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jeudi 31 mars 2011

Le baptême des petits enfants


Le baptême des petits enfants

Au temps de sainte Geneviève (VIe siècle), comme au temps d’Eudes de Sully, de saint Thomas et de saint Louis (XIIIe siècle), les Parisiens avaient une autre vision de la portée de ce sacrement. Deux fois l’an seulement, à Pâques, car le baptême est participation à la résurrection du Christ, et à la Pentecôte, car c’est encore la fête de Pâques et que le baptême donne la lumière et la force de l’Esprit Saint, on amenait à l’évêque la foule des petits enfants nés dans l’année. L’évêque les recevait dans son église baptistère, Saint-Jean-le-Rond, contre Notre-Dame, au cours d’une solennelle célébration qui rassemblait un grand concours de peuple pour accueillir ces nouveaux chrétiens dans l’Eglise de Paris. (lire la suite) Il les baptisait en les plongeant dans la piscine du baptistère. Le baptême était une grande fête annuelle du temps pascal, autour de l’évêque bâtissant son peuple en Jésus-Christ ressuscité. Comme la mortalité infantile était grande, Eudes de Sully (évêque de 1196 à 1208) rappelle dans ses statuts synodaux « qu’en cas de grande nécessité, le père et la mère baptisent eux-mêmes leur enfant et qu’on doit souvent le rappeler en chaire ». C’est dire que la plupart des prêtres urbains ne reçoivent pas le droit de baptiser. « Père » et Pasteur de son Peuple, l’évêque se réserve ce droit.
Ce n’est qu’au cours du XIVe siècle et surtout du XVe, que, de plus en plus, on baptise dans les paroisses et plusieurs fois dans l’année, chaque fois qu’une naissance le rend nécessaire. En 1311, on fait un devoir aux sages-femmes de baptiser les enfants en danger et au curé de « compléter » les cérémonies à l’église. La peur du jugement de l’enfant mort sans baptême influence la pratique sacramentelle. C’est à ce moment que l’on prend l’habitude de ne plus plonger l’enfant dans le bain baptismal, mais de lui verser un peu d’eau sur la tête. Cependant, on peut voir encore à Saint-Pierre-de-Montmartre une « baignoire » en marbre du XVIe siècle pour le baptême des enfants. C’est vers cette époque aussi, ou un peu plus tôt, que l’on cesse de faire communier les enfants le jour de leur baptême, en leur donnant une goutte du sang du Christ.

B. Violle, Paris, son Eglise, 1. Histoire, Paris, Cerf, 2004, p. 63-65.

mardi 29 mars 2011

Le château du Niedeck : le joujou de la géante


Le château du Niedeck : le joujou de la géante

Une famille de géants résidaient au château de Niedeck. Ces beaux temps sont passés, le château est depuis longtemps ruiné, mais le peuple n’a pas oublié les faits de ses compatriotes d’autrefois, et parle encore de leur taille et de leur force extraordinaire. C’étaient, suivant la légende, des géants énormes qui se tenaient loin du commerce des habitants du voisinage ; étant d’un naturel doux, ils ne faisaient de mal à personne.
Or, il arriva que la petite fille du propriétaire châtelain s’éloigna, tout en se promenant, plus qu’à l’ordinaire de Niedeck. La jeune géante porta ses pas dans la forêt voisine et arriva à une vaste étendue de champs et de prés. Elle y aperçut un paysan (lire la suite) avec son cheval et sa charrue. Ce fut une chose toute nouvelle pour la jeune fille ! Pendant quelques instants elle examina avec surprise cet homme labourant son champ. Pleine d’une joie enfantine à cet aspect, elle battit des mains. Les montagnes retentirent de sa joie bruyante, le bon laboureur s’arrêta tout effrayé, son cheval se cabra. « Quel joli joujou ! »s’écria la jeune géante ; avant que le campagnard sur d’où partaient ces paroles, la fille était déjà près de lui ; elle le ramassa, lui, son cheval et sa charrue avec tant de facilité, que si c’eut été un petit objet ciselé dans le Tyrol, et emporta le tout dans son tablier.
Toute joyeuse elle retourna chez son père au château. « Vois donc ! » s’écria-t-elle, toute heureuse, en posant sur la table le paysan avec sa charrue attelée, « vois donc quelles gentilles petites figures je viens de trouver ! un joujou vivant ! oh, j’en aurai plus de plaisir que de toutes mes poupées de cuir qui ne savent pas se mouvoir ! »
Mais le père répondit d’un air sévère : « Ma petite-fille, sais-tu bien ce que tu as fait, sais-tu ce que tu apportes ? Tu as enlevé le paysan de son champ, tu l’as arraché de son travail, lui le plus utile de tous les humains, lui qui ne craint ni soleil, ni pluie, ni vent pour forcer la terre à nous fournir ses fruits ! Sans ce que tu nommes un joujou, dans ton ignorance d’enfant, il n’y a de pain ni pour nous autres géants, ni pour l’humanité en général. Reporte donc bien vite l’homme avec son cheval et sa charrue ; et retiens une fois pour toutes : « Que celui qui se fait méchamment un jouet du paysan laborieux, s’attire la malédiction du ciel. » Et sur les ordres de son père, la fille du géant remit le laboureur avec l’attelage à l’endroit même d’où elle l’avait enlevé.

Légendes et traditions du Rhin de Bâle à Rotterdam par F. J. Kiefer, Mayence, chez David Kapp, 2e. éd. revue et augmentée, 1868, p. 19-20.

lundi 28 mars 2011

La correction fraternelle (5)


La correction fraternelle (5)

Il serait bien stupide de notre part d’attendre une récompense quelconque de la part de Dieu. Cela reviendrait à troquer notre droit d’aînesse contre un plat de lentilles (cf. Genèse 25, 34), à nous contenter de satisfactions humaines au lieu de pouvoir être avec Dieu et de posséder Dieu, et de ressentir avec le psalmiste « combien il est bon pour moi d’être proche de Dieu » (Psaume 72, 28). Le reste n’est que pacotille, feu follet, flonflon d’une fête qui a tôt fait de disparaître dans la nuit. Mon cœur ne peut s’y attacher. Ce serait vraiment trop bête. Mon cœur ne peut y trouver de quoi le remplir. Assurément, « Seigneur, tu nous as créés pour toi, et comme notre cœur est inquiet tant qu'il ne repose pas en toi » (saint Augustin, Confessions 1, 1, 1). (lire la suite)
Ce devoir de la charité, qui est le plus grand et le premier des commandements, n’est en rien onéreux. Il ne porte pas sur des tâches écrasantes et rebutantes en soi. Il ne nous demande pas de nous faire violence et d’aller à rebrousse-poil. Il consiste à activer les sentiments connaturels à notre cœur. Il est beaucoup de tâches dont nous ne sommes pas capables, ou que nous ne pouvons réaliser qu’en partie, « mais du devoir d’aimer, nul ne pourra s’excuser. Quelqu’un peut me dire : Je ne peux pas jeûner. Peut-on dire par hasard : Je ne peux pas aimer ? On peut dire : à cause de la débilité de mon corps, je ne peux m’abstenir ni de vin ni de viandes. Peut-on dire par hasard : Je ne peux pas aimer ? On peut dire que l’on ne peut garder la virginité, que l’on ne peut vendre tous ses biens pour les distribuer aux pauvres ; est-ce que par hasard on peut dire : Je ne peux aimer mes ennemis et pardonner à ceux quoi ont péché contre moi ? » (saint Césaire d’Arles, Sermons au peuple 37, 1).
Nous pouvons toujours aimer les autres, ne serait-ce qu’intérieurement, et prier pour eux. C’est quelque chose que nul ne peut nous empêcher de faire. Cela reste entre nous et Dieu, mais rejaillit indéniablement sur notre prochain, car Dieu tient compte de nos prières pour lui venir en aide.

(fin)

dimanche 27 mars 2011

La correction fraternelle (4)


La correction fraternelle (4)

« J’ai péché contre le Seigneur », s’exclame David enfin éclairé par le prophète Nathan sur la nature de ses agissements et sur leur portée (2 Samuel 12, 13). Il exprimera ce repentir dans le psaume 50 (2-3) : « Pitié pour moi, ô Dieu, dans ta bonté ; en ta grande tendresse, efface mon péché. » Que telle soit aussi notre prière. L’humble prière de celui qui reconnaît sa faute, tout en sachant qu’auprès de Dieu se trouve le pardon. Si la correction fraternelle produit cette réaction, elle aura été vraiment salutaire pour l’intéressé.
Elle l’aura été de toute façon pour le frère qui a pris la peine et a eu la force d’âme et la charité de dire les choses en face à celui dont la faiblesse affectait la sainteté de l’ensemble du corps de l’Eglise. En effet, l’apôtre Jacques (lire la suite) n’hésite pas à affirmer que « si quelqu’un parmi vous s’égare loin de la vérité et qu’un autre l’y ramène, qu’il le sache : celui qui ramène un pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jacques 5, 19-20).
Nous ne pratiquons pas la correction fraternelle par amour propre, avons-nous dit. Mais nous la pratiquons aussi par un amour bien compris de nous-mêmes. N’est-il pas écrit : « Tu aimeras le prochain comme toi-même ? » (Matthieu 22, 39).
Notre joie est alors complète (cf. Jean 15, 11), parce que si nous aimons notre prochain, il y a de fortes chances que nous aimions aussi notre Dieu. Et que nous l’aimions comme il faut, c’est-à-dire de façon totalement désintéressée. C’est comme cela, et pas autrement, que nous devenons riches de Dieu. Car pourquoi chercher des récompenses, alors que Dieu se donne lui-même à nous, ce qui est infiniment plus que toute réussite humaine, que tout honneur ou bien matériel, fut-il la santé ? « Nous devons prendre garde à ne pas aimer Dieu en vue d’une récompense. Eh quoi ? Tu vas aimer Dieu en vue d’une récompense ? Quelle est la récompense que Dieu te donnera ? Quoi qu’il te donne d’autre, cela est moins que lui. Tu l’honores, non pas gratuitement, mais pour recevoir quelque chose de lui. Honore-le gratuitement et tu le recevras lui-même. Dieu se réserve à toi pour que tu jouisses de lui. Et si tu aimes ce qu’il a fait, quelle n’est pas la grandeur de celui qui l’a fait ? Si le monde est beau, combien doit l’être l’artisan du monde ? Arrache donc ton cœur à l’amour de la créature pour t’attacher au créateur et tu pourras dire ce qui est écrit dans le psaume : « Quant à moi, il est bon de m’attacher à Dieu » (Psaume 72, 28) » (saint Césaire d’Arles, Sermons au peuple 21, 5).

