ce blog est bloqué à l'entrée en Chine depuis le mois de mai 2007

dimanche 31 janvier 2010

Les sept dimanches de saint Joseph

Les sept dimanches de saint Joseph


Aujourd'hui commence la dévotion des sept dimanches de saint Joseph.

Le paralytique de la piscine probatique (11)

Le paralytique de la piscine probatique (11)

Pendant ce temps-là, Demas et Sosthène échangent leurs impressions.
- Écoute, nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs ; mais si quelqu'un est pieux et fait sa volonté, celui-là il l'exauce ; (...) si celui-ci ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire (cf. Jean 9, 30.31).
- Je sais bien, répond Demas.
- Alors... ?
- Que veux-tu que je te dise ? Le Tout-Puissant fait des merveilles, saint est son nom (cf. Luc 1, 49). Voilà. Tu ne veux quand même pas dire que ce Jésus est Dieu ! Ce serait un blasphème ! Toi, tu ne vas quand même pas soutenir une telle énormité. Si tu insistes sur de telles billevesées, je te préviens que je cesse illico d'être ton ami, quoi qu'il puisse m'en coûter. Moi, je ne joue pas avec ce que nos Pères, depuis Abraham et Moïse, nous ont transmis.
- Moi non plus, Demas. Tu as raison, bien sûr. Je ne remets nullement en cause la Loi et les prophètes. Que le Béni me préserve d'une telle infamie ! Mais j'aimerai bien savoir qui est cet homme.
- Tu me surpends, car tout le monde le sait : c'est un Nazaréen, charpentier de son métier. Et tu crois, toi, que, parce qu'il est de Nazareth et qu'il est artisan, il a le pouvoir d'accomplir des miracles, comme celui dont nous sommes témoins en ce moment même ? Ne dis pas de bêtises.
- Ne te fâches pas. Tu me demandais qui il est.
- Ne finasses pas.
- Est-ce que tu te rappelles au moins ce qu'il a dit au sujet de Jean-Baptiste, que nous sommes allés rencontrer voici deux ou trois ans au bord du Jourdain pour nous faire baptiser ?
- Ce que Jean-Baptiste proclamait ?
- Non, Demas, ce que Jésus de Nazareth a dit de lui.
- Je ne m'en souviens pas.
- Eh bien, je vais te le dire : « Pourquoi y êtes-vous allés ? Pour voir un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète. C'est de lui dont il est écrit : Voici que moi j'envoie mon messager en avant de toi pour te préparer la route devant toi » (Matthieu 11, 9-10). Et pourtant le Baptiste n'a réalisé aucun miracle. Tu ne trouves pas cela troublant ?
Ma foi, je ne sais pas.
- Comment ? Tu ne vois pas ? Tu ne veux pas te mouiller. Fais donc travailler un peu ta cervelle. Tu trouves normal qu'un homme supérieur aux prophètes se contente de prêcher la conversion et de baptiser avec de l'eau, alors que le rabbi de Nazareth, lui, il enseigne en homme qui détient l'autorité (Matthieu 7, 29), les foules sont dans l'admiration (Luc 11, 14) et, en sus, il ne cesse de faire des prodiges, au point que les gens le priaient de leur laisser toucher ne fût-ce que la houppe de son vêtement, et tous ceux qui pouvaient la toucher étaient guéris (Marc 6, 56). Tout cela te laisse froid ?

(à suivre...)

samedi 30 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (10)

Le paralytique de la piscine probatique (10)

Il s'en alla dire aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri (Jean 5, 15).
À son grand étonnement, bien loin de s'en réjouir, ils vitupèrent contre cet homme qui fait des miracles le jour du sabbat.
Franchement, je ne vois pas quel mal il peut y avoir à faire du bien, un grand bien comme il l'a fait pour moi, un jour de sabbat. De toute façon, c'est leur affaire. S'ils sont de mauvaise humeur, moi, je ne vais me mêler plus longtemps de leurs affaires. J'ai bien mieux pour m'occuper : je vais prier.
Mais eux de lui demander :
- Où se trouve ce Jésus ?
- Venez avec moi, et je vous conduirai à lui. Il ajoute par devers lui : j'espère qu'après cela je pourrai m'éclipser et que j'aurai la paix. Ils ne vont quand même pas me gâcher toute la joie d'un aussi grand jour !
Il n'arrive pas à imaginer pourquoi les chefs du peuple peuvent vouloir du mal à celu qui ne fait que du bien. Il ne sait pas qu'ils sont comme Hérode jadis :
- Allez, enquérez-vous avec précision (...) et, quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que, moi aussi, j'aille l'adorer (Matthieu 2, 28).
Ils le suivirent donc d'un pas décidé. Que ce paralytique marche à bonne allure d'un pas normal est le cadet de leurs soucis. Ils ne pensent qu'à en découdre avec ce rabbi de pacotille. Aussi, l'apostrophant avec véhémence, ils l'attaquent parce qu'il faisait cela en sabbat (Jean 5, 16).
­- « Ne sais-tu pas qu'il faut laisser les gens en paix le jour du sabbat et honorer le Tout-Puissant ? »
« Laisser les gens en paix ! » Ils en ont de bonnes ! Je pourrai leur demander, à chacun d'entre eux :
Et si c'était toi qui avais été paralytique et que je t'avais guéri, et toi, et toi... Et si ton ami tombait dans un puits, qu'est-ce que tu dirais ? Est-ce que tu te plaindrais par hasard de pouvoir gambader et retrouver ta liberté de mouvement ? Est-ce que tu aurais le mot « sabbat » plein la bouche ? Mais à quoi bon ? Ils ont la nuque raide (cf. Exode 32, 9) et le cœur endurci (Ézéchiel 2, 4), et ce peuple s'approche en paroles et m'honore du bout des lèvres, tandis que son cœur est loin de moi (Isaïe 29, 13).

(à suivre...)

vendredi 29 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (9)

Le paralytique de la piscine probatique (9)

Jésus ne s'impose jamais. Il va à la rencontre de celui qui a besoin de lui, c'est-à-dire de tout homme. Il commence à agir en faveur de celui qui manifeste ses bonnes dispositions. Mais il lui laisse la liberté de vouloir progresser ou d'en rester là, d'établir une relation durable ou de se contenter égoïstement d'un acquis, comme s'il s'agissait d'un dû.
C'est pourquoi, alors que notre homme est parti à la recherche de celui qui l'a guéri, afin de lui demander qui il est et de pouvoir communiquer cette réponse aux chefs de Juifs envers lesquels il éprouve un grand respect, malgré la dureté et le mépris avec laquelle ils lui ont parlé, Jésus le recontra dans le Temple (Jean 5, 14).
L'homme s'était rendu au Temple pour prier. Il est allé remercier Dieu pour le miracle dont il est le bénéficiaire immédiat. C'est une belle attitude, le comportement d'une âme reconnaissante, tout à la joie d'un tel changement.
Et c'est à ce moment-là, dans la joie et la reconnaissance, que Jésus se porte à sa rencontre. Il trouve en lui les sentiments qu'il attendait, pour pousser son intervention plus loin. Il veut aussi prendre son âme, guérir son âme.
Jésus lui dit :
- Te voilà guéri : ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive pis (Jean 5, 14). Car le futur n'est que du passé à venir, et il ne te convient pas qu'il reproduise le passé vraiment passé.
Puis, se tournant vers ses apôtres, il donne la raison de son intervention :
- C'est afin que les œuvres de Dieu apparaissent au grand jour en sa personne (Jean 9, 5) qu'il a été guéri.
L'homme est maintenant renseigné. C'est Jésus de Nazareth, le Jésus auquel il pensait de temps à autre, en enviant ceux pour qui il avait réalisé des miracles. C'est donc Jésus, quelle bonne nouvelle. Les Juifs vont être satisfaits quand je vais le leur annoncer.

*
* *

Comblé de la réponse obtenue, le héro du jour s'empresse de retourner au Temple. Il se met à prier ardemment, le cœur en feu :
- Pour moi, par ta grande bonté, j'entrerai dans ta maison ; je me prosternerai devant ton saint temple avec un sentiment de crainte. Yahvé, conduis-moi dans ta justice (Psaume 5, 8-9) et ta sainteté tous les jours de ma vie. Je parviendrai à l'autel de Dieu, au Dieu qui est ma joie et mon allégresse (Psaume 43 (42), 4). Notre père David avait assuré que le juste, Yahvé, comme d'un bouclier, tu l'entoureras de bienveillance (Psaume 5, 13), d'un créneau et un bouclier (Psaume 84 (83), 12), contre lesquels les dards de l'ennemi se fracasseront irrésistiblement. Je vois que rien n'est impossible de la part de Dieu (Luc 1, 37).
Je me rends au Temple pour le remercier de tous ses bienfaits. Je pensais bien mourir sans avoir pu remettre les pieds dans ce sanctuaire, sans le revoir. Et voilà que l'impossible est devenu réalité. Béni soit le Seigneur à jamais ! (Psaume 89 (88), 53). Des mots de David, notre père, me reviennent à la mémoire. Cela fait bien longtemps que je ne les ai pas répétés, car ma misère m'écrasait. Mais aujourd'hui, ils remontent impétueusement dans mon cœur : Béni sois-tu, déternité en éternité, Yahvé Dieu de notre père Israël ! À toi, Yahvé, la gloire, la puissance, la magnificence, la splendeur et la gloire, car tout, au ciel et sur la terre, est à toi ; à toi, Yahvé, la royauté ; à toi de t'élever souverainement au-dessus de tout. De toi viennent la richesse et la gloire ; tu domines sur tout, dans ta main sont la force et la puissance, et ta main donne à toute chose gloire et puissance (1 Chroniques 29, 10-12), comme je viens d'en faire l'expérience. Je ne sais pas 'il y a beaucoup de gens dans mon cas - trente-huit ans ! cela doit quand même être un record ! Quoi qu'il en soit, il ne me reste plus qu'une chose à faire, une seule, jusqu'à ce que le Tout-Puissant me rappelle en sa présence : le bénir et le remercier. Manifester ma reconnaissance et me faire le chantre des merveilles qu'il a accomplies par son Serviteur, le rabbi Jésus de Nazareth. Retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi (Luc 8, 39).

