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jeudi 24 février 2011

La fête chrétienne (1)


La fête chrétienne (1)

Le sens de la fête, nous dit-on, se développe dans notre société. C’est une société festive. Pour un oui, pour un non, l’on se rassemble, à l’étranger éventuellement. Tout est prétexte à célébration : un événement sportif, un anniversaire, le changement d’année… L’on rencontre des foules se dirigeant vers un lieu donné, chacun sa bouteille à la main. « Faire la fête » est une expression qui traduit un état de fait plutôt lamentable. Il s’agit de contenter son gosier, son ventre, et le bas-ventre… Il n’y a pas d’autre perspective. Et à l’issue de la fête, on ramasse des individus dans un coma éthylique…
De ce genre de fête, un chrétien n’en a cure. Il dit « non, merci ». Il se tient prudemment à l’écart. Les Pères de l’Eglise (lire la suite) ont déjà de leur temps souligné la différence entre les fêtes païennes et les fêtes chrétiennes, parce que le sens de la fête est quelque chose d’éminemment chrétien. Le christianisme est festif par essence. Nous fêtons la venue du Seigneur sur terre et la libération du péché. Nous fêtons les différentes étapes de notre vie. Nous fêtons nos saintes et nos saints de tous les temps. Il s’agit de fêtes spirituelles, d’un horizon élevé par conséquent, et non limité à quelques réjouissances matérielles qui donnent la « gueule de bois », image expressive s’il en est. Avoir la gueule de bois comme perspective n’a rien de très noble. C’est faire preuve d’une humanité très pauvre et bien triste, sans ambition.
Parlant de la Pâque, saint Jean Chrysostome disait : « La présente fête n’est pas de la terre seulement, mais du ciel. Aujourd’hui, joie sur la terre ; aujourd’hui, joie dans le ciel (…). Que personne ne s’afflige de sa pauvreté : cette fête est spirituelle. Qu’aucun riche n’exalte sa richesse, car aucune richesse ne saurait contribuer au plaisir de cette fête. Dans les fêtes du dehors, dans les fêtes séculières où il y a beaucoup de vin bu sec, où la table débordante excite la voracité, où la débauche et le gros rire mènent leur train satanique, le pauvre est naturellement malheureux tandis que le riche rayonne de bonheur » (Homélie sur la Résurrection 3). C’est bien différent. Il s’agit au fond de deux mondes distincts : celui de l’esprit et celui du corps, celui qui est tourné vers la vie éternelle et celui qui colle aux réalités terrestres du moment présent, celui qui compte avec Dieu et celui qui, peut-être, ne connaît que le Malin…

(à suivre…)

samedi 11 juillet 2009

Le lépreux de Capharnaüm (3)

Le lépreux de Capharnaüm (3)

Voyant la foi impressionnante de cet homme, que tous méprisent - leurs regards le crient -, Jésus, qui a proclamé que « ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les mal portants » (Lc 5, 31), « pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et dit : « Je le veux, sois purifié. »
Tous, encore estomaqués du culot du lépreux, retiennent leur souffle. Ils sont à demi surpris que Jésus ne repousse pas le malade. Ils ont entendu la supplication, et l'ont peut-être quand même accompagnée en priant dans leur cœur. Du moins les meilleurs d'entre eux. (lire la suite) Ils ont entendu les paroles de Jésus résonner avec force. Et, à leur stupeur, « à l'instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié » (v. 41-42).
Les Pères de l'Église ont interprété la lèpre en y voyant une image du péché. Comme elle, le péché est laid, repoussant, contagieux et difficile à guérir. Dieu seul peut remettre les péchés. C'est le commentaire des pharisiens quand Jésus pardonne ses péchés à un homme ou une femme après l'avoir guéri du mal physique dont il était atteint. Nous sommes tous pécheurs et nous avons tous besoin du pardon de Dieu et de sa grâce.
« Cet homme se prosterne à genoux, à terre, ce qui est un signe d'humilité et de honte, souligne saint Bède, pour que chacun ait honte des taches de sa vie. Mais la honte ne doit pas empêcher la confession : le lépreux a montré sa plaie et demandé le remède. Sa confession est pleine de piété et de foi. Si tu veux, dit-il, tu peux : il a reconnu que le pouvoir de le guérir était entre les mains du Seigneur » (In Marci Evangelium expositio, in loc.). Tel doit être le comportement raisonnable de tout chrétien : aller chercher le pardon de Dieu pour purifier son âme de tout péché et de tout attachement au péché. Nous ne pouvons pas accepter indéfiniùent d'être lépreux. Il faut vouloir guérir, s'en sortir. Et « tout est possible à celui qui croit » (Marc 9, 22), qui croit que Jésus « a les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 69).

