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samedi 12 juillet 2014

Droiture d’intention (6)

Droiture d’intention (6)

Heureusement Élisée est informé de ce qui se passe. « Lorsqu’Élisée, l’homme de Dieu, apprit que le roi d’Israël avait déchiré ses vêtements, il envoya dire au roi : Pourquoi as-tu déchiré tes vêtements ? Qu’il vienne donc à moi, et il saura qu’il ya un prophète en Israël » (2 Rois 5, 8). Soulagé par cette proposition, le roi aiguille Naaman vers Élisée, en lui expliquant avec force détails que cet homme est un véritable envoyé de Dieu et qu’il possède des pouvoirs de thaumaturge, de sorte qu’il est à même de le guérir de sa lèpre. C’est son rôle à lui, et non à moi, qui ne suis qu’un simple roi…, peut-il se dire. « Naaman vint avec ses chevaux et son char, et il s’arrêta (lire la suite) sur la porte de la maison d’Élisée (2 Rois 5, 9). Il s’attend évidemment à ce que le prophète sorte l’accueillir. C’est bien normal. Le roi ne l’a-t-il pas fait prévenir de la raison qui l’amène à lui et de sa qualité ? C’est la première fois que Naaman va se trouver en présence d’un prophète et il est curieux de voir à quoi il ressemble et comment il va s’y prendre pour le guérir, à quelles incantations il va recourir, quelles prières il va formuler. Naaman s’attend à quelque chose de spectaculaire. Il faut reconnaître que, de toute façon, sa guérison, si elle intervient, sera en soi spectaculaire. Mais elle peut intervenir à distance. Et cela Naaman le ne le sait pas, ne l’imagine pas. Cela n’entre pas dans l’idée qu’il se fait du prophète, et surtout de la haute considération dont il s’attend qu’on l’entoure en tant que général en chef de la puissante armée syrienne. Il est en quête de spectaculaire. « Combien se laisseraient clouer sur une croix, devant des milliers de spectateurs stupéfaits, qui ne savent pas supporter chrétiennement les piqûres d’épingle quotidiennes ! — Juge, par là, ce qu’il y a de plus héroïque (saint Josémaria, Chemin, n° 204). Naaman occupe un rang important. L’introduction auprès du prophète doit être à la hauteur, proportionnée, respecter le protocole… Au lieu de cela, le prophète se borne à lui envoyer un serviteur (cf. 2 Rois 5, 10). Même pas « quelqu’un de qualité ». Tout juste un serviteur. Lequel est porteur d’un message banal en apparence, qui semble même une farce : « Va ; lave-toi sept fois dans le Jourdain, tu retrouveras ta chair saine, et sois pur » (2 Rois 5, 10). Naaman prend cela très mal. Il ne semble pas penser que le conseil est ridicule en soi mais que, si c’est ce qu’il doit faire, eh bien ! il n’a pas besoin des eaux d’Israël. Il est furieux. Il ne prend même pas le temps d’examiner la suggestion pour voir si elle est raisonnable. Il est trop englué dans ses pensées de grand personnage pour y prêter vraiment attention. « Voici que je me disais : ‘Il va sortir, se présenter, invoquer le nom du Seigneur, son Dieu, balancer la main vers le lieu sacré et délivrer le lépreux » (2 Rois 5, 11). Il s’est inventé tout un cérémonial. « De même que la propriété de l’étoile est la lumière dont elle est entourée, la propriété de l’homme pieux et craignant Dieu est la simplicité et l’humilité (Hésichius, De temperantia et virtute 1, 82). Ce n’est pas précisément l’état d’esprit de Naaman. Il est trop imbu de lui-même. Il n’a pas compris que Dieu est « débordant d’amour, il distribue ses grâces à tous ceux qui s’approchent de lui d’un cœur simple » (saint Clément de Rome, Epistola ad Corinthios 23, 1). « Naaman fut irrité et s’en alla » (2 Rois 5, 11). Il se dispose à retourner à Damas, avec un sentiment d’échec pitoyable : lui, le général victorieux entre tous, il est vaincu dans un combat pacifique. Il maudit ce prophète de malheur qui n’a même pas daigné s’intéresser à lui, comme s’il le craignait ou le méprisait. « Il n’y a peu de belle louange dans la bouche du pécheur, parce qu’elle n’est pas envoyée par le Seigneur » (Ecclésiastique 15, 9). (à suivre…)

jeudi 10 juillet 2014

Droiture d’intention (5)

Droiture d’intention (5)

« Et moi, ajoute l’interlocuteur divin, je n’aurai pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle il y a cent vingt mille hommes qui ne distinguent par leur droite de leur gauche, et une multitude d’animaux » (Jonas 4, 11), alors qu’ils valent beaucoup plus que tous les oiseaux du ciel (cf. Matthieu 10, 31) et, a fortiori, qu’un pauvre ricin, qui croît aujourd’hui et qui demain sera jeté au four (cf. Matthieu 6, 30) ! Apprenons de cet exemple à rectifier notre intention, à ne pas regarder l’accessoire, si ce n’est en vue de l’offrir pour le succès de l’ensemble de l’opération, et à agir comme on l’attend de nous, comme Dieu nous le demande, afin de lui faire plaisir en tout (cf. Tobie 14, 10 ; Jean 8, 29) et d’être un instrument docile entre ses mains, « comme l’argile dans les mains du potier » (Jérémie 18, 6). (lire la suite) Nous avons un autre exemple de manque de droiture d’intention en la personne du général syrien Naaman (2 Rois 5, 9). Il faut raisonner Naaman pour qu’il finisse par accepter une solution qui n’est pas celle à laquelle il s’attendait pour résoudre son problème. Naaman est le « chef de l’armée du roi de Syrie » (2 Rois 5, 1) et, de ce fait, il est « auprès de son maître un homme puissant et considéré » (Ibid.). L’auteur sacré ajoute que « c’était par lui que le Seigneur avait donné la victoire aux Syriens ; mais ce brave était lépreux (Ibid.). il est donc atteint d’une maladie terrible, qui le met en marge de la société. C’est un coup dur qui risque de briser définitivement sa carrière brillante. On l’imagine effondré quand il a appris la nouvelle de sa maladie. Dieu qui lui avait donné la victoire sur les ennemis de son roi va lui donner aussi la victoire sur cette infirmité. Il va se servir pour cela de causes secondes. Tout comme il s’est servi de la conduite infamante des frères de Joseph qui l’ont vendu aux Ismaélites et qui, de ce fait, l’ont emmené en Égypte où Joseph est devenu le premier ministre du pharaon et a pu préparer la venue de son père et de tous les siens et les sauver ainsi d’une famine gravissime qui affligeait toute la région, ici, c’est une jeune juive, faite prisonnière, et « mise au service de la femme de Naaman » (2 Rois 5, 2), qui va être l’instrument de son salut. En effet, « elle dit à sa maîtresse : Oh ! si mon seigneur voyait le prophète qui est à Samarie, celui-ci le délivrerait de la lèpre » (2 Rois 5, 3). Elle n’a pas le moindre doute à cet égard. On pourrait considérer qu’il s’agit d’un bavardage de bonne femme. Mais enfin, la situation étant ce qu’elle est, aucun moyen n’est à négliger. Naaman se permet d’informer son maître en disant : « La fille du pays d’Israël a dit ceci et cela » (2 Rois 5, 4), et de lui rapporter ses dires et l’espoir qu’elle a fait naître en lui. Alors « le roi de Syrie dit :’Bien ! va et j’enverrai une lettre au roi d’Israël.’ Il partit, emportant dix talents d’argent, six mille pièces d’or et dix vêtements de rechange » (2 Rois 5, 5). Cela fait beaucoup. Mais tout cela est adressé au roi d’Israël, non au prophète de Samarie, quel pouvoir le roi d’Israël a-t-il sur la lèpre de Naaman ? Aucun. L’opération est donc mal enclenchée. « Il remit au roi d’Israël la lettre où il était dit : ‘Or donc, quand cette lettre te parviendra, sache que je t’envoie Naaman, mon serviteur, pour que tu le délivres de la lèpre’ » (2 Rois 5, 6). Le personnage de Naaman n’est pas inconnu du roi d’Israël. Il est au courant de ses exploits, aussi redoute-t-il un piège. « Après avoir lu la lettre, le roi d’Israël déchira ses vêtements et dit : ‘Suis-je un dieu, faisant mourir et faisant vivre pour qu’on me demande de délivrer un homme de la lèpre ? Sachez donc bien et voyez qu’il cherche contre moi un prétexte » (2 Rois 5, 7) à me faire la guerre. Le roi réagit en pensant à lui. Il oublie l’existence du prophète. Dieu sait pourtant s’il a eu souvent recours à lui et qu’il le tient pour un homme de Dieu. (à suivre…)

mardi 8 juillet 2014

Droiture d’intention (4)

Droiture d’intention (4)