(à suivre...)

jeudi 28 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (8)

L'homme, qui a encore du mal à croire qu'il ne rêve pas, se relève puis rassemblant ses maigres biens, il prit son grabat et se mit à marcher (Jean 5, 9) au su et au vu de tout le monde.
La foule éberluée s'écarte pour le laisser passer et retient son souffle. On le félicite de toute part. Ceux qui si souvent on fait comme s'ils ne le voyaient pas jouent aux vieilles connaissances.
L'homme avance. Il ne sait pas encore trop où aller, car cela fait bien longtemps qu'il n'a plus de « chez lui ». De toute façon il se dit :
- Le plus important pour moi en ce moment, c'est d'aller au Temple pour remercier le Tout-Puissant qui, vraiment, a fait en moi des merveilles, saint est son nom ! (cf. Luc 1, 49). Yahvé garde les simples ; j'étais faible et il m'a sauvé ! (Psaume 116 (115), 6).
Il se dirige donc vers le Temple de Salomon, portant toujours son fardeau sur l'épaule. Mais voilà, ce jour-là, c'était sabbat (Jean 5, 9), et le jour du sabbat, il est interdit de porter des charges. Il 'y avait pas prêté attention. Quand même, après trente-huit ans d'immobilité, qui allait lui reprocher quoi que ce soit ?
Eh bien non ! Les Juifs dirent à celui qui venait d'être guéri, non sans une amphe lyrique :
- C'est le sabbat : il ne t'est pas permis de porter ton grabat (Jean 5, 10).
Ils n'ont pas encore été informés de l'événement qui vient de se produire à la piscine aux cinq portiques. Ils l'apprendront suffisamment tôt, pour se mettre en colère contre ce soi-disant rabbi qui enfreint le jour le plus sacré, le sabbat !
Ils n'ont pas compris que le Fils de l'homme est maître même du sabbat (Luc 6, 5), refusant d'examiner la question, tant elle heurte leurs habitudes et leurs acquis.
Pour eux et, il est vrai, pour tout Juif pratiquant, il est des choses que l'on ne peut pas faire ce jour-là. Ils croient sincèrement que ce serait offenser le Créateur que de ne pas respecter leurs prescriptions. Mais Jésus de Nazareth n'est pas venu abroger, mais parfaire la Loi (Matthieu 5, 17), la sublimer, lui conférer toute sa portée de loi d'Amour et de liberté.
- Il ne t'est pas permis de porter ton grabat (Jean 5, 10).
C'est vrai, à prendre les préceptes légaux au pied de la lettre. Mais ne peut-on pas appliquer l'épiquie, adapter la norme à la situation exceptionnelle de cet homme ?
Il n'entre pas en discussion avec ceux qui l'interpellent d'un ton acerbe, du moins ce n'est pas son intention. Sabbat ou pas sabbat, il leur répondit :
- C'est celui qui m'a guéri qui m'a dit :
- Prend ton grabat et marche (Jean 5, 11).
Celui qui m'a guéri. Il n'en sait pas plus sur cet homme providentiel. Il était tellement heureux une fois remis sur pied qu'il n'a même pas songé à demander :
- « Maître, qui es-tu ? D'où viens-tu ? »
Alors ils lui demandèrent :
- Quel est l'homme qui t'a dit
- Prend ton grabat et marche ? (Jean 5, 12).
Arrivés à ce stade, ils se doutent bien qu'il s'agit de Jésus, et ils se mordent les doigts de s'être laissés prendre au dépourvu, de ne pas avoir anticipé le venue du rabbi à Jérusalem pour la fête, alors que c'était somme toute logique. Ils auraient pu le marquer de plus près et l'empêcher peut-être d'enfreindre une nouvelle foi la Loi.
- « Ce perturbateur de l'ordre public ne nous laissera-t-il donc jamais tranquilles, soupire Elcana. Et tous ces pécheurs qui étalent leur ignorance et ne nous obéissent pas se laissent subjuguer par ce magicien et ses carabistouilles. Quand en aurons-nous fini avec lui ? Quand pourrons-nous célébrer sereinement la gloire du Tout-Puissant sans avoir à rester sur nos gardes, sans craindre l'incursion scélérate de cet imposteur ? »
Ils peuvent bien râler, ce n'est pas cela qui va empêcher Jésus de faire ce pour quoi il est descendu sur terre : La volonté de Celui qui m'a envoyé (Jean 4, 34). C'est pourquoi il attend que les événements suivent leur cours.
L'homme reste interdit, déconcerté, ne sachant que répondre. Il ne savait pas qui avait été l'artisan de ce prodige, car, comme il y avait foule en cet endroit, Jésus avait disparu (Jean 5, 13), et il n'avait pu s'entretenir avec lui.
Constatant qu'il ne dit rien, les Juifs s'adressent de nouveau à lui, sur un ton impératif et autoritaire :
- Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non le jour du sabbat (Luc 13, 14). Six jours, cela ne vous suffit-il pas pour qu'il vous faille offenser Dieu le jour du sabbat ?
Ils ne sont pas contre les guérisons, bien qu'ils soupçonnent que Jésus les réalise grâce à un pouvoir occulte et malfaisant, ce qui est quand même paradoxal. Le bien peut-il sortir du mal ? Cet homme-là ne chasse les démons que par Bélzeébul, chef des démons (Matthieu 12, 24).
- Mais je n'ai rien demandé, proteste l'homme qui a été guéri. Je n'ai rien demandé ni hier ni aujourd'hui. C'est lui qui s'est arrêté devant moi. Enfin quelqu'un qui s'intéresse à moi, me suis-je dis. Ce n'est pas trop tôt. Cela fait trente-huit ans que j'étais là, grabataire, à même le sol. Vous vous rendez compte ? Et il m'a guéri. Je ne me suis pas posé de question quand il m'a dit de prendre mon grabat. L'idée ne m'a pas effleuré l'esprit que ce pouvait être le sabbat. Trente-huit ans que je ne puis me rendre ni au Temple ni à la synagogue. J'ai perdu le compte des jours. De toute façon, c'est très bien comme cela. Me voilà guéri, n'est-ce pas ce qui compte ?
- Tu eux nous faire la leçon en insultant nos Pères et le Tout-Puissant. Tu es né dans le péché et tu veux nous apprendre ce que nous devons faire. Maudit soit le jour où tu es né, espèce de vermine, pécheur invétéré.

(à suivre...)

mercredi 27 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (7)

Le paralytique de la piscine probatique (7)

L'homme qui a été guéri ne se laisse pas griser par l'enthousiasme. Il fait des flexions, étonné de sa souplesse, puis fait un bond en avant en craint :
- Youpeeee !
Et il se tambourine la poitrine puis exécute quelques pas de danse. Fondant en larmes, il se jette de nouveau aux pieds de Jésus :
- Que rendrai-je au Seigneur pour tous ses bienfaits à mon égard ? (Psaume 116 (115), 12). Merci, ô Elohim, merci, parce que tu t'es souvenu de moi. Oui, souviens-toi de moi, ô mon Dieu, en bien (Es 13, 31). Je le savais, jusqu'ici Yahvé nous a secourus (1 Samuel 7, 12) ; tu n'as pas oublié le cri des affligés (Psaume 9, 13), de l'affligé que je suis, que j'étais ! Que tu es grand, ô mon Dieu ! Nous te célébrerons à jamais ; d'âge en âge nous publierons tes louanges (Psaume 79 (78), 13).
J'étais nu et pauvre, misérable et sans force, perclus comme Job, et tu m'a redonné la santé par ton serviteur. Béni sois-tu ! Tu m'a secouru dans ma détresse. Quelle est vraie cette parole du prophète : Au temps favorable je t'exauce, et, au jour du salut, je te viens en aide ! (Isaïe 48, 8). Tu es ma force et ma vaillance, tu es mon sauveur (cf. Psaume 118 (117), 14).
Je t'exalte, Yahvé, parce que tu m'as délivré (Psaume 30 (29), 27). Je dois dire que tu y a mis le temps... mais n'est-il pas vrai que mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d'hier, quand il est passé, et comme une veille de la nuit ? (Psaume 90 (89), 4). C'est pourquoi j'ai pris mon mal en patience. Yahvé, mon Dieu, j'ai crié vers toi, et tu m'as guéri. (...) Tu as changé mes lamentations en danses joyeuses (c'est vrai, je danse !), tu as délié mon sac et tu m'as ceint de joie, afin que mon âme te chante et ne se taise pas. Yahvé, mon Dieu, à jamais je te louerai (Psaume 30 (29), 12-13), pour tous tes bienfaits, pour ce que tu viens d'opérer en moi.

