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mardi 31 mars 2009

When a bishop has to leave the Church of England to stand up for Christians, what hope is left for Britain?

When a bishop has to leave the Church of England to stand up for Christians, what hope is left for Britain?

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Le problème actuel de l'eugénisme

Le problème actuel de l'eugénisme

Mgr Jacques Suaudeau, membre de l'Académie pontifical pour la Vie montre les problèmes que l'eugénisme pose à notre société.

lundi 30 mars 2009

Le silence de Jésus (3)

Le silence de Jésus (3)

Mais revenons à la Cananéenne. Face au silence de Jésus, elle ne mollit pas, elle ne s'avoue pas vaincue. L'amour de sa fille est plus fort que le respect humain. Sa foi se moque des remontrances de l'entourage du Maître et de l'ordre de se tenir tranquille et de cesser de les importuner. Elle est convaincue que sa cause est bonne et que Jésus peut chasser le démon comme il en a déjà chassés tant, à ce que l'on dit. Et pourquoi en douterait-elle ?
La raison avancée pour la faire taire est la même que pour Bar Timée, très humaine, égoïste. Les apôtres pensent à leur tranquillité plus qu'à la misère d'autrui. Nous ne valons sans doute pas mieux qu'eux. Ils n'ont pas encore compris les implications de la charité qui, entre autres, « supporte tout » (1 Corinthiens 13, 7).
Une autre forme de silence est (lire la suite) l'absence de réaction apparente de Jésus quand lui parvient la nouvelle que son ami Lazare est sérieusement malade et qu'il est sur le point de mourir. Au lieu de partir séance tenante et d'aller le guérir - c'est bien ce que Marthe et Marie espéraient de lui en lui envoyant le message - il temporise et reste encore « deux jours à l'endroit où il se trouvait » (Jean 11, 6). Il ne donne pas signe de vie. Ce n'est qu'une fois ce délai écoulé qu'il décide enfin de se rendre à Béthanie. Les saintes femmes lui reprochent avec affection et confiance qu'il ne soit pas venu plus tôt : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » (Jean 11, 21), car le retard a été fatal au malade.
Dans tous les cas, Jésus sait ce qu'il fait. Cela va de soi, car il est Dieu et tout ce qu'il fait, il le fait à la perfection. Nous devons apprendre que la logique de Dieu n'est pas la nôtre ; que le silence de Dieu n'est qu'apparent ; que ce qu'il nous réserve est mieux que nos aspirations ; qu'en le laissant faire nous ne sommes jamais déçus ; qu'en définitive, il sait mieux que nous ce qui convient dans chaque cas, pour chacun et en toute circonstance. Non seulement la Cananéenne obtient la guérison de sa fille, mais elle a eu l'occasion de faire un acte de foi que Jésus admire : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il te soit fait comme tu le désires » (Matthieu 15, 28). Quant au fils de Timée, il persévère lui aussi dans une prière pleine de foi et, à Jésus qui finit par lui demander ce qu'il veut, il répond : « Seigneur, que je voie ! » sans la moindre hésitation (Luc 18, 42). Jésus lui dit : « Vois ! » et précise la raison pour laquelle il réalise ce miracle : « C'est ta foi qui t'a sauvé » (Luc 28, 43). Quant à Marthe et à Marie qui se seraient contentées de la guérison de leur frère, après être passée par l'épreuve du deuil elles obtiennent un miracle beaucoup plus spectaculaire, « afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé » (Jean 12, 42), précise Jésus. Faisant face au tombeau dans lequel Lazare se trouve depuis quatre jours déjà, « il cria à pleine voix : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains entourés de bandelettes et le visage enveloppé d'un suaire. Jésus dit : « Défaites-le et laissez-le aller » (Jean 11, 43-44). C'est toujours une question de foi. « Lazare a ressuscité parce qu'il a entendu la voix de Dieu : il n'eut de cesse de sortir aussitôt de l'état où il se trouvait. S'il n'avait pas « voulu » bouger, il serait mort de nouveau. Prendre cette résolution sincère : avoir toujours foi en Dieu ; mettre toujours son espérance, toujours son amour en Dieu..., lui qui ne nous abandonne jamais, même si nous sommes aussi décomposés que Lazare » (saint Josémaria, Forge, n° 211).

(fin)

dimanche 29 mars 2009

Cameroun, Benoît XVI et la presse française

Cameroun, Benoît XVI et la presse française

Cameroon Tribune condamne l'attitude des medias français envers Benoît XVI

samedi 28 mars 2009

Le silence de Jésus (2)

Le silence de Jésus (2)

Rappelons-nous ce qui s'est passé aussi un jour où Jésus sortait de Jéricho. Un mendiant se trouvait au bord du chemin, probablement au même endroit que les autres jours. Lui aussi il a entendu parler du rabbi de Nazareth. Il entend une rumeur grandissante, le bruit d'une foule et « s'enquit de ce que ce pouvait être » (Luc 18, 36). Apprenant que c'est Jésus en personne qui passe, accompagné de ses disciples et d'une bonne partie des habitants de la ville, qui le suivent avec enthousiasme, « il s'écria : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi » (Luc 18, 38). « Toi que voilà arrêté au bord du chemin de la vie, (lire la suite) qui est si courte, n’as-tu pas envie de crier, toi aussi ? toi qui manques de lumières, qui as besoin de nouvelles grâces pour te décider à rechercher la sainteté. Ne ressens-tu pas un besoin irrésistible de crier : Jésus, fils de David, aie pitié de moi. Une belle oraison jaculatoire, à répéter souvent ! » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 195). Et ce, même si nous avons l'impression que Jésus ne fait aucun cas de notre prière. Ce n'est qu'une impression, qui ne correspond nullement à la réalité, car le Seigneur nous a invité très clairement à le prier : « Demandez et l'on vous donnera; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et l'on ouvrira à qui frappe » (Matthieu 7, 7-8).
Le mendiant reconnaît lui aussi en Jésus le fils de David, le Messie annoncé et attendu. Il est quand même frappant de voir que les esprits simples ne s'y trompent pas, ils le reconnaissent aux signes qu'il réalise, alors que les savants, les princes des prêtres et les scribes refusent de se rendre à l'évidence (« vous ne me croyez pas : les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi », Jean 10, 25).
Bar Timée crie, hurle. Mais Jésus fait comme s'il n'entendait pas et poursuit son chemin. « Beaucoup rabrouaient Bartimée pour lui imposer silence (Luc 18, 39). Toi aussi, quand tu as senti que Jésus passait près de toi, ton cœur a battu plus fort et tu t’es mis à crier, en proie à une agitation profonde. Alors tes amis, tes habitudes, ton confort, ton milieu t’ont conseillé de te taire, de ne pas crier. « Pourquoi appeler Jésus ? Ne l’importune pas ! » Le malheureux Bartimée, lui, ne les écoutait pas. Il criait au contraire encore plus fort : Fils de David, aie pitié de moi. Le Seigneur, qui l’avait entendu dès le début, le laissa persévérer dans sa prière. Il en va de même pour toi. Jésus perçoit instantanément l’appel de notre âme, mais il attend. Il veut que nous soyons bien convaincus que nous avons besoin de lui. Il veut que nous le suppliions, avec obstination, comme cet aveugle au bord du chemin à la sortie de Jéricho. Imitons-le. Même si Dieu ne nous accorde pas à l’instant ce que nous lui demandons, même si la multitude essaie de nous détourner de notre prière, ne cessons pas de l’implorer (Saint Jean Chrysostome, In Matthæum homiliæ 66, 1) » (saint Josémaria,
Amis de Dieu, n° 195). « Quand on se trouve dans les ténèbres, quand on a l’âme aveugle et inquiète, il faut aller, comme Bartimée, vers la Lumière. Répète, crie, insiste avec plus de force, « Domine, ut videam ! » — Seigneur, que je voie !… Et sur tes yeux se lèvera le jour, et tu pourras te réjouir des lumières qu’il t’accordera » (saint Josémaria, Sillon, n° 862).

(à suivre...)

vendredi 27 mars 2009

Le silence de Jésus (1)

Le silence de Jésus (1)

Jésus se rend aux confins de Tyr et de Sidon, au Liban actuel. Et les Libanais n'en sont pas peu fiers, voyant dans leur pays une partie de la Terre Sainte. Bien qu'en pays étranger, la figure du rabbi qui accomplit des miracles est connue de tous. La nouvelle de son arrivée se répand donc rapidement. Or, « voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon » (Matthieu 15, 22).
On ne peut pas dire que Jésus ne l'a pas entendue. L'évangéliste note bien qu'elle se mit à crier à tue-tête. De plus elle reconnaît que Jésus est le fils de David tout comme, plus tard, les foules qui l'acclameront lors de son entrée à Jérusalem, ce qui a le don de mettre les princes des Juifs en fureur, car (lire la suite) il s'agit d'un titre messianique qu'ils dénient pour leur part au Christ. Enfin elle ne demande rien pour elle : elle intercède pour sa fille, qui est non pas malade mais possédée par l'Ennemi.
Cependant « Jésus ne répondit rien » (Matthieu 15, 23). Ce n'est pas la première fois que le Seigneur laisse les gens s'époumoner sans prêter attention, au point que ce sont ses disciples qui doivent intervenir et lui demander de faire quelque chose, car ils en ont assez du vacarme, le quémandeur les importune trop. Cette fois-là, « s'étant approchés, ses disciples lui firent cette prière : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris » (Matthieu 15, 23). Le Seigneur se tait, les apôtres veulent qu'elle s'en aille, au lieu de demander à Jésus d'accéder à la pétition de la femme, ce qui était le meilleur moyen que tout le hourvari cesse.

