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dimanche 28 février 2010

Annoncer la vérité

Annoncer la vérité

Le dialogue ne peut être fondé sur l'indifférentisme religieux, et nous avons le devoir, nous chrétiens, de le développer en offrant le témoignage plénier de l'espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15). Nous ne devons pas craindre que puisse être lésée l'identité de l'autre par ce qui est en fait l'annonce joyeuse d'un don offert à tous et qui doit être proposé à tous dans le plus grand respect de la liberté de chacun : le don de la révélation du Dieu-Amour qui « a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16). Tout cela, comme la Déclaration Dominus Iesus l'a aussi souligné récemment, ne peut faire l'objet d'une sorte de négociation dialogique, comme s'il s'agissait pour nous d'une simple opinion, alors que c'est pour nous une grâce qui nous remplit de joie, c'est une nouvelle que nous avons le devoir d'annoncer.

Jean-Paul II, lettre apostolique Novo millennio ineunte, n° 56.

samedi 27 février 2010

Qui est le Christ pour nous ? (2)

Qui est le Christ pour nous ? (2)

La question est importante. Car, si nous reconnaissons, avec Pierre : « C'est toi le Messie » (v. 29), c'est-à-dire l'envoyé de Dieu, le Fils de Dieu, Dieu lui-même, alors notre vie chrétienne a un sens, et nos petits efforts de chaque jour en valent la peine. Ce sont comme de petits bouts de bois qui, rassemblés, finissent par faire une croix, sur laquelle le Christ peut se laisser clouer. Nous voyons à quel point c'est important !
Nous ne pouvons pas séparer le Christ de sa Croix. Celui que nous contemplons, c'est le Christ sur la Croix? C'est sur la Croix, à partir de la Croix que nous sommes sauvés. C'est pourquoi nous exaltons et adorons la Sainte Croix le 14 septembre. (lire la suite)
Reconnaître que Jésus est le Christ, et vouloir le suivre, être chrétien, c'est aussi accepter la Croix, mettre la Croix dans notre vie. Si nous trouvons une croix sur une feuille, qu'y voyons-nous ? Le signe « plus », positif, un signe affirmatif. Donc, pas quelque chose de négatif. Comment le prêtre nous bénit-il ? En faisant le signe de la Croix. Que faisons-nous quand nous prenons de l'eau bénite ou chaque fois que nous nous mettons à prier ? Le signe de la croix. Comment terminons-nous nos prières ? Pareillement.
« Et il commença à leur enseigner que le Fils de l'homme devait beaucoup souffrir, être rejeté par les Anciens, les grands prêtres et les scribes, être mis à mort, et se lever d'entre les morts trois jours après. Et c'est ouvertement qu'il tenait ce langage » (Marc 7, 31-32). Jésus veut préparer ses apôtres au mystère de la Croix, de la Croix rédemptrice, c'est-à-dire à souffrir avec lui pour notre salut. Il n'accomplit pas tout le temps des guérisons spectaculaires. Mais le jour viendra où l'on vous persécutera à cause de moi, pensant faire plaisir à Dieu (Jean 16, 2).
Cela peut venir de suite... Pierre n'a pas encore compris. Aussi tirant Jésus à l'écart, il « se mit à lui faire de fortes remontrances » (Marc 8, 32). Vous rendez-vous compte ? Pierre qui fait des reproches violents à Jésus ! Comme si le Seigneur pouvait se tromper ! Comme s'il pouvait faire ou dire des bêtises ! Il venait pourtant d'entendre la foule s'exclamer : « Il a tout fait à la perfection » (Marc 7, 37). Mais il a sa petite idée à lui, très humaine ; il veut que les événements soient conformes à l'idée qu'il s'en fait et que Jésus suive. Comme nous, si souvent.
Mais Jésus ne se laisse pas manœuvrer. « Se retournant et voyant ses disciples, (il) reprit Pierre sévèrement : « Arrière de moi, satan ! Dit-il, car tes sentiments ne sont pas ceux de Dieu, mais ceux d'un homme » (Marc 8, 33). Il ne suffit pas de reconnaître Dieu en la personne du Christ, encore faut-il faire nôtres ses sentiments, ce qui est plus ardu. Mais Dieu est avec nous.

(fin)

vendredi 26 février 2010

Qui est le Christ pour nous ? (1)

Qui est le Christ pour nous ? (1)

« Jésus s'en alla avec ses disciples dans les bourgs de Césarée-de-Philippe » (Marc 8, 27). De là, il se rendit à Bethsaïde, une petite ville en bordure du lac de Gennésareth. Ses habitants ne sont pas un exemple de vertu, un modèle de fidélité à Dieu. Ils doivent mener une vie plutôt immorale, se laissant entraîner par leurs passions, comme des animaux. Alors que l'homme est doté d'une intelligence qui le rend capable de réflexion...
Jésus a lancé un jour une malédiction contre cette ville : « Malheur à toi, Bethsaïde ! Car si les miracles qui ont été faits chez vous l'avaient été dans Tyr et dans Sidon, il y a beau temps que ces villes auraient fait pénitence sous le cilice et la cendre » (Matthieu 11, 21). Que dirait-il de la ville dans laquelle nous habitons ? (lire la suite) Nous sommes des pécheurs. Il faut avoir le courage, l'humilité de le reconnaître. Nous ne faisons pas tout bien, tant s'en faut. Nous ne répondons pas toujours aux attentes légitimes de Dieu. Il nous arrive souvent de faire quelque chose de mal en nous en rendant parfaitement compte, pour faire enrager notre entourage familial ou professionnel... Nous avons du mal à accepter les ordres que l'on nous donne. Il y a en nous une part de rébellion, qui est la conséquence du péché originel.
Nous devons bien comprendre que tout ce que nous ressentons, tout ce que notre corps demande, exige même, n'est pas forcément bon. Ce n'est pas parce que c'est « naturel » que c'est bon. Ne disons pas « ma nature » est comme cela. « Ne dis pas : « C’est mon tempérament…, ce sont des manifestations de mon caractère. » Ce sont des manifestations de ton manque de caractère : sois homme, esto vir » (saint Josémaria, Chemin, n° 4). Il faut corriger notre nature dans ce qu'elle a de défectueux ; au moins fournir un effort en ce sens.
Ne disons pas : il est difficile de vivre sa foi, d'être catholique pratiquant à l'école, au bureau, en présence de ses amis ; il est difficile d'arracher nos défauts, de nous en débarrasser vraiment ; il est difficile de prier pendant la journée... Ce n'est pas difficile. C'est difficile si nous ne nous le proposons pas sérieusement et si nous ne demandons pas leur aide à Dieu et à la très Sainte Vierge.
« Jésus s'en alla avec ses disciples dans les bourgs de Césarée-de-Philippe et, en chemin, il posa cette question à ses disciples : « Qui suis-je, au dire des gens ? » Ils lui dirent : « Jean le Baptiste. D'après d'autres, Élie. D'après d'autres : l'un des prophètes. » Et lui les interrogea : « Mais, à votre avis à vous, qui suis-je ? » (Marc 8, 27-29). Nous pouvons nous demander : Qui est Jésus pour moi ? Qui est Dieu ? Quelle réponse mettrions-nous sur un questionnaire en ce sens ? Que chacun y pense de son côté, dans son cœur, dans sa prière. « Pour vous, qui suis-je ? »

(à suivre...)

jeudi 25 février 2010

La générosité de Dieu (8)

La générosité de Dieu (8)

Et Jésus a fait savoir à la bienheureuse Véronique de Binasco qu'il nous est davantage reconnaissant de compatir aux souffrances de sa Mère qu'aux siennes : « Ma fille, lui dit-il, elles me sont bien chères les larmes que l'on verse sur mes souffrances, mais à cause de l'immense amour que je porte à ma Mère, la méditation du martyre qu'elle endura au pied de ma Croix m'est plus chère encore » (saint Alphonse de Liguori, Les gloires de Marie, 9e discours). Quant à la bienheureuse Vierge Marie, elle se plaint de ce que nous ne prenions pas part à sa douleur, (lire la suite) que nous vivions comme si nous étions indifférents à ce qu'elle a vécu, pour nous : Marie dit un jour à sainte Brigitte : « Quand je considère la multitude des hommes qui vivent sur la terre et que j'examine s'il en est qui pensent à mon martyre et qui y compatissent, hélas ! J'en trouve bien peu ! Souvenez-vous de moi, pensez à mes souffrances et à mes larmes, imitez-moi autant que vous le pouvez et pleurez sur le petit nombre des amis de Dieu » (De gestis Salvatoris 2, 24, saint Alphonse de Liguori, cité dans Les gloires de Marie, 9e discours).
En revanche, pour ceux qui s'associent à elle, la Vierge des douleurs, elle a obtenu de son divin Fils non pas une faveur, mais quatre. C'est ce qu'elle a pris la peine d'expliquer : « D'après une révélation à sainte Élisabeth, l'apôtre saint Jean désira revoir Marie après son Assomption. Cette grâce lui fut accordée. Elle lui apparut avec Jésus. « Marie demandait à son Fils de récompenser, par quelque grâce particulière, ceux qui pratiqueraient la dévotion à ses douleurs et notre Seigneur lui promit pour eux quatre grâces principales : La première : Ceux qui prient la sainte Vierge au nom de ses douleurs, mériteront de faire, avant leur mort, une vraie pénitence de leurs péchés. La seconde : notre Seigneur les protègera dans leurs tribulations, spécialement à l'heure de la mort. La troisième : il imprimera dans leur cœur le souvenir de sa Passion, pour leur en donner la récompense dans le ciel. La quatrième : il les remettra lui-même entre les mains de Marie, afin qu'elle en dispose à son gré et leur obtienne toutes les grâces quelle voudra » (saint Alphonse de Liguori, Les gloires de Marie, 9e discours). Cela montre une fois de plus la générosité de Dieu, qui comble au-delà de toute attente, et surprend même sa propre Mère, dont la puissance d'intercession est ainsi soulignée.