(à suivre...)

mardi 26 janvier 2010

Arrêts sur christianisme (45)

Arrêts sur christianisme (45)

Ce qui caractérise le christianisme, c'est une certaine totalité ; il y a en lui la plénitude de la vérité, et par conséquent dans la mesure où cette plénitude s'est développée progressivement, ce qui la caractérise par rapport aux autres, c'est qu'il marque un état d'évolution plus avancé, le dernier moment de l'évolution. Je crois que cette vue-là est tout à fait capitale pour nous aider à prendre conscience de ce caractère d'achèvement des autres religions et des autres civilisations qui caractérise le christianisme, et par conséquent pour nous montrer en lui cette nouveauté spirituelle qu'un saint Augustin et tant d'autres ont célébrée.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 23.

lundi 25 janvier 2010

Chrétiens, Juifs et Musulmans

Chrétiens, Juifs et Musulmans

Saint Paul, dans l'épître aux Galates, a repris ce passage et il explique qu'ici Agar est la figure du peuple juif - il déplace un peu les perspectives - qui, lui aussi, a été fils et qui, lui aussi, est écarté à un moment donné pour faire place à ceux qui sont les fils d'Abraham selon la promesse, les fils de Sara, les fils de la femme libre et non pas de l'esclave, et qui sont précisément les chrétiens. Nous voyons donc qu'il y a là un mystère (...) qui s'est accompli deux fois. Le mystère de l'élection d'Isaac, père de la race d'Ismaël, et du rejet d'Ismaël, père de la race des Musulmans, de la race des Arabes, est un premier mystère d'élection et de rejet. (lire la suite) Il peut sembler qu'il y a là quelque chose de dur, de tragique. Pourquoi l'un a-t-il été choisi et pas l'autre ?
Ce miracle se retrouve au moment de la venue du Christ ? Là aussi il y a un peuple qui est écarté par Dieu : le peuple juif, et un autre qui est élu : le peuple chrétien tiré des nations. Mais nous savons pour cette seconde économie que cet éloignement du peuple juif est un éloignement provisoire, nous dit saint Paul, c'est-à-dire qu'il est écarté pour que la plénitude des Gentils rentre, mais que quand la plénitude des Gentils sera rentrée, lui aussi rentrera à son tour et son retour sera une plus grande joie que l'entrée des Gentils.
Nous ne pouvons pas ne pas penser qu'il y a un mystère du même ordre qui plane sur les Musulmans. L'Islam, lui aussi, a été écarté, mais nous savons que ce n'est pas un rejet définitif, qu'il y a une élection de Dieu qui pèse sur lui puisqu'il est de la race d'Abraham selon la chair et que Dieu lui a donné des promesses. Ces promesses sont peut-être d'ordre temporel, mais au-delà il y a une bénédiction qui subsiste et qui fait que nous nous demandons quand le mystère s'accomplira et quand, à son tour, Ismaël rentrera avant ou après les fils d'Abraham et rejoindra les fils de la promesse.
Saint Abraham est le grand intercesseur pour les trois grandes catégories d'âmes : pour les Juifs puisque c'est le père d'Isaac ; pour l'Islam puisque c'est le père d'Ismaël ; pour les pécheurs enfin, puisque c'est lui qui a supplié Dieu pour Sodome et pour Gomorrhe, pour ces grands pécheurs dont parfois nous portons la charge spirituelle, pour ceux qui, profondément enfoncés dans le mal et profondément éloignés de Dieu, semblent a-delà de toute espérance. Pour tous ceux-là nous pouvons dire qu'Abraham prie obstinément, et il nous apprend à prier obstinément pour eux, car rien n'est impossible à la parole de Dieu qui change les cœurs.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 57-59.

dimanche 24 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (6)

Et soudain, sans trop y réfléchir, il se dresse sur ses jambes. Le voilà debout !
Et aussitôt l'homme fut guéri (Jean 5, 9).
Il fait quelques mouvements pour s'assurer qu'il est bien sur pied. Des larmes de joie et de reconnaissance commencent à perler sur ses joues. Son cœur éclate de bonheur, en effet.
- Ça alors, mais je suis debout ! C'est bien moi ! Il m'a dit lève-toi et je me suis levé, mû par un ressort. Trente-huit que je n'ai pas bougé, et me voilà debout !
De partout jaillit un cri de stupeur :
- Miracle ! Miracle ! Le paralytique est debout ! Miracle, il est guéri !
D'autres disent :
- Laissez-moi voir, écartez-vous un peu, pour que je voie.
Et encore :
- Ne poussez pas, ne poussez pas.
Tous veulent s'approcher de Jésus et voir le miraculé de leurs propres yeux, le toucher, car, maintenant, il est un autre homme pour eux, toujous sale et aussi déguenillé, couvert d'une tunique depuis bien longtemps aveulie certes, mais un autre homme, fréquentable désormais... C'est ainsi qu'évolue le jugement des hommes. « Selon que vous serez blanc ou noir, les gens vous diront puissants ou misérables » (Jean de La Fontaine, ).
Les Douze, qui se sont mis en cercle autour du Seigneur et de l'élu - ils en ont l'habitude - ont toutes la peine du monde à contenir la pression de la masse, emportée qui par la curiosité, qui par l'exaltation.
L'ex-paralytique, rassuré sur son nouvel état, tombe à genoux devant le Seigneur et se prosterne à ses pieds, en action de grâces. Une femme l'imite dans la foule. Puis une autre. L'émotion a gagné le peuple saisi de crainte... Les uns lèvent les bras vers le ciel. D'autres sont profondément inclinés devant Jésus.
Ils ne se prosternent pas devant un veau d'or, pour dire :
- Voici ton Dieu qui t'a tiré du pays d'Égypte (Exode 32, 4).
Non, leurs pensées sont tout autres :
- Un grand prophète a surgi parmi nous (Luc 7, 16).
- Que le nom de Yahvé soit béni, dès maintenant et à jamais ! (Psaume 113 (112), 2).
- Comme le chantait notre Père Moïse, ma force et mon cantique, c'est Yahvé ; c'est lui qui m'a sauvé ; voilà mon Dieu : je le célèbrerai ; le Dieu de mon père : je l'exalterai (Exode 15, 2).
- Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des miracles (Psaume 98 (97), 1), des merveilles sous nos yeux.
- C'est Yahvé qui a fait cela, qui a guéri cet homme, c'est chose merveilleuse à nos yeux (Psaume 118 (117), 23).
Une femme s'écrie d'une voix forte :
- Heureux le sein qui t'a porté et la poitrine qui t'a allaité (Luc 11, 27), toi qui viens faire tant de bien pour ton peuple.
- Oui, béni sois-tu ! Vive Yahvé et béni soit mon rocher ! Que le Dieu qui me sauve soit exaucé ! (Psaume 18 (17), 47).

(à suivre...)

samedi 23 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (5)

Le malade regarde intensément Jésus. Il a parlé. Il n'attend rien, plus rien. Pourtant c'est la première fois que quelqu'un s'intéresse vraiment à lui, en dehors de lui apporter des restes comme pitance une fois par jour.
Car, quand il le faut, Jésus prend les devants ; c'est lui qui va à la rencontre de ceux qui ont besoin de lui.
Mais ce regard, le regard de cet homme, est d'une telle bonté, se dit l'infirme, qu'il me redonne espoir. Il est prêt à lui dire :
- Je te suivrai où que tu ailles (Luc 9, 57).
Voilà ce qu'il a envie de lui dire. Mais non, je ne peux pas le suivre. En effet, ajoute-t-il :
- Pendant que j'y vais un autre descend avant moi (Jean 5, 7)
Alors comment pourrais-je suivre le Seigneur ? Il ne faut pas rêver. Les autres n'ont pas de mérite à être plus rapides que moi. Même un estropié est plus leste. Que puis-je y faire ?
Toi, tu ne peux rien faire par toi-même, mais moi, je suis le brancardier des âmes désolées, dit Jésus en son for intérieur.

*
* *

Un grand silence s'est établi maintenant. Demas et Sosthène se sont dressés sur la pointe des pieds, et bien d'autres font de même dans la foule qui s'est resserrée autour du Seigneur, pour essayer de voir quelque chose et de comprendre ce qui se passe.
- On dirait qu'il lui parle.
- Oui, mais il ne se passe rien.
- Tu es drôle, toi. Qu'est-ce que tu attends ?
- Un miracle, Demas, oui, un miracle. C'est pour cela que nous sommes venus à cette piscine. L'aurais-tu oublié ?
Ils ont beau s'entretenir sotto voce, des « chut ! » leur font comprendre que ce n'est pas le moment de commérer.
Le malade continue de fixer Jésus intensément. En même temps, il est gêné d'être la cible de l'attention de tous, comme une bête curieuse.
- Je suis seul, toujours désespéremment seul. Et aujourd'hui, ils me regardent tous. Qu'est-ce qui leur prend ? Si au moins, ils me venaient an aide ! Mais ils sont tous là, figés sur place, muets, comme s'ils avaient peur de moi.
Il jette un regard rapide sur lui-même.
- Il est vrai que je n'ai pas fière allure. Pour tous ces gens qui ont l'air de bien se porter, je dois être repoussant et répugnant.
Jésus le tire de ses réflexions en lui ordonnant :
- Lève-toi, prend ton grabat et marche (Jean 5, 8).
Il voudrait demander s'il a bien compris, mais aucun son ne sort de sa bouche. Sa gorge est nouée. Il toise la foule, en quête d'un encouragement. Mais nul ne bronche.
En même temps, il sent un bonheur envahir tout son être, un bonheur et un bien-être comme il n'en a jamais connus.
- Comment pourrais-je marcher et porter mon grabat ? Je suis paralysé !
Il a envie de crier à la foule :
- Je suis paralysé, vous le voyez bien. Vous le voyez bien, vous qui m'avez toujours ignoré.