(à suivre...)

dimanche 23 novembre 2008

Saint Clément, évêque de Rome (1) Saint Clément, évêque de Rome (1) Saint Clément, évêque de Rome (1) Saint Clément, évêque de Rome (1)

Saint Clément, évêque de Rome (1)

Après avoir médité avec Benoît XVI sur les figures de chaque Apôtre et sur les premiers témoins de la foi chrétienne, « nous consacrons notre attention aux Pères apostoliques, c'est-à-dire à la première et à la deuxième génération dans l'Église après les Apôtres. Et nous pouvons ainsi voir comment débute le chemin de l'Église dans l'histoire.
Saint Clément, évêque de Rome au cours des dernières années du premier siècle, est le troisième Successeur de Pierre, après Lin et Anaclet. Sur sa vie, (lire la suite) le témoignage le plus important est celui de saint Irénée, évêque de Lyon jusqu'en 202. Il atteste que Clément « avait vu les Apôtres », « les avait rencontrés », et avait « encore dans les oreilles leur prédication, et devant les yeux leur tradition » (Adv. haer. 3, 3, 3). Des témoignages tardifs, entre le quatrième et le sixième siècle, attribuent à Clément le titre de martyr.
L'autorité et le prestige de cet évêque de Rome étaient tels que divers écrits lui furent attribués, mais son unique œuvre certaine est la Lettre aux Corinthiens. Eusèbe de Césarée, le grand « archiviste » des origines chrétiennes, la présente en ces termes : « Une lettre de Clément reconnue comme authentique, grande et admirable nous a été transmise. Elle fut écrite par lui, de la part de l'Église de Rome, à l'Église de Corinthe... Nous savons que depuis longtemps, et encore de nos jours, celle-ci est lue publiquement au cours de la réunion des fidèles » (Hist. Eccl. 3, 16). On attribuait à cette lettre un caractère presque canonique. Au début de ce texte - écrit en grec - Clément regrette que « les adversités imprévues, qui ont eu lieu l'une après l'autre » (1, 1), ne lui aient pas permis une intervention plus prompte. Ces « adversités » doivent être comprises comme la persécution de Domitien : c'est pourquoi la date de la rédaction de la lettre doit remonter à l'époque qui suivit immédiatement la mort de l'empereur et la fin de la persécution, c'est-à-dire tout de suite après 96.
L'intervention de Clément - nous sommes encore au Ier siècle - était rendue nécessaire par les graves problèmes que traversait l'Église de Corinthe : en effet, les prêtres des communautés avaient été déposés par plusieurs jeunes contestataires. Cet événement douloureux est rappelé, encore une fois, par saint Irénée, qui écrit : « Sous Clément, un conflit important étant apparu parmi les frères de Corinthe, l'Église de Rome envoya aux Corinthiens une lettre très importante pour qu'ils se réconcilient dans la paix, qu'ils renouvellent leur foi et annoncent la tradition, qu'ils avaient reçue des Apôtres depuis peu de temps » (Adv. haer. 3, 3, 3). Nous pourrions donc dire que cette lettre constitue un premier exercice du Primat romain après la mort de saint Pierre.

(à suivre...)

jeudi 16 octobre 2008

Saint Ignace d'Antioche (2)

Saint Ignace d'Antioche (2)