(fin)

mercredi 24 février 2010

La générosité de Dieu (7)

La générosité de Dieu (7)

Que dire alors de nos péchés, qui sont toujours voulus, désirés, délibérés ou quasi-délibérés ? Le péché mortel retire de la communion dans la charité. Il semble même qu'il ne laisse pas le monde matériel insensible, comme en témoigne la destruction de Sodome et de Gomorrhe où pullulaient les gens aux mœurs perverties (Genèse 10-19) et le déluge au temps de Noé (Genèse 6, 10). Mais l'amour de Dieu nous a confiés à une nouvelle arche du salut, qui est Marie. Auprès d'elle nous trouvons un abri, le mouillage. Nous échappons grâce à elle à la peine qu'il serait logique d'endurer. Elle prend sur elle de nous sauver. (lire la suite) « Ô Marie, le pécheur repoussé par le monde entier trouve un abri dans votre tendresse maternelle, et vous ne quittez point ce malheureux que vous ne l'ayez réconcilié avec son Juge » (saint Bonaventure). Le saint nous fait entendre par là que l'homme en état de péché est un objet de haine et d'horreur pour l'univers : il n'est pas jusqu'aux créatures insensibles, le feu, l'eau, la terre, qui ne voulussent, pour réparer l'injure faite à leur souverain Maître, châtier le coupable et en tirer vengeance. Mais si ce malheureux se réfugie auprès de Marie, est-ce que Marie le repoussera ? Assurément non » (saint Alphonse de Liguori, Les gloires de Marie, 1, 4).
Dieu ne permet pas que son saint connaisse la corruption (Actes 2, 27). « Ainsi donc, nous ne sommes pas tenus vis-à-vis de la chair de vivre selon la chair. Si, en effet, vous vivez selon la chair, vous devez mourir ; mais si, par l'esprit, vous faites mourir les œuvres du corps, vous vivrez » (Romains 8, 12-13). Celui qui est fidèle ne craint pas la mort. En revanche, « nul ne se perd dans le savoir, et nul ne reste dans l'erreur sans le vouloir » (sainte Thérèse d'Avila, Les fondations, chap. 8).
Cela aussi est une preuve de ta bonté, Seigneur. Il n'y a aucune surprise à craindre. C'est en le voulant que l'on va au ciel, et c'est en le voulant que l'on va en enfer. Cela donne le frisson de penser qu'il y a des gens pour préférer la damnation éternelle à la béatitude éternelle, pour aimer le mal au point de se condamner à souffrir irrémédiablement (une mort qui comprend le « diable »). C'est toute la souffrance du Christ en Croix, une souffrance qui, en fait, l'a accompagné toute sa vie durant. C'est tout le martyre de Marie, associée à ces douleurs sans nombre. « Ô sainte Mère, vraiment une épée a transpercé ton âme ! (...) La violence de la douleur a transpercé à tel point ton âme que nous pouvons t'appeler à juste titre plus que martyr, car en toi, la participation à la passion du Fils dépassa de loin dans l'intensité les souffrances physiques du martyre » (saint Bernard, Sermon pour le dimanche entre l'octave de l'Assomption 14).

(à suivre...)

mardi 23 février 2010

La générosité de Dieu (6)

La générosité de Dieu (6)

C'est par ces dons incréés que la créature est recréée dans l'état de sainteté et d'innocence, hors d'atteinte du pouvoir nocif de satan. Si le Christ est « le premier-né d'une foule de frères » Romains 8, 29), Marie est la première à avoir parcouru avec excellence la voie de la sainteté terrestre et à avoir été assumée au ciel avec son corps. Elle est le plus grand bien objectif après Dieu. Le modèle pour notre vie. Un modèle qui n'est pas inerte, mais bien vivant, actif. Moyennant quoi la très Sainte Vierge est à même de nous obtenir tous les biens dont nous avons besoin, toutes les vertus, car elle les connaît toutes sur le bout des doigts, elle en a parcouru les arcanes, elle en a savouré les nuances et les tonalités. « Vous étiez si humble : obtenez-moi donc l'humilité et l'amour du mépris. (lire la suite) Vous étiez si patiente dans les peines de la vie : obtenez-moi la patience dans les contrariétés. Vous étiez toute remplie d'amour pour Dieu : obtenez-moi un saint et pur amour. Vous étiez toute charité envers le prochain : obtenez-moi la charité envers tous, surtout envers ceux qui me sont opposés. Vous étiez toute unie à la volonté de Dieu : obtenez-moi une entière conformité à toutes les dispositions divines à mon égard. En un mot, vous étiez la plus sainte de toutes les créatures, ô Marie, rendez-moi saint » (saint Alphonse de Liguori, Les gloires de Marie, 9).
Nous avons vraiment besoin que vous nous aidiez à être saints, car, même sans nous en rendre compte, nous faisons facilement de la peine à votre Fils. Ce que nous voudrions, c'est « plaire au Seigneur » (1 Corinthiens 7, 32). Mais, comme saint Paul, nous voulons faire le bien, et nous faisons le mal (Romains 7, 21). Ce qui fait que nous pourrions nous retrouver dans la situation suivante : Le Seigneur « me montra une masse d'occasions où je L'avais vexé, par exemple : quand j'étais dans un endroit où se trouvait une chapelle, j'ai pris congé de tout le monde, sauf de Lui. Il me dit de faire une génuflexion en pensant à Lui avec un grand amour, car : « Si tu la négliges, ceci me fait mal ! » (La flamme d'amour du Cœur immaculé de Marie. Le journal 1961-1974).

(à suivre...)

lundi 22 février 2010

La générosité de Dieu (5)

La générosité de Dieu (5)

Bien que le fils prodique eût dilapidé son héritage, « son humanité est cependant sauve, plus encore elle a été retrouvée » (Jean-Paul II, encyclique Dives in misericordia, n° 6). La fidélité du père à soi-même est une fidélité en vue de l'autre, pour ne pas priver autrui des biens qu'il possède en abondance. Cette fidélité « est totalement centrée sur l'humanité du fils perdu, sur son humanité » (Ibid.). Elle vise son bien. Elle apparaît comme une proposition, la proposition du pardon avec, à la clé, la restauration de l'ordre antérieur, la remise du fils à sa place et dans sa condition de fils, dans la plénitude de ses droits. Cette fidélité est entièrement centrée « sur la dignité » du fils, qui n'est pas perdue. (lire la suite)
Nous comprenons par là que Dieu « ne peut mépriser rien de ce qu'il a créé » (Ibid., n° 15). « Car tu aimes toutes les créatures, et tu n'as en dégoût rien de ce que tu as fait ; si tu avais haï une chose, tu ne l'aurais pas faite » (Sagesse 11, 24). Or, tout ce que Dieu a fait « est bon » (Genèse 1, 30). Oui, « Yahvé est bon envers tous, et sa compassion s'étend à toutes ses œuvres » (Psaume 145, 9). « Yahvé est bon : sa bienveillance est éternelle, et sa fidélité s'étend à toutes les générations » (Psaume 100, 5), « car sa bonté l'a emporté pour nous, et la fidélité de Yahvé subsiste à jamais » (Psaume 117, 2).
Cette Bonté permanente de Dieu est la source des biens variés qui se retrouvent dans l'homme. Mais plus est grande la proximité de la source, plus s'épanouissent les potentialités cachées et plus l'homme marche vers la redécouverte de son état originel, d'avant la chute, plus il redonne du lustre à l'image de Dieu. « Chacun est appelé à suivre le Christ. Plus on avance sur ce chemin, plus on lui ressemble. (...) C'est pourquoi il arrive que l'on trouve chez les saints une délicatesse, une bonté et un souci réellement maternels à l'égard des âmes qui leur sont confiées, chez les saintes au contraire, une audace, une fermeté et un esprit de décision quasi virils. C'est ainsi que l'imitation du Christ conduit à l'accomplissement de la profession humaine originelle : représenter en soi-même l'image de Dieu, maître de la création » (Édith Stein, La Femme et sa destinée, Amiot-Dumont, 1956, p. 186). N'est-ce pas encore un effet de la Bonté divine que nous puissions nous rapprocher de cet archétype, surtout quand le Christ aura récapitulé toutes choses (Éphésiens 1, 10) ?
Mais il nous a précédés en cela. Comme en tout ! Nous nous en réjouissons, pour Marie et pour nous. Nous en remercions le Dieu Tout-Puissant. Nous y trouvons un encouragement à poursuivre notre chemin et notre combat spirituel. Marie a désiré Dieu ardemment. Elle a uni tout son être à lui. Elle était tournée vers lui. Et il est venu à elle. « Non, ô Marie, vous n'avez point ravi la grâce, comme l'a tenté Lucifer ; vous ne l'avez point perdue comme Adam ; vous ne l'avez point achetée comme voulait le faire Simon le magicien, mais vous l'avez trouvée, parce que vous l'avez désirée et cherchée. Vous avez trouvé la grâce incréée qui est Dieu lui-même devenu votre Fils, et avec elle vous avez trouvé et obtenu toute grâce incréée » (saint Albert le Grand, Mariale, quaestiones super Missus, q. 204).

