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dimanche 10 novembre 2013

Tous égaux (2)

Tous égaux (2)

Ces considérations, peut-être banales, viennent renforcer une idée typiquement chrétienne, bien mise en valeur par le concile Vatican II, à savoir l’égalité fondamentale ou radicale qui règne entre tous les hommes du fait de leur condition d’enfants de Dieu, d’êtres créés à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Genèse 1, 26). Saint Paul déjà affirmait qu’« il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme : car vous n’êtes tous qu’une personne dans le Christ Jésus » (Galates 3, 28). Mais il ne s’agit pas seulement de gommer les différences de race ou de culture, mais plus profondément d’affirmer que ce qui nous distingue les uns des autres, tout en ayant des implications sérieuses et durables (lire la suite) sur le cours de l’histoire de l’humanité, ne sont en définitive que bien peu de chose au regard de ce qui nous rassemble. Bien évidemment, la société des hommes a besoin de chefs qui la guide et de meneurs qui lui servent de points de ralliement. Mais aussi brillants soient-ils, aussi admirés et adulés soient-ils, ils n’en sont pas moins des créatures comme nous, avec d’énormes limites inhérentes à leur condition terrestre. Nous comprenons bien dans ce contexte l’affirmation suivante de saint Josémaria, un autre meneur d’hommes dont l’action et l’enseignement ont révolutionné à jamais la vie de bien de nos semblables et le visage même de l’Église et du monde. Il disait ceci : « Pour moi le travail d'une de mes filles membre de l'Opus Dei, qui est employée de maison, est de la même importance que le travail d'une de mes filles qui porte un titre nobiliaire. Dans les deux cas, la seule chose qui m'intéresse, c'est que le travail qu'elles effectuent soit un moyen et une occasion de sanctification pour elles-mêmes et pour les autres ; et le travail le plus important sera celui de la personne qui, dans sa propre occupation, et dans son propre état, devient plus sainte et accomplit avec le plus d'amour la mission reçue de Dieu. Devant Dieu, le professeur d'Université a la même importance que le commis de magasin, ou la secrétaire, ou l'ouvrière ou la paysanne : toutes les âmes sont égales. On pourrait même dire que parfois l'âme des êtres les plus simples est plus belle encore et que celles qui traitent Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit avec le plus d'intimité sont toujours plus agréables à Dieu » (Entretiens avec Mgr Escriva, Paris, Le Laurier, 3e éd., 1987, n° 109). (fin)

vendredi 8 novembre 2013

Tous égaux (1

Tous égaux (1

Les inégalités que nous trouvons dans la société sont toutes relatives, et tendent même vers zéro, aussi paradoxal que cela puisse paraître, si nous les rapportons à Dieu, qui est Infini. Nous sommes dans l’admiration face à des esprits supérieurs et à des génies qui apparaissent de temps à autre tout au long de l’histoire. Pensons à Platon et à Aristote, à Alexandre le Grand et à Lénine, à saint Augustin et à saint Thomas d’Aquin, à saint Jean-Paul II et à Benoît XVI, à Charlemagne, à saint Louis, à Napoléon et à de Gaulle, à saint Boniface, à saint Bruno, à saint Dominique, saint François, saint Ignace ou encore au saint Curé d’Ars, à Archimède, à Descartes, à Newton, à Malthus, à Einstein, à Steve Jones, etc. Tous ne sont pas également recommandables. Mais tous ont marqué leur époque, et parfois le monde de façon définitive, et sont des hommes qui se détachent nettement du lot. Certes, celui qui sait à peine lire et écrire nous semble bien inculte comparé à un Pascal. Mais qu’est-ce que Pascal face à Dieu ? Une goutte d’eau dans l’océan de l’intelligence ? Moins qu’une goutte d’eau… Il n’est presque rien si nous l’envisageons en relation avec la Sagesse infinie de notre Dieu trois fois Saint. (lire la suite)) Nos musées et nos églises sont remplis de chefs-d’œuvre de la peinture, de la sculpture, de la mosaïque. Raphaël, Michel-Ange et tant d’autres nous éblouissent et nous nous sentons bien petits devant eux, que nous ne saurions imiter. Pourtant, là encore, la beauté à laquelle ils sont parvenus, qu’ils ont su exprimer, n’est qu’un reflet pale et jauni du Beau par essence qu’est Dieu, un vulgaire gribouillis sans consistance qu’ils n’oseraient pas même accrocher aux murs du paradis... Nous pouvons nous émouvoir et laisser notre cœur chavirer en écoutant les œuvres de Marc-Antoine Charpentier, de Claude Debussy, de Camille Saint-Saëns, d’Hector Berlioz, ou de Chopin, de Wagner, de Beethoven…, alors que notre oreille musicale n’est pas fameuse et que nous ne savons jouer d’aucun instrument. Mais qu’est-ce que tout cela face à la musique céleste qui retentit tout uniment dans la Jérusalem céleste ? Un bruit de casseroles fêlées tout au plus. Quelque chose de disharmonieux au possible. Et nous nous extasions pourtant, faute d’une meilleure expérience à venir. Nous nous esbaudissons au spectacle du Bourgeois Gentilhomme ; nous tremblons avec Henri III ; nous nous reconnaissons dans la Divine Comédie ; nous rions avec les exploits de Don Quichotte ; nous vibrons avec Guerre et Paix ; nous enrichissons notre âme avec sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, saint Louis-Marie Grignion de Montfort, saint François de Sales, etc. Il serait aisé de poursuivre avec toutes les professions, et de penser aux Bocuse, Alain Prost, Maurice Herzog, Jules Verne, Christophe Colomb, Jeanne d’Arc, Gengis Khan, Saladin et tant et tant d’autres hommes et femmes illustres à nos yeux. Le constat reste inexorablement et nécessairement inchangé. (à suivre…)