(à suivre…)

samedi 26 mars 2011

La correction fraternelle (3)


La correction fraternelle (3)

Jésus ajoute, pour que ses interlocuteurs réfléchissent plus à fond : « Et si c’est par Béelzéboul que moi, je chasse les démons, par qui vos fils les chasseront-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Mais, si c’est par l’Esprit de Dieu que, moi, je chasse les démons, c’est donc que le royaume de Dieu vous est arrivé. Ou bien : comment pourrait-on pénétrer dans la maison d’un homme robuste et mettre la main sur ses affaires, sans avoir au préalable ligoté cet homme robuste ? Apres quoi, on mettra la maison à sac. Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi, dissipe » (Matthieu 12, 27-30). (lire la suite)
Il faut provoquer chez l’autre une secousse, pour qu’il réagisse positivement, pour qu’il comprenne son erreur et que, grâce à la douceur et à l’amour mis à intervenir, il se sente incité à rectifier, il éprouve même la joie de le faire, et soit reconnaissant pour la main tendue. Comme le Seigneur, nous devons répondre avec affection et avec tact, « dans un esprit de douceur » (Galates 6, 1), non pour blesser mais pour rendre la vertu aimable, non pour plastronner mais pour ramener sur le droit chemin. « Si tu le fais par amour propre, tu ne fais rien. Si c’est l’amour pour l’autre qui t’y pousse, tu as agi excellemment. Les paraboles elles-mêmes traduisent l’amour qui doit te pousser à agir, l’amour de toi-même ou l’amour d’autrui. « S’il t’écoute, dit-il, tu auras gagné ton frère » (Matthieu 18, 15). Tu dois agir pour le gagner » (saint Augustin, Sermon 82, 4).
La correction fraternelle est donc éloignée de tout reproche véhément qui, d’ailleurs, ne cherche pas à comprendre autrui ni à lui apporter une aide quelconque. « Enguirlander », comme on dit, peut même l’amener à se raidir. L’affection, la douceur, le fait de se savoir aimé et non jugé, est réconfortant assurément.
De plus, la pratique de la correction fraternelle permet une grande liberté d’esprit. Parce que le fait de savoir que si je me trompe, quelqu’un aura le souci de me le dire, me permet d’agir comme je crois devoir le faire, avec le plus grand naturel, sans rien d’affecté et sans double langage.

(à suivre…)

vendredi 25 mars 2011

La correction fraternelle (2)


La correction fraternelle (2)

Nous avons personnellement besoin de cette lumière d’autrui. Si quelqu’un comme David, du niveau d’intimité de David avec Dieu, en a eu besoin, nous a fortiori. Mais il faut comprendre aussi qu’il convient que nous jouions ce rôle à l’égard de nos proches et de nos amis. Que nous cherchions à les avertir des fautes que nous constatons et dont nous voyons bien qu’ils ne sont pas conscients.
Dans un sens comme dans l’autre, passif et actif, il s’agit de vivre ce que l’on appelle la « correction fraternelle ». Notre Seigneur reviendra sur la question, qui fait donc partie du patrimoine spirituel chrétien et constitue un des moyens de formation et de sainteté mis à notre disposition par le Christ. Il nous apprend de façon pratique la correction fraternelle : « Va le trouver, et reprend-le seul à seul » (Matthieu 18, 15), donc avec délicatesse, sans l’humilier en public ni le blesser. (lire la suite)
C’est avec cette grande délicatesse que le Seigneur agit. Nous le constatons en méditant l’Evangile. Par exemple, un jour « on lui amena un possédé aveugle et muet. Il le guérit, si bien que le muet parlait et voyait. Toutes les foules étaient dans la stupéfaction : « Serait-ce, disaient-elles, le Fils de David ? » Quant aux Pharisiens, en entendant cela, ils dirent : « Cet homme-là ne chasse les démons que par Béelzéboul, le chef des démons » (Matthieu 12, 22-24). Jésus ne répond pas vertement à ses contradicteurs. Il n’use pas de violence à leur encontre. Il se contente de les reprendre avec tact, de sorte que seuls les intéressés soient à même de saisir l’avertissement : « Connaissant leurs sentiments, il leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même est ruiné, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne peut se maintenir. Si c’est satan qui chasse satan, il s’est divisé contre lui-même : comment donc son royaume se maintiendra-t-il ? » (Matthieu 12, 25-26). « S’il avait voulu leur faire un long discours et les ridiculiser, remarque saint Jean Chrysostome, et leur imposer ensuite le châtiment le plus sévère, personne n’aurait pu l’en empêcher. Cependant, ce ne fut pas le cas. Le seul objectif du Seigneur fut de ne pas les exaspérer. Il les invite à être modérés, en les préparant à rectifier » (In Matthaeum homiliae 41, 1).

(à suivre…)

jeudi 24 mars 2011

La correction fraternelle (1)


La correction fraternelle (1)

Le Seigneur envoie le prophète Nathan parler au roi David. Il s’agit, cette fois, de lui proposer une parabole pour l’amener à réfléchir sur son propre comportement. En effet, David a péché gravement contre Dieu et contre son prochain, en faisant tuer son officier Uri au plus fort du combat pour s’emparer de sa femme et l’épouser, commettant ainsi en plus l’adultère avec elle.
« Qui était plus averti que David ? Et cependant, il ne se rendit pas compte qu’il avait péché gravement » (saint Jean Chrysostome, In Matthaeum homiliae 60, 1). David n’était pas le premier venu, ni quelqu’un sans formation. Il était l’élu de Dieu pour régner sur son peuple. Il avait reçu l’onction des mains du prophète. (lire la suite) Dieu l’assistait dans toutes ses entreprises et l’avait aidé à pacifier la région en se soumettant tous les peuples avoisinants. C’est de sa descendance que devait naître le Messie…
En dépit de tout cela, il succombe à la faiblesse de la chair. Il se laisse gagner par la mauvaise concupiscence. Et, ce qui est plus grave, il ne s’en rend pas compte. De l’acte, évidemment oui. Il en profite ! Il s’en réjouit. Mais de son caractère délictueux, non. C’est pourquoi Dieu lui dépêche le prophète Nathan. Le récit imagé que celui-ci lui fait de quelqu’un qui, nageant dans l’abondance, spolie son voisin de son unique bien, suscite indignation et colère chez David, qui s’enflamme contre cet homme inique et veut le châtier lourdement.
C’est alors que tombe la sentence : « Tu es cet homme ! » Surprise de David qui était à cent lieues de s’attendre à une telle attaque. Il n’en revient pas et ne comprend pas. Le prophète lui ouvre les yeux. Il démonte le mécanisme qui a conduit David à tuer Uri et tout ce qui s’en est suivi. David finit par percevoir la réalité, et il s’écrie : « J’ai péché contre le Seigneur » (2 S 12, 1). Il était temps…
Le châtiment de la faute suivra, car il n’est pas de péché qui reste impuni (cf. Exode 34, 7). Mais ce n’est pas l’aspect que j’entends souligner ici. Ce qui peut retenir notre attention, c’est que nous risquons d’être nous aussi aveuglés par la passion et ne pas être conscients du mal que nous commettons. Nous avons besoin nous aussi que quelqu’un nous parle, de la part de Dieu, nous ouvre les yeux à la réalité de notre faute, petite ou grande. « Le désir avait envahi toutes ses pensées (de David) et son âme était léthargique, submergée dans la torpeur. Il lui fallut la lumière du prophète ; il lui fallut que celui-ci, par ses paroles, lui fasse remarquer ce qu’il avait fait. Le Seigneur veut donc que des gens s’approchent du pécheur et lui parlent de ce qu’il a fait » (saint Jean Chrysostome, Ibid.).

(à suivre…)

mercredi 23 mars 2011

La bise


La bise

Sa provenance à nos yeux reste une inconnue
Nul ne sait non plus vers où elle se dirige
Elle s’élève du sol ou bien fond des nues
Tantôt par un piqué, tantôt par la voltige.

Nous la considérons bienfaisante parfois
Pourtant elle se joue de nous, d’un air narquois,
Elle se moque pas mal de notre bien-être
Et elle s’amuse à paraître et disparaître. (lire la suite)

Elle ne prévient pas. Nous sommes pris de court.
La voilà qui accourt et revient sur ses pas.
Nous sommes son repas. C’est vraiment sans recours.
Nous crions au secours, qui sommes son appât.

Elle est capable de nous transpercer les os
De nous atteindre au plus profond de notre moi.
Glissant subtilement et irisant les eaux
Elle se rie de nous et provoque à l’émoi.

Nous n’avons pas le temps de signaler la bise
Que l’information n’est déjà plus de mise
Elle est primesautière et toute imprévisible
Aujourd’hui comme hier et c’est irrémissible

On la croit ici, mais elle est déjà ailleurs
Elle ne reste pas deux secondes sur place
Sa caresse hésitante est un flux qui nous glace
Son sourire fugace est quelque peu gouailleur.

La bise donne froid à qui a déjà froid
Et elle donne chaud à qui a déjà chaud
Au cœur en artichaut sis au pied du beffroi
Au corps vêtu d’orfroi blotti près du réchaud.

On l’entend aussi qui siffle sur les toitures
Alors qu’elle pénètre en nous par les jointures
Et se dépose sur la joue de l’être aimé.
Qui en est ranimé ou tombe inanimé.