(à suivre...

vendredi 22 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (4)

Le paralytique de la piscine probatique (4)

Jésus est à l'arrêt. Il fixe lentement du regard tous ceux qui se sont attroupés. Il les connaît bien. Il pourrait dire combien de fois chacun d'entre eux est passé à proximité du paralysé, le frôlant même, ou le bousculant sans le moindre ménagement, dans une grande indifférence ou, pire, avec mauvaise conscience, sans que cela suscite une vraie commisération en eux... Toutes les couches du peuple sont représentées. On reconnaît aisément les laboureurs des champs voisins, des bergers venus des terres en jachère et des collines des alentours, des artisans qui ont gardé leur tablier, des pêcheurs qu'identifie l'odeur qui se dégage de leur personne, et des pèlerins accourus de villes et de régions lointaines, dont la diversité de vêtements apporte une touche de variété et de curiosité au tableau.
Un brise passe sans rien rafraîchir.
-Je n'ai personne ! Jésus a envie de leur crier :
- « Ne vous rendez-vous pas compte que cet homme est seul, et qu'il vous attend ? Ne comprenez-vous pas que je compte, que je comptais, sur vous pour venir en aide à cet infirme ? Je vous ai placés ici pour que vous vous occupiez de lui. Et le résultat ? Vous l'avez entendu de sa bouche :
- Je n'ai personne !
Cette parole se retournera contre vous à l'heure du jugement, je plaiderai contre vous, et je plaiderai contre les enfants de vos enfants (Jérémie 2, 9). Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'ai été sans foyer, et vous ne m'avez pas accueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité (Matthieu 25, 42-43). Ah ! Père, si quelqu'un possède les biens de ce monde et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme son cœur, comment l'amour de Dieu peut-il demeurer en lui ? (1 Jean 3, 17). »
« Il n'y a qu'une maladie mortelle, une seule erreur funeste : accepter la défaite, ne pas savoir lutter selon l'esprit des enfants de Dieu. Si cet effort personnel fait défaut, l'âme s'engourdit et se paralyse dans la solitude, et elle devient incapable de donner du fruit...
Dans cette situation de lâcheté, la créature oblige notre Seigneur à prononcer ces paroles qu'il entendit du paralytique, au bord de la piscine de Siloé : Hominem non habeo ! — je n'ai personne !
— Quelle honte si Jésus ne trouvait pas en toi l'homme, la femme qu'il attendait ! » (saint Josémaria, Forge, n° 168).
Au-delà de ceux qui sont présents à cet instant, Jésus embrasse le monde entier, qu'il accueille avec tant d'Amour dans son Cœur, déjà blessé par les offenses de ceux pour qui il est prêt à donner sa vie, pour qui il est venu donner sa vie : Je suis venu pour servir, et donner ma vie en rançon pour la multitude (Matthieu 20, 28).
Il s'attache plus spécialement à tous ceux et à toutes celles qu'il a choisis pour apprendre à toutes les nations à observer tous les commandements que je vous ai donnés (Matthieu 28, 20). « Hominem non habeo — je n’ai personne qui m’aide. — C’est ce que pourraient affirmer malheureusement bien des malades et des paralytiques de l’esprit, qui peuvent servir… et doivent servir.
Seigneur, que jamais je ne demeure indifférent devant les âmes » (saint Josémaria, Sillon, n° 212).
À méditer, toi et moi...

(à suivre...)

jeudi 21 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (3)

Jésus, en effet, s'est arrêté devant son grabat. Il se rappelle les fois où il était venu voir cette piscine en compagnie de Marie et de Joseph. Joseph lui avait appris à faire l'aumône à l'un, à rendre un menu service à un autre, comme un père initie son enfant à la pratique des vertus, notamment la plus noble d'entre elles, la charité.
Il se pourrait même qu'à cette époque, sachant ce qu'Il ferait plus tard, Jésus se soit arrêté tout spécialement à soulager un homme devant lequel il se retrouve maintenant, et qui ne peut évidemment pas le reconnaître.
Jadis, comme par la suite, l'heure des miracles et de manifester sa toute-puissance n'avait pas encore sonné. En quelque sorte, Jésus apprenait de Joseph à s'intéresser au sort de son prochain.
Aujourd'hui, ce qui a été semé alors va porter ses fruits...
Marie est présente cette fois encore. Elle n'a pas à intervenir. Mais elle supplie intérieurement son Fils. Elle se met dans la peau du paralytique, de sorte que son Fils y déchiffre son propre regard de « toute-puissance suppliante ». Elle implore en silence.

*
* *

- Aaron, courage ! (...) Il t'appelle (Marc 10, 49).
Le voyant étendu et sachant qu'il était dans cet état depuis déjà longtemps, il lui dit :
- Veux-tu guérir ? (Jean 5, 6).
Il sait bien qu'il le souhaite, que rien ne lui ferait plus plaisir. Mais il veut l'entendre le dire, écouter de lui un acte de foi, qui ouvre son cœur.
Pris par la lassitude de sa vie ordinaire, toujours pareille à elle-même dans sa platitude et sa souffrance, l'infirme ne sait et ne peut, dans un premier temps, que manifester son état d'âme :
- Seigneur (il n'hésite pas à employer ce titre, tant Jésus lui semble empreint de majesté et d'autorité), je n'ai personne pour me mettre à la piscine quand l'eau vient d'être agitée (Jean 5, 7).
C'est bien là le hic, ce qui le fait souffrir le plus profondément. Cette solitude au beau milieu d'un brouhaha et d'une agitation permanentes. Tous ces gens qui passent et repassent devant lui sans lui prêter la moindre attention. Depuis trente-huit ans que cela dure, ils sont des dizaines de milliers à avoir défilé égoïstement devant lui.
Hominem non habeo ! Aveu terrible quand on y pense. Le Chema Israël ne fait-il pas obligation d'aimer le prochain comme soi-même ? (cf. Deutéronome 6, 5 ; Luc 10, 27). C'est chacun pour soi. « Je n'ai personne ! » Les miséreux, les malades sont-ils des parias ? La paralysie n'est pas contagieuse, que je sache !
Le Seigneur a dit :
- Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau ; c'est moi qui vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école : je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du soulagement pour votre être, car mon joug est agréable et mon fardeau léger (Matthieu 11, 28-30).
- N'y aura-t-il donc pas une bonne âme pour me montrer le chemin, pour me tendre la main ? Je ne peux même pas acheter une aide, car je n'ai rien, tout juste des haillons défraîchis ! Je ne vais quand même pas vendre mon grabat ! D'ailleurs, qui en voudrait ? J'ai bien un petit trésor serré dans un petit morceau de musc, mais c'est un objet qui n'a de prix que pour moi, qui a une valeur sentimentale, c'est un souvenir de ma mère. La pauvre, que Élohim la bénisse !

(à suivre...

mercredi 20 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (2)

Ils se rendent à l'endroit choisi non sans difficulté, car quantité d'infirmes y étaient étendus dans tous les espaces disponibles à proximité de la piscine, aveugles, boiteux, perclus (Jean 5, 3), une vraie « cour des miracles ». Et c'était bien le cas !
Ces pauvres gens vivaient d'espoir. Ils avaient foi dans le pouvoir de Dieu et de son ange. Ce qui les avait attirés là, c'était l'expérience, si souvent vérifiée, que, de temps à autre, un ange descendait dans l'eau de la piscine et agitait l'eau ; celui qui était le premier à descendre après que l'eau avait été agitée était guéri de son mal, quel qu'il fût (Jean 5, 4).
- Tu as vu, Demas, comment tous ces malades ont le regard fixé sur l'eau, comme hypnotisés ?
- Ils ont intérêt à le faire, Sosthène. Mais je pense que certains d'entre eux perdent leur temps à rester ici, car ils ne pourront jamais se jeter à l'eau le premier, ils n'en ont pas la force. Tiens, regarde ce paralytique, là-bas, sous le deuxième portique, celui qui a une gargoulette avec lui. Tu le vois ? Plus à droite, celui qui a les cheveux couleur filasse.
- Ça y est, je l'aperçois.
- Comment veux-tu qu'il se lève et parcoure la distance qui le sépare de l'eau ?
- Ce serait déjà un miracle.
- Assurément. Mais on s'agite beaucoup par là-bas...
- C'est peut-être l'ange...
- Non, pas du tout. Tu vois bien que ce n'est pas l'eau qui bouge. C'est peut-être le rabbi... Oui, c'est cela, c'est Jésus de Nazareth qui arrive... Je t'avais bien dit qu'il viendrait à la Ville Sainte !
- Ah ! eh bien ! nous avons de la chance !
- Tu le dis.
- Essayons de nous rapprocher un peu.
- Par ici, viens, passons par ici.
Sosthène et Demas parviennent non sans peine à se placer dans une certaine proximité du Seigneur, à un endroit d'où ils peuvent le voir passer.
Quelle n'est pas leur surprise de constater qu'il s'arrête justement devant le paralytique que Demas avait signalé à son ami. Il lui dit à voix basse :
- Regarde, Sosthène. C'est à peine croyable, le rabbi semble vouloir s'intéresser à ce pauvre hère étique que je t'ai indiqué tout à l'heure.
- Ça va peut-être changer pour lui. S'il ne peut pas se remuer tout seul, le Maître, lui, peut le porter...
- Ne dis pas de bêtises. Tu l'as déjà vu porter quelqu'un ?
- Non, je ne l'ai jamais vu d'ailleurs. Mais enfin, il va peut-être faire quelque chose pour lui.
- J'en ai le pressentiment, autrement il ne se serait pas arrêté comme cela.
- J'aimerais bien savoir ce qu'il lui dit.
- Attends un peu, nous le saurons bien quand Jésus sera reparti.
Pendant ce temps-là, Jésus et, du même coup, tous ceux qui l'escortaient, s'étaient détenus devant un homme qui était infirme depuis trente-huit ans (Jean 5, 5).
Trente-huit ans ! À l'époque, c'est toute une vie, plus qu'une génération. Il vit, il survit, le malade, tributaire de la générosité publique. Il attend. Sa situation est humainement désespérée. Il le sait. Mais il attend toujours. Quoi ? Il serait incapable de le dire. Où aller d'ailleurs ? Il n'a pas de maison. Il n'a plus de parents. Pas même d'amis. Il est seul. Alors il attend, il passe son temps à attendre, tout en gardant une lueur d'espérance, malgré un compère-loriot à l'œil droit qui l'empêche de voir en toute clarté. On ne sait jamais...
Peut-être prie-t-il secrètement le Tout-Puissant de conduire ce Jésus de Nazareth dont il a entendu parler comme tout le monde, ici, à Béthesda, et de le guérir...
Il n'ose pas trop l'espérer.
Qui peut s'intéresser à moi, se demande-t-il ? Lui, justement ! Je ne vois que lui. Ô mon Seigneur, faites quelques chose pour moi. Je n'en peux plus, vous le savez. Je ne suis pas loin de terminer ma vie, toujours grabataire...