vendredi 7 juin 2013

Homme et femme

A mon sens l'égalité essentielle entre l'homme et la femme exige précisément que l'on saisisse à la fois le rôle complémentaire de l'un et de l'autre dans l'édification de l'Église et dans le progrès de la société civile : ce n'est pas en vain que Dieu les a faits homme et femme. Cette diversité doit être comprise, non pas dans un sens patriarcal, mais dans toute sa profondeur, si riche de nuances et de conséquences, et qui évite à l'homme la tentation de masculiniser l'Église et la société, et à la femme de concevoir sa mission, dans le Peuple de Dieu et dans le monde, comme une simple revendication de tâches que, jusqu'à présent, l'homme seul accomplissait et qu'elle peut tout aussi bien remplir. L'homme et la femme doivent donc, me semble-t-il, se sentir autant l'un que l'autre, et justement, les protagonistes de l'histoire du salut, mais l'un et l'autre de façon complémentaire. Saint Josémaria, Entretiens, n° 14.

vendredi 13 juillet 2012

Le patriotisme (1)


Le patriotisme (1)

Saint Paul se demande ce qu’est la Loi mosaïque. Et il répond qu’« elle a été ajoutée pour qu’il y eût des transgressions jusqu’à ce que vînt la descendance à qui était destinée la promesse » (Galates 3, 19), « mais là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5, 20). La Loi était bonne en elle-même : « Si donc c’est ce que je ne veux pas que je fais, je reconnais par là que la Loi est bonne » (Romains 7, 15). Le salut est venu par la foi, qui nous a été donnée en Jésus-Christ. « Avant que vînt la foi, nous étions sous la garde de la Loi, enfermés, pour y attendre la révélation de la foi » (Galates 3, 23). Et la foi est venue. Désormais « tous, en effet, vous êtes fils de Dieu par la foi au Christ Jésus, car vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ » (Galates 3, 26-27). Saint Paul tire comme conclusion (lire la suite) de tout ce qu’il vient d’affirmer qu’à partir de cette révélation de la foi en Jésus-Christ, « plus de juif ni de grec ; plus d’esclave ni d’homme libre ; plus d’homme ni de femme : vous tous, en effet, vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Galates 3, 28). « Aussi bien, nous avons tous été baptisés en un http://www.blogger.com/img/blank.gifseul Esprit pour ne faire qu’un seul corps ; Juifs et Grecs, esclaves et hommes libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit » (1 Corinthiens 12, 13), de sorte qu’il y a « tout en tous, le Christ » (Colossiens 3, 11). « Ces paroles ont aujourd’hui la même valeur qu’hier : devant le Seigneur il n’existe pas de différence de nation, de race, de classe, d’état… Chacun d’entre nous est né de nouveau dans le Christ, pour devenir une nouvelle créature, un enfant de Dieu : nous sommes tous frères et c’est en toute fraternité que nous devons nous conduire ! » (saint Josémaria, Sillon, n° 317).
Tel est le point de départ de notre méditation. L’égalité que Dieu a établie entre tous les hommes, au-delà des différences de race, de culture, de formation, d’extraction sociale ou d’intérêts scientifiques, intellectuels ou autres.