(à suivre...)

dimanche 21 février 2010

La générosité de Dieu (4)

La générosité de Dieu (4)

Dieu connaît notre tendance à nous laisser prendre par l'esprit du monde, par la frivolité. Alors il a trouvé cette parade. Il faut reconnaître que c'est un coup de maître, un coup de génie. Avec Marie nous avons l'affection qui nous est nécessaire au milieu de cette « vallée de larmes ». En Marie nous avons l'éducatrice qui nous met à bonne école, celle de l'Esprit Saint qui nous fait nous écrier « Abba, Père ! » (Galates 4, 6). Elle est celle qui veille inlassablement sur nous et refoule le diable dans les profondeurs des abîmes infernaux. Elle sonne le rappel de ses enfants pour qu'ils aillent à la rencontre de son Fils et qu'ils suivent son étendard. Comme aux premiers jours de l'Église, elle guide et encourage notre action apostolique. (lire la suite) En bonne connaisseuse, elle nous parle de ce Jésus dont ses pensées et son affection ne s'écartent jamais un seul instant.
Un autre aspect de la générosité de Dieu, c'est qu'il « est fidèle à lui-même, à sa paternité, à son amour » (Jean-Paul II, encyclique Dives in misericordia, n° 15). Le Seigneur nous l'a fait comprendre en nous citant l'exemple du père du fils prodigue. Quand celui-ci revient au foyer familial, meurtri, blessé par la vie, rendu méfiant envers lui-même, son père se montre « fidèle à sa paternité, fidèle à l'amour dont il comblait son fils depuis toujours » (Ibid., n° 6). Cette fidélité à lui-même est manifestée dans le récit par une charge émotionnelle. Voyant l'enfant revenir à la maison, son père « fut pris de pitié, il courut se jeter à son cou et l'embrassa tendrement » (Luc 15, 10). Cette joie, toute naturelle, que ne vient pas obscurcir la pensée des désordres coupables de son fils, s'enracine dans la conscience vive d'un élément essentiel : « Un bien fondamental a été sauvé, l'humanité de son fils » (Jean-Paul II, enc. Dives in misericordia, n° 6). Il était permis d'en douter, car le cadet de ses enfants s'était comporté avec une bestialité qu'un animal n'aurait pas égalée, « comme le cheval, comme le mulet, privé d'intelligence, qu'on dompte avec le mors et la bride » (Psaume 32, 9). Il était tombé dans un état pire que celui des cochons dont il aurait aimé pouvoir partager la pitance, à base de caroubes (Luc 15, 15). Mais « personne le lui en donnait » (Luc 15, 16). Il ne méritait même pas cette nourriture méprisable.

(à suivre...)

samedi 20 février 2010

La générosité de Dieu (3)

La générosité de Dieu (3)

« Comprends-moi bien: être dans le monde et être du monde, cela ne veut pas dire que l'on soit mondain » (saint Josémaria, Forge, n° 569). Car « les mondains s’évertuent, dès que possible, à faire perdre Dieu aux âmes ; et, ensuite, à leur faire perdre le monde… Ils n’aiment pas ce monde qui est le nôtre. Ils l’exploitent, en piétinant les autres ! — Ne sois pas, toi aussi, victime de cette double escroquerie » (saint Josémaria, Sillon, n° 304). Une escroquerie sur la vie éternelle. On nous promet monts et merveilles, mais ce n'est qu'un rideau de fumée, les fumées de l'enfer. Les fumées de satan. Nous nous laissons attirer par son fumet. Mais quel goût amer quand nous avons mangé de ses plats. (lire la suite) « Vous ne pouvez boire à la coupe du Seigneur et à la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons » (1 Corinthiens 10, 21). Ce serait troquer le droit d'aînesse contre un plat de lentilles (cf. Genèse 25, 31). Dieu ne nous séduit pas avec un plat de lentilles. Il nous attire à lui en se donnant lui-même en nourriture supersubstantielle. Et, non content de se donner à nous, ce qui est largement suffisant en soi, il ajoute, pour faire bonne mesure, le don de sa propre Mère. Il nous remet Marie. Il se dépouille de ce qui lui tient le plus à cœur. Celle qu'il a choisie pour être sa très sainte Mère, qu'il a rachetée à l'avance du péché originel, qu'il a décorée de toutes les vertus possibles et imaginables au degré le plus élevé qu'il soit donné à une créature d'atteindre, celle qu'il s'est préparée avec Amour, tout spécialement, pour être sa Mère ici-bas, voici qu'il s'en dépouille et qu'il nous la retourne. Il veut que nous profitions pleinement de la sainteté de Marie. Qu'elle nous prenne tous avec elle, car il sait qu'elle fera tout ce qu'elle pourra pour nous aider à gagner le ciel. Et c'est bien ce que Dieu veut : « Que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 4).

(à suivre...)

vendredi 19 février 2010

La générosité de Dieu (2)

La générosité de Dieu (2)

Au jeu de la générosité, nul ne peut dépasser Dieu. Nous ne pouvons même pas nous en approcher quelque peu. Cela fait-il naître le découragement en nous ? En aucun cas. C'est une invitation à essayer d'être sincèrement généreux, c'est-à-dire à ne rien garder pour nous des dons que nous avons reçus, mais à les restituer à Dieu avec les résultats qu'ils nous ont permis d'obtenir, avec leurs « intérêts », car la grâce divine nous a aidés à les faire fructifier. Que Dieu est grand ! Heureusement que nous pouvons remonter le cours de sa générosité pour en atteindre la source : le Cœur très aimant du Seigneur. C'est quand nous contemplons ce Cœur, transpercé par la lance, orné de la couronne d'épines qui le blesse, plus encore, (lire la suite) c'est quand nous nous engageons dans les volutes d'Amour de ce Cœur que nous voulons ne plus vivre pour nous, mais n'exister que pour Dieu et pour les autres. Il n'y a nul mépris du monde en cela. Car c'est dans le monde que Dieu attend notre réponse amoureuse et l'offrande de toutes nos pensées, de tous nos plans et projets, de toutes nos actions et de tout notre être. Dans le monde et à partir du monde. À l'exemple du Seigneur qui a vécu le don radical de soi et l'adhésion absolue à la Volonté du Père en venant partager l'humaine condition, et la sublimer.
Mais il ne faut pas nous attacher à ce monde. Nous n'avons pas ici-bas de cité permanente (Hébreux 13, 14). C'est dans la mesure où nous faisons le vide en nous que nous pouvons nous remplir de Dieu; accueillir la liqueur de la Sagesse sans qu'elle s'évente et perde de sa saveur et de sa puissance opérative pour guérir les hommes de leurs infirmités. « Ne te résigne pas à la Croix. Il y a peu de générosité dans le mot résignation. Aime la Croix. Lorsque tu l’aimeras vraiment, ta Croix sera... une Croix, sans Croix » (saint Josémaria, Saint Rosaire, « Le portement de la Croix »). Ce n'est pas un pis-aller. Non. C'est la route de la victoire, donc de la vie inamissible. Il y a plus de joie à donner qu'à
Lienrecevoir, plus encore si Celui à qui nous offrons notre pauvre petite vie nous octroie avec largesse de nouvelles grâces, qui nous surprennent, tant elles ne sont pas méritées. Dieu nous fait comprendre qu'il dispose de ressources infinies, et qu'il suffit que nous manifestions notre bonne volonté pour qu'il arrive en force dans notre âme, la gréant à nouveau pour la navigation de la vie.

