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samedi 3 septembre 2011

La vie ordinaire (1)


La vie ordinaire (1)

Reportons-nous en esprit quelques jours après la Pentecôte. La vie de Jérusalem bruisse encore de la prédication des apôtres et est agitée par les événements qui se sont produits récemment. La Ville sainte est remplie de pèlerins dont le cours de la vie vient de changer brusquement. Ils se sont convertis, au nombre de 5 000 environ, et ont été baptisés. Ils proclament que Jésus-Christ est le Fils de Dieu et le Messie à qui veut bien les entendre, et ils le feront désormais à temps et à contretemps (cf. 2 Timothée 4, 2).
Le temps pascal s’est refermé. Cette longue période si riche en circonstances fondatrices pour l’histoire humaine. Jésus de Nazareth, que les Juifs ont fait mourir sur une Croix en se servant du bras séculier de l’occupant romain, ce qui n’est pas un mince paradoxe, est ressuscité. (lire la suite) Il « est apparu à Simon » (Luc 24, 34), « et pendant bon nombre de jours il est apparu à ceux qui étaient montés avec lui de la Galilée à Jérusalem, et qui maintenant sont ses témoins auprès du peuple » (Actes 13, 31). Et saint Paul de narrer qu’il « est apparu à Céphas, puis aux Douze. Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis. Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Après eux tous, il m'est aussi apparu à moi, comme à l'avorton » (1 Corinthiens 15, 5-8). Il s’est entretenu avec ses apôtres « pendant quarante jours et parlant des choses du royaume de Dieu » (Actes 1, 2), in multis argumentis, dit le texte latin, autrement dit de questions les plus variées. Puis il est monté au ciel (Actes 1, 9). Mais il avait promis qu’il ne nous laisserait pas orphelins (Jean 14, 18). Il a tenu sa promesse. Au terme d’une sorte de retraite spirituelle de dix jours, sa très Sainte Mère et ses apôtres ont reçu l’effusion du Saint-Esprit (cf. Actes 2, 1-4), cet Esprit Paraclet dont il avait annoncé l’envoi : « Lorsque le Consolateur que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi » (Jean 15, 26).
Le temps pascal est clos. A alors commencé le temps ordinaire. Ordinaire pour nous, selon le découpage liturgique du temps. Mais ordinaire aussi pour les apôtres et pour les nouveaux baptisés. C’est la vie de tous les jours vécue dans l’Esprit et au nom de Jésus-Christ pour la gloire du Père. C’est la vie ordinaire passée à évangéliser, à proclamer la Bonne Nouvelle du royaume. Toute la vie des apôtres et des premières communautés chrétiennes est éminemment apostolique, foncièrement apostolique. Il ne fait pas de doute pour eux que c’est leur raison d’être sur terre et la raison d’être de leur baptême. L’enfant de Dieu régénéré dans les eaux baptismales est un être tourné vers les autres, appelé à les aimer sincèrement et à donner sa vie pour eux, à l’exemple du Maître (cf. Jean 13, 34-35).

(à suivre…)

jeudi 7 avril 2011

L’unité


L’unité

Saint Ignace d’Antioche, faisant preuve d’une profonde humilité, s’adresse aux chrétiens d’Ephèse en écrivant : « A présent, je commence seulement à être disciple et je vous adresse la parole comme à mes condisciples. » Tout en ajoutant : « C’est moi qui aurais besoin d’être préparé par vous au combat », car il est « enchaîné pour le Nom Sauveur », avant de subir le martyre. Il n’élude donc pas son devoir de continuer à exhorter les fidèles. Il les invite notamment à vivre l’union à celui qui est leur berger, à vivre « en accord avec la pensée de votre évêque ». Et, pour cela, il a recours à une expression à la fois riche et imagée. (lire la suite)
Il écrit, en effet : « Chacun de vous, devenez un chœur de chant, afin que, dans l’harmonie de votre concorde, adoptant la mélodie de Dieu dans l’unité, vous chantiez pour le Père d’une seule voix, par le Christ. » La vie chrétienne doit donc constituer un concert de louange unanime de Dieu, tout en étant rassemblés sous un même pasteur, animés d’une même foi et nourris des mêmes sacrements. Les options humaines légitimes ne doivent pas séparer les chrétiens, ni les détourner de l’essentiel. Car ce qui unit les croyants est beaucoup plus fort et autrement important que ce qui les distingue, chacun selon sa personnalité et les choix qu’il est amené à faire dans la société humaine. Dans l’expression de la foi doivent régner l’harmonie et la concorde.
« Alors le Père vous écoutera et reconnaîtra en vous, grâce à vos bonnes actions, les membres de son Fils », ceux qui, réunis précisément par la foi, constituent son Corps mystique qu’est l’Eglise. Chantant d’une seule voix par le Christ, le Père nous reconnaît comme fils dans son Fils. Il n’entend pas seulement une plainte humaine, mais la complainte filiale, qui lui agrée. Dieu peut dire de chacun : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis ma complaisance » (Matthieu 3, 17), bien que pas « toute ma complaisance », parce qu’elle est réservée au Fils éternel.
Saint Ignace conclut : « Il est donc utile pour vous que vous soyez dans une irréprochable unité, pour être toujours participants de Dieu » (Lettre aux Ephésiens). « Le Seigneur rassemblera ses enfants dispersés, et en fera une seule nation, et une seul roi régnera sur eux » (prière, deuxième dimanche du temps ordinaire). C’est bien ce qu’il a fait en nous envoyant Jésus-Christ. a nous de rester bien regroupés sous sa houlette, et sous celle du pasteur qui le représente pour nous et qui poursuit sa mission pour notre bien. Nous ne pouvons recevoir la grâce de Dieu et les secours spirituels indispensables à notre salut qu’en étant étroitement unis à la tête, en vivant intensément le devoir fondamental de communion dans l’Eglise.