(à suivre...)

mardi 19 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (1)

Après cela, il y eut la fête des Juifs, et Jésus monta à Jérusalem. Or, il est à Jérusalem, près de la porte des Brebis, une piscine nommée en hébreu Béthesda, qui a cinq portiques (Jean 5, 1-2). Était-ce une « maison de l'huile », c'st-à-dire un établissement de bains curatifs, comme une étymologie, bethzatha, le laisserait entendre, ainsi que la découverte d'un établissement de cure au nors-est du Temple de Jérusalem ? Le nom vient-il de beth-Hisdâ, qui signifie « maison de grâce » ? Cette piscine à cinq portiques est-elle celle dont les ruines sont visibles de nos jours près de l'église Sainte-Anne ? Nous savons seulement qu'elle se trouvait « près de la porte des Brebis » et que tout pèlerin entrant dans la Cité sainte par cette porte passait nécessairement tout près de cette piscine, dont l'imposante structure s'imposait probablement même à son regard.
Or, cet établissement était réputé, car, disait-on, un ange du Seigneur descendait de temps à autre dans la piscine, et agitait l'eau : celui qui y entrait le premier après l'agitation de l'eau était guéri de son infirmité quelle qu'elle fût (Jean 5, 4). Il n'est pas difficile de deviner que les gens faisaient un petit détour pour s'arrêter devant la piscine.
- Qui sait si nous n'allons pas assister à un nouveau miracle, demande Sosthène.
- Ce serait formidable, lui répond son ami Demas. Nous pourrions raconter de retour chez nous les magnalia Dei (Exode 14, 13) et amener les nôtres à louer le Seigneur Sabaoth : Nations, louez toutes Yahvé ; peuples, célébrez-le tous ! Car sa bonté l'a emporté pour nous (Psaume 117 (116), 1-2) ; louez Yahvé, car il est bon (Psaume 135 (134), 3), sa bienveillance est éternelle (Psaume 106 (105), 1).
- Oui, ce serait génial. Chez moi, tous les adultes connaissent le Temple pour y être monté à de nombreuses occasions.
- Chez moi aussi.
- Cela n'empêche. Nous aurons toujours beaucoup à raconter de Sion, que Yahvé a choisie, qu'il a désirée pour sa demeure (Psaume 132 (131), 13) .
- Ça oui, par exemple.
- Tiens, comment, arrivant en vue de la ville, nous avons eu le souffle coupé lorsque le Temple s'est offert à nos yeux, avec ses remparts qui donnent une impression de solidité, ses cours, ses salles, ses portiques... On n'a jamais rien fait d'aussi somptueux pour le Tout-Puissant. Quelles pierres et quelles constructions (Marc 13,1).
- Moi, je ne m'y habitue pas, réplique Demas. J'ai beau savoir l'endroit exact d'où ce panorama se découvre à nous... Mon cœur s'accélère à chaque fois, et je bénis le Seigneur. Je lui rendrai grâces tous les jours de ma vie (Tobie 2, 14). Béni sois-tu, d'éternité en éternité, Yahvé, Dieu de notre père Israël (1 Chroniques 29, 10).
- Mais un miracle, c'est autre chose. Certes, il y a bien Jésus, que l'on dit charpentier à Nazareth, dont on entend parler depuis quelque temps, et qui posséderait des dons de thaumaturge.
- Oui. Figure-toi que j'ai appris que lui aussi est monté à Jérusalem (cf. Jean 1, 5).
- Tu es sûr ?
- Oui, tout à fait sûr.
- Alors, pourquoi ne pas rester ici quelques instants, pour le cas où il viendrait à cette piscine ?
- Excellente idée, Sosthène. Viens, allons nous mettre là-bas, à l'ombre, près du cinquième portique, où il y a moins de monde, car c'est le plus éloigné.
- Parfait, je te suis.

(à suivre...)

lundi 18 janvier 2010

Action de grâces (24)

Action de grâces (24)

Il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie (cf. Lc 2, 7)… Seigneur, je t’ai fait une petite place, bien inconfortable. Tu es à l’étroit dans mon âme. Mais tu n’as pas hésité à y entrer quand je t’ai invité. Oh ! Merci, mille fois merci ! Je suis tout honteux de ne pas m’être mieux préparé à te recevoir, de ne pas avoir balayé et décoré le logis…
Au lieu d’avoir la tête et le cœur à toi, (lire la suite) ils sont bien souvent ailleurs… Et tu es là ! Ta présence remplit toute la maison. Tu illumines tout. Et tu parles. Je veux t’écouter, pour apprendre et m’enrichir. Mais souvent, je suis davantage Marthe que Marie, et je te laisse seul. J’ai tant à faire ! Je suis un homme important !
Ah ! mon Seigneur et mon Dieu ! Comme j’ai besoin que tu me rappelles à l’ordre des réalités premières, primordiales. Ô Marie, apprenez-moi à accueillir notre Jésus comme vous l’avez reçu dans votre sein virginal. Virginal ! J’ai tellement besoin que vous m’aidiez. Monstra te esse Matrem ! « Montrez que vous êtes notre Mère ! »
« Vers qui, Seigneur, diriger notre marche, sinon vers toi ? Toi seul nous parles de la vie et nous la donnes. Rends-nous digne de la table où ton Père aujourd’hui nous invite » (stance pour la fête du Saint-Sacrement).
Jésus, maintenant que tu es venu, reste avec moi. Avec toi, je me sens capable de tout ; sans toi, je ne puis rien faire (cf. Jn 15, 5). Je ne sais pas quoi te dire, et cependant je voudrais te dire tant de choses, te parler de mes frères, d’amis, te demander de mettre un terme au temps de l’épreuve… ut inimicos Sanctæ Ecclesiæ humiliare digneris, te rogamus, audi nos ! « Nous te demandons d’abaisser les ennemis de ta sainte Église, écoute-nous ! »
Fais-moi sentir ta présence, tout au long de la journée. Que je ne m’éloigne plus de toi. Je ne veux pas t’offenser davantage. Je tomberai, je le sais. Mais je ne voudrais plus pécher. Fais que ma volonté soit réelle, ferme. Mets sur mes lèvres des paroles de contrition et de componction, fais-moi vivre des œuvres d’expiation, uni à ta Croix, à la messe.

dimanche 17 janvier 2010

Un réseau clandestin de Pie XII pour aider les juifs

Un réseau clandestin de Pie XII pour aider les juifs


La preuve vivante d’un réseau clandestin de Pie XII pour aider les juifs
Entretien avec l’un de ses membres, don Giancarlo Centioni

ROME, Vendredi 15 janvier 2010 (ZENIT.org) - Certains secteurs de l'opinion publique ont demandé ces dernières semaines des preuves de l'aide que Pie XII a apportée aux juifs durant la persécution nazie. Le prêtre italien Giancarlo Centioni, âgé de 97 ans, en est la preuve vivante car il est le dernier membre en vie du réseau clandestin créé par le pape Pacelli.

Entre 1940-1945, il était aumônier militaire à Rome au sein de la Milice volontaire pour la sécurité nationale et vivait chez des prêtres allemands de la Société de l'apostolat catholique (les pères Pallotins), qui l'ont impliqué dans ce réseau d'aide. (lire la suite)

« Comme j'étais un aumônier fasciste, il était plus facile d'aider les juifs », explique-t-il dans un entretien accordé à ZENIT et à l'agence multimédia www.h2onews.org, pour expliquer les raisons ayant motivé le choix de le faire participer à une opération à risque.

« Mes confrères Pallotins, venus de Hambourg, avaient fondé une société, la société 'Raphaël's Verein' (société de Saint Raphaël), instituée pour venir en aide aux juifs », révèle-t-il.

Un des objectifs du réseau consistait à faire sortir des juifs d'Allemagne et, en les faisant passer par l'Italie, de leur faire gagner la Suisse ou Lisbonne (Portugal), raison pour laquelle le réseau comptait sur un un certain nombre d'hommes dans chacun de ces quatre pays. Au fil du temps, des juifs ont rejoint eux aussi ce réseau.

En Allemagne, se souvient don Centioni, la société était conduite par le père Josef Kentenich, connu dans le monde comme le fondateur du Mouvement apostolique de Schönstatt. Ce père pallotin a ensuite été fait prisonnier et enfermé dans le camp de concentration de Dachau jusqu'à la fin de la guerre.

« A Rome, au numéro 57 de la Via Pettinari, le chef de toute cette activité était le père Anton Weber, qui était en contact direct avec Pie XII et la Secrétairerie », raconte le père italien.

Une des activités principales du réseau consistait à remettre passeports et argent aux familles juives pour qu'elles puissent s'enfuir.

« L'argent et les passeports étaient donnés par le père Anton Weber et remis aux personnes. Mais lui-même l'obtenait directement [sur la vidéo de l'entretien, le père insiste sur le mot ‘directement'] de la secrétairerie d'Etat, au nom et pour le compte de Pie XII ».

« A Rome, au moins 12 prêtres allemands ont participé avec moi à cette opération de secours », poursuit le prêtre, expliquant que la police italienne avait elle aussi apporté une aide décisive, en particulier le sous-préfet de police de Mussolini, Romeo Ferrara, qui lui disait où se trouvaient les familles juives auxquelles il devait livrer les passeports, « même de nuit ».

Parmi ceux qui ont été aidés par le père Centioni à Rome se trouve la famille Bettoja, juive, propriétaire d'hôtels en ville.

Le policier l'avait envoyé chez eux de nuit, habillé en aumônier militaire italien, pour ne pas se faire arrêter par les soldats allemands.

Le père se souvient très bien de la peur éprouvée et des difficultés rencontrées durant l'opération, la famille qu'il devait aider étant elle-même méfiante.

« Je frappais à leur porte, mais ils ne voulaient pas ouvrir. A la fin j'ai dit : 'regardez, je suis prêtre, un aumônier, je viens pour vous aider, pour vous apporter un laisser-passer' ».

« 'Jurez-le', a répondu une voix de l'autre côté de la porte. 'Je le jure, me voici, vous pouvez me voir à travers le judas' ».

Le père italien a été reçu par madame Bettoja et ses enfants.

« J'ai dit : ‘Prenez votre voiture et partez de chez vous avant sept heures, car à sept heures, de la frontière du Latium vous pouvez aller à Gênes. Ils ont pris la fuite et ont eu la vie sauve. C'est une des nombreuses familles ».

