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lundi 2 décembre 2013

Connaître en écoutant (6)

Connaître en écoutant (6)

Certes, notre sainteté ne saurait causer celle d’autrui, car toute sainteté provient de Dieu, est un don gratuit de sa part. mais il s’en sert comme d’un canal, d’un vecteur pour toucher les âmes de ceux qui nous entourent ou que nous approchons d’une façon ou d’une autre. « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous soyez, vous aussi, en communion avec nous ; nous sommes, nous, en communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ » (1 Jean 1, 3). En définitive, aimer Dieu et notre prochain, m’est avis que c’est tout un. Tout se résume à cela, car le deuxième commandement est égal au premier (lire la suite) (cf. Matthieu 22, 39). Ils sont inséparables. « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et on amour atteint en nous sa perfection. […] Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu, qu’il ne voit pas » (1 Jean 4, 12.20). Il existe deux aspects ou dimensions de la gloire divine, une intérieure à la Très Sainte Trinité, l’autre extérieure. « Ce que la Bible appelle « gloire de Dieu » (kabod Yahvé, doxa tou Theou) est avant tout Dieu lui-même : la « gloire intérieure » […], la perfection infinie de la Divinité dans la Trinité de Personnes [..], la plénitude de Vérité et d’Amour dans la contemplation et la donation réciproques (et par conséquent dans la communion) du Père, du Fils et du Saint-Esprit […]. Avec la création du monde commence une nouvelle dimension de la gloire de Dieu, appelée « extérieure » pour la distinguer de la précédente » (bx Jean-Paul II, Discours, 12 mars 1986). C’est bien à ce deuxième niveau que nous pouvons et devons intervenir. Mais pas uniquement en louant Dieu et en le servant par toute notre vie, mais aussi en participant à cette gloire, par la divinisation que la grâce sanctifiante opère progressivement dans notre âme et qui découle de notre condition d’enfant de Dieu, comme une exigence même de celle-ci, pourrions-nous dire, même si aucune obligation de justice n’existe à strictement parler en ce sens de la part de Dieu. La gloire de Dieu est Dieu lui-même en tant qu’il se manifeste aux hommes. « Il se forma une nuée – au moment où Jean baptise le Seigneur – qui les enveloppa de son ombre, et une voix vint de la nuée : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : Écoutez-le ! » (Marc 9, 7). (à suivre…)

vendredi 5 juillet 2013

Aimer ses ennemis (2)

Aimer ses ennemis (2)

« Qu’y a-t-il de commun dans ces deux cas ? Essentiellement la dissymétrie de la relation. Dans le premier cas, je dois traiter l’autre (l’inférieur) non pas comme un inférieur, ce qui pervertit la charité, mais comme un égal : s’il ne l’est pas, il doit le devenir. Dans le deuxième cas, je dois considérer l’autre non pas sous l’angle de l’ennemi, ce qui rend la charité impossible, mais du frère : il ne l’est pas encore, il est appelé à le devenir, et la charité anticipe sur cet avenir espéré. Pour Augustin, la sollicitude pour l’autre sans l’estime est une aliénation qui menace aussi de pervertir la charité » (M. Neusch, Saint Augustin. L’amour sans mesure, Le Muveran, Parole et Silence, 2001, p. 150. « Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 5, 20). Le Seigneur s’élève contre la justice purement légaliste, formelle, consistant à s’acquitter d’obligations sans y mettre le cœur, à accomplir des devoirs par crainte des châtiments qui accompagneraient inéluctablement leur non observance. (lire la suite) Comme il venait tout juste de le déclarer, « ne pensez pas que je sois venu abroger la Loi et les Prophètes. Je ne suis pas venu abolir, mais parfaire » (v. 17). Or, cette perfection que notre Seigneur apporte, cette correction qu’il introduit n’est autre que l’Amour. La loi nouvelle est une Loi d’Amour. Dieu se révèle, non pas comme un vengeur ou un justicier impitoyable, mais comme un Père qui aime tendrement ses enfants et qui veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, grâce à son Fils dans l’effusion de l’Esprit d’Amour. C’est pourquoi le Christ nous donne une indication pratique : « Si donc tu viens présenter ton offrande à l’autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis, reviens présenter ton offrande » (v. 23-24). Le Seigneur ne nous dit pas : « Si tu te souviens que toi, tu as quelque chose contre ton frère », ce qui, en soi, serait un bon motif pour déposer notre offrande et offrir la réconciliation à notre frère. Mais il inverse les termes du rapport : « Si tu te souviens que ton frère à quelque chose contre toi … » La démarche est encore plus engageante et plus héroïque. Cela n’est en rien chose aisée. Parce que le frère dont il est question, et qui est celui qui a quelque chose contre nous, ce n’est pas seulement un membre de notre famille, de notre communauté paroissiale…, mais c’est tout homme. La demande poignante de Jésus à son Père concerne tous les hommes de toutes les générations : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). (à suivre…)

lundi 18 juin 2012

Amour de Dieu et du prochain (3)