(à suivre...)

jeudi 18 février 2010

La générosité de Dieu (1)

La générosité de Dieu (1)

La générosité de Dieu est un mystère. Nous ne pouvons pas la comprendre, parce qu'elle dépasse toutes les mesures à notre portée. Nous pouvons parler de magnificence et de munificence. Mais ce ne sont que des analogies. Parce qu'en Dieu tout est infini. Par conséquent sa générosité est infinie. Qu'elle ne s'exerce pas pareillement envers tous, ni selon les époques, ne contredit pas cette vérité. Générosité infinie ne veut pas dire don infini, mais participation à la Bonté infinie de Dieu à la mesure des dons qu'il veut bien nous octroyer, et de notre capacité à les recevoir. Ceci étant, la façon dont il répond à nos efforts, aux sacrifices que nous lui offrons, en union au Sacrifice de son Fils, pour la conversion des pécheurs, l'exaltation et l'expansion de son Église, est marqué au coin de cette condition infinie. (lire la suite)
En nous intégrant à sa famille par le baptême, le Seigneur « fait nôtre ce qui est sien et sien ce qui est nôtre » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 64), ce qui nous permet de nous adresser au Père en son nom avec l'audace des enfants qui demandent la lune. Il n'existe pas d'impossible dans leur petit monde. « Tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi » (Jean 17, 10). C'est une grande vérité. Nous avons là précisément une manifestation de la générosité sans limite de Dieu. Il nous comble de ses biens et, en même temps, il s'approprie ce qu'il y a de bon, de positif, dans notre vie, pour le faire sien, c'est-à-dire pour lui communiquer une efficacité surnaturelle, divine, pour le faire concourir à notre sanctification et à celle du monde d'aujourd'hui et à venir, jusqu'à la fin des temps. Dans sa générosité Dieu ne connaît pas de bornes, ne restreint pas les effets de nos bonnes œuvres transformées par son Amour et sa Toute-Puissance en œuvres divines, d'une fécondité extraordinaire.
La vie d'un baptisé qui est conscient d'être enfant de Dieu et s'efforce d'agir en tant que tel est donc sublime, d'un très grand contenu, source d'un optimisme fondé. Fondé sur la force de Dieu : « Je peux tout dans celui qui me rend fort » (Philippiens 4, 13), car « tu es mon refuge et ma force » (Psaume 45, 2). C'est la force qui soulève des montagnes, transforme le monde, comble les vallées... C'est ainsi que Dieu s'est servi des premiers chrétiens, bien dans leur peau de fidèles, qu'ils ont souvent offerte dans le martyre afin de répandre l'Évangile aux quatre coins de l'univers. Et c'est ainsi que se réalise la nouvelle évangélisation. Les nouveaux Nérons et autres Caligula, non seulement ne freinent pas cette expansion, mais ils la favorisent et l'accélèrent à leur corps défendant. Parce que, en définitive, le diable se mord toujours la queue. « Voici la victoire qui a vaincu le monde : notre foi » (1 Jean 5, 4).

(à suivre...)

mercredi 17 février 2010

L'Eucharistie et le ciel (2)

L'Eucharistie et le ciel (2)

Si la vision d'une âme pure, sainte, peut produire un tel émerveillement, une telle certitude, que dire de la vision du Seigneur réellement présent dans l'Eucharistie ? Assurément, c'en serait trop pour nos pauvres forces et pour la capacité de notre cœur à battre d'amour. « Dieu nous ménage à cause de notre faiblesse » (curé d'Ars, Ce que prêchait le curé d'Ars, p. 113). Non seulement la divinité, mais ici l'humanité elle-même se cache à nos yeux. Toutefois nous croyons et confessons fermement l'un et l'autre.
Le peu que nous arrivons à entrapercevoir, ce que le Seigneur veut bien dévoiler de lui-même, nourrit également la troisième vertu théologale, l'espérance. (lire la suite) L'espérance de ne faire qu'un avec lui. Espérance qui n'a rien d'un leurre puisqu'elle s'accomplit peu à peu dans la marche vers l'identification, la divinisation, qui se produit communion après communion. Espérance donc qui avance de pair avec l'Amour du Christ, grâce auquel notre cœur peut continuer à battre, et qui se nourrit de la foi en la présence substantielle du Fils dans le pain et le vin consacrés, et donc aussi du Père et de l'Esprit.
« Présentement, en effet, nous voyons comme dans un miroir, d'une manière obscure ; mais alors nous verrons face à face. Présentement je connais d'une façon imparfaite, mais alors je connaîtrai tout comme j'ai été connu » (1 Corinthiens 13, 12). Mais un jour viendra où nous pourrons adorer et glorifier Dieu en connaissance de cause, dans un face à face indicible.

(fin)

mardi 16 février 2010

L'Eucharistie et le ciel (1)

L'Eucharistie et le ciel (1)

« Que c'est beau ! Après la consécration, le Bon Dieu est là comme dans le Ciel » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 113). L'adverbe « comme » n'entend pas établir une comparaison qui équivaudrait à dire : « Comme si Dieu se trouvait au ciel », ce qui laisserait supposer qu'il n'est pas réellement au ciel dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie. Pour nous, la présence véritable du Christ-Dieu dans les espèces sacramentelles est le ciel déjà commencé ici-bas, est le ciel.
Qu'est-ce que le ciel, sinon Dieu lui-même ? C'est la béatitude éternelle. C'est un degré de sainteté pérenne, participation de la sainteté de Celui qui est trois fois Saint. C'est un état (lire la suite) de perfection inentamée. Ce sont l'image et la ressemblance de Dieu retrouvés (cf. Genèse 1, 26). C'est un amour que rien ne peut faire défaillir. Dieu n'est-il pas tout cela à la fois ? La perfection absolue, personnifiée, et le lien de toute perfection en l'homme. Lien formé au moment du baptême et que l'Eucharistie ne cesse de renforcer en tant que sacrement de communion, de l'« union avec » Dieu par le Fils et avec son Esprit, lieu d'épanouissement maximum et véritable de notre identité d'enfant du Père.
« Si l'homme connaissait ce mystère, il mourrait d'amour » (curé d'Ars, Ibid.). Sans doute est-ce quand il acquiert cette connaissance qu'il ne tient plus en place et que Dieu le rappelle à lui. Si nous nous laissions pénétrer par ce mystère, notre foi en serait revigorée, elle serait à toute épreuve, car nous aurions alors une quasi-évidence de Dieu, de son existence, de sa présence amoureuse parmi nous. « Que c'est beau une âme ! Notre Seigneur en fit voir une à sainte Catherine. Elle la trouva si belle qu'elle dit : « Seigneur, si je ne savais pas qu'il n'y a qu'un Dieu, je croirais que c'en est un. » L'image de Dieu se réfléchit dans une âme pure comme le soleil dans l'eau. (...) Dieu contemple avec amour une âme pure. Il lui accorde tout ce qu'elle demande. Comment résisterait-il à une âme qui ne vit que pour lui, par lui et en lui ? Elle le cherche et Dieu se montre à elle ; elle l'appelle et Dieu vient ; elle ne fait plus qu'un avec lui ; elle enchaîne sa volonté. Une âme pure est toute-puissante sur le Cœur si bon de Notre Seigneur » (curé d'Ars, Ibid., p. 344).

(à suivre...)

lundi 15 février 2010

Action de grâces (27)

Action de grâces (27)


Tu as dit, Seigneur, « en ce jour-là, vous ne m’interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis : ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom » (Jean 16, 23). Me voici maintenant prosterné avec Toi devant l’Auguste Trinité pour, avec toi, contribuer à la louange universelle de la création tout entière, récapitulée en toi : « Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur. […] Tu es béni, Seigneur, Dieu de nos pères, digne d’être loué et exalté à jamais. […] Tu es béni sur le trône de ta royauté, signe de suprême louange et exaltation à jamais » (Daniel 3, 57.52.54). (lire la suite)
Je te rends grâces — jamais je ne pourrai te remercier suffisamment, ni comme tu le mérites —, mais je te rends grâces, spécialement en ce moment où tu es présent dans mon âme d’une présence réelle, qui me remplit et de joie et de confusion.
Je sais que tu aimes entendre les prières de tes enfants, que tu prends plaisir à nous parler à cœur ouvert et à nous offrir un refuge dans ton Cœur brûlant d’Amour pour nous. Alors, Seigneur, je te redis avec force combien j’ai besoin de toi, que tu m’assistes et m’accompagnes tous les jours de ma vie : « Ne me cache pas ton visage au jour de ma détresse. Incline vers moi ton oreille ; quand je t’invoque, hâte-toi de m’exaucer » (Psaume 101, 3). Et c’est aujourd’hui le temps favorable pour que je me convertisse, pour que, me retrouvant avec toi, je n’aie d’yeux que pour toi, d’ouïe que pour toi, et que je me laisse entraîner par toi vers les affaires de ton Père, vers les choses d’en haut, où tu sièges pour l’éternité à la droite du Père Tout-Puissant (cf. Colossiens 3, 1-2). Oui, Seigneur, renverse la loi de la gravité pour mon cœur, et qu’il soit attiré de plus en plus, à une vitesse accélérée, vers tout ce qui est de toi, vers tout ce qui se ramène à l’Amour. Que la très Sainte Vierge, saint Joseph et mon ange gardien me maintiennent sur cette voie et dans cet ardent désir.

dimanche 14 février 2010

La sincérité (3)

La sincérité (3)