La mission que Dieu lui a confiée lui paraissait trop lourde, ce qui l’a poussé à prendre la fuite. Dieu lui a simplifié cette mission en touchant le cœur des Ninivites pour qu’ils se convertissent dès l’aurore de sa prédication, et il en est furieux. Comme l’homme est complexe et incohérent quand il ne pense qu’à lui, et non à la gloire de Dieu et au bien des âmes ! Il est en pleine contradiction avec lui-même, mais il ne semble pas s’en rendre compte. Mourir, comme Jonas le souhaite, est une solution de facilité, qui ne résout rien. C’est un avertissement qui est à prendre au sérieux. Dieu va chercher à faire réagir son prophète par un geste, un événement qui va frapper son esprit. « Le Seigneur Dieu fit qu’il y eut un ricin qui grandit au-dessus de Jonas pour qu’il y eût de l’ombre sur sa tête, afin de le délivrer de son mal ; et Jonas éprouva une grande joie à cause du ricin » (Jonas 4, 6). D’abattu, il devient euphorique. (lire la suite) Il n’en faut pas beaucoup pour nous démonter ou pour nous remonter, nous enflammer, si notre raisonnement reste au plan horizontal, est humain. Seulement les joies d’ici-bas sont fragiles et passagères. « Le Seigneur fit qu’il y eut, au lever de l’aurore, le lendemain, un ver qui attaqua le ricin, et il sécha. Et quand le soleil se leva, le Seigneur fit qu’il y eut un vent brûlant d’orient, et le soleil donna sur la tête de Jonas, au point qu’il défaillit » (Jonas 4, 7-8). Alors, une nouvelle fois, Jonas « demande de mourir et dit : Mieux vaut pour moi mourir que vivre » (Jonas 4, 8). Nous pouvons dire qu’il a de la suite dans les idées. Et en même temps qu’il ne faut pas grand-chose pour qu’il change d’opinion, pour qu’il réagisse dans un sens ou dans un autre. Il ne pense pas à sa mission. Elle est le cadet de ses soucis. Il n’est pas centré sur l’essentiel, qui devrait être de se réjouir profondément : la conversion des Ninivites. Il y a plus de joie à retrouver une brebis égarée que pour les quatre-vingt dix-neuf autres qui sont restées bien sagement dans l’enclos (cf. Matthieu 18, 12-13). Et ici, ce n’est pas un pécheur qui revient à Dieu, mais des centaines, des milliers. Et il ne faudrait pas se réjouir ? Jonas ne pense qu’à mourir parce qu’il a chaud, que le soleil de plomb frappe inexorablement. Il est vraiment bien loin de l’essentiel. Mais ses réactions sont tout sauf logiques, elles ne peuvent pas l’être à partir du moment où Jonas est centré sur ses problèmes, qui sont, il faut bien le reconnaître, de tout petits problèmes. Qui même parfois n’en sont pas du tout. Que Ninive se convertisse, ce n’est certainement pas un problème, mais une solution à un vrai problème, à une malice qui s’était manifestée jusqu’au Seigneur (cf. Jonas 1, 2), comme dans le cas de Sodome et de Gomorrhe (cf. Genèse 18, 20-21). « Alors Dieu dit à Jonas : ‘Fais-tu bien de t’irriter à cause du ricin ?’ » (Jonas 4, 9). Et lui, sans réfléchir, se laisse aller à son impression du moment et répond : « Je fais bien de m’irriter jusqu’à en mourir » (Jonas 4, 9). C’est affligeant. C’est aussi pénible à entendre que de voir le jeune homme riche refuser de suivre le Seigneur parce qu’il n’était pas disposé à se dépouiller de tous ses biens (Matthieu 19, 21) pour acquérir une perle de grand prix (cf. Matthieu 13, 46) que le Seigneur lui a présenté, lui a proposé d’acquérir afin d’avoir la vie éternelle à laquelle il aspirait (cf. Matthieu 19, 16). « Je fais bien. » Quelle prétention ridicule. Désirer la mort n’est pas bon en soi. C’est tenter Dieu qui est l’auteur de la vie. Vouloir mourir pour une futilité, c’est une démission intolérable. Alors Dieu tire la morale de l’événement : « Tu as pitié de toi, du ricin pour lequel tu n’as pas peiné et que tu n’as pas fait croître – cela ne t’a rien coûté, c’est un pur don de ma part –, qui en une nuit a surgi et qui en une nuit a péri » (Jonas 4, 10), parce que je suis libre de donner de mes biens à qui je veux et comme je l’entends (cf. Matthieu 20, 15). (à suivre…)

lundi 7 juillet 2014

Droiture d’intention (3)

Droiture d’intention (3)

Les Ninivites se sont mis à prier et Dieu leur a pardonné leurs fautes. Celles-ci étaient bien réelles. C’est à cause d’elles qu’il leur avait député Jonas. Or, ce dernier, dont on ne voit guère qu’il ait prié de son côté pour le succès de son entreprise, « trouva cela très mal, et il en fut irrité » (Jonas 4, 1). Le manque de droiture d’intention de Jonas éclate ici au grand jour. Et il le manifeste explicitement à Dieu à qui il expose ses sentiments, il fait part de son état d’âme : « Ah ! Seigneur, n’est-ce pas là ce que je disais lorsque j’étais dans mon pays ? » (Jonas 4, 2), sous-entendu, « j’avais bien raison (lire la suite) de ne pas vouloir venir à Ninive. Je n’y suis pas utile. Ils n’ont pas besoin de moi pour se convertir. » Jonas est clair et net : « C’est pourquoi je me suis d’abord enfui à Tarsis » (Jonas 4, 2). Et il précise la raison profonde de cette fuite : « Car je savais que tu es un Dieu miséricordieux et clément, lent à la colère, riche en grâce et te repentant du mal » (Jonas 4, 2). Il est assez sidérant de l’entendre dire cela. C’est plutôt cynique. L’on dirait qu’il ne veut pas que Dieu pardonne. Ou qu’il est jaloux. Jaloux de ce que le succès de l’appel à la conversion ne puisse lui être attribué ? Pour lui, manifestement, sa mission a échoué. Or, c’est tout le contraire : un succès, un énorme succès. Jonas semble ne pas supporter que Dieu soit clément et miséricordieux. La deuxième phase de l’opération Jonas/Ninive avait bien commencé. Jonas semblait avoir tiré la leçon de sa rébellion première et de ses suites ? il s’était montré docile et coopératif. Son intention cependant n’était pas droite. De toute évidence, il s’attendait à rencontrer de la résistance, ce qui le stimulait d’un point de vue humain, et il pensait triompher grâce à ses propres efforts, à sa ténacité, dont il aurait pu s’attribuer les succès. Jonas est frustré de sa victoire par la conversion soudaine des Ninivites. Il est profondément dépité de n’être pour rien dans ce renversement de situation. Cela l’affecte à tel point qu’il en vient à souhaiter mourir : « Maintenant, Seigneur, prend donc ma vie, car mieux vaut pour moi mourir que vivre » (Jonas 4, 3). Nous voyons par où le bât blesse : « Il vaut mieux pour moi. » Pour moi… Jonas ne pense pas au bien des autres. Il ne se dit pas que la conversion des habitants d’une ville immense, telle qu’il « fallait trois jours pour la traverser » (Jonas 3, 3), était très largement supérieure à sa commodité à lui. Ni que son intérêt véritable était la conversion des Ninivites dès le premier jour plutôt que de devoir sillonner la ville, œuvrer longuement, argumenter et surmonter des oppositions farouches. La réaction de Jonas est disproportionnée. Il est irraisonnable. Terriblement humaine. Ce qui compte pour lui, ce n’est pas d’avoir accompli la Volonté de Dieu, mais c’est l’idée qu’il s’est faite de sa mission et le désir plus ou moins avoué de briller aux yeux des hommes, d’imprimer sa marque aux événements. Après un démarrage on ne peut plus lamentable, Jonas aurait pu, aurait dû acquérir un réflexe d’humilité, et une grande docilité, ce n’est pas le cas, hélas. « Nul doute que tu n’aies bien purifié ton intention, quand tu as dit : je renonce désormais à toute gratitude et à toute récompense humaines » (saint Josémaria, Chemin, n° 789). Nous en sommes bien loin… Il y a sans doute un bout de chemin à parcourir pour en arriver là, mais c’est nécessaire. le Seigneur répondit à Jonas : « As-tu raison de te fâcher ? » (Jonas 4, 4). Nous n’avons pas la réponse de Jonas, si ce n’est qu’il « sortit de la ville et s’assit à l’orient de la ville ; il se fit une hutte et s’assit dessous, à l’ombre, pour voir ce qui arriverait dans la ville » (Jonas 4, 5), et qui, dans son esprit, ne pouvait être que négatif, puisque les Ninivites n’auraient pas dû se convertir aussi rapidement. Il ne sait pas se réjouir du bien d’autrui. Son zèle est amer. (à suivre…)

dimanche 6 juillet 2014

Homélie pour ce dimanche

Homélie pour ce dimanche

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » Il faut se faire petit devant Dieu pour être en mesure de l’accueillir en nous, tout comme lui, le Fils du Père éternel, est devenu enfant pour nous obtenir la condition d’enfant du Père par la rémission de nos péchés. Le Seigneur nous fait connaître le Père, car quiconque voit le Fils vois aussi le Père. C’est ce qu’il cherche à le faire comprendre le Jeudi Saint à l’apôtre Philippe, lui demandant de lui montrer le Père. Nous voyons le Père avec les yeux de la foi, dans cette conversation amoureuse et filiale qu’est notre prière, notre prière méditative ; nous le voyons plus intensément encore dans l’Eucharistie, dans laquelle nous croyons que le Jésus d’il y a deux mille ans, reste réellement présent avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité, le même hier, aujourd’hui et à tout jamais. Le Christ en qui nous voyons le Père, car il n’est qu’un seul et même Dieu avec lui dans l’unité du Saint-Esprit. (lire la suite) Dieu est un Père très aimant qui veut nous avoir avec lui dans sa joie sans fin. Nous lisons au Livre des Proverbes qu’il met ses délices à être avec les enfants des hommes, à vivre avec nous. Au cours de la dernière Cène, Jésus affirme : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ». Et l’auteur du Livre de l’Apocalypse écrit ces paroles émouvantes : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je dînerai avec lui et lui avec moi. » Dieu a donc ce désir fou de partager notre existence, parce qu’il sait combien sa présence nous est nécessaire et bénéfique. Nous comprenons son insistance à nous inviter à venir avec lui : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos », texte que nous entendions aussi pour la solennité du Sacré Cœur de Jésus. Allons à lui, car avec notre Seigneur la Croix ne pèse plus ou beaucoup moins quand nous le regardons nous aimer jusqu’au bout et donner sa vie pour que nous ayons sa Vie, la vie divine, et que nous l’ayons surabondante, elle qui est la source de repos pour notre âme. « Prenez sur vous mon joug, et devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. » Notre Seigneur avait dit dans une autre circonstance : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. » « Prenez sur vous mon joug. » Quel joug ? La Croix précisément. La Croix qui est l’instrument du salut apportée par Dieu à l’humanité pécheresse, et qui ne doit donc pas nous effrayer. Si nous nous unissons à cette Croix, si nous la portons avec Jésus-Christ sur les chemins de notre vie, s nous la portons en enfants de Dieu que nous sommes, conscients que la Volonté de notre Père est parfaite, alors nous vérifions à quel point il est vrai que « mon joug est facile à porter et mon fardeau léger ». « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie ! » Telle est l’exhortation du prophète Zacharie. C’est la conséquence logique de la vie chrétienne, d’une vie vécue en Dieu, tout en portant notre croix chaque jour. Si nous allons refaire nos forces auprès de notre Dieu de Bonté, « au cœur doux et humble », si nous cherchons à tuer en nous les désordres de l’homme pécheur, alors, comme nous le promet l’Apôtre, nous vivrons. Nous vivrons non seulement de la vie humaine, naturelle, mais plus encore et surtout de la vie divine, surnaturelle. Sous son influence notre existence humaine se transforme, se divinise, devient de plus en plus la vie d’un enfant de Dieu, dont l’aspiration rejoint celle du Père de vivre avec nous. L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en nous par la grâce. Ne contristons pas l’Esprit, nous dit l’Apôtre. Mais luttons. Luttons jour après jour pour vivre notre foi dans l’émerveillement de Dieu. Luttons pour rejeter le péché de notre vie. Luttons pour progresser en sainteté. Venons nous confesser régulièrement et chaque fois que nous en ressentons plus le besoin. C’est la marque d’un amour sincère de Dieu. C’est répondre à l’invitation : « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau », qui est avant tout le poids de nos péchés. Car si nous ne nous confessons pas, quel genre de catholique sommes-nous ? Quel est notre amour de Dieu ? Comment recevoir alors le Pain de la Vie éternelle ? N’est-ce pas manger sa propre condamnation, selon ce qu’affirme saint Paul ? Venez à moi. Dans le sacrement de la réconciliation, le Seigneur nous attend avec toutes nos misères, pour nous purifier, pour nous pardonner, pour nous fortifier. Car « sans moi, vous ne pouvez rien faire », a-t-il dit. Tout en précisant que, en revanche, « tout est possible à celui qui croit ». Oui, notre Dieu est doux et humble de cœur, digne d’être aimé pour de bon. Que la Vierge Marie nous prenne par la main et nous place en face du Cœur très Sacré et Miséricordieux de Jésus ; qu’elle nous donne un plus grand amour de son Fils afin que, sous l’action de l’Esprit Saint nous nous laissions réconcilier par lui avec le Père, et que nous ouvrions ainsi toutes grandes les portes de notre âme à l’action sanctificatrice et pacifiante de notre Dieu qui n’attend que cela pour nous combler de joie dès ici bas, dans l’espérance du grand jour où nous pourrons enfin entre dans la patrie céleste et adorer face à face pour l’éternité le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.