Aucun Père de l'Église n'a exprimé avec autant d'intensité qu'Ignace l'ardent désir d'union avec le Christ et de vie en Lui. C'est pourquoi nous avons lu le passage de l'Évangile sur la vigne qui, selon l'Évangile de Jean, est Jésus. En réalité, en Ignace confluent deux « courants » spirituels : celui de Paul, entièrement tendu vers l'union avec le Christ, et celui de Jean, concentré sur la vie en Lui. A leur tour, ces deux courants débouchent sur l'imitation du Christ, proclamé plusieurs fois par Ignace comme « mon » ou « notre Dieu ». (lire la suite) Ainsi, Ignace supplie les chrétiens de Rome de ne pas empêcher son martyre, car il est impatient d'être « uni au Christ ». Et il explique : « Il est beau pour moi de mourir en allant vers (eis) Jésus-Christ, plutôt que de régner jusqu'aux confins de la terre. Je le cherche lui, qui est mort pour moi, je le veux lui, qui est ressuscité pour moi... Laissez-moi imiter la Passion de mon Dieu ! » (Romains 5, 6). On peut saisir dans ces expressions ardentes d'amour le « réalisme » christologique prononcé, typique de l'Église d'Antioche, plus que jamais attentive à l'incarnation du Fils de Dieu et à son humanité véritable et concrète : Jésus-Christ, écrit Ignace aux Smyrniotes, « est réellement de la souche de David », « il est réellement né d'une vierge », « il fut réellement cloué pour nous » (1, 1).
L'irrésistible aspiration d'Ignace vers l'union au Christ donne naissance à une véritable « mystique de l'unité ». Lui-même se définit comme « un homme auquel est confié le devoir de l'unité » (Philadelphiens, 8, 1). Pour Ignace, l'unité est avant tout une prérogative de Dieu qui, existant dans trois personnes, est Un dans l'unité absolue. Il répète souvent que Dieu est unité, et que ce n'est qu'en Dieu que celle-ci se trouve à l'état pur et originel. L'unité à réaliser sur cette terre de la part des chrétiens n'est qu'une imitation, la plus conforme possible à l'archétype divin. De cette façon, Ignace arrive à élaborer une vision de l'Église qui rappelle de près certaines des expressions de la Lettre aux Corinthiens de Clément l'évêque de Rome. « Il est bon pour vous, écrit-il par exemple aux chrétiens d'Éphèse, de procéder ensemble en accord avec la pensée de l'évêque, chose que vous faites déjà. En effet, votre collège des prêtres, à juste titre célèbre, digne de Dieu, est si harmonieusement uni à l'évêque comme les cordes à la cithare. C'est pourquoi Jésus Christ est chanté dans votre concorde et dans votre amour symphonique. Et ainsi, un par un, vous devenez un chœur, afin que dans la symphonie de la concorde, après avoir pris le ton de Dieu dans l'unité, vous chantiez d'une seule voix » (4, 1-2). Et après avoir recommandé aux Smyrniotes de ne « rien entreprendre qui concerne l'Église sans l'évêque » (8, 1), confie à Polycarpe: « J'offre ma vie pour ceux qui sont soumis à l'évêque, aux prêtres et aux diacres. Puissé-je avec eux être uni à Dieu. Travaillez ensemble les uns pour les autres, luttez ensemble, courez ensemble, souffrez ensemble, dormez et veillez ensemble comme administrateurs de Dieu, ses assesseurs et ses serviteurs. Cherchez à plaire à Celui pour lequel vous militez et dont vous recevez la récompense. Qu'aucun de nous ne soit jamais surpris déserteur. Que votre baptême demeure comme un bouclier, la foi comme un casque, la charité comme une lance, la patience comme une armure » (6, 1-2).

(à suivre...)

lundi 7 janvier 2008

Saint-Basile (5)

Saint-Basile (5)

En période de famine et de catastrophe, à travers des paroles passionnées, le saint évêque Basile exhortait les fidèles à « ne pas se révéler plus cruels que les animaux sauvages..., s'appropriant le bien commun, et possédant seul ce qui appartient à tous » (Hom. tempore famis). La pensée profonde de Basile apparaît bien dans cette phrase suggestive : « Tous les indigents regardent nos mains, comme nous-mêmes regardons celles de Dieu, lorsque nous sommes (lire la suite) dans le besoin ». Il mérite donc pleinement l'éloge qu'a fait de lui Grégoire de Nazianze, qui a dit après la mort de Basile : « Basile nous persuade que nous, étant hommes, ne devons pas mépriser les hommes, ni offenser le Christ, chef commun de tous, par notre inhumanité envers les hommes ; au contraire, face aux malheurs des autres, nous devons nous-mêmes faire le bien, et prêter à Dieu notre miséricorde car nous avons besoin de miséricorde » (Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 63). Des paroles très actuelles. Nous voyons que saint Basile est réellement l'un des Pères de la Doctrine sociale de l'Église.
En outre, Basile nous rappelle qu'afin de garder vivant en nous l'amour envers Dieu, et envers les hommes, nous avons besoin de l'Eucharistie, nourriture adaptée pour les baptisés, capable d'alimenter les énergies nouvelles dérivant du Baptême (cf. De Baptismo 1, 3). C'est un motif de grande joie de pouvoir participer à l'Eucharistie (Moralia 21, 3), instituée « pour conserver sans cesse le souvenir de celui qui est mort et ressuscité pour nous » (Moralia 80, 22). L'Eucharistie, immense don de Dieu, préserve en chacun de nous le souvenir du sceau baptismal, et permet de vivre en plénitude et dans la fidélité la grâce du Baptême. Pour cela, le saint évêque recommande la communion fréquente, et même quotidienne : « Communier même chaque jour, en recevant le saint corps et sang du Christ, est chose bonne et utile ; car lui-même dit clairement : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jean 6, 54). Qui doutera donc que communier continuellement à la vie ne soit pas vivre en plénitude ? » (Ep. 93). L'Eucharistie, en un mot, nous est nécessaire pour accueillir en nous la vraie vie, la vie éternelle (cf. Moralia 21, 1,).