vendredi 1 avril 2011

Le saint Nom de Jésus

Le saint Nom de Jésus

Le prénom des gens que nous aimons nous est particulièrement cher. Nous l’entendons avec affection. Il parle à notre cœur. Il le réchauffe même.
Imaginons avec quel respect et quelle dévotion Marie et Joseph prononçaient ce nom de Jésus, ce nom » qui est au-dessus de tout nom » (Philippiens 2, 9). Par respect, les Juifs n’osaient pas prononcer le nom de Yahvé, et de nos jours encore les Juifs pratiquants ne mentionnent pas Dieu. Ils parlent du Béni, du Tout-Puissant. Il était question d’Elohim, d’El-Saddaï.
Mais Dieu s’est fait chair et il a pris un nom d’homme. (lire la suite) Saint Joseph, puisque c’était lui le chef de la Sainte Famille et celui qui, aux yeux des hommes, était le père de Jésus, a été chargé par l’ange de donner son nom au Fils de Marie : « Elle enfantera un fils à qui tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Matthieu 1, 21). « Jésus », car il sauvera son peuple, « Emmanuel », car Dieu est avec nous.
« Le salut n’est en aucun autre, car il n’est sous le ciel, d’entre les noms qui se donnent chez les hommes, aucun autre qui doive nous sauver » (Actes 4, 12).
C’est « au nom de Jésus (que) tout genou fléchit dans le monde céleste, terrestre et infernal » (Philippiens 2, 10)., conformément à ce qui avait été annoncé : « J’ai juré par moi-même ; de ma bouche sort la vérité, une parole qui ne sera pas révoquée. Oui, tout genou fléchira devant moi, et par moi toute langue prêtera serment » (Isaïe 45, 23).
Ce nom de Jésus, celui qui nous sauve, a des synonymes. En effet, « un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; il a reçu l’empire sur ses épaules, et on lui a donné pour nom : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père à jamais, Prince de la Paix » (Isaïe 9, 5).
Revenons à la crèche pour écouter Marie et Joseph appeler Jésus par son nom. Un Nom plus doux que le miel au palais. Un Nom savoureux entre tous. Un Nom divin. Le Nom du salut. Un Nom qui met le diable en déroute.
Le prêtre incline légèrement la tête à la sainte messe quand il le prononce. Mais qu’il y ait toujours une révérence intérieure, un élan du cœur, une action de grâce pour ce Dieu qui a daigné venir demeurer parmi nous et qui est notre Sauveur, le Rédempteur de l’humanité.
Oui, qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et dans les enfers…

vendredi 18 février 2011

Arrêt sur christianisme (68)

Arrêt sur christianisme (68)



« La spécificité du Christianisme se manifeste dans l’événement Jésus-Christ, sommet de la Révélation, accomplissement des promesses de Dieu et médiateur de la rencontre entre l’homme et Dieu. Lui “ qui nous a révélé Dieu ” (cf. Jean 1, 18) est la Parole unique et définitive donnée à l’humanité » (concile Vatican II, constitution dogmatique sur la Révélation Dei Verbum, n° 4). Saint Jean de la Croix a exprimé cette vérité de façon admirable : « Dès lors qu’il nous a donné son Fils, qui est sa Parole – unique et définitive –, il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et il n’a rien de plus à dire. […] Car ce qu’il disait par parties aux prophètes, il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant interroger le Seigneur et lui demander des visions ou révélations, non seulement ferait une folie, mais il ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ et en cherchant autre chose ou quelque nouveauté » (Montée du Carmel 2, 22).

Benoît XVI,exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, 30 septembre 2010, n°14.

dimanche 13 février 2011

Le nom de Dieu (1)

Le nom de Dieu (1)

« Le nom de Yahvé est une tour forte ; le juste y court et y est hors d’atteinte » (Proverbes 18, 10). C’est-à-dire qu’il échappe aux traits que l’adversaire lui décoche. En effet, « notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre ». Ô mon Dieu, « tu es pour moi un refuge, une tour puissante contre l’ennemi » (Psaume 61, 4). Dieu est « notre refuge et notre force ; il s’est largement montré un secours dans la détresse » (Psaume 46, 2). Jésus-Christ est le Sauveur. « Le salut n’est en aucun autre, car il n’est sous le ciel, d’entre les noms qui se donnent chez les hommes, aucun autre qui doive nous sauver » (Actes 4, 12), parce que Jésus-Christ est la voie, la vérité et la vie (cf. Jean 14, 6) et que c’est Jésus « qui sauvera son peuple de ses péchés » (Matthieu 1, 21). (lire la suite)
Le Christ est notre force. Assurément « celui qui est attentif à la parole trouve le bonheur, et celui qui se confie en Yahvé est heureux » (Proverbes 16, 20). De plus « celui qui se confie en Yahvé sera rassasié » (Proverbes 28, 25). « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif » (Jean 4, 14). Il reçoit tous les biens spirituels en abondance, toutes sortes d’aides surnaturelles, « grâce après grâce » (Jean 1, 16). Le Seigneur vient à son secours pour le mettre à l’abri du Mauvais, dont l’activité néfaste est incessante. En restant uni à Dieu par la prière et l’offrande sans cesse renouvelée de nos activités, nous n’avons rien à craindre, pas même ces attaques du démon.
Nous n’avons pas à craindre les hommes, qui n’ont pas le pouvoir de nous faire pécher. Craindre le regard des hommes, le qu’en dira-t-on, est un piège qui risque de nous amener à manquer d’authenticité, à ne pas oser vivre de notre foi et à l’affirmer quand elle est incomprise ou dénigrée. « La crainte des hommes porte avec elle un piège, mais celui qui se confie en Yahvé est mis en sûreté (Proverbes 29, 25).