Les interventions du réseau ont commencé avant l'invasion allemande en Italie, précise le père Centioni, et durèrent, « au moins, pour ce que j'en sais, jusqu'à après 1945, car les liens entre le père Weber, le Vatican et les juifs étaient très intenses ».

« Tant de braves gens », commente-t-il, pensant surtout aux familles juives.

« Parmi ceux qui nous ont ensuite aidés il y a eu deux juifs que nous avons cachés : un homme de lettres, (Melchiorre) Gioia, et un grand musicien auteur compositeur de Vienne de l'époque, qui écrivait des chansons et composait des opérettes, Erwin Frimm ».

Le prêtre les avait cachés dans des maisons à Rome, en l'occurrence dans sa résidence religieuse de Via Pettinari, 57.

« Et eux nous ont beaucoup aidés en nous donnant des indications précises », reconnaît-il. Une action où l'on pouvait risquer sa propre vie, comme le prêtre a pu vite le constater.

« J'ai aidé Ivan Basilius, un espion russe, sans savoir qu'il était russe ou espion. Hélas les SS l'arrêtèrent et dans son calepin se trouvait mon nom. Alors, ciel ouvre-toi ! Le Saint-Siège m'appela, Son Excellence Hudal [haut et influent prélat allemand à Rome] et me dit : « venez ici, les SS viennent vous arrêtez ». « Qu'est-ce que j'ai fait? ». « Vous avez aidé un espion russe ». « Moi? Qu'est-ce que j'en sais? C'est qui? ». Alors je me suis enfui.

Don Centioni, en tant qu'aumônier, connaissait l'officier allemand Herbert Kappler, commandant de la Gestapo à Rome et auteur du massacre des Fosses ardéatines, où furent assassinés 335 Italiens, dont beaucoup de civils et de juifs.

« Durant la période allemande, après le massacre du mois de mars [aux Fosses ardéatines], j'ai dit à Kappler, que je voyais souvent : ‘pourquoi n'avez-vous pas appelé les aumôniers militaires aux Fosses ardéatines?'. ‘Parce que je les aurais éliminés et vous aurais éliminé vous aussi », avait répondu l'officier nazi.

Don Centioni garantit que les centaines de personnes qu'il a secourues savaient qui était derrière tout ça, c'est pourquoi il insiste : « Pie XII les aidait, à travers nous les prêtres, à travers la ‘Raphael's Verein' ».

Le cas de don Centioni a été découvert et analysé, en le comparant à d'autres témoignages, par la Pave the Way Foundation (http://www.ptwf.org), fondée par le juif de New York Gary Krupp.

L'avocat italien Daniele Costi, président de la fondation en Italie, garantit la bonne foi de cet entretien.

Le récit trouve confirmation dans la remise d'une décoration à don Centioni par le gouvernement polonais en exil (une croix en or avec deux épées « pour notre et votre liberté »).

Le prêtre italien cite en outre les manifestations de gratitude reçues par certains juifs qu'il avait aidés : M.M. Zoe et Andrea Maroni, le professeur Melchiorre Gioia, le professeur Aroldo Di Tivoli, les familles Tagliacozzo et Ghiron, dont les enfants ont pu avoir la vie sauve, en gagnant les Etats-Unis, munis de passeports de fortune délivrés par l'intermédiaire du Vatican.

[Pour voir l'entretien: www.h2onews.org]
Propos recueillis par Jesús Colina

samedi 16 janvier 2010

L'ange et le démon gardiens

L'ange et le démon gardiens

« Tous les hommes sont assistés de deux anges, le bon qui le pousse au bien, le mauvais qui le pousse au mal » (Origène, Hom. Luc. 13). Avant le baptême le bon ange était presque impuissant et le mauvais dominait l'âme ; après le baptême la situation est renversée, mais le démon vaincu essaie encore de retarder l'âme dans la voie de la sainteté. (...) « Il est possible et facile de distinguer la présence des bons et des mauvais anges, si Dieu donne cette grâce. La vue des saints anges n'est pas troublante. Elle se produit tranquillement et doucement, si bien qu'aussitôt la joie, l'allégresse et le courage s'insinuent sans trouble et sans agitation. Le désir des biens célestes s'empare d'elle. Mais l'incursion et l'apparition des mauvais sont troubles. (lire la suite) Elles se font avec bruit, rumeurs et cris, comme une agitation de gens mal élevés et de brigands, ce qui produit aussitôt frayeur de l'âme, trouble et désordre des pensées, crainte de la mort et enfin désirs mauvais » (saint Athanase, Vie de saint Antoine 37). « Ceux qui pratiquent la vertu voient s'offrir à eux l'assistance donnée à Dieu par notre nature, assistance qui existait déjà auparavant, puisqu'elle commence à notre naissance, mais dont nous ne prenons conscience que quand nous sommes suffisamment familiarisés avec la vie d'En-Haut. L'homme se trouve ainsi placé entre deux compagnons dont les intentions sont contraires. Le bon esprit agit dans l'âme en montrant les récompenses espérées, en donnant le goût du don de Dieu, l'autre, en offrant les plaisirs sensibles dont il n'y a espoir de retirer aucun bien, mais qui enchaînent les âmes faibles dans le temps présent » (saint Grégrorie de Nysse, Vie de Moïse, n° 67).

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Seuil, 1948, p. 113.114.114-115.

vendredi 15 janvier 2010

Action de grâces (23)

Action de grâces (23)

Merci, Seigneur, merci ! Quand je regarde ma vie, je n’ai pourtant pas lieu d’être fier. Mais ce qui était brisé, tu l’as recollé, ce qui était avili, tu l’as restauré. C’est pourquoi quand je te regarde, toi, mon Dieu, et comment tu t’y prends avec moi, je n’ai que des motifs d’action de grâces.
D’abord pour le don la vie, de la vie naturelle, physique. C’est entièrement gratuit de ta part. Rien ne t’y poussait, si ce n’est ton Amour débordant comme un torrent en crue. L’enfant s’éveille à la vie, (lire la suite) et l’adulte s’émerveille devant la vie, et tout ce qui le fait être.
Il y a eu ensuite, très tôt après elle, quelques heures seulement, cet autre Don, celui de la vie surnaturelle, une seconde naissance, à la grâce cette fois-ci, à ton amitié, à la communion avec toi. Si la vie première n’était pas méritée, à plus forte raison celle-ci. Et pourtant tu n’as pas reculé devant le prix à payer : l’envoi de ton Fils pour qu’Il nous rachète en mourant sur une Croix.
Ce fut le tour de la vocation, de l’appel à la sainteté, du choix singulier que tu as fait de moi et que nul ne s’explique. Tout comme on ne s’explique pas que tu aies choisi des hommes aussi rustres et limités que tes apôtres pour faire l’Église. Sans doute pour qu’il soit bien clair que c’est toi qui agis en te servant de nous.
Et puis tout le reste. « Remercie-le de tout, parce que tout est bon. […] Parce qu’on t’a humilié. Parce que tu ne possèdes pas ce dont tu as besoin ou parce que tu le possèdes » (saint Josémaria, Chemin, n° 268). Parce que tout est don et bénédiction de Dieu, tout est signe de sa prédilection, tout est, pour qui le veut, source de progrès spirituel véritable.
L’Apôtre nous dit : « Avec des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantez de tout cœur votre reconnaissance à Dieu » (Colossiens 3, 16). Oui, Verbe de Vie, habite en moi. Et moi, je m’engage à t’aimer et à te louer par tout mon labeur. « Que les gens, voyant vos bonnes œuvres, glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 16). Fais que j’y arrive. Je veux édifier non détruire, entraîner non scandaliser, stimuler non décourager. Qu’ils te voient, toi, Seigneur, qu’ils te découvrent parce que nous ne faisons plus qu’un et que je vis, je m’efforce de vivre, en fils du Père éternel.

jeudi 14 janvier 2010

Abraham et la conversion à Dieu

Abraham et la conversion à Dieu

Le départ d'Abraham retentit à travers toute l'histoire religieuse ultérieure. Pour toute la tradition judéo-chrétienne, il est le modèle et le principe de la conversion au Dieu vivant par le commencement absolu de la foi. L'Ancien Testament y revient sans cesse, comme à l'origine de la vocation du peuple juif. Le Nouveau Testament en fait l'exemplaire même de la foi : « C'est par la foi qu'Abraham, obéissant à l'appel de Dieu, partit pour un pays qu'il devait recevoir en héritage et se mit en chemin sans savoir où il allait » (He 11, 7). Le théologien juif Philon (lire la suite) a consacré un de ses traités à la Migratio Abrahae où il voit le symbole de l'âme qui quitte les choses visibles pour aller au devant des choses invisibles. Grégoire de Nysse nous montre en lui le modèle de l'âme qui se met en marche vers Dieu dans l'obscurité de la toi et commentant dans une explication géniale le texte de l'épître aux Hébreux disant qu'Abraham partit « sans savoir où il allait », il écrit que c'est précisément « parce qu'il ne savait pas où il allait qu'il était dans la bonne voie, car il était sût alors de ne pas se conduire par les lumières de sa propre intelligence, mais d'être conduit par la volonté de Dieu » (Contre Eunomius 22). La conversion de Pascal, dans la nuit décisive, sera la conversion « au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, non des philosophes et des savants ». Pour Kierkegard et pour Chestov, « le modèle du penseur est Abraham ; le mère de la foi, et non Socrate. Pour Abraham, la foi était une nouvelle dimension de la pensée, que le monde n'avait pas encore connue, qui ne trouvait pas sa place dans la conscience ordinaire et qui faisait exploser les vérités contraignantes de notre expérience et de notre raison » (Chestov, Athènes et Jérusalem, p. 347). Et Jean Hering pourra écrire : « Le modèle du chrétien, ce n'est pas la princesse envoyée en exil et qui aspire au retour, c'est Abraham se mettant en route vers un pays inconnu que Dieu lui montrera » (Le royaume de Dieu et sa venue).