(à suivre...)

dimanche 6 janvier 2008

Saint-Basile (4)

Saint-Basile (4)

Nous poursuivons avec Benoît XVI la catéchèse sur saint Basile. « La vie de ce grand saint et ses œuvres sont riches d'éléments de réflexion et d'enseignements précieux pour nous aussi aujourd'hui.
Avant tout, le rappel au mystère de Dieu, qui demeure la référence la plus significative et vitale pour l'homme. Le Père est « le principe de tout et la cause de l'existence de ce qui existe, la racine des vivants » (Hom 15, 2 de fide) et surtout il est « le Père de notre Seigneur Jésus-Christ » (Anaphora sancti Basilii). En remontant à Dieu à travers les créatures, (lire la suite) nous « prenons conscience de sa bonté et de sa sagesse » (Basile, Contra Eunomium 1, 14). Le Fils est l'« image de la bonté du Père et le sceau de forme égale à lui » (cf. Anaphora sancti Basilii). A travers son obéissance et sa passion, le Verbe incarné a réalisé la mission de Rédempteur de l'homme (cf. Basile, In Psalmum 48, 8 ; cf. également De Baptismo 1, 2,).
Enfin, il parle largement de l'Esprit Saint, auquel il a consacré tout un livre. Il nous révèle que l'Esprit anime l'Église, la remplit de ses dons, la rend sainte. La lumière splendide du mystère divin se reflète sur l'homme, image de Dieu, et en rehausse la dignité. En contemplant le Christ, on comprend pleinement la dignité de l'homme. Basile s'exclame : « [Homme], rends-toi compte de ta grandeur en considérant le prix versé pour toi : vois le prix de ton rachat, et comprends ta dignité ! » (In Psalmum 48, 8). En particulier le chrétien, vivant conformément à l'Évangile, reconnaît que les hommes sont tous frères entre eux, que la vie est une administration des biens reçus de Dieu, en vertu de laquelle chacun est responsable devant les autres et celui qui est riche doit être comme un « exécuteur des ordres de Dieu bienfaiteur » (Hom. 6 de avaritia). Nous devons tous nous aider, et coopérer comme les membres d'un seul corps (Ep. 203, 3).
Et, dans ses homélies, il a également utilisé des paroles courageuses, fortes sur ce point. Celui qui, en effet, selon le commandement de Dieu, veut aimer son prochain comme lui-même, « ne doit posséder rien de plus que ce que possède son prochain » (Hom. in divites).

(à suivre...)

jeudi 3 janvier 2008

Saint-Basile (1)

Saint-Basile (1)