C'est à la même conclusion que nous parvenons sans peine quand nous nous mettons en présence du Seigneur, quand nous nous laissons attirer à lui. Il ne nous déçoit jamais. Il nous fait comprendre que nous sommes aimés de lui, et compris. Qu'il vaut la peine de lui faire confiance et de lui donner tout notre cœur, même si celui-ci parfois se rebelle, si l'attrait de ce que nous avons laissé pour suivre le Maître se fait sentir par moments.
« Jésus reprit et lui dit : « C'est parce que je t'ai dit : Je t'ai vu sous le figuier, que tu crois ! Majus his videbis, tu verras de plus grandes choses » (Jean 1, 50). (lire la suite)
Le Seigneur promet d'autres bienfaits, « grâce après grâce », comme le dit saint Jean dans le prologue de son Évangile (1, 16). Et à et au monde entier il annonce : « En vérité, en vérité, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert et les Nathanaëlanges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme » (Jean 1, 51). Celui qui croit, celui qui met sa confiance en Dieu, celui qui s'attache à lui, le verra dans sa gloire, est promis au bonheur éternel. Car « quiconque aura laissé maisons, ou
frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou femme, ou enfants, à cause de moi, en recevra bien des fois plus et aura en partage la vie éternelle » (Matthieu 10, 29).
Marie nous donne l'exemple de celle qui plus que tout autre s'est laissée gagner par le Seigneur, et a gagné l'Amour de Dieu par la simplicité de son Cœur immaculé. Elle s'est pleinement donnée à Dieu, se mettant d'accord avec Joseph pour garder sa virginité et faisant don à Dieu de sa maternité. Elle abandonnait ainsi la possibilité de devenir la Mère du Messie, ce qui était l'espoir de toute femme en Israël. Et voilà que Dieu, en reconnaisance pour cette générosité, lui rend sa maternité en lui demandant de devenir la Mère de son Fils, mais préserve sa Virginité en lui annonçant qu'elle concevra du Saint-Esprit.
Vraiment, comme saint Josémaria aimait à le souligner, Dieu ne se laisse pas gagner en générosité !

(fin)

samedi 13 février 2010

La sincérité (2)

La sincérité (2)

On comprend que Jésus ait donné la sincérité de Nathanaël en exemple. Car la sincérité est amie de Dieu, alors que le mensonge est l'allié du diable, qui est « menteur et père du mensonge » (Jean 8, 44).
Sans sincérité, tout progrès dans la vie intérieure est impossible. Il en coûte sans doute parfois. Mais c'est pourtant fondamental. Jésus ne loue pas les connaissances de Nathanaël ou d'autres de ses qualités. Il met l'accent sur la sincérité, sur le fait que c'est un homme qui n'est pas fourbe, en qui il n'y a pas de duplicité. Son « oui est oui » et son « non est non », « tout le reste vient du malin » (Matthieu 5, 37).
« Celui qui cache une tentation à son directeur partage un secret avec le diable. - Il est devenu l'ami de l'ennemi » (lire la suite) (saint Josémaria, Sillon, n° 323). Saint Josémaria conseillait aussi de commencer par dire ce que nous ne voudrions pas que l'on sache, c'est-à-dire de commencer par le plus dur, car tout le reste suit aisément. Adaptant l'exemple qu'il donnait, nous pourrions dire : Si quelqu'un doit aller d'un endroit à un autre éloigné en portant une grosse pierre sur le dos et des caillloux dans les poches, la première chose qu'il fait en arrivant, c'est de se délester de la pierre et non de vider ses poches.
C'est de cette façon que nous devons nous comporter dans la vie spirituelle. Et dans la vie tout court. Car il faut savoir dire avec simplicité et délicatesse ce que nous ressentons, comment nous voyons et percevons les événements et les personnes.
« De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » L'on nous dira ce qu'il faut faire. « Viens voir. » Va voir Jésus dans le tabernacle, va lui parler, lui ouvrir ton cœur. Il te connaît bien, très bien, bien mieux que tu ne te connais toi-même.
« Comment me connais-tu ? » demande Nathanaël (Jean 1, 48), qui n'a encore jamais rencontré Jésus ni entendu parler de lui. Ce qui est normal, puisqu'il vient à peine d'entamer sa vie publique et n'a pour l'instant pas accompli de miracle.
« Jésus répartit et lui dit : « Avant que Philippe t'appelât, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu » (Jean 1, 48). Que faisait-il sous le figuier, ça, l'évangéliste ne nous le dit pas. Il se reposait peut-être du travail et cherchait un peu d'ombre bienfaisante. Mais Jésus l'avait vu de loin. Il l'avait vu et il le connaît. C'est cela qui étonne le plus Nathanaël. Mais, comme c'est un homme droit, qui peut se reconnaître dans le bref portrait que Jésus a brossé de lui, il n'hésite plus une seconde. Il comprend que Philippe a raison. Et il déclare, émerveillé et plein de reconnaissance : « Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu, c'est toi le Roi d'Israël » (Jean 1, 49). Il n'hésite pas à recourir à des titres clairement messianiques.

(à suivre...)

vendredi 12 février 2010

La sincérité (1)

La sincérité (1)

En la fête de l'apôtre saint Barthélemy, l'Évangile nous remet en mémoire le récit de sa vocation. Il la doit à son ami Philippe, lui-même originaire de Bethsaïde, la ville d'André et de Pierre. C'est Jésus qui a appelé Philippe. Et maintenant, certain d'avoir rencontré le Messie, il s'empresse de communiquer cette nouvelle fabuleuse, tant attendue, à son ami Nathanaël, ou Barthélemy, qui lui, est originaire de Cana en Galilée (cf. Jean 21, 2).
Jésus est en route vers la Galilée avec ses premiers disciples. Il se rend précisément à Cana. Le lendemain va avoir lieu le miracle de l'eau changée en vin, lors du banquet auquel Jésus a été convié.
« Celui dont Moïse parle dans la Loi, ainsi que les Prophètes, nous l'avons trouvé : c'est Jésus, fils de Joseph, de Nazareth » (Jean 1, 45). Or, Nathanaël n'est pas le premier venu. (lire la suite) C'est un « vrai Israélite », quelqu'un qui est versé dans les Écritures, qui connaît bien la Loi et les Prophètes. Il sait qu'ils annoncent que le Messie naîtra, non pas à Nazareth en Galilée, mais à Bethléem en Judée (Michée 5, 1). C'est pourquoi il répond à Philippe par une interrogation dubitative : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » (Jean 1, 46).
Non seulement le Messie n'est pas annoncé comme venant de Nazareth, mais en plus la modeste bourgade de Nazareth ne semble pas jouir d'une très bonne réputation. Il n'y a rien de bon à attendre d'une telle ville. Alors, le Messie moins encore.
Il a dit les choses comme il les voit. Il a livré le fond de sa pensée. Il agit avec droiture et simplicité. Nous voyons qu'il est bien disposé au fait qu'il écoute son ami : « Viens voir » (Jean 1, 46). Il accompagne Philippe. Celui-ci n'a pas besoin de faire les présentations, car, en les voyant arriver, Jésus dit à ceux qui l'entourent, suffisamment fort pour que Nathanaël l'entende : « Voici vraiment un Israélite en qui tout est droit » (Jean 1, 47). Quel bel éloge. Jésus donne en exemple la sincérité et la simplicité de Nathanaël.

(à suivre...)

jeudi 11 février 2010

La lumière de Marie

La lumière de Marie

Le Christ est la lumière qui est venue dans le monde (Jean 1, 9), « Lumière née de la Lumière » (« Je crois en Dieu »). Qui le voit voit le Père (Jean 14, 9). Et nul ne va au Père, si ce n'est pas lui (Jean 14, 6). Mais cette lumière est une lumière divine, d'une puissance infinie, trop forte pour que nous puissions la supporter. De fait, nul humain ne peut voir Dieu sans mourir sur le champ (cf. Juges 13, 22).
Alors, de même que Dieu a créé deux astres, le soleil pour éclairer la jour et la lune pour éclairer la nuit (Genèse 1, 16), de même, avant que nous soyons en état de contempler face à face la Lumière qu'est Dieu au ciel, nous disposons de cette autre lumière qu'est Marie, qui est une participation à la lumière divine. Avec elle, la vie s'anime, (lire la suite) revêt ses différentes colorations, acquiert volume et relief. Sans elle, tout s'estompe, s'efface, devient comme inexistant.
« Enlève le soleil qui illumine le monde, comment pourra-t-il faire ? » demande saint Bernard. Il ajoute : « Enlève Marie, l'étoile de la mer, d'une mer sans doute grande et spacieuse, et que reste-t-il sinon l'obscurité qui dissimule tout, l'ombre de la mort et des ténèbres très denses. À l'intimité de notre âme, avec les affections de notre volonté, vénérons donc Marie, car telle est la volonté du Seigneur qui a voulu que nous recevions tout par Marie » (Sermon sur la Nativité de la Vierge Marie, dit De aquaeductu).
Voilà qui est... clair ! « L’amour pour Notre Dame est une preuve de bon esprit, dans les œuvres et chez les individus. — Méfie-toi de l’entreprise qui n’est point marquée de ce signe » (saint Josémaria, Chemin, n° 505). Là où Marie est absente, là où on l'ignore, un catholique ne se sent pas chez lui. Il lui faut sa Mère. Parce qu'elle lui ouvre le ciel et qu'elle le prend dans ses bras quand il a besoin d'affection.