(à suivre…)

lundi 7 février 2011

La reconnaissance (1)


La reconnaissance (1)

Jésus guérit un jour dix lépreux qui étaient venus à sa rencontre alors qu'il entrait dans un village aux confins de la Samarie et de la Galilée. Se tenant à distance, comme leur condition l'exigeait, « ils élevèrent la voix : « Jésus, Maître, dirent-ils, aie pitié de nous » (Luc 17, 13). Ce qui est surprenant, ce n'est pas tant le miracle, car Jésus nous habitue à cette façon de faire. Il possède un pouvoir infini capable de résoudre tous les problèmes. Ce qui est surprenant, c'est qu'un seul des dix lépreux soit revenu sur ses pas pour remercier le Seigneur de la faveur insigne dont il a été gratifié. « Or, c'était un Samaritain » (Luc 17, 16). Les neuf autres ont peut-être pensé que cela leur était dû... (lire la suite)
La reconnaissance est une vertu des âmes bien nées. Il semble normal de remercier quelqu'un des faveurs qu'il nous fait, surtout si elles sont insignes, comme dans le cas présent. « Rendez grâce à Dieu, car il est bon car éternel est son amour ! Qu'elle le dise, la maison d'Israël : éternel est son amour ! Qu'elle le dise, la maison d'Aaron : éternel est son amour ! Qu'ils le disent, ceux qui craignent Yahvé : éternel est son amour » (Psaume 118, 1-4). Remercier Dieu de tous ses bienfaits ne lui apporte rien à lui. Cela n'augmente pas sa gloire. Il n'a pas de vanité à satisfaire. S'il attend que nous le remercions, c'est pour notre bien à nous, pour nous accorder de nouvelles faveurs, encore plus importantes. En effet, au lépreux reconnaissant « il lui dit : « Relève-toi, pars ; ta foi t'a sauvé » (Luc 17, 19). A la guérison corporelle vient s'ajouter la guérison spirituelle, qui est beaucoup plus importante que la première, même si cette guérison n'a rien de spectaculaire. Mais les neuf autres l'ont ratée par manque de reconnaissance.
Un « merci » n'est pas grand chose, mais il touche le cœur de Jésus toujours prêt à s'émouvoir. Il serait bon de nous habituer à dire ne serait-ce que « Dieu merci », lorsque les choses se déroulent positivement à notre goût, quand nous apprenons que quelque chose s'est bien passé. Et même en toutes circonstances, car nous devrions être reconnaissants envers Dieu de tout, absolument tout. Pour un être qui aime vraiment Dieu, tout est grâce.
« Que pouvons-nous sentir de meilleur, prononcer de plus beau, écrire de mieux que ces paroles : « Dieu merci » ? Il n'y a rien que l'on puisse dire plus brièvement, ni écouter plus joyeusement, ni sentir avec une plus grande élévation, ni faire plus utilement », écrit saint Augustin (Epistola 72). C'est une bonne occupation pour un enfant de Dieu que de le remercier continuellement pour tout. Et de le remercier d'organiser notre chemin de telle sorte que notre lutte, que notre vie, en soient facilitées. « Laisse ton cœur s’épancher en effusions d’amour et de remerciements à la pensée que la grâce de Dieu te délivre, chaque jour, des pièges que te tend l’ennemi » (saint Josémaria, Chemin, n° 434).

(à suivre...)

dimanche 16 janvier 2011

La prière de Jésus (3)

La prière de Jésus (3)

Ils se rappellent que je suis ton Fils. Et toi, tu sembles l’oublier. Tu ne me réponds pas. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Psaume 22, 2). Vois-les ! Ils me rejettent tous. Combien y en a-t-il parmi eux que j’ai guéris de leurs infirmités ? Combien qui m’ont suivi avec enthousiasme ? Combien qui m’ont acclamé à tout rompre en s’égosillant à crier « béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! » (Luc 19, 38) ? Je suis nu comme un ver. Il ne me reste plus rien, si ce n’est ce souffle qui me retient encore à ce monde. Ne t’ai-je plus, toi, ô mon Père ? Est-il possible que tu sois sourd à ma prière ? Se peut-il que tu restes insensible aux souffrances que j’endure ? Serait-ce que tu n’agrées pas le Sacrifice que je t’offre ? (lire la suite) C’est pourtant pour cela que tu m’as envoyé dans le monde. « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » (Jean 10, 10). Et tu sais bien que cela passe par le don de ma Vie. C’est ce dont nous avons convenu. Alors, je ne comprends pas. Pourquoi ce silence de ta part ? « Tous ceux qui me voient se moquent de moi ; ils agitent les lèvres, ils branlent la tête : « Il s’en remet à Yahvé : qu’il le sauve, qu’il le délivre, puisqu’il l’aime » ! » (Psaume 22, 8-9). N’est-ce pas logique ? J’en suis réduit là. A les entendre ajouter blasphème sur blasphème, à se moquer de toi.
Et cela te laisserait indifférent ? Je ne comprends pas. Bien sûr que je m’en remets à toi. Vers qui d’autre aller ? Que peuvent m’apporter les hommes, si ce n’est déceptions et tribulations ? Mais j’attendais de toi la consolation, et elle n’est pas au rendez-vous ! Un mot, rien qu’un mot. Une parole d’encouragement. Une confirmation comme quoi je fais bien ce qui te plaît (Jean 8, 29). Un signe quelconque. Rien. Je ne vois rien venir. Et ils se moquent de moi parce que je t’aime et qu’il semble que tu ne m’aimes plus. Vas-tu laisser triompher leur impudence ?

(fin)

samedi 15 janvier 2011

La prière de Jésus (2)

La prière de Jésus (2)