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 33-34.

mercredi 13 janvier 2010

Arrêts sur christianisme (44)

Arrêts sur christianisme (44)

Je crois qu'on peut difficilement trouver une définition plus stricte du christianisme : le christianisme est l'éternelle jeunesse du monde. L'angoisse qui oppresse certaines âmes aujourd'hui, consiste à se demander si le christianisme n'est pas dépassé, s'il n'a pas vieilli. Ceci ne concerne que certaines structures tout extérieures du christianisme, mais non son essence : le christianisme est, et restera toujours jeunesse du monde, parce qu'il est précisément chronologiquement au terme du développement de l'Histoire. Et la vraie relation, du christianisme avec toutes les autres religions, (lire la suite) c'est justement que ces religions à son égard sont antérieures, sont périmées. Je ne dis pas qu'elles sont fausses en tous points : le judaïsme n'est pas faux, le bouddhisme n'est pas faux, les civilisations fétichistes ne sont pas fausses ; elles sont vieilles, c'est-à-dire que par rapport au christianisme, elles sont dans un état d'antériorité chronologique et, en quelque sorte, de survivance ; le christianisme, qui les achève, est apparu et désormais tout ce qu'il y a de bon en elles est accompli dans le christianisme.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 21-22.

mardi 12 janvier 2010

Être essentiellement eucharistique (3)

Être essentiellement eucharistique (3)

Être « essentiellement eucharistiques », c'est se donner aux autres, comme le Christ s'est donné à nous : « Je vous donne un commandement nouveau : Que vous vous aimiez les uns les autres, et que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13, 34). Une recharge spirituelle qui nous permet d'être spirituellement en forme toute la journée, voire même physiquement... Et qui nous communique toutes les énergies dont nous avons besoin. Absolument toutes. Si nous pensons le contraire, c'est que nous manquons de vision surnaturelle et de foi, et qu'il convient de revenir au tabernacle. « Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. (lire la suite) En outre, avec la tentation, il vous ménagera aussi la possibilité d'y échapper en ayant la force de la supporter » (1 Corinthiens 10, 13). Le Christ a surmonté la tentation, l'épreuve titanesque de son Agonie, victoire qui a débouché sur le Sacrifice de la Croix, le Sacrifice eucharistique. Si nous hésitons, revenons à la messe, allons retrouver le Seigneur qui nous dit et nous répète, avec un sourire plus qu'encourageant : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau : c'est moi qui vous soulagerai » (Matthieu 11, 28).
Et si, malgré tout, nous ne nous sentons pas la force de faire cette démarche, qui est pourtant une démarche toute d'amour, à la rencontre de l'Amour personnifié et réellement présent dans l'Eucharistie, empruntons le raccourci qu'est la dévotion filiale envers Marie, la très Sainte Vierge, à la fois Mère charnelle du Christ et Mère spirituelle de chacun de nous.

(fin)

lundi 11 janvier 2010

Être essentiellement eucharistique (2)

Être essentiellement eucharistique (2)

Être « essentiellement eucharistiques », c'est, lisons-nous dans le texte de la méditation évoquée ci-dessus, recharger notre énergie spirituelle, pour rester de façon habituelle dans l'intimité confiante avec la Très Sainte Trinité, tout au long de la journée. Une recharge, un réservoir de forces, de grâces, d'Amour en définitive. Tout l'amour dont nous avons besoin, cet amour qui doit être le moteur premier de tous nos actes, au risque de courir en vain : « Tenez ferme la Parole de vie. Dès lors je pourrai me glorifier, au Jour du Christ, de n'avoir pas couru en vain, ni peiné en vain » (Philippiens 2, 16). (lire la suite)
Être « essentiellement eucharistiques », c'est, à partir de cet Amour de Dieu reçu et communiqué dans la sainte Communion et dans l'intimité qui en sort renforcée avec chacune des trois Personnes divines, c'est à partir de cela prêter une intense attention à nos frères, peut-être par de toutes petites marques d'attention et d'affection, mais des marques bien réelles, qui font partie des dons etiam ignotis de nous.
Parce que, être « essentiellement eucharistiques », c'est entrer de plain-pied dans le Sacrifice du Christ pour l'humanité, c'est avec saint Paul, compléter dans notre chair ce qui manque aux souffrances du Christ « pour son Corps qui est l'Église » (Colossiens 1, 24). C'est accepter, de plein gré, de bon gré, parce que j'en ai envie, ce qui « est la plus surnaturelle des raisons », disait saint Josémaria, ou parce que j'en ai eu envie un jour, ce qui suffit largement à poursuivre le chemin entrepris. Parce que j'ai envie que les autres soient saints. Ce qui est la même chose que dire : « Je veux que les autres soient saints. » Et si je le veux, je dois me donner les moyens de ma politique : prier plus et mieux, me mortifier plus et mieux, contrôler mes goûts, mes réactions à ce qui, en fin de compte, n'est qu'un stimulus normal de la vie en société... « C'est pour eux que je me sanctifie, afin qu'ils soient, eux aussi, vraiment sanctifiés » (Jean 17, 19). Et mettre mon imagination au service de mes frères, de leur sainteté, d'abord à partir de ces petites marques d'estime mutuelle : faire un norme de piété avec celui qui est fatigué, accompagner à dîner celui qui rentre tard, pratiquer la correction fraternelle envers celui qui s'est montré négligent sur un point, tenir compagnie à un malade et prier avec lui, taire une remarque désobligeante ou une plaisanterie un peu lourde, bref se faire « tout pour tous, afin d'en sauver de toute manière quelques-uns » (1 Corinthiens 9, 22).

(à suivre...)

dimanche 10 janvier 2010

Être essentiellement eucharistique (1)

Être essentiellement eucharistique (1)

Un enfant de Dieu doit logiquement vivre avec le désir d'être « essentiellement eucharistique ». Il ne doit pas s'agir d'un désir vague, mois encore vain. D'un désir comparable à l'aspiration à un peu de repos ou à partir en vacances au Kazakhstan ! C'est un désir qui doit primer sur tous les autres, l'emporter sur eux, quels qu'ils soient, car « si quelqu'un veut venir à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et même sa propre personne, il ne peut être mon disciple » (Luc 14, 26). L'amour de la Volonté de Dieu doit passer avant tout le reste : (lire la suite) « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même » (Luc 10, 27).
Nous sommes appelés à être « essentiellement eucharistiques ». Essentiellement veut dire aussi existentiellement, c'est-à-dire dans et par notre style de vie, par notre tenue, le ton de nos conversations, le contenu de notre dialogue intérieur. Une façon d'être et d'exister, d'aller dans le monde qui nous ramène au tabernacle, le pôle aimanté de notre univers. Là où se trouve notre Amour, le Seigneur Jésus indissociable du Père et de l'Esprit Saint, Trinité unique que nous chérissons et adorons.
Dans une méditation prêchée le 6 janvier 1972, saint Josémaria nous invite à répéter la prière suivante : « Je crois en Dieu le Père, je crois en Dieu le Fils, je crois en Dieu le Saint-Esprit. J'espère en Dieu le Père, j'espère en Dieu le Fils, j'espère en Dieu le Saint-Esprit. J'aime Dieu le Père, j'aime Dieu le Fils, j'aime Dieu le Saint-Esprit. Je crois et j'espère en la Très Sainte Trinité et je l'aime. » (Mgr Echevarria, prélat de l'Opus Dei, Lettre pastorale, 1er juin 2008).
Être « essentiellement eucharistiques », c'est bien la meilleure façon d'être uni à la Très Sainte Trinité, de vivre en symbiose avec elle, en étroite dépendance de Dieu, soucieux de lui faire plaisir : Seigneur, « que je connaisse ce qui t'est agréable » (Sagesse 9, 10). Être « essentiellement eucharistiques », c'est faire de chaque journée qui se présente à nous, que Dieu nous offre, une action de grâce de vingt-quatre heures, une louange éperdument reconnaissante pour tous les bienfaits reçus de Dieu, etiam ignotis, précisait saint Josémaria, « même cachés » à nos yeux, etiam futuris, et « même futurs », tous ceux que Dieu nous accordera au long de notre existence, avec celui, essentiel, de la persévérance finale.

(à suivre...)

samedi 9 janvier 2010

Action de grâces (24)

Action de grâces (24)

Sanctus, Sanctus, Sanctus. Hosanna ! C’est tout ce que nous savons dire. Et aussi Alleluia ! Gloria ! C’est peu, très peu. Notre langage est bien pauvre pour te remercier, même s’il puise dans la Sainte Écriture et dans la liturgie. C’est bien peu de choses pour « Celui qui est, qui était et qui vient », pour Celui qui est « l’alpha et l’oméga » (Ap 1, 8), « le même hier, aujourd’hui et à jamais » (Hébreux 13, 8).
Et tu me dis : « D’un amour éternel je t’ai aimé ; (lire la suite) aussi t’ai-je conservé ma faveur » (Jérémie 21, 3). J’en suis ému, car je ne le mérite pas. Mais voilà la réalité : tu me conserves ta faveur et tu en donnes une preuve en venant me visiter chaque jour. Tu viens te livrer à moi, m’apportant de richissimes grâces. Tu viens voir si je suis prêt à t’accueillir et à faire un bout de chemin en ta compagnie. Tu viens t’assurer de mes bonnes dispositions et de ma fidélité. Tu viens quémander aussi un peu d’amour en retour, un peu de la considération qui t’est due.
Car c’est mon bien qui en dépend, ce bien que tu voudrais accroître sans restriction, sans hésitation de ma part. Je dois me rendre compte de la grandeur sublime de ce moment. Tu reviens pour m’appeler à te suivre, à t’emboîter le pas sur les chemins du monde pour les sanctifier. « Je t’ai appelé par ton nom, dis-tu encore ; tu m’appartiens » (Isaïe 43, 1). Que tu puisses me dire que je suis à toi, alors que tu es la Sagesse éternelle, la Bonté infinie, la Grandeur achevée, voilà qui me confond, moi qui me vois incapable de répondre adéquatement.
Mon ange gardien, réponds pour moi, rend grâces à Dieu à ma place pour cette nouvelle communion et pour tout ce qu’elle suppose d’Amour et de grâces, pour que je sache les faire passer dans ma vie, être généreux et payer de ma personne au service du Seigneur et des âmes.
Saint Joseph, tu as dû vivre dans une action de grâces permanente, en présence du Fils de Dieu qui s’ébattait et croissait en taille, en sagesse et en âge (cf. Luc 2, 52) sous ton toit. Aide-moi à louer Dieu par mon travail et mes occupations quotidiennes.
Et vous, Marie, faites que ma journée soit un Magnificat, à l’imitation du chant de louange et d’exultation, d’humilité et de reconnaissance que vous avez fait retentir chez votre cousine Élisabeth.