(à suivre…)

mercredi 29 février 2012

Arrêts sur christianisme (71)


Arrêts sur christianisme (71)

Est un admirateur du christianisme celui qui sait que le christianisme a changé le monde, qu’il nous a apporté une révolution morale d’amour, d’égalité et de dignité sans précédents, et que cette révolution déploie ses effets aujourd’hui encore ; que sans cette révolution le monde serait pire, la vie parmi les hommes plus sauvage, les droits moins garantis, l’espérance moins fondée. (…) Tous deux [les chrétiens religieux et les « chrétiens culturels »] ont un don. Pour les croyants au premier sens, le « don de Dieu » est la grâce, la gratuité et l’espérance mystérieuse d’une rencontre, d’une présence : la Sienne. Pour les croyants au second sens, le « don de dieu » est un patrimoine de vertus, de coutumes, de culture, de civilisation : la nôtre.

M. Pera, Perché dobbiamo dirci cristiani : Il liberalismo, l’Europa, l’etica, Milan, Mondadori, 2008, p.56-57.

mercredi 9 mars 2011

Le statut de la femme à Paris (2)


Le statut de la femme à Paris (2)

Pour l’Antiquité la femme est un être inférieur. Les philosophes l’enseignent. Aristote, par exemple, dit qu’elle est un homme raté. La société en est convaincue et le droit romain, qui fonde tout sur l’autorité du pater familias, fait d’elle une éternelle mineure, sans droits, un peu comme une esclave, toujours incapable d’être propriétaire et de gérer des affaires. D’abord soumise au pouvoir de vie et de mort de son père, elle est, ensuite, remise à celui du mari qu’il lui a choisi. Supprimer à la naissance les filles que l’on ne veut pas garder ; faire mettre à mort celles qui se dérobent au mariage prévu sont des pratiques jugées normales. Bien des chrétiennes seront martyres parce qu’elles osent refuser le mari imposé. Même lorsque Rome exalte la maternité, (lire la suite) aménage la dévotion de la dot, propage la liberté des mœurs, la situation de la femme n’en est pas changée. Le christianisme devra lutter longtemps pour entamer le pouvoir du pater familias et faire admettre des mœurs qui reconnaissent la réalité de la personnalité de ma femme. Par exemple, ce n’est qu’en 390 que la loi retire au père le droit de vie et de mort sur ses enfants, ce n’est qu’au VIIIe siècle que l’Eglise réussit à supprimer la nécessité du consentement des parents pour la validité du mariage.
Les Barbares, eux, les Francs de Clovis, que ce soit au temps des Mérovingiens, des Carolingiens ou des Capétiens, fondent leur société et la famille sur les liens du sang, « la parenté issue d’un même sang ». Les mœurs, le souci de la lignée subordonnent le mariage et la place de la femme dans la vie sociale aux intérêts familiaux. C’est contre ce poids de la famille que, du VIe au XIIe siècle, luttera l’Eglise, avec une grande constance dans son projet et une grande souplesse dans ses prescriptions.
Pour elle, « Dieu créa l’être humain, homme et femme, à son image, et il vit que cela était bon ». Si le péché troubla cette harmonie fondamentale, Jésus par son sacrifice est venu la rétablir. En Lui, comme dit saint Paul, « il n’y a plus ni homme, ni femme ». Avec ses qualités propres, distinctes de celles de l’homme, qu’il faut respecter, la femme est fille de Dieu, comme l’homme est fils de Dieu ; aussi, elle a des pouvoirs et des droits semblables aux siens, que la société doit lui permettre d’exercer.