Or voici qu’elle apporte une Bonne nouvelle
La bise de Noël. Un Enfant est donné
C’est le Fils du Très-Haut, le Fils de l’Eternel
Qui fait couler de l’eau aux non abandonnés.

mardi 22 mars 2011

Saint Joseph et Marie (9)


Saint Joseph et Marie (9)

Marie et Joseph agissent de la sorte à partir de ce qu’ils sont et de leurs ressources humaines et spirituelles. Mais la sainteté de l’un comme de l’autre est tangible. J’ai vécu auprès de saint Josémaria, fondateur de l’Opus Dei, et de celui qui a été son premier successeur, le Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo. Je peux témoigner que tous deux respiraient la sainteté, mais avaient leur propre personnalité, bien affirmée, très différente l’une de l’autre.
Les différences de caractère ne sont pas un problème quand la personne tout entière est mise au service de Dieu. Elles ne font nullement obstacle à l’harmonie que j’évoquais à l’instant. Saint Josémaria et le Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo étaient tellement unis et identifiés à la tâche de faire l’Opus Dei, tellement (lire la suite) plongés en Dieu aussi, qu’après avoir prié et réfléchi, ils aboutissaient souvent à la même solution d’un problème ou que, se téléphonant pour se souhaiter une bonne nuit avant d’éteindre la lumière, ils trouvaient parfois la ligne occupée parce qu’ils avaient décroché le combiné à la même fraction de seconde…
Que dire alors de l’union de pensée et de sentiment régnant entre Marie et Joseph ? Ce devait être quelque chose d’extrêmement profond et de tous les instants, vécu avec le plus grand naturel, parce que ce naturel surnaturel était la conséquence, en quelque sorte, inéluctable, de leur sainteté d’excellence.
Ils n’avaient pas besoin de beaucoup de paroles pour s’exprimer, car la pureté de leur vie faisait que chacun lisait dans le cœur de l’autre – des autres, en général : je l’ai constaté également avec saint Josémaria et avec le bienheureux Jean-Paul II. Et chaque parole, chaque geste de l’autre était en soi un encouragement à aimer Dieu encore plus, à se donner à lui plus à fond, à le suivre avec plus de résolution.

(fin)

lundi 21 mars 2011

Saint Joseph et Marie (8)


Saint Joseph et Marie (8)

Tout cela s’est déroulé en parfaite harmonie avec Marie, et sous le regard de Marie également, vu l’exiguïté des locaux dont ils disposaient. Nulle part tant de perfection humaine et surnaturelle n’a été réunie à la fois. Le climat du foyer de Nazareth est inimitable. C’est qu’il nous est impossible de le reproduire à l’identique, même s’il reste le modèle par excellence que nous devons nous efforcer de reproduire.
Ce climat s’est développé grâce à la générosité de Marie et de Joseph, pour faire à chaque instant de leur maison un foyer lumineux et joyeux, rayonnant de paix : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix à moi que je vous donne » (Jean 14, 27). C’est avec leur aide que nous pouvons reproduire à notre tour une telle ambiance, (lire la suite) très porteuse pour l’épanouissement de la vie d’un enfant de Dieu, tant au plan spirituel qu’au plan humain, dans toutes ses composantes, familiale, sociale, professionnelle, et leur projection apostolique.
Marie et Joseph sont profondément unis par les liens de l’amour. Ils sont unis par les liens d’un vrai mariage. Ils le sont par l’orientation qu’ils ont imprimée à toute leur vie. Ils le sont plus encore par leur aspiration commune, que leur Fils, le Christ, exprimera un jour à haute voix : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4, 35). Ils sont unis par leur sainteté, qui est un facteur de cohésion, d’harmonie.
Quand quelqu’un fait taire les revendications humaines et ne cherche que les choses d’en haut, ne goûte qu’aux choses célestes (cf. Colossiens 3, 1-2), quand il ne cherche pas à s’imposer aux autres, mais à les servir en s’effaçant devant eux, quand il vit une grande proximité de Dieu, alors la vie est pacifique. Je ne dis pas paisible, car cela ne dépend pas de l’homme. Il n’est pas maître des événements. Il n’entre pas dans son pouvoir d’empêcher les épreuves de la vie et le déroulement de l’histoire et, en un certain sens, il est bon qu’il en soit ainsi.
Marie et Joseph sont unis, de fait, face à l’adversité, qui ne leur est pas épargnée par leur Fils. Peut-être d’autant moins, du point de vue de Dieu, qu’ils sont particulièrement saints et donc à même d’y faire face, grâce à toutes les ressources surnaturelles qui leur ont été communiquées.
Quelle entente entre Marie et Joseph ! Cela ne veut pas dire qu’ils abdiquent leur personnalité, que chacun singe l’autre servilement. Le christianisme ne dépersonnalise par. Bien au contraire, il permet de s’assumer pleinement et de développer pleinement toutes ses potentialités. Mais la sainteté de Marie et de Joseph les conduit à faire de bon gré et avec empressement ce qu’il faut faire à chaque instant pour faire plaisir à l’autre.

(à suivre…)

dimanche 20 mars 2011

Saint Joseph et Marie (7)


Saint Joseph et Marie (7)

Jésus est donc le fils de la piété et de l’amour de saint Joseph. Par sa piété et son amour de la Volonté de Dieu, il a en quelque sorte mérité de devenir celui dont Dieu avait besoin pour que son Fils ait un père légal sur terre, pour qu’il vive dans une famille humaine normale.
Nous recevons donc Jésus à la fois de Marie et de Joseph.
Cette paternité de Joseph à l’égard de Jésus n’en est pas restée au plan purement légal. Ce n’est pas un aspect seulement juridique. Loin de là. « Car Jésus devait ressembler à Joseph, par les traits de son caractère, par sa façon de travailler et de parler. Dans son réalisme, dans son esprit d’observation, (lire la suite) dans sa manière de s’asseoir à table et de partager le pain, dans son goût pour exposer la doctrine d’une manière concrète, en prenant pour exemple les choses de la vie ordinaire, se reflète ce que furent l’enfance et la jeunesse de Jésus, ce que furent par conséquent ses rapports avec Joseph » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 55). Il est logique qu’il en ait été ainsi. L’influence d’un père, ou d’une mère, se fait d’autant plus sentir que l’enfant est plus docile, plus vertueux, plus obéissant, plus désireux de plaire à ses parents en tout. Or, de Jésus, il est écrit qu’il « progressait en sagesse, en taille et en faveur auprès de Dieu et des hommes » (Luc 2, 52).
Il ne s’agit pas de tics ou de manies, mais d’un sain air de famille. Il y avait entre Jésus et Marie une grande ressemblance physique. Et, entre Jésus et Joseph une ressemblance appartenant au domaine de la formation humaine.
Dans sa perfection, Joseph voyait en Marie et Jésus les modèles à imiter. Il n’y avait rien à rejeter dans leur comportement, rien chez eux ne le faisait souffrir, bien au contraire.
« Joseph a aimé Jésus comme un père son fils, et il prit soin de lui, en lui donnant ce qu’il avait de meilleur. Joseph s’occupa de cet Enfant comme il lui avait été ordonné, et fit de Jésus un artisan, en lui transmettant son métier ; c’est pourquoi, les voisins de Nazareth allaient parler de Jésus en l’appelant indistinctement faber ou fabri filius (Marc 6, 3 ; Matthieu 13, 55), l’artisan ou le fils de l’artisan. Jésus a travaillé avec Joseph, dans son atelier. Comment devait être Joseph, et comment la grâce avait dû agir en lui, pour qu’il fût capable de mener à bien la tâche d’éduquer, sur le plan humain, le Fils de Dieu ? » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 55).

(à suivre)

samedi 19 mars 2011

Saint Joseph et Marie (6)


Saint Joseph et Marie (6)

Sans conteste possible, la compagnie que Jésus faisait sans interruption à Joseph ne cessait de le remplir de grâce, de le bonifier, de le tirer toujours plus vers le haut, vers les sommets des vertus, vers la perfection et dans la joie.
Jésus n’a pas trouvé mieux que Marie et Joseph pour l’accompagner sur terre. Ou, plus précisément, Dieu n’a pas formé de créatures plus parfaites que ces deux-là. Nous ne trouvons pas mieux non plus pour vivre avec notre Seigneur, à ses côtés, et pour partager sa vie parmi nous et nous laisser gagner au Père, nous laisser remplir du feu de l’Amour de l’Esprit Saint, nous laisser capturer par cet Amour qui libère et rend léger. « Tu m’as séduit et j’ai été séduit » (Jérémie 20, 7), c’est-à-dire que je me suis laissé séduire. Et bien m’en a pris. (lire la suite)
Que Joseph et Marie nous aident à nous laisser réellement séduire par Dieu en profondeur, comme ils l’ont été eux-mêmes, pour leur plus grand bonheur et pour le nôtre.
Marie et Joseph nous ont tous deux donné Jésus, bien qu’à des titres différents. Marie est dite en toute propriété la Mère de Jésus, parce qu’elle l’a conçu dans son sein, bien que par l’action du Saint-Esprit (Matthieu 1, 20). Elle a donc pu être déclarée Mère de Dieu, véritablement Mère du Fils de Dieu fait homme. Saint Joseph a engendré aussi Jésus, quoique différemment, car la paternité de la chair n’est pas la seule paternité possible. Tous ceux qui sont restés volontairement célibataires pour le royaume des cieux le savent bien, qui ont engendré beaucoup de fils et de filles dans la foi.
Saint Josémaria disait, dans sa prière : « Le titre de père putatif, sous lequel on désigne parfois saint Joseph, ne me plaît pas, car il risque de faire penser que les relations entre Joseph et Jésus étaient froides et superficielles. Notre foi, certes, nous dit qu’il n’était pas son père selon la chair. Mais cette paternité n’est pas la seule » (Quand le Christ passe, n° 55). Et de citer à l’appui ce texte de saint Augustin : « On doit non seulement donner à Joseph le nom de père — lisons-nous dans un sermon de saint Augustin — mais on doit le lui donner plus qu’à tout autre. Et il ajoute. Comment était-il père ? Sa paternité était d’autant plus profonde qu’elle était plus chaste. Certains pensaient qu’il était le père de Notre Seigneur Jésus Christ de la même façon que le sont les autres, qui engendrent selon la chair, et ne reçoivent pas leurs enfants seulement comme fruits de leurs sentiments. D’où ces mots de saint Luc : on pensait qu’il était le père de Jésus. Pourquoi dit-il seulement qu’on le pensait ? Parce que la pensée et le jugement humains se réfèrent à ce qui arrive d’ordinaire chez les hommes. Et le Seigneur n’est pas né de la semence de Joseph ; et pourtant, de sa piété et de son amour, Joseph eut un fils de la Vierge Marie, qui était le Fils de Dieu » (Sermo 51, 20).