vendredi 8 janvier 2010

Arrêts sur christianisme (43)

Arrêts sur christianisme (43)

Quand nous critiquons une pensée comme celle des communistes, il faut que nous fassions très attention à rejeter ce qui est perversion et à ne pas rejeter ce qui est un héritage et une dégradation de notre pensée chrétienne. La foi dans un sens de l'Histoire, cette foi profonde qu'à travers toutes les révolutions, à travers tous les drames que nous traversons, il y a quelque chose qui mûrit, quelque chose qui se fait et qui va dans le sens du bien est essentiellement une vue chrétienne. C'est un devoir pour nous aujourd'hui, (lire la suite) au milieu de tous les désespoirs et de toutes les déceptions apparentes, de maintenir cet optimisme foncier, de le maintenir non seulement aussi mais plus que les autres, parce que nous savons plus que personne qu'à travers tous les drames la Cité de Dieu s'édifie mystérieusement, par des voies qui ne sont pas les nôtres, mais avec une certitude inflexible, parce que Dieu est fidèle à sa promesse. Nous savons que le Verbe de Dieu est à l'œuvre dans le monde, réalisant son plan, et que ce plan s'accomplira irrévocablement et que toutes les nations un jour seront réunies dans le royaume du Père.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 19-20.

jeudi 7 janvier 2010

Le feu du ciel (2)

Le feu du ciel (2)

Alors Jésus les arrête tout net dans leur exaltation dévastatrice et les remet en place « vertement », souligne saint Luc. Il est rare que les évangélistes nous montrent le Seigneur réagir avec cette énergie. C'est aussi le cas quand Pierre prétend, lui aussi dans une bonne intention, écarter Jésus de son chemin qui est celui de la mort sur la Croix : « Vade retro, Satana ! Arrière de moi, satan ! car tes sentiments ne sont pas ceux de Dieu, mais ceux d'un homme » (Marc 8, 33).
- Ne vous ai-je pas appris : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Matthieu 5, 44) ?
- Si, Seigneur. (lire la suite)
- Et ces Samaritains, sont-ils vos ennemis ?
- Non. Ils sont de notre race, même s'ils adorent Dieu sur le mont Garizim et non au Temple.
- Vous ont-ils persécutés ?
- Pas davantage. Ils ne veulent pas te recevoir chez eux.
- Ne devez-vous donc pas à plus forte raison les aimer et prier pour eux ?
Les disciples baissent la tête et avouent :
- Oui, Maître.
- Que vous ai-je dit de faire quand je vous ai envoyés en mission, demande-t-il à Jacques et à Jean.
- D'annoncer le royaume et de guérir toutes les maladies, répond Jacques.
- En ton nom, précise Jean.
- Oui, mais encore, que deviez-vous faire, et qu'avez-vous fait d'ailleurs, quand on ne vous accueillait pas quelque part ?
- Sortir de la ville et secouer sur ses habitants la poussière de nos pieds en témoignage du refus essuyé (cf. Luc 5, 9).
- Exact. Je ne vous ai pas demandé de proférer mon nom pour maudire et anéantir des villages.
- Non Seigneur. Tu as raison.
- Vous voyez bien que la situation est la même.
- Oui, répond Jacques.
- On refuse de nous accueillir aujourd'hui aussi. Aujourd'hui, comme voilà quelques semaines, agissez en artisans de paix, en hommes de bien. Et si cela peut vous soulager, allez-y, secouez maintenant la poussière de vos sandales.
Mais Jacques et Jean ne le font pas. La leçon du Maître est suffisamment éclairante pour qu'ils ne cherchent plus à se distinguer.

(fin)

mercredi 6 janvier 2010

Le feu du ciel (1)

Le feu du ciel (1)

« Comme se faisait proche le jour où il allait être enlevé de ce monde, il prit résolument la direction de Jérusalem, et il envoya des messagers en avant. Étant partis, ils entrèrent dans un bourg des Samaritains pour lui préprer le gîte ; mais on ne l'y reçut pas, parce qu'il faisait route vers Jérusalem » (Luc 9, 51-53). Pour aller de Galilée à Jérusalem, il fallait nécessairement traverser la Samarie, si l'on ne voulait pas faire un grand détour qui, outre d'être fatigant, aurait retardé le jour de l'arrivée dans la Ville Sainte. (lire la suite)
« Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume ? » Mais, se retournant, il les reprit vertement. Et ils partirent pour un autre bourg » (Luc 9, 54-56). Jésus n'aurait pas laissé ses apôtres commander au feu du ciel de détruire un village en Israël. Il le leur interdit aussi pour un village d'hérétiques. Il est venu sauver, non perdre (cf. Jean 12, 47).
Jacques et Jean sont remplis de zèle pour Dieu. On les comprend : la vie avec Jésus-Christ est enthousiasmante et enflamme le cœur pour les affaires de Dieu, « le zèle pour ta maison m'a consumé » (Psaume 69, 10). Il n'y a pas bien longtemps de cela, Jésus avait envoyé les Douze en leur conférant « plein pouvoir sur tous les démons, ainsi que le don de guérir les maladies. Et il les envoya proclamer la venue du royaume de Dieu et opérer des guérisons » (Luc 9, 1-2).
Il les a dépêchés pour préparer sa propre venue dans la contrée, en faisant le bien, en abondance, non le mal. En se mettant au service des populations, non en les anéantissant. Faire le bien, faire du bien aux autres est le propre d'un homme de Dieu, la marque distinctive de sa condition d'envoyé de Dieu. C'est d'ailleurs ce que les foules disent à juste titre de Jésus : « Il a tout fait à la perfection » (Marc 7, 37). Mais c'est le fruit de leur expérience quotidienne.
Les apôtres ont constaté que le pouvoir de Dieu s'exerçait bien par leur intermédiaire, ils ont réalisé des miracles, chassé des démons, comme le Seigneur. Ils se sentent forts maintenant, capables de n'importe quoi. Mais ils oublient que cette puissance n'est pas à eux, mais qu'elle leur est prêtée : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu ? » (1 Corinthiens 4, 7).
C'est pourquoi face à ce village de Samarie dont les autorités refusent d'accueillir le Maître et ceux qui l'accompagnent, au mépris des lois les plus élémentaires de l'hospitalité, et en outre font un affront au Fils de Dieu, ils sont prêts à intervenir avec vigueur.

(à suivre...)

mardi 5 janvier 2010

Le testament de Jésus et son codicille

Le testament de Jésus et son codicille

« Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. C'est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jean 13, 34-35). Ce « commandement nouveau » que Jésus confie à ses apôtres peu avant de prendre congé d'eux pour nous aimer « jusqu'au bout » (Jean 13, 1), est souvent qualifié de « testament de Jésus ». C'en est manifestement un. D'autant que Jésus s'est attaché plus d'une fois à nous faire saisir que tout ce que renferment la Loi et les prophètes se résume au commandement de l'Amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. (lire la suite) C'est là le plus grand commandement et le premier. Mais un second lui est égal : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. C'est sur ces deux commandements que reposent toute la Loi et aussi les Prophètes » (Matthieu 22, 36-40).
Mais comment pourrions-nous pratiquer ce commandement si Jésus ne nous venait pas en aide ? Seuls, nous en sommes bien incapables. Il suffit d'examiner notre conduite et, plus encore, de regarder comment les gens vivent leurs relations quotidiennes, qui sont souvent conflictuelles, heurtées, pour en être convaincus.
C'est pourquoi Jésus ajoute un codicille à ce testament. Il est déjà cloué au gibet de la Croix, sur le point d'expirer. Mais il trouve encore la force de regarder sa Mère, qui se tenait là, à ses pieds, « et auprès d'elle, le disciple qu'il aimait, et de dire à sa Mère : « Femme, voici ton fils. » Puis de dire au disciple : « Voici la Mère » (Jean 19, 26-27). « Le Seigneur la donne comme Mère au disciple bien-aimé et, en lui, à nous tous. À chaque époque, les chrétiens ont entendu avec gratitude ce testament de Jésus et, auprès de la Mère, ont toujours trouvé à nouveau cette sécurité et cette espérance réconfortante, qui nous rend heureux en Dieu et joyeux dans notre foi en lui » (Benoît XVI, Homélie à Ratisbonne, 12 septembre 2006).
L'âme est heureuse et en paix, en effet, quand elle aime et prie. « Il est nécessaire, pour la vie des personnes comme pour la coexistence sereine et pacifique de tous, de considérer Dieu comme le centre de notre vie personnelle » (Benoît XVI, Angélus, 10 septembre 2006). Or, « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 16). Que Dieu soit le centre de notre existence signifie aimer Dieu, tâcher au moins d'aimer Dieu par-dessus tout, comme il nous a aimés, de rechercher la compagnie de Dieu par Marie, qui a fait, et continue de faire éternellement l'expérience de l'Amour de Dieu.
« À partir de ce moment, le disciple la prit chez lui » (Jean 19, 27). La vie de Jean et de Marie est indissociable. La vie du disciple ne peut être séparée de celle de la Mère. « Nous accueillons nous autres Marie comme l'étoile de notre vie qui nous introduit dans la grande famille de Dieu. Oui, celui qui croit n'est jamais seul » (Benoît XVI, Homélie, 12 septembre 2006). Celui qui aime n'est jamais seul. Parce que l'Amour s'identifie à Dieu et que Dieu est tri-Personnel.