle à l’image de celui qui l’a créé » (Colossiens 3, 10) et qui laisse son empreinte indélébile dans notre âme. En cela, nous avons la réalité fondamentale de notre existence, à savoir que nous avons été créés, un par un, à l’image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 26). Et que, du moins ceux qui ont reçu la grâce du baptême, ils sont déjà « saints », partiellement, certes, mais saints quand même, parce que l’Auteur de toute sainteté habite en eux, Dieu lui-même, qui es Saint (1 Jean 4, 16). Et cette Sainteté ne peut que nous transformer progressivement à la mesure de notre réponse. (lire la suite) C’est pourquoi nous sommes invités à renouveler notre intelligence, pour qu’elle puise son inspiration à sa source créatrice, dans le Verbe de Dieu et dans le Verbe de Dieu fait chair en la Personne du Christ. La renouveler, c’est la vider de toute pensée vaine et inutile. À quoi bon nous faire la cour et nous faires des courbettes à nous-mêmes ? C’est comme parler à un miroir, pour être sûr de ne pas être contredit. « Discernez ce qui est agréable au Seigneur, et ne prenez pas part aux œuvres stériles des ténèbres ; bien plus, blâmez-les » (Éphésiens 5, 10). Or, quand nous occupons le terrain en nous mettant en avant, nous répandons les ténèbres et nous faisons écran à la Lumière qui devrait briller à partir de notre vie quotidienne, si nous la vivions par amour désintéressé de Dieu. « Regardez donc avec soin votre manière de vivre, non comme des insensés [que nous sommes si souvent], mais comme des sages, profitant bien du temps présent » (Éphésiens 5, 15-16), parce que nous ignorons la durée de vie dont nous disposons encore pour nous préparer à la rencontre définitive avec Dieu notre Père, ce temps qui a été qualifié de « trésor » (cf. saint Josémaria, homélie « Ce trésor qu’est le temps », Amis de Dieu, nos 39-54), parce qu’il fait partie des talents de Dieu que nous devons faire fructifier au maximum. (à suivre…)

mercredi 19 septembre 2012

Un regard lumineux (5)

Un regard lumineux (5)

À l’inverse de tout cela, « un regard bienveillant réjouit le cœur » (Proverbes 15, 30), ce qui est bien naturel aussi. Nous en faisons facilement la constatation dans notre vie. Marcher dans la lumière et être nous-mêmes une lumière qui irradie celle que le Seigneur est venu apporter sur la terre et qu’il a allumée dans notre cœur, dépend de nous. Cela requiert une libre disposition de notre part, une décision en bonne et due forme, car « celui qui t’a créé sans toi, ne voulait pas te sauver sans toi » (saint Augustin, Sermon 169 11, 13). En outre, il doit être bien clair que l’on « ne se moque pas de Dieu » (Galates 6, 7). Or, que constatons-nous ? (lire la suite) « Le cœur de ce peuple est devenu insensible ; ils sont devenus durs d’oreille et ils ont fermé les yeux, de peur de voir de leurs yeux, d’entendre de leurs oreilles, de comprendre avec leur cœur et de se convertir pour que je les guérisse » (Actes 28, 27). Jésus lui-même s’était plaint d’une telle attitude insensée : « Et je les eusse guéris ; » (Jean 12, 40), s’exclamait-il, si seulement ils s’étaient tournés vers moi en quête de pardon. Je les eusse guéris ! « C’est pourquoi vous aurez la nuit au lieu des visions, et vous aurez les ténèbres au lieu des divinations ; le soleil se couchera pour les prophètes et le jour s’obscurcira pour eux. Les voyants seront pleins de confusion, et les devins
rougiront de honte ; tous, ils se couvriront la barbe, car il n’y aura plus de réponse de Dieu » (Michée 3, 6-7). « Et moi, je les eusse guéris ! » Cette plainte retentit comme une ritournelle. Dieu était prêt à intervenir avec empressement. Il attendait notre retour, comme le père de la parabole du fils prodigue (cf. Luc 15, 11-32) qui, tous les matins, le cœur battant, haletant, suspendu, partait sur la route dans l’espoir de voir son rejeton revenir. « Et je les eusse guéris ! » C’est répété encore chez saint Matthieu (13, 15). Il nous faut regarder droit devant nous, et contempler le Christ et le Christ sur la Croix, qui veut nous attirer à lui : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12, 32). Il nous faut avoir les mêmes sentiments que ceux de notre Seigneur Jésus-Christ (Philippiens 2, 5), afin de regarder le monde, de regarder nos frères les hommes avec son regard profondément amoureux, qui se veut de pardon incommensurable et sans exclusive : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34). Un regard qui est un regard de pitié, non de commisération, d’amour profond. Et c’est parce qu’il voit la situation lamentable dans laquelle nous nous sommes volontairement enfermés qu’il est monté sur la Croix, comme pour mieux nous voir, pour avoir une vision d’ensemble de toute l’humanité pécheresse, l’embrasser d’un seul coup d’œil et déverser sur elle en abondance l’eau salutaire de la grâce – son Sang versé – qui jaillit de son côté telle une source « pour la vie éternelle » (Jean 4, 15). (fin)