(à suivre…)

vendredi 18 mars 2011

Saint Joseph et Marie (5)


Saint Joseph et Marie (5)

« Soyez unis à l’Eucharistie, à la Mère de Dieu et à saint Joseph, disait saint Josémaria, dans une réunion publique en Argentine. Ne les séparez pas ! Je ne le comprends bien…, je ne sais pas comment le dire : mais d’une certaine façon, ils tiennent compagnie à Jésus dans le tabernacle. D’une certaine façon… ineffable ! Je ne sais pas comment le dire » (A. Vazquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei. Vie de Josémaria Escriva, vol. III, Les chemins divins de la terre, 2005, p. 737). Je suis témoin de ce souci de saint Josémaria de conserver toujours Marie et Joseph ensemble. Il avait demandé de réaliser des figurines en terre cuite pour constituer une crèche. Un jour où nous étions réunis avec lui, l’on apporta les premières figurines, enveloppées dans du papier. La première présentée fut celle de la Sainte Vierge qui fut déposée sur la table. (lire la suite) Suivit saint Joseph, dont la figurine fut également mise sur la table, mais à quelque distance de la Sainte Vierge. Saint Josémaria réagit aussitôt avec vivacité : « Ne me séparez pas Joseph de Marie ! » s’exclama-t-il.
Il est un domaine particulier où il est encore plus essentiel de ne pas séparer Joseph de Marie, et où leur puissance d’intercession se fait sentir avec encore plus d’intensité et d’efficacité.
Marie a été le « premier tabernacle de l’histoire » (Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia, n° 55) dès l’instant même où elle a conçu le Fils de Dieu dans son sein. Elle abritait en elle notre Seigneur réellement et substantiellement vivant en elle. Et saint Joseph se trouvait à ses côtés, avait pour fonction d’être le gardien de ce tabernacle et de son contenu saint, notre Seigneur. Dès qu’il a pris chez lui Marie son épouse, qui attendait Jésus (cf. Matthieu 1, 20), il s’est troublé merveilleusement uni à l’Eucharistie, de façon ineffable, qui a enflammé continuellement son âme d’un incendie d’amour.
Quand Marie se présente à Aïn Karim, chez ses cousins Zacharie et Elisabeth, « dès qu’il eut entendu la salutation de Marie, l’enfant tressaillit dans le sein d’Elisabeth remplie de l’Esprit Saint » (Luc 1, 41). Que dire alors de l’action bienfaisante, sanctifiante de cette présence permanente de Jésus sur Joseph ? Si la sainteté appelle la sainteté, et si, en Marie, comme les théologiens l’affirment, la sainteté n’a cessé de croître de façon exponentielle, de sorte qu’elle est parvenue à un degré de sainteté qui dépasse celui de tous les anges et de tous les saints réunis, nous ne pouvons, certes, pas en dire autant de saint Joseph de façon exacte, mais seulement de façon analogique, selon ce qui lui était possible d’atteindre.

(à suivre…)

jeudi 17 mars 2011

Saint Joseph et Marie (4)


Saint Joseph et Marie (4)

Marie et Elisabeth ont dû se raconter en détail leur expérience de la bonté divine à leur égard, et l’origine prodigieuse de leur maternité respective. Joseph a bien entendu fait part à son épouse de sa propre « Annonciation », du contenu du message divin qui lui a été délivré et qui reste à jamais imprimé dans son cœur en lettres de feu. Il a bien conforté ainsi Marie qui, par délicatesse envers Dieu, s’était réfugiée dans le silence sur sa grossesse, laissant à Dieu le soin d’éclairer son mari comme il l’entendait.
Ce que Joseph lui dit la remplit d’une joie immense et d’une grande reconnaissance envers le Très-Haut. Elle discerne la sagesse infinie de Dieu et comment la Providence divine se manifeste aux hommes. Elle est heureuse que la souffrance de Joseph ait pris fin en même temps que la sienne. Elle sait maintenant que Joseph sait ce qui se passe en elle, qu’il la comprend et qu’il adhère pleinement – elle n’en a jamais douté – aux plans de Dieu. Le Magnificat ne cesse de s’élever dans son cœur, se fait plus insistant. Et elle remercie Dieu de lui avoir donné un tel mari, si chaste et si bon, si obéissant et si dévoué, si humble et si empressé. (lire la suite)
Joseph est ainsi invité à aider Marie, à l’assister, à l’accompagner dans son pèlerinage de foi, qui l’engage beaucoup plus que lui, car il comporte la Maternité divine. Il se trouve de la sorte « placé le premier par Dieu sur le chemin du « pèlerinage de foi » sur lequel Marie - surtout à partir du Calvaire et de la Pentecôte - sera la première d'une manière parfaite » (Jean-Paul II, Redemptoris Custos, n° 5). C’est dire que son action bienfaisante se prolonge au-delà même de son séjour sur terre. La foi de Joseph stimulera toujours celle de Marie.
« Saint Joseph a un très grand pouvoir auprès de Dieu notre Seigneur. Il a joué pour lui le rôle d’un père. Il a été choisi par lui de toute éternité, avec tant de perfections. Après la Mère de Dieu, il n’est aucune créature humaine qui soit plus parfaite et plus sainte que saint Joseph » (A. Vazquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei. Vie de Josémaria Escriva, vol. III, Les chemins divins de la terre, 2005, p. 736). A ce titre, il a un accès privilégié auprès du Cœur du Seigneur et jouit d’un pouvoir hors du commun. Sa puissance d’intercession est la plus grande après celle de Marie. Ce n’est pas pour rien que l’Eglise en a fait son patron et qu’elle se confie pleinement à lui. Joseph est « le gardien et le protecteur de son Corps mystique, l’Eglise, dont la Vierge est la figure et le modèle » (Redemptoris Custos, n° 1). Si nous joignons l’intercession de Joseph à celle de la bienheureuse Vierge Marie, de quelle force ne disposons-nous pas ! C’est comme un rouleau compresseur qu’aucun obstacle ne peut arrêter. Ils obtiennent tout de Jésus.

(à suivre…)

mercredi 16 mars 2011

Saint Joseph et Marie (3)


Saint Joseph et Marie (3)

Joseph a foi en ce qui la été révélé par l’ange, et cette foi comporte la foi en ce qui s’est passé en Marie, la foi en un événement surnaturel d’une épaisseur exceptionnelle, auquel il doit prendre part. Marie a fait sienne la Volonté de Dieu telle que l’archange saint Gabriel lui a dévoilée. Joseph accueille cette même volonté, comme au deuxième degré : « On peut dire que ce que fit Joseph l'unit d'une manière toute spéciale à la foi de Marie: il accepta comme une vérité venant de Dieu ce qu'elle avait déjà accepté lors de l'Annonciation » (Jean-Paul II, Redemptoris Custos, n° 4). Le concile Vatican II dit de toute créature humaine qu’« à Dieu qui révèle est due «l'obéissance de la foi» par laquelle l'homme s'en remet tout entier et librement à Dieu dans «un complet hommage d'intelligence et de volonté à Dieu qui révèle» et dans un assentiment volontaire à la révélation qu'il fait » (constitution Dei Verbum, n°5). Et Jean-Paul II de commenter que « cette phrase, qui touche à l'essence même de la foi, s'applique parfaitement à Joseph de Nazareth » (Redemptoris Custos, n° 4). (lire la suite)
Si tout homme, et toute femme, doit être un homme et une femme de foi, nous pouvons le devenir grâce à la femme qu’est Marie et à l’homme qu’est Joseph qui n’ont pas douté un seul instant et qui ont accepté sur le champ, sans tituber, le mystère mis sous leurs yeux. Il leur était évident que tout ce qui leur était annoncé était véridique et venait vraiment de Dieu. Nous leur sommes redevables de leur foi. Nous pouvons croire parce que, les premiers, ils ont cru à l’invraisemblable.
Joseph est l’homme de la famille, le chef. A ce titre, il porte la responsabilité du foyer. Et ce, pas uniquement dans le domaine matériel ou de le subsistance quotidienne. Mais aussi dans le domaine spirituel, car il lui échoit de diriger la prière familiale. Il est ainsi « le premier à participer à la foi de la Mère de Dieu, et ainsi il soutient son épouse dans la foi à l'Annonciation divine » (Redemptoris Custos, n°5).

(à suivre…)

mardi 15 mars 2011

Saint Joseph et Marie (2)


Saint Joseph et Marie (2)

« Aime beaucoup saint Joseph, qui est véritablement puissant, si tu désires acquérir la vie intérieure. La vie intérieure consiste à fréquenter Dieu ; et personne n’a fréquenté plus intimement Dieu notre Seigneur et la Mère de Dieu que saint Joseph. Quand vous m’obligez à le répéter tous les jours, dans ces réunions, cela me remplit de joie » (A. Vazquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei. Vie de Josémaria Escriva, vol. III, Les chemins divins de la terre, 2005, p. 737). Cela réjouit encore plus profondément Notre Dame de nous voir reconnaître l’excellence de saint Joseph, d’éprouver de la piété envers lui et d’avoir recours à son intercession. Marie ne peut que nous encourager à persister dans cette voie, car c’est le chemin de la vie avec Jésus, notre Sauveur, et le sentier qui conduit au Père, puisque « qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14, 9). Marie aime incontestablement que nous mettions Joseph à l’honneur dans notre vie. (lire la suite) Elle nous y pousse elle-même, en se retirant dans l’ombre, parce que, à l’époque, c’est l’homme qui était le chef de famille, investi d’une grande autorité, tandis qu’elle, à ses propres yeux, elle n’est que « l’humble servante du Seigneur » (Luc 1, 48). Et la conscience de sa condition face à Dieu l’amène tout naturellement à se faire très discrète.
Sainte Elisabeth s’exclame, sous l’emprise du Saint-Esprit : « Bienheureuse celle qui a cru à l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur » (Luc 1, 45). Elle vante la foi de Marie. Elle aurait pu aussi magnifier celle de Joseph. Certes, la réponse que Dieu a demandée à chacun d’eux n’est pas identique. Marie apporte un « oui » qui est l’adhésion sans réserve au plan de Dieu qui fait d’elle la Mère du Sauveur (Luc 1, 38). Le oui de Joseph est d’une autre nature, car sa mission est différente, puisqu’elle consiste à être « seulement » le père nourricier de Jésus. Après l’annonce de l’ange, « à son réveil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse » (Matthieu 1, 24). « Le messager s'adresse à Joseph en tant qu' « époux de Marie », celui qui, le moment venu, devra donner ce nom au Fils qui naîtra de la Vierge de Nazareth qui l'a épousé. Il s'adresse donc à Joseph en lui confiant les devoirs d'un Père terrestre à l'égard du Fils de Marie. « A son réveil, Joseph fit ce que l'Ange du Seigneur lui avait prescrit: il prit chez lui son épouse » (Matthieu 1, 24). Il la prit avec tout le mystère de sa maternité, il la prit avec le Fils qui devait venir au monde par le fait de l'Esprit Saint: il manifesta ainsi une disponibilité de volonté semblable à celle de Marie à l'égard de ce que Dieu lui demandait par son messager » (RC, n° 3). Et ce qu’il fit alors, cet empressement à accueillir Marie chez lui, est « pure obéissance de la foi », souligne le Vénérable Jean-Paul II (ibid., n° 4).