(à suivre...)

jeudi 26 mars 2009

Soutien à Benoît XVI

Soutien à Benoît XVI


L'Association « Écouter avec l’Église » a été fondée, sur recommandation de Mgr de Germiny, évêque de Blois, et avec l’accord du Cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris, en avril 2008. Elle a pour objet de faire connaître et de diffuser la pensée et les enseignements du Magistère de l’Eglise Catholique dont le Concile Vatican II constitue une référence essentielle en notre temps.
L'association vient donc de fêter son premier anniversaire, alors que le pape Benoît XVI est attaqué de bien des côtés avec une virulence aux antipodes de la charité évangélique.
Le site sur l'internet en est à la phase d'élaboration.
Voici la présentation qu'en a faite Yves Auffret le jour de la constitution de l'Association : (lire la suite)Appellation heureuse, annonciatrice de belles suites puisque en deux mots seulement « écouter avec », elle place l’accent sur la douceur pastorale avec laquelle l’Eglise, depuis le Bienheureux Jean XXIII, a procédé avec tous. Parallèlement, dans son fonctionnement interne, elle distingue moins que par le passé entre les fidèles et la hiérarchie ou vice-versa.

Jean-Baptiste Massillon, évêque de Clermont, dont une rue de la Capitale où se tiendra la réunion porte le nom (est-ce vraiment un hasard ?) disait au terme de sa longue carrière épiscopale et peu d’années avant de mourir, que la véritable douceur pastorale se définissait par quatre notes :

1 – Elle est « noble et pure », puisqu’elle n’agit en rien par des motifs simplement humains,
2 – Elle est « pacifique ». Ce que rappelait de façon éclatante, le titre de la plus célèbre encyclique du Bon Pape Jean : « Pacem in terris ».
3 – Elle est « modeste. Elle ne fait pas une vaine parade de son autorité »,
4 – Et il ajoutait « Elle est aisée à persuader, et par là insinuante et persuasive elle-même : suadibilis. Elle se défie de ses lumières : la vérité de quelque part qu’elle lui soit montrée, a toujours sur elle les mêmes droits : pourvu que la Vérité triomphe, elle croit avoir triomphé elle-même, en lui sacrifiant ses propres lumières ; elle ne veut pas dominer sur les esprits ; c’est assez pour elle de les éclairer et de les instruire : elle ne veut rien devoir au ton et à l’autorité ; mais elle attend tout des douceurs de la persuasion et de la tendresse ; c’est un lion que le zèle anime, mais c’est un lion semblable à celui de Samson, qui porte toujours le miel de la douceur dans la bouche : suadibilis ».
Pour faire bonne mesure, il complétait par une ultime note : cette sagesse a des entrailles de miséricorde pour son peuple.

Bien que du XVIIIème siècle, c’est un texte qui n’a pas pris une ride, un texte qui ne jure ni avec le ton ni avec les intentions de BENOIT XVI.

« Ecouter » c’est donner son attention aux paroles tout autant qu’aux bruits et aux questions dont le monde est rempli, et les comprendre. L’objet de l’Association sera par conséquent de participer à l’explicitation des réponses que l’Eglise y apporte par l’enseignement de son magistère et par celui de ses conciles. Les seules questions qui importent aujourd’hui, ce n’est pas à quiconque qu’il faut les poser. La seule et vraie question, l’unique en définitive, c’est « qu’est-ce qu’en pense l’Eglise ? »

Quels sont les fondateurs de l’Association ? « deux laïcs et quatre prêtres issus d’horizons tellement différents qu’en soi, cela suffit à montrer combien l’Association est ouverte et tient à rester telle. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle prévoit dans ses statuts d’accueillir non seulement des catholiques, mais des observateurs extérieurs qui pourront s’exprimer sur des choses de l’Eglise, qui ne les assujettissent pas mais qui peuvent néanmoins les intéresser ou dont ils se sentent proches à des degrés divers.

Le siège Social est fixé : 49, Place Allain-Targé. 49400 SAUMUR.

mercredi 25 mars 2009

Les Africains et le sida

Les Africains et le sida

LE PAPE ET L'EGLISE NE SONT PAS ISOLES !
Des africains s’expriment
BLAISE COMPAORÉ, Président du Burkina Faso
Président du Comite national de lutte contre le sida
L’Église n’est pas isolée
« L’Église n’a pas le monopole de l’abstinence ! En tant que chef de l’État, j’ai pris des engagements dans ce sens depuis 2002 dans le cadre de la campagne «C’est ma vie». L’objectif était de mettre les gens devant leurs responsabilités. Parmi les engagements proposés, certains faisaient directement appel à l’abstinence. »
La position de l’Église est reconnue en Afrique
« Les Français aiment la polémique, c’est leur côté gaulois ! Certains critiquent la position de l’Eglise en prétendant défendre les Africains. Soit. Mais la plupart n’ont jamais mis les pieds chez nous ! Je leur conseille de venir faire un séjour au Burkina. Chez nous, l’imam, le prêtre et le chef coutumier travaillent de concert : tous ont l’ambition d’affronter le même mal. Se focaliser sur le préservatif, c’est passer à côté du problème du sida. »
L’action de l’Église est reconnue en Afrique
« Beaucoup de gens ignorent le travail de l’Église en Afrique. En France, l’intelligentsia ne comprend pas cette proximité avec les responsables catholiques. Chez nous, l’Église est d’abord synonyme d’écoles et de dispensaires. Le débat sur le sida n’est pas théorique, il est pratique. L’Église apporte sa contribution. Si l’abstinence est un moyen de prévention, nous n’allons pas nous en priver ! »
Résister aux organismes internationaux
« Face aux organismes internationaux, il faut savoir résister. On peut nous conseiller, mais pas faire à notre place. [...] Les Européens n’éprouvent pas le danger du sida de la même manière que nous. Pour les Burkinabés, le danger est immédiat. La pandémie est une réalité visible, elle frappe votre famille, vos amis les plus proches. En Europe, vous avez peut-être le loisir de faire des thèses pour ou contre la morale. Au Burkina, nous n’avons pas le temps. »
Décalage entre les médias et la réalité
« Il y a souvent un gouffre entre ce que disent les médias et ce qui se passe sur le terrain. En Afrique, nous vivons avec le sida au quotidien. Le débat sur le préservatif, tel que vous le présentez, ne nous concerne pas. »
Source : Famille Chrétienne - 12/02/2005

MGR THEODORE-ADRIEN SARR
Archevêque de Dakar
L’Église contribue à la prévention du Sida
« Je demande aux Occidentaux de ne pas nous imposer leur unique et seule façon de voir. Dans des pays comme les nôtres, l’abstinence et la fidélité sont des valeurs qui sont encore vécues. Avec leur promotion, nous contribuons
à la prévention contre le sida. »

MGR SLATTERY
Évêque en Afrique du Sud
Encourager la fidélité dans le mariage
« L’Ouganda a été le premier pays à combattre résolument l’épidémie du SIDA au début des années 90. La position forte et claire du président Museveni a constitué l’élément décisif qui a ralenti la diffusion du SIDA, faisant passer le taux de personnes affectées de plus de 25% à 6% en 2002. Il a prêché le bon sens et non le préservatif, encourageant l’abstinence avant le mariage et la fidélité dans le mariage, comme des valeurs culturelles. »

Pour soutenir le Comité Urgence Pape - Sida : urgence-pape@live.fr

mardi 24 mars 2009

Tony Anatrella : Benoît XVI et la prévention contre le sida

Tony Anatrella : Benoît XVI et la prévention contre le sida

« Un nouveau colonialisme comportemental bouleverse les sociétés africaines »