lundi 30 avril 2012

Les dix vierges (4)


Les dix vierges (4)

Si ces vierges insensées ne prennent pas d’huile avec elles, comment vont-elles être « la lumière du monde » (Matthieu 5, 14), c’est-à-dire « la lumière des nations » annoncée dans l’Ancien Testament (cf. Isaïe 42, 6 ; 49, 6 ; 60, 1-3) ? Certes, seul Jésus peut dire au sens propre et strict : « Je suis la lumière du monde » (Jean 8, 12). Mais il n’en a pas moins affirmé : « Vous êtes la lumière du monde », comme une conséquence du baptême, qui a allumé la lumière de la foi et de la présence divine en nous. Et il précise qu’une « ville située sur une montagne ne peut être cachée ; et on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le lampadaire. Alors elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison ». La conclusion s’impose d’elle-même : « Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 14-16). (lire la suite)
Certes, notre lumière doit briller devant les hommes, mais pas de n’importe quelle manière : à condition d’en faire retourner toute la gloire à Dieu, à notre Père céleste. Car le Seigneur nous a bien prévenus aussi : « Prenez garde de ne pas faire le bien que vous faites devant les hommes pour être regardés par eux : autrement vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 6, 1). Les termes sont presque identiques. Vous n’aurez pas de récompense ou de salaire. Car « l’ouvrier mérite son salaire » (Luc 10, 7). C’est le mot grec misthos qui est employé. Il s’agit bien d’un salaire, et non pas tant d’une récompense. Du salaire auquel le travailleur a droit en raison de l’activité réalisée : « Appelle les ouvriers et paye leur salaire » (Matthieu 20, 8), dit le maître de la vigne à son intendant.
Mais si l’ouvrier a agi pour lui-même au lieu de travailler pour son maître, s’il a dilapidé les talents reçus (cf. Luc 19, 11-27), alors il a déjà reçu son salaire de la part des hommes, avec leur estime, leurs louanges, leurs amusements.
Nous avons vu ce que l’huile représente et comment la vie chrétienne permet de la fabriquer en quelque sorte. Nous ne pouvons pas prendre de repos dans la vie spirituelle, ni mettre Dieu en vacances, ou entre parenthèses à aucun moment.
Ces pauvres femmes s’affolent. Elles mesurent le côté dramatique de la situation. Alors « celles qui étaient étourdies dirent à celles qui étaient avisées : « Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent » (Matthieu 25, 8) déjà. Ce pourrait être une solution, en effet. Mais une solution trompeuse, bancale, qui conduirait tout droit à une catastrophe de plus grande ampleur.

(à suivre…)

mercredi 14 mars 2012

Droiture d’intention (5)


Droiture d’intention (5)

Voilà où peut mener le manque de droiture. Alors que le cœur des hommes est fait pour Dieu, que Dieu y met une saine inquiétude pour les biens surnaturels, il peut refuser de se reposer en Dieu, de vivre de la grâce, de rester à travailler et à vivre au côtés de Jésus. C’est la triste fin d’une journée qui avait bien commencé : « tous, dans la synagogue, avaient les yeux attachés sur lui » (Luc 4, 20).
« La pureté d’intention consiste à viser la fin véritable de l’homme : d’un œil simple, le baptisé cherche à trouver et à accomplir en toutes choses la volonté de Dieu (cf. Romains 12, 2 ; Colossiens 1, 10) » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2520). Est-ce que tu rectifies souvent ? Est-ce que tu te dis et te répètes : « À Dieu toute la gloire » ? Est-ce que tu offres fréquemment ton travail et toutes tes activités au seigneur, pour sa gloire et pour l’évangélisation ? (lire la suite) Est-ce que tu cherches à te comporter comme le Seigneur ? Comme les apôtres après la venue du Saint-Esprit. Comme nous aimerions accompli toutes nos actions faites s’il nous fallait nous présenter maintenant devant Dieu.
« Et il était surpris de leur incrédulité. Et il parcourait les bourgs à la ronde en enseignant » (Marc 6, 6). La même annonce produit des effets différents dans des cœurs différents : « C’est un fait que l’annonce de la vérité est différemment reçue selon les dispositions des auditeurs. Le Verbe présente pareillement à tous le bien et le mal ; de sorte que l’un, bien disposé envers ce qui leur est annoncé, a l’âme dans la lumière, tandis qu’un autre, disposé en sens contraire et non décidé à fixer le regard de son âme sur la lumière de la vérité, demeure dans les ténèbres de l’ignorance » (saint Grégoire de Nysse, De vita Moysis 2, 65).