mercredi 10 février 2010

Action de grâces (26)

Action de grâces (26)

« Tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17, 10). Mais c’est toi qui m’enrichis vraiment : toute la grandeur, toute la Bonté, tout l’Amour de mon Dieu, unis à sa Miséricorde infinie, à sa tendresse. Vraiment, mon Dieu, que tu es bon, et combien merveilleuses sont tes œuvres, tes magnalia.
Et moi, en retour, ce que je te donne est presque risible. C’est dérisoire, si peu. Mais je suis ton petit enfant, et un petit enfant n’a que des objets de bien peu de valeur. Et encore, les a-t-il sans doute reçus. Quoi qu’il en soit, je te donne ce que j’ai, de grand cœur, et je te donne ce que je suis : toutes mes facultés et tous mes sens, en un mot tout mon être.
Meus es tu. Je t’appartiens. Et je veux profiter de ce que tu es en moi pour que cette appartenance devienne totale. (lire la suite) Que je t’appartienne vraiment, Seigneur, et que je sois pleinement détaché des choses de la terre, plus encore de moi-même : « Que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse mais la tienne » (Lc 22, 42).
Ah ! Seigneur, si ta grâce n’était pas prévenante, si elle ne me soutenait pas, si tu n’étais pas là pour guider tous mes pas, il y a longtemps que je me serais égaré définitivement. Je m’égare déjà si souvent… Mais tu viens me chercher, car tu es le Bon Pasteur, me chercher pour me faire entrer dans ton bercail, dans la vie de la Très Sainte Trinité.
Faut-il que tu sois fou d’Amour pour t’éprendre ainsi de l’insecte que je suis, de l’avorton que je suis, de l’infime grain de poussière que je suis ! Que cet Amour me fixe à toi, comme le plus résistant des aimants, afin que nous ne fassions plus qu’un, ut unum simus, pour la gloire de ton Père et le salut du monde.
« Seigneur Jésus, dans cet admirable sacrement, tu nous as laissé le mémorial de ta Passion ; donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang, que nous puissions recueillir sans cesse le fruit de ta rédemption » (prière pour la fête du Saint-Sacrement).

mardi 9 février 2010

Marie et l'Incarnation (4)

Marie et l'Incarnation (4)

Mais Marie pouvait-elle prévoir qu'il lui faudrait renoncer une deuxième fois à Jésus ? Qu'elle devrait en faire l'oblation au Golgotha ? Qu'elle devrait le remplacer par toute l'humanité ? Cela a beau faire des milliards d'hommes, face à l'infini qu'est Dieu, ce n'est rien. Et en plus, ce sont tous des pécheurs... C'est le don supplémentaire que Dieu lui demande. Tout ce qui lui restait encore. Ce à quoi elle pouvait encore être attachée, bien légitimement : c'était son Fils, et il était si aimable ! (lire la suite)
Et c'est Jésus en personne qui lui demande ce détachement, cet ultime sacrifice, afin de parvenir au dépouillement total, de nous « aimer jusqu'au bout, elle aussi (Jean 13, 1), « en laissant tout » (Luc 5, 11) : « Jésus alors, voyant sa Mère et, auprès d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa Mère : « Femme, voici ton fils. » Puis, il dit au disciple : « Voici ta Mère » (Jean 19, 26-27).
Maintenant Marie sait pleinement pourquoi elle est née. « Tout est achevé ». Et d'un certain point de vue tout commence pour elle. C'est le début de sa Maternité spirituelle. Et comme cette grâce nouvelle vient de Dieu, comme les autres, Marie s'empresse de l'accueillir et elle se met à la tâche. Dès le premier instant, alors que son Fils n'a pas encore rendu son âme à son Père, nous avons toute notre place dans son Cœur. Nous y sommes présents. Elle ne nous quitte plus. Nous sommes à elle. Mais elle ne veut rien pour elle. Elle n'a besoin de rien. Ce cadeau que son Fils lui fait, elle l'offre au Père par l'entremise du Fils, en s'unissant à la messe, à toutes les messes qui seront célébrées continuellement dans le monde.
Et Marie, qui nous a donné son Fils à Bethléem en le mettant au monde, nous le donne dans ce nouveau Bethléem, la « maison du pain », qu'est l'Eucharistie. Elle le fait naître dans notre âme, pour que nous vivions comme elle a vécu, dans la proximité de Dieu, en présence de Dieu, à l'école du Dieu fait homme, « doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 29).
À chaque messe, le Seigneur nous montre Marie, la désigne à notre attention : « Voici ta Mère ! » Nous la prenons avec nous, chez nous, afin d'être avec Dieu, car, là où est Marie, là est l'Église, là se trouvent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, continuellement penchés sur nous, suivant les interventions de Marie, exauçant ses prières, répondant à ses supplications, pourvu que nous la laissions faire et que nous écoutions son invitation : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jean 2, 5). Comme si elle nous disait : « C'est comme cela que vous serez heureux. C'est à cette condition que vous serez saints. »

(fin)

lundi 8 février 2010

Marie et l'Incarnation (3)

Marie et l'Incarnation (3)

Marie est ainsi préparée de nouveau pour sa deuxième mission. L'Immaculée Conception l'a mise en état d'accepter d'être la Mère de Dieu. La Maternité divine la prédispose à être la nouvelle Ève, la nouvelle « Mère des vivants ». Mais il faudra pour cela qu'elle fasse une nouvelle offrande à Dieu, qui consiste à se dépouiller de son Fils. Cela se fera aussi en deux étapes. Mais auparavant, il y aura toute la période de l'enfance et de l'adolescence, qui sera heurtée, chaotique du fait de la malice des hommes. Là encore, Marie sera sollicitée par Dieu de lui remettre la tranquillité de son foyer, son honneur et sa réputation, le confort d'une vie aisée. (lire la suite) « Une vie de louange, comme la Vierge en donne l'exemple dans le Magnificat (Lc 1, 46-55). Une vie de piété, comme le montre leur pèlerinage à Jérusalem et leur fidèle accomplissement de la Loi de Moïse (Lc 2-22-24.39 et 2, 41). Une vie d'obéissance et d'humilité, comme l'indique la soumission du Fils de Dieu à ses parents (Lc 2, 51). Dans la Sainte Famille, « le plus grand se fait serviteur » (Mc 10, 43) ; l'obéissance est à rebours de la dignité des êtres : le Fils de Dieu est soumis à l'Immaculée qui est soumise à l'homme juste. Une vie de service aimant, comme le suggère l'empressement de la Vierge à servir sa cousine (Lc 1, 39). Une vie de prière et de méditation car « Marie conservait toutes ces choses et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19.51). Une vie pauvre, comme l'indique l'offrande de deux tourterelles prévues pour les personnes de peu de ressources (Lc 2, 24). Une vie d'épreuves qui les mènera comme une famille émigrée à gagner l'Égypte (Mt 2, 14). Une vie de labeur dans l'atelier du charpentier (Mc 6, 3). Une vie de foi surtout, car malgré les avertissements célestes dont ils avaient été les bénéficiaires, Marie et Joseph ne cheminaient pas dans la claire vision (2 Co 5, 7) mais bien dans l'obscurité de notre condition terrestre » (Guillaume de Menthière, Je vous salue Marie. L'art de la prière, Paris, Mame-Edifa, 2003, p. 109).
Le jour viendra où Marie devra faire le don de son Fils. Elle sait bien que son Jésus devra la quitter un jour. C'est le propre de tout enfant que de voler de ses propres ailes. Et en plus, Jésus a une mission à accomplir, elle le sait, la mission la plus excellente qui soit. Mais ce n'est pas pour autant que la séparation est facile, qu'il ne lui en coûte pas de ne plus avoir toujours Jésus à côté d'elle.
Il y a longtemps qu'elle a compris qu'elle est sur cette terre exclusivement pour que la Rédemption se fasse, pour que notre Seigneur nous rachète de nos péchés, et que sa vie n'a de sens qu'en fonction de ce plan divin, ne s'explique que par lui, ne s'éclaire que par lui.