vendredi 4 juillet 2014

Droiture d’intention (2)

Droiture d’intention (2)

Or, il se produit un coup de théâtre : « Les gens de Ninive crurent en Dieu » (Jonas 3, 5). Comme cela, d’emblée, à la première prédication. Jonas n’a pas eu à insister, à revenir à la charge, ni à expliquer la portée de la menace et des décisions à prendre. D’eux-mêmes, spontanément, « ils publièrent un jeûne et se revêtirent de cilices, tous, grands et petits » (Jonas 3, 5), et ce, sans instruction officielle, de leur propre initiative. « La chose étant parvenue au roi de Ninive, il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d’un cilice et s’assit sur la cendre. Et on cria dans Ninive (lire la suite) et on dit : par décret du roi et de ses grands, ces paroles : ‘Que ni homme ni bête, bœuf et brebis, ne goûtent rien, ne paissent point et ne boivent pas d’eau, qu’ils se couvrent de cendres, hommes et bêtes, qu’ils crient vers Dieu avec force, et qu’ils se convertissent chacun de sa conduite mauvaise et des violences qu’ils commettent ! » (Jonas 3, 6-8). Le peu que Jonas a dit a suffi pour que tous, du roi au dernier des Ninivites, prenne conscience de son péché, de sa violence, et ressente le besoin de se convertir de sa « conduite mauvaise ». Ils bénéficient sans doute d’une grâce spéciale pour se tourner délibérément vers le Dieu au nom duquel Jonas s’est adressée à eux. Tout comme Jonas a reçu, pour sa part, les grâces nécessaires pour affronter une mission qui lui paraissait plutôt impossible au premier chef et dont il s’attendait à ce qu’elle lui demande beaucoup de temps et d’effort avant d’obtenir quelques succès, si tant est qu’ils pouvaient être un jour au rendez-vous. Le décret royal se termine sur ces mots : « Qui sait si Dieu ne viendra pas à se repentir, et s’il ne reviendra pas de l’ardeur de sa colère, en sorte que nous ne périssions pas ? » (Jonas 3, 9). L’intention n’est peut-être pas parfaite. La prière et le jeûne publiés sont sans doute motivés par l’instinct de survie, par le désir de ne pas mourir, de ne pas disparaître dans un cataclysme. Mais au moins manifestent-ils la croyance en ce que la prière peut porter des fruits et que Dieu, quel qu’il soit, peut l’exaucer. C’est quand même une prière sincère et fervente. D’autant plus méritoire qu’elle s’adresse à Dieu directement, non aux idoles de Ninive. « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, dit le prophète, et revenez au Seigneur, votre Dieu ; car il est aimable et compatissant, lent à la colère et riche en bonté, et il se repent du mal qu’il inflige » (Joël 3, 13), car il ne prend pas plaisir à la mort du pécheur : « Je ne veux pas la mort de l’impie, mais que l’impie se détourne de sa voie et qu’il vive » (Ézéchiel 33, 11). Qu’il commence par se convertir, et alors il vivra, aussi vrai que moi je vis, dit le Seigneur des armées. Qui sait, oui « qui sait s’il ne reviendra pas et ne se repentira pas, et s’il ne laissera pas subsister après lui une bénédiction » (Joël 2, 14). Car « cette nation, contre laquelle j’ai parlé, se convertit-elle de sa malice, je me repens du mal que je projetais de lui faire » (Jérémie 18, 8). Alors Dieu vit ce que les Ninivites « faisaient, comment ils se convertissaient de leur conduite mauvaise ; et Dieu se repentit du mal qu’il avait parlé de leur faire, et il ne le fit pas » (Jonas 3, 10). C’est conforme à sa promesse, évidemment, puisque Dieu est fidèle au plus haut point, est un modèle de fidélité. (à suivre…)

mercredi 2 juillet 2014

Droiture d’intention (1)

Droiture d’intention (1)

« Or, la parole du Seigneur fut adressée à Jonas, fils d’Amittay, en ces termes : ‘Debout ! Va à Ninive, la grande ville, pour lui prêcher, car leur malice s’est manifestée à moi » (Jonas 1, 1-2). Ninive est l’actuelle Mossoul, sur la rive gauche du Tigre, en Irak. Apparemment, cela ne faisait pas l’affaire de Jonas, qui « chercha à s’enfuir à Tarsis, loin du Seigneur » (Jonas 1, 3). Seulement voilà, il aurait dû se rappeler la réflexion que le roi David se fit un jour : « Où aller loin de ton esprit, où fuir loin de ta face ? Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche dans le shéol, te voilà ! Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille habiter au plus loin de la mer, là encore ta main me conduira et ta droite me saisira » (Psaume 139, 7-10). L’on n’échappe pas à Dieu… (lire la suite) Alors tu peux bien monter à bord d’un vaisseau en partance pour Tarsis, Jonas, c’est-à-dire dans la direction diamétralement opposées à celle de Ninive, afin d’aller « loin du Seigneur » (Jonas 1, 3), Dieu est plus fort et plus malin que toi et ses plans s’accomplissent toujours, immanquablement. Après la tempête terrible qui se déclare au point que « le vaisseau manquait de se briser » (Jonas 1, 4), Jonas est conduit par un cétacé qui le rejette sur la terre (cf. Jonas 2, 11). Pendant les trois jours et les trois nuits passés dans les entrailles du cétacé, Jonas a eu le temps de réfléchir sur sa conduite indigne et lâche. Il s’est mis à prier, plaçant son espérance dans le Seigneur : « Ceux qui servent les vanités futiles abandonnent celui qui les aime » (Jonas 2, 1). N’était-ce pas son propre portrait qu’il dessinait ? Mais maintenant qu’il s’est repris, sous la pression des événements ; il ajoute : « Mais moi, chantant la louange, je t’offrirai un sacrifice ; le vœu que j’ai fait, je l’accomplirai. Du Seigneur vient le salut » (Jonas 2, 9-10). Tout semble rentré dans l’ordre. Jonas donne l’impression d’être disposé à exécuter la mission dont Dieu l’a chargé. Il s’appuie sur la prière, ce qui est une excellente chose. Il s’affirme prêt à sacrifier en l’honneur de son Seigneur. C’est parfait. « La parole de Dieu fut adressée à Jonas en ces termes : ‘Debout ! Va à Ninive, la grande ville, et prêche-lui la prédication que je te dirai » (Jonas 3, 5). Jonas n’a pas à se fatiguer : il lui suffit de répéter ce que l’Esprit lui soufflera, et cette fois, « Jonas partit et s’en alla à Ninive, selon la parole du Seigneur » (Jonas 3, 3). Nous poussons un soupir de soulagement. Enfin, ce n’est pas trop tôt. Les apparences sont cette fois en faveur de Jonas. En effet, « il partit et s’en alla à Ninive, selon la parole du Seigneur » (Jonas 3, 3), c’est-à-dire qu’il y va avec l’intention d’annoncer ce que Dieu lui dictera. La docilité entre les mains de Dieu est une bonne chose. Jonas, qui a cherché dans un premier temps à esquiver la mission dont Dieu le chargeait, s’est ravisé, une fois que le Béni l’a ramené sur le droit chemin. Il y a été aidé. Il a reçu un bon coup de pouce… Donc, « Jonas commença à pénétrer dans la ville la marche d’une journée, et il prêcha et dit : ‘Encore quarante jours et Ninive sera détruite » (Jonas 3, 4). Il faut bien reconnaître que le contenu de l’annonce n’est pas particulièrement stimulant. Jonas risque d’être impopulaire et mal reçu. Et nous comprenons que le prophète ait cherché à s’éviter les désagréments qu’elle comporte. En plus, ce ne sont même pas des Juifs à qui il doit s’adresser, eux qui pourraient le comprendre assez facilement, mais à des païens, qui sont a priori beaucoup moins réceptifs à ce genre de prédication venant d’un Dieu qu’ils ignorent. Jonas s’attend à une réaction négative. (à suivre…)

lundi 30 juin 2014

Remercier Dieu (7)

Remercier Dieu (7)

Et comme l’Apôtre l’affirme d’expérience, « si Dieu est avec nous, qui est contre nous ? » (Romains 8, 31). Nous avons en cela un autre motif d’action de grâces : la présence continuelle du Dieu Souverain non seulement dans le monde et marchant à côté de nous sur les chemins de la terre, mais prenant possession de notre âme, en état de grâce, et s’y installant comme chez lui. Parce qu’il est effectivement chez lui : « Tu es à moi » (Psaume 2, 7). Cette présence agissante de Dieu – « mon Père ne s’arrête pas de travailler, et je travaille moi aussi » (Jean 5, 17) – nous comble de joie. Nous ne sommes pas seuls, par conséquent, à devoir affronter les aléas de la vie. (lire la suite) Certes, bien des choses nous dépassent et nombre d’entre elles se présentent sous un jour douloureux. Mais nous avons avec nous celui qui essuie « les larmes de tous les visages (Isaïe 25, 8), celui grâce auquel tout devient possible parce qu’il « me rend fort » (Philippiens 4, 13), celui qui est à même de résoudre tous les problèmes et de dénouer les conflits, car le Seigneur « est vainqueur du monde » (Jean 16, 23). Prend alors tout son sens cette béatitude à première vue surprenante que Jésus a proclamée sur la Montagne, au pied de laquelle s’étale le lac de Génésareth : « Bienheureux soyez-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on vous calomniera de toute manière à cause de moi ! Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 11-12). Que notre nom soit inscrit dans les cieux, voilà une autre merveille ! Toutefois, nous ne disposons pas d’un « passeport pour l’éternité » qui nous assurerait une entrée automatique dans la cité sainte et la compagnie de tous les élus. Mais si nous luttons avec fidélité, jour après jour, et si nous laissons notre Dieu agir dans notre âme, alors notre nom est effectivement inscrit dans les cieux parce que, comme notre Seigneur l’a laissé entendre, il est allé nous préparer une place au ciel (cf. Jean 14, 3) auprès de son Père. Une place marquée à notre nom. La pensée du ciel est quelque chose de singulièrement réconfortant et enthousiasmant. Il n’y a nul égoïsme en cela, parce que cela correspond à la finalité pour laquelle Dieu nous a créés, et pour laquelle il nous a également recréés par son Fils. Cet objectif, qui se profile à l’horizon de notre vie terrestre, dont la durée nous échappe, nous fixe une ligne d’action positive, qui a quand même plus d’allure et de contenu, reconnaissons-le, que les biens poursuivis par ceux qui ne fixent leur existence qu’à notre monde matériel. Horizon étroit, mesquin, en plus d’être stupidement égoïste, parce que « pauvre fou ! Cette nuit même on va te redemander ton âme. Et ce que tu as préparé, qui l’aura ? » (Luc 12, 20). Avec tout ce qui a été dit jusqu’ici, nous comprenons la portée de cette oraison jaculatoire que formulait saint Josémaria, et qui est de lui sans être de lui, puisqu’elle s’est imposée dans son âme comme une locution divine : Ut in gratiarum semper actione maneamus, « demeurons toujours en action de grâces ». Et qu’il ait pu terminer sa vie en affirmant, le 25 mars 1975, à l’occasion de ses noces d’or dans le sacerdoce, et donc trois mois avant son rappel à Dieu : « Merci pour tout, Seigneur. Merci beaucoup ! Je t’ai remercié. Je t’ai habituellement remercié ! Avant de répéter maintenant le cri liturgique – gratias tibi, Deus, gratias tibi ! – je te le disais avec le cœur…, car je n’ai que des raisons de te remercier… La vie de chacun de nous doit être un cantique d’action de grâces…, remercier, ce qui est une obligation capitale. Ce n’est pas l’exigence du moment présent… C’est un devoir constant, une manifestation de vie surnaturelle, une façon humaine autant que divine de répondre à ton Amour, qui est divin et humain » (cité dans S. Bernal, Mgr Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, Paris, SOS, 1978, p. 397). (fin)

dimanche 29 juin 2014

Remercier Dieu (6)