(fin)

lundi 12 mars 2012

Droiture d’intention (3)


Droiture d’intention (3)

Nos manques de droiture d’intention portent habituellement sur de petites choses, sur des points subtils, difficiles à détecter, peut-être recouverts d’une certaine bonté, d’un certain savoir, comme dans le cas des concitoyens de Jésus, qui ont effectivement une certaine connaissance du Seigneur, mais imparfaite et insuffisante, et qui ne vont pas à l’essentiel, c’est-à-dire à ce qu’il est en train de leur annoncer.
La droiture d’intention est nécessaire pour être disponible à tout instant, pour que dès que l’on nous demande quelque chose, nous soyons prêts à le faire, disposés à laisser tomber une autre occupation, qui devient alors moins importante, en acceptant, s’il le faut, (lire la suite) de nous cacher et de disparaître. Rappelons-nous le commandement du Christ : « que votre lumière brille devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 16). Autrement dit, pour que toute la gloire aille à Dieu. « Au Roi des siècles, au Dieu immortel, invisible, unique, (soient) honneur et gloire dans les siècles des siècles ! » (1 Timothée 1, 17). Nous ne devons pas chercher le succès humain en lui-même, mais le mettre au service du Seigneur. C’est pourquoi nous sommes heureux là où nous nous trouvons, parce que nous ne cherchons qu’à plaire à Dieu et à accomplir sa très sainte Volonté. En même temps, nous cherchons à atteindre le plus grand prestige professionnel possible, à bien terminer notre travail, à le mener jusqu’au bout avec sérieux et compétence, afin qu’il puisse être agréé par Dieu et serve alors nos frères les hommes.
« N'est-ce pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici, chez nous ? » Et il était pour eux une pierre d'achoppement » (Marc 6, 3). Notre Seigneur avait annoncé : « Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi » (Matthieu 11, 6). Voilà où conduit le manque de droiture : la Parole de Dieu qui devrait éclairer notre raison et nous amener à suivre le Christ avec empressement, se retourne contre nous et nous fait chuter. Cherchons à aimer Dieu toujours davantage, parce que toute la vie se ramène à cela : à aimer Dieu et à se sentir aimé de lui.

(à suivre…)

vendredi 27 janvier 2012

Vie de foi (3)


Vie de foi (3)