Amour de Dieu et du prochain (3)

Le Christ n’avait-il pas lancé cette invitation pressante et exigeante : « Bienheureux serez-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on vous calomniera de toute manière à cause de moi ! Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » ? (Matthieu 5, 11-12). Comment dans ces conditions en vouloir à ceux qui s’en prennent ainsi à Jésus à travers notre modeste personne, s’ils nous aident à accéder à la patrie céleste ? N’est-il pas logique que le Seigneur nous demande de les aimer et de prier pour eux ? Ne deviennent-ils pas en quelque sorte nos bienfaiteurs, peut-être même plus que ceux qui nous veulent du bien ?
Nous constatons souvent que notre foi catholique (lire la suite) nous fait entrer dans une logique qui n’est pas celle du monde et qui, surtout, échappe à la « prudence de la chair » (Romains 8, 6) que dénonce saint Paul. Si notre Seigneur a précisé ainsi le rayon d’action de notre amour du prochain, il en a aussi indiqué la mesure : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres, et que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés », ajoutant, pour que l’idée pénètre bien à fond dans le cœur et dans l’esprit de ses apôtres : « C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jean 13, 34-35). Tous le reconnaîtront, même ceux qui sont mus par la haine de Dieu et qui, de ce fait, se déchaîneront peut-être contre nous, comme ils s’en sont pris au Seigneur pour le clouer sur la Croix. « Comme je vous ai aimés », pas seulement vous, mes apôtres, mais tous les hommes de toutes les générations. « C’est à cela que nous avons reconnu l’amour : Celui-là a donné sa vie pour nous » (1 Jean 3, 16). Et « c’est quand nous étions encore pécheurs que le Christ est mort pour nous » (Romains 5, 8). C’est pourquoi l’Apôtre nous exhorte : « Vivez dans la charité, à l’exemple du Christ qui vous a aimés et s’est livré lui-même pour vous en offrande et en Sacrifice d’agréable odeur fait à Dieu » (Éphésiens 5, 2). Par suite, « nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères » (1 Jean 3, 16). Or, nos frères, ce ne sont pas seulement ceux avec qui nous partageons la même foi et qui le sont à un titre tout spécial et privilégié, mais aussi tous les hommes, que le Seigneur a aimés, jusqu’au bout » (Jean 13, 1). Il a prié pour ses bourreaux et pour tous ceux qui, à un degré ou un autre, ont été responsables de sa mise à mort : « Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 12, 34). Aimer comme le Christ nous a aimés implique donc d’avoir cette même magnanimité et de savoir pardonner, car, loin de penser à nous-mêmes, nous voulons ardemment et sincèrement le salut des autres. (fin)

dimanche 17 juin 2012

Amour de Dieu et du prochain (2)

Amour de Dieu et du prochain (2)

Comment serait-il possible que nous nous en rendions compte et que nous percevions combien Dieu nous aime, sans devenir à notre tour fous d’amour ? Il faut laisser ces vérités de notre foi imprégner notre âme jusqu’à ce qu’elles transforment toute notre vie. Dieu nous aime ! Lui, le Tout-Puissant, l’Omnipotent, qui a fait le ciel et la terre » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 144). Nous nous rendons compte ainsi que l’amour de Dieu nous ouvre à l’amour du prochain et que si nous critiquons celui-ci, si nous en pensons et en disons du mal, si nous participons à la médisance, si nous avons du mal à l’accepter tel qu’il est, avec ses défauts, c’est le signe que notre amour de Dieu est trop faible. C’est par là qu’il faut commencer : « Augmente en nous la foi » (Luc 17, 5), ainsi que la charité et l’espérance. (lire la suite)
« Un second [commandement] lui est égal : Tu aimeras ton proche comme toi même » (Matthieu 22, 39). Ce commandement invite donc à aimer le prochain quel qu’il soit. Le Seigneur a lui-même illustré son propos pour bien nous en faire comprendre la portée en quelque sorte illimitée. Comparant la Loi nouvelle qu’il vient instaurer et qui est une Loi d’Amour, à la Loi ancienne, qui vient aussi de lui et garde son actualité, il précise en quel sens elle doit être perfectionnée. Pour le point qui nous intéresse directement ici, il proclame : « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton proche, et tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous deveniez enfants de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes. Si en effet vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? » (Matthieu 5, 43-47). Puis il ajoute, en conclusion de tout l’enseignement prodigué ce jour-là sur la montagne, « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5, 48), c’est-à-dire soyez saints comme votre Père du ciel est saint. Aimer son prochain, tout prochain indistinctement, est donc un gage de sainteté, et indéniablement aussi un signe de sainteté. Parce que ce n’est ni évident ni facile. « Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez, mais ne maudissez pas » (Romains 12, 14). Comme saint Paul l’écrira, recueillant l’expérience des communautés chrétiennes : « Insultés, nous bénissons ; persécutés, nous supportons ; calomniés, nous encourageons » (1 Corinthiens 4, 12-13). (à suivre…)

samedi 16 juin 2012

Amour de Dieu et du prochain (1)