Mgr Tony Anatrella revient dans cette interview sur la polémique suscitée, surtout en France, autour des propos du pape concernant la prévention contre le sida.
Zenit : Les propos du Pape Benoît XVI soulèvent une tempête médiatique. A-t-il commis une faute de communication ?
Mgr Tony Anatrella : Non ! Le Pape a parlé clairement. Il est très bien informé sur les questions concernant la transmission du virus HIV et des problèmes posés par les campagnes de prévention. Il nous interroge en remettant en question une vision de la prévention limitée au seul préservatif. Il adopte un point de vue anthropologique et moral pour critiquer une orientation sanitaire qui, à elle seule, n'est pas en mesure de juguler la pandémie. En l'espace de vingt-cinq ans ces campagnes n'ont pas réussi à la réduire. Une autre approche doit être soulignée qui fait davantage appel au sens de la conscience humaine et de la responsabilité afin d'évaluer le sens des comportements sexuels. Mais cette perspective, (lire la suite) on s'en aperçoit, est difficilement entendue actuellement dans le discours social. Le préservatif est devenu une sorte de tabou incritiquable qui devrait, curieusement, participer à la définition de la sexualité. N'est-ce pas une façon de masquer des interrogations ?
Zenit : Est-ce un dialogue de sourds ?
Mgr T. Anatrella : Sans aucun doute. Les décideurs et les prescripteurs politiques et sociaux véhiculent et confortent une représentation de l'expression sexuelle qui est souvent instrumentale et délétère. L'acte sexuel recherché pour lui-même au gré des rencontres n'humanise pas la sexualité ni la relation humaine. Il entraîne bien des souffrances et pèse sur la qualité du lien social. Dans le meilleur des cas, l'acte sexuel n'a de sens que s'il s'intègre dans une relation amoureuse mais pas comme une réponse à une impulsion réflexe. L'Eglise soutient que seul l'amour qui s'inscrit dans une perspective conjugale et familiale est source de vie, là où nous entendons des discours de confusion relationnelle et identitaire et des discours de mort qui nous en éloignent.
Zenit : La prévention à partir du préservatif aggrave t-elle la pandémie du sida ?
Mgr T. Anatrella : Que dit le Pape exactement ? Je le cite car ses propos ont été rapportés d'une façon approximative et, une fois de plus, déformés.
« Je pense que l'entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est justement l'Église catholique, avec ses mouvements, ses réalités diverses. Je pense à la communauté de Sant'Egidio qui fait tellement, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida. Je pense aux camilliens, à toutes les sœurs qui sont au service des malades. Je dirais que l'on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. S'il n'y a pas l'âme, si les Africains ne s'aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d'augmenter le problème. On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l'un envers l'autre, et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades, au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels. Ce sont ces facteurs qui aident et qui portent des progrès visibles. Autrement dit, notre effort est double : d'une part, renouveler l'homme intérieurement, donner une force spirituelle et humaine pour un comportement juste à l'égard de son propre corps et de celui de l'autre ; d'autre part, notre capacité à souffrir avec ceux qui souffrent, à rester présent dans les situations d'épreuve. Il me semble que c'est la réponse juste. L'Église agit ainsi et offre par là même une contribution très grande et très importante. Nous remercions tous ceux qui le font ».
C'est le rôle du Pape d'affirmer que, sans une éducation au sens des responsabilités, on pourra difficilement faire diminuer l'expansion virale. La transmission du virus du sida est parfaitement évitable. Il ne s'attrape pas comme celui de la grippe. Il est lié aux comportements et aux pratiques sexuelles. En ciblant uniquement le préservatif, en laissant entendre « fais ce que tu veux », on risque de confirmer des comportements qui posent déjà problème et on évite de les penser. Le préservatif n'est pas un principe de vie. C'est la responsabilité qui est un principe de vie.
Dans la société actuelle, le sens des choses et des mots est souvent inversé quand on affirme par exemple que « le sida est la maladie de l'amour ». Il s'agit plutôt du contraire : il est surtout l'expression d'une errance affective et d'une impulsivité sexuelle. Autrement dit, il y a un certain conformisme de la prévention qui évite de poser les vraies questions au sujet des comportements sexuels aujourd'hui. Nous avons à nous interroger afin de considérer l'expression sexuelle avec davantage de dignité qu'en favorisant des conduites et des pratiques inconsidérées. C'est la question du sens de l'amour et de la fidélité qui se trouve posée. Il ne s'agit pas de propos régressifs comme certains ont voulu le dire, mais bien au contraire d'inviter à une réflexion qui est d'abord humaine avant d'être confessionnelle. Il y a une autre façon d'orienter la prévention qui est plus structurante que de s'en tenir uniquement au préservatif qui incite à continuer des pratiques problématiques. N'est-ce pas une façon d'entretenir la confusion de laquelle Benoît XVI nous invite à sortir. Car je le répète, avoir comme seul horizon des moyens « prophylactiques » pour lutter contre le sida est insuffisant si cette lutte n'est pas accompagnée d'une réflexion psychologique, sociale et morale. La politique de santé publique aurait à y gagner en humanité et en efficacité.
Zenit : L'Afrique semble moins touchée par cette polémique que la France ?
Mgr T. Anatrella : L'accueil fait au Pape par les africains est extraordinaire. Les foules sont nombreuses et très joyeuses. Les discours de Benoît XVI sont d'une grande qualité et tracent des voies d'espérance pour ce continent. Malheureusement, l'obsession des médias pour le préservatif obture l'importance de ces discours. Faut-il y voir une forme de paresse intellectuelle et d'obscurcissement de la conscience, et d'une vision étroite et partiale des choses ?
Il est vrai que les premiers concernés par les propos du Pape savent les entendre et les recevoir à quelques exceptions près. D'ailleurs de nombreux pays africains organisent la prévention contre le sida autour de trois principes : « abstinence, fidélité ou préservatif » et cela provoque des effets positifs. Les occidentaux sont incapables de comprendre cette démarche. Nous recevons d'ailleurs de nombreuses réactions venues d'Afrique qui en ont assez de se voir imposer les modèles sexuels des sociétés occidentales, qui pour soutenir ces modèles sexuels, sont évidemment accompagnés de moyens de protection. Il s'agit d'un nouveau colonialisme comportemental qui bouleverse les sociétés africaines. Certains se révoltent de voir se développer un « vagabondage » inconnu jusque-là en Afrique où le sens de la fidélité et de la famille est respecté et honoré. Certains occidentaux perdent le sens de cette dignité.
Il y a un décalage entre l'Afrique et les pays occidentaux concernant la sexualité. Je dois me rendre prochainement en Afrique et je mesure, en préparant mes conférences, combien ce continent a beaucoup de choses à nous apprendre là où nos modèles occidentaux du sexe recherché pour lui-même, véhiculés par les médias, brouillent le sens de la sexualité humaine.
Zenit : Comment voyez-vous le rôle des médias et les prises de position de décideurs politiques et sociaux ?
Mgr T. Anatrella : Nous assistons à une sorte de lynchage médiatique où la mauvaise foi se mêle au procès d'intention et à la surinterprétation. Tout et n'importe quoi s'exprime contre le Saint-Père, le plus souvent sans tenir compte de ce qu'il dit vraiment. Ce n'est pas le Pape qui est un problème. En revanche, les médias et les réactions de certains décideurs politiques et des prescripteurs sociaux posent un sérieux problème. L'unanimité en la matière est pour le moins suspecte. Le Pape sème le trouble à juste raison ! Les médias pourraient parler avec un minimum de rigueur en cherchant à davantage à expliquer afin que les propos du Saint-Père soient au moins restitués en vérité. Comme à l'habitude, une phrase citée hors contexte déclenche une série de réactions totalement irrationnelles. Comment voulez-vous que des personnes qui n'ont comme écho que ce que rapportent les médias puissent réagir avec sérénité ? Mais je pense qu'en réalité on ne souhaite pas entendre un autre discours que celui du préservatif ! Certains tentent de porter un autre message mais les réactions des journalistes sont toujours les mêmes : « C'est trop compliqué ! ». Effectivement le sens de la vie et de l'amour est complexe, mais il est pourtant nécessaire de prendre le temps pour l'expliquer. Ce temps n'est apparemment pas celui des médias. Je viens d'en faire l'expérience : pour la radio, la télévision et la presse écrite, le temps qui nous est accordé pour répondre est extrêmement limité alors qu'ils consacrent un espace très large à toutes sortes de détracteurs. Il y a notamment les professionnels de la contestation parmi une faible minorité de catholiques extrémistes qui sont édifiés en experts et ne parlent que d'eux-mêmes en faisant de la surinterprétation idéologique, bien loin de la pensée chrétienne. Des responsables politiques se présentant comme catholiques, cherchent à se démarquer de l'Église en adoptant des idées qui ne sont pas en cohérence avec son enseignement, et affirment s'y opposer au nom de leur foi comme s'ils prenaient leur foi personnelle pour un magistère. Nous sommes soumis à un conformisme dominant qui nous éloigne du bon sens et des simples normes d'humanité si nécessaire en matière de sexualité.
Zenit : Que fait l'Eglise contre le sida et pour les soins des malades ?
Mgr T. Anatrella : Dans ses réflexions sur la prévention contre le sida, Benoît XVI a d'abord voulu souligner l'engagement de l'Église dans l'accueil, les soins médicaux et l'accompagnement social et spirituel des personnes touchées par le Sida. Parmi les institutions dans le monde qui s'occupent des personnes ainsi atteintes, l'Église est le plus important prestataire privé de soins aux malades du sida, elle arrive en seconde position après les états : 44% sont des institutions d'État, 26,70% sont des institutions catholiques, 18,30% sont des ONG et 11% d'autres religions. (Cf. Conseil Pontifical pour la Santé).
L'Église est également engagée dans la prévention contre la transmission du virus HIV par l'intermédiaire de ses réseaux d'écoles, de mouvements de jeunesse et d'associations familiales.
Le Saint-Siège a créé en 2004, sous l'impulsion du Pape Jean-Paul II, la Fondation du Bon Samaritain afin de financer des projets de soins et d'éducation en direction des personnes concernées et de la prévention. C'est dire combien l'Église est active dans ces domaines et connaît bien les enjeux de cette pandémie. Elle a la compétence en la matière et développe une réflexion autour de l'éducation au sens de la responsabilité. Une exigence humaine accessible à toutes les consciences indépendamment d'un point de vue confessionnel. C'est dans ce sens que le Pape Benoît XVI vient d'affirmer que « l'on ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution des préservatifs. Au contraire leur utilisation aggrave le problème ». Il a souligné que la solution passe par « un réveil humain et spirituel » et « l'amitié pour les souffrants ».
Zenit : Comment analysez-vous ces réactions ?
Mgr T. Anatrella : Ces réflexions étonnent de nombreux commentateurs qui soutiennent une vision sanitaire de la sexualité humaine. La question qui est pourtant posée à la conscience humaine devant la constante transmission du virus HIV est de savoir quel sens avons-nous de la sexualité, quel modèle sommes-nous en train de construire avec une prévention uniquement centrée sur le préservatif, quelle éducation sur le sens de la relation voulons-nous donner aux jeunes générations ? Au lieu de se fier à un moyen technique qui évacue de nombreuses questions, n'est-il pas décisif de réfléchir sur des comportements qui participent à la transmission de ce virus et de bien d'autres en matière sexuelle ?