« Dans la lumière de la foi, je deviens plus forte, plus constante et persévérante. Dans la lumière de la foi, je trouve l’espérance que vous ne me laisserez pas défaillir sur le chemin ; c’est aussi cette lumière qui m’enseigne la voie par où je dois passer, sans cette lumière je marcherais dans les ténèbres ; et voilà pourquoi je vous ai demandé, Père éternel, de m’éclairer de la lumière de la très sainte foi. Oui, cette lumière est vraiment océan, où l’âme trouve sa nourriture, jusqu’à ce qu’elle se perde tout entière en vous, ô océan de paix, Trinité éternelle. L’eau de cet océan n’est point troublée, aussi n’inspire-t-elle pas de crainte, et donne-t-elle au contraire la connaissance de la vérité. Cette eau, d’absolue pureté, laisse entrevoir les mystères de ses profondeurs, de là vient que là où surabonde la lumière de votre foi, l’âme a comme des clartés sur ce qu’elle croit » (Bx Raymond de Capoue, Vie de sainte Catherine de Sienne, Paris, 2000, p. 356). (lire la suite)
« Seigneur, si le monde est séduit par tant de prodiges, s’il connaît aujourd’hui un tel retour offensif du paganisme, c’est que nous avons laissé s’affadir le sel de votre doctrine. Seigneur, aujourd’hui comme hier et comme en tout temps, il n’est de salut qu’en Vous – et qui sommes-nous pour oser discuter ou réviser vos enseignements ? Seigneur, gardez-nous d’une telle tromperie et rendez-nous, s’il en est besoin, non seulement une foi soumise, mais l’estime ardente et concrète de votre Évangile ! » (H. de Lubac, Le drame de l’humanisme athée, Paris, Spes, 1959, p. 132). Cette supplique est toujours d’actualité, hélas. Elle demande que nous sachions bien expliquer les vérités de la foi et que notre interlocuteur sache bien écouter et accueillir ce que nous lui disons de la part de Dieu. Nous avons besoin du don des langues qui fut si efficace le jour de la Pentecôte. À nous, avec l’aide du Saint-Esprit, de savoir répondre à la soif de Dieu qui est enfouie dans le cœur de tout homme et de toute femme que nous rencontrons sur notre chemin.
Caritas Christi urget nos (2 Corinthiens 5, 14) : « C’est l’amour du Christ qui remplit nos cœurs et nous pousse à évangéliser. Aujourd’hui comme alors, il nous envoie par les routes du monde pour proclamer son Évangile à tous les peuples de la terre (cf. Matthieu 28, 19). Par son amour, Jésus-Christ attire à lui les hommes de toutes générations : en tous temps il convoque l’Église lui confiant l’annonce de l’Évangile, avec un mandat qui est toujours nouveau. C’est pourquoi aujourd’hui aussi un engagement ecclésial plus convaincu en faveur d’une nouvelle évangélisation pour redécouvrir la joie de croire et retrouver l’enthousiasme de communiquer la foi est nécessaire. L’engagement missionnaire des croyants, qui ne peut jamais manquer, puise force et vigueur dans la redécouverte quotidienne de son amour. En effet, la foi grandit quand elle est vécue comme expérience d’un amour reçu et quand elle est communiquée comme expérience de grâce et de joie. Elle rend fécond, parce qu’elle élargit le cœur dans l’espérance et permet d’offrir un témoignage capable d’engendrer : en effet elle ouvre le cœur et l’esprit de tous ceux qui écoutent à accueillir l’invitation du Seigneur à adhérer à sa Parole pour devenir ses disciples. Les croyants, atteste saint Augustin, ”se fortifient en croyant” » (Benoît XVI, lettre apostolique La Porte de la foi, n° 7).

(fin)

vendredi 20 janvier 2012

Désirs de sainteté (3)


Désirs de sainteté (3)

« Homme, si le Paradis n’est pas d’abord en toi, tu n’y entreras jamais. Dieu n’apprécie point le bien que tu fais, mais la façon dont tu le fais, il ne regarde pas le fruit mais seulement le noyau et la racine » (Angelus Silesius, Le voyageur chérubinique). « J’ai de l’ambition, mais plus noble et plus belle », répond Polyeucte à Pauline. C’est vrai du chrétien conséquent avec les engagements de son baptême. « L’homme sanctifié, lavé de ses péchés, recréé par la grâce, s’avance vers lui [Dieu], aspirant à la plus intime union. Il parcourt successivement les cinq degrés qui sont : le serviteur, l’ami, le fils, le fiancé et l’époux. Quelles vertus lui permettront d’atteindre ces diverses étapes, sinon l’amour avant tout ? [… Il faut] être enceint de Dieu » (Marcel Brion, « Angelus Silesius : Le voyageur chérubinique », Orplid ou Une certaine idée de l’Allemagne, Paris, Klinsieck, Cahier Marcel Brion (IV), 2002, p. 11-12). (lire la suite)
Notre suite du Christ n’est pas pure apparence, quelque chose de superficiel ou de surfait. « Suivre le Christ ne peut être une imitation extérieure, parce que cela concerne l’homme dans son intimité profonde. Être disciple de Jésus veut dire être rendus conformes à lui (…), et ainsi le disciple est assimilé au Seigneur et lui est configuré » (Jean-Paul II, encyclique Veritatis splendor, n° 21). Nous devenons ce que nous voulons être. « Le ciel est en toi et aussi le tourment de l’enfer. Ce que tu veux et ce que tu choisis, tu l’auras partout » (Angelus Silesius, Le voyageur chérubinique).
Dans la vie courante, nous constatons souvent que les gens se grandissent, murissent en présence des difficultés qu’ils rencontrent et des épreuves qu’ils traversent. Il doit en aller de même dans la vie spirituelle. C’est le Christ que nous cherchons activement, avec insistance. Et nous, nous nous efforçons d’être saints parce que nous pensons à tant d’hommes et de femmes qu’il nous faut approcher de Dieu, à tant d’hommes et de femmes dont la sainteté et le bonheur éternel dépendent en partie de notre générosité. « C’est pour eux que je me sanctifie » (Jean 17, 19). Nous devons être un saint qui s’ignore, qui ne se prend pas pour un saint, mais qui cherche de toutes ses forces la perfection : qui entend être le meilleur, parce que c’est cela être saint. « Les personnes ne se laissent plus convaincre par notre prédication, mais face à la sainteté, elles croient encore, elles s’agenouillent encore, elles prient encore. Si un saint passe, qu’il soit vivant ou mort, tous accourent. (…) Le diable n’a pas peur de nos terrains de sport, de nos cinémas, il a peur de notre sainteté. Soyez saints ! » (bienheureux card. Schuster). Car, comme le disait déjà saint Grégoire le Grand, « quand quelqu’un s’attache à un saint, l’assiduité à le regarder, l’avantage de sa parole, l’exemple de ses actes lui valent de s’enflammer d’amour pour la vérité, de fuir les ténèbres de ses péchés, de s’embraser du désir de la lumière, et de brûler déjà de l’amour véritable, lui qui gisait jusque-là dans l’iniquité, tout froid, mort » (Homélies sur Ézéquiel 5, 6).