Amour de Dieu et du prochain (1)

« Les Pharisiens, ayant appris que Jésus avait réduit au silence les Sadducéens, se rassemblèrent. Et l'un d'eux, docteur de la loi, lui demanda pour l'embarrasser : « Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? » Il lui dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est là le plus grand et le premier commandement. Un second lui est égal : Tu aimeras ton proche comme toi-même. En ces deux commandements tient toute la Loi, et les Prophètes » (Matthieu 22, 34-40). La question lui est posée pour l’embarrasser. Les pharisiens se sont réunis pour réfléchir au piège à lui tendre. Ils pensent avoir trouvé un cas particulièrement épineux et compromettant. Pourtant la réponse à la question posée va de soi pour n’importe quel Juif pratiquant, un tant soit peu au fait de la Loi. Peut-être s’attendaient-ils à ce que Jésus énonce une nouveauté, un enseignement non orthodoxe à leur goût. Mais il n’est pas venu abolir la Loi ou les prophètes, « mais les parfaire » (Matthieu 5, 17).
(lire la suite) Or, du mal Dieu peut tirer du bien. Jésus réunit deux commandements épars dans le Deutéronome et le Lévitique et montre qu’ils résument toute la Loi et les prophètes. Saint Marc met la question dans la bouche d’un scribe et apporte comme conclusion que Jésus, « voyant qu'il avait répondu judicieusement, lui dit : « Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n'osait plus lui poser de questions » (Marc 12, 34). Selon saint Luc, il « lui dit : « Tu as bien répondu : fais cela et tu vivras » (Luc 10, 28). Ce que Dieu attend de nous, c’est donc que nous essayions de vivre ces priorités, d’en faire notre nourriture quotidienne. Nous savons que nous avons en Jésus-Christ le modèle de l’Amour parfait, total, sans exclusive, inébranlable, infini, de Dieu comme du prochain. Ce n’est qu’en regardant le Fils unique de Dieu qui s’est incarné par amour pour nous, que nous apprendrons « à comprendre un petit peu ce qu’il y a dans ce cœur de Dieu qui s’anéantit, qui renonce à manifester son pouvoir et sa majesté, pour se présenter à nous sous la forme d’un esclave (cf. Philippiens 2, 6-7). En employant le langage de tous les jours, nous pourrions dire que Dieu dépasse les bornes, puisqu’il ne se limite pas à ce qui serait essentiel ou indispensable pour nous sauver ; il va plus loin. L’unique forme de conduite ou de mesure qui nous permet de comprendre tant soit peu cette manière d’agir de Dieu, c’est de nous rendre compte qu’elle manque de mesure, de concevoir à quel point elle naît d’une folie d’amour qui le pousse à prendre notre chair et à se charger du fardeau de nos pêchés. (à suivre…)

dimanche 15 avril 2012

Le pardon (2)


Le pardon (2)

Mais la mesure de Dieu n’est pas celle des hommes. « Un jour pour le Seigneur est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour » (1 Pierre 3, 8). Et le Seigneur pourrait nous adresser bien souvent ce reproche : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais uniquement celles des hommes » (Matthieu 16, 23). C’est pourquoi Pierre écoute la réponse du Christ avec stupéfaction : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix-sept fois sept fois » (Matthieu 18, 22). Il est totalement estomaqué, parce qu’il perçoit que cela signifie indéfiniment, toujours, sans la moindre limitation d’aucune genre. Lui qui s’imaginait avoir fait un grand pas en avant en arrivant à sept fois, il se sent tout petit. Il comprend qu’il a encore du chemin à parcourir pour suivre pleinement le Maître, qu’il doit apprendre beaucoup.
Jésus enseigne à ne pas mettre de limite à l’amour fraternel (lire la suite) et à agir avec bonté envers tous, comme Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur ceux qui ne le sont pas » (Matthieu 5, 45). Qui sait si, du coup, quelques-uns des méchants ne finiront pas par changer de comportement ?
Ce que Lamek avait dit à ses femmes dans les temps anciens était manifestement tombé dans l’oubli : « Sept fois Caïn sera vengé, mais Lamek septante fois sept fois » (Genèse 4, 24). Cela se perdait dans la nuit des temps. Et qui donc en Israël s’en souvenait ? Alors Pierre est excusable de ne pas se le rappeler. Peut-être a-t-il tout simplement voulu s’aligner sur l’affirmation du livre sacré : « Le juste tombe sept fois » (Proverbes 24, 16).
Jésus ne se limite pas à fixer une mesure. Il précise encore comment la mettre en pratique. Pierre comprend que sa portée est quasiment illimitée. Il doit découvrir aussi qu’elle est d’une application permanente, à répétition, s’il le faut. Parce que la charité, la plus grande des vertus (cf. 1 Corinthiens 13, 13), d’où procède le pardon des offenses commises par autrui et de ses comportements en soi répréhensibles, « excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout » (1 Corinthiens 12, 7).
De plus, Pierre pouvait-il ignorer que « l’amour couvre toutes les fautes » (Proverbes 10, 12) ? J’allais dire que c’était le b-a-BA des enfants d’Israël.