Remercier Dieu (6)

Si Dieu est reconnaissant de notre reconnaissance et porté de ce fait à nous combler de nouvelles libéralités, à l’inverse l’ingratitude freine cette action bienfaisante, comme le souligne saint Bernard : « L’ingratitude est un vent brûlant qui tarit la source de la piété, qui dessèche la rosée de la miséricorde et qui arrête le courant des grâces » (st Bernard, cité par st Thomas, De Humanitate Iesu Christi Domini Nostri, art. 1). « Qui arrête le courant des grâces. » Cela est fort. C’est un effet identique à celui produit par l’orgueil. Et il est normal qu’il en soit ainsi, parce que l’ingratitude est viscéralement une conséquence de la superbe de celui (lire la suite) qui pense que tout lui est dû et qui s’attribue ses succès. « Apprenons donc, frères, à rendre grâces non seulement aux jours heureux, mais aussi aux mauvais jours. Car dans sa bonté notre Créateur s’est fait pour nous un Père ; il nourrit en nous des fils adoptifs qui hériteront du Royaume céleste. Or il ne refait pas seulement nos forces par ses dons, il nous forme aussi sous les coups de l’épreuve. Apprenons donc à avoir l’abondance, afin de partager avec les démunis tous les biens reçus de lui. Que l’abondance ne nous enorgueillisse pas, en félicitant d’avoir ce qui manque à autrui, et en se réjouissant non pas du bien commun, mais de son bien propre » (saint Grégoire le Grand, Homélies sur Ézéchiel, 2, 7, 17, introduction, traduction, notes et index par Charles Morel, s.j., coll. « Sources chrétiennes » n° 360, Paris, Les Éditions du Cerf, 1990, p. 363). Tout est grâce, encore une fois. Et saint Grégoire le Grand souligne dans cette homélie que Dieu nous forme, nous instruit et nous sanctifie même par ce que nous appelons les « coups du sort », c’est-à-dire du hasard. Or, ils n’ont rien de hasardeux. Comme dans le cas de Job, Dieu s’en sert pour nous refaçonner à son image et à sa ressemblance (cf. Genèse 1, 27). Il est bon de lui demander : » Rends-moi saint, mon Dieu, même si c'est à force de coups. Je ne veux pas être un obstacle à ta Volonté. Je veux répondre, je veux être généreux... Mais mon vouloir est-il sérieux ? » (Forge, n° 391). Toute la question est là : est-ce que je veux vraiment devenir saint selon les plans de Dieu. Mais, si nous l’avons demandé sincèrement, comment pourrions-nous nous en plaindre ensuite, quand Dieu aura répondu à notre invitation ? Si nous manifestons de la sorte notre désir profond de progresser réellement sur la voie de la sainteté, alors nous accueillons avec une joie intense toutes les situations qui surviennent. Aucune d’entre elles ne fera naître en nous des sentiments de rébellion ou de découragement, tout comme Job est resté inébranlable dans sa foi et son amour de Dieu, alors même que celui-ci donnait toute licence au démon pour le tenter dans ses biens et dans sa chair, sans avoir toutefois le pouvoir de toucher à son âme (cf. Job 2, 6). Nous découvrons ainsi que le fait de témoigner de notre reconnaissance envers Celui qui nous donne « la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17, 28) est la source d’une paix intérieure, d’une sérénité et d’une joie à toute épreuve. Ceux qui se dressent contre nous, parce qu’ils ne supportent pas que nous appartenions au Christ et qui nous persécutent pour cette raison, deviennent, à leur insu et à leur corps défendant, nos bienfaiteurs, car ils nous font accélérer le pas vers Dieu ; ils nous aident à nous unir plus fortement au Christ souffrant et portant sa Croix tant pour nous que pour eux. « Qui pourra nous séparer de la charité du Christ ? » (Romains 8, 39). C’est une bonne question, excellente, qui traduit la profondeur de notre ancrage spirituel. Aucune rafale de vent, aucune tempête ne pourront arracher les pieux qui retiennent notre tente. Parce que « notre secours est dans le nom du Seigneur » (Psaume 124, 8), le Seigneur qui « est mon berger », auprès de qui « je ne manque de rien » et « ne crains aucun mal », car il est avec moi (Psaume 23, 1.4). (à suivre…)

vendredi 27 juin 2014

Remercier Dieu (5)

Remercier Dieu (5)

Se pourrait-il que nous n’ayons pas cette même politesse, que nous jugeons normale, de rigueur, envers Dieu notre Père ? Et qu’elle ne soit pas une marque permanente de notre vie, puisque Dieu ne se limite pas à nous venir en aide une fois ou l’autre, de temps à autre, mais de façon habituelle et permanente. Nous comprenons ainsi combien il est logique de passer sa vie entière à rendre grâces à Dieu. Encore une fois, Dieu attend notre reconnaissance. Il n’y a même rien à quoi il tienne tant, fait remarquer saint Jean Chrysostome. Il nous montre, en effet, qu’il convient de remercier notre Seigneur pour toute chose et en tout temps, (lire la suite) du premier au dernier moment de notre existence terrestre. Il met sous nos yeux pour cela l’exemple de Moïse : « Seigneur, je te rendrai hommage de tout mon cœur » (Ps 110/111, 1). Pourquoi ces mots « de tout » mon cœur ? C’est-à-dire avec tout le zèle possible, avec force, sans se préoccuper des soucis de cette vie, en élevant son âme à Dieu, en la tenant détachée des liens du corps. « De cœur », c’est-à-dire non pas seulement des paroles, de la langue et de la bouche, mais aussi de la pensée. C’est ainsi que Moïse, lorsqu’il formulait ses lois, a dit : « Tu chériras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme » (Dt 6, 5). Il me semble qu’ici hommage est synonyme d’action de grâces ; Je chanterai des hymnes, dit le prophète, je rendrai grâce au Seigneur. C’est à cela en effet qu’il a consacré sa vie entière, c’est par là qu’il débute, c’est par là qu’il finit : c’était sa préoccupation continuelle que de rendre grâce à Dieu tant pour les bienfaits qu’il en avait reçus que pour ceux qui avaient été accordés à d’autres hommes. Il n’y a rien à quoi Dieu tienne tant : c’est le sacrifice, c’est l’offrande qu’il préfère, c’est la marque d’une âme reconnaissante, et c’est un coup sensible porté au diable » (st Jean Chrysostome, Commentaire sur le psaume 110, 1). Ce Père de l’Église nous dit bien qu’il « n’y a rien à quoi Dieu tienne tant » et que ces remerciements sont un « coup sensible porté au diable », ce qui ne peut que nous inciter encore plus à aller dans cette voie. Puis le même saint Jean Bouche d’or nous fait considérer par quoi Job a mérité sa couronne de gloire. Il écrit à ce sujet que « le bienheureux Job a mérité sa couronne et sa gloire, parce qu’il ne se laissa point déconcerter par les nombreux malheurs dont il fut atteint, ni par les conseils pernicieux de sa femme, et qu’il persista à rendre grâces à Dieu pour tout ce qu’il faisait, et non seulement lorsqu’il était riche, mais encore au moment même où il était plongé dans la pauvreté ; non seulement alors qu’il était bien-portant, mais encore au moment même où il était frappé dans sa chair » (st Jean Chrysostome, Commentaire sur le psaume 110, 1). Tel sera également l’enseignement de saint Josémaria, le fondateur de l’Opus Dei, quand il énumère une série d’événements par lesquels nous sommes invités à remercier Dieu, liste qui veut manifester l’universalité de cette attitude attendue de Dieu : « Habitue-toi à élever ton cœur vers Dieu en action de grâces, et souvent dans la journée. — Parce qu’il te donne ceci ou cela. — Parce qu’on t’a humilié. — Parce que tu ne possèdes pas ce dont tu as besoin, ou parce que tu le possèdes. Parce que sa Mère, qui est aussi ta Mère, il l’a voulue si belle. — Parce qu’il a créé le soleil et la lune, et cet animal et cette plante. — Parce qu’il a donné à celui-ci d’être éloquent et à toi de bredouiller… Remercie-le de tout, parce que tout est bon » (Chemin, n° 268). (à suivre…)