(à suivre…)

samedi 31 décembre 2011

La lumière de Bethléem


La lumière de Bethléem

Une grande lumière est venue dans le monde (Isaïe 9, 1), venant de l’Orient. Elle s’est allumée pour nous et brille à nos yeux. Elle est couchée dans la mangeoire à Bethléem : « Tant que je suis dans le monde, je suis la Lumière du monde » (Jean 9, 5).
Et Jésus d’insister : « Je suis la Lumière du monde. Celui qui me suivra ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8, 12), car la vie de la grâce est une lumière puissante qui éclaire toute la vie et oriente vers le Père. (lire la suite)
Il faut saisir la loi, la Loi nouvelle que Jésus est venu instaurer, qui est la Loi de l’Amour, et marcher « à la clarté de sa lumière » (Baruch 4, 2).
Seigneur, maintenant que tu es parmi nous, « les nations marchent à ta lumière, et les rois à l’éclat de ta splendeur » (Isaïe 60, 3). Du moins, est-ce ce que tu nous as promis. Et il y a encore du chemin à parcourir pour que ce soit la réalité. Mais cela viendra.
Ce n’est pas parce que tu es remonté auprès de ton Père, qui est aussi notre Père, que tu as cessé pour autant d’être une Lumière pour nous. « Tant que je suis dans le monde » (Jean 9, 5), as-tu précisé. Mais n’as-tu pas affirmé par ailleurs : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28, 20) ? Tu y restes. Tu es bien présent au milieu de ton peuple. L’eucharistie est la Lumière qui irradie la société des hommes. Elle est une clarté qui inonde notre cœur. Elle prend sa source dans la grotte de Bethléem. Et cette source ne se tarira jamais.
Cette lumière que nous avons accueillie nous transforme à notretour en lumière pour le monde : « Soyez comme des sources de lumière dans le monde, une force vitale pour les autres hommes. Comme des lumières parfaites secondant la grande Lumière, soyez initiés à la vie de lumière qui est au ciel ; soyez illuminés avec plus de clarté et d'éclat par la sainte Trinité, dont vous avez reçu maintenant, d'une façon restreinte, un seul rayon, venant de l'unique divinité, en Jésus Christ notre Seigneur, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen » (saint Grégoire de Nazianze, Sermon pour la fête des lumières).

samedi 24 décembre 2011

Dans la grotte de Bethléem (3)


Dans la grotte de Bethléem (3)