(à suivre…)

mardi 17 janvier 2012

L’Amour de Dieu (3)


L’Amour de Dieu (3)

Nous devons imiter dans notre apostolat la façon de faire de notre Dieu : ne cherchons pas notre satisfaction personnelle mais à faire plaisir à l’autre, à lui apporter quelque chose, à l’enrichir. Nous savons que nous lui apportons les biens essentiels. Nous n’agissons pas pour nous, mais de façon gratuite, comme Dieu envers nous, de façon désintéressée, en étant prêts à tous les sacrifices nécessaires, comme Dieu aussi, qui nous envoie son propre Fils, lequel, « après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jean 13, 1). Il n’existe pas de limite aux efforts à consentir. Nous voyons que les racines de notre apostolat sont profondes, très profondes : l’amour de Dieu pour nous, sans condition, qui n’attend rien en retour, si ce n’est peut-être, très certainement, des déceptions… (lire la suite)
Aimer Dieu implique aussi que nous prenions les moyens de la lutte ascétique et que nous cherchions de façon pratique comment montrer cet amour dans les faits. « Nous avons deux principaux exercices de notre amour envers Dieu, l’un effectif et l’autre affectif. Par celui-là, nous affectionnons Dieu et ce qu’il affectionne ; par celui-ci, nous servons Dieu et faisons ce qu’il nous ordonne » (saint François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, l. 6, chap. 1).
Que ce soit donc un amour pratique. « De tous les mouvements de l’âme, de ses sentiments et de ses affections, l’amour est le seul qui permette à la créature de répondre à son créateur, sinon d’égal à égal, du moins de semblable à semblable. Si par exemple Dieu est irrité contre moi, je ne répliquera pas par la même colère, mais par la crainte, le tremblement, l’imploration du pardon. S’il m’accuse, je ne l’accuserai pas à mon tour, je chercherai à me justifier. Et s’il me juge, je ne le jugerai pas, je l’adorerai. En me sauvant, il ne me demande pas de le sauver en retour, et celui qui nous libère tous n’a besoin d’être libéré par personne. S’il me parle en maître, j’ai à lui obéir, non à exiger de lui qu’il se fasse mon serviteur. Vous voyez bien vous-mêmes qu’il en va tout autrement de l’amour. Lorsque Dieu aime, il ne veut rien d’autre qu’être aimé, car il n’aime que pour qu’on l’aime, sachant que ceux qui l’aimeront accèderont par là-même à la béatitude » (saint Bernard, In Cantica, sermon 83, 4, trad. d’A. Béguin, Paris, Le Seuil, 1953, p. 849-850).

(fin)

dimanche 10 avril 2011

Du bon usage de la charité (1)

Du bon usage de la charité (1)

Nous lisons au livre des Proverbes que « la haine suscite des querelles », ce qui n’est que trop évident aussi bien dans le monde en général que, parfois, dans l’entourage professionnel ou autre ; « mais l’amour couvre toutes les fautes » (Proverbes 10, 12). Cette affirmation semble bien hardie. Mais saint Pierre la reprend à son compte en la nuançant quelque peu : « Soyez donc avisés et vigilants pour vaquer à la prière. Avant tout, pratiquez de façon continue l’amour mutuel, car l’amour obtient le pardon d’une masse de péchés » (1 Pierre 4, 7-8). « Une masse de péchés » n’est pas exactement « toutes les fautes ». Mais c’est quand même impressionnant.
Ces paroles sont révélées, ne l’oublions pas. (lire la suite) Elles montrent donc l’importance que Dieu accorde à l’amour mutuel, à l’affection fraternelle. Bien sûr, nous n’aimons pas seulement en vertu de ce côté « intéressé ». Mais il n’est pas négligeable en soi. C’est comme un stimulant que nous recevons de Dieu, une assurance de sa part qu’il tiendra compte de tous nos gestes d’amour envers le prochain. Il l’a d’ailleurs affirmé explicitement, avec un exemple qui a dû surprendre une fois de plus son auditoire, parce que son enseignement était à la fois limpide et si simple à mettre en pratique : « Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et que nous t’avons donné à manger, avoir soif et que nous t’avons donné à boire ? Quand est-ce que nous t’avons vu sans foyer et que nous t’avons recueilli, nu et que nous t’avons vêtu ? Quand est-ce que nous t’avons vu malade ou en prison et que nous sommes allés te voir ? » Et le roi leur répondra : « En vérité, je vous le dis : Autant de fois que vous l’avez fait pour le moindre de mes frères que voici, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 37-40).