A entendre les réactions de l'univers médiatico-politique comment ne pas voir une fracture culturelle importante : on sait plus penser la sexualité que du point de vue sanitaire. Il est pour le moins simpliste et ridicule de laisser entendre que le discours du Pape serait responsable de la pandémie en Afrique. D'un côté on affirme que les gens ne tiennent pas compte des principes moraux de l'Église en matière de sexualité et de l'autre on soutient que son discours faciliterait la transmission du virus. Nous sommes en train d'inverser les rôles et de déplacer les responsabilités selon la modalité du bouc-émissaire. Sans vouloir le reconnaître, il y a un type de prévention qui est incitative de pratiques contre lesquelles on veut lutter et c'est l'inverse qui se produit comme à une époque on voulait « soigner la drogue avec de la drogue ». Nous en sommes revenus après que cette forme de prévention nous a fait perdre du temps pendant près de quarante ans !
Nous sommes dans une sorte d'incapacité à tout simplement comprendre ce que dit le Pape : « Réfléchissons aux comportements sexuels qui transmettent le virus HIV et engageons des mesures d'éducation au sens de la responsabilité ». Cela ne veut pas dire que le discours sanitaire et les « moyens prophylactiques » sont exclus, mais dans une perspective éducative nous ne pouvons pas nous limiter à ses seuls moyens. Cela montre bien à quel autisme se trouvent réduits certains. Où est le bon sens ? Il est étonnant que l'on reproche au Pape de nous faire part de ses réflexions à la suite d'une question posée par un journaliste. L'impuissance à réfléchir les comportements et les modèles sexuels contemporains valorisants les pulsions partielles, les pratiques morcelées et les orientations sexuelles finit par murer dans des clichés. Nous avons ainsi entendu sous forme d'affirmation péremptoire, comme savent le faire des adolescents, «ce qui m'intéresse ce sont les hommes et pas les dogmes ». Avec une telle formule ne somme-nous pas dans le degré zéro de la culture ? Des responsables politiques réduisent le champ de la réflexion à un soliloque puisque le Pape ne parle pas ici de dogmes mais jette un regard réaliste d'adulte sur une vision quasi immature et enfantine de la sexualité humaine. Quel aveuglement, quel obscurantisme, quelle vision idéologique du préservatif pour ne pas voir quelles sont les pratiques qui sont à l'origine de la transmission virale. La maladie provoquée par ce virus est tragique et il nous revient de tout mettre en œuvre pour l'éviter et soigner dignement les malades et notamment en Afrique par la gratuité des soins et des médicaments comme le suggère le Pape. Mais en même temps, il y a une sorte d'enfermement dans un type de sexualité depuis près de quarante ans qui pose de sérieux problèmes. Le refus de la réflexion montre bien quelle angoisse on cherche à éviter sans la traiter à travers des conduites problématiques. On oublie également, que l'on meurt davantage d'autres maladies que du sida et pourtant on ne parle que de lui. Comme si c'était une façon de vouloir maintenir des modèles comportementaux sous le biais de la compassion pour ne pas à les interroger et les remettre en question. Une culture, c'est aussi une façon de signifier la sexualité et l'expression sexuelle qui reste une modalité de la relation humaine entre un homme et une femme, et non pas seulement un exutoire des angoisses primaires et des pulsions partielles comme pour se libérer d'un sentiment de castration alors que l'on ne fait que de la renforcer.
La pandémie du sida nous interroge une fois de plus sur les comportements sexuels. Elle nous incite à changer de comportement plutôt que de changer de pratiques techniques. En effet devons-nous nous limiter uniquement à une vision pulsionnelle et technique de la sexualité qui en favorise sa déshumanisation ou bien rechercher les conditions épanouissantes de son exercice dans la perspective d'une rencontre qui vient enrichir la relation engagée entre un homme et une femme ? Dans l'acte sexuel l'homme et la femme s'accueillent et se donnent. Grâce à l'amour sexuel, ils se rejoignent dans la jouissance pour être ensemble et se donner vie. Si l'acte sexuel n'engage pas la relation et répond simplement à une excitation, il demeure un acte hygiénique et, dans ces conditions, le préservatif apparaît comme une protection sanitaire mais aussi une protection relationnelle. En revanche, si l'expression sexuelle est vécue comme un engagement entre l'homme et la femme alors l'abstinence et la fidélité s'imposent. Mais depuis quelques années nous fabriquons un modèle sexuel assez surréaliste qui produit le sexe-préservatif. Est-ce à cet objet sanitaire de définir la sexualité et de l'humaniser ? D'ailleurs lors de campagnes de prévention, ne voit-on pas sur les murs de Paris des affiches avec le slogan : « Paris aime » ... suivi de l'image d'un préservatif en forme de lever de soleil. Il serait plus sain d'apprendre à découvrir ce qu'est l'amour entre un homme et une femme plutôt que de déplacer le sens de l'amour sur un condom. Un message qui prête à confusion et, une fois de plus, à l'inversion des sens et des choses.
Zenit : L'Église parle d'amour ?
Mgr T. Anatrella : Oui, mais pas d'une façon émotionnelle où tout et n'importe quoi peut se dire et se faire en son nom. Encore faut-il savoir ce qu'est l'amour et dans quelles conditions il est possible de le vivre. L'amour est indissociable de la vérité. Toutes les relations affectives et toutes les expressions sexuelles ne sont pas synonymes d'amour.
Le discours de Benoît XVI sur la sexualité humaine s'inscrit dans la continuité du sens de l'amour révélé par le Christ. Il est ainsi dans la cohérence des orientations de l'Évangile, développées dans la Tradition de l'Eglise, sur le sens de l'amour qui ont d'ailleurs influencé notre société au cours de l'histoire.
L'Amour de Dieu est souvent mal compris. Il est entendu comme le fait de recevoir des gratifications affectives en toutes circonstances. Cette vision simpliste, et parfois infantile, ne correspond pas au message chrétien. Dieu est Amour au sens où il donne un amour à partir duquel la vie est possible. Aimer de l'Amour de Dieu c'est chercher à faire vivre l'autre et les autres.
L'homme est appelé à l'amour par Dieu. Cette conception de l'homme est, dans notre civilisation, à l'origine du sens de la personne, qui a sa propre valeur, de son intériorité, de sa conscience, de son autonomie, de sa liberté et de sa responsabilité. C'est pourquoi l'Évangile du Christ s'adresse à sa conscience afin de chercher la vérité et évaluer le sens et la conséquence de ses actes sur lui-même, sur les autres et sur la société. La personne s'engagera dans cette réflexion morale par rapport à des valeurs objectives qui ne dépendent pas d'abord de sa subjectivité ou de ses désirs du moment mais des références transcendantes de l'amour.
L'Église ne cesse de rappeler la dignité de la personne humaine et la signification de l'amour. Elle affirme qu'il n'y a de remède ultime au sida que grâce à un comportement digne de l'homme, c'est-à-dire capable de respect, de fidélité et de maîtrise de soi qui sont les conditions même de l'amour. Cette perspective n'exclue nullement un discours sanitaire et le recours dans certaines situations au préservatif afin de ne pas mettre la vie en danger. Le discours sanitaire (et le préservatif) peut être nécessaire mais restent largement insuffisant quand il s'arrête à des mesures purement techniques. En langage moral, le préservatif reste une question de casuistique, comme l'évoquait déjà le cardinal Ratzinger en 1989 que je cite dans mon livre : L'amour et l'Eglise, Champ-Flammarion,
« L'erreur de base est de centrer le problème du Sida sur celui de l'usage du préservatif. Certes, les deux se rejoignent à un certain point, mais là n'est pas le vrai problème. Se polariser sur le préservatif comme moyen de prévention, c'est mettre au second plan toutes les réalités et tous les éléments humains qui entourent le malade, et qui doivent demeurer présents dans notre réflexion. La question du préservatif est marginale, je dirais casuistique. [...] Il me semble que le problème fondamental est de trouver le juste langage en la matière. Pour ma part, je n'aime pas l'expression de "moindre mal". Malgré tout, pour l'instant, la question n'est pas de trancher entre telle ou telle position, mais de chercher ensemble l'avis le meilleur pour définir et comprendre aussi l'action possible. [...] C'est le signe d'une réflexion qui n'est pas figée. [...] Ce qui est clair pour ma part, c'est la nécessité d'une sexualité personnalisée, que je considère être la meilleure et l'unique prévention véritable. Il faut en tenir compte non seulement du point de vue de la théologie, mais aussi du point de vue des sciences ».[1]
Il existe deux attitudes pour éviter le sida : la fidélité et l'abstinence et un moyen technique : le préservatif. Si les deux attitudes ne peuvent pas être vécues, alors il est préférable d'avoir recours à des moyens de protection pour ne pas répandre la mort. La priorité reste toujours la formation au sens de la responsabilité.
Le Cardinal Lustiger avait bien situé les enjeux dans cette perspective en déclarant aux journalistes de l'Express[2] : » Il faut aider la nouvelle génération : elle désire découvrir la dignité de l'amour. La fidélité est possible. Tout véritable amour doit apprendre la chasteté. Des malades du sida sont appelés, comme chacun de nous, à vivre la chasteté non dans la frustration, mais dans la liberté. Ceux qui n'y parviennent pas doivent, en utilisant d'autres moyens, éviter le pire : ne donnez pas la mort. » Le journaliste de reprendre : « Un pis-aller, le préservatif ? » « Un moyen de ne pas ajouter au mal un autre mal... »
Autrement dit, au nom de l'amour tout n'est pas possible encore faut-il que les actes soient en cohérence avec lui.
Zenit : « L'Eglise est experte en humanité », selon la formule de Paul VI à l'ONU, et également éducatrice des consciences en appelant chacun au sens de sa conscience, de sa liberté à ne pas aliéner et au sens d'une relation authentique à l'autre. Comment tout ceci peut-il se traduire face au fléau du sida ?
Mgr T. Anatrella : Pour l'Eglise, « la sexualité doit être orientée, élevée et intégrée par l'amour qui, seul, la rend humaine »[3]. Même si la personne n'est pas située dans cette perspective, elle est invitée à assumer son existence là où elle en est de sa conscience d'elle-même par rapport aux réalités et aux exigences morales. Autrement dit, l'amour est une perspective et un ordre relationnel à partir de duquel il convient d'évaluer la nature, la qualité et la vérité de sa relation et de son engagement vis-à-vis d'autrui. Ensuite, face à cette exigence, c'est à chacun de prendre ses responsabilités en usant de la vertu de la prudence, celle qui calcule et tient compte de tous les risques de la vie. Le préservatif, au-delà de son aspect sanitaire, lorsqu'il vient simplement justifier le multipartenariat, devient au regard du sens de l'amour humain le signe de l'inauthenticité de la relation et donc moralement illicite. Une telle conduite feint l'amour, elle n'en relève pas. Autrement dit, il ne suffit pour éviter des accidents de la route de mettre sa ceinture de sécurité, encore faut-il savoir respecter le code de la route.
Benoît XVI assume sa fonction et reste dans son domaine spirituel et moral lorsqu'il réaffirme les principes humains au sujet de la sexualité qui nous concernent tous. Le sida devrait-il en changer la signification ?
Les relations entre les êtres humains engagent plus que nous ne le croyons. L'expression de l'amour sexuel n'est pas banale. Un homme et une femme n'ont pas trop de toute leur vie pour s'aimer. La multiplication des partenaires sans discernement est un malheur complet pour la dignité humaine.
La sexualité humaine ne peut pas s'élaborer psychologiquement et se signifier moralement en fonction d'une maladie, à moins que l'on veuille profiter d'une telle situation pour justifier et édifier des tendances problématiques comme modèles sexuels. Ce n'est pas à partir du sida qu'on définit la sexualité humaine, mais à partir du sens de l'amour, de l'amour qui est un engagement entre un homme et une femme dans une relation et dans la responsabilité. L'Église témoigne d'un amour de vie, d'un amour prophétique.
Mgr Anatrella a publié : « L'amour et le préservatif », Paris, Flammarion en 1995. Un livre qui reste d'actualité et qui a été réédité sous le titre : « L'amour et l'Eglise », Paris, Champ-Flammarion.
Son dernier ouvrage paru : « La tentation de Capoue », - anthropologie du mariage et de la filiation - Paris, Cujas. Un livre qui s'interroge sur les modifications en cours où l'on voudrait ouvrir le mariage et la filiation de façon déguisée à des partenariats unisexués. Un ouvrage de référence en la matière.
Propos recueillis par Anita S. Bourdin
[1] Propos recueillis par G. Mattia, La Croix du 22 novembre 1989.
[2] L'Express du 9 décembre 1988, p. 75, propos recueillis par Guillaume Maurie et Jean-Sebastien Stehli.
[3] Orientations éducatives sur l'amour humain § n°6