(à suivre…)

dimanche 17 octobre 2010

Enfants de Dieu, frères des hommes (2)

Enfants de Dieu, frères des hommes (2)

Dieu ne fait pas acception de personnes : « Car Yahvé, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des Seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point acception des personnes » (Deutéronome 10, 17). Il est venu appeler « les pécheurs au repentir » (Luc 5, 32). Il « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 4). Nul homme ne reste en marge du plan de salut.
Ce n’est point l’aristocratie de l’intelligence ou de la finance qui assure le paradis, mais l’aristocratie du cœur. (lire la suite) Certes, Dieu ne donne pas sa grâce pareillement à tous. Il est libre de l’administrer comme il l’entend : « Je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde et j’aurai compassion de qui j’aurai compassion. Ainsi donc l’élection ne dépend ni de la volonté, ni des efforts, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Romains, 9, 15-16).
« Qui donc es-tu, ô homme, pour contester avec Dieu ? » (Romains 9, 19). Qui sommes-nous pour établir des restrictions, mettre des limites, faire une ségrégation là où Dieu a posé l’égalité radicale de tous les hommes face à lui et à l’éternité ?
Conduisons-nous en frères de nos frères les hommes. Désirons pour eux le sort le meilleur. Réjouissons-nous de ce que d’autres, beaucoup d’autres, soient meilleurs que nous et réussissent mieux que nous. Bénie soit cette race unique des enfants de Dieu à laquelle nous appartenons tous. Remercions-en le Seigneur. Et comportons-nous avec la fierté d’un enfant de Dieu, et le sens des responsabilités que cela suppose : à savoir, de rechercher activement la sainteté.

(fin)

mercredi 14 juillet 2010

La pseudo-démocratie

La pseudo-démocratie

Le droit à la vie originel et inaliénable est discuté ou dénié en se fondant sur un vote parlementaire ou sur la volonté d'une partie — qui peut même être la majorité — de la population. C'est le résultat néfaste d'un relativisme qui règne sans rencontrer d'opposition: le « droit » cesse d'en être un parce qu'il n'est plus fermement fondé sur la dignité inviolable de la personne mais qu'on le fait dépendre de la volonté du plus fort. Ainsi la démocratie, en dépit de ses principes, s'achemine vers un totalitarisme caractérisé. L'État n'est plus la « maison commune » où tous peuvent vivre selon les principes de l'égalité fondamentale, (lire la suite) mais il se transforme en État tyran qui prétend pouvoir disposer de la vie des plus faibles et des êtres sans défense, depuis l'enfant non encore né jusqu'au vieillard, au nom d'une utilité publique qui n'est rien d'autre, en réalité, que l'intérêt de quelques-uns.
Tout semble se passer dans le plus ferme respect de la légalité, au moins lorsque les lois qui permettent l'avortement ou l'euthanasie sont votées selon les règles prétendument démocratiques. En réalité, nous ne sommes qu'en face d'une tragique apparence de légalité et l'idéal démocratique, qui n'est tel que s'il reconnaît et protège la dignité de toute personne humaine, est trahi dans ses fondements mêmes : « Comment peut-on parler encore de la dignité de toute personne humaine lorsqu'on se permet de tuer les plus faibles et les plus innocentes? Au nom de quelle justice pratique-t-on la plus injuste des discriminations entre les personnes en déclarant que certaines d'entre elles sont dignes d'être défendues tandis qu'à d'autres est déniée cette dignité? » Quand on constate de telles manières de faire, s'amorcent déjà les processus qui conduisent à la dissolution d'une convivialité humaine authentique et à la désagrégation de la réalité même de l'État.
Revendiquer le droit à l'avortement, à l'infanticide, à l'euthanasie, et le reconnaître légalement, cela revient à attribuer à la liberté humaine un sens pervers et injuste, celui d'un pouvoir absolu sur les autres et contre les autres. Mais c'est la mort de la vraie liberté: « En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave du péché » (Jean 8, 34).

Jean-Paul II, encyclique Evangelium vitae, « l’Evangile de la vie », 25 mars 1995, n°20.

mercredi 4 février 2009

Liberté, Égalité, Fraternité

Liberté, Égalité, Fraternité

On avait promis à la France une République de Liberté, d'Égalité, de Fraternité. Est-ce ainsi qu'on tient promesse ? Vous êtes magistrats français, vous êtes chargés de faire régner l'ordre et de rendre la justice, et vous feriez triompher le désordre et l'injustice ? Non, non ! On est venu violer mon domicile en disant : Je viens « au nom de la loi ». Nos persécuteurs parlent toujours de la loi. Il n'y a pas de loi contre le droit, il n'y a pas de loi contre l'éternelle loi ! N'enseignez pas à la France à mettre la loi humaine au-dessus de la loi de Dieu qui seul donne toute l'autorité à la loi, aucun homme n'ayant le droit de commander à l'homme, Dieu seul dispose de ce droit. (lire la suite) Persécuté au nom de la loi
Si l'homme est le roi et le maître de la cration, Dieu seul est le roi et le maître de l'homme. Je vous en suplie, épargnez cette honte à ma patrie et ne la rendez pas la risée des nations. Ne permettez pas qu'on attaque la propriété. Ce serait ébranler la base de la vie nationale et ouvrir la porte à l'anarchie. Ayez pitié de la France qui agonise ! Ayez pitié d'un vieillard qui aime la France et ce cher peuple de France ! N'attristez pas mes derniers jours !