(à suivre…)

lundi 3 janvier 2011

L’amour du prochain et le ciel (2)

L’amour du prochain et le ciel (2)

Les impies, c’est-à-dire les païens, les hommes englués dans les affaires de ce monde, les hommes matérialistes et hédonistes, n’entendent rien à cela et vivent égoïstement. Ils ne se soucient pas des autres, dont ils ne cherchent qu’à tirer profit et qui ne les intéressent qu’autant qu’ils peuvent en tirer quelque avantage. « Ils n’ont aucun goût pour considérer cette assemblée désirable des citoyens d’en haut ; jamais, dans une rayonnante ardeur, leur regard ne se porte sur ces fastes de la solennité intérieure et, dans l’intime de leur cœur, point d’aile contemplative qui les soulève. Ils sont les esclaves des seules choses visibles ; ils n’entendent rien, au-dedans, de cette douceur céleste, parce que le vacarme des affaires du siècle bouche l’oreille de leur cœur et les rend sourds » (saint Grégoire le Grand, Morales sur Job 30, 5, 21). Ils ont le cœur endurci (lire la suite) et les oreilles bouchées pour voir et entendre les besoins des autres, et surtout pour y être sensibles.
Or, le christianisme, dès ses origines, s’est appliqué à mettre en pratique ce testament du Seigneur. Il est émouvant de voir comment Paul stimule la générosité des Eglises, même pauvres comme celles de Macédoine, pour venir en aide à plus pauvres qu’elles, les chrétiens de la communauté de Jérusalem (2 Corinthiens 8-9). Nous avons là un exemple d’un amour non théorique mais bien réel, qui amène à savoir se priver non seulement du superflu, mais même parfois du nécessaire : les Macédoniens ont donné « au-delà de leurs moyens » (2 Corinthiens 8, 3).
Puisque seule la charité subsistera au ciel (1 Corinthiens 13, 13), accumulons pour l’éternité en vivant la charité – la solidarité disent les laïcs – envers notre prochain. Ainsi nous pouvons nous réjouir avec notre prochain en Dieu, sans fin.
Quel regard est-ce que je jette sur mon prochain ? En quoi est-ce que donne ma vie pour ceux qui m’entourent ? Quels sacrifices est-ce que je consens pour ceux qui sont nécessiteux ? Suis-je prêt à être jugé sur l’amour mis dans la vie de tous les jours ? C’est à cela que l’on nous reconnaît pour disciples du Christ (Jean 13, 35), pour des chrétiens authentiques, dignes de ce nom.

(fin)

dimanche 2 janvier 2011

L’amour du prochain et le ciel (1)


L’amour du prochain et le ciel (1)

Le Seigneur nous a laissé pour testament le « commandement nouveau » de l’amour mutuel. Lui qui nous a aimés jusqu’au bout » (Jean 13, 1), il attend que nous nous aimions les uns les autres comme il nous a aimés (Jean 13, 34). Cette communauté dans l’amour est une anticipation de celle qui existe au ciel, de ce en quoi consiste la vie au paradis. La béatitude éternelle présente un caractère social, elle est une union, une communion de personnes réunies autour du Dieu Un et Trine, dans une louange éternelle.
Vivre la charité entre nous est donc une façon magnifique de préparer la Jérusalem céleste. (lire la suite) « Aimons donc le prochain, mes frères, aimons celui qui est tout près de nous, afin que nous puissions parvenir à l’amour de Celui qui est au-dessus de nous. Que l’âme prémédite en son prochain cela même qu’elle offre à Dieu, pour qu’elle mérite parfaitement de se réjouir avec le prochain en Dieu. C’est alors que nous parvenons à cette liesse de l’assemblée d’en-haut, en perspective de laquelle nous avons maintenant reçu le gage de l’Esprit. Tendons de tout notre amour à cette Fin en laquelle nous nous réjouirons sans fin ! La se trouve la sainte société des citoyens du ciel, la solennité certaine, la sécurité du repos, la paix véritable qui ne nous est plus laissée désormais, mais donnée » (saint Grégoire le Grand, Homélies sur l’Evangile 30, 10).
Ce repos et cette paix dépendent donc de notre capacité à aimer nos frères tels qu’ils sont, simplement parce qu’ils sont nos frères, parce qu’il s’agit d’enfants de Dieu comme nous, appelés comme nous à la gloire du ciel, si Dieu leur en fait la grâce et s’ils acceptent d’y répondre.