lundi 23 mars 2009

Un jeu sur le sida

Un jeu sur le sida

COMITE URGENCE PAPE - SIDA
Ce que le Pape a vraiment dit
Le Pape et le Sida - Petit exercice pratique
Simples fidèles catholiques, nous prenons l’initiative d’agir dans l’urgence faire entendre une parole de raison au cœur de la tourmente médiatique. Puisqu’il est dit que la parole du pape est incompréhensible, voici un exercice pédagogique et non polémique qui permet de mieux la comprendre.

ETAPE 1 : LISEZ CETTE PHRASE
1 Ce qu’on a uniquement retenu
“ (...) on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire,
cela risque d’augmenter le problème.

ETAPE 2 : LISEZ CE TEXTE
Ce que le
pape a dit Benoît XVI : Je pense que l’entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre sida est justement l’Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses réalités diverses. Je pense à communauté de Sant’Egidio qui fait tellement, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte le sida, je pense aux Camilliens, à toutes les sœurs qui sont au service des malades... Je dirais que ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. S’il n’y a pas si les Africains ne s’aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème. On ne peut trouver la solution que dans le Pape double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l’un envers l’autre, et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels. Ce sont ces facteurs qui aident et qui portent des progrès visibles. Autrement dit, notre double effort pour renouveler l’homme intérieurement, donner une force spirituelle et humaine pour un comportement juste à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre, et notre capacité à souffrir, à rester présent dans les situations d’épreuve avec les malades. Il me semble que c’est la réponse juste, l’Eglise agit ainsi et offre par là même une contribution me semble très grande et très importante. Remercions tous ceux qui le font.
Source : salle de presse du Saint-Siège (traduction La Croix)

ETAPE 3 : REPONDEZ A 2 QUESTIONS
Posez-vous 1. Recevez-vous les propos du pape exactement de la même manière après la deux questions et après la 2ème étape?
2. Qu’arrive-t-il lorsqu’on isole un morceau de phrase d’un propos global ?

ETAPE 4 : QUESTION FINALE
Sachant que :
- L’Église catholique connaît la réalité du Sida sur le terrain (25% des structures s’occupant des sidéens sont catholiques).
- Le pape est un homme de très haut niveau intellectuel et spirituel qui connaît très bien à la fois la pâte humaine et la question du Sida.
Répondez à la question suivante :
Finalement, les propos du pape ne méritent-ils pas qu’on leur accorde un minimum de considération et de réflexion ?
Comité Urgence Pape-Sida - Contact presse : Guillaume de Prémare - 06 74 40 61 04

dimanche 22 mars 2009

Suivre Jésus

Suivre Jésus

« Or, comme la foule se pressait vers lui pour entendre la parole de Dieu, et qu'il se tenait sur le bord du lac de Génésareth, il vit deux barques qui stationnaient sur le bord; les pêcheurs étaient descendus et lavaient les filets. Il monta dans une des barques, qui était à Simon, et le pria de s'éloigner un peu de terre; et s'étant assis, de la barque il enseignait les foules » (Luc 5, 1-3). Jésus monte dans la barque de Pierre, d'où il enseigne la foule massée sur les bords d'une crique herbeuse qui renvoie parfaitement l'écho de ses paroles. C'est le souci permanent de Jésus : annoncer la Bonne Nouvelle partout. « Il faut que j'annonce aussi aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu, (lire la suite) car j'ai été envoyé pour cela » (Luc 4, 41). Mais sa mission n'a qu'un temps, bien qu'elle doive se poursuivre tant qu'il y aura des hommes sur terre. C'est pourquoi Jésus va instituer un groupe d'hommes auxquels il donnera le pouvoir de parler et d'agir en son nom.
Il a commencé par demander à Pierre de lui prêter sa barque et, une fois qu'il a fini de parler, il l'invite à aller en eau profonde et à lâcher les filets (cf. Luc 5, 4). Le moment de la journée n'est guère propice pour pêcher. En outre, comme Pierre le lui répond, « Maître, toute la nuit nous avons peiné sans rien prendre ; mais, sur votre parole, je jetterai les filets » (Luc 5, 5). Et voilà qu'ils ramènent dans leurs filets une quantité impressionnante de poissons comme jamais, au point qu'ils en remplissent deux barques à ras bord. C'est tout juste si elles ne coulent pas sous le poids. Alors « Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant : « Éloignez-vous de moi, parce que je suis un pécheur, Seigneur ! » (Luc 5, 8). La réponse de Jésus lui ouvre des perspectives nouvelles : « Ne crains point ; désormais ce sont des hommes que tu prendras » (Luc 5, 10).
Il a lui a demandé sa pauvre barque. Il lui demande maintenant sa vie, tout ce qu'il est. Il l'invite à le suivre, à travailler avec lui désormais dans une pêche nouvelle, la conquête des âmes pour le royaume de Dieu. Et Pierre, et ses compagnons, relictis omnibus, « laissant tout, ils le suivirent » (Luc 5, 11).
Jésus a le droit de nous demander tout, parce qu'il est « le Maître et le Seigneur » (Jean 13, 13) ; parce que c'est lui qui, dans sa bienveillance, produit en nous « le vouloir et le faire » (Philippiens 2, 13) ; parce que « nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour faire de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions » (Éphésiens 2, 10). Ne craignions pas, n'ayons pas peur : « Tu verras de plus grandes choses que celle-là » (Jean 1, 50). En suivant le Christ, nous verrons Dieu un jour.

samedi 21 mars 2009

Liturgie et chant



Liturgie et chant

L’antiquité chrétienne n’a eu qu’à suivre les conseils de l’apôtre Paul faisant suite à la tradition biblique, pour faire du chant un mode normal d’expression de la prière liturgique : « Chantez à Dieu de tout votre cœur avec reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés » (Colossiens 3, 16) ; « Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur » (Éphésiens 5, 1) ; dans l’Église de Corinthe, toujours au témoignage de saint Paul, se produisaient peut-être même des improvisations charismatiques (1 Corinthiens 14, 26) ; de plus, les épîtres nous livrent de précieux restes de chants liturgiques de la première communauté. Le chant apparaît là comme signe de joie, particulièrement adapté au sentiment de l’action de grâces, ce que suggère de son côté Jacques 5, 13 : « Quelqu’un est-il joyeux ? qu’il entonne un cantique. » Et dans le même sens, l’Église du Ciel, selon l’Apocalypse, exprime par le chant sa reconnaissance pour la rédemption et sa louange envers le Seigneur (Apocalypse 4, 8.11 ; 5, 9-10 ; 14, 3 ; 15, 3-4 ; 19, 1-8 ; etc.). Le chant est aussi considéré comme un moyen de manifester l’unanimité des sentiments, parce qu’il provoque, par son rythme et sa mélodie, une telle fusion des voix qu’il semblerait qu’il n’y en ait qu’une. […] Les Pères soulignent également que le chant donne aux paroles une plus grande force et intelligibilité, permettant, par conséquent d’y apporter une adhésion plus intense et de les méditer. Enfin la musique, soit vocale soit instrumentale, peut créer un cadre de fête ; donner à certaines manifestations l’éclat du triomphe, et c’est de cette façon qu’elle intervenait dans les grands moments de la liturgie d’Israël.