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé... P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 539.

mardi 11 novembre 2008

L'Apôtre Paul, un maître pour notre temps (3)

L'Apôtre Paul, un maître pour notre temps (3)

La vision universaliste typique de la personnalité de saint Paul, tout au moins du Paul chrétien après l'événement du chemin de Damas, doit certainement son impulsion de base à la foi en Jésus-Christ, dans la mesure où la figure du Ressuscité se place désormais au-delà de toute limitation particulariste ; en effet, pour l'apôtre « il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus » (Galates 3, 28). Toutefois, la situation historique et culturelle de son époque et de son milieu ne peut elle aussi qu'avoir influencé ses choix et son engagement. Certains ont défini Paul comme l'« homme des trois cultures », en tenant compte de son origine juive, de sa langue grecque, et de sa prérogative de « civis romanus », (lire la suite) comme l'atteste également le nom d'origine latine. Il faut en particulier rappeler la philosophie stoïcienne, qui dominait à l'époque de Paul et qui influença, même si c'est de manière marginale, également le christianisme. À ce propos, nous ne pouvons manquer de citer plusieurs noms de philosophes stoïciens comme Zénon et Cléanthe, et ensuite ceux chronologiquement plus proches de Paul comme Sénèque, Musonius et Épictète : on trouve chez eux des valeurs très élevées d'humanité et de sagesse, qui seront naturellement accueillies par le christianisme. Comme l'écrit très justement un chercheur dans ce domaine, « la Stoa... annonça un nouvel idéal, qui imposait en effet des devoirs à l'homme envers ses semblables, mais qui dans le même temps le libérait de tous les liens physiques et nationaux et en faisait un être purement spirituel » (M. Pohlenz, La Stoa, I, Florence 1978, pp. 565sq). Que l'on pense, par exemple, à la doctrine de l'univers entendu comme un unique grand corps harmonieux, et en conséquence à la doctrine de l'égalité entre tous les hommes sans distinctions sociales, à l'équivalence tout au moins de principe entre l'homme et la femme, et ensuite à l'idéal de la frugalité, de la juste mesure et de la maîtrise de soi pour éviter tout excès. Lorsque Paul écrit aux Philippiens : « Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout ce qui s'appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte » (Phippiens 4, 8), il ne fait que reprendre une conception typiquement humaniste propre à cette sagesse philosophique.

(à suivre...)

dimanche 6 avril 2008

Tous egaux devant Dieu (2)

Tous égaux devant Dieu (2)