(à suivre…)

mardi 19 octobre 2010

Le mépris du prochain (2)

Le mépris du prochain (2)

L’autre a mal agi ? Je ne dois pas le condamner. Ce n’est pas mon rôle. Ce que je peux faire, et dois faire, c’est lui tendre une main charitable, c’est lui pardonner s’il m’a offensé, c’est chercher à le comprendre et à excuser son attitude. La charité « excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout » (1 Corinthiens 13, 7). Voilà la véritable réaction d’un enfant de Dieu.
Le mépris d’autrui est incompatible avec la charité. Comment pouvons-nous oser, (lire la suite) en effet, mépriser notre prochain, notre semblable ? En nous appuyant sur quel principe ? Au nom de quelle autorité ? Peut-être convient-il de nous demander si l’autre n’a pas agi comme il l’a fait de ma faute, parce que je n’ai pas su l’aider au moment opportun, parce que je ne lui ai pas donné le bon exemple, parce que je n’ai pas prié pour lui… Plus que de m’en prendre à lui, c’est donc contre moi-même que je dois me retourner. C’est moi qui dois battre ma coulpe. Les autres ne sont pas meilleurs parce que je ne m’efforce pas sérieusement d’être meilleur moi-même. Sachant que l’exemple, le bon exemple, a une grande portée.
Notre indignation première est compréhensible dans un premier temps. Mais elle ne nous autorise pas à pontifier ni à nous présenter comme modèle de vertu. Qu'elle produise donc une réaction surnaturelle, empreinte d’affection véritable et d’un désir sincère d’aimer chacun comme sa propre mère l’aime, c’est-à-dire avec une affection qui sait passer par-dessus beaucoup de faiblesses. En escomptant que son enfant les reconnaîtra et y portera remède.

(fin)

lundi 18 octobre 2010

Le mépris du prochain (1)


Le mépris du prochain (1)

Nous avons vite fait de condamner quelqu’un dont la conduite est répréhensible, ou nous paraît telle du moins. Je ne commenterai pas ici la parabole de la paille et de la poutre : « Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère, et ne remarques-tu la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment (peux-tu) dire à ton frère : « Laisse-moi ôter la paille de ton œil », lorsqu'il y a une poutre dans ton œil ? Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras à ôter la paille de l'œil de ton frère » (Matthieu 7, 3-5). Mais cette parabole est très illustrative de notre façon de réagir. (lire la suite) « Conducteurs aveugles, qui filtrez le moustique, et avalez le chameau ! » (Matthieu 23, 24). Autrement dit, nous réagissons avec deux poids et deux mesures. Peut-être de façon plus ou moins consciente. Mais cela ne sous absout pas pour autant.
« D’accord ! je l’admets : cette personne s’est mal comportée ; sa conduite est répréhensible et indigne ; on voit qu’elle manque de toute distinction.
— Humainement parlant elle ne mérite que mépris ! as-tu ajouté.
— Oui, j’insiste : je te comprends, mais je ne soutiendrai pas ta dernière affirmation. Cette pauvre vie est sacrée ; le Christ est mort pour la racheter ! Si lui il ne l’a pas méprisée, comment peux-tu oser le faire, toi ? » (saint Josémaria, Sillon, n°760).
Tel devrait être, en effet, le point de départ de notre raisonnement. Puisque Dieu ne méprise pas les hommes, qu’il n’en rejette aucun, mais qu’il entend, bien au contraire, en sauver le plus grand nombre (cf. 1 Corinthiens 9, 22), tous ceux qui le veulent bien, nous sommes mal placés pour mépriser les autres. D’ailleurs, qui est plus méprisable que nous-mêmes, pécheurs que nous sommes ? Et ce, malgré toutes les grâces dont nous avons bénéficié jusqu’ici.
Et pourtant Dieu ne nous repousse pas. Il continue de dire : « Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi, car le royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent » (Matthieu 19, 14), les petits enfants que nous sommes dans la vie spirituelle. Du moins, il faut espérer que nous nous comportons comme tels, que nous sommes conscients et fiers d’être des enfants de Dieu.