Jésus dit à son Père : « Tu me laisses seul. » « Pourtant tu résides dans le sanctuaire, ô gloire d’Israël » (Psaume 22, 4). Et moi, je n’ai pas déserté ton sanctuaire. « Tous les jours j’étais près de vous dans le Temple, où j’enseignais » (Marc 14,49). J’ai essayé de faire comprendre à ceux que tu m’as donné pour parents sur terre, qu’il me fallait « être dans la maison de mon Père » (Luc 2, 49), mais tout bons et saints qu’ils fussent, ils « ne comprirent pas la parole » que je leur dis (Luc 2, 50). C’était le zèle pour ta maison qui me dévorait déjà (Psaume 69, 10).
Et lorsque j’ai chassé les vendeurs, les changeurs et les marchands du Temple, c’est parce qu’ils avaient fait de notre maison de prière « une caverne de brigands » (Luc 19, 46). (lire la suite) C’est en ce lieux saint que « en toi se sont confiés nos pères ; ils se sont confiés, et tu les as délivrés » (Psaume 22, 5). Ils s’étaient mis pourtant dans de mauvaises passes à de nombreuses reprises. Il a fallu que tes saints serviteurs bataillent avec toi, argumentent et insistent avec véhémence pour que tu te laisses convaincre de leur pardonner, de les délivrer du mal qui, autrement, se serait abattu sur eux. Et moi, vas-tu me laisser seul, désemparé ? N’y aura-t-il personne pour prendre ma défense ? Hélas, nul ne s’intéresse à moi. L’on dirait que tous se sont ligués contre moi. Et comme si cela ne suffisait pas, pour faire bonne mesure, tu te retires, et me laisses seul avec moi-même, avec mon angoisse : « Mon âme est triste à en mourir » (Matthieu 26, 38).
Eux, « ils ont crié vers toi, et ils ont été sauvés ; ils se sont confiés en toi, et ils n’ont pas été déçus » (Psaume 22, 6). Nous avions affirmé et garanti : « Non, aucun de ceux qui espèrent en toi ne sera confondu ; ceux-là seront confondus qui sont infidèles sans cause » (Psaume 25, 3). Tu leur as remis leur dette. Tu as fait table rase du passé. Tu t’es montré un Père pour eux. « Pour moi, je ne suis qu’un ver, et non un homme, l’opprobre des hommes et le rebut du peuple » (Psaume 22, 7). Vois à quelle extrémité je suis réduit. De quoi ai-je l’air, sur cette Croix, entouré de deux brigands ? Ah ! Pilate a eu beau faire clouer un écriteau avec l’inscription « Jésus de Nazareth Roi des Juifs » (Jean 19, 19) et prendre la peine de le faire rédiger « en hébreu, en latin et en grec » (Jean 19, 20), cela ne change rien à ma situation, si ce n’est que les sarcasmes redoublent : « Il en a sauvés d’autres ; ne peut-il pas se sauver lui-même ? Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la Croix, et nous croirons en lui » (Matthieu 27, 42-43).

(à suivre…)

vendredi 14 janvier 2011

La prière de Jésus (1)

La prière de Jésus (1)

Cloué par Amour sur la Croix, Jésus s’exclame : « Eli, Eli, lama sabacthani, c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27, 46). C’est un cri déchirant du Serviteur souffrant, du Juste, condamné sans motif de condamnation (Jean 19, 5). C’est le psaume que Dieu entonne sur l’air de la « Biche de l’aurore » (Psaume 22, 1). Nous ne le connaissons pas. Mais nous avons bien présent à l’esprit ce désespoir du Seigneur, manifesté à la neuvième heure (Marc 15, 34). Dans ce moment de déréliction, Dieu apparaît « loin de mes appels, des paroles de ma plainte » (Psaume 22, 2). Je suis le Juste et je souffre pour toi, je t’offre la réparation équitable pour toutes les offenses des hommes, pouvait dire Jésus à son Père ? Vois tout ce que j’endure pour toi. N’est-ce pas suffisant, (lire la suite) qu’il faille encore que tu y ajoutes le poids de cet abandon que je ressens maintenant ? Non, tu ne me laisses pas seul. Ce n’est pas possible. Nous ne faisons qu’un, toi, Père, en moi, et moi en toi (Jean 17, 21). Et pourtant voici que j’éprouve un délaissement total. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Psaume 22, 2). « Cependant que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne » (Luc 22, 42).
Mais pourquoi rester sourd à ma prière ? Ce n’est pas pour moi que je meurs. Quel avantage pourrais-je en escompter ? Cette mort qui s’approche ne me vaut que des opprobres. Que de souffrances, Père ! Si j’avais su tout ce que je devrais souffrir… Ce n’est pas pour moi, mais pour les hommes que je t’offre ma vie, eux qui sont tes enfants. Je la donne en rançon pour la multitude. Tu le sais tout aussi bien que moi. Alors ? Sera-t-il dit que tu ne m’exauces pas ? Que tu n’apprécies pas cette offrande, ma libation versée pour le salut du monde ? Sera-t-il dit que tu refuses de pardonner ? Ce me serait terriblement dur à accepter. Car nous ne sommes pas comme cela, nous trois de la Trinité, ou j’y perds mon latin. Je t’ai supplié : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34). Et tu ne t’empresserais pas à accéder à ma demande ? « Mon Dieu, je crie pendant le jour, et tu ne réponds pas ; la nuit, et tu ne fais pas attention à moi » (Psaume 22, 3).
Et maintenant, en haut de la Croix, d’où je vois toute l’humanité rassemblée, tant d’âmes avides du salut, vais-je devoir les laisser repartir les mains vides ? Qu’en dis-tu, Père ? Tu ne me répons pas ? Je n’existerais donc plus pour toi ? En quoi t’ai-je contristé ? Nul ne peut me convaincre de péché (Jean 8, 46), tu le sais bien. Tout ce qui est juste à tes yeux, je l’ai fait (Jérémie 34, 15). J’ai observé tes commandements depuis ma jeunesse (Luc 18, 21). « Si j’ai mal parlé, fais la preuve que c’est mal » (Jean 18, 23).

(à suivre…)


mercredi 22 décembre 2010

Le salut est dans le Christ (3)


Le salut est dans le Christ (3)

Aimons le Christ. Aimons-le à la folie. Il le mérite bien. Le Seigneur se laisse trouver par qui le cherche. Il se laisse aimer par qui a le cœur pur, libre de tout attachement désordonné. Il faut tendre constamment vers lui. Et revenir à lui en faisant un acte de contrition. « Réparer ! Ce désir dont Dieu ton Père imprègne ton âme ne sera satisfait que si tu unis ta pauvre expiation personnelle aux mérites infinis de Jésus.
— Rectifie ton intention ; aime la douleur, en lui, avec lui et pour lui » (saint Josémaria, Forge, n° 604). En agissant comme cela, (lire la suite) nous progressons réellement. Nous réaffirmons à chaque recommencement notre désir de suivre le Christ, de poursuivre notre route avec lui. Et nous lui redisons à notre tour, du fond du cœur : « A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68).
Que la Vierge Marie nous confirme dans cette résolution, pour que notre réponse soit toujours aussi entière et déterminée, pour que nous soyons d’une fidélité à toute épreuve, notamment quand le chemin se fait plus abrupt et qu’une certaine obscurité l’envahit. Retournons sans tarder à notre Seigneur, qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). Il nous aime, il nous aime infiniment et comme il veut que nous soyons saints ! C’est, pourrions-nous dire, son désir le plus ardent.