Ils ne se rendent pas compte de l'honneur qu'ils ont eu de travailler dans cette vigne, sous la direction et en présence d'une tel maître qui, dépassant la stricte justice, prend pitié de ceux qui ont été embauchés plus tardivement, mais qui ont besoin eux aussi, de vivre et de subvenir aux besoins de leur famille. C'est ici la charité qui dicte le comportement du vigneron.
Nous avons peut-être du mal à comprendre la question qu'il pose : (lire la suite) « Ne m'est-il pas permis de faire en mes affaires ce que je veux ? » (v. 15). Les impôts, la législation sur les salaires et sur la transmission du patrimoine ne permettent pas, de nos jours, de faire ce que l'on veut avec ses biens...
Mais la parabole renferme une sens spirituel : elle nous montre que, face à Dieu, nous sommes tous égaux. Nous avons rencontré Dieu à notre naissance, et alors nous avons travaillé, ou nous nous sommes efforcés de travailler, toute notre vie à son service ; ou bien nous nous sommes convertis dans notre adolescence, à l'âge mûr ou même sur le tard, et nous n'avons été que relativement peu de temps au service de Dieu.
Mais le salaire est le même pour tous : le denier de la sainteté, du salut éternel, pour tous ceux qui sont restés fidèles au poste, jour après jour, sans relâche, en mettant tout l'amour dont ils étaient capables dans l'accomplissement de leur tâche. Le salaire ne peut être que le même pour tous. Certes, le degré de sainteté ne sera pas identique chez tous, mais tous seront parvenus à la sainteté, c'est-à-dire à un état de bonheur parfait dans lequel rien ne leur manquera. Il n'y aura plus de jalousie. Bien au contraire, chacun de réjouira de voir d'autres élus mieux lotis que lui et comprendra qu'il est juste qu'il en soit ainsi.
Mais Dieu nous traite au soir de notre vie de la même façon, que nous soyons puissants ou misérables, de la même manière : en toute justice et avec miséricorde. La récompense pour ceux qui ont su aimer jusqu'au bout est identique : le bonheur éternel promis par Jésus.
La parabole se termine par ces dernières paroles du maître, qui peuvent paraître dures : « Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers derniers » (v. 16).
Il ne faut pas remettre la tâche à plus tard, ni reporter indéfiniment le moment de la conversion, car il ne se représentera sans doute plus. « Le moment est arrivé de travailler pour de bon, d’occuper tous les instants de la journée, de supporter de bon cœur, dans la joie, le poids du jour et de la chaleur » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 52). C'est alors que le Seigneur peut nous dire : « Bien, serviteur bon et fidèle ; en peu tu as été fidèle, je te préposerai à beaucoup ; entre dans la joie de ton maître » (Matthieu 25, 21).

(fin)

samedi 5 avril 2008

Tous egaux devant Dieu (1)

Tous égaux devant Dieu (1)

L'enseignement que Jésus nous dispense à travers les paraboles n'est pas sans nous dérouter parfois. Prenons, par exemple, la parabole du vigneron qui embauche, tôt le matin, des saisonniers pour aller travailler à sa vigne, et qui convient avec eux du salaire pour la journée : un denier (cf. Matthieu 20, 1-4). Jusque-là, rien d'anormal.
Le propriétaire de la vigne ressort à plusieurs reprises au cours de la journée. À chaque fois, il trouve de nouveaux ouvriers désœuvrés (lire la suite) sur la place du village. « Étant sorti vers la onzième (heure), il en trouva d'autres qui stationnaient, et il leur dit : « Pourquoi stationnez-vous ici toute la journée sans rien faire ? » Ils lui disent : « C'est que personne ne nous a embauchés. » Il leur dit : « Allez, vous aussi, à la vigne » (Ibid., v. 6-7). Ils vont en renfort à la vigne, même si leur concours sera de brève durée. « Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : « Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire, en commençant par les derniers jusqu'aux premiers » (v. 8). C'est ici que nous devons prêter attention, car le maître va adopter une attitude apparemment surprenante. « Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier.
Quand vinrent les premiers, ils pensèrent qu'ils recevraient davantage » (v. 9-10). Nous les comprenons, parce qu'ils ont travaillé six fois, dix fois plus. « Mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier » (v. 10). Ils ne sont pas contents, et ils le font savoir : « En le recevant, ils murmuraient contre le maître de maison, disant : « Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et tu les as traités comme nous, qui avons porté le poids du jour et la chaleur » (v. 11-12). Il est vrai qu'ils ont supporté « le poids du jour et de la chaleur ». Ils ont travaillé dur, et bien, sans doute. Mais peut-être plus par obligation que par amour de leur tâche et de leur maître. Or, supporter par amour » le poids du jour et de la chaleur, « ce n'est plus réellement le supporter » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 44).
L'amour voit au-delà de la justice. Et c'est bien ce que nous constatons dans cette parabole. D'abord le maître répond à un des saisonniers : « Mais lui, s'adressant à l'un d'eux, répondit : « Ami, je ne te fais point d'injustice : n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t'en » (v. 13-14). Nous sommes ici dans le domaine de la justice, qui consiste à donner chacun ce qui lui est dû. Il a été convenu d'un denier : le salarié reçoit un denier, de quoi se plaint-il ? Il a ce à quoi il a droit. « Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi. Ne m'est-il pas permis de faire en mes affaires ce que je veux ? Ou ton œil sera-t-il mauvais parce que, moi, je suis bon ? » (v. 14-15). C'est sans doute la jalousie, la comparaison déplacée, humainement compréhensible mais indue, qui suscite ces récriminations et de mécontentement. Les premiers ont reçu ce à quoi ils avaient droit, et ils se plaignent...

(à suivre...)