(à suivre...)
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dimanche 7 février 2010

Marie et l'Incarnation (2)

Marie et l'Incarnation (2)

Il est vrai que Marie a fait don à Dieu de tout son être. Elle a tout donné. Absolument tout. Elle n'a rien gardé pour elle. Et pourtant... Il y a un « mais », en effet. Elle a donné tout ce qu'elle avait, tout ce qu'elle était, au moment où elle l'a remis à Dieu.
Or, Dieu n'arrête pas de nous gratifier de nouveaux cadeaux surnaturels, de grâces qui viennent s'ajouter aux précédentes. Et nous avons reçu grâce sur grâce. Dieu attend que ce que nous avons reçu gratuitement, nous le lui rendions gratuitement (Luc 9, 2). (lire la suite) Tout également. C'est pourquoi Marie a été capable de donner encore plus, alors qu'elle avait tout remis entre les mains de Dieu.
Elle naît toute sainte, et le diable n'a pas eu de prise sur elle, même pas une fraction de seconde. « Je mets une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne » (Genèse 3, 15). Elle est absolue. Marie a beau avoir un corps, être soumise à la matière, alors que le diable est une créature spirituelle, elle est au-dessus de lui, plus forte que lui. Ipsa conteret ! « elle écrasera » la tête du serpent (Genèse 3, 15). Ce qui a eu lieu.
L'Immaculée Conception prépare la Nativité virginale de Jésus, conçu par l'œuvre du Saint-Esprit. Voilà que Marie a prononcé le « oui » décisif, que toute la création attendait en retenant son souffle. Et elle reçoit le don du Saint-Esprit et, au même instant, le don du Fils de Dieu dans son corps, deux dons du Père, à Marie qu'il prend alors pour Épouse, deux dons du Père à l'humanité dont il fera de Marie la Mère.
Marie reçoit les dons les plus élevés, inégalables... Mais, « à celui à qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé » (Luc 12, 48). Ce n'est pas parce que Marie est la Mère de Dieu qu'elle échappe à cette loi. Bien au contraire. Elle est notre modèle dans toutes les vertus. Elle est exemplaire dans sa façon de répondre à Dieu. Elle avait tout donné. Elle reçoit beaucoup plus en retour : Dieu en personne, une libéralité infinie. Et Marie comprend que ce cadeau ne lui est pas destiné à elle seule. Elle a compris que le Fils qui lui est annoncé est rien moins que le Messie. L'archange saint Gabriel a été explicite. Tout le message de l'Annonciation est comme une reprise des annonces dès l'Ancien Testament, du livre de l'Exode, du 2ème livre de Samuel, des prophètes Isaïe et Sophonie. Les mots se mettent en place dans l'esprit de Marie et son Cœur bat désormais au rythme du Saint-Esprit, de l'Amour divin.
D'un seul coup, en un instant, son Cœur déborde d'affection pour le genre humain tout entier. Dieu lui a agrandi le Cœur, si bien qu'il y a de la place pour nous tous, et pour tous les pécheurs de tous les temps.

(à suivre...)

samedi 6 février 2010

Marie et l'Incarnation (1)

Marie et l'Incarnation (1)

Quand Marie, après avoir accueilli dans son cœur, avec une grande émotion et une profonde humilité, les paroles de l'archange saint Gabriel, prononce son fiat, « qu'il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 38), l'histoire bascule et entre dans l'ère de la Rédemption. Il faudra attendre encore neuf mois pour que le Rédempteur vienne au monde. Mais le processus est enclenché. L'Église commence d'exister, avec Marie pour premier membre.
Mais cet événement décisif dans son efficacité salvatrice, est comme précédé par une période de pressentiments. Sainte Anne conçoit une enfant, Marie, qui, sans qu'elle y soit pour quelque chose, est totalement préservée de la morsure du péché originel. À aucun moment Marie n'est « fille de la colère ». (lire la suite) Elle bénéficie d'un privilège exceptionnel, unique, parce que Dieu pense à elle pour devenir sa propre Mère.
Très tôt, en raison de ce privilège, comme une conséquence logique, Marie se sent remplie de l'Amour de Dieu. Son cœur aime à n'en plus pouvoir. Elle forme alors le propos de rester vierge afin de servir Dieu, de mettre tout son être, corps et âme, à la disposition du Tout-Puissant. Par cette décision héroïque, qui l'arrache aux bonnes choses de la terre qui l'attirent, notamment à la maternité vers laquelle la capacité à aimer de son cœur est toute orientée, elle se prépare, plus encore sans pouvoir l'imaginer, à devenir la Mère du Sauveur.
Que n'a-t-elle pas médité l'oracle du prophète Michée, annonçant que le Messie, descendant de David, prend son origine dans la nuit des temps et que sa grandeur s'étendra jusqu'aux confins de la terre, posant ainsi les limites de la paix ! Mais en plus, ce « Consacré du Seigneur », dont la venue marque le début de la libération du peuple, n'interviendra qu'au temps où met au monde celle qui doit mettre au monde (Michée 5, 1-4). Formule énigmatique dont Marie n'a pu percer le mystère, parce que l'Esprit Saint ne l'a pas encore éclairée, parce que le Verbe de Dieu ne lui a pas encore parlé en son sein, parce que l'Amour du Père ne lui a pas encore été manifesté dans sa plénitude.
Michée ne rejoint-il pas Isaïe annonçant : « Voici qu'une vierge concevra, et elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel » (Isaïe 7, 14) ? Marie s'est peut-être posée la question. Elle a essayé de dissiper l'ombre qui entoure cette promesse.
Elle veut être entièrement à Dieu. Elle est totalement de Dieu. En décidant de rester vierge, elle ne se rend pas compte qu'elle se place dans une situation qui va permettre à la prophétie de se réaliser. Elle ne pense pas à elle... Elle veut simplement aimer Dieu sans réserve. Ce sont les mystères de l'Amour de Dieu envers les hommes. Nous ne pouvons pas gagner Dieu en générosité, car tout est infini en lui. Il est d'une générosité infinie, ce qui laisse la nôtre très loin, très loin derrière, et même celle de Marie, qui fait pourtant notre admiration.

(à suivre...)

vendredi 5 février 2010

Arrêts sur christianisme (46)

Arrêts sur christianisme (46)

Il est certain que l'histoire humaine tient une place relativement restreinte quand on la situe dans ces espaces cosmiques. Mais si nous lui restituons sa place, non plus à l'intérieur du cosmos visible, mais du cosmos spirituel, c'est-à-dire si nous montrons que la conception chrétienne des choses est la vision en réalité d'un cosmos spirituel immense, composé de mondes spirituels à l'intérieur desquels notre humanité n'est qu'un monde spirituel particulier, notre vision des choses prend une grandeur, une étendue qui me paraît répondre à une des aspirations de l'âme d'aujourd'hui. À une époque où les hommes se sentent citoyens d'un monde immense, nous pourrons montre r que le christianisme est un mode encore plus immense. Or, je crois que la théologie des anges, en reculant les limites du cosmos spirituel, correspond justement à cette dimension.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 95.

jeudi 4 février 2010

Action de grâces (25)

Action de grâces (25)

Sanctus, Sanctus, Sanctus. Hosanna ! C’est tout ce que nous savons dire. Et aussi Alleluia ! Gloria ! C’est peu, très peu. Notre langage est bien pauvre pour te remercier, même s’il puise dans la Sainte Écriture et dans la liturgie. C’est bien peu de choses pour « Celui qui est, qui était et qui vient », pour Celui qui est « l’alpha et l’oméga » (Ap 1, 8), « le même hier, aujourd’hui et à jamais » (He 13, 8).
Et tu me dis : « D’un amour éternel je t’ai aimé ; aussi t’ai-je conservé ma faveur » (Jr 21, 3). J’en suis ému, car je ne le mérite pas. Mais voilà la réalité : tu me conserves ta faveur et tu en donnes une preuve en venant me visiter chaque jour. Tu viens te livrer à moi, m’apportant de richissimes grâces. (lire la suite) Tu viens voir si je suis prêt à t’accueillir et à faire un bout de chemin en ta compagnie. Tu viens t’assurer de mes bonnes dispositions et de ma fidélité. Tu viens quémander aussi un peu d’amour en retour, un peu de la considération qui t’est due.
Car c’est mon bien qui en dépend, ce bien que tu voudrais accroître sans restriction, sans hésitation de ma part. Je dois me rendre compte de la grandeur sublime de ce moment. Tu reviens pour m’appeler à te suivre, à t’emboîter le pas sur les chemins du monde pour les sanctifier. « Je t’ai appelé par ton nom, dis-tu encore ; tu m’appartiens » (Is 43, 1). Que tu puisses me dire que je suis à toi, alors que tu es la Sagesse éternelle, la Bonté infinie, la Grandeur achevée, voilà qui me confond, moi qui me vois incapable de répondre adéquatement.
Mon ange gardien, réponds pour moi, rend grâces à Dieu à ma place pour cette nouvelle communion et pour tout ce qu’elle suppose d’Amour et de grâces, pour que je sache les faire passer dans ma vie, être généreux et payer de ma personne au service du Seigneur et des âmes.
Saint Joseph, tu as dû vivre dans une action de grâces permanente, en présence du Fils de Dieu qui s’ébattait et croissait en taille, en sagesse et en âge (cf. Lc 2, 52) sous ton toit. Aide-moi à louer Dieu par mon travail et mes occupations quotidiennes.
Et vous, Marie, faites que ma journée soit un Magnificat, à l’imitation du chant de louange et d’exultation, d’humilité et de reconnaissance que vous avez fait retentir chez votre cousine Élisabeth.