(fin)

mardi 21 décembre 2010

Le salut est dans le Christ (2)


Le salut est dans le Christ (2)

Celui qui garde la parole du Christ, Dieu est avec lui. Le Christ a des paroles de vie éternelle. Celui qui garde ces paroles et s’attache à les mettre en pratique, celui-là possède déjà la vie éternelle. Elle a commencé d’exister dans son âme, et elle est appelée à se développer parallèlement à la lutte spirituelle, à l’effort pour vivre de la foi en la Parole de Dieu. Nous ne trouvons notre salut qu’en Jésus-Christ, et nulle part ailleurs, certainement pas dans les mirages et les amusements que le monde nous propose.
« Nous devons tendre constamment vers Celui « qui est la tête », Celui « de qui tout provient et pour qui nous sommes », Celui qui est tout à la fois (lire la suite) « la voie, la vérité » et « la résurrection et la vie », Celui en qui, en le voyant, nous voyons le Père, Celui qui devait s'en aller d'auprès de nous - entendons : par sa mort sur la croix et ensuite par son ascension au ciel - pour que le Consolateur vienne et continue à venir à nous comme Esprit de vérité. En Lui sont « tous les trésors de la sagesse et de la science », et l'Eglise est son Corps. L'Eglise est « dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain » : et c'est Lui qui en est la source ! Lui-même ! Lui, le Rédempteur ! » (Jean-Paul II, encyclique Le Rédempteur de l’homme, n° 7). Comme notre vie est vide quand elle n’est pas centrée sur le Christ ! Regarder ailleurs que vers le Christ, c’est perdre son temps et gaspiller ses énergies. Que de gens qui sont comme des aveugles guidant d’autres aveugles. « Or, si un aveugle
conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse » (Matthieu 15, 14). L’on s’étourdit de bruits stridents et d’ambitions matérielles. Et l’on fait taire la voix de sa conscience. Car elle parle, elle se manifeste. Mais elle est dérangeante puisqu’elle nous reproche notre inconduite. Nous préférons abandonner le Christ parce que ce qu’il demande est dur, au lieu de lui faire confiance : il a les paroles de la vie éternelle.

(à suivre…)

lundi 20 décembre 2010

Le salut est dans le Christ (1)


Le salut est dans le Christ (1)

A Jésus qui demande à ses apôtres de faire un acte de foi, de croire aux paroles qu’il vient de prononcer au sujet du Pain de vie, et qui s’inquiète : « Est-ce que, vous aussi, vous voulez vous en aller ? Simon-Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 67-68). Nous reconnaissons avec Pierre que Jésus, et lui seul, a les paroles de la vie éternelle, car il est lui-même la Parole vivante de Dieu et il n’existe pas de vérité en dehors de lui. « La foi nous fait confesser avec Simon-Pierre : Nous, nous avons cru et nous avons su que tu es le Christ, le Fils de Dieu. Et c’est cette foi qui, (lire la suite) unie à notre dévotion en ce moment sublime, nous pousse à imiter l’audace de Jean : à nous approcher de Jésus et à incliner la tête sur la poitrine du Maître, qui aimait ardemment les siens et — nous venons de l’entendre — allait les aimer jusqu’à la fin » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 83).
Le Fils de Dieu ! Peut-il y avoir quelqu’un de plus aimable que lui ? C’est de lui que nous devons rechercher la conversation en priorité. Il a les paroles de la vie éternelle. Par conséquent, vers qui aller si ce n’est vers le Fils de Dieu ? « L'unique orientation de notre esprit, l'unique direction de notre intelligence, de notre volonté et de notre cœur est pour nous le Christ, Rédempteur de l'homme, le Christ, Rédempteur du monde. C'est vers Lui que nous voulons tourner notre regard parce que c'est seulement en Lui, le Fils de Dieu, que se trouve le salut, et nous renouvelons la proclamation de Pierre : « Seigneur, à qui irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean-Paul II, encyclique Le Rédempteur de l’homme, n° 7). Il est inutile de nous perdre dans les méandres d’un pseudo-intellectualisme, d’une recherche de la vérité qui ferait fi de Dieu. Ce serait coudre avec une aiguille sans fil. Cela ne peut amener qu’une désillusion amère. Les apôtres sont témoins de la débandade qui se produit parmi les disciples du Seigneur, disant : « Ce qu’il dit est raide ! Qui peut l’écouter » (Jean 6, 60). Ils sont atterrés, Pierre le premier. Il reconnaît que Jésus est le « Saint de Dieu », c’est-à-dire son envoyé, le Messie. Cela n’aurait aucun sens d’aller chercher ailleurs ce que seul Jésus peut apporter : l’amour et la paix intérieure. « Celui qui m’aime mettra en pratique ce que je dis, et mon Père l’aimera et nous nous établirons chez lui à demeure » (Jean 14, 23).

(à suivre…)

lundi 29 novembre 2010

Revêtir le Christ (2)


Revêtir le Christ (2)