jeudi 26 juin 2014

ête de saint Josémaria

Fête de saint Josémaria

Homélie pour la Saint-Josémaria prononcée en la cathédrale Notre-Dame de Grenoble L’Évangile que nous venons d’entendre nous parle d’un aspect de la vie chrétienne auquel tenait profondément saint Josémaria, le fondateur de l’Opus Dei, dont nous célébrons aujourd’hui la fête liturgique. Cet aspect, il la qualifié d’« unité de vie ». C’est-à-dire qu’il ne doit pas y avoir de compartiments étanches dans la vie du chrétien, du moins du chrétien cohérent avec la foi qu’il professe et qui reconnaît le grand don de la vie que Dieu le Père lui a fait. L’absence de cohérence se traduit par le fait de mener parallèlement la vie de rapports avec Dieu, la vie familiale, la vie professionnelle, la vie de loisirs, la vie sociale, etc., sans qu’elles se rencontrent. C’est-à-dire sans que la foi imprègne toutes nos activités. Saint Josémaria nous invitait à réfléchir à cette rupture par ce point de Chemin, le plus connu de ses ouvrages : « Laïcisme. Neutralité. — Vieux mythes que l’on essaie toujours de rajeunir. As-tu pris la peine de penser à quel point il est absurde de dépouiller sa qualité de catholique, en entrant à l’université ou dans un groupement professionnel, à l’académie ou au parlement, comme on laisse un pardessus au vestiaire ? » (n° 353). C’est pourtant ce que beaucoup font. Mais c’est effectivement absurde. Plus encore, c’est de l’ingratitude envers Dieu. C’est se comporter pour l’essentiel comme si nous n’étions devenus enfants de Dieu par notre baptême. C’est oublier la recommandation de l’Apôtre : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Co 10, 31). Ce n’est donc « pas celui qui m’aura dit : "Seigneur, Seigneur !" qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7, 21). Or, « ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3), écrit Paul aux chrétiens de Thessalonique. Nous ne pouvons pas concevoir une sainteté au rabais, minimaliste, se contenant de concéder quelques miettes à Dieu : la messe dominicale, une prière par-ci par-là, notamment en cas de problème. Cela, ce n’est pas rechercher activement la sainteté, mais plutôt tranquilliser sa conscience et se moquer de Dieu. Notre foi doit tout imprégner. La difficulté que nous éprouvons à tout harmoniser dans notre existence si chargée, et notamment à faire une place à Dieu, disparaît si nous regardons la réalité en face : Dieu ne nous demande pas d’accomplir une multitude de tâches, dans la famille, le travail professionnel, la société, etc., et aussi de nous sanctifier. Non. Il nous invite à nous sanctifier dans les occupations familiales, professionnelles, sociales, de détente, etc., et à partir d’elles ; et il nous donne sa grâce pour y parvenir effectivement. C’est pourquoi saint Josémaria peut affirmer : « Pour l’apostolat, il n’y a aucun roc plus sûr que la filiation divine ; pour le travail, aucune source de sérénité en dehors de la filiation divine ; pour la vie de famille, aucune recette meilleure – et nous rendons ainsi la vie agréable aux autres – que de considérer notre filiation divine ; pour nos erreurs, bien que nous touchions du doigt nos misères personnelles, il n’y a pas de plus grande consolation ni de plus grande facilité, si tu veux vraiment aller chercher le pardon et la rectification, que la filiation divine. » C’est ainsi, en effet, que « quiconque donc entend ces paroles que je dis, et les met en pratique, sera semblable à un homme sensé, qui a bâti sa maison sur le roc » (Mt 7, 24). Ce roc est, nous venons de le dire, le sens aigu de la filiation divine. Dieu est mon Père ; il veut mon bien. Et, pour cela, il n’a pas hésité à envoyer son Fils unique prendre une chair semblable à la nôtre en tout hormis le péché (Hb 4, 15), afin de nous ouvrir les portes du ciel. Oui, la sainteté est accessible dans la vie de tous les jours. Mais il nous faut reconnaître cette présence aimante de Dieu dans notre vie. La sainteté est accessible parce que le germe de la sainteté est en nous : c’est, depuis notre baptême, la présence de la Très Sainte Trinité dans notre âme en état de grâce. Elle est accessible parce que le Fils de Dieu, Jésus-Christ, nous a dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18) et il est resté dans les sacrements, notamment ceux de l’Eucharistie et de la réconciliation. La sainteté est à portée de la main parce que l’Esprit Consolateur est le Sanctificateur qui nous pousse à clamer : « Abba ! Père ! » (Rm 8, 15) et qui intercède lui-même auprès du Père en notre faveur par des gémissements ineffables ! (cf. Rm 8, 26). Que la Vierge Marie, la Toute Sainte, nous guide sur le chemin de notre vie et nous donne l’ambition de la sainteté, pour que nous sachions unifier notre vie tout entière sous le regard aimant de la Trinité Bienheureuse, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.

mercredi 25 juin 2014

Remercier Dieu (4)

Remercier Dieu (4)

L’attitude eucharistique en question est la suivante : « L’attitude de remerciement doit distinguer la vie de tout homme, de tout chrétien en particulier. Les paroles du psalmiste doivent devenir les nôtres, même dans les moments d’angoisse et de douleur : « Venez, poussons des cris de joie vers le Seigneur, acclamons le rocher de notre salut, présentons-nous devant lui avec des actions de grâces, acclamons-le par des chants de joie » (Psaume 65, 1-2). Dans ses épîtres, saint Paul insistait sur ce continuel esprit de reconnaissance : « En toute circonstance, soyons dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus » (1 Thessaloniciens 5, 8). « Recherchez dans l’Esprit votre plénitude… En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » (Éphésiens 5, 19-20). C’est une attitude « eucharistique » qui vous apporte la paix (lire la suite) et la sérénité dans le labeur, vous libère de tout attachement égoïste et individualiste, vous rend docile à la volonté du Très-Haut, même pour les exigences morales les plus difficiles, vous ouvre à la solidarité et à la charité universelle : elle vous fait aussi comprendre l’absolue nécessité de la prière et surtout de la vie eucharistique dans la fréquentation de la sainte messe, l’acte de remerciement par excellence, pour vivre et témoigner avec cohérence la propre foi chrétienne. Remercier veut dire croire, aimer, donner ! Et avec joie, généreusement » (Jean-Paul II, Homélie à la « Journée de remerciement » des agriculteurs, Rome, 9 novembre 1980). Le cas des dix lépreux n’est pas unique, parce que dès que la situation est rétablie, dès que la difficulté a disparu, dès que l’obstacle a été levé, l’homme oublie son bienfaiteur et se replonge dans son égoïsme et son autosuffisance : « Le résultat a été atteint. Ensuite, comme dit le proverbe italien : passato il pericolo, gabatto il santo (une fois le péril passé, tout le monde se moque du saint) (Charles de Gaulle, « Allocution au Congrès des étudiants R.P.F. », 7 mars 1949, Lettres, notes et carnets. 8 Mai 1945-18 Juin 1951, Paris, Plon, 1984, p. 343). Pourtant le cadre général de notre vie n’a subi aucune modification. Qu’il pleuve ou que le soleil brille, qu’il souffle un vent de tempête ou que le calme plat règne, nous sommes et nous restons essentiellement entre les mains de Dieu, dont la Providence admirable continue de nous gouverner avec une sagesse infinie. Par conséquent, les motifs subsistent intégralement pour manifester à notre grand Dieu notre reconnaissance pour tout ce que la vie nous réserve et nous dévoile progressivement grâce à lui et à la mesure de nos forces. Car tout est grâce. Tout est don divin. Les épreuves, y compris, comme les saints en sont bien conscients. Et si nous nous habituons à remercier filialement notre Dieu pour toute chose, pour tout événement agréable ou non aux yeux des hommes, pour toute rencontre, plaisante ou non, pour tout travail couronné de succès ou apportant une déconvenue, et ainsi de suite, en nous habituant donc à remercier Dieu en tout, notre vie est joyeuse, profondément heureuse, et rien ne peut venir altérer ce bonheur qui s’enracine dans notre condition d’enfant de Dieu. N’est-il pas vrai que les remerciements que l’on nous adresse pour un service que nous avons rendu nous font plaisir ? Et que nous restons sur notre faim s’ils ne viennent pas, même si peu importe, en définitive, que l’on nous remercie ou pas, car ce qui compte avant tout, c’est d’agir de façon désintéressée, pour la gloire de Dieu. Mais c’est affaire de politesse élémentaire, de bonne éducation. (à suivre…)

lundi 23 juin 2014

Remercier Dieu (3)

Remercier Dieu (3)

Un seul lépreux donc revient sur ses pas pour remercier le Seigneur Jésus de l’avoir guéri. Il est quand même étonnant de constater que quatre-vingt-dix pour cent de ceux qui ont été délivrés d’une affection aussi honteuse et socialement pénalisante que la lèpre se soient abstenus d’adopter une attitude élémentaire d’action de grâces. Des gens qui appartiennent tous au peuple élu de surcroît. Jésus manifeste son étonnement, peut-être aussi son dépit, nous faisant voir par là qu’il s’attendait à ce qu’ils revinssent à lui, à ce qu’ils manifestassent une certaine exubérance au vu de ce qui leur était arrivé. Eh bien ! Non ! Ils ne se soucient pas de celui (lire la suite) qui les a rétablis dans leur honorabilité et leur permet de reprendre une vie normale. Ils ne pensent qu’à leur avenir. Ils ont bien crié avec confiance : « Jésus, aie pitié de nous ! » Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. Jésus a eu effectivement pitié d’eux et a fait disparaître leur maladie honteuse comme d’un trait de plume. Et eux poursuivent leur petit bonhomme de chemin, indifférents à leur bienfaiteur ! Quant à nous, savons-nous remercier le Seigneur de nous guérir, non pas une fois, mais autant de fois qu’il le faut, d’une lèpre autrement plus laide, repoussante et dangereuse que celle de ces hommes, d’une lèpre qui devrait aussi nous mettre au ban de la société, la lèpre du péché ? Jésus a institué un sacrement merveilleux, délicieux, le sacrement par excellence de sa Bonté et de sa Miséricorde, qui a le pouvoir souverain de purifier notre âme de tous ses péchés. Le sacrement de la réconciliation – ou confession – est vraiment quelque chose d’extraordinaire et de profondément émouvant. Il est comme un bain de jouvence qui nous fait renaître à l’amour de Dieu, qui nous réintègre dans le cercle de ses intimes. Nous devrions bondir de joie après nous être confessés et aller nous prosterner nous aussi devant Jésus-Christ, c’est-à-dire venir nous agenouiller devant la tabernacle, où il est réellement présent, aussi vivant et actif que dans ce bourg des confins de la Samarie et de la Galilée. L’existence bienfaisante de ce sacrement et l’expérience que nous en faisons devraient constituer un de nos principaux motifs de joie et d’action de grâces tout au long de notre vie. Comme il est malheureux, et bien triste en même temps, que tant et tant de catholiques ignorent, délaissent, je n’ose pas dire méprisent, ce sacrement hautement salutaire – la « deuxième planche du salut » - par lequel nous parvient l’Amour fou de Dieu, cet Amour débordant qui l’a conduit au gibet de la Croix et qui continue de se manifester dans ces signes sensibles et efficaces de sa toute-puissance et de sa grâce que sont précisément les sacrements. Savoir gré à Dieu des dons qu’il nous octroie avec une telle libéralité et magnanimité, sans nous tenir rigueur de nos « écarts de conduite » répétés, est une « attitude eucharistique », nous dit le saint pape Jean-Paul II. (à suivre…)

samedi 21 juin 2014

Remercier Dieu (2)

Remercier Dieu (2)