A. G. Martimort, dans A. G. Martimort, L’Église en prière. Introduction à la Liturgie. I. Principes de la Liturgie, Desclée, édition nouvelle 1984, p. 151-152.

vendredi 20 mars 2009

Arrêts sur christianisme (33)

Arrêts sur christianisme (33)


- Que préchez-vous donc pour attirer de telles foules ? lui demanda le Pape.
- Une seule chose : la charité, la miséricorde, la royauté du Cœur de Jésus.
- Ah ! Je m'explique tout, déclara vivement Benoît XV. Quand les prêtres prêchent cet amour, ils ont une vraie toute-puissance à boueverser le monde.
- Quelle réponse donnez-vous, demanda encore le Pape, à ceux qui se plaignent d'être submergés par les œuvres existantes ?
- Ceci, très Saint-Père : je ne vous apporte pas une lampe de plus, à vous qui en avec douze ou vingt-quatre. Mais je vous apporte de l'huile pour toutes les lampes que vous possédez déjà.

Marcel Bocquet, Père Mateo apôtre mondial du Sacré-Cœur, Paris, Pierre Téqui éditeur, éd. de 2007, p. 133.

jeudi 19 mars 2009

Sanctification et travail : l'exemple de saint Paul

Sanctification et travail : l'exemple de saint Paul

Saint Josémaria aimait considérer la vie de saint Paul, dans laquelle il trouvait, entre autres, un modèle de la sanctification du travail dans la triple dimension qu'il lui découvrait : sanctifier son travail, se sanctifier par son travail et sanctifier les autres et le monde grâce à son travail.
Voici l'exemple de saint Paul, fabriquant de tentes, qui se vante souvent de ne pas être à charge des communautés chrétiennes par lui fondées : « Nous peinons en travaillant de nos propres mains » (1 Corinthiens 4, 12) ; « c'est en travaillant nuit et jour pour n'être à charge à aucun de vous, que nous vous avons prêché l'Évangile de Dieu » (1 Thessaloniciens 2, 9) ; (lire la suite) « nous n'avons mangé gratuitement le pain de personne ; au conraire, nuit et jour au labeur et à la peine, nous avons travaillé pour n'être à charge à aucun de vous » (2 Thessaloniciens 3, 8).
« Ce métier offrait bien des avantages. D'une part il permettait à Paul de louer ses bras et son savoir faire dans les villes où il passait. D'autre part, et c'est le but recherché, il permettait à l'apôtre de s'entretenir avec les personnes qui fréquentaient son atelier. Les archéologues ont mis à jour, à Corinthe, une série de boutiques tout autour du forum. Elles sont de dimension restreinte et donnent une idée de la vie artisanale qui y régnait. Paul, à l'instar de tous les autres artisans du forum, pouvait à la fois vaquer à son travail et, tout en fabriquant ses tentes, partager les joies et les peines de ceux qui fréquentaient sa boutique. Il pouvait aussi, de manière simple et adaptée, partager la bonne nouvelle avec ceux qui en avaient le plus besoin et dont le cœur était prêt à l'accueillir » (Jean-Michel Poffet, Paul de Tarse, Paris, Nouvelle Cité - Prier Témoigner, coll. Regard, 1998, p. 80-81).

mercredi 18 mars 2009

Jésus a tout bien fait

Jésus a tout bien fait

Parmi les nombreux éloges de Jésus que prononcèrent ceux qui furent les témoins de sa vie, je vous demande d’en retenir un qui, d’une certaine manière, les comprend tous. Je veux parler de l’exclamation, empreinte d’accents d’étonnement et d’enthousiasme, que la multitude reprenait spontanément lorsqu’elle assistait, ébahie, à ses miracles : bene omnia fecit. Il a fait toutes choses admirablement bien, aussi bien les grands prodiges que les menus détails de la vie quotidienne qui n’ont ébloui personne, mais que le Christ a réalisés avec la plénitude de celui qui est perfectus Deus, perfectus homo, Dieu parfait et homme parfait. (lire la suite)
C’est de la vie tout entière du Seigneur que je suis épris. J’ai en outre une faiblesse toute particulière pour ses trente ans de vie cachée à Bethléem, en Égypte et à Nazareth. Cette période, cette longue période, dont il est à peine question dans l’Évangile, semble dépourvue de signification particulière pour ceux qui l’envisagent de façon superficielle. Pourtant, j’ai toujours soutenu que ce silence sur la biographie du Maître est très éloquent, et qu’il renferme de merveilleux enseignements pour les chrétiens. Ce furent des années intenses de travail et de prière ; Jésus-Christ menait une existence ordinaire — semblable à la nôtre, si l’on veut — tout à la fois divine et humaine. Il accomplissait tout à la perfection, aussi bien dans l’atelier modeste et ignoré de l’artisan que, plus tard, en présence des foules.

Saint Josémaria, Amis de Dieu, n ° 56.

mardi 17 mars 2009

Jésus, la Samaritaine et l'eau vive

Jésus, la Samaritaine et l'eau vive

À Jésus qui lui dit : « Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; bien plus, l'eau que je lui donnerai, deviendra en lui une source jaillissant pour la vie éternelle », la Samaritaine demande : « Seigneur, donne-moi de cette eau-là ! » (Jean 4, 14-15).
Voici un commentaire que saint Colomban fait de cette scène évangélique : « Ô Seigneur, tu es, toi, cette source qui est toujours et toujours à désirer, et à laquelle il nous est toujours permis et toujours nécessaire de puiser. Donne-nous (lire la suite) toujours, Seigneur Jésus, cette eau, pour qu’en nous aussi elle devienne source « d’eau qui jaillit pour la vie éternelle » (Jn 4, 14). C’est vrai : je te demande beaucoup, qui le nierait ? Mais toi, Roi de gloire, tu sais donner de grandes choses, et tu les as promises. Rien de plus grand que toi, et c’est toi-même que tu nous donnes, c’est toi qui t’es donné pour nous. […]
Tu es notre tout : notre vie, notre lumière et notre salut, notre nourriture et notre boisson, notre Dieu. Inspire nos cœurs, je t’en prie, ô notre Jésus, par le souffle de ton Esprit, blesse nos âmes de ton amour, afin que chacun de nous puisse dire en vérité : « Montre-moi celui que mon cœur aime », car j’ai été blessé de ton amour.
Je souhaite que ces blessures soient en moi, Seigneur. Heureuse l’âme que l’amour blesse de la sorte : celle qui recherche la source, celle qui boit et qui pourtant ne cesse d’avoir toujours soif tout en buvant, ni de toujours puiser par son désir, ni de toujours boire dans sa soif. C’est ainsi que toujours elle cherche en aimant, car elle trouve la guérison dans sa blessure. De cette blessure salutaire, que Jésus-Christ, notre Dieu et notre Seigneur, bon médecin de notre salut, veuille nous blesser jusqu’au fond de l’âme. À lui, au Père et à l’Esprit Saint, appartient l’unité pour les siècles des siècles. Amen. »

Saint Colomban, Instructio 13, De Christo fonte vitæ 3.

lundi 16 mars 2009

Saint Paul et la vraie liberté

Saint Paul et la vraie liberté

Saint Paul écrit aux Galates (5, 1-4) : « C'est pour vous que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et n'allez pas vous remettre sous le joug de l'esclavage. Voici que moi, Paul, je vous le dis : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. Je l'atteste une fois de plus pour quiconque se fait circoncire : il est tenu d'accomplir la Loi en entier. Vous avez rompu avec le Christ, vous qui demandez la justification à la Loi : vous avez été déchus de la grâce. »
Voici une explication de ces paroles : (lire la suite) « Ce langage est étonnant pour l'ancien Pharisien. Comment peut-il mettre sur le même plan les usages de la piété juive et les gestes de la religiosité païenne ? Ils ont en fait une chose en commun : c'est de soumettre l'homme à ces pratiques. Or pour Paul, depuis sa rencontre avec le Christ, il ne s'agit plus de soumission. Le croyant n'est plus un homme contraint, obligé de l'extérieur à une obéissance. Il est dorénavant porté à la rencontre du Sauveur. Dire en effet que la Loi ne sauve pas, pas plus que tous les usages qu'elle avait fini par recommander aux croyants pour épauler leur fidélité, ne signifie pas pour Paul une simple et facile passivité devant Dieu, voire une complicité avec le péché : « Finalement peu importe, la foi sauve... » Cette liberté-là serait en fait du libertinage. En envoyant son propre Fils ramener notre nature humaine du vagabondage à une existence filiale et obéissante au Père, Dieu inaugure un nouveau régime : celui de l'Esprit. La justice continue d'être exigée de la part de l'homme : c'est-à-dire une existence obéissante, conforme à la sainteté pour laquelle nous avons été créés. Mais ce qui était impossible à l'homme, voilà que l'Esprit du Christ va le rendre possible en Lui. Après avoir tellement dit que le régime de la Loi était périmé, que l'homme était dorénavant sous la grâce, Paul ne craint pas de reprendre ce terme de Loi en l'associant à celui d'Esprit ; il risque cette formule contradictoire ; la Loi de l'Esprit ! Là où l'homme ne voyait qu'obligation impossible à remplir, que commande-ments irritant la liberté et l'orgueil de l'homme, voilà que se profilent la vie et la liberté. (...) Paul est tellement saisi par cette expérience d'amour et de liberté dans le Christ qu'il prend d'autres risques avec le vocabulaire. Il ose non seulement évoquer l'esclavage du péché mais surtout dépeindre l'existence chrétienne comme celle de quelqu'un qui, autrefois esclave du péché, est devenu esclave de la justice, esclave de Dieu (Rm 6, 18.22) ! »