La fulgurance de la Nativité ne dure qu’un temps, qui a semblé une éternité à Marie et à Joseph. Mais cette lumière ne s’effacera pas de leur mémoire et de leur cœur. D’autant moins que Jésus est « la Lumière vraie qui éclaire tout homme » (Jean 1, 9). Cette lumière, elle reste là sous leurs yeux, en permanence. Elle leur montre le chemin de l’accomplissement de la volonté du Père dans les moindres choses de la vie ordinaire et la façon précisément de tout vivre pour la gloire de Dieu. « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Corinthiens 10, 31). (lire la suite)
Les anges sont repartis comme ils étaient arrivés. Du moins est-ce l’impression qu’ils donnent. Il n’est plus nécessaire qu’ils se fassent voir et entendre. Mais ils continuent de remplir l’espace. Il ne saurait en aller autrement. Ne sont-ils pas des myriades et des myriades, des myriades de myriades (Apocalypse 11, 5) ?
Et là où est Dieu, ils s’y trouvent nécessairement. Or, Dieu est omniprésent, il est présent en tout point de l’univers. Les anges y sont donc aussi, partout, partout !
« Mon ange marchera devant toi » (Exode 32, 33). C’est Dieu qui se le disait à lui-même. C’est le Père qui parlait à l’adresse des on Fils, pour le jour où lui et l’Esprit Saint l’enverraient sur la terre. L’ange tutélaire. Cet ange qui viendra réconforter Jésus dans son agonie (Luc 22, 43).

(fin)

jeudi 22 décembre 2011

Dans la grotte de Bethléem (1


Dans la grotte de Bethléem (1

La tradition fait naître Jésus en pleine nuit, une nuit d’hiver, froide, qu’éclaire la lune. Au moment où l’enfant fait son entrée dans le monde, un ange apparaît à des bergers qui gardaient leurs troupeaux non loin de là. Il est enveloppé d’une lumière éblouissante, propre aux théophanies.
Cette même lumière, plus éclatante encore, a envahi la grotte de Bethléem, dont la pauvreté s’est trouvée transformée en un véritable palace. C’était plus beau que tous les ors et les lambris du monde. La grotte était toute éclairée, ruisselante de lumière céleste. Du coup, Marie et Joseph ne regrettent plus d’avoir dû se replier sur cette solution de fortune (lire la suite)) pour s’abriter pendant cette nuit. Ils oublient leur peine, le rejet par les membres de leur clan. L’étable s’est transformée en palais.
Les hommes de la lignée de David, à laquelle Joseph appartient et, selon certains, Marie aussi, ont refusé d’accueillir le jeune coupe, qui s’est retrouvé seul pour fêter la venue du Sauveur. En réalité, ils ne sont pas seuls. La grotte de la Nativité est envahie d’anges, d’archanges, de principautés célestes. Des myriades d’anges assistent à la naissance du Fils de Dieu et se pressent autour de la mangeoire dans laquelle sa Mère l’a déposé. Ils sont là, mandatés par Dieu, pour être présents à ce spectacle grandiose d’un Dieu fait homme.
Ils ont chanté « gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre à ceux qu’il aime » (Luc 2, 14) pour les bergers. Que n’ont-ils pas chanté pour Jésus, et pour Marie et Joseph ? Ces instants unique sont dû être particulièrement sublimes. Et ils se sont gravés à tout jamais dans le cœur de Marie et de Joseph.
Les anges s’en donnent à cœur joie, s’il est permis de s’exprimer ainsi à propos de créatures célestes. Ils n’ont pas besoin de répéter leur concert. Car ils sont habitués à jouer en permanence pour manifester leur jubilation et la gloire de Dieu. Si cette gloire a disparu sous l’humanité du Christ, elle lui reste sous-jacente dans sa divinité. Et eux, ils ne sont pas abusés par des sens qu’ils ne possèdent pas. Cet Enfant, auquel Joseph est appelé à donner le nom d’Emmanuel, ce qui signifie « Dieu avec nous » (Matthieu 1, 23), ils avaient bien vu qu’il est effectivement Dieu. Ils ne l’ont jamais perdu de vue.

(à suivre…)

vendredi 24 juin 2011

La guérison de l’aveugle de naissance (2)


La guérison de l’aveugle de naissance (2)