Comment se fait-il que nous puissions être aussi indifférents à cette présence réelle, je souligne réelle, de notre Seigneur dans notre âme ? Ce n’est pas seulement une présence par la grâce, mais Jésus-Christ qui se trouve bien vivant en nous, avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. Et nous nous comportons comme si nous l’ignorions. Disons-le-nous bien, « notre amour pour le Christ qui s’offre à nous, nous pousse à savoir trouver, à la fin de la Messe, quelques minutes pour une action de grâces personnelle, intime, qui prolonge dans le silence du cœur cette autre action de grâces qu’est l’Eucharistie » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 92). Que Dieu l’attende de fait est illustré, entre autres, par la scène suivante, prise sur le vif de la vie de notre Seigneur. (lire la suite) « Alors qu’il faisait route vers Jérusalem, il passa aux confins de la Samarie et de la Galilée. Et comme il entrait dans un bourg, il rencontra dix lépreux qui s’arrêtèrent à distance » (Luc 17, 11-12). Ils n’approchent pas, car, à l’époque, la lèpre était jugée particulièrement contagieuse et les dispositions concernant l’éloignement de ceux qui en étaient atteints de tout lieu habité étaient très strictes. Mais cela ne les empêche pas de désirer guérir de leur maladie. Et comme ils ont appris que Jésus de Nazareth, dont on ne se lasse pas de raconter les prodiges, va passer par chez eux, ils sont sortis à sa rencontre. « Ils lui dirent, en haussant la voix : ‘Jésus, ô Maître, aie pitié de nous !’ » (Luc 17, 13). C’est tout. Ils n’en disent pas plus. Ils ne demandent pas davantage, certains que ce Jésus les comprend et qu’il peut, qu’il va certainement faire quelque chose pour eux. Toutefois, ce jour-là le rabbi ne pose aucun geste spectaculaire. Il se contente de leur dire : « Allez vous montrer aux prêtres » (Luc 17, 14). Cela pouvait laisser sous-entendre qu’ils étaient guéris ou qu’ils allaient l’être dans un bref délai, guérison que les prêtres devaient constater. Or, « tandis qu’ils y allaient, ils furent guéris » (Luc 17, 14) effectivement. Mais c’est à ce moment que surgit un problème. En effet, « l’un d’eux, voyant qu’il avait recouvré la santé, revint en glorifiant Dieu à haute voix, et tomba à ses pieds la face contre terre, lui rendant grâces » (Luc 17, 15-16). Jésus le laisse faire. Il ne s’oppose pas à cette manifestation ostentatoire de la joie débordante et obligée de cet homme. Mais ce qui dramatise quelque peu la scène, c’est que, comme le précise saint Luc, il s’agit d’un Samaritain. Or, cela fait longtemps que « les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains » (Jean 4, 9), qui, pour eux, sont des hérétiques. Manifestement, le statut de lépreux permet de s’affranchir de cette coutume. C’est donc un non Juif qui a la finesse d’âme de retourner sur ses pas pour venir témoigner au Seigneur de sa gratitude. Jésus sait bien ce que sa toute-puissance a réalisé. Aussi demande-t-il : « Est-ce que les dix n'ont pas été guéris ? Et les neuf, où (sont-ils) ? Ne s'est-il trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir rendre gloire à Dieu ? » (Luc 17, 17-18). (à suivre…)

jeudi 19 juin 2014

Remercier Dieu (1)

Remercier Dieu (1)

Dieu attend que l’homme le remercie de tous les bienfaits dont il le comble sans interruption, avant même sa naissance. En effet, il nous a « élus en lui, dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et sans tache à ses yeux dans la charité » (Éphésiens 1, 4). C’est-à-dire que nous sommes présents, tout autant que nous sommes, de toute éternité à l’esprit et au cœur de notre Dieu Tout-Puissant et Miséricordieux. La portée de cette affirmation, que nous devons formuler, nous échappe, à un epsilon près. Elle est on ne peut plus véridique cependant. Le premier don que Dieu nous a fait est donc de penser continuellement à nous et de projeter éternellement de nous faire venir un jour à l’existence, à un moment précis de l’histoire éphémère de notre monde terrestre. Ce premier don est double en réalité (lire la suite), car il comporte la décision fermement arrêtée, évidemment éternelle elle aussi, d’envoyer son Fils unique Jésus-Christ nous racheter du péché, car, à l’heure où nous ferions notre apparition sur terre, notre nature humaine aurait été sérieusement gâtée par la désobéissance stupide et complètement irresponsable de nos premiers parents. Cela devrait nous suffire pour passer notre vie tout entière à remercier Dieu. Mais il sait bien, échaudé par l’expérience vécue avec Adam et Ève, que nous sommes facilement ingrats, et que nous nous attribuons avec désinvolture les bienfaits qui viennent de lui. Aussi, sans nous forcer la main – il s’en voudrait de nous imposer quoi que ce soit, lui qui est le parangon de la liberté, qui est la Liberté même – a-t-il prévu, en accord avec son Fils et avec son Esprit Saint, que la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité s’incarnerait et que, tout en remontant au ciel au moment fixé, elle resterait sur terre sous la forme sacramentelle d’action de grâces par excellence qu’est la sainte Eucharistie. La sainte messe, mystère de la présence réelle de notre Seigneur Jésus-Christ, qui rend présent le Sacrifice du Calvaire, est la source et le sommet de toute la vie spirituelle du chrétien. Toute notre journée, avec chacun de ses événements, de ses activités, ou de ses rencontres, de ses joies et de ses déceptions, de sa fatigue et de ses loisirs, se donne rendez-vous en quelque sorte à la messe De la sorte, chaque jour qui passe n’est qu’une marque de reconnaissance sans solution de continuité. En instituant le Jeudi Saint ce sacrement dont l’essence est d’être une action de grâces rendue au Père en hommage pour toutes ses marques d’amour envers sa création, en particulier envers les hommes, Jésus-Christ manifeste à l’évidence que Dieu attend des remerciements. Des remerciements qui, si nous nous arrêtons à y penser quelques secondes, sont on ne peut plus logiques. Il est un point que nous devrions soigner beaucoup plus que nous ne le faisons, sur lequel nous devrions faire preuve d’une bien plus grande délicatesse envers le Seigneur. Je veux parler de l’action de grâces après la messe, après avoir reçu le Corps du Seigneur dans la sainte communion. Rares sont les fidèles qui y attachent de l’importance. Nous savons pourtant que l’hostie que nous avons reçue se dissout en nous environ dix minutes après l’avoir reçue. Certes, le prêtre observe en principe un bref temps de silence et de recueillement avant de prononcer la prière après la communion. Mais cet instant est largement insuffisant pour arriver aux dix minutes requises par l’amour. (à suivre…)

mardi 17 juin 2014

Le jugement particulier (6)

Le jugement particulier (6)

Ce n’est pas pour rien que l’Église a qualifiée aussi Notre Dame de « toute-puissance suppliante », signifiant par là qu’elle ne se contente pas d’intercéder, mais qu’elle supplie comme une bonne mère sait le faire, et qui souffrirait terriblement dans sa chair que son enfant soit condamné, quand bien même serait-il coupable. Et qui, de surcroît, intervient avec sa « toute-puissance » d’intercession, une puissance telle que Dieu ne peut rien lui refuser, car, soulignent les théologiens et les saints, elle n’a elle-même jamais nié à Dieu ce qu’il lui demandait, et qu’elle a accepté de devenir la Mère du Fils de Dieu devenant notre Rédempteur. Elle n’assiste pas au procès passivement. (lire la suite) Elle en connaît la mécanique et elle sait bien en quoi il consiste et ce sur quoi il peut déboucher : « Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi. La parabole du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 22) et la parole du Christ en Croix au bon larron (cf. Lc 23, 43), ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament (cf. 2 Co 5, 8 ; Ph 1, 23 ; He 9, 27 ; 12, 23) parlent d’une destinée ultime de l’âme (cf. Mt 16, 26) qui peut être différente pour les unes et pour les autres. Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours » (Catéchisme de l’Église Catholique, nos 1021-1022 Mari ne veut pas que le diable gagne la partie. Alors elle intervient avec autorité. Sa plaidoirie est vraiment du grand art. Elle est sublime. Notre Dame fait feu de tout bois. Elle s’appuie sur le moindre indice en notre faveur. Elle se souvient de ce que nous n’avons cessé tout au long de notre vie de lui demander de prier pour nous à l’heure de notre mort (cf. Je vous salue Marie). Alors elle s’engage à fond dans notre défense. Et si d’aventure elle ne savait plus par quel bout prendre notre affaire, si la situation devenait dramatique pour nous, et que l’issue s’annonce fatale, Marie sortirait l’argument ultime et décisif, à même d’emporter la décision du tribunal, elle pèserait de tout son poids dans la balance, abattant sa carte maîtresse face à laquelle le juge se trouverait totalement désarmé : « C’est mon fils. Je veux qu’il soit avec moi ici, au paradis. » « Qu’il soit donc fait selon votre parole » (cf. Luc 1, 38), répondra notre Juge. Il frappe alors un coup de marteau sur la table et prononce le verdict : « Acquitté ! » à notre grand soulagement, et à la grande joie aussi de Marie, et de Dieu lui-même, tout heureux de s’être laissé faire par Marie, que saint Joseph approuvait en opinant du chef. Toute la société des saints se presse alors autour de nous pour nous féliciter et nous conduire dans une liesse indescriptible à notre place en la présence contemplative du Dieu trois fois Saint, où commence notre bonheur complet aussi bien qu’éternel. (fin)

dimanche 15 juin 2014

Le jugement particulier (5)

Le jugement particulier (5)

L’acte d’accusation sera lu par satan en personne, ou par le démon qu’il a chargé de s’occuper de nous, ce qui évidemment n’est pas fait pour nous rassurer. Sa présence est terrifiante, comme en témoigne Estelle Faguette, la voyante de Pellevoisin : « Dans la nuit du 15 au 16 février 1876, c’est-à-dire du lundi au mardi, j’étais très malade. Je ne sais trop ce que j’éprouvais ; si c’est du sommeil, je n’en sais rien. Je cherchais à me reposer, quand tout à coup apparut le diable au pied de mon lit. Oh ! Que j’avais peur. Il était horrible ; il me faisait des grimaces. À peine était-il arrivé que la sainte Vierge apparut de l’autre côté, dans le coin de mon lit. […] Ses grands yeux doux me remirent un peu, mais pas tout à fait, car le diable apercevant la sainte Vierge, il recula en tirant mon rideau et le fer de mon lit. Ma frayeur était abominable. Je me cramponnais à mon lit. Il ne parla pas, il tourna le dos. Alors la Vierge lui dit sèchement : « Que fais-tu là ? Ne vis-tu pas qu’elle porte ma livrée et celle de mon Fils ? » Il disparut en gesticulant. Alors elle se retourna vers moi et me dit doucement : « Ne crains rien, tu sais bien que tu es ma fille » (lire la suite) (M.-R. Vernet, La Vierge à Pellevoisin. Dieu au cœur d’une mère. Lecture théologique et spirituelle des documents, Paris, Téqui, 1995, p. 47). Le démon prendra un malin plaisir, un plaisir de Malin, à ne rien omettre de nos iniquités et à mélanger savamment le moins important avec le plus grave, et nous en sommes assommés, sonnés. À quoi s’ajoutent sans doute des surprises désagréables, inattendues, qui pourraient nous faire désespérer de nous en sortir, n’était la présence de Marie, notre Mère, dans le box de la défense… Et la lecture du deuxième document, qui nous permet de relever peu à peu la tête et de nous tourner vers Marie, qui est là, prête à nous défendre et qui, nous en sommes certains,saura trouver les mots justes, et dire tout le bien qu’elle pense de nous… Jésus-Christ est le témoin à charge. Il montre ses Plaies au fur et à mesure de l’énoncé des griefs qui nous sont légitimement reprochés. « Voici l’empreinte des clous et la plaie de mon côté » (cf. Jean 20, 25). Nous baissons la tête, car nous ne pouvons pas supporter la vue de ces blessures dont nous reconnaissons alors que nous en sommes les auteurs, et que, par nos péchés, nous sommes de ceux « qui viennent à tomber » et qui de ce fait, « pour leur compte, […] crucifient de nouveau le fils de Dieu et le mettent au pilori » (Hébreux 6, 6). Mais en même temps, notre Seigneur se tourne vers son Père à chaque fois, lui disant avec un regard plein de compassion : « Père, pardonne-lui, car il ne savait pas ce qu’il faisait » (cf. Luc 23, 34). Le moment où Notre Dame doit prendre la parole est venu. L’Église et, avec elle, ses fidèles, lui ont décerné le titre d’Advocata nostra, « notre Avocate ». Aucun avocat, fût-il près la Cour d’Assise et particulièrement brillant, n’a le talent, l’éloquence, la force d’argumentation, l’art de convaincre que cette Avocate, qui est aussi notre Mère. Nous avons en cela une différence de plus d’avec les procès que nous connaissons ici-bas. Car les membres de notre famille surnaturelle sont parties prenantes. Le Juge est notre Père et notre Avocate est notre Mère. Nous sommes entre personnes connues, en famille. Certes, nul ne cherche un arrangement qui lèserait la justice. Mais nous pouvons être assurés que la Sainte Vierge fera tout ce qu’elle peut pour nous tirer du guêpier dans lequel nous nous sommes fourvoyés volontairement. (à suivre…)