(à suivre…)




mardi 12 janvier 2010

Être essentiellement eucharistique (3)

Être essentiellement eucharistique (3)

Être « essentiellement eucharistiques », c'est se donner aux autres, comme le Christ s'est donné à nous : « Je vous donne un commandement nouveau : Que vous vous aimiez les uns les autres, et que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13, 34). Une recharge spirituelle qui nous permet d'être spirituellement en forme toute la journée, voire même physiquement... Et qui nous communique toutes les énergies dont nous avons besoin. Absolument toutes. Si nous pensons le contraire, c'est que nous manquons de vision surnaturelle et de foi, et qu'il convient de revenir au tabernacle. « Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. (lire la suite) En outre, avec la tentation, il vous ménagera aussi la possibilité d'y échapper en ayant la force de la supporter » (1 Corinthiens 10, 13). Le Christ a surmonté la tentation, l'épreuve titanesque de son Agonie, victoire qui a débouché sur le Sacrifice de la Croix, le Sacrifice eucharistique. Si nous hésitons, revenons à la messe, allons retrouver le Seigneur qui nous dit et nous répète, avec un sourire plus qu'encourageant : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau : c'est moi qui vous soulagerai » (Matthieu 11, 28).
Et si, malgré tout, nous ne nous sentons pas la force de faire cette démarche, qui est pourtant une démarche toute d'amour, à la rencontre de l'Amour personnifié et réellement présent dans l'Eucharistie, empruntons le raccourci qu'est la dévotion filiale envers Marie, la très Sainte Vierge, à la fois Mère charnelle du Christ et Mère spirituelle de chacun de nous.

(fin)

lundi 11 janvier 2010

Être essentiellement eucharistique (2)

Être essentiellement eucharistique (2)

Être « essentiellement eucharistiques », c'est, lisons-nous dans le texte de la méditation évoquée ci-dessus, recharger notre énergie spirituelle, pour rester de façon habituelle dans l'intimité confiante avec la Très Sainte Trinité, tout au long de la journée. Une recharge, un réservoir de forces, de grâces, d'Amour en définitive. Tout l'amour dont nous avons besoin, cet amour qui doit être le moteur premier de tous nos actes, au risque de courir en vain : « Tenez ferme la Parole de vie. Dès lors je pourrai me glorifier, au Jour du Christ, de n'avoir pas couru en vain, ni peiné en vain » (Philippiens 2, 16). (lire la suite)
Être « essentiellement eucharistiques », c'est, à partir de cet Amour de Dieu reçu et communiqué dans la sainte Communion et dans l'intimité qui en sort renforcée avec chacune des trois Personnes divines, c'est à partir de cela prêter une intense attention à nos frères, peut-être par de toutes petites marques d'attention et d'affection, mais des marques bien réelles, qui font partie des dons etiam ignotis de nous.
Parce que, être « essentiellement eucharistiques », c'est entrer de plain-pied dans le Sacrifice du Christ pour l'humanité, c'est avec saint Paul, compléter dans notre chair ce qui manque aux souffrances du Christ « pour son Corps qui est l'Église » (Colossiens 1, 24). C'est accepter, de plein gré, de bon gré, parce que j'en ai envie, ce qui « est la plus surnaturelle des raisons », disait saint Josémaria, ou parce que j'en ai eu envie un jour, ce qui suffit largement à poursuivre le chemin entrepris. Parce que j'ai envie que les autres soient saints. Ce qui est la même chose que dire : « Je veux que les autres soient saints. » Et si je le veux, je dois me donner les moyens de ma politique : prier plus et mieux, me mortifier plus et mieux, contrôler mes goûts, mes réactions à ce qui, en fin de compte, n'est qu'un stimulus normal de la vie en société... « C'est pour eux que je me sanctifie, afin qu'ils soient, eux aussi, vraiment sanctifiés » (Jean 17, 19). Et mettre mon imagination au service de mes frères, de leur sainteté, d'abord à partir de ces petites marques d'estime mutuelle : faire un norme de piété avec celui qui est fatigué, accompagner à dîner celui qui rentre tard, pratiquer la correction fraternelle envers celui qui s'est montré négligent sur un point, tenir compagnie à un malade et prier avec lui, taire une remarque désobligeante ou une plaisanterie un peu lourde, bref se faire « tout pour tous, afin d'en sauver de toute manière quelques-uns » (1 Corinthiens 9, 22).

(à suivre...)

jeudi 7 janvier 2010

Le feu du ciel (2)

Le feu du ciel (2)