« Il faut, tandis qu'il est jour, que je fasse les œuvres de celui qui m'a envoyé ; la nuit vient, où personne ne peut travailler » (Jean 9, 4). Il faut travailler tant qu’il fait jour, tant que nous le pouvons. A l’image du Christ : « Mon Père ne s’arrête pas d’œuvrer et j’œuvre moi aussi » (Jean 5, 17), continuellement, sans interruption. Il faut travailler tant qu’il fait jour pour nous. en travaillant, nous rendons aussi gloire à Dieu. Comme en toute chose, si nous y mettons de la droiture d’intention : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. Ne soyez occasion de scandale ni pour les Juifs, ni pour les Grecs, ni pour l’église de Dieu » (1 Corinthiens 10, 31-32). Vaste programme ! (lire la suite)
« Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » (Jean 9, 5). « La lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, venait dans le monde.(…) Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue » (Jean 1, 9.5). il existe de nos jours un nombre jamais égalé de gens qui sont plongés dans les ténèbres de l’ignorance et de l’erreur. C’est presque inévitable, compte tenu de l’accroissement démographique de la population.et pourtant Jésus, par sa Pâque, est venu apporter le salut à tous les hommes, sans faire acception de personnes. « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont en petit nombre. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Luc 10, 2). Seigneur, prends pitié de notre monde, qui est si éloigné de toi. Que ta lumière, que la lumière que tu es toi-même ; éclaire le cœur des hommes, leur montre le chemin de la Vérité, leur fasse découvrir la vraie foi, les guide vers le Père. Fais fructifier ta Passion dans les âmes.
« Ayant ainsi parlé, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, puis il l'étendit sur les yeux de l'aveugle, et lui dit : « Va, lave-toi dans la piscine de Siloé (mot qui se traduit : Envoyé). » Il partit, se lava, et s'en retourna, voyant clair » (Jean 9, 6-7). L’aveugle apparemment n’a rien demandé. Il ne semble pas avoir entendu parler de Jésus, à la différence de Bar-Timée, cet autre aveugle qui était assis à mendier à une porte de Jéricho (cf. Luc 18, 35-43).
« Dieu veut également ouvrir notre regard intérieur afin que notre foi soit de plus en plus profonde et que nous puissions reconnaître en lui notre unique Sauveur. Le Christ illumine toutes les ténèbres de la vie et donne à l’homme de vivre en « enfant de lumière » (Benoît XVI, Message pour le carême 2011, n° 2).

(à suivre…)

mercredi 23 février 2011

Être lumière (2)

Être lumière (2)

Ce n’est plus seulement une étoile, qui a guidé les rois Mages vers Bethléem. C’est une Lumière, la Lumière, qui éclaire désormais le cœur et l’intelligence des hommes qui ne se cachent pas les yeux pour ne pas la voir… Or, « Dieu est la lumière la plus haute, inaccessible, ineffable, que l’esprit ne peut comprendre, que la parole ne peut exprimer, qui éclaire toute nature raisonnable. Il est dans les réalités spirituelles ce que le soleil est parmi les choses sensibles : plus nous nous purifions, plus il se montre à nous ; plus il se montre à nous, plus nous l’aimons ; plus nous l’aimons, plus nous le saisissons par l’esprit. Il se contemple et se comprend lui-même, et il se répand quelque peu au dehors. (lire la suite)
Cette lumière dont je parle, c’est celle qui se laisse contempler dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit (…) dans l’unique rayonnement de la même splendeur (saint Grégoire de Nazianze, Oratio 40, sur le baptême 5).
C’est de cette lumière que nous participons et, « au milieu d’une génération mauvaise et dévoyée, vous brillez comme des astres dans le monde » (Philippiens 5, 15). Nous ne sommes pas le modèle. Le modèle unique, c’est Jésus-Christ. Mais, puisque chacun de nous est un astre, il doit jouer le rôle de l’étoile de l’Orient et conduire aussi ceux que nous côtoyons vers Jésus, pour qu’ils l’adorent et lui fassent le don de leur vie. A nous de jouer. A nous d’être vraiment une lumière allumée ! Afin qu’en faisant le bien, tout le bien que nous pouvons, les autres découvrent et reconnaissent le vrai Bien, Dieu parmi nous, et qu’ils l’accueillent avec joie et reconnaissance dans leur vie.

(fin)

mardi 22 février 2011

Être lumière (1)

Être lumière (1)