vendredi 13 juin 2014

Le jugement particulier (4)

Le jugement particulier (4)

Que Dieu veuille notre bien n’emporte pas que le procès sera bâclé ou biaisé. Tout à l’inverse. Tout jugement divin est un modèle du genre. Il n’existe pas sur terre de cause traitée avec autant de rigueur, avec une compétence semblable, avec un caractère aussi scientifique et rigoureux. Rien n’y est laissé de côté, rien n’est omis. Si, dans un procès humain, des zones d’ombre peuvent subsister, qui empêchent les juges, ou les jurés, de parvenir à l’intime conviction nécessaire pour trancher, au moins sur certains chefs d’accusation, il n’en va pas de même ici. Aucune obscurité n’est possible, car tout sera mis à plat, tout ce qui est le plus secret dans le cœur de l’homme,(lire la suite) et que notre Juge-Père voit (cf. Matthieu 6, 4.6.18) sera mis à jour et dévoilé et proclamé sur les toits (cf. Matthieu 10, 27). Il sera procédé à un examen minutieux et consciencieux de tous nos faits et gestes. Mais ici intervient une autre différence d’avec les procès de ce monde. Les tribunaux ne s’intéressent qu’à ce qui fait l’objet de la plainte. Ils ne prennent en compte que ce qui a trait à elle. Ils n’ont pas à juger en dehors des points qui leur sont soumis, sous peine de nullité de leur sentence. En revanche, notre jugement particulier, au terme de notre vie terrestre, ne se borne pas à un ou deux chefs, mais suppose un acte d’accusation volumineux et quasiment interminable reprenant tous nos délits par pensée, par parole, par action et aussi par omission. Il a pour contrepoids un autre acte qui, lui, énumère tout le bien que nous avons fait sciemment ou pas. S’applique ici au pied de la lettre la parabole du jugement dont l’importance est alors cruciale : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’ai été sans foyer, et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus me voir » (Matthieu 25, 35-36). Il faut donc procéder à l’examen de notre vie et nous demander : « Quelle est la qualité de ma confession ? Comment est-ce que je soigne tous les actes de ce sacrement : examen, douleur, résolution de ne plus recommencer, sincérité et clarté dans la confession, accomplissement de la pénitence ? » Nous devons reconnaître que nous manquons d’amour quand nous remettons à plus tard cette rencontre avec Dieu, qui nettoie la conscience et fortifie l’âme avec la grâce sacramentelle. Comment ne pas éprouver le besoin de recevoir toujours avec foi, avec douleur et diligence, et sans retard ce sacrement de la miséricorde divine ! Un examen de conscience quotidien, qui prépare ce « grand oral » qu’est notre jugement particulier, sachant qu’il existe un ennemi petit, sot, mais efficace, qui est le manque d’effort à s’examiner. Les moments d’examen qui ponctuent notre journée existent pour un motif d’efficacité. Si nous avons à un moment donné la tendance à être scrupuleux, l’examen doit être très bref et se ramener à quelques questions très simples, du genre : « Qu’ai-je fait de mal ? » pour en demander pardon au Seigneur. « Qu’ai-je fait de bien ? », pour l’en remercier. « Qu’aurai-je pu faire de mieux ? », afin de prendre une résolution concrète. Deux minutes, une demi minute suffira. Et l’examen particulier du point concret, de ce sur quoi nous nous sommes proposé de livrer la bataille à l’ennemi, afin que l’ennemi ne l’organise pas là où cela ne nous convient pas. Ce n’est pas pour autant que nous sommes pleinement confiants en comparaissant devant notre Juge souverain. (à suivre…)

mercredi 11 juin 2014

Le jugement particulier (3)

Le jugement particulier (3)

Nous avons en cela une première réalité réconfortante : nous serons tous traités pareillement. C’est en réalité une deuxième réalité réconfortante, car la première est évidemment que notre Juge est en même temps notre Père et qu’il ne peut pas faire taire ses entrailles paternelles : « Et notre père, avec une dureté feinte dans la voix et le visage sévère, nous a réprimandés…, alors même que son cœur était attendri ; il connaissait notre faiblesse, et pensait : pauvre enfant, comme il s’efforce de bien faire ! » (saint Josémaria, Chemin, n° 247). C’est dire que notre Juge est de notre côté. Il n’est pas un accusateur acharné, vindicatif, partisan à la Saint-Just. Non ! (lire la suite) Il est acquis à notre cause, parce qu’il a envoyé son Fils donner sa vie pour nous, afin que nous puissions nous sauver, sortir de la salle d’audience blancs et non noirs. « Je ne suis pas venu, non pour condamner le monde, mais pour le sauver » (Jean 12, 47). Dieu n’a pas envie de nous condamner ! Nous pourrions même aller jusqu’à dire qu’il n’a aucun intérêt à le faire. Et qu’il ne le fera que si nous l’y contraignons, que si nous nous condamnons nous-mêmes en refusant encore, au terme du procès, de nous laisser aimer par lui et de l’aimer. Toute la question se ramène en effet à cela. Comme saint Jean de la Croix l’affirmait, « à la fin du jour [c’est-à-dire de la vie], c’est sur l’amour qu’on vous examinera. Apprenez donc à aimer Dieu comme Il désire l’être et laissez là ce que vous êtes » (St Jean de la Croix, Les Maximes, 80). Partant de ce principe, nous pouvons être sûrs que Dieu fera tout son possible pour que nous soyons innocentés. Il n’est pas un juge austère, sévère, impitoyable : « J’ai dû sourire à vous entendre parler des « comptes » que vous demandera notre Seigneur. Non, pour vous tous, il ne sera pas un juge, au sens austère du mot. Il sera simplement Jésus. » — Ces mots, écrits par un saint évêque, qui ont consolé plus d’un cœur en tribulation, peuvent parfaitement consoler le tien » (saint Josémaria, Chemin, n° 168). C’est un juge bienveillant, mais éminemment juste, équitable, qui « rend à chacun selon ses œuvres » (Romains 2, 6), qui, en quelque sorte, accepte de se plier à notre volonté, de nous suivre dans notre décision. Une volonté qui peut s’opposer à la sienne. Quelle est-elle ? Ce que Dieu veut, c’est de pouvoir nous dire à la fin des débats : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître » (Matthieu 25, 21). Comme saint Augustin le fait remarquer, « s’il menace de venir en qualité de juge, c’est pour ne trouver personne à punir quand il viendra. C’est pour cela que toutes les menaces des prophètes n’ont pas d’autre but que notre correction. Si Dieu voulait condamner, il se tairait. Personne, voulant en frapper une autre, ne lui dit : prend garde. Tout ce que l’Écriture nous fait entendre, mes frères, c’est la voix de Dieu qui nous dit : prends garde ; et tout ce que nous souffrons de tribulations en cette vie, c’est le fouet de Dieu qui veut nous corriger pour n’avoir pas finalement à nous damner » (Sermon 22, 4). Le même saint Augustin souligne à la fois la miséricorde et la justice de Dieu, dont l’une n’annule pas l’autre, mais la tempère seulement : « Par un effet de notre perversité nous voulons que Dieu soit miséricordieux et non pas juste ; d’autres, au contraire, trop confiant dans leur innocence, veulent que Dieu soit juste et non miséricordieux. Dieu se montre l’un et l’autre, ces deux attributs sont de son ressort ; la miséricorde n’empiète pas sur les droits de la justice et la justice ne supprime pas la miséricorde. Il est miséricordieux et juste. Comment prouvons-nous qu’il est miséricordieux ? Parce qu’il épargne aujourd’hui les pécheurs et donne le pardon à ceux qui s’accusent. Comment prouvons-nous qu’il est juste ? Parce qu’il viendra le jour du jugement. Dieu le diffère aujourd’hui, mais il ne le supprime pas, et quand ce jour sera venu, il rendra à chacun selon ses mérites » (Sermon 22, 5). (à suivre…)

samedi 7 juin 2014

Le jugement particulier (2)

Le jugement particulier (2)

Face à la justice divine, nous sommes tous égaux. Nous ne nous présentons pas avec les atours de nos fonctions terrestres ou en excipant de nos titres et de nos réalisations ni en cherchant des passe-droits. Nous sommes obligés de nous dépouiller de tout cela, comme le requérait le cérémonial des funérailles pour les souverains de l’empire austro-hongrois, dont voici le récit : Quand le cortège « arriva à la hauteur du caveau des Capucins, se déroula le cérémonial d’usage. Le maître des cérémonies, Heinz Haffner, frappe par trois fois au portail de l’église. Le père gardien demande, de l’intérieur : « Qui demande à entrer ? » Le cérémoniaire énumère alors les « grands titres » de sa Majesté : Impératrice Zita, (lire la suite) reine couronnée de Hongrie, reine de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, Slavonie, Galicie, Lodomérie et Illyrie ; reine de Jérusalem ; archiduchesse d’Autriche, grande-duchesse de Toscane et de Cracovie ; duchesse de Lorraine, de Bar, de Salzbourg, Styrie, Carinthie, Ukraine et Bukovine ; Grande-duchesse de Siebenburgen, marquise de Moravie ; Duchesse de Haute et Basse-Silésie… Comtesse-princesse de Habsbourg et Tyrol… Marquise… Contesse de… Souveraine de Trieste… Grande-voïvode de la Voïvodine de Serbie ; Infante d’Espagne, princesse du Portugal et de Parme. Père Gardien : « Je ne connais pas. » Le cérémoniaire frappe trois fois au portail de l’église des Capucins. P. Gardien : « Qui demande à entrer ? » Cérémoniaire : « Zita, Sa Majesté l’Impératrice et reine. » P. Gardien : « Nous ne la connaissons pas. » Le cérémoniaire frappe encore trois fois au portail de l’église des Capucins : P. Gardien : « Qui demande à entrer ? » Cérémoniaire : « Zita, une créature mortelle et pécheresse. » P. Gardien : « Qu’elle entre » (Erich Feigl, Zita de Habsbourg. Mémoires d’un empire disparu, Paris, Criterion, 1991, p. 429-430). Face à Dieu, nous sommes tous égaux, tous ses enfants, et il ne fait pas de distinctions relevant de considérations humaines, qui ne sont pas de son ressort. Pour lui il n’existe qu’une seule race, celle de ses enfants, ce que soulignait saint Josémaria : « Il n’y a qu’une seule race sur la terre: la race des enfants de Dieu. Nous devons tous parler la même langue, celle que nous apprend notre Père qui est aux cieux: la langue du dialogue de Jésus avec son Père, la langue que l’on parle avec le cœur et avec la tête, celle dont vous vous servez en ce moment dans votre prière » (Quand le Christ passe, n° 13). (à suivre…)

jeudi 5 juin 2014

Le jugement particulier (1)