« Revêtez le Seigneur Jésus-Christ. » Nous atteignons d’autant plus facilement cet objectif que nous prenons l’habitude de fréquenter notre Seigneur et de découvrir sa vie, qui est d’une richesse extraordinaire, parce qu’elle est divine. « Ces minutes que tu consacres chaque jour à la lecture du Nouveau Testament, selon le conseil que je t’ai donné (essayer de bien entrer dans chaque scène, et d’y participer, comme un personnage de plus) elles sont là pour que tu incarnes, pour que “ tu accomplisses ” l’Évangile dans ta vie…, et pour “ le faire accomplir ” » (saint Josémaria, , n° 672). L’Evangile n’est pas à proprement parler une biographie du Christ. En tout cas pas selon les critères actuels de ce genre littéraire. Il est en réalité beaucoup plus que cela, (lire la suite) car il nous met en contact réel avec un personnage qui reste bien vivant : « Jésus-Christ est le même hier et aujourd'hui ; il le sera éternellement » (Hébreux 13, 8). Bien qu’il soit mort sur la Croix pour nos péchés, il est vraiment ressuscité, il « s’est ressuscité » et il est « assis à la droite de Dieu » (Colossiens 3, 1).
La lecture méditée de l’Evangile nous aide à vivre cet autre conseil de saint Paul : « Soyez des imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés » (Éphésiens 5, 1). Imitons Dieu, qui est le seul saint (cf. Lévitique 11, 44), et prenons comme modèle Jésus-Christ, qui « est l'image du Dieu invisible » (Colossiens 1, 15).Telle est la grandeur de la vie chrétienne, telle est sa beauté. Nous voyons bien qu’elle est bien autre chose que l’accomplissement coincé d’une série de préceptes. Elle est entièrement faite d’amour. Elle nous invite à nous éprendre de Dieu, à vivre avec lui, à partager son existence, pour ressembler à Jésus-Christ, qui s’est fait « obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix » (Philippiens 2, 8). Qu’elle est belle notre foi chrétienne ! Les sacrifices et les renoncements qu’elle demande en valent la peine. « Buvons jusqu’à la lie le calice de la douleur en cette pauvre vie d’à présent. — Qu’importe de souffrir dix, vingt, cinquante ans…, si c’est ensuite le ciel pour toujours, pour toujours…, pour toujours ? » (saint Josémaria, Chemin, n°182).

(fin)

dimanche 28 novembre 2010

Revêtir le Christ (1)

Revêtir le Christ (1)

« Revêtez le Seigneur Jésus-Christ » (Romains 13, 14). Ce conseil de l’Apôtre est d’une grande importance. « Si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20). Sous l’action de la grâce sanctifiante, nous devons nous identifier progressivement au Christ, changer de peau en quelque sorte, c’est-à-dire nous dépouiller du « vieil homme corrompu par les convoitises trompeuses » (Ephésiens 4, 22) que le péché nous a transmises pour revêtir « l’homme nouveau créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritables » (Ephésiens 2, 24) et fait à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Genèse 1, 26). (lire la suite)
« En parlant de deux amis, nous disons que l’un s’est revêtu de l’autre pour signifier leur grand amour et leur rapport constant ; en effet, celui qui revêt quelque chose, ressemble à ce dont il est vêtu. Que le Christ apparaisse toujours en nous » (saint Jean Chrysostome, In Epistolam ad Romanos homiliae 24, 4).
« Nous devons tous être "ipse Christus" — le Christ lui-même. C'est ce que nous recommande saint Paul au nom de Dieu : "induimini Dominum Iesum Christum" — revêtez-vous de Jésus-Christ.
Que chacun d'entre nous — et toi aussi ! — examine comment il se revêt de ce vêtement dont nous parle l'Apôtre » (saint Josémaria, Forge, n° 74). C’est-à-dire dans quelle mesure nous laissons le Christ gouverner nos sens et nos puissances ; dans quelle mesure c’est la loi de la grâce et de l’amour qui commande notre comportement, et non la loi du goût et de la facilité ; dans quelle mesure nous cherchons le bien, non le mal. Même si dans tout mal nous visons en premier un certain bien… « Que chacun ne cesse de dialoguer personnellement avec le Seigneur » (Ibid.).
Dialoguer avec le Seigneur dans la prière permet de nous approprier son langage, ses paroles, ses raisonnements. Nous apprenons à être moins humains et plus divins. Il existe une « bonne divinisation », qui consiste précisément à laisser le Seigneur agir en nous. Ce n’est pas perdre sa personnalité. Car Dieu nous respecte tel que nous sommes, tels qu’il nous a créés, et donc tels qu’il nous aime. Mais il veut nous attirer à lui, car c’est le bonheur pour lequel il nous a justement créés. Il veut que nous revêtions Jésus-Christ, c’est-à-dire que nous soyons d’authentiques chrétiens, des hommes qui « respirent chrétien », qui ne se laissent pas séduire par l’air du temps ni intimider par les moqueries de nos semblables.

(à suivre…)

mardi 23 novembre 2010

Fréquenter le Christ (2)


Fréquenter le Christ (2)

Mais notre Seigneur ne se contente pas de conseiller de l’extérieur. Il accompagne, il est un « collaborateur pour toutes les activités nobles de (la) vie quotidienne ». Son assistance est fort utile, et même nécessaire, car il nous a fait savoir que sans lui, nous ne pouvons rien faire (cf. Jean 15, 5). Ce qui est notre expérience universelle. Il est bien vrai que dès que nous oublions le Seigneur, dès que nous cessons de le fréquenter, tout devient difficile, l’horizon s’obscurcit et nous nous décourageons.
Il convient de fréquenter Jésus. Et où le trouvons-nous ? Fondamentalement dans le Pain et la Parole, dans l’Eucharistie et dans la Sainte Ecriture, qui est la Parole de Dieu adressée aux hommes et (lire la suite) consignée par écrit avec l’assistance du Saint-Esprit. Nous ne pouvons pas rêver mieux. Rien ne peut rivaliser avec cette Parole. Jésus est la Parole de vérité : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68). Car il est la Parole du Père et la Parole incarnée, faite homme pour être accessible.
Oui, le Fils de Dieu s’est fait homme, dans sa très Sainte Humanité il nous est devenu très accessible, il est très proche de nous. Il est facile de le fréquenter puisqu’il est homme, « égal à nous en tout hormis le péché » (préface de la prière eucharistique n°4). Il a un Cœur qui nous aime, qui bat pour nous. Que pouvons-nous vouloir d’autre ? En fréquentant Jésus dans sa très Sainte Humanité, au contact de cet Amour « naitra l’amour ». Nous nous sentons poussés à aimer à notre tour, à tâcher d’aimer un tel Dieu, d’aimer nos semblables qui sont aussi le prochain du Christ, d’aimer la vie qu’il a voulue pour nous et qui est la voie ordinaire de notre sainteté.
Fréquentons donc Jésus-Christ, et fréquentons-le en passant par Marie, sa Mère au Cœur tendre entre tous, et notre Mère. Mieux que quiconque, elle nous apprend à fréquenter son divin Fils, afin de le connaître de mieux en mieux, de vivre avec lui, et de croître en amour généreux.