Alors Jésus les arrête tout net dans leur exaltation dévastatrice et les remet en place « vertement », souligne saint Luc. Il est rare que les évangélistes nous montrent le Seigneur réagir avec cette énergie. C'est aussi le cas quand Pierre prétend, lui aussi dans une bonne intention, écarter Jésus de son chemin qui est celui de la mort sur la Croix : « Vade retro, Satana ! Arrière de moi, satan ! car tes sentiments ne sont pas ceux de Dieu, mais ceux d'un homme » (Marc 8, 33).
- Ne vous ai-je pas appris : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Matthieu 5, 44) ?
- Si, Seigneur. (lire la suite)
- Et ces Samaritains, sont-ils vos ennemis ?
- Non. Ils sont de notre race, même s'ils adorent Dieu sur le mont Garizim et non au Temple.
- Vous ont-ils persécutés ?
- Pas davantage. Ils ne veulent pas te recevoir chez eux.
- Ne devez-vous donc pas à plus forte raison les aimer et prier pour eux ?
Les disciples baissent la tête et avouent :
- Oui, Maître.
- Que vous ai-je dit de faire quand je vous ai envoyés en mission, demande-t-il à Jacques et à Jean.
- D'annoncer le royaume et de guérir toutes les maladies, répond Jacques.
- En ton nom, précise Jean.
- Oui, mais encore, que deviez-vous faire, et qu'avez-vous fait d'ailleurs, quand on ne vous accueillait pas quelque part ?
- Sortir de la ville et secouer sur ses habitants la poussière de nos pieds en témoignage du refus essuyé (cf. Luc 5, 9).
- Exact. Je ne vous ai pas demandé de proférer mon nom pour maudire et anéantir des villages.
- Non Seigneur. Tu as raison.
- Vous voyez bien que la situation est la même.
- Oui, répond Jacques.
- On refuse de nous accueillir aujourd'hui aussi. Aujourd'hui, comme voilà quelques semaines, agissez en artisans de paix, en hommes de bien. Et si cela peut vous soulager, allez-y, secouez maintenant la poussière de vos sandales.
Mais Jacques et Jean ne le font pas. La leçon du Maître est suffisamment éclairante pour qu'ils ne cherchent plus à se distinguer.

(fin)

lundi 28 septembre 2009

La prière (2

La prière (2

Reconnaître Dieu en tant que Père comporte la suite : que son nom soit sanctifié. À commencer par notre vie, vraiment digne d'un enfant de Dieu, cohérente avec cette condition surnaturelle, avec notre nouvelle naissance à la vie de communion intime avec la Très Sainte Trinité. « Que tonrègne vienne. » D'abord en nous, dans toutes nos pensées, tous nos projets, toutes nos paroles et toutes nos actioons, que Dieu règne dans nos puissances, nos facultés et nos sens, parce que nous les lui offrons, et renouvelons régumièrement cette ofrande, en union avec le Sacrifice de la messe célébré à toute heure dans le monde. « Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, des frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14, 26). (lire la suite)
« Que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » Elle s'accomplit au ciel, nécessairement, puisque toute imperfection en est bannie. Qu'elle se fasse aussi dans notre vie, pour que le monde s'oriente peu à peu dans cette direction, suivant l'exemple de notre Seigneur Jésus-Christ : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé » (Jean 4, 34). Et encore, « que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne » (Matthieu 26, 39). Nous devrions répéter cette prière fréquemment, du fond du cœur, et non du bout des lèvres, si nous aimons vraiment Dieu et s'il est bien pour nous qui il est, notre Père, infiniment Bon et aimant.
Nous pouvons alors ajouter : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. » Parce que nous sommes vraiment devenus enfants, et qu'un enfant a droit à être nourri par ses parents et à s'approcher de son Père en quémandeur, à formuler des requêtes. C'est comme cela que nous sommes à l'image du Fils.
Arrive alors le moment de la demande redoutable : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Nous nous imposons une limite. Du moins c'est Dieu qui nous a enjoint de la poser librement : « Comme nous pardonnons. »
Nous comprenons ainsi que la prière adressée à Dieu, qui est l'expression de notre amour, comporte nécessairement l'ouverture sur les autres, l'amour du prochain. Celui qui prétend aimer Dieu qu'il ne voit pas et qui n'aime pas son prochain qu'il voit, « est un menteur », nous dit saint Jean (1 Jean 4, 20). « Si vous remettez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous remettra aussi les vôtres ; mais si vous ne remettez pas aux hommes leurs manquements, votre Père non plus ne vous remettra pas les vôtres » (Mt 6, 15).
« Ne nous soumets pas à la tentation », ou bien « ne nous laisses pas succomber à la tentation », peu importe. Nous savons que Dieu ne « permet pas que nous soyons tentés, c'est-à-dire mis à l'épreuve, au-delà de nos forces » (1 Corinthiens 10, 13), « Mais délivre-nous du mal ! » C'est fait ! Le Christ a définitivement vaincu le Malin. Nous l'implorons de nous en délivrer hic et nunc. Et à l'heure de notre mort.
Et pour cela ,ous nous tournons vers la Mère du Sauveur et notre Mère, en la suppliant : « Priez pour nous maintenant et à l'heure de notre mort. » Mais à commencer par « maintenant ». En ce moment même, Marie prie pour
nous. « Allons avec confiance au trône de la grâce » (Galates 4, 16).

(fin)