Le jugement particulier (1)

Le jugement qui sera prononcé sur chacun de nous – appelé pour cela jugement particulier – au soir de notre vie, quand nous quitterons ce monde, est un véritable jugement, tout en étant un procès divin, non un procès humain. Ce dernier n’a rien d’instantané. Il peut intervenir après de nombreuses années d’instruction et d’attente angoissante en prison, si le coupable présumé a été incarcéré. Il lui faut faire appel à un avocat – qui fait aussitôt verser une avance substantielle sur honoraires – ou à un groupe d’avocats, dans les affaires importantes et plus complexes. Il faut s’atteler à réunir le plus possible de preuves et de documents en sa faveur. L’on fait appel à tous les témoins qui acceptent de venir à la barre. (lire la suite) L’avocat prépare sa plaidoirie, ce qui peut prendre du temps si les actes du procès font plusieurs mètres linéaires… Un supplément d’enquête peut être ordonné. Dans certaines affaires, l’on se déplace sur les lieux pour y effectuer une reconstitution des faits. Et ainsi de suite. Il n’en va pas du tout de même pour notre comparution devant Dieu. Elle ressortit davantage au flagrant délit et à la procédure d’urgence. À ceci près qu’elle ne porte pas sur un fait délictuel qui vient d’être commis et qu’il convient de sanctionner au plus tôt, mais sur notre vie tout entière. L’image que nous nous faisons de la justice humaine est celle de personnages austères, d’une sentence couperet, même si des recours sont possibles. De la fragilité des décisions prises aussi. Que d’erreurs judiciaires au long des siècles ! Peut-être dues dans certains cas à la vénalité des juges. « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs », constatait déjà Jean de La Fontaine, dans Les animaux malades de la peste. Devant cette justice-là, les gens simples sont désarmés et craintifs. (à suivre…)

lundi 12 mai 2014

Jeanne d'Arc vue par Mark Twain (3)

Jeanne d'Arc vue par Mark Twain (3)

En tenant compte de tout ce que j’ai énuméré : les circonstances, ses origines, sa jeunesse, son sexe, l’analphabétisme, la pauvreté de son environnement, les conditions hostiles dans lesquelles elle dut exercer ses fabuleux talents et remporter ses victoires, tant sur le champ de bataille que dans le prétoire, face à ces juges iniques qui l’ont condamnée à mort, Jeanne d’Arc demeure, aisément, de très loin, la personnalité la plus extraordinaire jamais produite par la race humaine. Mark Twain, Le roman de Jeanne d’Arc, Éditions du Rocher, 2001, p. 503.

samedi 10 mai 2014

Jeanne d'Arc vue par Mark Twain (2)

Jeanne d'Arc vue par Mark Twain (2)

Une autre caractéristique de l’histoire de Jeanne d’Arc la hisse à un niveau où elle ne rencontre plus de concurrent. En effet, nombreux furent les prophètes plus ou moins inspirés ; mais Jeanne reste la seule qui ait eu l’audace de préciser, non seulement l’événement à venir, mais également sa nature exacte et la date de son accomplissement, sans jamais faillir. À Vaucouleurs, Jeanne annonce qu’elle va rencontrer le roi, lequel la nommera chef de guerre, qu’elle brisera l’hégémonie anglaise et qu’elle fera sacrer le roi à Reims. Tout se déroule exactement comme elle l’a prédit. Un mois à l’avance, elle annonce .html">(lire la suite) qu’elle sera blessée, en précisant à quel endroit du corps et al date précise à laquelle l’incident surviendra. La prédiction est notée dans un registre officiel trois semaines à l’avance. Le matin même de l’événement, elle renouvelle sa prédiction, qui se réalise le jour même, avant la tombée de la nuit. À Tours, elle prédit la fin de sa carrière militaire, qui se terminera, dit-elle, dans un an. Un an exactement après sa prédiction, la carrière de Jeanne prend fin. Elle prédit son martyre – elle emploie ce mot – qui, dit-elle, surviendra dans trois mois. Malheureusement, elle dit vrai. À une époque où rien ne permet d’espérer que la France puisse jamais se libérer du joug de la domination anglaise, Jeanne, à deux reprises, en présence de ses juges, affirme qu’avant que sept ans ne se soient écoulés, les Anglais subiront un désastre plus dévastateur encore que celui de la perte d’Orléans. Cinq ans après, les Anglais perdent Paris. D’autres prédictions du même genre se passent comme Jeanne les avait prévues, tant pour ce qui concerne la nature de l’événement que la date à laquelle, ou avant laquelle il doit survenir. Mark Twain, Le roman de Jeanne d’Arc, Éditions du Rocher, 2001, p. 500-501.

jeudi 8 mai 2014

Jeanne d’Arc vue par Mark Twain (1)

Jeanne d’Arc vue par Mark Twain (1)

Seule, privée d’amis, ignorante, dans la fleur de l’âge, enchaînée, elle affronte, semaine après semaine, un aréopage de juges hostiles, déterminés à l’envoyer au bûcher, choisis parmi les cerveaux les plus instruits et les plus capables de France, et elle leur répond avec une sagesse innée qui tient leur érudition en échec et démonte leurs pièges. Sa naïve sagacité lui gagne, bien malgré eux, (lire la suite) leur admiration et lui permet de remporter une victoire quotidienne contre une adversité impitoyable. Dans l’histoire intellectuelle de l’humanité, rein de semblable ne s’est jamais produit. Jeanne d’Arc reste unique par le simple fait que sa grandeur s’est manifestée sans l’aide du moindre enseignement, du moindre entraînement, de la moindre expérience propice et préparatoire. Nul ne peut lui être comparé. Tous les gens illustres se sont hissés aux sommets grâce à une atmosphère et à un entourage qui leu ont permis de révéler leur talent, de le nourrir, de l’exprimer. Il y eut, avant Jeanne, des généraux fort jeunes, mais ils étaient tous de sexe masculin, et ils avaient servi comme soldats avant d’être nommés généraux. La Pucelle, elle, débute sa carrière avec le garde de général ; elle commande la première armée qu’elle ait jamais vue ; elle la mène de victoire en victoire, sans perdre une seule bataille. Il y eut certes d’autres commandants en chef de talent, mais aucun n’avait son extrême jeunesse : Jeanne d’Arc reste le seul soldat au monde à avoir obtenu le commandement suprême de l’armée d’un pays à l’âge de dix-sept ans. Mark Twain, Le roman de Jeanne d’Arc, Éditions du Rocher, 2001, p. 500.

dimanche 9 février 2014

Arrêt sur christianisme (83)

Arrêt sur christianisme (83)

Dans un monde où vous ne connaissez le oui et le non de rien, où il ,n’y a pas de loi, morale ni intellectuelle, où toute chose est permise, où il n’y a rien à espérer et rien à perdre, où le mal n’apporte pas de punition et le bien pas de récompense, dans un tel monde il n’y a pas de drame parce qu’il n’y a pas de lutte, et il n’y a pas de lutte parce qu’il n’y a rien qui en vaille la peine. Mais avec la Révélation chrétienne, avec ses immenses et énormes idées du Ciel et de l’Enfer, les actions humaines, la destinée humaine sont investies d’une valeur prodigieuse. Nous sommes capables de faire un bien infini et un mal infini. Nous avons à trouver notre route vers des sommets de lumière ou des abîmes de misère. Nous sommes comme les acteurs d’un drame où nous tenons un rôle essentiel. Pour nous, la vie est toujours nouvelle et toujours intéressante parce qu’à chaque seconde nous avons quelque chose de nouveau à apprendre et quelque chose de nécessaire à accomplir. Le dernier acte, comme dit Pascal, est toujours sanglant, mais aussi il est toujours magnifique, car la Religion n’a pas seulement mis le Drame dans la vie, elle l’a mis à son terme, dans la Mort. B. Bro, Le pouvoir du mal. 5. On demande des pécheurs, Paris, Éditions Bayard-Presse, 1976, p. 7-8.

vendredi 7 février 2014

Arrêt sur christianisme (82)

Arrêt sur christianisme (82)

[le Christ] ‘n’est pas venu pour détruire la Croix, mais pour s’étendre dessus. De tous les privilèges spécifiques de l’humanité, c’est celui-là que Dieu a choisi pour lui-même’ (P. Claudel, Dialogues sur la souffrance). Voilà donc ce que découvrent de Dieu tous ceux qui acceptent la confiance crucifiée. C’est que le Verbe de Dieu qui s’est fait chair s’est mis personnellement au cœur de la douleur. Qu’au moment où dans la personne du Christ s’est réalisée l’union fantastique de Dieu et de la douleur, toute la réalité de la douleur, toute la réalité de la douleur et du mal était épuisée par Dieu. Et que ‘celui qui s’est fait malédiction pour nous’ l’avait fait par amour. Que la puissance de souffrir est en nous la même que la puissance d’aimer : nous le savions, mais que la crucifixion de Jésus et des croyants et de tous ceux qui choisissent la confiance, et qui nous paraît chose tellement inacceptable, était la crucifixion même de Dieu, que c’était son secret, qu’il est lui-même crucifié par le mal : voilà la nouveauté radicale, voilà la bouleversante nouveauté du christianisme. À tous ceux qui acceptent la confiance, Dieu se dévoile comme le premier crucifié et plus crucifié qu’eux encore dans le mal. ‘L’Agneau qui se laisse mener à la boucherie sans se défendre’ : ce n’est pas seulement Jésus, c’est Dieu lui-même que Jésus est en personne. L’obscurité est plus grande que jamais, mais nous savons que la lumière n’est donnée qu’à ceux qui vont jusque-là. B. Bro, Le pouvoir du mal. 3. Le Dieu crucifié, Paris, Éditions Bayard-Presse, 1976, p. 16-17.