(fin)

lundi 22 novembre 2010

Fréquenter le Christ (1)


Fréquenter le Christ (1)

« Pour connaître Jésus, un seul moyen : le fréquenter ! En Lui, tu trouveras toujours un Père, un Ami, un Conseiller et un Collaborateur pour toutes les activités nobles de ta vie quotidienne…
— Et de cette fréquentation naîtra l’Amour » (saint Josémaria, Sillon, n°662). C’est un conseil éprouvé. Fréquenter le Christ pour le connaître. Et nous avons besoin de connaître le Christ, car il est la Personne qui devrait nous être la plus chère en tant que notre Sauveur et notre Rédempteur, et qui nous est la plus intime, puisqu’il habite dans notre âme en état de grâce, conjointement au Père et au Saint-Esprit, et qu’il se donne à nous dans le sacrement de l’Eucharistie, dans lequel il est réellement, véritablement et substantiellement vivant.
(lire la suite)
Deux connaissances se fréquentent. Autrement il s’agit d’inconnus ou d’indifférents. Et il est tout à notre avantage de fréquenter le Seigneur, car il est la Vérité. Lui-même l’a affirmé nettement : « C’est moi la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). En dehors de lui il n’existe pas de vérité. Toute vérité humaine participe de la Vérité divine, en est une lueur. En même temps le Christ est la Voie, car il est le chemin à emprunter pour aller au Père : « Personne ne va au Père que par moi » (Jean 14, 6). Et nous voulons vivre de notre filiation divine, fondement de toute notre existence chrétienne. Jésus ajoute qu’il est la Vie. En lui « nous avons la vie, le mouvement et l'être » (Actes 17, 27). « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle » (Jean 6, 54). « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; bien plus, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jean 4, 14).
Être avec le Christ, c’est se trouver en sécurité, à l’abri des dangers du chemin, protégé contre les embûches du démon. C’est partager l’existence de l’Ami véritable, l’unique ami en qui nous pouvons avoir pleinement confiance, qui ne déçoit ni ne trahit jamais. L’Ami auprès de qui nous ne cessons d’apprendre des choses utiles pour le gouvernement de notre vie, pour nous débrouiller dans l’existence et savoir comment nous tirer d’affaire dans les difficultés.
Il est effectivement le Conseiller avisé, qui a toujours une bonne solution à nous proposer et que rien n’arrête.

(à suivre…)

vendredi 21 mai 2010

Le Christ reste sur la Croix (4)

Le Christ reste sur la Croix (4)

La Croix nous parle effectivement en premier de l’amour de notre Dieu éternellement subsistant et immuable dans ses décisions. Quand Dieu décide d’aimer, ce n’est pas pour un instant, ni avec modération. C’est à jamais et infiniment. Il ne peut exister de signe plus éloquent de cet amour que la Croix, car « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15, 13). Et cette vie, il nous la donne entièrement et à tout jamais. Entièrement, car dans l’Eucharistie se trouve le Christus totus, le Christ tout entier dans la moindre parcelle du pain eucharistique. A tout jamais, parce que le Christ « est le même hier, aujourd’hui et pour les siècles des siècles » (Hébreux 13, 8), absolument immuable. (lire la suite)
C’est parce que le Christ reste sur la Croix que chaque messe nous apporte son Corps et son Sang, nourriture qui jaillit en vie éternelle. Celui qui mange est cette permanence qui nous assure la pérennité dans le monde de la vie : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6). C’est le même Sacrifice de la Croix qui est rendu sacramentellement présent, qui se perpétue sous toutes les latitudes, à toute heure du jour, sans interruption.
« Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6, 54). Il reçoit la force d’en-haut. Il possède les ressorts spirituels nécessaires pour afficher sa foi, pour vivre de la foi. Il n’a plus qu’à célébrer notre grand Dieu, les merveilles qu’il fait pour son peuple, qu’à chanter les bienfaits du Seigneur à jamais. « Tu as visité la terre, tu lui as donné l’eau et la fertilité. Les canaux célestes dégorgent d’eau, tu fais germer leur froment ; tu as ainsi fertilisé la terre ; abreuvant ses sillons, inondant ses glèbes, par le ruissellement des ondées, tu bénis sa végétation : tu as gratifié l’année d’une couronne de bienfaits » (Psaume 64, 10-12).

(fin)

jeudi 20 mai 2010

Le Christ reste sur la Croix (3)

Le Christ reste sur la Croix (3)

Et tu nous dis, Seigneur : « Venez à moi vous tous qui peinez sous le fardeau : je vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous, et recevez ma doctrine, puisque je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes » (Matthieu 11, 28-29). Quel est ce joug, sinon la Croix ? Cela peut sembler paradoxal que le soulagement puisse venir de la Croix. Nous n’en sommes pas à un paradoxe près. Car « le Seigneur, Prêtre Eternel, bénit toujours au moyen de la Croix » (saint Josémaria, Sillon, n° 257).
Oui, paix et sérénité découlent de la Croix. Celui qui y monte par amour, qui s’y identifie au Christ, ne sent plus le poids de la Croix. « Que de neurasthénie et d’hystérie l’on ferait disparaître si, grâce à la doctrine catholique, on apprenait véritablement aux gens à vivre en chrétiens : aimer Dieu et savoir accepter les contrariétés comme une bénédiction venue de sa main ! » (saint Josémaria, Sillon, n° 250). C’est pour cela que nous voulons que le Christ reste sur la Croix. C’est tout à notre avantage. Nous avec lui et lui avec nous, nous sommes « comme une armée rangé en ordre de bataille » (Cantique 6, 3). (lire la suite) D’où notre insistance à placer la Croix aux carrefours du monde, au sommet des montagnes, à l’entrée des villages, etc. Elle est une invitation à emboîter le pas à notre Seigneur, ne pas dramatiser notre situation, à être heureux de l’implanter, plus que dans le décor, dans les cœurs. « Il disait, plein de peine : ces gens-là n’ont pas l’intelligence du Christ, mais le masque du Christ… C’est pourquoi, dépourvus de tout sens chrétien, ils n’atteignent pas la vérité, et ils ne donnent pas de fruit. Nous les enfants de Dieu, nous ne pouvons pas oublier que notre Maître a proclamé : « Celui qui vous écoute, M’écoute… » — C’est pourquoi… nous devons essayer d’être le Christ ; mais jamais sa caricature » (Ibid., n° 585).
Elle est tout cela à la fois.