Aujourd'hui, nous voulons rappeler avec Benoît XVI « l'un des grands Pères de l'Église, saint Basile, défini par les textes liturgiques byzantins comme une « lumière de l'Église ». Il fut un grand évêque du IVème siècle, que l'Église d'Orient tout comme celle d'Occident considère avec admiration, en raison de sa sainteté de vie, de l'excellence de sa doctrine et de la synthèse harmonieuse entre ses qualités spéculatives et pratiques. (lire la suite) Il naquit autour de 330 dans une famille de saints, « authentique Église domestique », qui vivait dans un climat de foi profonde. Il accomplit ses études auprès des meilleurs maîtres d'Athènes et de Constantinople. Insatisfait de ses succès dans le monde, (...) il confesse lui-même : « Un jour, comme me réveillant d'un sommeil profond, je me tournai vers l'admirable lumière de la vérité de l'Évangile..., et je pleurai sur ma vie misérable » (cf. Ep. 223). Attiré par le Christ, il commença à regarder vers Lui et à n'écouter que Lui (cf. Moralia 80, 1). Il se consacra avec détermination à la vie monastique dans la prière, dans la méditation des Saintes Écritures et des écrits des Pères de l'Église, et dans l'exercice de la charité (cf. Ep. 2 et 22), suivant également l'exemple de sa sœur, sainte Macrine, qui vivait déjà dans l'ascétisme monacal. Il fut ensuite ordonné prêtre et, enfin, en 370, évêque de Césarée de Cappadoce, dans l'actuelle Turquie.
À travers sa prédication et ses écrits, il accomplit une intense activité pastorale, théologique et littéraire. (...) Fort de son expérience personnelle, il encouragea la fondation de nombreuses « fraternités » ou communautés de chrétiens consacrés à Dieu, auxquelles il rendait fréquemment visite (cf. Grégoire de Nazianze, Oratio 43, 29 in laudem Basilii). A travers la parole et les écrits, dont un grand nombre sont parvenus jusqu'à nous (cf. Regulae brevius tractatae, Préambule), il les exhortait à vivre et à progresser dans la perfection. Divers législateurs du monachisme antique ont puisé à ses œuvres, dont saint Benoît, qui considérait Basile comme son maître (cf. Regula 73, 5). En réalité, il a créé un monachisme très particulier : non pas fermé à l'Église locale, mais ouvert à elle. Ses moines faisaient partie de l'Église particulière, ils en étaient le centre vivant qui, précédant les autres fidèles à la suite du Christ, et non seulement dans la foi, montrait la ferme adhésion au Christ - l'amour pour Lui - surtout dans les œuvres de charité. Ces moines, qui avaient des écoles et des hôpitaux, étaient au service des pauvres et ont ainsi montré l'intégrité de la vie chrétienne.

(à suivre...)

mercredi 2 janvier 2008

Saint Gregoire de Nazianze


Saint Grégoire de Nazianze

Le pape Benoît XVI nous dit que "saint Grégoire de Nazianze, illustre Père de l’Église, originaire de Cappadoce, fut un grand théologien, défenseur de la foi chrétienne au quatrième siècle. Né en 330, il fréquenta les écoles les plus célèbres de son temps. (lire la suite) À Césarée de Cappadoce, il se lia d’amitié avec Basile, puis il séjourna notamment à Alexandrie d’Égypte et surtout à Athènes. Revenu chez lui, Grégoire fut baptisé et s’orienta vers la vie monastique, recevant ensuite l’ordination presbytérale avec une certaine réticence. En 371, Basile voulu le consacrer évêque de Sasimes, mais il continuera à résider dans la ville de Nazianze. Vers 379, il fut appelé à Constantinople pour conduire la petite communauté chrétienne fidèle au Concile de Nicée. Dans l’Église de l’Anastasis, il prononça cinq Discours théologiques, demeurés célèbres par la sûreté de la doctrine, l’habilité du raisonnement et la splendeur de la forme. Alors qu’il participait au deuxième Concile œcuménique, il fut élu évêque de Constantinople et dut assurer la présidence du Concile. Mais une forte opposition se dressa contre lui, jusqu’à devenir insoutenable, le conduisant à démissionner. Il retourna à Nazianze pour se consacrer au soin pastoral de la communauté chrétienne. Puis il se retira définitivement dans la solitude, dans son pays natal. Il mourut en 390.
(...). Serviteur de la Parole, il mit son talent d’écrivain et d’orateur au service de l’Église. Homme humble, il chercha à faire œuvre de paix dans l’Église de son temps, lacérée par les discordes et les hérésies. Il se fit en particulier le grand défenseur de la foi proclamée au Concile de Nicée : un seul Dieu en trois personnes égales et distinctes, Père, Fils et Saint-Esprit. Grégoire a aussi mis en relief la pleine humanité du Christ : pour racheter l’homme dans la totalité de son corps, le Christ assume toutes les composantes de la nature humaine, autrement l’homme n’aurait pas été sauvé. En devenant homme, le Christ nous a donné la possibilité de devenir à notre tour comme Lui. Marie, qui a donné la nature humaine au Christ, est vraie Mère de Dieu. Grégoire nous rappelle aussi que nous devons, comme personnes humaines, être solidaires les uns des autres, notamment des plus pauvres, et imiter la bonté et l’amour de Dieu. Par dessus tout, Grégoire nous enseigne l’importance et la nécessité de la prière : Dieu a soif que nous ayons soif de Lui. Dans la prière, nous voyons tout à la lumière du Christ, nous laissons tomber nos masques et nous nous plongeons dans la vérité et dans l’écoute de Dieu, nourrissant le feu de l’amour."