(à suivre…)

lundi 14 mars 2011

Saint Joseph et Marie (1)


Saint Joseph et Marie (1)

C’est au cours d’un voyage pastoral au Brésil, alors qu’il effectuait un déplacement en voiture, que saint Josémaria, s’écria : « Ca y est, j’ai trouvé ! » Qu’avait-il donc trouvé ?
Il avait le sentiment que sa dévotion envers saint Joseph qui, pourtant, croissait de façon impétueuse, avait quelques « lacunes ». Saint Joseph, se disait-il, « ne fut pas présent au Calvaire, au moment où Jésus mourait sur la Croix. Comment faire pour ne pas regretter son absence ? » C’est alors qu’il trouva la solution : « Il le remplacerait au pied de la Croix, imaginant comment il se serait comporté s’il avait été là. Quelle douleur, quel amour que le sien pour la Vierge Marie et pour le Christ ! » (A. Vazquez de Prada, Le fondateur de l’Opus Dei. Vie de Josémaria Escriva, vol. III, Les chemins divins de la terre, 2005, p. 736).
Josémaria cherchait depuis longtemps le moyen d’associer saint Joseph aux différentes étapes de la vie de notre Seigneur, alors même que le saint patriarche avait déjà quitté ce monde « pour une meilleure vie », comme nous disons. (lire la suite) Si un saint a eu cette préoccupation, nous pouvons bien imaginer que ce fut aussi, et à plus forte raison, celle de Marie. Que, partout où elle allait, elle s’y rendait spirituellement avec Joseph. D’ailleurs, l’expérience universelle montre qu’une veuve ne peut oublier son mari, qu’elle pense souvent à lui, qu’elle ressent le vide causé par son absence, et ce, bien des années après son décès. Marie étant de loin beaucoup plus délicate et plus fine que toutes les femmes du monde, a sans doute vécu dans ce souvenir positif de son époux. Certainement sans aucune des imperfections qui peuvent accompagner chez nous ce genre de sentiments. Mais elle restait l’épouse de Joseph, envers et contre tout. Ils avaient tout fait ensemble pour Jésus, et c’est ensemble qu’ils continuaient d’œuvrer pour lui.

(à suivre…)

dimanche 13 mars 2011

Le statut de la femme à Paris (6)


Le statut de la femme à Paris (6)

Le second Roman de la Rose présente la femme comme l’adversaire de l’homme et non plus comme sa compagne. A partir du XVIe siècle le droit réduit de plus en plus la femme à n’être qu’une mineure juridique, incapable de rien faire sans la permission ou la tutelle de son père, puis de son mari, « le chef du ménage ». En 1556, Henri II donne aux parents le droit de déshériter les enfants mariés sans leur consentement. Au XVIIe siècle, le mariage sans le consentement familial est assimilé au rapt, qui est puni de mort, et l’épouse doit prendre le nom de son mari… On pourrait continuer longuement l’énumération des faits qui jalonnent cette évolution d’un statut de plus en plus asservi de la femme. Pire, durant toute cette période le pouvoir politique et la loi civile, le roi, l’empereur, la bourgeoisie ne cesseront d’exercer une forte pression sur l’Eglise pour qu’elle aligne ses prescriptions sur celles de l’Etat. (par exemple, au concile détente, une délégation du roi de France avec l’archevêque de Reims essaie de faire adopter par les Pères la législation française.) (lire la suite) Pour l’essentiel, la foi chrétienne saura résister à cette pression, mais elle ne réussira pas à empêcher les chrétiens de participer à la mentalité ambiante et il arrivera à l’Eglise d’être atteinte dans ses comportements. Cela ne lui facilitera pas la tâche au moment où elle aurait tant à apporter à un féminisme moderne souvent peu cohérent car il n’a pas trouvé son fondement spirituel, c’est-à-dire réellement humain. En lui donnant le profond dynamisme social d’une foi qui fonde la dignité et les droits de la femme sur le fait qu’elle est « à l’image de Dieu », sauvée en Jésus-Christ, comme l’homme, elle lui éviterait bien des errances et donnerait à ce féminisme une dimension qu’il n’a pas et qu’il cherche.

B. Violle, Paris, son Eglise, 1. Histoire, Paris, Cerf, 2004, p. 97-99.

(fin)

samedi 12 mars 2011

Journées d’entraide Saint-Sépulcre de Jérusalem





Journées d’entraide Saint-Sépulcre de Jérusalem



Vente au profit de nos amis Chrétiens de Terre Sainte.
Samedi 12 mars 10:00 - 19:30 - ND de Grâce de Passy-Paris 16
Dimanche 13 mars 10:00 - 17:30 - ND de Grâce de Passy-Paris 16
« 48 heures pour la Terre Sainte »

Ils attendent votre aide ! Soyez généreux ! Venez nombreux ! Conviez vos amis ! De nombreux comptoirs ! vaste choix !
- Cadeaux personnalisés – Peinture sur porcelaine
- Vêtements d’enfants - Vêtements de soie - Cravates
- Déguisements - Linge de maison brodé - Chapeaux
- Aquarelles – Maroquinerie – Bijoux - Art de la table
- Livres pour enfants et adultes (signatures d ’auteurs)
- Objets d’antiquité – Portraits d’enfants
- Tapis d’Orient
- "Notre-Dame de la Consolation (i mages pieuses linge d’autel, étoles...)
- "La Marée " (vente et dégustation d’huîtres)
- "Cordon BIeu " (vente de gâteaux sucrés/salés)
- Epicerie fine - Vins

- Bar, « en cas » et salon de thé seront à votre disposition en permanence

- Deux tournois de bridge : homologué / amateur détendu (formulaire d’inscription), le 12 mars2 011 de 13h30 à 16h30 Pour accéder

L’aide apportée par le Saint Sépulcre est totalement apolitique.

Testament spirituel de Bhatti


Testament spirituel de Bhatti


Shahbaz Bhatti,ministre catholique des minorités religieuses au Pakistan, qui vient d'être assassiné, a laissé ce testament spirituel :
« De hautes responsabilités au gouvernement m’ont été proposées et on m’a demandé d’abandonner ma bataille, mais j’ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie. Ma réponse a toujours été la même : « Non, moi je veux servir Jésus en tant qu’homme du peuple ».

Cette dévotion me rend heureux. Je ne cherche pas la popularité, je ne veux pas de positions de pouvoir. Je veux seulement une place aux pieds de Jésus. Je veux que ma vie, mon caractère, mes actions parlent pour moi et disent que je suis en train de suivre Jésus-Christ. Ce désir est si fort en moi que je me considérerai comme un privilégié si – dans mon effort et dans cette bataille qui est la mienne pour aider les nécessiteux, les pauvres, les chrétiens persécutés du Pakistan – Jésus voulait accepter le sacrifice de ma vie. Je veux vivre pour le Christ et pour Lui je veux mourir. Je ne ressens aucune peur dans ce pays.

À de nombreuses reprises, les extrémistes ont tenté de me tuer et de m’emprisonner ; ils m’ont menacé, poursuivi et ont terrorisé ma famille. Les extrémistes, il y a quelques années, ont même demandé à mes parents, à ma mère et à mon père, de me dissuader de continuer ma mission d’aide aux chrétiens et aux nécessiteux, autrement ils m’auraient perdu. Mais mon père m’a toujours encouragé. Moi, je dis que tant que je vivrai, jusqu’à mon dernier soupir, je continuerai à servir Jésus et cette pauvre humanité souffrante, les chrétiens, les nécessiteux, les pauvres.

Je veux vous dire que je trouve beaucoup d’inspiration dans la Bible et dans la vie de Jésus-Christ. Plus je lis le Nouveau et l’Ancien Testament, les versets de la Bible et la parole du Seigneur et plus ma force et ma détermination sont renforcées. Lorsque je réfléchis sur le fait que Jésus a tout sacrifié, que Dieu a envoyé Son Fils pour notre rédemption et notre salut, je me demande comment je pourrais suivre le chemin du Calvaire. Notre Seigneur a dit : « Prends ta croix et suis-moi ». Les passages que j’aime le plus dans la Bible sont ceux qui disent : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !». Ainsi, lorsque je vois des personnes pauvres et dans le besoin, je pense que c’est Jésus qui vient à ma rencontre sous leurs traits.