(à suivre…)

mercredi 19 mai 2010

Le Christ reste sur la Croix (2)

Le Christ reste sur la Croix (2)

« Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! » (Matthieu 27, 40). C’est le cri du monde, la tentation des mondains. Mais ce n’est pas notre affaire. La Croix ne nous répugne pas. La Croix ne nous fait pas peur. Nous ne la fuyons pas. Au contraire, nous nous laissons attirer par elle, en sachant qu’ils « regarderont celui qu’ils ont transpercé » (Jean 19, 37), et que tous ceux qui regarderont le serpent d’airain dressé sur une croix seront guéris (Nombres 21, 8). A plus forte raison quand, plus que de la regarder, nous y montons, et nous nous y installons pour la vie.
Fort heureusement pour nous, le Christ reste sur la Croix. (lire la suite) Il lui était facile de descendre et de confondre ceux que sa mort prochaine réjouissait. Mais il n’est pas venu pour se donner en spectacle ni mettre son pouvoir à son profit. Et puis, s’il était descendu, auraient-ils seulement cru en lui de façon durable ? « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, même si quelqu’un ressuscitait des morts, ils ne se laisseront pas convaincre » (Luc 16, 31). Le Christ n’est pas là pour amuser la galerie, mais pour un enjeu autrement plus grave : donner sa vie en rançon pour la multitude (Matthieu 20, 28). Tel sont les sentiments profondément ancrés dans son cœur, face auxquels rien ne résiste, ni ne mérite la moindre considération.
Marie assiste, impuissante, à ces moqueries. Mais elle ne veut de toute façon rien faire pour s’opposer à la Volonté de Dieu. Elle n’a nullement l’intention de chercher à dissuader son Fils d’accomplir sa mission. Car elle a compris ce que les prophètes ont annoncé. Peut-être même que Jésus lui a expliqué, en partie au moins, ce qui le concerne dans les Ecritures pour qu’elle sache à quoi s’attendre, et qu’elle apporte la coopération renforcée qu’il attend d’elle en cette heure décisive qui lui est particulièrement pénible. Ave Crux vera. Marie contemple cette Croix qui est comme sept glaives de douleur transperçant son Cœur. Oui, elle l’aime, elle la veut comme son Fils l’a désirée. Elle l’aime absolument, car elle y reconnaît l’instrument de notre salut. Et que veut-elle, au plus profond d’elle-même, si ce n’est que nous soyons effectivement sauvés ; que, par-delà le fait d’être ses enfants, nous soyons avant tout et surtout enfants de Dieu.
Rien ne vaut cette Croix salutaire. Alors, Seigneur, reste-y et nous avec toi. Nous vivrons ainsi une messe continuelle, un sacrifice de toute notre vie pour le salut du monde, une action de grâce de chaque instant. Car tu n’es nulle part aussi grand, aussi puissant, que lorsque tu te dresses sur la Croix à la face du monde.

(à suivre…)

mardi 18 mai 2010

Le Christ reste sur la Croix (1)

Le Christ reste sur la Croix (1)

« Les passants l’injuriaient ; ils hochaient la tête en disant : « Toi qui peux détruire le temple et le rebâtir en trois jours, sauve-toi toi-même. Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! » (Matthieu 27, 39-40). On a la gouaille facile. Il ne tient pas à descendre de la Croix. S’il y est monté, ce n’est pas pour en redescendre comme cela. Elle est son trône de gloire. Il y est, il y reste. Et c’est de là qu’il règne sur le monde et qu’il sanctifie toutes les réalités terrestres : « Et moi, lorsque j’aurais été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12, 32), toute chose aussi. Jésus entend les attirer à son Père en passant par l’étape de la Croix. Le chrétien ne peut faire l’économie de la Croix : (lire la suite) « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, il doit se renoncer lui-même, porter chaque jour sa croix, et me suivre » (Luc 9, 23). L’enseignement est limpide et n’admet pas d’interprétation réductrice.
Alors, ils peuvent bien ironiser. La croix reste scandale pour les Juifs, folie pour les païens (1 Corinthiens 1, 23). Pour comprendre cette folie, il faut avoir un cœur et savoir aimer pour de bon, c’est-à-dire de façon non égoïste, dans laquelle on s’aime soi-même, mais altruiste, pour le bien d’autrui. Tel est le cas du Seigneur qui, « aimant les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jean 13, 1). Les ricaneurs ignorent que Jésus a dit : « J’ai le pouvoir de donner ma vie, et le pouvoir de la reprendre » (Jean 10, 17). Mais il ne cherche nullement à se sauver, car il n’a pas besoin de Salut. Il est le Salut du monde, c’est lui « qui sauvera le peuple de ses péchés » (Matthieu 1, 21). Et la mort qui l’attend sur la Croix au terme d’une longue agonie n’a rien d’un échec. Elle est, au contraire, la victoire décisive et définitive sur le diable, le monde et la chair. Elle est la garantie de notre propre victoire. « Devant la Croix, éprouvons de la douleur pour nos péchés, pour les péchés de l’humanité, qui menèrent Jésus à la mort ; manifestons notre foi, pour pénétrer cette vérité sublime qui dépasse tout entendement et pour nous émerveiller devant l’amour de Dieu ; prions, pour que la vie et la mort du Christ deviennent le modèle et le stimulant de notre vie et de notre générosité Alors seulement nous pourrons nous appeler vainqueurs ; parce que le Christ ressuscité vaincra en nous et la mort se transformera en vie » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 101).
Moyennant quoi, nous ne voulons pas, nous non plus, déserter la Croix. Mais nous voulons rester avec le Christ sur la Croix, cloués par amour, par notre faible amour qui s’enrichit à ce contact et veut être la réponse totale de notre personne à l’Amour de Dieu qui se manifeste à son paroxysme dans le mystère de la Croix. Ave Crux, Spes unica !

(à suivre…)