Jean-Michel Poffet, Paul de Tarse, Paris, Nouvelle Cité - Prier Témoigner, coll. Regard, 1998, p. 50-52.

dimanche 15 mars 2009

Ne pas juger les autres

Ne pas juger les autres

C’est une erreur qui me juge moi-même, une erreur par laquelle je me condamne moi-même. Car ce jugement que je porte, durement, sur un être dont j’ignore l’histoire secrète, les difficultés intérieures, le poids des atavismes qu’il a à assumer, les luttes qu’il a eu à mener, ce jugement par lequel je solidifie, j’immobilise, je fixe, je pétrifie, ce qui est encore en régime de création inachevée, finalement il atteste la dureté de mon cœur, et mon inintelligence de ce qu’est la création, ici, la création de l’homme, mon manque de tendresse et de compassion pour cette humanité inachevée, embryonnaire, tâtonnante, qui apprend maladroitement à exister. En jugeant, je suis comme le mauvais jardinier qui coupe les fleurs fatiguées au lieu de s’efforcer de les ranimer, ou le mauvais pédagogue qui condamne l’enfant malhabile au lieu de l’aider à se développer. C’est pourquoi le rabbi Ieschoua disait : « La mesure dont vous vous serez servi pour juger, par elle vous serez jugés. »

Claude Tresmontant, L’Enseignement de Ieschoua de Nazareth, Paris, Seuil, 1970, p. 162-163.

samedi 14 mars 2009

La vraie sainteté

La vraie sainteté

Ce n'est pas en récitant de nombreuses prières, en faisant des neuvaines, en allumant des cierges ou en mangeant du poisson le vendredi que nous répondrons à l'appel du Christ, ni même en assistant à la messe ou en accomplissant certains actes d'abnégation. Toutes ces pratiques sont excellentes dans le contexte de la vie chrétienne ; mais, isolées, elles sont dénuées de tout sens religieux ; ce sont des gestes vides.
C'est en portant notre croix que nous répondons au Christ, c'est-à-dire en assumant la responsabilité de chercher et de faire, en tout, la volonté du Père. Voilà ce qui a été esssentiel dans la vie du Christ sur laterre, de Sa mort à Sa résurrection. Tout a été fait pour obéir au Père. C'est pourquoi le Christ déclare à chaque chrétien :
« Ce n'est pas en me disant : Seigneur, Seigneur » qu'on entrera dans le Royaume des Cieux, mais en faisant la volonté de mon Père qui est dans les Cieux » (Mt 7, 21).

Thomas Merton, Vie et sainteté, Paris, Éditions du Seuil, 1966, p. 44-45.

vendredi 13 mars 2009

La vie est une messe (2)

La vie est une messe (2)

Ce culte est, nous dit saint Josémaria, le « prolongement de la messe que tu as entendue ». C'est-à-dire que la participation à la messe n'est pas une activité ponctuelle, qui n'aurait aucune incidence sur notre vie, nos engagements, les relations avec autrui, les prises de décision, etc. Elle nous engage à agir pleinement en enfant de Dieu et nous donne la nourriture sacramentelle largement suffisante, des provisions de route qui permettent de parcourir en forme vingt-quatre heures du chemin de notre vie. (lire la suite)
Ce culte est aussi « préparation de la (messe) suivante », vers laquelle l'être est tendu comme vers le sommet auquel il se dirige. Nous nous préparons à la messe à venir en recueillant tout ce qui arrive, joies et peines, renoncements, petites mortifications, rencontres, nécessités de la famille, personnes dans le besoin, intentions qui nous sont confiées par des amis, soucis de santé, démarches apostoliques, etc., pour le déposer sur la patène lors de la prochaine messe à laquelle nous participerons.
Rien ne reste alors en dehors de la messe. Tout y trouve sa place, sa juste place. Nous ne nous étonnons pas alors de rencontrer la Croix dans nos journées : c'est notre union au Christ qui s'offre pour nous en victime dans l'unique Sacrifice du Calvaire rendu présent à la messe. Mieux encore, pour tirer plus de profit pour nous et pour les autres de notre participation à ce Sacrifice, nous recherchons de petits sacrifices, de petites privations volontaires, que nous déposons aussi sur la patène, à côté de l'hostie.
Centre et sommet. La dimension eucharistique envahit toute notre vie. D'où les visites au Saint-Sacrement, la prière devant le tabernacle chaque fois que nous le pouvons (faire une demi-heure d'oraison mentale devant le tabernacle permet, par exemple, d'obtenir une indulgence plénière aux conditions requises). D'où « l'offrande de ton travail professionnel et de ta vie de famille » et « des oraisons jaculatoires », dont certaines auront cette dimension eucharistique : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et mon âme sera guérie... »

(fin)

jeudi 12 mars 2009

La vie est une messe (1)

La vie est une messe (1)

Le concile Vatican II a déclaré à deux reprises que la messe est le « sommet auquel tend l'action de l'Église et, en même temps, la source d'où découle toute sa vertu » (constitution Sacrosanctum Concilium, n° 10 ; cf. Jean-Paul II, lettre Vicesimus quintus annus, 4 décembre 1988, n° 22). Ce concept important, souvent développé par saint Josémaria, a, évidemment, de nombreuses implications dans la vie chrétienne. L'une d'elles, la plus fondamentale me semble-t-il, est qu'une vie centrée sur l'Eucharistie acquiert une dimension sacrificielle, devient une messe sans cesse renouvelée. Tel est l'objectif que le fondateur de l'Opus Dei proposait à ceux qui recherchent résolument la sainteté. « Un objectif pour ta lutte : (lire la suite) que le saint Sacrifice de l'Autel devienne le centre et la racine de ta vie intérieure; et toute ta journée rendra un culte à Dieu (prolongation de la Messe que tu as entendue, préparation de la suivante) ; et un culte qui se manifestera par des oraisons jaculatoires, par des visites au Saint-Sacrement, par l'offrande de ton travail professionnel et de ta vie de famille » (saint Josémaria, Forge, n° 69).
Le premier aspect est donc de tâcher de faire en sorte que la messe soit le centre et la racine de la vie spirituelle. Elle le sera d'autant plus aisément que le chrétien participera chaque jour à la sainte messe. Cela semble être une conséquence logique de la prise de conscience, par la foi, de ce qui se passe à l'autel : après les paroles de la Consécration prononcées par le prêtre au nom et à la place du Christ (« Ceci est mon Corps livré pour vous » ; « Ceci est mon Sang »), la substance du pain et la substance du vin sont changées dans le Corps et le Sang de notre Seigneur Jésus-Christ qui se trouve alors réellement, véritablement et substantiellement présent.
À partir de cette réalité fabuleuse, divine, il n'y a plus à hésiter. Aucune activité ne peut avoir plus d'importance que la messe, qui prend ainsi l'aspect de sommet de la journée. Toutes nos autres activités se hiérarchisent en fonction de celle-ci qui leur donne tout leur sens, replacé dans le cadre de la Rédemption réalisée par Jésus.
C'est pourquoi « toute la journée rendra un culte à Dieu », étant une offrande continuelle de tout ce que nous faisons unie à l'offrande que le Fils fait de lui-même à son Père et notre Père à l'autel pour le salut du monde. C'est vertigineux ! Nous ne pouvons pas nous limiter à rendre un culte à Dieu de façon épisodique. Mais c'est toute notre journée, chacune de nos journées, l'une après l'autre, qui est vécue dans la louange de Dieu, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

(à suivre...)

mercredi 11 mars 2009

Arret sur christianisme (32)

Arrêt sur christianisme (32)

La réalité de la souffrance fait surgir la question de l'essence du mal : qu'est-ce que le mal ?
Cette question paraît en un sens inséparable du thème de la souffrance. La réponse chrétienne à ce sujet diffère de celle qui est donnée par certaines traditions culturelles et religieuses, pour lesquelles l'existence est un mal dont il faut se libérer. Le christianisme proclame que l'existence est fondamentalement un bien, que ce qui existe est un bien ; il professe la bonté du Créateur et proclame que les créatures sont bonnes. L'homme souffre à cause du mal qui est un certain manque, une limitation ou une altération du bien. L'homme souffre, pourrait-on dire, en raison d'un bien auquel il ne participe pas, dont il est, en un sens, dépossédé ou dont il s'est privé lui-même. Il souffre en particulier quand il « devrait » avoir part — dans l'ordre normal des choses — à ce bien, et qu'il n'y a pas part.
Ainsi donc, dans la conception chrétienne, la réalité de la souffrance s'explique au moyen du mal, qui, d'une certaine façon, se réfère toujours a un bien.