Pour cette raison, j’essaie toujours avec mes collègues d’aider et d’assister ceux qui en ont besoin, les affamés, les assoiffés. »

Le statut de la femme à Paris (5)


Le statut de la femme à Paris (5)

Ainsi, de siècle en siècle, parce qu’elle la reconnaît « fille de Dieu », la foi chrétienne conquiert peu à peu à la femme un statut et une place dans la société qui sans être parfaits sont très différents de ce que nous imaginons et de ce qu’ils sont devenus par la suite.
Reine, elle est couronnée, comme le roi. Elle le remplace le cas échéant et elle peut prendre en tout temps des décisions en tant que reine. Noble, rien n’empêche qu’elle soit suzeraine ayant des vassaux hommes et qu’elle exerce en son nom propre ses devoirs et ses droits. Abbesse, elle peut avoir pouvoir sur des monastères d’hommes (le cas le plus célèbre est celui de Fontevrault). Roturière, elle peut gérer ses biens à côté de ceux de son mari et exercer sous son nom, puisqu’elle n’est pas obligée de prendre celui de son mari, le métier de son choix. (lire la suite) Ne lui sont interdites que les professions qui mettent en danger sa santé lorsqu’elle est enceinte (la tapisserie de haute lisse, par exemple). On connaît à Paris des « barbières », des « banquières », des « médecines » (une dame Herbert, médecine, accompagne saint Louis en croisade pour soigner sa famille), des « chirurgiennes », des « enluminuristes », etc. à côté des « boulangères » et « paysannes » dirigeant leur exploitation. En bien des occasions elles ont droit de vote. Comme les hommes, parfois plus que les hommes, elles reçoivent instruction et éducation. Au IVe et VIe siècles, des abbayes de femmes tiennent des écoles de filles, et même des écoles mixtes, de haut niveau. A la fin du XIIIe siècle, on connaît à Paris vingt-deux maîtresses d’écoles laïques. Au XIVe siècle, l’écolâtre, celui qui, au nom de l’évêque, veille à l’administration des écoles, mentionne « les dames qui tiennent et enseignent aux écoles l’art et la grammaire ». Biens des collèges de l’Université seront fondés par des femmes, celui des Bons-Enfants, par exemple. La littérature montre la place qui est faite à la « Dame » (qui vient de domina, féminin de dominus, Seigneur) en particulier en amour.
Ce que perçoivent Gerson et Christine de Pisan, c’est un renversement des dynamises sociaux qui ne sont plus ceux de la foi, mais ceux du paganisme du droit romain, rétablissant la puissance du pater familias, et les pouvoirs de la lignée. C’est une exacerbation des droits de la famille sur les personnes. Culture antique et droit romain contribuent à faire retourner la femme à sa condition inférieure à l’homme. Du XIVe siècle au Code Napoléon et jusqu’à nos jours on verra cette tendance se préciser. En 1320, l’Université intente un procès à Jacoba Felicia qui exerce la médecine sans diplôme, puisque seule l’Université, réservée aux clercs, dispense un tel diplôme. Rapidement, non seulement on verra s’accroître le nombre de métiers interdits aux femmes, mais on en viendra à considérer que leur intelligence et leur caractère leur interdisent une réelle culture. Au XIVe siècle, Philippe le Bel sous prétexte de « loi Salique » interdit la succession des femmes sur les fiefs nobles. La guerre de Cent Ans leur fermera la royauté. Le 28 juin 1593, l’arrêt Lemaître, du Parlement de Paris, leur interdira toute fonction dans l’Etat.

(à suivre…)

vendredi 11 mars 2011

Le statut de la femme à Paris (4)

Le statut de la femme à Paris (4)

Pour empêcher tout malentendu, chaque phrase mériterait un commentaire qui la remette dans le contexte de l’époque. Par exemple, le rappel de l’institution du mariage par Dieu le situe d’emblée au-delà des intérêts familiaux et met en lumière son caractère sacramentel. Il est un acte de Dieu, quelles que soient les variations du mode de célébration et l’état des élaborations théologiques (ce n’est qu’aux XIIe et XIIIe siècles que se constitue la terminologie que nous employons). Ainsi, les formules « pas de mariage pour cause de luxure », « pas d’acte sexuel uniquement pour la luxure », « chérir leur femme dans la chasteté, ne sont pas les expression d’une pudibonderie monacale et ecclésiastique condamnant le plaisir et méprisant la femme, comme on le dit souvent, mais celle d’une âpre lutte contre la tendance à faire de l’épouse une femme objet, une possession. Considérez, dit le concile, votre épouse comme votre égale, une personne avec laquelle vous êtes en relation d’amour, c’est-à-dire « d’honneur ». Jean de Beauvais dira : l’épouse n’est « ni maîtresse, ni servante, mais compagne » (lire la suite) (et il faut prendre dans le sens fort qu’ils ont à l’époque les mots « honneur » - on rend honneur à son supérieur – et « compagnon »). C’est le même souci qui, depuis le VIe siècle, met au premier rang des prescriptions des conciles l’interdiction de l’inceste. Mais attention, le mot n’a pas le même sens qu’aujourd’hui. Lorsqu’elle déclare nuls, comme les épousailles fruits du rapt, et incestueux les mariages consanguins jusqu’au 7ème degré de parenté, l’Eglise entend surmonter les dangers que courent la liberté des futurs époux et la dignité de la femme dans une famille franque jalouse de la pureté de son sang et soumise à la promiscuité d’un foyer qui regroupe cousins, oncles et tantes. Elle juge le danger si grave qu’elle se montre, quelles que soient les classes sociales, plus sévère à l’égard de l’inceste qu’envers la répudiation. Par exemple, en 997, un concile de Paris, somme Robert le Pieux, roi de France, de se séparer de Berthe, sa cousine au troisième degré, sous peine d’excommunication, mais ne fait aucune allusion à Rosala, l’épouse répudiée ; sans doute parce qu’elle avait été imposée à Robert, alors à peine âgé de seize ans, par son père Hugues Capet, c’est-à-dire sans le consentement libre et l’amour nécessaires pour un mariage. Autre exemple, entre 1095 et 1105, moment où il se présente en pénitent à un concile parisien avec la cousine qu’il a épousée, Philippe 1er est excommunié.
Quelques années plus tard, les poids sociaux jouant autrement, l’Eglise modifie ses préceptes. Le poids familial devient moins grand et l’habitude se prend de conclure un mariage « incestueux » avec un parent éloigné, puis lorsqu’on veut divorcer, de faire reconnaître l’inceste. A Paris, Eudes de Sully réagit en instituant la « publication des bans de mariage » qui fait obligation à tout fidèle de faire connaître les empêchements qui pourraient exister. En 1215, le concile du Latran ramène au quatrième degré de parenté les interdictions de mariage. Le respect de la femme et du mariage demande alors qu’on lutte contre le divorce, en priorité.

(à suivre…)

jeudi 10 mars 2011

Le statut de la femme à Paris (3)

Le statut de la femme à Paris (3)

Le mariage est un des lieux où se manifeste cette personnalité de la femme. Il est une union stable dans laquelle chacun, remplissant ses fonctions propres, est l’égal et le soutien de l’autre librement choisi, car depuis les origines, depuis la création, le mariage porte l’être humain à être « à l’image et à la ressemblance de Dieu » (Genèse 1) et maintenant , sauvé en Jésus-Christ, il est le fruit d’un acte de la bonté, de la grâce de Dieu, que l’on appellera un Sacrement (« que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » : Matthieu 5, 31-32 ; 19, 1-9 ; Luc 16, 18 ; Marc 10, 1-2) porteur d’un amour à l’image de celui que Dieu manifeste à l’homme dans l’Alliance et Jésus-Christ à l’Eglise dans la grâce de Pâques (Ephésiens 5, 21-23). Alliance dans l’amour, le mariage est l’un des facteurs fondamentaux de l’évolution sociale vers la charité. (lire la suite)
Ce n’est qu’au prix d’un combat spirituel sans cesse à reprendre, que la foi chrétienne pourra faire adopter peu à peu par les Francs une telle conception de la femme et du mariage avec leurs conséquences sociales. Dès 556 un concile parisien, dans la mouvance des conciles de l’époque, s’en préoccupe. Beaucoup suivront. Le concile de Paris en 829, un de ceux qui réorganisent l’Eglise franque, permet de se faire une idée de la manière dont fut mené ce combat spirituel par les évêques.
1. Les laïcs doivent saisir que le mariage a été institué par Dieu. 2. Il ne doit pas y avoir de mariage pour cause de luxure, mais bien pour cause de désir de progéniture. 3. La virginité doit être gardée jusqu’aux noces. 4. Ceux qui ont une épouse ne doivent pas avoir de concubine. 5. Les laïcs doivent savoir comment chérir leur femme dans la chasteté et qu’ils doivent honneur comme à des frères faibles. 6. L’acte sexuel avec l’épouse ne devant être accompli dans l’intention de jouir, mais de procréer, les hommes doivent s’abstenir de connaître leur femme quand elle est enceinte. 7. Comme le dit le Seigneur, sauf pour cause de fornication, la femme ne doit pas être renvoyée, mais plutôt supportée ; et ceux qui, leur épouse répudiée pour fornication, en prennent une autre, sont tenus, selon la sentence du Seigneur, pour adultères. 8. Les chrétiens doivent éviter l’inceste.

(à suivre…)

mercredi 9 mars 2011

Le statut de la femme à Paris (2)


Le statut de la femme à Paris (2)

Pour l’Antiquité la femme est un être inférieur. Les philosophes l’enseignent. Aristote, par exemple, dit qu’elle est un homme raté. La société en est convaincue et le droit romain, qui fonde tout sur l’autorité du pater familias, fait d’elle une éternelle mineure, sans droits, un peu comme une esclave, toujours incapable d’être propriétaire et de gérer des affaires. D’abord soumise au pouvoir de vie et de mort de son père, elle est, ensuite, remise à celui du mari qu’il lui a choisi. Supprimer à la naissance les filles que l’on ne veut pas garder ; faire mettre à mort celles qui se dérobent au mariage prévu sont des pratiques jugées normales. Bien des chrétiennes seront martyres parce qu’elles osent refuser le mari imposé. Même lorsque Rome exalte la maternité, (lire la suite) aménage la dévotion de la dot, propage la liberté des mœurs, la situation de la femme n’en est pas changée. Le christianisme devra lutter longtemps pour entamer le pouvoir du pater familias et faire admettre des mœurs qui reconnaissent la réalité de la personnalité de ma femme. Par exemple, ce n’est qu’en 390 que la loi retire au père le droit de vie et de mort sur ses enfants, ce n’est qu’au VIIIe siècle que l’Eglise réussit à supprimer la nécessité du consentement des parents pour la validité du mariage.
Les Barbares, eux, les Francs de Clovis, que ce soit au temps des Mérovingiens, des Carolingiens ou des Capétiens, fondent leur société et la famille sur les liens du sang, « la parenté issue d’un même sang ». Les mœurs, le souci de la lignée subordonnent le mariage et la place de la femme dans la vie sociale aux intérêts familiaux. C’est contre ce poids de la famille que, du VIe au XIIe siècle, luttera l’Eglise, avec une grande constance dans son projet et une grande souplesse dans ses prescriptions.
Pour elle, « Dieu créa l’être humain, homme et femme, à son image, et il vit que cela était bon ». Si le péché troubla cette harmonie fondamentale, Jésus par son sacrifice est venu la rétablir. En Lui, comme dit saint Paul, « il n’y a plus ni homme, ni femme ». Avec ses qualités propres, distinctes de celles de l’homme, qu’il faut respecter, la femme est fille de Dieu, comme l’homme est fils de Dieu ; aussi, elle a des pouvoirs et des droits semblables aux siens, que la société doit lui permettre d’exercer.