Benoît XVI, Audience générale, 8 et 27 août 2007.

mardi 25 décembre 2007

Pourquoi celebre-t-on la naissance de Jesus le 25 decembre ?

Pourquoi célèbre-t-on la naissance de Jésus le 25 décembre ?

Il ne semble pas que les premiers chrétiens célébraient leur anniversaire de naissance. Ils célébraient le dies natalis, le jour de l'entrée des défunts dans la patrie définitive (par ex., Le Martyr de Polycarpe 18, 3), comme participation au salut accompli par Jésus en vainquant la mort par sa passion glorieuse. Ils se rappellent avec précision le jour de la glorification de Jésus, le 14/15 de Nisan, mais pas la date de sa naissance, dont les récits évangéliques ne nous disent rien.
Jusqu’au 3e siècle, nous n’avons pas d’informations sur la date de naissance de Jésus. (lire la suite) Les premiers témoignages des Pères et des écrivains ecclésiastiques donnent diverses dates. Le premier témoignage indirect situant la naissance du Christ le 25 décembre est apporté par Sextus Julius l’Africain, en 221. La première référence directe de sa célébration liturgique est celle du calendrier liturgique philocalien de l’an 354 : VIII kal. Ian. natus Christus in Betleem Iudeae (« le 25 décembre le Christ est né à Bethléem, en Judée »). À partir du 4e siècle, les témoignages de ce jour comme date de la naissance du Christ sont communs dans la tradition occidentale. En revanche, dans celle orientale prévaut la date du 6 janvier.
Une explication assez répandue est que les chrétiens ont opté pour ce jour du mois de décembre parce que, à partir de l’an 274, le 25 décembre on célèbre à Rome le dies natalis Solis invicti, le jour de la naissance du Soleil Victorieux, la victoire de la lumière sur la nuit la plus longue de l’année. Cette explication est étayée par le fait que la liturgie de la Nativité et les Pères de l’époque établissent un parallélisme entre la naissance de Jésus-Christ et des expressions bibliques comme « soleil de justice » (Malachie 3, 20) et « lumière du monde » (Jean 1, 4 et suivants). Cependant, rien ne prouve qu'il en ait été ainsi et il semble difficile d’imaginer que les chrétiens d’alors aient voulu adapter des fêtes païennes au calendrier liturgique, surtout quand on sait qu’ils venaient de subir la persécution. Il est possible, toutefois, qu’au fil du temps, la fête chrétienne se soit substituée à la fête païenne.
Une autre explication plus plausible fait dépendre la date de la naissance de Jésus de celle de son incarnation, neuf mois plus tôt, qui à son tour était liée à la date de sa mort. Dans un traité anonyme sur les solstices et les équinoxes, il est affirmé que « notre Seigneur fut conçu le 8 des calendes d’avril au mois de mars (25 mars), qui est le jour de la Passion du Seigneur et de sa conception, puisqu’il a été conçu le même jour qu’il mourut » (B. Botte, Les Origines de la Noël et de l’Épiphanie, Louvain, 1932, p. 230-33). Dans la tradition orientale, en s’appuyant sur un autre calendrier, la Passion et l'incarnation du Seigneur étaient célébrées le 6 avril, date qui concorde avec la célébration de la Nativité le 6 janvier.
La relation entre la Passion et l’incarnation est une idée qui est en accord avec la mentalité antique et médiévale, qui admirait la perfection de l’univers comme un tout, où les grandes interventions de Dieu étaient liées entre elles. Il s’agit d’une conception qui s'enracine également dans le judaïsme, où la création et le salut étaient liés au mois de Nisan. L’art chrétien a reflété cette même idée au long de l’histoire en peignant dans l’Annonciation de la Vierge l’enfant Jésus descendant du ciel avec une croix. Aussi est-il possible que les chrétiens aient lié la rédemption réalisée par le Christ avec sa conception, et que cela ait déterminé la date de sa naissance neuf mois plus tard. « Le plus décisif a été la relation existant entre la création et la croix, entre la création et la conception du Christ » (J. Ratzinger, L’esprit de la liturgie, 131).

original en espagnol, par Juan Chapa,
professeur à la faculté de théologie de l'Université de Navarre