Jean-Paul II, lettre apostolique Salvifici doloris sur la sens chrétien de la souffrance, 11 février 1984, n° 7.

mardi 10 mars 2009

Dieu

Dieu

Dieu s'est révélé comme Celui qui est ou Je suis celui qui est Je suis, exprimé sous le nom ineffable de YHWH (voir Exode 3, 14), manifestant par là qu'il est transcendant, au-delà du monde matériel, donc Deus absconditus, « Dieu caché » à nos yeux. Pour les chrétiens, Dieu est Un et Trine, à la fois Dieu unique, sans division intérieure, et Dieu en trois Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, la Sainte Trinité. Les propriétés de Dieu sont ses attributs. Toutes les qualités se trouvent en Dieu au degré de perfection infinie. Dieu est Vérité, Bien, Beauté, Toute-Puissance, Science, etc. Saint Jean résume ceci en disant que « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 8.16). Jésus parle de Dieu son Père comme du Dieu des vivants, le « Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob » (Marc 12, 26) (les grands patriarches de l'Ancien Testament). La piété populaire parle souvent du Bon Dieu.
Nous ne connaissons de Dieu que ce qu'il a bien voulu en révéler. Au ciel, l'âme le connaîtra tel qu'il est, dans une vision face à face pour l'éternité. L’existence de Dieu peut être connue par la raison, entre autres par les voies de Thomas d’Aquin (1225-1274). Ce que Dieu fait en dehors de lui-même est qualifié d’opérations ad extra, « à l’extérieur » de la Trinité. Dieu gouverne le monde par sa Providence, suivant les « voies de Dieu ».

lundi 9 mars 2009

Dieu a tout dit en Jésus

Dieu a tout dit en Jésus

En nous donnant son Fils ainsi qu’il l’a fait, lui qui est sa Parole dernière et définitive, Dieu nous a tout dit ensemble et en une fois, et il n’a plus rien à nous dire. Concluez-en que désirer sous la nouvelle Loi visions ou révélations, ce n’est pas seulement faire une sottise, c’est offenser Dieu, puisque par là nos yeux ne sont pas uniquement fixés sur le Christ, sans chercher chose nouvelle. Dieu en effet pourrait répondre : « Je vous ai dit tout ce que j’avais à dire, par la parole qui est mon Fils. Fixez les yeux sur lui seul, car en lui j’ai tout établi, en lui j’ai tout dit, tout révélé, et vous trouverez là bien plus que tout ce que vous désirez et demandez. Depuis le jour où je descendis sur lui, avec mon Esprit, au mont Thabor, en disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis ma complaisance : (lire la suite) écoutez-le, j’ai cessé toutes mes anciennes pratiques d’enseignements, de réponses, et je lui ai confié cette mission. C’est pourquoi, si quelqu’un reprend l’ancienne méthode, demandant que je lui parle, quereller révèle quelque chose, c’est comme s’il demandait de nouveau le christ, et plus de doctrine de foi que je n’en ai donné. Et c’est manquer de foi dans le Christ, puisque cette foi a été donnée en lui ; c’est même faire injure à mon Fils bien-aimé, puisque ce manque de foi en lui équivaut en quelque sorte à lui demander une seconde incarnation, afin qu’il recommence sa vie et sa mort. Non, il ne faut plus vous adresser à moi par désirs de visions et de révélations : retenez-le bien, tout se trouve déjà réalisé en lui et infiniment plus ».

St Jean de la Croix, La Montée du Carmel 2, 20.

dimanche 8 mars 2009

Quatre degrés dans l'amour de Dieu

Quatre degrés dans l'amour de Dieu

J’ai distingué quatre degrés dans cet effort pour nous identifier au Christ : le chercher, le trouver, le fréquenter, l’aimer. Peut-être vous rendrez-vous compte que vous en êtes à la première étape. Cherchez-le alors avec acharnement ; cherchez-le en vous-mêmes de toutes vos forces. Si vous agissez avec cette opiniâtreté, j’ose vous garantir que vous l’avez déjà rencontré et que vous avez commencé à le fréquenter et à l’aimer, et à avoir votre conversation dans le ciel.
Je prie le Seigneur pour que nous nous décidions à nourrir dans notre âme l’unique ambition noble, la seule qui en vaille la peine : aller à Jésus, comme sa Mère Bénie et le saint Patriarche (Joseph) y sont allés, avec un très grand désir, avec abnégation, sans rien négliger. Nous participerons au bonheur de l’amitié divine, dans un recueillement intérieur compatible avec nos devoirs professionnels et avec nos devoirs de citoyens, et nous le remercierons de la délicatesse et de la clarté avec lesquelles il nous apprend à accomplir la Volonté de notre Père qui habite dans les cieux.

Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 300.

samedi 7 mars 2009

Qu'est-ce que la messe ? (2)

Qu'est-ce que la messe ? (2)

« On comprend aisément que la messe soit le centre et la racine de la vie spirituelle du chrétien » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 87). On serait tenté de nuancer : « devrait être le centre et la racine ».
Le centre, autrement dit ce vers quoi convergent toutes nos pensées et nos actions, ce qui reste présent à notre cœur tandis que nous travaillons au coude à coude avec nos semblables, que nous nous reposons ou que nous vaquions à d'autres occupations. « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, et quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Corinthiens 10, 31). C'est le cœur du message proclamé par saint Josémaria en fondant l'Opus Dei. (lire la suite) C'est pourquoi il pouvait dire que la messe est le centre de la vie du chrétien.
Il ajoutait, nous l'avons vu, que c'en est aussi la racine. Comment ? En ce sens que pour vivre effectivement toutes choses centré sur l'Eucharistie, et donc sur Dieu, pour sanctifier toutes les réalités nobles de notre existence, et être capables de porter chrétiennement « le poids du jour et de la chaleur » (Matthieu 20, 12), les fatigues et les soucis qui nous accablent si souvent, pour y arriver, nous avons besoin de la messe. En premier lieu d'offrir notre vie avec le Christ qui s'offre à son Père. De la sorte, nos sacrifices se fondent dans le Sacrifice rédempteur de notre Seigneur et deviennent l'oblation « d'agréable odeur » (Lévitique 1, 17), d'une valeur infinie précisément. Ils cessent alors de peser. « Douce et aimable est, en vérité, la Croix de Jésus. Avec elle, nulle peine n’a d’importance : seule compte la joie de se savoir corédempteur avec lui » (saint Josémaria, Chemin de Croix, deuxième station).
En second lieu, nous avons besoin de nous alimenter de l'Eucharistie. Son effet n'est pas celui des nourritures terrestres. « Nous pouvons dire non seulement que chacun d'entre nous reçoit le Christ, mais aussi que le Christ reçoit chacun d'entre nous. Il resserre son amitié avec nous » (Jean-Paul II, encyclique L'Église vit de l'Eucharistie, Ecclesia de Eucharistia, n° 22).

(fin)

vendredi 6 mars 2009

Qu'est-ce que la messe ? (1)

Qu'est-ce que la messe ? (1)

Beaucoup de gens se demandent ce qu'est la messe, cette cérémonie qui réunit au moins le dimanche et les jours de grande fête catholiques et orthodoxes (et qui trouve un équivalent, sans la même portée, chez les protestants). Il arrive que des chrétiens s'y ennuient, et pas seulement des jeunes, parce qu'ils ne comprennent pas le sens des rites auxquels ils sont censés participer.
En réalité, il n'est pas possible de prendre part à un événement plus sublime et plus important sur terre. La messe, l'Eucharistie, rend présent le sacrifice que Jésus-Christ a fait de sa vie, voici deux mille ans, pour racheter les hommes du péché. Elle est (lire la suite) « le sacrifice du Christ offert au Père avec la coopération du Saint-Esprit : oblation d'une valeur infinie, qui éternise en nous la Rédemption, ce que ne pouvaient faire les sacrifices de l'Ancienne Loi » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 86), c'est-à-dire ceux accomplis avant la venue du Christ précisément.
Jésus est le Fils de Dieu fait homme, vrai Dieu et vrai homme. En tant que tel, tout ce qu'il fait est une action non seulement divine, parfaite, mais également ayant une « valeur infinie ». Car Dieu est la perfection même, en lui il n'y a ni commencement ni fin, il est « le même hier, aujourd'hui et à jamais » (Hébreux 13, 8), « l'alpha et l'omega » (Apocalypse 1, 8).
La messe est le même sacrifice que celui du Calvaire. Possédant une valeur infinie, il suffit d'avoir eu lieu « une seule fois » (Hébreux 9, 28) pour toutes à justifier le genre humain, c'est-à-dire à satisfaire à la justice divine pour les péchés commis par les hommes depuis celui d'Adam et Ève, le péché originel, jusqu'à la fin du monde.
Donc la messe n'est pas une célébration quelconque, moins encore un spectacle anodin. Elle est l'irruption de Dieu trinitaire dans la vie humaine. Elle est une invitation à partager la vie divine. Elle est donc source transformante de l'âme, moyen premier de sanctification, de progrès dans le bien, dans la perfection des vertus.
La Rédemption s'actualise de la sorte dans la vie des chrétiens, surtout s'ils accèdent à la communion eucharistique, après s'être dûment confessés de leurs péchés, c'est-à-dire ayant acquis la conviction d'être en état de grâce, non de péché mortel (celui-ci ne fait pas perdre la condition de baptisé, mais coupe les relations avec Dieu en éliminant la vie de la grâce, qui est la vie divine déjà commencée dans l'âme, un avant-goût de la vie éternelle).

(à suivre...)