(à suivre…)

mardi 8 mars 2011

Le statut de la femme à Paris (1)

Le statut de la femme à Paris (1)

En réagissant avec une passion qui agite le Tout-Paris de l’époque contre le deuxième Roman de la Rose de l’universitaire Jean de Meung, Christine de Pisan, la femme de lettres humaniste de la cour de Charles V, fait preuve de perspicacité. Elle y perçoit, avec raison, la manifestation et la propagation d’un radical bouleversement des mentalités qui sera à la source d’idéologies, de mœurs, de législations qui considèrent et traitent la femme comme un être inférieur. Nous avons du mal à saisir les termes et les enjeux du débat, car il se situe, au sein de la longue histoire du monde occidental, au niveau des effets sociaux d’une mutation spirituelle et théologique. Or, spontanément, nous refusons d’admettre qu’une spiritualité puisse engendrer des conséquences sociales fondamentales (depuis un siècle notre pensée se fonde sur le principe que c’est la société qui créée et modifie les spiritualités) et les idées reçues de nos jours attribuent souvent à la foi chrétienne très précisément les conceptions et les comportements qu’elle combat. (lire la suite)
Quand intervient Christine de Pisan, alors que s’élaborent une organisation des Etats et de nouvelles conceptions de la société en Occident, des résurgences païennes profondes, portées à l’Université par Aristote et même l’Art d’aimer d’Ovide, à la ville et à la cour par le droit romain, remettent en cause les patientes et persévérantes, fragiles et encore partielles conquêtes de la foi chrétienne qui tendent à faire reconnaître et respecter la femme à l’égal de l’homme. Ce qui est en jeu est fondamental. Les dynamismes fondamentaux de la société sont-ils ceux de la foi ou ceux du paganisme ? On ne s’étonnera donc pas de trouver aux côtés de Christine de Pisan et des « féministes » un théologien et un pasteur d’envergure, Gerson le chancelier de l’Université. La vigueur et l’importance de la polémique à Paris s’expliquent par la place que tiennent, du XIVe au XVIIe siècles, l’Université et le roi de France dans l’élaboration de la civilisation que l’on appellera moderne.
Sans donner tous les éléments d’un débat toujours complexe et parfois ambigu, il vaut la peine d’en donner quelques traits éclairants pour nous aujourd’hui.
Quand elle s’installe en Gaule du Nord, à Paris en particulier, la foi chrétienne se trouve confrontée à la civilisation romaine et à celle des Barbares, bientôt à celle des Francs. Il faut bien nous représenter la situation de la femme dans ces civilisations pour comprendre le scandale que provoque la foi, les bouleversements sociaux (une véritable révolution) qu’elle engendre, les résistances qu’elle doit vaincre, lorsqu’elle affirme et veut faire passer dans les mœurs que la femme est l’égale de l’homme, en se fondant sur une conception spirituelle de la femme comme créée comme l’homme à l’image de Dieu et comme lui sauvée en Jésus-Christ.

(à suivre…)

lundi 7 mars 2011

La conversation à Nazareth


La conversation à Nazareth

Nous pouvons chercher à imaginer ce qu’était la conversation dans le foyer de la Sainte Famille. Voici quelques pistes pour notre méditation :
Jésus et Marie ont une science infuse, limitée pour Marie à sa condition de créature et de Vierge immaculée. En tant qu’êtres humains, ils acquièrent une connaissance expérimentale, comme tout un chacun. Mais quel contenu et quelle profondeur dans cette connaissance et donc quel contenu et quelle profondeur dans leur conversation. Rien n’est banal, trivial, quelconque. C’est un enrichissement mutuel permanent, car Marie, tout comme Joseph, contribuent à la formation de Jésus Enfant, qui « grandissait, tandis que son esprit se fortifiait » (Luc 1, 80) et qui « grandissait et se développait plein de sagesse » (Luc 2, 40).
Si Jésus enfant ne sait pas tout, en tant qu’homme, il se connaît lui-même pourtant. Etant le Verbe de Dieu, il connaît la Sainte Ecriture mieux que quiconque, « de l’intérieur », pourrions-nous dire. C’est pourquoi nous le trouvons, à l’âge de douze ans, « assis au milieu des docteurs (les docteurs de la Loi), les écoutant et leur posant des questions ; et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses » (Luc 2, 46-47).
Jésus n’a-t-il pas discrètement et avec une grande délicatesse préparé sa Mère en commentant dans les Ecritures ce qui était dit de lui et de sa mission (cf. Luc 24, 27) ?
Avec des gens aussi parfaits qu’eux, la conversation était toujours courtoise, aimable, délicate, positive.
Elle était d’une rare élévation.
Jésus comme Marie, car saint Joseph devait la plupart du temps se contenter d’écouter, savaient tirer la pointe surnaturelle des moindres événements, sans forcer les choses, mais avec un grand naturel ; sans la moindre ombre de cléricalisme, de la part du Fils de Dieu, le grand « prêtre selon l’ordre de Melchisédech » (Hébreux 5, 2). Jésus a une conversation très « séculière », propre à un laïc qui est à sa place dans les affaires temporelles et qui en parle en connaissance de cause.
C’est une conversation profonde et enrichissante, qui ne nourrit pas seulement l’intellect mais aussi l’âme, et aide donc à prier, met en présence du Tout-Puissant.
Marie et Jésus voient la projection des événements, il savent en tirer des conséquences quant à l’accomplissement des plans de Dieu, ce qui est spécialement le cas de Jésus, qui éprouve certainement depuis le premier moment un ardent désir d’arriver à l’heure où il pourra manger la Pâque avec ses apôtres avant de souffrir (cf. Luc 22, 15)

dimanche 6 mars 2011

Un modèle de chrétien (2)


Un modèle de chrétien (2)

« Qu’il illumine votre intelligence afin que vous sachiez quelle est l’espérance donnée par son appel, combien riche est la gloire de son héritage parmi les saints » (Ephésiens 1, 18). A la foi et la charité s’ajoute l’espérance des biens futurs, que l’appel, la vocation chrétienne a fait naître dans notre cœur. Espérance qui est conviction que tout contribue à notre bien (cf. Romains 8, 28) et que rien de ce que nous faisons ne se perd en vue du royaume des cieux.
Paul demande encore que Dieu fasse voir « quelle est la grandeur extraordinaire de sa puissance à notre endroit, (lire la suite) pour nous les croyants. L’exemple en est dans l’efficacité souveraine de la force qu’il a déployée en la personne du Christ » (Ephésiens 1, 19-20). Telle est la conception chrétienne de la vie, la vision optimiste et réaliste à la fois de notre vie en Dieu, avec Dieu. Dieu qui a ressuscité son Fils, nous ressuscitera à notre tour. Nous avons la force du Christ avec nous, pour nous. Nous pouvons vivre de foi, d’espérance et de charité, et communiquer ces vertus à notre monde, de sorte qu’elles imprègnent et pénètrent dans le cœur des hommes de notre temps, qui en ont tellement besoin… Un trésor de gloire nous attend au ciel, mais il faut auparavant mener le combat contre le mal en nous appuyant sur la force du Christ.
Allons-y hardiment. L’enjeu en vaut la peine. Et si nous ne prenons pas cette tâche à cœur, qui donc l’assumera ? Ce sera aussi une bonne façon de ne pas suivre le mauvais exemple des Galates !

(fin)

samedi 5 mars 2011

Un ministre catholique assassiné


Un ministre catholique assassiné

« Je veux que ma vie dise que je suis en train de suivre Jésus-Christ. Ce désir est si fort en moi que je me considérerais comme un privilégié si – dans mon effort pour aider les nécessiteux, les pauvres, les chrétiens persécutés du Pakistan – Jésus voulait accepter le sacrifice de ma vie ».
Ce sont les paroles prononcées il y a quelque temps par Shahbaz Bhatti, ministre pakistanais pour les minorités, catholique, tué le mardi 1 mars à coups d’arme à feu dans une embuscade qui lui fut tendue dans la ville d’Islamabad.
Co-fondateur et ex-directeur de l’APMA (All Pakistan Minorities Alliance), une organisation qui représente les communautés marginalisées et les minorités religieuses du Pakistan, en tant que ministre (lire la suite) il s’est donné corps et âme pour l’égale dignité de toutes les communautés du pays. Récemment il était intervenu dans l’affaire Asia Bibi, en se prononçant de manière ferme en faveur d’une révision de la loi sur le blasphème. Peut-être est-ce justement cette dernière bataille qui a motivé ses assassins à agir.
Mgr Dino Pistolato, membre d’Oasis et directeur de la Caritas de Venise, a travaillé pendant des années en étroite collaboration avec lui pour récolter des fonds afin de secourir les villages les frappés par le tremblement de terre. Cette intense collaboration a donné naissance à un dialogue-entretien entre Bhatti et Mgr Pistolato, Cristiani in Pakistan. Nelle prove la speranza, [Chrétiens au Pakistan. Dans les épreuves, l’espérance], publié par la Marcianum Press dans la collection Colere Hominem de la Fondation Giovanni Paolo I.