« Tant que vous avez la Lumière, croyez en la Lumière pour devenir des enfants de lumière » (Jean 12, 36). Quelle est cette lumière, sinon celle dont il est écrit que « la Lumière vraie, qui éclaire tout homme, venait dans le monde » (Jean 1, 9), c’est-à-dire le Christ ? Il est proclamé « lumière qui se révèle aux païens » (Luc 2, 32). Celui qui accueille Jésus-Christ devient enfant de lumière. Il ne marche plus dans les ténèbres, il n’avance plus à tâtons. il n’est plus dans l’incertitude. C’est toute la richesse prodigieuse de la grâce baptismale. « Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres pour que le Jour du Seigneur vous surprenne comme un voleur : tous, en effet, vous êtes enfants de la lumière et enfants du jour » (1 Thessaloniciens 5, 5). (lire la suite)
« La nuit est avancée ; le jour approche » (Romains 13, 12), « et déjà brille la vraie lumière » (1 Jean 2, 8), qui « luit dans les ténèbres » (Jean 1, 5). « Laissons donc là les œuvres des ténèbres ; revêtons les armes de la lumière » (Romains 13, 12). Rejetons donc le mal et faisons le bien. Ecartons les occasions de péché et cherchons positivement à agir en toute fidélité aux promesses de notre baptême. « Conduisons-nous avec décence, comme en plein jour » (Romains 13, 13). « Passez donc l’armure de Dieu pour qu’aux jours mauvais vous puissiez résister et, au terme de l’action, demeurer debout » (Ephésiens 6, 13).
Nous sommes nés dans le péché, mais nous avons été régénérés dans l’eau du baptême, renés à une vie nouvelle, à la vie de la grâce, une vie d’union à Dieu. « Donc debout ! » (Ephésiens 6, 14). « Autrefois vous étiez dans les ténèbres : mais à présent vous êtes lumière, dans le Seigneur. Comportez-vous en enfants de lumière » (Ephésiens 5, 8).
Or, « personne, après avoir allumé la lampe, ne la recouvre d’un vase ou ne la met sous le lit ; mais on la met sur le support, pour que ceux qui entrent aient de la lumière » (Luc 8, 16). « Qu’ainsi brille votre lumière aux yeux des hommes, pour qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 16). Non qu’ils vous glorifient, mais bien qu’ils glorifient Dieu. Car si nous sommes devenus une lumière, que la grâce a allumée au moment de notre baptême, ce n’est pas par nous-mêmes, mais par un don gratuit de Dieu ; ce n’est pas pour nous-mêmes, mais pour qu’elle éclaire les autres. Pour que nos bonnes actions, faites en plein jour, témoignent de notre amour de Dieu et de sa présence parmi nous.

(à suivre…)

mercredi 16 février 2011

La connaissance de soi (1)

La connaissance de soi (1)

« Que l’homme s’examine lui-même », écrivait l’Apôtre aux fidèles de Corinthe (1 Corinthiens 11, 28). C’est, en effet, important pour qui vise la sainteté. Il n’est pas de progrès possible si l’on ne s’arrête pas à faire le point pour savoir où l’on en est, pour s’assurer que l’on ne dévie pas des objectifs fixés, que l’on est sur le bon chemin. La recherche de la sainteté demande de rectifier souvent, de redresser chaque jour l’orientation de notre vie qui, autrement, risque facilement de s’écarter peu à peu, comme insensiblement, de la bonne route. (lire la suite)
Celui qui veut parvenir à la sainteté comprend le besoin de se connaître, de savoir comment il agit réellement, quel est exactement son comportement, pour remédier rapidement à toute erreur. Ce n’est pas facile. D’une part, parce que nous nous faisons une haute idée de nous-mêmes et, d’autre part, parce qu’il nous en coûte d’accepter nos imperfections et nos limites. « Avant tout, connais-toi toi-même. Certes, rien n’est plus dur, rien n’est plus laborieux et coûteux, mais lorsque tu te seras connu toi-même, tu pourras connaître Dieu et aborder courageusement les créatures » (saint Nil, Epistola 3, 314).
L’examen de conscience demandée se mettre d’abord en présence de Dieu et d’implorer ses lumières pour voir la réalité en face. « Mon juge c’est le Seigneur », dit saint Paul. Et il ajoute : « C’est pourquoi ne jugez pas avant le moment, avant que vienne le Seigneur :c’est lui qui mettra en lumière ce que cachent les ténèbres et qui révélera les desseins des cœurs ; et alors chacun recevra de Dieu la louange qui lui revient » (1 Corinthiens 4, 5).
Au fond, l’examen de conscience est une affaire de bon sens pour un catholique cohérent avec sa foi. S’il permet « d’aborder courageusement » les autres, c’est parce qu’il nous donne une juste vision de la réalité de notre âme et nous permet de grandir en amour de Dieu. Nous ressentons la crainte de l’Apôtre : « De peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne vienne à être éliminé moi-même » (1 Corinthiens 9, 27).

(à suivre…)