mercredi 3 février 2010

Le paralytique de la piscine probatique (14)

Le paralytique de la piscine probatique (14)

- Dis-moi plutôt que tu n'en connais aucun, ni parmi les princes des prêtres, ni parmi les pharisiens et les scribes. D'ailleurs tu es aussi scandalisé que moi par leur comportement :
- « Ils disent de faire, et ils ne font pas. Ils lient et mettent sur les épaules des gens des fardeaux écrasants et difficiles à porter, mais eux-mêmes, ils se refusent à les remuer du bout du doigt. Tout ce qu'ils font, ils le font pour se donner en spectacle aux gens » (Matthieu 23, 3-5), ils sont d'une méticulosité extrême dans les observances qui étouffe. Alors, je ne les prend pas pour modèle :
- « Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent, mais ne prenez pas modèle sur leurs actes » (Matthieu 23, 3).
- « Si on jure par le sanctuaire, cela ne compte pas ; mais si l'on jure par l'or qui est dans le sanctuaire, on est tenu. (...) Si on jure par l'autel, cela ne compte pas ; mais si l'on jure par l'offrande qui est dessus, on est tenu » (Matthieu 23, 16.18).
- N'est-ce pas de l'hypocrisie ? Moi je trouve cela scandaleux !
- Cela n'a effectivement rien a voir avec le rabbi de Nazareth, mais d'ici à dire que c'est le Fils de Dieu, ou Dieu...
- Ce n'est pas moi qui le dis, encore une fois, mais Jean-Baptiste.
- Allons, rentrons. Il me semble que la journée a été bien remplie.
- Tu peux le dire. C'est ton ange, Demas, qui t'a soufflé l'idée de venir ici. Que d'émotions. Mais je reste sur ma faim.
- Eh bien dis donc, tu es difficile, toi ! Tu assistes en direct à un miracle inouï, un paralytique de toute une vie ou presque qui marche d'un coup et a la force de porter son grabat, et tu es insatisfait. Qu'est-ce qu'il te faut d'autre ?
- Élucider la question de l'identité de ce charpentier. Il me semble que le meilleur moyen pour le découvrir, c'est d'aller le rejoindre et de partager la vie de ses disciples, pour voir.
- Très bien ! je viens avec toi.

(fin)

mardi 2 février 2010

Le paralytique dev la piscine probatique (13)

Le paralytique de la piscine probatique (13)

- Qu'est-ce que Moïse vient faire ici ?
- Je vais te le rafraîchir la mémoire.
- Allons, ne t'échauffe pas.
- Je ne m'échauffe pas. Mais tu me chauvis un peu quand même. Moïse a déclaré : Le Seigneur Dieu vous suscitera du milieu de vos frères un prophète comme moi, écoutez-le en tout ce qu'il vous dira (Actes 3, 22 ; cf. Deutéronome, 18, 15.19 ; Lévitique 22, 29).
- Rien ne prouve qu'il parlait de ce Jésus. C'est même tout à fait improbable.
- Peut-être, mais cela s'applique à lui à merveille, et à personne d'autre depuis Moïse.
- Si les princes des prêtres t'entendaient, ils se déchireraient les vêtements et tu serais lapidé en moins de deux... Et je ne pourrai rien faire pour toi, Sosthène.
- Ne t'inquiète pas pour moi. Je ne vais pas me jeter dans la gueule des lions. Je t'ai dit que je cherchais à comprendre et je n'en suis qu'au début de mes réflexions. Mais ce que je viens de te dire, ma déduction, me semble on ne peut plus logique à partir de l'affirmation du Baptiste. Et personne n'a jamais osé s'opposer à ce qu'il disait, ni le démentir, ni le contredire. Jean-Baptise a donc déclaré :
- « Moi, je baptise dans l'eau. Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas : celui qui vient après moi, et je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale » (Jean 1, 26-27).
- Il pouvait parler de quelqu'un d'autre.
- Pas de lui-même, en tout cas, comme il l'a confirmé plus tard :
- Vous m'êtes témoins vous-mêmes que j'ai dit :
- « Moi, je ne suis pas le Messie » (Jean 3, 28).
- Qu'est-ce que tu en conclues ?
- Je te l'ai déjà dit ! Tu connais, toi, en Israël quelqu'un d'autre que Jésus qui fait des miracles comme il en fait, ne serait-ce qu'un seul ? Tu en connais qui parle comme il parle et qui entraîne les foules à sa suite des jours entiers, rien que pour l'écouter ? Dis-moi un peu, tu en connais beaucoup ?
- Euh, non!

(à suivre...)

lundi 1 février 2010

Le paralytique de la piscine probatique (12)

Le paralytique de la piscine probatique (12)

- Non, certes. Mais je ne vois pas où tu veux en venir.
- Je me pose tout simplement des questions. J'essaye de comprendre, ce qui n'a pas l'air ton cas. Je vais rafraîchir ta mémoire en citant, cette fois, Jean-Baptiste. Ne te rappelles-tu vraiment pas qu'il nous a parlé de ce Jésus ?
- Vaguement.
- Eh bien, voici. Je m'en souviens mot à mot, car cela m'a causé un choc sur le moment, et j'ai mémorisé ce que je venais d'entendre. Écoute ça, Demas :
- Voici l'Agneau de Dieu, qui va enlever le péché du monde. C'est de lui que j'ai dit :
- « Après moi vient quelqu'un qui a passé devant moi, parce qu'il était avant moi. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais c'est pour qu'il fût manifesté à Israël que, moi, je suis venu baptiser dans l'eau. » (Jean 1, 29-31).
- Je ne suis pas plus avancé.
- Comment donc, qu'est-ce qu'il te faut ? L'Agneau, cela ne te dit rien ? Tu es vraiment amnésique aujourd'hui? Le prophète Isaïe nous a annoncé le Messie sous la forme d'un agneau conduit à l'abattoir (Isaïe 53, 7).
- Oui, et Jérémie d'ajouter qu'il était comme un agneau familier, qu'on mène à la boucherie (Jérémie 11, 19).
- Tu vois, si tu y mets un peu de bonne volonté.
- Je connais mes classiques mais, encore une fois, cela ne mène à rien. Je ne vois pas le rapport entre cet agneau et celui d'Isaïe. Où est l'abattoir ? Qui te dit qu'il y a indentité de mouton ?
- Jean-Baptiste lui-même. Laissons l'abattoir de côté. Ce qui importe actuellement, c'est de tirer au clair l'identité exacte de Jésus. Or, nous avons toujours cru à ce que Jean a dit, car il est manifeste qu'il est un envoyé de Dieu. Sa naissance elle-même a été entourée de mystères, au point que tous les gens du voisinage, et par toute la montagne de Juda, on se demandait :
- « Que sera donc cet enfant ? » (Luc 1, 65.66).
- Eh bien, lui, il affirme solennellement qu'il est venu préparer le chemin à cet Agneau annoncé par Isaïe, et dans lequel nos Pères dans la foi ont toujours vu une figure du Messie que nous attendons tous ardemment.
- Voilà donc où tu voulais en venir. Je t'attendais...
- Mais c'est lui, Jean-Baptiste qui affirme :
- « Et moi, je ne le connaissais pas ; mais c'est pour qu'il fût manifesté à Israël que, moi, je suis venu baptiser dans l'eau. » (Jean 1, 31). Tu sais qu'il a baptisé ce Jésus dans le Jourdain, comme nous.
- Oui.
- Eh bien, Jean-Baptiste a encore rendu témoignage en disant :
- « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il est demeuré sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas » (Jean 1, 32-33).
- Comment peut-il dire cela puisque c'est son cousin ?
- Tu prends tout au premier degré ! Quelle manque de bonne volonté.
- Ben quoi, ce n'est pas vrai, peut-être ?
- Si, bien sûr. Mais si tu me laissais parler tu comprendrais, enfin peut-être, si tu y mets un peu du tien... Il ne le connaissait pas sous un jour autre que son cousinage précisément, sous celui qui lui a été révélé, et qu'il précisait quand tu m'as interrompu.
- Excuse-moi, Sosthène. Vas-y, continues.
- Ça ne fait rien, ne t'en fais pas. Donc, il a explicité sa mission :
- Mais celui qui m'avait envoyé baptiser, celui-là m'avait dit :
- « Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint. »
- Et j'ai vu de mes yeux et j'atteste que c'est lui le Fils de Dieu » (Jean 1, 33-34).
- C'est bien énigmatique !
- Énigmatique, énigmatique ! C'est toi qui m'a l'air énigmatique. Pour moi, c'est clair. Ce Jésus est le Messie d'Israël. Tu ne comprends toujours pas ? Tu étais d'accord pour reconnaître que seul Dieu peut faire des miracles. Alors, Jésus de Nazareth est Dieu lui-même. Comment est-ce possible ? Je n'en sais rien. Mais la conclusion s'impose d'elle-même. D'ailleurs, que fais-tu de Moïse ?

(à suivre...)