Je veux servir Jésus
Shahbaz Bhatti, 3/03/2011
De hautes responsabilités au gouvernement m’ont été proposées et on m’a demandé d’abandonner ma bataille, mais j’ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie. Ma réponse a toujours été la même : « Non, moi je veux servir Jésus en tant qu’homme du peuple ».
Cette dévotion me rend heureux. Je ne cherche pas la popularité, je ne veux pas de positions de pouvoir. Je veux seulement une place aux pieds de Jésus. Je veux que ma vie, mon caractère, mes actions parlent pour moi et disent que je suis en train de suivre Jésus-Christ. Ce désir est si fort en moi que je me considérerai comme un privilégié si – dans mon effort et dans cette bataille qui est la mienne pour aider les nécessiteux, les pauvres, les chrétiens persécutés du Pakistan – Jésus voulait accepter le sacrifice de ma vie. Je veux vivre pour le Christ et pour Lui je veux mourir. Je ne ressens aucune peur dans ce pays.
À de nombreuses reprises, les extrémistes ont tenté de me tuer et de m’emprisonner ; ils m’ont menacé, poursuivi et ont terrorisé ma famille. Les extrémistes, il y a quelques années, ont même demandé à mes parents, à ma mère et à mon père, de me dissuader de continuer ma mission d’aide aux chrétiens et aux nécessiteux, autrement ils m’auraient perdu. Mais mon père m’a toujours encouragé. Moi, je dis que tant que je vivrai, jusqu’à mon dernier soupir, je continuerai à servir Jésus et cette pauvre humanité souffrante, les chrétiens, les nécessiteux, les pauvres.
Je veux vous dire que je trouve beaucoup d’inspiration dans la Bible et dans la vie de Jésus-Christ. Plus je lis le Nouveau et l’Ancien Testament, les versets de la Bible et la parole du Seigneur et plus ma force et ma détermination sont renforcées. Lorsque je réfléchis sur le fait que Jésus a tout sacrifié, que Dieu a envoyé Son Fils pour notre rédemption et notre salut, je me demande comment je pourrais suivre le chemin du Calvaire. Notre Seigneur a dit : « Prends ta croix et suis-moi ». Les passages que j’aime le plus dans la Bible sont ceux qui disent : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !». Ainsi, lorsque je vois des personnes pauvres et dans le besoin, je pense que c’est Jésus qui vient à ma rencontre sous leurs traits.
Pour cette raison, j’essaie toujours avec mes collègues d’aider et d’assister ceux qui en ont besoin, les affamés, les assoiffés.

Shahbaz Bhatti, le souvenir d’un ami
Mgr. Dino Pistolato, 3/03/2011
Je l’ai connu en 2005, après le tremblement de terre qui a frappé la région d’Islamabad.
En tant que président de l’association APMA (All Pakistan Minorities Alliance), il se consacrait entièrement à la défense des communautés marginalisées et des minorités religieuses du Pakistan.
Enseignant à l’école primaire, il avait fait de sa vie une offrande pour les pauvres et pour ceux qui sont persécutés à cause de leur foi. Je me souviens avec émotion d’une réponse qu’il me fit lorsque je lui demandais pourquoi il ne devenait pas prêtre. Il répondit qu’il voulait être au milieu des gens, en contact direct avec les personnes et leurs difficultés, chose que souvent les prêtres ne parviennent pas à faire dans son pays.
Il avait une foi intense et lucide et la conscience d’une mort prochaine. Une chose qu’il m’a confirmée dans un mail récent dans lequel il me racontait son combat infatigable contre la loi actuelle sur le blasphème, les menaces continuelles qu’il recevait et le manque de soutien de son parti politique.
Je me console en pensant qu’il a pu voir se réaliser le désir de sa vie. C’était de rencontrer le Pape, un événement qui s’est produit l’année dernière. J’ai connu un témoin de la foi, j’ai eu la grâce de connaître un martyr.

vendredi 4 mars 2011

Un modèle de chrétien (1)


Un modèle de chrétien (1)

Saint Paul a reçu des nouvelles de la foi et de la charité des premiers chrétiens d’Ephèse. Il en est rempli de joie et de reconnaissance. Il leur écrit qu’il ne cesse de rendre grâce à Dieu à leur sujet parce qu’ils ont bien compris le message de l’Evangile, qu’ils ont assimilé la prédication et qu’ils peuvent ainsi servir de modèle pour d’autres communautés. En même temps qu’il se réjouit, il ne cesse de « faire mémoire de vous dans mes prières » (Ephésiens 1, 15-16). Il ne ferme pas les yeux ni ne se désintéresse de la situation. Il sait très bien, par exemple, que certains fidèles ont vite fait de revenir à leurs erreurs antérieures. C’est ce qu’il reprochait aux Galates : (lire la suite) « Pauvres fous de Galates, qui vous a ensorcelés, vous qui avez eu sous les yeux l’image de Jésus-Christ crucifié ? (…) Êtes-vous donc si fous ? Débuter par l’Esprit et maintenant finir par la chair ? » (Galates 3, 1.3). Il y a de quoi être douloureusement étonné. « Je m’étonne que si vite vous abandonniez celui qui vous a appelés par la grâce du Christ pour passer à un autre évangile » (Galates 1, 6).
C’est pourquoi Paul prie pour que les Ephésiens restent sur le droit chemin et continuent de donner un exemple de foi et de charité « à l’égard de tous les saints » (Ephésiens 1, 15). Il nous montre par là que nous devons également toujours faire monter vers Dieu notre prière pour nos frères dans la foi, en demandant au Seigneur de les assister de sa grâce, pour qu’ils soient toujours des témoins exemplaires de la foi, des foyers ardents de sainteté et des évangélistes intrépides.
Dans ses prières, l’Apôtre demande les dons spirituels pour les fidèles : « Que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation pour le bien connaître lui-même » (Ephésiens 1, 17). Certes, une connaissance du Seigneur. Mais cette connaissance est encore imparfaite et très limitée. Mieux nous connaîtrons notre Seigneur et plus nous serons stimulés à vivre notre foi et à vivre la charité envers tous, comme lui l’a fait. Il est bon de demander au Seigneur qu’il se révèle davantage à nous, qu’il se fasse connaître plus à fond. Cela dépend en réalité des conditions dans lesquelles nous abordons nos moments de prière et nous allons recevoir la sainte Eucharistie. Parce que sont là des occasions idéales pour bien se connaître et pour laisser Dieu nous façonner à sa guise.

(à suivre…)

jeudi 3 mars 2011

L’Amour de Dieu pour nous (2)


L’Amour de Dieu pour nous (2)

Cette grâce, en effet, Dieu l’« a répandue abondamment sur nous avec plénitude de sagesse et d’intelligence » (Éphésiens 1, 8), et « c’est par la grâce que vous êtes sauvés moyennant la foi. Et cela ne vient pas de vous : c’est le don de Dieu » (Éphésiens 2, 8). Un pur don.
« Ainsi donc c’est affaire ni de qui veut ni de qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde » (Romains 9, 16). Il a fallu que notre Seigneur entre dans notre monde, prenne une chair mortelle comme la nôtre, accepte de souffrir et de mourir sur la Croix pour que nous soyons effectivement sauvés : (lire la suite) « De même, en effet, que par la désobéissance d’un seul homme tous les autres ont été constitués pécheurs, pareillement aussi par l’obéissance d’un seul tous les autres seront constitués justes » (Romains 5, 19).
Ce salut vient exclusivement de Dieu. « Cela ne vient pas non plus des œuvres, afin que nul ne puisse se glorifier. Nous sommes, en effet, son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus en vue des œuvres bonnes dont Dieu a établi le programme pour que nous le mettions en pratique » (Éphésiens 2, 9-10). « Sachez que Yahvé est Dieu : c’est lui qui nous a faits et nous lui appartenons ; nous sommes son peuple et le troupeau de son pâturage » (Psaume 100, 3).
Il en coûte sans doute à l’homme, spécialement à celui qui est rebelle, de reconnaître cette condition de créature et de devoir tout à Dieu. Mais ce n’est pas son refus qui change quoi que ce soit à la réalité. Nous avons été créés, souligne ici l’Apôtre, pour faire le bien, pour accomplir de bonnes œuvres comme le Christ, « qui s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité et de s’acquérir en le purifiant un peuple tout appliqué aux bonnes œuvres » (Tite 2, 14).
Puissions-nous nous appliquer effectivement à faire le bien en toutes circonstances, dans les différents milieux de notre vie.

(fin)

mercredi 2 mars 2011

L’Amour de Dieu pour nous (1)


L’Amour de Dieu pour nous (1)

Saint Paul rappelle aux chrétiens d’Ephèse la condition dans laquelle ils se trouvaient avant de recevoir l’annonce de l’Evangile : « Vous aussi, vous étiez à l’état de mort pour les fautes et les péchés que jadis vous commettiez couramment en suivant le courant de ce monde, à la manière du prince qui règne dans les airs, de l’esprit qui exerce actuellement son action chez les hommes rebelles » (Éphésiens 2, 1-2). Les chrétiens d’Ephèse provenaient pratiquement tous du paganisme. Mais ce rappel peut s’adresser aussi à chacun de nous, dans la mesure où nous sommes marqués par le péché originel, et donc « fils de la colère ».
Mais voilà, « Dieu, dans la richesse de sa miséricorde, (lire la suite) poussé par le grand amour dont il nous a aimés, nous a fait revivre avec le Christ, alors que nous étions en l’état de mort pour nos fautes » (Éphésiens 2, 4-5). En effet, Lorsque sont apparus la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes , il nous a sauvés (Tite 3, 4-5). C’est une vérité extrêmement consolante. La grande réalité de la vie chrétienne : « La grâce salvatrice de Dieu, en effet, est apparue à tous les hommes » (Tite 2, 11). Mais les hommes n’acceptent pas tous cette bonté et cet amour de Dieu, et donc ne veulent pas tous entrer dans le mystère de la grâce salvatrice : « Nous aussi, nous étions de ceux-là, quand nous vivions jadis plongés dans les convoitises de la chair, soumis aux ordres de la chair et des désirs mauvais, et nous étions par nature voués à la colère divine tout comme les autres » (Éphésiens 2, 3). Eux, ils veulent rester dans cette condition qui, croient-ils, les arrange. Peut-être face au monde, mais certainement pas face à Dieu.
« C’est par grâce que vous êtes sauvés » (Éphésiens 2, 5). Il n’y a de salut qu’en Jésus-Christ. « Aussi bien, nous croyons que c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés » (Actes 15, 11). Refuser le Christ, c’est se fermer à la grâce. Or, la grâce est absolument nécessaire pour le salut. Nous ne connaissons pas d’autre voie que celle-là.
Donc, dans son amour et sa miséricorde, Dieu « nous a ressuscités avec lui et nous a fait asseoir avec lui dans les cieux en la personne du Christ Jésus » (Éphésiens 2, 6). Par lui, il « nous a octroyé toutes sortes de bénédictions spirituelles dans le Christ » (Éphésiens 1, 3). Jésus est remonté auprès de son Père avec son humanité très sainte, faisant en sorte que notre nature puisse recevoir « grâce sur grâce ».

(à suivre…)